08/03/16

Mon frère est un super-héros, de David Solomons

Mon frère est un super-héros

« Mon frère est un super-héros. Ça aurait pu tomber sur moi sauf que j'ai eu envie de faire pipi. » Ainsi débute cette histoire a priori farfelue et burlesque. J'ai même longtemps cru qu'il était question de farce et de supercherie, et puis non... le dernier 1/4 du roman finira de vous prouver que tout ceci est vrai, archi vrai. Mais reprenons au commencement : Luke Parker a onze ans et vit dans la banlieue de Londres. C'est un passionné de bandes dessinées, de comics et de super-héros. Ne cherchez pas, il est incollable sur le sujet. Et puis il y a Zack, son frère, toujours le nez plongé dans ses livres de maths, le fils aîné, le chouchou des parents, l'élève modèle et tutti quanti. Lui, les histoires de super-héros, ça ne le passionne pas du tout. Il n'y comprend goutte. Un soir, alors qu'ils étaient tous deux perchés dans leur cabane en bois, Luke a une envie pressante et se rue aux toilettes pour se soulager... sauf que, pendant ce temps-là, Zorbon le Décideur, un voyageur interdimensionnel, est descendu de son vaisseau pour annoncer au garçon qu'il avait été choisi pour sauver deux univers et lui a offert six pouvoirs pour y parvenir. 

Quelle aventure ! Le plus drôle, dans tout ça, outre l'imagination débordante et les savoureuses références à l'univers des super-héros et de la culture geek, c'est la narration qu'en fait le jeune Luke Parker, le cadet, frustré à vie, celui qui a le sentiment d'être passé à côté de sa destinée. C'est donc lui qui raconte toute l'histoire comme un cri du cœur, et c'est extrêmement drôle. On y trouve un mélange d'ironie, d'incrédulité, de jalousie et d'admiration aussi. Zack, coaché pour son frangin, devient donc Star Mec. Il refuse de porter la panoplie usuelle (un masque et une cape) et se contente d'un pull à capuche. Propulsé nouvelle coqueluche des habitants, il fait la une des journaux grâce à ses exploits en ville, tandis que Luke veille scrupuleusement sur son anonymat. Et c'est la redoutable Lara Lee qui s'y colle, prête à tout pour décrocher un scoop pour la feuille de chou de leur école. Luke devra déployer autant d'énergie à lui mettre des bâtons dans les roues que de superviser son grand frère, apprenti super-héros. Ils doivent encore déterminer la teneur de sa grande mission et tenir à distance ses ennemis, de dangereux super-méchants, qui ne reculeront devant rien pour nuire aux pouvoirs de Star Mec. 

La lecture est époustouflante d'inventivité, de drôlerie et de rebondissements. On sent que David Solomons a pris un plaisir fou à concocter cette histoire et son enthousiasme est parfaitement communicatif. C'est une très bonne entrée en matière, qui réclame forcément une suite, au vu du sursaut inattendu à la fin ! Un rendez-vous cocasse et palpitant. ;-)

Gallimard Jeunesse / Octobre 2015

Traduit par Karine Chaunac (My Brother is a Superhero)

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24/02/16

Girl Online en tournée, de Zoe Sugg

Girl Online en tournée

Voici donc la suite des aventures de Penny Porter, alias Girl Online, et son adorable Brooklyn Boy de petit copain, autrement dit Noah Flynn, rock star en devenir. Notre petit couple file toujours le parfait amour, sous un ciel sans nuage, et voit l'avenir leur sourire : le groupe de Noah vient de décrocher un contrat de rêve pour jouer en première partie d'une tournée européenne. Penny sera également du voyage et se réjouit de partager quinze jours en compagnie de son chevalier servant. Hélas, cette aventure se révélera une succession de désenchantements (voyages incessants, promo envahissante, fans insistants). La jeune fille a le sentiment de ne pas trouver sa place et se sent souvent seule ou abandonnée. Noah est accaparé par son manager, emporté par le tourbillon du star-system, manipulé par son ami d'enfance, Blake, également membre du groupe. Le rêve de Penny vire peu à peu au cauchemar. Cette terrible désillusion survient d'autant plus à un moment où l'adolescente s'interroge sur ses propres passions, ses désirs et ses ambitions (elle a arrêté son blog, tente d'assouvir son penchant pour la photographie, mais se sent vide et frustrée). Aussi, malgré tout l'amour qu'elle porte à Noah, elle a conscience qu'elle ne doit pas s'effacer et vivre dans son ombre. En manque de repères et d'amis, notre Penny sombre de déception en déception et est à deux doigts de prendre une décision radicale, prompte à chambouler son existence dorée. 

