18/06/09

Ici Londres

sur une idée originale de Vincent Cuvellier
illustrée par Anne Herbauts
texte historique : Aurélie Luneau
musique : Olivier Mellano

ici_londres

Caché dans la remise à bois, un jeune garçon écoute clandestinement le poste à galène de son père d'où s'égrènent des messages, drôles ou oniriques. C'est une époque de guerre et d'interdits. Il faut se cacher pour écouter les programmes diffusés depuis Londres et tendre l'oreille pour deviner les voix, assourdies par le brouillage. Mais, à cette époque-là, la radio diffuse de la poésie et les mots sont des armes.

On appelle ça des « messages personnels ». Écouter la radio n'est pas un acte anodin. Derrière ces phrases codées qui dessinent un voyage imaginaire jusqu'à l'annonce du débarquement en Normandie et le rêve plus concret d'une paix prochaine, se trament des largages d'armes, des transports clandestins, des appels à la résistance. Par-delà les années, les voix de Londres font une musique étrangement actuelle à nos oreilles.
(quatrième de couverture)

Le père La Cerise est verni. Poussière tu te soulèves. Raymonde cueille des olives. La chicorée est améliorée. La laitue est romaine. Le cheval bleu se promène sur l'horizon. Marie est sage. La vie est rose. Le traversin est en duvet. Les sillons sont en courbe. Grand-mère mange nos bonbons.

Qu'entendez-vous ? Des phrases inattendues ? Des messages sans queue ni tête ? Au début c'est vrai, ça fait rigoler. Et puis il faut se rendre compte qu'écouter la radio, en ce temps-là, n'était pas anodin. Il fallait se cacher. Se méfier. Et c'était pas pour rire non plus. Le moulin à paroles pouvait causer, ça signifiait bien quelque chose. Pour qui ? pourquoi ? A qui ? A-t-on imaginé ce qui se passait dans la tête d'un môme qui entendait à la radio une voix inconnue répéter trois fois la même phrase ? Et même maintenant... on sait toute l'histoire, on connaît la fin du film mais on ignore l'émotion de l'instant présent, pris entre la peur, l'excitation, la surprise et l'interrogation. Le 18 juin 1940 De Gaulle lance son appel, depuis la radio de Londres, à la France libre et aux français qui refusent l'occupation par l'ennemi. Ce message a été peu entendu sur le moment, mais la presse a publié cet appel dès le lendemain. Dès lors, la résistance s'organise et la BBC va servir de boîte aux lettres.

Sur son blog, Vincent Cuvellier explique la genèse de ce beau projet. Tout est parti de la poésie et de la bizarrerie, dans la tête d'un môme. Ensuite, avec des rencontres, des idées, des pinceaux et des crayons, de la musique et du talent, quatre auteurs et quatre voix se mettent au service d'Ici Londres.   

Le prologue est signé Vincent Cuvellier, puis se succèdent 17 étranges phrases illustrées par Anne Herbauts comme autant de scènes sorties de son imagination. Se glisse au milieu un livret historique, comme un journal, signé par Aurélie Luneau, historienne, qui explique plus en détails le contexte et l'importance des messages radio, l'émission les Français parlent aux Français, la guerre des ondes, l'appel du 18 juin, etc. Et vient enfin la musique d'Olivier Mellano (sur un cd d'une durée de 20 minutes) qui permet au lecteur de porter l'oreille à ces messages radio et à se glisser dans ce moment d'Histoire si particulier.

Ce n'est pas un album facile, pas donné à tout le monde, du genre qui ne délivre pas ses secrets tout de suite... Il faut le découvrir petit à petit, l'effeuiller, le cajoler, l'enjôler, ou bien c'est l'inverse. C'est à lui d'embobiner le lecteur, de lui raconter son histoire, de l'émouvoir. Chacun y trouvera son compte. Ce livre existe pour interroger, pour se questionner. Pour ne pas oublier. Pour comprendre ou non. Pour admirer aussi. Car c'est un album d'utilité publique. Pas moins ! C'est à sa façon une trace, une continuation, un oeil par-dessus l'épaule. Un objet curieux, de prime abord. Un album intelligent et subtil, pour le fond.
Par contre j'ignore pour quelle tranche d'âge il se destine. Pour tous, j'ai envie de penser...

