07/01/14

Journal d'Hélène Berr : 1942-1944 (Suivi de Hélène Berr, une vie confisquée par Mariette Job)

“Si j'écris tous ces petits détails, c'est parce que maintenant la vie s'est resserrée, que nous sommes devenus plus unis, et tous ces détails prennent un intérêt énorme. Nous vivons heure par heure, non plus semaine par semaine.”

 

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J'avais déjà lu des extraits du journal d'Hélène Berr lors de l'édition 2008 par Audiolib, interprétée par Elsa Zylberstein. Je n'ai pas hésité une seconde pour connaître la version intégrale, lue cette fois par Guila Clara Kessous.

Au-delà du témoignage bouleversant, c'est aussi une personnalité stupéfiante que l'on découvre, Hélène Berr, 21 ans, brillante étudiante à la Sorbonne, amoureuse, bavarde, spontanée, érudite, sensible, sincère, révoltée, agacée, impuissante, rageuse et désespérée. Elle confesse dans son journal de nombreux détails concernant sa vie de tous les jours, d'abord dans le but de se délester d'un poids, puis dans le souci de laisser une empreinte et de permettre aux générations suivantes de comprendre et de savoir dans quelles tourmentes les familles juives ont été plongées.

C'est comme ça qu'on entame la lecture sur une impression de légèreté, au départ les préoccupations d'Hélène relèvent de la superficialité (ses relations amoureuses ou amicales, ses rapports avec sa famille). Au loin, commencent pourtant les rafles et les déportations, mais c'est seulement suite à l'arrestation de son père qu'Hélène se souciera moins de sa petite personne pour s'intéresser à une sphère plus large, plus politique.

J'ai beaucoup aimé l'élégance de la jeune femme, dans son écriture, dans son style, dans sa vie. C'était une jeune fille si dynamique, pleine de vie, rayonnante. Mais plus on avance dans son témoignage, et plus on constate que le ton change, que la gravité et l'amertume s'installent, que le désespoir point, que la mélancolie n'est plus lyrique, mais signe d'une profonde meurtrissure.

Et pourtant, c'est loin d'être un texte triste, mais davantage un texte vrai, qui puise sa force et sa richesse dans la personnalité pétillante d'Hélène Berr. Ce témoignage est aussi une formidable leçon de vie, sa lecture est indispensable pour se rappeler ce douloureux chapitre des heures les plus noires de notre pays.

Audiolib, novembre 2013 / éditions Tallandier, 2008. Texte intégral lu par Guila Clara Kessous (durée d'écoute : 8 h 38)
Préface de Patrick Modiano lue par Benoit Peeters.
Avec la participation de Mariette Job (postface), nièce d’Hélène Berr, qui explique l'histoire de la publication du Journal.

L'écoute en classe de ce CD est autorisée par l'éditeur.

“Il faudrait donc que j'écrive pour pouvoir plus tard montrer aux hommes ce qu'a été cette époque. Je sais que beaucoup auront des leçons plus grandes à donner, et des faits plus terribles à dévoiler. Je pense à tous les déportés, à tous ceux qui gisent en prison, à tous ceux qui auront tenté la grande expérience du départ. Mais cela ne doit pas me faire commettre une lâcheté, chacun dans sa petite sphère peut faire quelque chose. Et s'il le peut, il le doit.
Seulement, je n'ai pas le temps d'écrire un livre. Je n'ai pas le temps, je n'ai pas le calme d'esprit nécessaire. Et je n'ai sans doute pas le recul qu'il faut. Tout ce que je peux faire, c'est de noter les faits ici, qui aideront plus tard ma mémoire si je veux raconter, ou si je veux écrire.”