J'ai donc découvert l'an dernier Zoella, cette youtubeuse anglaise - plébiscitée par les ados, mais vraisemblablement accusée de prêter son nom à un livre qu'elle n'a pas écrit (pour dire la vérité, Z. a reconnu être “assistée” dans l'écriture de son livre). Loin de toute polémique, j'avais donc considéré son bouquin Girl Online comme une petite friandise savoureuse, visant un public bien défini. Cette suite persiste et signe cette intention : on découvre une histoire adorable et charmante, de celle qu'on imagine quand on a 12-14 ans (tomber amoureuse d'un rocker, partir en tournée et vivre une aventure saupoudrée de passion et de drame... tout ça sonne terriblement romantique et flamboyant !). Alors, oui, il y a des tonnes de clichés, c'est délicieusement niais et souvent gribouillé pour vous mettre la tête à l'envers, mais cette lecture sans prétention est pleine de fraîcheur et  agréable à parcourir. Donc, pourquoi pas ? 😝 

La Martinière J. Fiction / Février 2016 

Traduit par Sophie Passant (Girl Online On Tour)

✨✨✨✨✨✨

Jeu-concours Girl Online en tournée

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> Poste une photo de toi avec ton livre Girl online (la plus drôle et la plus originale possible),
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A gagner : un smartphone, du maquillage Zoella et un an de livres !

Concours jusqu'au 8 Mars 2016

 

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19/02/16

Journal d'une ado déjantée, de Candy Harper

Journal d'une ado déjantée

Accrochez-vous, amis lecteurs, la tornade rousse, Victoire, qui nous arrive d'Angleterre, est dans la place, remontée à bloc pour une nouvelle année scolaire, explosive et déjantée !

Or, ses plans sur la comète se crashent lamentablement en apprenant qu'elle ne sera plus dans la même classe que sa meilleure amie Meg. Le drame. Victoire fulmine, ressassant amèrement que c'est un sale coup de la surveillante générale, l'horrible Miss Fortescu, qui la déteste depuis des années. Il faut dire que notre charmante héroïne est une peste finie, précédée de sa réputation - en gros, une gamine insupportable, à l'humour vachard et adepte du sarcasme. Ça fouette jusqu'au sang dès qu'elle ouvre la bouche ! Ouch. Également spécialiste des mauvais coups, elle n'en loupe pas une dès qu'il est question de méfait à accomplir. (« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. » Ha, ha !)

Les deux copines vont donc trouver un terrain d'entente en s'inscrivant à la chorale de l'école, pas parce qu'elles sont douées et ont la fibre artistique, mais simplement car elles ont appris que les répétitions seraient mixtes et qu'elles kiffent trop de rencontrer des garçons ! ^-^ Et bingo, Victoire tombe en pâmoison devant la sexytude de Finn Ryland, un beau gosse au look de surfeur californien. N'en jetez plus, la coupe est pleine. Malgré tout, notre Miss garde la tête sur les épaules et ne perd pas ses objectifs en échafaudant les meilleurs plans pour empoisonner l'existence du personnel enseignant, de sa rivale Aurore Horreur Blundell, de son frère Sam, de sa grand-mère qui dévalise les placards de toutes ses sucreries, du type aux cheveux frisés, Ethan, à l'humour mordant et aux blagues douteuses...

Voilà de quoi remplir trois mois d'une vie d'ado particulièrement déjantée. 

J'avoue être particulièrement friande de ce type de lectures légères et insolentes (et vous invite à lire des auteurs comme Carol Midgley, Echo Freer, E. Lockhart, Hayley Long, Sue Limb & Louise Rennison pour le top du top). Cette Victoire a cependant bien failli me rendre chèvre, du fait de son insolence et ses manières pas toujours correctes. Au début, je lui aurais volontiers fait avaler du savon, mais j'ai fini par m'habituer et j'ai même pris goût à ses canulars, ses répliques cinglantes et son ton railleur. Cela donne des dialogues poilants, qui fusent comme des éclairs, la lecture n'en est que plus drôle et assez inattendue, même si l'intrigue tient sur un fil et ne bouleverse pas la stabilité des écosystèmes non plus. ;-) La fin se termine en queue de poisson, car il existe deux autres livres de la même série en VO, quant à savoir s'ils seront traduits en VF, c'est un pari à prendre... (Il est devenu trop courant de publier des livres sans respecter les séries, d'où la gronde grossissante des lecteurs trop frustrés !). 