Rouergue, coll. Varia, 2009 - 32 pages - 22€

Le drôle de monde d'Anne Herbauts

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01/04/09

Le remplaçant ~ Agnès Desarthe

remplacant

Ce livre était censé être un portrait d'un pédagogue polonais, mais dès les premières pages « le lapsus a oeuvré ». Et au lieu de lire un livre sur Janusz Korzack, directeur d'un orphelinat du ghetto de Varsovie, on découvre une autre figure humaine, celle de Triple B, pas un type exemplaire, mais « un exemplaire d'homme » !

Triple B, parce qu'il avait trois prénoms, Bouz, Boris et Baruch, était donc le grand-père d'Agnès Desarthe, du moins c'était le deuxième mari de sa grand-mère. Après la guerre, elle s'est retrouvée veuve, lui aussi. Ils se connaissaient, ils ont uni leur destin. Mais Triple B reste une énigme, un homme sans histoires qui pourtant en raconte des tonnes. Alors que dans la famille, on cultive de façon très aristocratique l'art de raconter des histoires drôles, il devient un figurant de second plan. Oh, bien sûr Triple B était cocasse à sa façon, il aimait arrondir les angles, il n'était pas un bon artisan, il avait souvent les poches vides, ou alors il flambait et s'enflammait, prétendait être un héritier des grands tsars de Russie. Il était d'ici et d'ailleurs, la tête dans les étoiles, et pourtant il vit toujours dans un appartement à Paris, il est seul, il a vieilli mais il conserve toute sa lucidité quand il trouve que le bébé de cinq mois n'est pas très bavard, et j'en passe.

Figures libres, collection indépendante et rêveuse, permet à un auteur de laisser sa plume vagabonder. Agnès Desarthe s'y emploie à merveille, elle nous balade d'un bout à l'autre de ses envies, de ses souvenirs, de ses questions, de ses joies et de ses peines, jusqu'à friser l'extase avec le miracle (ou le mirage ?) de l'apfel strudel. « A cause des choses perdues et jamais retrouvées, à cause de l'enfance si lointaine. » Je ne dirai pas de ce texte qu'il est émouvant, juste ou sincère, pudique ou intelligent, il est simplement vrai. C'est un livre très court, de 87 pages, où comme l'auteur le suggère, on a plus d'une fois le sentiment de lire l'histoire d'à côté avec le héros d'à côté, celui qui est devenu le remplaçant. Bref, pour moi ce livre était incontournable parce qu'il est signé d'Agnès Desarthe, un auteur que j'affectionne particulièrement, et j'espère que vous aussi vous l'apprécierez à sa juste valeur.

Bonne lecture !

Editions de l'Olivier, coll. Figures Libres, 2009 - 87 pages - 12,50€

17/01/09

L'Alfa Romeo - Annie Cohen

51CIR28OYqL__SS500_Et une petite perle de douceur, pour ceux qui passent par ici...
Ce livre tient dans la paume d'une main, sa couverture est déjà tout un poème, comme souvent chez Zulma.
L'histoire, ensuite, est toute simple, pas très convaincante à la lecture d'un résumé, mais elle a ce truc, indescriptible mais sensationnel, qui se niche dans l'écriture de l'auteur, Annie Cohen.

« Tout a commencé par la liquidation de la vieille Alfa dans un garage de Gentilly, un sombre soir de novembre, le 18 pour être précis. Il faut dire que ce jour-là je remettais un manuscrit à mon éditeur, encore un truc à vous dégoûter de l'écriture et du tintouin environnant. Mais c'est plus fort que moi, il faut toujours que je bosse, que j'aboutisse, à quoi, je me le demande, que je gribouille, même si mes voisins n'ont jamais rien lu de ce que j'écris, sans parler de mon boucher, du bio de la rue Pascal, et de la terre entière. Comme quoi on peut écrire et écrire, passer sa vie à remplir des pages, élaborer un petit monde bien à soi, joli, joli, sans que ça trouble le sommeil de ceux qui dorment juste au-dessus (ou en-dessous). » 

Se séparer de la vieille Alfa n'est pas une mince affaire, pour la narratrice et son compagnon César cela représente douze années de vie simple comme une balade à Versailles. « Entre l'origine et le cosmique, le rêve et la réalité. » L'Alfa Romeo, c'est aussi la camaraderie et l'amour, les souvenirs à la pelle de moments passés ensemble, avec Julietta, Gigi son amoureux et le chien Méthode. Et c'est lorsque la narratrice pensait avoir tourné la page du chapitre qu'un inconnu téléphone et propose d'acheter l'Alfa, même si elle est cabossée, usée, bonne à jeter (« un sucre d'orge, cet homme, à craquer, qui s'est pris immédiatement d'affection pour cette voiture »), il va même proposer de se revoir, de prêter l'Alfa quand elle veut !

