24/10/16

Mémoire de fille, d'Annie Ernaux lu par Dominique Reymond

Mémoire de fille

Annie Ernaux replonge dans l'été 1958, alors qu'elle était une toute jeune fille d'à peine dix-huit ans, sortant de son école religieuse, innocente de la vie et du monde. Elle débarque à la colonie de S. dans l'Orne en tant que mono et tombe sous le charme de son supérieur, H. Ce type abuse d'elle honteusement, mais la jeune Annie, tellement naïve, s'accroche à lui et ne s'apesantit pas sur sa première nuit (loupée) avec cet homme, qui cherche un plaisir brutal et égoïste. Le compte-rendu est extrêmement violent, donnant des détails crûment, sans trace d'émotion ni le moindre état d'âme. Comme une volonté franche et résolue de s'affranchir de la petite Annie Duchesne. La fille de 58 cherche en effet à s'émanciper de son éducation de jeune campagnarde et envisage la sexualité comme une étape pour appartenir à un groupe, aussi elle se donne sans réfléchir et se soumet au désir de l'autre. Mais son attitude est raillée, la jeune fille tombe en dépression, son corps exprime son traumatisme (boulimie, aménorrhée). Bref. L'écoute du livre audio devient rapidement une expérience douloureuse, d'abord parce que le récit est lu très froidement par Dominique Reymond, d'une voix grave et sensible, quasi atone, ce qui ne favorise pas un sentiment d'empathie. Puis, l'étalage de l'agressivité sexuelle est déplaisant, en plus de mettre mal à l'aise. Je me sentais dans la peau d'une voyeuse, dépositaire d'une histoire confiée sans retenue, supportant un troublant jeu de rôles entre le “elle” et le “je” pour bien marquer la distance intectuelle et la condamnation de la petite Annie D. (“son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari”). Je n'ai pas adhéré au principe, trouvant cette attitude désagréable et prétentieuse. Ce livre, non vraiment, n'a pas su me toucher, ni m'émouvoir. Je l'ai trouvé insupportable à écouter, à comprendre, à cerner. Je vais à contre-courant de la tendance générale qui crie au génie dès qu'un livre d'A. Ernaux sort en librairie, mais personnellement je trouve ses récits de plus en plus lassants. 

Lu par Dominique Reymond pour Gallimard, coll. Ecoutez Lire / Octobre 2016

Durée : env. 3h 30

Bibliobs > VIDÉO. Faut-il lire “Mémoire de fille”, d'Annie Ernaux ?

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02/09/16

Berezina, de Sylvain Tesson

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« Un vrai voyage, c’est quoi ?
– Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le mythe ; une dérive, un délire quoi, traversé d’Histoire, de géographie, irrigué de vodka, une glissade à la Kerouac, un truc qui nous laissera pantelants, le soir, en larmes sur le bord d’un fossé. Dans la fièvre…
– Ah ? fit-il.
– Cette année ce sont les deux cents ans de la Retraite de Russie, dis-je.
– Pas possible ! dit Gras.
– Pourquoi ne pas faire offrande de ces quatre mille kilomètres aux soldats de Napoléon ? »

 

Quelle formidable épopée racontée avec panache, émotion et passion ! C'est tout ce qu'inspire le récit fabuleux du road-trip de Sylvain Tesson sur un vieux side-car en compagnie de son ami Cédric Gras, de deux camarades russes et Thomas Goisque, l'ami photographe.