La servante du Seigneur, de Jean-Louis Fournier

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Je n'ai pas du tout été convaincue par la motivation de ce texte !
L'auteur étale sur la place publique une affaire personnelle (sa fille a pris le voile, et lui ne l'accepte pas). Il l'accuse d'être différente, d'avoir changé, d'avoir ruiné son don artistique, d'être endoctrinée. Non mais, franchement, c'est pathétique.
Pas une seule fois, l'homme ne montre un aspect de sa personne qui prouverait qu'il est tolérant, qu'il se met à la place de sa fille et qu'il veut comprendre son choix de vie. Au lieu de ça, il tacle, il ressasse de vieux souvenirs, il fait preuve d'humour sordide, il critique, il est bête, il est méchant, il est mesquin.
Loin d'être intimiste, c'est un texte qui se révèle voyeuriste, déplacé et dérangeant. À aucun moment on ne ressent de l'empathie pour cet homme grincheux et égoïste, tout fripé d'être aigri et engoncé dans son acharnement.
C'est désolant.
Le texte, heureusement, est très bref. Seulement 1 h 30 d'écoute (texte lu par l'auteur lui-même). Il se termine de façon salutaire, avec un droit de réponse de la concernée, Marie, à travers la voix de Colette Sodoyez, qui s'exprime brièvement mais fermement. C'est la seule partie du livre que j'ai appréciée.

Audiolib, décembre 2013 - durée d'écoute : 1 h 27 - Texte intégral lu par l'auteur. Avec la participation de Colette Sodoyez.

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25/10/13

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit (Audiolib) lu par Daniel Nicodème

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Daniel Nicodème se glisse dans la peau de l'écrivain Jean d'Ormesson pour nous livrer une lecture tout à fait étonnante, à la fois classieuse, nostalgique, enjouée et compatissante. Il nous rend compte du perpétuel ébahissement de l'homme face à son époque, au temps qui passe, à son enfance heureuse et aux doux souvenirs s'y rapportant.
J'ai infiniment aimé toutes ses savoureuses anecdotes concernant sa famille, son existence douillette, protégée et insouciante à Plessis-lez-Vaudreuil, le domaine de son grand-père, lui-même un homme à la personnalité truculente. D'autres figures fantasques, grotesques et aimables, comme le fermier bouddhiste communiste ou la ravissante Marie, passent dans le décor, s'installent, taillent la causette.
C'est absolument charmant, évadé d'un autre temps, poudré et délicieusement guindé, oui, vraiment c'est charmant !
Par contre, l'esprit de l'auteur s'égare aussi dans des considérations existentielles, sur la science, la création du monde, la religion ou les étoiles, mais également sur son œuvre littéraire, sur l'importance d'écrire, de se réaliser dans l'écriture, de parfaire son éternel roman en espérant laisser une trace dans ce vaste monde...
J'avoue, ma curiosité aura toutefois accusé quelques soubresauts d'intérêt, oscillant du haut vers le bas. C'est clair, je préfère de loin les souvenirs personnels, plus concrets, aux foisonnantes idées sur l'univers qui nous entoure. Serait-ce ainsi un roman testamentaire que nous propose Jean d'Ormesson, un récit empreint de souvenirs frétillants et de réflexions toutes personnelles sur la vie en général ?
Chacun y saisira ce qu'il veut. Pour ma part, j'ai été follement séduite par l'homme qui se livre sans retenue, qui évoque ses souvenirs d'enfance et de famille avec générosité, un soupçon de facétie et une grande admiration bien entendu.
Par contre, je suis persuadée que l'auteur lui-même aurait pu s'adonner à l'exercice de la lecture à haute voix, notamment sur ce petit ton badin qui lui est propre. Le résultat aurait été tout aussi entraînant et agréable !

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit, par Jean d'Ormesson (Audiolib, octobre 2013 - lu par Daniel Nicodème, durée : 5h)

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12/06/13

“Je m'ennuie au milieu de ces cotes toujours à la même place. Ça finit par me taper sur le système.”

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Ce récit m'est apparu comme la logorrhée inépuisable d'une bibliothécaire aigrie par son travail. Un matin, au moment de prendre son poste, elle tombe sur un lecteur qui a passé la nuit dans la bibliothèque. Elle est surprise et rouspète, puis se met à lui parler, parler, parler. C'est long ! D'autant plus, qu'à aucun moment, son interlocuteur ne va intervenir, aussi se demande-t-on si cet individu existe vraiment !

Aussitôt la femme embraie sur son métier, son fonctionnement, expliquant ainsi la fameuse classification décimale de Dewey (cf. le titre du livre). Puis elle s'échappe dans de nombreuses digressions, ses réflexions deviennent acerbes, elle ne supporte pas ses collègues, elle vilipende la direction, trouve qu'ils ont mauvais goût, elle est frustrée d'être au sous-sol, rayon géographie, elle aurait préféré l'histoire.