Ce qui est étonnant dans ce récit c'est que chaque anecdote en amène systématiquement une autre, emprunte des chemins de traverse, tisse l'art de la digression avec une habileté décoiffante, on trouve ainsi le Jordanien qui rachète l'alfa romeo, l'anorexie sociale de la narratrice, les petites annonces matrimoniales, l'enfance à Sidi-bel-Abbès, etc. « Une phrase à tiroirs, à multiples registres, à se répéter dans l'obscurité de sa chaleur animale : "Jamais tu ne pourras te rendre maître de ce qui arrive", autrement dit, tu peux monter et descendre, pisser dans un violon, grimper aux rideaux, marcher sur les mains, tenter l'impossible, jamais, "jamais tu ne te rendras maître de ce qui arrive. » Cela veut tout dire ! Et c'est drôlement bien troussé. Chaleureux, court, drôle, bavard, pour résumer.

Pour en revenir au point de départ, sous forme de conclusion à ce récit troublant, riche et profus, la narratrice n'a toujours aucune nouvelle de son éditeur et du manuscrit déposé. « Il paraît qu'il met deux ans pour lire un manuscrit. C'est ce qu'on dit. C'est ce que j'ai entendu. Si j'avais su, j'aurais attendu un peu pour liquider l'Alfa ! »

Zulma, 2009 - 100 pages - 9,50€   

 

 

 

L'éditeur emploie ces jolis termes pour parler de ce livre ovni :  À partir d’un départ de comédie douce-amère, le cher tacot qu’il faut abandonner à son sort, Annie Cohen évoque les ébats contrariés de la vie quotidienne et de l’imaginaire. Avec une liberté de ton pour le moins métissée au quatre vents de l’exil, elle nous offre un peu, beaucoup, passionnément, de son monde intérieur fait d’ironie tendre et de drôlerie grave, sorte de chronique des années sauves où viennent à notre rencontre maintes silhouettes et figures intimes qu’on voudrait à notre tour tutoyer. C’est l’heureux temps perdu, renfloué avec maestria : « On le sait maintenant, elle a été sauvée des eaux, l’Alfa Romeo. »

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02/01/09

Où en étais-je ? - Philippe Beaussant

41tNV2PdDfL__SS500_Un écrivain, assis à sa table devant la fenêtre, scrute la rue qui s'offre à lui et s'invite dans son activité de noircisseur de pages. En un coup de crayon, sans ternir ni réfléchir, l'homme plonge dans la digression avec une élégance rare et appréciable. Il nous croque des histoires empruntées au précieux 17ème siècle, mouille sa plume dans les pièces de Molière ou redessine les contours flous des créatures croisées ci et là dans la rue. Tout commence par une voiture rouge, non pas une berline classique, d'abord le véhicule est d'un beau rouge coquelicot, mais un rien plus acide, tirant sur le corail, et il s'agit ensuite d'une belle américaine... d'un rêve galbé. Je n'invente rien, je suis, je souris car notre homme est un idolâtre du mot juste. A travers son récit, il nous explique en long, en large et en travers les dessous de son métier, celui d'écrivain. C'est une activité intense, épuisante, excitante aussi. Il soupire d'être incompris, il brûle d'évoquer le roman tel un civet de lapin qui se hume et s'apprécie avant et après... Tout un programme.
Cette lecture est une invitation au voyage littéraire, de façon poétique et juste elle déploie les ailes de la digression. Il est conseillé au lecteur de se prêter au jeu, sous peine d'être recalé, sinon perdu en chemin.
De l'intelligence, de la poésie, de l'imagination, de l'effronterie, de la folie, de l'étrangeté aussi... l'académicien Philippe Beaussant nous en offre comme sur un plateau.