Si l'on recherche un simple rendez-vous décalé et extravagant, c'est tout bon. 

Albin Michel Jeunesse - Janvier 2016 ♦ ill. de couv : Astrid M 

 Traduit par Alice Marchand (Have a Little Faith)

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Couverture version originale 

 

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18/02/16

Mentine, Tome 3 : Pas de cadeau ! de Jo Witek

Mentine pas de cadeau

Mentine Green est de retour, après un passage en Suisse, elle rentre au bercail, le sac débordant de chocolat et de fromage à raclette. Et c'est pleine d'impatience qu'elle se rue chez sa meilleure amie Johanna... qui l'accueille pour la première fois dans son appartement, en pleine cité, un lieu étriqué, bruyant et encombré. Mentine hallucine, mais tombe sous le charme de la famille Estamplade. Son amie se révèle la reine de la musique flamenca, capable de gratter sa guitare des heures durant, tandis que sa mère enfile sa plus belle robe à froufrous et ses chaussures à claquettes pour trépigner dans le salon et assurer le show. Mentine, conquise, a des étoiles dans les yeux. Prenant également conscience de n'avoir pas su être une amie à la hauteur, recevant tout son saoul, sans rien donner en échange, Mentine veut renverser la tendance et offrir à Johanna la preuve de son affection véritable. Mais à vouloir réaliser le rêve de sa confidente, Mentine en fait trop - comme toujours - et va provoquer un séïsme cosmique, lourd de conséquences. Cette fois, c'est du sérieux ! Les parents de Mentine voient rouge et sa punition sera irréversible. Ouhlala. 

C'est toujours un bonheur de retrouver l'humour et le culot de Mentine, élève surdouée et adolescente qui dépasse souvent les limites. Ce n'est pas une mauvaise gamine - la preuve, son expérience auprès des démunis lui mettra du plomb dans la tête - mais Mentine est une demoiselle hyperactive et quémandeuse d'attention. Tout le temps elle réclame de l'amour, de l'amitié, des paillettes et des délires, elle est usante, et foncièrement attachante. Dans ce troisième tome, cependant, notre héroïne brise les derniers tabous en matière de confiance. Et là, c'est le drame.

On notera aussi un joli couplet sur les Restos du Cœur, son déroulement, le bénévolat, les bénéficiaires et tous les services mis en place pour subvenir aux besoins des moins nantis. On n'a pas non plus l'impression d'apprendre notre leçon, ni de recevoir une morale culpabilisante, c'est juste une prise de conscience, pour les plus jeunes, et c'est amené en toute simplicité, sans dépeindre des situations trop misérabilistes. C'est ancré dans notre société, et ça peut concerner tout le monde, même notre voisin ou le petit caïd qui traite Mentine d'OVNI de la DNB ! Voilà tout. Cela donne une certaine profondeur à la lecture, qui procure pour l'essentiel une bouffée de joie et de bonne humeur, avec un enchaînement de catastrophes par notre Miss Surdouée qui veut décrocher la médaille de la meilleure BFF de la vie ! ;-) La distraction est assurée.

Flammarion jeunesse / Février 2016 ♦ Illustrations de Margaux Motin

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Illustration de Margaux Motin issue de la couverture de MENTINE, tome 2
© Père-Castor Flammarion, 2015