Et puis, elle se sent transparente, inexistante, elle fait partie des murs, même les rares lecteurs qui descendent jusqu'à elle ne lui prêtent aucune attention, elle soupire, elle grince des dents, parfois elle se venge, elle fait aussi une fixation sur un certain Martin. Sauf que tout ceci ne la console pas de sa détresse. En gros, elle ne trouve aucun épanouissement dans son travail, elle le sait, et nous aussi. A peine les premières pages lues, on le ressent tout de suite.

Ce petit livre m'a donc semblé déconcertant, très amer et un peu lassant. Son flot de paroles, qui apparaît comme un gros bloc interminable et sans chapitre, a été pour moi un enfermement, c'est étouffant, tour à tour usant et agaçant. Je me suis sentie totalement étrangère au désarroi de la bibliothécaire, sa hargne contre le monde extérieur a fini par me gonfler, je n'ai jamais trouvé ça piquant, ou acide, ou drôle. Tant pis.

La cote 400, par Sophie Divry
10/18 (2013)  ou aux éditions Les Allusifs, 2010

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11/06/13

“Notre mariage était à l'image de notre couple et de notre ferme, à la fois exquis et désordonné, sublime et tumultueux.”

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“Si nous voulons être heureux, nous ne devons pas l'oublier.” Ce sont surtout les valeurs véhiculées dans le livre qui m'ont plu. Après, c'est un témoignage d'une ancienne citadine qui découvre la vie à la ferme et se lance dans l'aventure avec son futur époux. Ici, pas d'ambiance croquignolette façon L'amour est dans le pré, Kristin rencontre Mark autour d'une éviscération de porc, puis tombe amoureuse de lui en avalant un foie de cerf. Sûr que, pour le glamour, on repassera.

Et pourtant, quelque chose m'a plu dans ce livre. Son côté rustique et rudimentaire, peut-être. Les petites anecdotes y sont un peu drôles, surtout surprenantes et parfois dégoûtantes (la violente attaque contre la vache Delia, il faut avoir le cœur bien accroché, et puis on zigouille les bêtes sans état d'âme, ça fait partie du cycle de la vie, chose que j'ai souvent du mal à cadrer...). C'est donc tout un parcours de vie qu'on découvre, Kristin était une jeune femme dynamique, qui aimait voyager, sortir, se rendre au pub, aller au restaurant ou au cinéma, avec Mark c'est une autre vie qu'il lui propose, et elle dit banco.

J'ai donc aimé l'authenticité de son témoignage, jamais elle ne triche, son métier est difficile mais gratifiant, son mari est entier mais généreux et entrepreneur, sa famille pense qu'elle va tout plaquer, mais elle est admirative et toujours la soutiendra. C'est ainsi, un ensemble de détails, de longues descriptions (fastidieuses) sur une aventure humaine, exigeante et hasardeuse, un portrait de femme forte, amoureuse et imparfaite (qui ne vacillerait pas, un matin, le dos fourbu, les mains bardées de cloques, les cheveux en pétard, le portefeuille vide ?). C'est un livre qui se lit avec curiosité, qui comporte des passages longuets et glauques, mais il dégage une très belle philosophie qui fait du bien, surtout ces temps-ci.

Une vie pleine, par Kristin Kimball
10-18 (2012) - traduit par Joëlle Touati

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21/11/12

Laissez-les lire !

Amateurs de lecture, petits et grands curieux, sempiternels demandeurs de conseils, égarés dans la forêt des livres, vous ne manquerez pas d'arrêter votre chemin sur les ouvrages suivants.

  • L'as-tu lu mon p'tit loup ?  (les indispensables)

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«L'as-tu lu mon p'tit loup ?» est une émission diffusée sur les ondes de France Inter depuis 25 ans (tous les dimanches à 19 h 55). Un beau succès pour ce programme, rare dans le paysage actuel, qui cherche à mettre à l'honneur la littérature pour la jeunesse. Pour célébrer cet anniversaire, vient de paraître un ouvrage réunissant 90 coups de coeur - choisis parmi les 2500 albums, romans et documentaires que Denis Cheissoux, Patrice Wolf et Véronique Corgibet ont fait connaitre aux auditeurs.