Fayard, 2008 - 202 pages - 17€

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19/10/08

L'anorexie, ma soeur et moi - Salomé et Olivia

« Je me rappelle : quand je prenais mon bain le soir, je m'allongeais. Mon but était de voir chaque jour un peu plus mes hanches. Les os de mes hanches. Je voulais qu'ils ressortent, que mon ventre se creuse. Et quand mon ventre se creusait, je trouvais ça magnifique. Vraiment magnifique... »

Tout commence à onze ans, par un banal régime... mais onze ans, pardi, c'est jeune ! La petite Salomé est piquée au vif par une réflexion d'une copine et entreprend de surveiller son poids. Et cela dégénère en une spirale infernale : le no-limit, le contrôle de soi, la fierté de ça (être maître de son corps) et l'envie de moins en moins d'avaler quelque chose, les ruses pour échapper aux repas du soir, les jus de fruits avalés en quantité pantagruélique pour remplir ce ventre et lui bloquer le passage pour un autre petit quelque chose... Des repas qui s'amenuisent, mais pas seulement : le corps se transforme, un duvet apparaît, et ce froid, toujours, tout le temps...

41dCjSZA5BL__SS500_

Cette maladie, c'est l'anorexie. Et Salomé va fondre au fil des mois, sous le regard effaré de sa soeur Olivia de sept ans son aînée. Les parents se masquent la vérité puis réagissent à temps en hospitalisant leur enfant. Mais il y a un long chemin avant tout cela, et encore un autre périple après. Car c'est une maladie vilaine, horrible, douloureuse. Pas uniquement pour la principale concernée, mais aussi pour ses proches. On découvre par exemple que Olivia, éloignée à Paris pour ses études, va plonger dans la boulimie et consulter un diététicien sous les réflexions désagréables de la jeune Salomé (hélas, inconsciente).

Ce qui ressemble à un énième témoignage sur cette maladie éprouvante se résume finalement à un dialogue entre deux soeurs. C'est original, cela rend l'expérience plus vivante et dans laquelle on s'apesantit moins. Olivia et Salomé racontent la même épreuve, mais sous deux regards différents : c'est l'anorexie subie par celle qui la porte et l'inflige aux autres, sans le faire exprès, et donc également l'anorexie appréhendée par ses parents et sa soeur avec impuissance, incompréhension et parfois colère.

Pour résumer, c'est un ouvrage intelligent, sans tabou et intimiste aux allures de thérapie. Cela a certainement beaucoup aidé les protagonistes et cela pourra soulager d'autres familles touchées par cette maladie.

Une mise à nu bouleversante !

La discussion des deux soeurs est complétée par l'éclairage du Docteur Xavier Pommereau, médecin psychiatrique.

Danger Public, coll. Témoignage
Avec la collaboration d'Emilie Lançon (journaliste)
218 pages - 16,90€

Une chanson : La maigrelette, par Amélie les Crayons

Elle tient pas droit, la maigrelette,
On la touche du doigt
Elle pète
Elle s'envolera un jour de tempête
Un jour de tempête

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20/07/08

L'été solitaire - Elizabeth von Arnim

 

Début mai, Elizabeth annonce à son mari, l'Homme de Colère, son intention de rester seule durant l'été "afin de retrouver les racines mêmes de la vie". Bougon, l'homme discrédite ce projet mais l'accepte par respect pour sa douce. Il parie intérieurement que son épouse ne pourra se plier à pareille restriction et finira par craquer lorsque la pluie et l'ennui la gagneront.

Les mois passent et Elizabeth se prélasse dans le calme et la pureté de son jardin, respirant les bonnes odeurs, se délectant de la lecture de ses auteurs fétiches. La jeune comtesse savoure le bonheur de son jardin allemand, car en fait, ce journal est la suite d'un titre précédemment paru (Elizabeth et son jardin allemand).

Dans la vraie vie, Elizabeth est mariée à un aristocrate prussien rencontré en Italie et s'installe avec lui à Berlin. Cinq ans plus tard, le couple emménage à la campagne où la comtesse se découvre une vraie passion pour la vie rurale et le jardin. Elle commencera à écrire et publiera anonymement son premier ouvrage où elle confie ses réflexions sur "la rudesse de cette Allemagne du nord et ses tentatives de création d'un jardin à l'anglaise".

Enhardie par ce succès, Elizabeth von Arnim offrira une suite à cette chronique... gentille, contemplative et assez sentencieuse, toute imprégnée d'un luthérianisme rigide qui pèse sur toute la vie sociale (un missionnaire lui rappelle sinistrement qu'elle habite dans la Vallée des Larmes et qu'elle aura, tôt ou tard, son lot de malheurs pour fouetter sa béatitude présente...). Brrr.