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16/02/16

Le Grand roman de ma Petite vie, par Susie Morgenstern & ill. par Albertine

Le grand roman de ma petite vie

Bonnie est une adolescente de 13 ans, qui vit à Paris dans un petit appartement exclusivement féminin. Sous le même toit, cohabitent donc la grand-mère Omama, la mère surbookée par son boulot et notre héroïne dont la tête grouille de questions existentielles, du genre : se réveiller ou rester au lit, routine ou aventure, sociable ou sauvage, jeans ou jupe, se marier ou rester célibataire, divorce ou famille unie, accepter ou se battre, mon histoire ou la tienne... Enfin bref, après un début assez hésitant, très ancré dans les préoccupations adolescentes, le roman finit par proposer une perspective de lecture tout à fait délirante ! Car notre jeune narratrice est drôle et talentueuse, à cultiver un humour mordant et voir la vie autrement. Son approche est féministe, résolument. Car elle doit aux femmes de sa vie le choix de conduire son destin de manière décomplexée, du moins c'était avant de se trouver empruntée, figée dans un corps dont on ne contrôle plus les odeurs, affublée d'une chevelure improbable, avec le sentiment de paraître perpétuellement dégingandée. Treize ans, ça use. Aussi Bonnie affronte ses propres tempêtes avec un sens de l'autodérision absolument jouissif. Il faut la suivre dans ses aventures, quand par exemple elle décroche sa participation à un concours d'écriture et qu'elle doit se rendre à Deauville, avec Carl, l'autre candidat qualifié, dont elle est secrètement amoureuse, et quand la grève des trains menace leur voyage, ils décident tous deux de louer un tandem et de pédaler jusqu'en Normandie ! Et ça continue de tourbillonner dans tous les sens, entre une vie familiale turbulente, un papa absent qui réapparaît par magie, une meilleure amie qui voit son monde s'écrouler, une grand-mère secrète qui dévoile peu à peu une vieille histoire de famille, une montre Patek Philippe qu'on dote de tous les honneurs, une mamie richissime qui s'ennuie au Bristol, un job décroché en douce pour s'offrir une chambre à soi, et un appartement de plus en plus riquiqui pour accueillir une joyeuse smala ! Le roman est ainsi riche d'une ambiance colorée, pétulante et chaleureuse et peut s'enorgueillir d'offrir un moment de lecture à la fois tendre et désopilant, où viennent s'y faufiler les illustrations facétieuses d'Albertine qui apportent un charme supplémentaire à cette délicieuse surprise de début d'année ! À découvrir.  

La Martinière J. / Janvier 2016

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15/02/16

Pinocchio raconte Pinocchio, de Michael Morpurgo & ill. par Emma Chichester Clark

Pinocchio raconte Pinocchio

Pinocchio est loin d'être mon conte préféré, pourtant il m'a été impossible de résister à cette adaptation de Michael Morpurgo. Parce que, Michael Morpurgo. En duo avec Emma Chichester Clark, dont les illustrations pleines de charme ont su apporter de la fraîcheur à cette histoire d'un grand classicisme. Un vent de folie souffle donc sur cette version, et ça fait du bien.

C'est donc l'histoire d'un petit bout de bois, sculpté pour en faire un pantin, que quelques larmes de détresse ont su animer par magie. Ainsi naquit Pinocchio. Ses parents, fous de joie, se plient en quatre pour combler tous ses désirs, à tel point que ce fils trop gâté agit souvent sans réfléchir et leur cause beaucoup de chagrin. Pinocchio a soif de liberté, d'aventure et de découverte, aussi court-il droit devant, sans s'arrêter, zigouillant sans vergogne un Grillon Parlant, avant d'être rongé de remords, ou suivant naïvement un duo improbable, constitué d'un renard boîteux et d'un chat aveugle, avec la promesse d'une future grande fortune. Pinocchio est un benêt, mais un benêt attachant. Après tout, « grandir est une période passionnante et difficile ». Son apprentissage est une mise à l'épreuve de chaque instant, une série de tentations, un lot de souffrances, une suite de dangers et de catastrophes, d'erreurs et de malheurs, d'espoir et de bonheur. De vraies montagnes russes. Cette lecture pleine de dynamisme est ainsi touchante dans son approche, en donnant la parole à Pinocchio lui-même, qui livre sa propre version de son histoire légendaire. Morpurgo a puisé l'inspiration dans l'œuvre de Carlo Collodi, mais en apportant sa touche personnelle, beaucoup plus actuelle. Le roman n'en est que plus innocent et malicieux, surprenant et drôle.

Gallimard Jeunesse / Octobre 2015 ♦ Traduit par Diane Ménard (Pinocchio)

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SOURCE : Emma Chichester Clark

 

🍀🍀🍀🍀🍀🍀🍀🍀

 

Et pour les amateurs du genre, n'hésitez pas à vous pencher sur le roman de Gilles Barraqué, Fantoccio (L'École des Loisirs, 2015) dans cette version tout aussi originale et inattendue. 