Le choix des 90 livres est totalement subjectif, mais ce sont des valeurs sûres, et même des classiques (on notera par exemple la présence de Charles à l'école des dragons, De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête, Des nouvelles de mon chat, Max et les Maximonstres, Pomelo grandit, Princesses oubliées ou inconnues, Rita et Machin à Paris, L'oeil du loup, La vengeance du chat assassin,  Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi, Magnus Million, Vango... et des tas d'autres encore !). Tous ces titres sont aussi un bagage de vie pour les enfants d'aujourd'hui qui sont les lecteurs de demain. 

A la question, pourquoi faites-vous cela depuis tout ce temps ? Voici un échantillon de mes réponses préférées : 

Parce qu'on passe à travers le miroir des livres et que cela empêche de vieillir trop vite.
Parce que ne pas savoir qu'on apprend est un bonheur.
Parce que la créativité est florissante dans les albums.
Parce que j'aime l'adulte qui n'oublie pas l'enfant qu'il a été.

Gallimard jeunesse, coll. Hors-série prescription, 2012
Préface d'Erik Orsenna - illustration de couverture : Olivier Tallec

Ce guide est dédié à tous les âges de votre vie.

 

  • Je cherche un livre pour un enfant (de la naissance à 7 ans, ou pour les 8/16 ans)

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Utiles et perspicaces, ces deux ouvrages sont des mines d'informations pour vous tuyauter, notamment lorsque vous avez des attentes précises : chercher un livre pour un enfant qui commence à lire seul ou qui est passionné de lecture, que lire après Harry Potter, Twilight ou comme roman policier, trouver un livre qui parle d'aventure, de récits de vie, d'humour, etc.

Mais aussi trouver un album pour aborder les grandes questions (sur la mort, la naissance, le sens de la vie), susciter l'envie d'apprendre, stimuler le développement de l'imaginaire, lire une histoire le soir, parler de sentiments, rire ensemble, découvrir le monde ou attendre Noël.

Cela s'adresse à tout le monde, il y en a pour tous les âges, tous les goûts, tous les styles, on y trouve de très nombreuses références, agencées de façon claire et précise. Ces deux ouvrages se révèlent plus que nécessaires ! 

par Sophie Van Der Linden (de la naissance à 7 ans) &  Tony Di Mascio (pour les 8/16 ans)
Gallimard jeunesse, coll. Hors série prescription, 2011

  • Laissez-les lire ! : Mission lecture

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Pour finir, le livre de Geneviève Patte se révèle plus pointu et spécifique, il rend compte du travail admirable de cette bibliothécaire qui a créé et dirigé, de 1965 à 2001, La Joie par les livres, qui regroupe la bibliothèque pour enfants de Clamart, le Centre national du livre pour enfants et la revue du même nom. Respect total pour cette dame dont la passion de communiquer / partager le goût de lire et l'amour des livres a été un vrai sacerdoce. 

Cet ouvrage est la version remaniée et augmentée du même titre paru aux éditions de l'Atelier en 1987. En gros, on découvre la mission divine de la bibliothécaire, son investissement sans borne pour éveiller et accompagner le goût de lire chez l'enfant, l'aider à suivre son parcours de lecteur, du premier album à la littérature sous toutes ses formes. Pour ponctuer son discours, Mme Patte fait appel aux classiques (comme Tobie Lolness et Harry Potter pour les plus récents !) - elle appelle cela : préserver le patrimoine du livre pour enfants.

Les bibliothécaires jouent un rôle important dans les découvertes puisque, par profession, ils ont la connaissance et l'expérience du patrimoine vivant du livre pour enfants. Malheureusement dans trop de bibliothèques et d'écoles, les acquisitions se réfèrent essentiellement à la présentation, dans la presse générale et spécialisée, des nouveautés éditoriales. En ignorant le patrimoine de l'édition pour enfants, on se prive de vrais chefs-d'oeuvre ; on risque de rester à la surface éphémère de l'immédiat.

Il est aussi question du rôle de l'adulte, et de l'école, en tant que passeurs d'histoires, de l'importance de la lecture orale, de la volonté d'intégrer la famille au sein de la bibliothèque afin de créer une maison vivante et chaleureuse, du rôle social qui consiste à être à l'écoute, à cerner les envies et faire des choix, de la culture enfantine en général, des lectures d'enfance, des relectures parfois nécessaires, puisqu'il faut savoir se renouveler ou prendre des risques. C'est une lecture foncièrement intéressante, qui propose de nombreuses pistes de réflexion et qui parle avec passion du métier de bibliothécaire. Il y a certainement un peu de snobisme (je défends le droit et la liberté de pouvoir lire tout ce qu'on veut, sans juger) et un manque de modernité (l'évolution numérique est survolée, l'approche est timide et approximative). Mais cet ouvrage demeure une référence absolue dans ce domaine, et Geneviève Patte a été une pionnière à promouvoir le développement de services de lecture ouverts aux enfants, donc respect total et applaudissement. 