J'ai été un peu déçue par ce livre, je n'ai pas retrouvé le peps savouré dans Avril Enchanté par exemple (et que je conseille plus fortement!). Cela reste toutefois l'appréciation d'un style élégant et guindé, joliment poétique, que j'aimerais comparer à la touche anglaise, mais non. Elizabeth von Arnim demeure un auteur à découvrir coûte que coûte !

 

L'été solitaire

Salvy éditeur, 1991 pour la traduction française / 10-18, 1997

traduit de l'anglais par François DUPUIGRENET-DESROUSSILLES

A été lu par Nanne, plus sensible à cette contemplation

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03/05/08

Je suis pas une bombe... et alors ?

 

je_suis_pas_une_bombeEh non, vous n'êtes pas une bombe ... Mais a priori, votre apparence ne fait pas hurler les enfants dans la rue non plus. Comme 99 % de la population, vous avez un physique normal, et notre société de l'image vous persuade que c'est un péché capital. Détendez-vous ! Avec ce livre, découvrez comment s'installe le diktat de l'apparence, de quelle façon survivre dans la jungle esthétique qui nous entoure, et pourquoi ne pas être une bombe, loin d'être un drame, est en réalité une bénédiction. Hors des modèles standardisés, à mi chemin entre étude sociologique et pamphlet au troisième degré, entrez dans le monde merveilleux des gens qui s'aiment sans complexes.

Caroline Rochet est journaliste pigiste pour différentes publications, en particulier le Marie Claire français. Elle a également travaillé dans la publicité. Autant dire que sur la dictature de la beauté et de l'apparence, elle en connaît un rayon. Par ailleurs, sans pour autant ressembler à la fille illégitime du Shrek (certains inconscients lui disent même parfois qu'elle est jolie), Caroline n'est pas une bombe. Non pas qu'elle vive si mal son statut de jeune femme "comme les autres", mais quand tout contribue à vous faire douter, à vous faire avoir honte du physique que Dame Nature vous a donné, comment ne pas craquer sous la pression ? C'est pour mieux comprendre les mécanismes sociaux qui suscitent de telles angoisses, et plus encore pour soulager celles de ces millions de femmes qui se trouvent éternellement "trop ceci" et "pas assez cela", qu'elle a voulu prendre la plume.

Le site de Caroline Rochet (plus cet article qui me fait beaucoup rire !)

Pas facile de mettre en avant ce petit livre avec UN TITRE PAREIL !!! L'auteur le sait bien, elle le traite avec humour dans son préambule. C'est genre le livre de la honte, celui qu'on voudrait bien lire mais qu'on cache sous sa pile de bouquins plus intellos pour noyer le poisson ! Suffit que le vendeur / libraire saisisse le titre noir sur fond orange, et là il redresse la tête et vous regarde droit dans les yeux ... bah, euh, je suis pas une bombe, ET ALORS ? (Nous sommes 99% dans ce cas-là, dites-vous bien, et rétorquez-vous à votre interlocuteur.)

L'histoire entre ce livre et moi a débuté par un message privé reçu par son auteur. Du déjà lu, archi revu, etc. Comment la demoiselle a su être meilleure que les autres ? (Oui, ok elle a avoué son gros faible pour the Joshua tree, comment je peux dire non, moi, après ça ???!) D'abord, Caroline Rochet ne tartine pas des éloges en dix lignes, blablabla, sur mon blog et tutti quanti, elle avoue - cash - avoir commis un livre (oui, commis, pas écrit ! j'ai aimé cette nuance) et le présente ainsi : un pamphlet qui traite de la dictature de l'apparence sur un mode mi socio, mi psycho et surtout troisième degré quand il faut, "girly mais pas débile". C'est bon, j'ai dit banco. (Je croyais d'ailleurs que cela allait être le titre de son bouquin, dommage c'était davantage accrocheur, à mon goût !)

Je ne vais pas vous refaire le film de ma lecture, à ma grande honte je vais même vous avouer avoir lu ce livre depuis des semaines mais n'avoir jamais trouvé le temps d'en glisser quelques mots, pffff ! Je vous donne juste les clefs suivantes : c'est un livre qui se lit en une ou deux heures maxi, c'est totalement délirant et trèèès drôle, ça n'apporte rien du tout (je trouve) et ce n'est pas méchant car l'éditeur le rappelle ainsi, ce livre est rangé dans la catégorie ANTI-développement personnel ! A prendre donc ainsi, avec humour, dérision et auto-dérision ! A défaut de vous sortir la tête de l'eau, ce livre vous filera davantage de rides CAR il est bon de s'esclaffer au moins cinq minutes tous les jours !