C'est suite à un salon du livre basé en Russie que notre trio un peu fou lance ce projet de rentrer à Paris en suivant les traces des troupes napoléoniennes. Treize jours pour tenir un pari insensé à rouler sur des routes enneigées, par un froid de canard et couvrir la retraite de l’Empereur sur plus de quatre mille kilomètres. L'auteur nous entraîne dans une épopée carnavalesque et réjouissante, entre soif d'histoire et hommage bouleversant. On replonge dans des chapitres oubliés, on revit les batailles enfiévrées et on imagine la détresse de ces Français en déroute, leur lutte acharnée et leur désespoir face à des stratégies militaires proche du suicide. On éprouve aussi un formidable élan d'admiration pour les Grognards qui n'ont rien lâché et ont tout donné jusqu'au bout, malgré les conditions rudes, malgré le froid, la faim et malgré la fuite de Napoléon qui a précipité son retour à Paris en solo. Le moral des troupes est au plus bas, mais ces hommes se démènent pour sauver l'honneur. Une notion au sujet de laquelle l'auteur débat, tout en s'interrogeant sur l'héroïsme et notre capacité aujourd'hui à nous sacrifier pour la nation. Une cause hélas décotée. Il compare alors le génie de Napoléon qui avait réussi à imposer son rêve par le verbe, à étourdir les hommes, à les enthousiasmer et à les associer à son projet. « Il avait raconté quelque chose aux hommes et les hommes avaient eu envie d'entendre une fable, de la croire réalisable. Les hommes sont prêts à tout pour peu qu'on les exalte et que le conteur ait du talent. »

J'ai beaucoup aimé partager cette aventure, en alternant les pages du roman aux épisodes lus à voix haute par Franck Desmedt pour Audiolib. Le comédien livre une performance vivante et captivante, nous donnant l'illusion d'être à bord du side-car (ou presque) et d'être au cœur du récit. C'est passionnant, à dévorer en une bouchée tant on se sent porté par le feu de l'action. Une expérience où le sublime flirte avec le grotesque. Unique. Et fascinant.

 

Texte lu par Franck Desmedt pour Audiolib (durée : 4h 51) - Juillet 2015

Repris en poche chez Folio / Mars 2016

 

Cédric Gras, en bon baroudeur, a également fait l'écho de son récit de voyage à travers la Russie d'Extrême-Orient dans L'hiver aux trousses (Folio, 2016). 

Rien à voir avec les Grognards et Napoléon ! Il s'agit d'une autre quête fabuleuse et folle, qui consiste à partir à “la chasse aux feuilles rouges”. Soit, accompagner l'automne par tous les moyens possible (à pied, en camion, sur des canots ou à bord de remorqueur). Ainsi, des contrées polaires à la mer du Japon, ses pas ont foulé des parcelles méconnues de cette Russie du Pacifique. Une lecture totalement dépaysante ! 

 

10/02/16

Le Charme discret de l'intestin, de Giulia Enders

LE CHARME DISCRET DE L'INTESTIN

Giulia Enders, jeune doctorante en médecine et passionnée de gastroentérologie, rend ici compte de la stupéfiante mécanique de notre système digestif de manière simple, claire et précise. Selon elle, des problèmes tels que le surpoids, la dépression, le diabète, les allergies s'expliqueraient par notre façon de considérer, voire parfois maltraiter, notre intestin, reconnu comme étant notre “deuxième cerveau”. Blablabla. Je ne vais pas entrer dans les détails, car Giulia Enders est plus douée pour étayer ses théories en une démonstration roborative, et néanmoins facétieuse, qui vulgarise la science et le médical. Même un élève de lycée, accro de SVT, se sent comme un poisson dans l'eau avec cette lecture ! Quid des autres, plus réfractaires au sujet ? Ils seront également surpris par la lisibilité du propos et auront le sentiment de tout capter, sans trop se creuser les méninges. Les allergies alimentaires, le lactose et le fructose, les nausées, les salmonelles, le cholestérol, les toilettes turques, les antibiotiques et les probiotiques, l'hystérie hygiéniste... bref, ils n'auront plus de secrets pour vous. ;-) La lecture peut ainsi se résumer à une histoire de rot, de prout et de caca, du manger bien et intelligent, des habitudes à adopter, à apprendre, à modifier, pour concrètement se dire « je défèque ce que je suis, je suis ce que j'avale, j'avale en bonne intelligence et fais du bien à mon corps, mon corps me le rend bien ». Ha, ha. C'est à picorer par petites bouchées, pour éviter la surchauffe et pour soulager toute tendance hypocondriaque. Un livre qui serait presque d'utilité publique. ;-)

Jessica Monceau, la lectrice, fournit une interprétation éclairante, agréable à l'écoute et qui participe également beaucoup à l'appréciation enthousiaste de cette découverte. Il n'est, certes, pas aussi évident de choisir un ouvrage documentaire en livre audio, contrairement à une œuvre de fiction, il faut ici se concentrer davantage, sans compter que les illustrations du bouquin, faites par Jill Enders, la sœur de l'auteur, manquent cruellement pour compléter les descriptions. Cela reste, cependant, une expérience instructive et enrichissante.