Gallimard jeunesse, coll. Hors-série prescription, 2012 - illustration de couverture : Quentin Blake

04/03/12

Le Journal de Fanny

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Fanny a neuf ans quand elle voit son père arrêté par deux agents de la police secrète. Son seul tort : avoir quitté l'Allemagne quelques années plus tôt pour se réfugier en France. Nous sommes en 1939. La famille de Fanny est juive, et très vite sa mère prend l'initiative de confier ses trois filles à un organisme chargé de protéger les enfants. C'est ainsi que Fanny et ses soeurs vont vivre quelques années à la campagne, au château de Chaumont, dans la Creuse. Mais la tranquillité sera de courte durée puisque les activités des Justes ont été dénoncées à la Gestapo. A seulement treize ans, Fanny assumera de conduire pas moins de 28 enfants jusqu'en Suisse ! 

Ce livre est avant tout un témoignage bouleversant retraçant l'incroyable courage d'une adolescente de 13 ans qui a pris sur elle pour protéger ses soeurs et d'autres enfants juifs en bravant la police allemande. Son âme de cheftaine va guider tout ce petit monde vers un lieu plus sûr, au-delà des frontières suisses, bien évidemment son parcours sera semé d'embûches, mais jamais la jeune fille ne baissera les bras. Elle fera preuve d'une témérité exemplaire, portée par l'espoir et la rage de survivre. C'est très fort, je n'avais jamais entendu une telle histoire, et franchement j'ai terminé ma lecture encore étourdie d'admiration.
Cela restera, incontestablement, une belle leçon de bravoure et d'héroïsme.

Le Journal de Fanny, par Fanny Ben-Ami
Récit recueilli par Galila Ron-Feder et traduit de l'hébreu par Benjamin Ben-Ami.
seuil, 2011 

Suivi de Les Enfants juifs au coeur de la guerre, un texte documentaire de Claude Grimmer. 

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09/11/11

Enfance(s)

couleur_mirabelle-olivier_larizza-3dCouleur Mirabelle est une plongée en enfance, et plus particulièrement dans celle de l'auteur. Olivier Larizza exprime avec simplicité et sincérité ses souvenirs de petit garçon, celui qui aimait Goldorak et savourait les carambars, mais aussi celui qui voulait dédier un poème de Maurice Carême à sa mère, pour tout l'amour et l'admiration qu'elle lui inspirait, ou celui qui évoquait un portrait attendrissant du grand-père, un homme formidable, passionné de cyclisme et du Tour de France. 

On sent une enfance heureuse, reconnaissante, bienveillante, où il fait bon vivre et aimer. Il est temps aujourd'hui de chuchoter ces mots d'amour, de se baigner dans le souvenir de ces jours heureux. Et je trouve qu'en cette période morose, porteuse de nouvelles pas toujours gaies, il est bon de se réfugier dans un ouvrage de textes courts, un ouvrage dont la lecture procure une sensation de douceur, de tendresse et de nostalgie. Couleur Mirabelle  apporte un sentiment de sérénité aussi, c'est reposant, vraiment j'étais sous le charme même si je ne sais pas trop expliquer exactement pourquoi. Ou peut-être si, peut-être est-ce le secret de ce livre, mais Couleur Mirabelle a également la couleur de notre propre enfance ! Pas seulement celle des années 80 et de la génération Casimir, mais tout bonnement une enfance au goût de barbe à papa, sucrée et vaporeuse. 