Fantoccio par Barraqué

Une nuit, dans la campagne de Toscane, sur la table d'une demeure crasseuse, un grand pantin de bois s'éveille à la vie, aidé par de puissantes incantations de sorcellerie. Fantoccio, doté des facultés de penser, de ressentir et d'agir, conçoit aussitôt sa naissance comme un vrai miracle. Geppetto, son maître marionnettiste, a de grands projets pour lui mais ce destin tout tracé va de moins en moins enchanter notre créature, qui ne supporte plus les faux-semblants. Sa rencontre avec la jolie Livia, dont il tombe amoureux, lui donnera aussi l'envie de voir plus loin, de briser ses chaînes et de satisfaire ses rêves insensés.

C'est un douloureux apprentissage de la vie, raconté avec beaucoup de tendresse et d'émotion. Le personnage de Fantoccio rappelle évidemment celui de Pinocchio dans sa perception naïve des choses et la grande désillusion qui succède ses découvertes, sauf que le héros de Gilles Barraqué est davantage un adolescent, qui porte sur son entourage un avis teinté d'amertume et de déception (j'ai parfois pensé au mythe de Prométhée & Frankenstein). Fantoccio est un garçon avec des pulsions et des interrogations, et tout ça fait que ça grouille dans sa tête, au risque de déborder. Il n'accepte plus d'être une “marionnette” entre les mains de son créateur et aspire à s'émanciper. Ce saut dans le vide fait écho au passage à l'âge adulte, un cap délicat, qui ne se déroule pas sans heurt. Ce roman d'une grande sensibilité n'est pas à mettre entre toutes les mains, d'autant plus que son style abattu est à mille lieux de la plume poétique et enchanteresse que j'avais savourée dans Au Ventre du Monde. Une impression plus mitigée, donc. 

 

Jonas Le Requin mécanique, de Bertrand Santini & ill. de Paul Mager

Jonas le requin mécanique

Ancienne vedette d'une série de films à succès (Les Dents de la mort), Jonas, le requin blanc, coule une retraite paisible à MonsterLand, un parc d'animations réunissant les monstres du cinéma. Il tente ainsi de distraire un public désabusé en singeant ses anciennes prouesses, mais notre mangeur d'hommes accuse les années et une mécanique rouillée. Résultat, le spectacle est constamment annulé, à force de pannes répétées. Le directeur est à bout de patience et décide d'envoyer Jonas à la casse.

Seulement, cette discussion n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd et le vieux Krokzilla veut avertir son pote de prendre la poudre d'escampette. Pourquoi ne pas saisir la chance de vivre son rêve en goûtant à la vie sauvage et aux courants de l'océan ? Mais Jonas en frissonne d'effroi. Il refuse de quitter son nid douillet, persuadé de la bonté des humains, auxquels il a dédié sa vie en tentant de les divertir du mieux possible. Ha, ha. Quel utopiste. 

C'est donc contraint et forcé que le cauchemar des stations balnéaires de Californie s'aventure vers le grand large, croisant en chemin un manchot rigolo, pris au piège d'un filet de pêche. Lui, Jonas, est enchanté de se faire un nouveau copain, sans toutefois oser lui avouer qu'il est fait de boulons et d'huile, de peur d'être ridicule. Loopy tombe dans le panneau et pactise avec le diable pour assurer ses arrières. 

Leur équipée folle et incongrue donne lieu à une lecture absolument désopilante ! 😉 On rit, on frémit, on sourit, on soupire, on râle, on beugle et on pousse des cris... de joie et de bonheur. Franchement, ce sont 110 pages de plaisir, pigmentées d'illustrations semblant tout droit tirées d'un film d'animation -quelle coïncidence - et forte d'une histoire délirante, racontée avec verve et humour, pour un festival de sensations.  

Après le succès du Yark, Bertrand Santini propose un autre héros littéraire à la fois touchant et délicieusement naïf (datant de 2014, depuis l'auteur a aussi raconté les aventures du chien Gurty). Jonas est une créature précédée de sa réputation monstrueuse, alors qu'il est finalement tout sucre tout miel au fond de lui, confronté à un apprentissage de la vraie vie, tantôt brutal, tantôt cocasse.