Audiolib / Janvier 2016 ♦ Texte lu par Jessica Monceau (durée : 8h 22)

Téléchargez l'extrait (mp3, 2 Mo)

Traduit de l'allemand (Darm mit Charme) par Isabelle Liber pour Actes Sud

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18/06/15

Les Années, par Annie Ernaux

Les années

Le récit s'ouvre sur un album-photos que consulte l'auteur, comme pour se souvenir ou se raconter une histoire. Celle d'une fillette qui grandit au lendemain de la guerre, dans la petite ville d'Yvetot, adolescente engoncée, élève brillante, jeune femme impatiente, entre la Normandie et Paris... Mais le tableau ne s'attache à aucun point, le regard survole et s'échappe de toute ébauche autobiographique pour se focaliser sur l'époque et livrer une rétrospective globale. C'est alors un drôle de récit qu'on écoute, au son de la belle voix de Marina Moncade, un récit sur les années écoulées, au rythme du chamboulement politique, économique et social des 4 dernières décennies, un récit qui nous rappelle notre enfance, celle de nos parents ou grands-parents, et qui mêle aussi le parcours de l'auteur. Touchant, sans être attachant. Sensible, mais pas nostalgique. On retient de ce diaporama des bribes d'anecdotes plus ou moins intéressantes, débitées sur un ton volontairement neutre et impersonnel. Et hélas trop distant. On attend simplement du lecteur d'être attentif mais peu impliqué, inutile d'envisager de se fondre ou d'écouter d'une traite ce récit au déroulement assez glaçant. Je ne sais pas si cette absence d'émotion est liée à l'écoute, ou si la lecture impose tout simplement des barrières. Toujours est-il qu'une découverte par petites bouchées serait mieux indiquée.

Gallimard / Écoutez Lire ♦ avril 2015 ♦ texte lu par Marina Moncade (durée : env. 7 h)  

L'écoute en classe du CD est autorisée par l'éditeur.

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« Sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus jamais. »

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14/03/15

Une femme à Berlin: Journal 20 avril-22 juin 1945

Une femme à Berlin Journal

En avril 45, la guerre tourne en défaveur des allemands. Les berlinois vivent dans la terreur de l'arrivée imminentes des « Igor ». L'auteur de ce journal est une jeune femme d'une trentaine d'années, qui squatte les logements de fortune, au gré des bombardements, avant de s'abriter dans une cave, avec d'autres désespérés. Plus que la peur, la faim aussi les tenaille et les pousse à piller tout et n'importe quoi, comme des bouteilles de vin français planquées dans les placards !

Puis arrivent en ville les premiers convois soviétiques, fouillant les décombres où se terrent les rescapés affolés, la tension devient vite insoutenable. Les femmes aux courbes appétissantes suscitent la convoitise, la narratrice, qui possède quelques notions de la langue, tente de s'interposer, avant de subir elle-même agression sur agression. Dès lors, les scènes ne vont cesser de se répéter : défilé de soldats, soirées arrosées, pitances, viols, honte incommensurable.

Cette banalisation de l'horreur fait froid dans le dos. Les berlinoises courbent l'échine, deviennent le défouloir des soviets enragés par des années de conflit. Elles paient pour les atrocités dont leur peuple est accusé. Leur corps devient aussi leur monnaie d'échange, pour manger et survivre. Cette vérité crue, déversée sans la moindre émotion, va heurter l'opinion publique lorsque le livre sera édité dans les années 50. Personne ne voulait plaindre les allemands, ni entendre la litanie de leurs souffrances.

Le temps va apaiser les esprits et c'est seulement dans les années 2000 qu'on accordera enfin à ce journal une valeur humaine à juste titre. (Les chiffres estiment entre 100,000 et 2 millions de femmes violées durant la période d'occupation par l'Armée Rouge.) Le témoignage est certes bouleversant, dur et oppressant. L'auteur ne fait pas dans la dentelle, se montre tantôt sarcastique, dépitée, malheureuse ou désespérée. Son récit rend compte d'un autre versant de l'horreur de la guerre et n'est pas prêt de s'effacer de votre mémoire après l'avoir lu.