Couleur mirabelle, par Olivier Larizza
Orizons 2011. 10€ 
 (Extrait du livre

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28/03/11

Vivre avec l'étranger

IMG_3101Un petit texte intelligent et limpide sur la question de "l'étranger" par sa définition politique, anthropologique, philosophique et psychologique. Surtout, aucune crainte ! C'est clair comme de l'eau de source. La collection (Chouette penser !) se destine aux enfants et tend à vouloir expliquer des questions essentielles en des réponses simples (il existe une thématique assez large, comme par exemple Pourquoi on écrit des romans de Danièle Sallenave, que j'ai lu il y a quelques mois mais j'étais restée sur ma faim).
Sur le sujet "Vivre avec l'étranger", il m'est apparu nécessaire à lire et à faire partager. C'est une lecture que BEAUCOUP devrait consulter afin de se rappeler ô combien on s'enrichit de l'autre et de ses différences. C'est ce qui fait bouger le monde, en plus de nous faire grandir.
Le livre est donc composé en plusieurs parties, qui sont les suivantes : L'étranger ou l'autre que soi - De l'étranger aux étrangers - L'état et ses étrangers - Soi-même comme un autre - Le moi caché - Vivre, apprendre et partager avec l'étranger.
On trouve en marge des petites chouettes savantes qui expliquent les termes qui pourraient freiner la compréhension (pour les plus jeunes), en plus de citations d'auteurs (Baudelaire, Machiavel, Marcel Proust, Freud...), tout ceci dans un décor orange, illustré de façon abstraite par Alexis Beauclair.
Ce qu'il faut retenir, donc, c'est le propos de ce livre. On chuchote, on soupire, on lit haut et fort des passages qui nous parlent, on souligne et on aimerait tant que ce soit une vérité entendue, une leçon de choses pour les amnésiques. Je me suis sentie totalement concernée par ce texte, j'ai aimé son approche et ses explications simples, la question de "vivre avec l'étranger", au sens le plus large, est retournée dans tous les sens et la conclusion n'est pas non plus moraliste. Elle est déclarative, et tellement évidente. Vraiment, j'ai trouvé cette lecture enrichissante et utile pour tous !

Aller à la rencontre de l'étranger, et ne pas simplement coexister, relève toujours d'une sorte de pari, mais ce pari peut être récompensé : les langues se réinventent par emprunts ; la vision de l'humanité s'enrichit et s'élargit ; les choix de vie que l'on fait pour soi-même sont plus réfléchis ; la créativité y trouve de nouvelles ressources.

Texte de Marie Gaille - Illustrations d'Alexis Beauclair
Gallimard jeunesse Giboulées / Chouette Penser ! (2011) - 70 pages - 10 euros

27/08/10

Pêle-Mêle Clarabel #4

Quelques extraits pris au hasard de mes dernières lectures :

De la même façon que ma fille scrute les traits de mon visage pour tenter d'y trouver des indices de la femme qu'elle est en train de devenir, moi aussi je me mire en elle et ... quelquefois, pour une expression fugace, un geste à peine ébauché, un reflet de carnation, j'ai un frisson qui me zézaie dans le coeur : ma fille me ressemble ! Sans aller jusqu'au flaubertien mais combien tentant : Ma fille, c'est moi !, je m'effraie de me voir si ... imparfaite en ce miroir. Je me sens doublement confuse : primo, que m'arrive-t-il, d'où me remonte cette douleur diffuse ? Mais aussi, secundo, confusion des identités : est-ce moi que je reconnais en elle ? Est-ce elle qui est si semblable à moi ? C'est une choucroute variée !

Ma fille (Conseils aux mères d'ados), de Sonia Feertchak (Plon, 2010)

(...) dans le monde que tu imagines, et qui me fait peur, qui me glace les sangs, au moins, ça, ça restera humain. Les livres. Moi, je ne suis pas comme toi. Je ne pense pas du tout que les machines vont les rendre inutiles, au contraire, on en aura besoin plus que jamais, parce que je te le dis, moi, on va étouffer ! On courra après, on lira tout ce qui a été écrit avant, et on se dira : ah ! mince, ils en avaient de la chance, ils avaient un endroit où se cacher ! Où on ne pouvait pas venir les embêter, leur dire ce qu'il faut faire, ce qu'il faut penser ! Ta génération, comme tu dis, il ne faut pas qu'elle se trompe de cible. Remarque, les machines, je n'ai rien contre, je travaille depuis vingt ans sur un ordinateur, j'ai un portable, un lecteur de DVD, et je suis tout le temps sur Internet pour mon travail.
- Alors, où est le problème ?
- Le problème, c'est que ça prend trop de place, trop d'importance dans nos vies... ça finit par nous déshumaniser.

Pourquoi on écrit des romans..., de Danièle Sallenave (Gallimard jeunesse, 2010)

 



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