On croise aussi une belle brochette d'énergumènes dans cette épopée, dont le coriace capitaine Grisby ou le très avide Gavin Payet, plus tous les habitants de Wampanig Island qui lancent une pêche au trésor contre le squale. Les humains sont des idiots. Et Jonas, un doux rêveur. Lui avait pour désir profond de rencontrer sa maman et d'être vivant “pour renifler le froid, le chaud, la faim, sentir la flamme brûler, le vent caresser et renifler les odeurs, même les mauvaises” ! 

Quelle tristesse. On pense aussi à Pinocchio en lisant la fin émouvante, quelque peu précipitée, tout en refermant ce petit bouquin et en soupirant fort, fort, fort... de bonheur. Voilà une lecture exquise, merveilleusement drôle et légèrement attendrissante, conduite avec panache et tendresse. On passe un fabuleux moment en compagnie de Jonas, à terrifier les foules et à braver les tempêtes ! Je recommande.

Grasset Jeunesse / Octobre 2014

J'avoue que j'ai beaucoup aimé la représentation du pirate et de son singe...

SOURCE : Paul Mager

 

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12/02/16

Hector et les Pétrifieurs de temps, de Danny Wallace

Hector et les Pétrifieurs de temps

Hector Obel a 10 ans et vit à Starkley, décrite comme étant la quatrième ville la plus ennuyeuse d'Angleterre, car il ne se passe jamais rien de palpitant. Jusqu'au jour où Hector, en train de se morfondre en classe, surprend son professeur et ses camarades figés sur place. Comme si le temps s'était arrêté net. Tout rentre finalement dans l'ordre au bout de quelques minutes. Le garçon n'a pas l'éternité devant lui, pour y réfléchir, que la situation se répète déjà, mais cette fois il a décidé de chronométrer la durée de la Pause. Sept minutes et sept secondes. Au lieu de se retourner le cerveau, Hector choisit de tirer profit de la situation et va s'amuser à parcourir la ville avec une Vespa flambant neuve, se venger de ses tortionnaires ou se rendre dans la boutique de bonbons pour faire des emplettes. La propriétaire, Mme Cou Cous, lui en a interdit l'accès sur un coup de tête. Hector a d'ailleurs remarqué que plusieurs adultes de Starkley se comportaient de façon très étrange, de plus en plus mauvaise et méchante. Est-ce que cela aurait un lien avec les Pauses ? Et puis, au bout de 100 pages, l'étau se resserre quand le garçon surprend des créatures affreuses, les Terribles, se faufiler dans la ville pour kidnapper ses habitants pétrifiés... L'heure est grave. L'histoire n'est plus à la rigolade. Hector doit agir, vite. Trouver des forces alliées (oui ! ... ça va arriver), sauver sa petite ville de cette invasion sournoise et se convaincre que son père disparu fait aussi partie du lot. 

Pour son intronisation dans la littérature jeunesse, Danny Wallace sort les grands moyens (univers déjanté, monstres terrifiants, péripéties à rebondissements, sur un ton sans cesse désopilant). Et c'est clair que le livre vise haut et fort. Au départ, l'histoire semble déjà écrite et préfigure les thèmes du genre : Hector est un gamin sensible, maltraité par des grosses brutes, et qui porte en lui le départ de son père comme un poids lourd insurmontable, sa mère bosse comme une dingue et son frère est devenu un ado renfrogné. Et puis, tout bascule vers une aventure délirante, fantastique et même de plus en plus sombre et inquiétante. Il faut le lire pour le croire. Les méchants ne font pas semblant, les enfants entrent en résistance et montent une association de Transpauseurs. On découvre alors une intrigue complètement loufoque, mais où règnent l'action, l'émotion et le danger. C'est efficace, raconté de façon hilarante et néanmoins détachée. Nul doute que cette dose d'énergie bouillonnante plaira aux plus jeunes (dès 9 ans pour les bons lecteurs, le livre fait 300 pages et est largement illustré). Jamie Littler a contribué par sa touche d'encre à une atmosphère décalée et fascinante. À tester, pour le fun et l'atmosphère frissonnante.