Merci Caroline !

Je suis pas une bombe... et alors ? - Caroline Rochet

Les éditions de l'Hèbe, mars 2008 - 159 pages - 12 €

Illustrations de Sandra Antonios

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02/04/08

Réflexions sur la littérature jeunesse

les_seriesSelon Anne-Marie Pol, l'auteur de l'illustre série des Danse ! avec quarante titres au compteur, la série est un genre littéraire fort peu apprécié dans l'Hexagone, totalement méprisé par le milieu intellectuel, pédagogique, souvent décrié comme un sous-produit. Parce que quantité rime avec basse qualité, appel du gain, produit mercantile, et j'en passe, l'auteur a accepté de devenir une Miss Marple pour enquêter sur le phénomène, expliquer sa mauvaise presse et mieux comprendre la nécessité d'une série.

Car bien évidemment, la série est indispensable dans une vie de lecteur, pour ce dernier qui lit très peu et qui soudain s'accroche à une histoire et ses personnages récurrents. La série est un marche-pied pour l'appréciation d'une littérature au sens plus large, pour partir à la découverte d'autres livres, d'autres auteurs. Il y a un âge pour tout, écrit-elle au sujet de sa série qu'elle considère comme une lecture plaisir plutôt qu'un pensum culturel. J'hésite à faire ce raccourci terrible, mais il me semble qu'on touche là au sempiternel débat sur la littérature destinée à la jeunesse, déjà considérée comme un sous-genre, pauvre en qualité et indigne de réel intérêt. Alors pensez donc, une série ! Soit, un abattage d'ouvrages à la demande de l'éditeur, un contenu formaté selon des applications pour séduire un public visé, un simili travail à la chaîne pour gaver des lecteurs peu exigeants ! Oui je résume grossièrement, mais hélas la réalité n'est jamais bien loin.

Mais, n'est-ce pas là, finalement, un faux débat ? Après tout, pourquoi les séries ne seraient-elles pas, tout bêtement, constituées d'abord et avant tout de livres ? Livres, qui, comme toute littérature, pourraient s'avérer bons ou mauvais ?

En cinq chapitres fort bien documentés, Anne-Marie Pol va donc passer à la loupe ce qu'est une série, revenir aux sources du phénomène (et les références ne manquent pas ! Nous avons tous été nourris à la Bibliothèque Rose !), expliquer le potentiel caché d'une série, cerner la mesquinerie qui consiste à distinger le cycle, la trilogie (etc.) à une simple série ! Il semblerait que certains éditeurs soient un peu trop pointilleux sur ce point... Elle nous propose également une multitude d'exemples et de références, de quoi régaler nos chères têtes blondes. En gros, Anne-Marie Pol met le doigt sur un phénomène bien français, qui consisterait à pincer du nez face au populaire. La littérature (la bonne, la vraie) est sérieuse ou elle n'est pas. Elle ennuie parfois un peu ? Très bon signe ! La vie n'est pas drôle, mes chers enfants, la littérature non plus. Et, non contente d'être sérieuse, elle se prend au sérieux. (Hélas.) Ce n'est pas fini ! Le "plaire et toucher" de Boileau aurait-il été mis au rencart ? Ces deux verbes, en tout cas, le feraient taxer actuellement de "commercial" ou de "démago" (des adjectifs souvent attribués aux auteurs de séries), car les tenants de la littérature oublient qu'elle a mille visages.

Sans prétention, j'ai mauvaise réputation... (d'après Brassens) La mauvaise réputation de la série = ignorance + préjugés. Qu'importe ! Anne-Marie Pol les débusque, les expose et les étudie pour mieux les démonter. Elle n'hésite pas non plus à épingler l'élitisme contre le grand public, soulève les anomalies contastées dans certaines classes. Quel dommage de complexer des lecteurs de bonne volonté en méprisant leurs lectures préférées ! Autant leur signaler qu'ils lisent du sous-produit bon pour des sous-lecteurs. (...) Les livres étudiés en classe, même s'ils sont magnifiques, sont abordés sous un angle qui n'amuse pas nécessairement le petit lecteur.