Première parution en 2006 ♦ Trad. de l'allemand par Françoise Wuilmart (Ein Frau In Berlin) ♦ Présentation de Hans Magnus Enzensberger

En 2003, deux ans après la mort de l'auteur, son identité a été dévoilée - il s'agissait de Marta Hillers, elle était journaliste.

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20/02/15

Un tout petit rien, de Camille Anseaume

«... ma bosse, ma tumeur, mon erreur, mon accident, mon avorton, mon rien, mon tout, mon embryon, mon clandestin, mon sans-papier, mon tout-petit, mon envie, ma folie, mon amour. »

Un tout petit rien

Camille, 25 ans, découvre qu'elle est enceinte et voit son amant claquer la porte en l'apprenant. Choquée et effondrée, pleine de questions et de doutes, elle se retrouve face à une montagne de responsabilités, comme annoncer la nouvelle à des parents déçus et désemparés ou prendre une décision radicale : le garder ou pas. Bref, Camille surprend, Camille affole mais Camille est « seul juge de la situation de détresse ».

Ce récit, bref et intense, raconte avec des mots simples et une grande sincérité l'envie de bien faire, de ne pas se tromper et d'assumer les conséquences d'une grossesse non désirée. Toutes les femmes pourront facilement se mettre à sa place et seront touchées par la force de son récit, à l'humour caustique et féroce.

Il y a, certes, un côté exhibitionniste assumé, où l'on se raconte sur 284 pages (tout ça pour ça), avec des effets de style qui font mouche. Mais le ton vif et passionnel de Camille Anseaume remue les tripes et résonne en écho à des interrogations légitimes et existentielles. Cela peut agacer, comme cela peut émouvoir le lecteur. Personnellement, j'ai aimé la sensibilité à fleur de peau que reflète ce témoignage.

Pocket, février 2015 ♦ À découvrir par curiosité ! 

« Je suis pour que les gens aient le choix de donner naissance à un enfant ou pas, je suis contre ceux qui célèbrent le miracle de la vie en prônant que chaque grossesse en est un, je suis contre ceux qui érigent leurs valeurs personnelles en principes universels. »

♦♦♦

« Je te regarde à nouveau et en observant ton ventre qui s'emplit et se vide doucement, je pense à ma mère et à son bébé dont le pyjama ne s'est jamais soulevé. Je comprends qu'elle a vécu l'innommable et que je perdrais pied dans la seconde si ton pyjama arrêtait de se soulever. Alors je ne lui en veux plus, puisqu'elle a fait ce qu'elle a pu. On dirait que c'est ça, couper le cordon. En quelques minutes, j'ai coupé celui qui me reliait à ma mère et celui qui me reliait à ma fille, je me sens tout d'un coup libre, et en déséquilibre... »

 

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07/01/14

Journal d'Hélène Berr : 1942-1944 (Suivi de Hélène Berr, une vie confisquée par Mariette Job)

“Si j'écris tous ces petits détails, c'est parce que maintenant la vie s'est resserrée, que nous sommes devenus plus unis, et tous ces détails prennent un intérêt énorme. Nous vivons heure par heure, non plus semaine par semaine.”

 

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J'avais déjà lu des extraits du journal d'Hélène Berr lors de l'édition 2008 par Audiolib, interprétée par Elsa Zylberstein. Je n'ai pas hésité une seconde pour connaître la version intégrale, lue cette fois par Guila Clara Kessous.

Au-delà du témoignage bouleversant, c'est aussi une personnalité stupéfiante que l'on découvre, Hélène Berr, 21 ans, brillante étudiante à la Sorbonne, amoureuse, bavarde, spontanée, érudite, sensible, sincère, révoltée, agacée, impuissante, rageuse et désespérée. Elle confesse dans son journal de nombreux détails concernant sa vie de tous les jours, d'abord dans le but de se délester d'un poids, puis dans le souci de laisser une empreinte et de permettre aux générations suivantes de comprendre et de savoir dans quelles tourmentes les familles juives ont été plongées.