Gallimard Jeunesse / Février 2016 ♦

Traduit par Marie Leymarie (Hamish and the Worldstoppers) ♦ Illustrations de Jamie Littler

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26/12/15

#Challenge Il était trois fois Noël 2015 : D'or que landes, de Denis Bretin

d'or que landes

Harvey Squire a dix ans, fils de barbier, il est forcé de sortir en pleine nuit de Noël pour raser le mort du manoir des Fearnwood. Le chemin est long, le temps glacial, le gamin doit traverser les landes mystérieuses et inquiétantes de ce bourg écossais. Accueilli par le majordome revêche, Harvey pénètre chez les Fearnwood en tremblant comme une feuille. Il accomplit sa tâche, s'apprête à repartir lorsqu'il surprend une conservation entre deux types dans la bibliothèque de la maison. Le mort aurait caché un trésor, mais impossible de trouver le moindre indice. La suite se perd dans un brouhaha, car Harvey doit regagner le foyer où son père est en train de cuver son vin. Mais cette nuit va bouleverser la vie d'Harvey Squire, lui faisant également rencontrer le libraire Boniface Swifft et une charmante et intrépide demoiselle, Amélia Fearnwood, qui lui confiera la suite de la discussion entendue dans le secret. Inutile de vous en révéler davantage, si ce n'est que l'histoire est franchement palpitante. Tout se passe dans un cadre fantastique, avec des énigmes et des vieilles légendes, un secret de famille et un probable empoisonnement. Ambiance merveilleuse et fascinante ! De plus, le narrateur est un jeune garçon sympathique, naïf et courageux, malgré les nombreuses embûches sur son chemin. Lui, dont la vie est loin d'être facile, a su s'entourer de bonnes personnes, dont son meilleur ami Julius, avec lequel il rêve de devenir libraire et éditeur. À Drisdale, petit village écossais, la lande est sauvage, hantée par des fantômes et souvent le théâtre de scènes hallucinantes, qui vous donneront le frisson. L'auteur n'a pas hésité à puiser l'inspiration dans les contes ou nouvelles fantastiques du XIXe siècle pour nous servir une lecture savoureuse et tout simplement envoûtante !

Syros / Septembre 2009

 

Challenge Noel Logo Chicky Poo 2015

 

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12/12/15

#Challenge Il était trois fois Noël 2015 : Le Prince amoureux, de Michael Morpurgo

Ho-ho-ho, conte de Noël ! 🌟 ⛄ 🎁

Le Prince amoureux ~ Michael Morpurgo

Le prince Frederico vient d'épouser la belle Serafina, la joie éclate dans tout le royaume, leur bonheur inonde chaque parcelle du pays et il n'existe pas une âme qui ressente cet amour et s'en porte tout aussi grandie. Hélas, la princesse est soudainement atteinte d'un mal inexplicable, elle n'est plus capable de sourire et éprouve une grande tristesse. Si grande que sa santé commence à s'étioler, ses jours sont désormais en danger. Les fêtes de Noël approchent mais le prince refuse de les célébrer et interdit quiconque d'exprimer le moindre sentiment de félicité. Fou de rage et de colère, il prend son cheval et galope sans but. Il se perd dans une forêt, transi de froid, épuisé de fatigue, il fait alors la rencontre d'une famille de voyageurs. Son histoire les émeut. Ils n'ont pas de recette miracle mais suggèrent au prince de donner son royaume pour un sourire de sa princesse. Les plus beaux spectacles sont alors donnés, hélas, sans tirer la plus petite ombre d'un sourire, Frederico est désespéré jusqu'à l'arrivée d'une troupe de saltimbanques masqués, et d'une oie qui fait un boucan du tonnerre...

Cette histoire de Michael Morpurgo possède le charme, le classicisme et la fantaisie d'un beau conte de Noël. L'atmosphère, très vivante et vibrante d'émotions, nous plonge littéralement à l'époque médiévale avec simplicité et beaucoup d'authenticité. Bien entendu, la magie n'est pas en reste dans cette étonnante histoire de prince et de princesse, qui révèle une fin pour le moins surprenante (en rapport avec la crèche et la Nativité). Pour qui aime les histoires de cet auteur remarquable, n'hésitez pas !

Gallimard jeunesse, 2009 ♦ illustré par Emma Chichester-Clark ♦ traduit de l'anglais par Diane Ménard

Challenge Noel Logo Chicky Poo 2015

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