Bref, chacun cherche, confusément ou de façon délibérée, les livres qui peuvent lui faire du bien, à un moment ou à un autre de sa vie. Les livres jeunesse aident à grandir et donnent envie de vivre : respectons-les, ces passeurs, dans leur diversité. Série, collection, roman unique, trilogie ou recueil... quelle importance, au fond ? La culture n'est pas monolithique. Comme un arbre (ou un livre), elle est pleine de milliers de feuilles diverses. Laissons aux lecteurs le privilège de cueillir (ou d'ouvrir) les feuilles qui leur plaisent...

Les séries - Chronique d'un malentendu littéraire. Par Anne-Marie Pol

Editions du Sorbier, 140 pages. 2004.

** Livre-voyageur à l'initiative d'Emmyne. **

Son avis sur cet ouvrage !

J'en profite malicieusement pour glisser cette autre référence, en relation avec notre sujet sur les séries :

armelle_leroyL'histoire illustrée des livres qui ont bercé notre enfance, en complément à la Saga de la Bibliothèque Rose par la même Armelle Leroy (ouvrage évoqué ici !)

Propos : Qui se cachent derrière les pseudonymes de Caroline Quine ou du Lieutenant X, les auteurs d'« Alice » et de « Langelot » ? Pourquoi la comtesse de Ségur a-t-elle décidé de mettre par écrit les histoires qu'elle racontait à ses petits-enfants ? Qui était l'illustrateur de « Oui-Oui » ? Comment Alfred Hichcock est-il devenu un auteur de la Bibliothèque Verte ?

Armelle Leroy et Laurent Chollet retracent la passionnante histoire des Bibliothèque Rose et Verte. Ils reviennent en détail sur la création des deux collections, l'élaboration des scénarios, le choix des illustrateurs, l'évolution des séries ou encore sur la vie, la plupart du temps méconnue, des auteurs.

On y retrouvera les grands classiques : la comtesse de Ségur, Jules Verne, Charles Dickens, Jack London, Alexandre Dumas..., ainsi que les grandes séries, « Alice » de Caroline Quine, « Oui-Oui », « Le Club des Cinq », « Le Clan des Sept » d'Enid Blyton, « Fantômette » de Georges Chaulet, « Langelot » du Lieutenant X, « Les Six Compagnons » de Paul-Jacques Bonzon... Riche d'illustrations, d'archives inédites et d'anecdotes insolites, ce livre nous replonge dans l'univers aventureux, magique et merveilleux des premières lectures de notre jeunesse.

A posséder !!!

Editions Hors Collection, 2005. 19,90 €

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13/03/08

100 romans de première urgence pour (presque) tout soigner - Stéphanie Janicot

100_romans_de_premiere_urgenceVous souffrez de cette maladie de grand lecteur qui pense farouchement qu'on peut guérir tous les maux par les mots, alors soyez sûrs que ce guide de survie (littéraire) écrit par Stéphanie Janicot est fait pour vous ! D'avance, je vous préviens d'un grand risque de dépendance et de la fâcheuse manie de (re)copier les références suggérées dans ce livre, au péril de vos piles à lire déjà brinquebalantes dans vos chambres, bureaux ou bibliothèques personnelles. Voilà, c'est dit. Sachez qu'au-delà de cette limite, je ne répondrai plus des graves tourments qui vont vous frapper !

Stéphanie Janicot a ainsi recencé 100 ouvrages pour répondre à tous vos tracas, car selon elle, la lecture possède une vertu pharmacologique indéniable. (Je suis tout à fait d'accord avec elle !) Ainsi, vous trouverez des remèdes pour soigner des problèmes liés à l'enfance, des soucis de couple, des peines de coeur, des dépendances intolérables, des ennuis d'ego et même le simple fait de ne pas aimer lire, oui l'auteur a une solution à toutes vos questions.

En partant de ce principe assez basique et gentillet, elle s'embarque dans une aventure livresque passionnante. J'ai été totalement entraînée du début à la fin, et même dans des cas de figure qui ne me touchent pas, j'ai été envoûtée d'office par le charisme de Stéphanie Janicot qui vous parle de chaque roman avec une limpidité et une fraîcheur qui rendent jaloux et font friser l'oeil ! Tout fait envie. Malheur !