C'est comme ça qu'on entame la lecture sur une impression de légèreté, au départ les préoccupations d'Hélène relèvent de la superficialité (ses relations amoureuses ou amicales, ses rapports avec sa famille). Au loin, commencent pourtant les rafles et les déportations, mais c'est seulement suite à l'arrestation de son père qu'Hélène se souciera moins de sa petite personne pour s'intéresser à une sphère plus large, plus politique.

J'ai beaucoup aimé l'élégance de la jeune femme, dans son écriture, dans son style, dans sa vie. C'était une jeune fille si dynamique, pleine de vie, rayonnante. Mais plus on avance dans son témoignage, et plus on constate que le ton change, que la gravité et l'amertume s'installent, que le désespoir point, que la mélancolie n'est plus lyrique, mais signe d'une profonde meurtrissure.

Et pourtant, c'est loin d'être un texte triste, mais davantage un texte vrai, qui puise sa force et sa richesse dans la personnalité pétillante d'Hélène Berr. Ce témoignage est aussi une formidable leçon de vie, sa lecture est indispensable pour se rappeler ce douloureux chapitre des heures les plus noires de notre pays.

Audiolib, novembre 2013 / éditions Tallandier, 2008. Texte intégral lu par Guila Clara Kessous (durée d'écoute : 8 h 38)
Préface de Patrick Modiano lue par Benoit Peeters.
Avec la participation de Mariette Job (postface), nièce d’Hélène Berr, qui explique l'histoire de la publication du Journal.

L'écoute en classe de ce CD est autorisée par l'éditeur.

“Il faudrait donc que j'écrive pour pouvoir plus tard montrer aux hommes ce qu'a été cette époque. Je sais que beaucoup auront des leçons plus grandes à donner, et des faits plus terribles à dévoiler. Je pense à tous les déportés, à tous ceux qui gisent en prison, à tous ceux qui auront tenté la grande expérience du départ. Mais cela ne doit pas me faire commettre une lâcheté, chacun dans sa petite sphère peut faire quelque chose. Et s'il le peut, il le doit.
Seulement, je n'ai pas le temps d'écrire un livre. Je n'ai pas le temps, je n'ai pas le calme d'esprit nécessaire. Et je n'ai sans doute pas le recul qu'il faut. Tout ce que je peux faire, c'est de noter les faits ici, qui aideront plus tard ma mémoire si je veux raconter, ou si je veux écrire.”

La servante du Seigneur, de Jean-Louis Fournier

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Je n'ai pas du tout été convaincue par la motivation de ce texte !
L'auteur étale sur la place publique une affaire personnelle (sa fille a pris le voile, et lui ne l'accepte pas). Il l'accuse d'être différente, d'avoir changé, d'avoir ruiné son don artistique, d'être endoctrinée. Non mais, franchement, c'est pathétique.
Pas une seule fois, l'homme ne montre un aspect de sa personne qui prouverait qu'il est tolérant, qu'il se met à la place de sa fille et qu'il veut comprendre son choix de vie. Au lieu de ça, il tacle, il ressasse de vieux souvenirs, il fait preuve d'humour sordide, il critique, il est bête, il est méchant, il est mesquin.
Loin d'être intimiste, c'est un texte qui se révèle voyeuriste, déplacé et dérangeant. À aucun moment on ne ressent de l'empathie pour cet homme grincheux et égoïste, tout fripé d'être aigri et engoncé dans son acharnement.
C'est désolant.
Le texte, heureusement, est très bref. Seulement 1 h 30 d'écoute (texte lu par l'auteur lui-même). Il se termine de façon salutaire, avec un droit de réponse de la concernée, Marie, à travers la voix de Colette Sodoyez, qui s'exprime brièvement mais fermement. C'est la seule partie du livre que j'ai appréciée.

Audiolib, décembre 2013 - durée d'écoute : 1 h 27 - Texte intégral lu par l'auteur. Avec la participation de Colette Sodoyez.

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25/10/13

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit (Audiolib) lu par Daniel Nicodème

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Daniel Nicodème se glisse dans la peau de l'écrivain Jean d'Ormesson pour nous livrer une lecture tout à fait étonnante, à la fois classieuse, nostalgique, enjouée et compatissante. Il nous rend compte du perpétuel ébahissement de l'homme face à son époque, au temps qui passe, à son enfance heureuse et aux doux souvenirs s'y rapportant.
J'ai infiniment aimé toutes ses savoureuses anecdotes concernant sa famille, son existence douillette, protégée et insouciante à Plessis-lez-Vaudreuil, le domaine de son grand-père, lui-même un homme à la personnalité truculente. D'autres figures fantasques, grotesques et aimables, comme le fermier bouddhiste communiste ou la ravissante Marie, passent dans le décor, s'installent, taillent la causette.
C'est absolument charmant, évadé d'un autre temps, poudré et délicieusement guindé, oui, vraiment c'est charmant !
Par contre, l'esprit de l'auteur s'égare aussi dans des considérations existentielles, sur la science, la création du monde, la religion ou les étoiles, mais également sur son œuvre littéraire, sur l'importance d'écrire, de se réaliser dans l'écriture, de parfaire son éternel roman en espérant laisser une trace dans ce vaste monde...
J'avoue, ma curiosité aura toutefois accusé quelques soubresauts d'intérêt, oscillant du haut vers le bas. C'est clair, je préfère de loin les souvenirs personnels, plus concrets, aux foisonnantes idées sur l'univers qui nous entoure. Serait-ce ainsi un roman testamentaire que nous propose Jean d'Ormesson, un récit empreint de souvenirs frétillants et de réflexions toutes personnelles sur la vie en général ?
Chacun y saisira ce qu'il veut. Pour ma part, j'ai été follement séduite par l'homme qui se livre sans retenue, qui évoque ses souvenirs d'enfance et de famille avec générosité, un soupçon de facétie et une grande admiration bien entendu.
Par contre, je suis persuadée que l'auteur lui-même aurait pu s'adonner à l'exercice de la lecture à haute voix, notamment sur ce petit ton badin qui lui est propre. Le résultat aurait été tout aussi entraînant et agréable !

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit, par Jean d'Ormesson (Audiolib, octobre 2013 - lu par Daniel Nicodème, durée : 5h)

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12/06/13

“Je m'ennuie au milieu de ces cotes toujours à la même place. Ça finit par me taper sur le système.”

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Ce récit m'est apparu comme la logorrhée inépuisable d'une bibliothécaire aigrie par son travail. Un matin, au moment de prendre son poste, elle tombe sur un lecteur qui a passé la nuit dans la bibliothèque. Elle est surprise et rouspète, puis se met à lui parler, parler, parler. C'est long ! D'autant plus, qu'à aucun moment, son interlocuteur ne va intervenir, aussi se demande-t-on si cet individu existe vraiment !

Aussitôt la femme embraie sur son métier, son fonctionnement, expliquant ainsi la fameuse classification décimale de Dewey (cf. le titre du livre). Puis elle s'échappe dans de nombreuses digressions, ses réflexions deviennent acerbes, elle ne supporte pas ses collègues, elle vilipende la direction, trouve qu'ils ont mauvais goût, elle est frustrée d'être au sous-sol, rayon géographie, elle aurait préféré l'histoire.

Et puis, elle se sent transparente, inexistante, elle fait partie des murs, même les rares lecteurs qui descendent jusqu'à elle ne lui prêtent aucune attention, elle soupire, elle grince des dents, parfois elle se venge, elle fait aussi une fixation sur un certain Martin. Sauf que tout ceci ne la console pas de sa détresse. En gros, elle ne trouve aucun épanouissement dans son travail, elle le sait, et nous aussi. A peine les premières pages lues, on le ressent tout de suite.

Ce petit livre m'a donc semblé déconcertant, très amer et un peu lassant. Son flot de paroles, qui apparaît comme un gros bloc interminable et sans chapitre, a été pour moi un enfermement, c'est étouffant, tour à tour usant et agaçant. Je me suis sentie totalement étrangère au désarroi de la bibliothécaire, sa hargne contre le monde extérieur a fini par me gonfler, je n'ai jamais trouvé ça piquant, ou acide, ou drôle. Tant pis.

La cote 400, par Sophie Divry
10/18 (2013)  ou aux éditions Les Allusifs, 2010

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