Il y a cependant un léger souci, imprimé noir sur blanc, un erratum à signaler d'urgence. Le personnage fétiche de Jane Austen (p. 80) ne se prénomme pas Marc, mais Fitzwilliam Darcy ! (à ne pas confondre avec le Journal de Bridget Jones, d'Helen Fielding !)

Bref, nous avons tous nos propres suggestions de lecture pour guérir et surmonter un obstacle, l'auteur propose alors de vous livrer au même exercice, de noter votre Symptôme et son Remède littéraire, puis de l'envoyer par mail à lireguerit@albin-michel.fr . Peut-être, alors, un deuxième livre verra le jour... (chouette !)

NB : Je signale, au passage, que les 100 romans référencés sont à la fois des Classiques et des romans récents, francophones et étrangers, la plupart disponibles en poche.

Albin Michel - 227 pages. 15 € non remboursés par la Sécu.

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10/02/08

Cécilia - Anna Bitton

ceciliaPourquoi ai-je lu ce livre ? Par curiosité, très franchement. Or, sur ce point, mon vilain défaut n'a pas du tout été rassasié. Je n'ai pas eu le sentiment d'en apprendre plus en parcourant les pages de ce livre. Je ne m'attendais pas non plus à une mine d'informations malsaines, des fonds de tiroir et des raclures de poubelle. Il ne faut pas pousser. Je crois tout bêtement faire partie de la masse populaire qui s'est posée des questions, qui a été intriguée par cette Cécilia et qui avait envie d'en savoir plus sur elle.

Le livre d'Anna Bitton, qui est journaliste, est une lecture banale, assez quelconque, pas très bien servie par l'écriture (une répétition fatiguante d'effets de style assez pompeux, qui se voulaient trop romanesques, selon moi). On n'y apprend pas grand-chose, de ces choses déjà dites et répétées de façon mesquine. Bref.

Ce que je retiens, c'est que Cécilia a été taxée d'être froide et hautaine, alors qu'elle a toujours souffert d'être grande (1m78, qu'elle a compensé en épousant des hommes plus petits) ; qu'elle n'a jamais été admise dans le sérail des Sarkozystes, et qu'elle a cherché à se venger en plaçant des amies, ou des proches, et en évinçant d'autres (elle a toujours eu une influence considérable sur son mari) ; et cette importance a aussi pesé dans la balance, car la Cécilia a fini par étouffer de trop d'amour, trop d'admiration, trop de considération. On comprend aussi que c'était une autre façon de verrouiller la belle, qui s'est vue refuser de se lancer dans la politique, par exemple. Alors, oui : trop, c'est trop. Elle est partie, pour l'amour d'un (autre) homme. Elle a crevé de jalousie, aussi, en découvrant son époux volage et aux bras d'une (autre) femme. Elle est donc revenue, puis repartie, et revenue encore une fois. Un vrai feuilleton !

On connaît la suite : Cécilia revient (ou fait semblant ?), elle aide son ambitieux mari à accéder au poste suprême, puis elle tire sa révérence pour de bon. « Je ne veux pas être là, je ne veux pas. » Allons donc... Je ne veux pas tirer sur l'ambulance, les passages révélés dans la presse en ont déjà fait de gorges chaudes. Cela suffit ! Pour ma part, je la trouve assez admirable, cette Cécilia. Claquer la porte de l'Elysée, fallait oser ! Et que diable cette manie de journaliste à vouloir faire d'elle une figure de roman, un pendant d'Emma Bovary !? Pff, c'est n'importe quoi !

Car finalement, c'est dans un rôle plus personnel que je l'apprécie, celui de la mère.  « Avant d'être une midinette, une femme fantasque ou une faiseuse de roi, Cécilia est une maman. C'est sa première vocation. La seule qui soit inconditionnelle. Quand ça ne va pas, Cécilia prend ses « poussins sous le bras », comme elle aime à dire, et elle s'en va. (...) Son clan à elle, c'est celui-là. Ses enfants.
(...)
Elle est maternelle, Cécilia. Elle ne s'en rend même pas compte. Elle n'a pas besoin de le faire exprès. Maternelle ne veut pas dire cajoleuse. Cécilia ne cajole pas, ce n'est pas dans son éducation, les cajoleries intempestives, mais elle veille, elle organise, elle commande, elle supervise. Elle protège. Sa présence seule est une protection.
»

Flammarion - coll. Flam - 175 pages.

Merci Lily pour l'envoi et le prêt de ce livre car je n'aurais jamais déboursé 16 € pour le lire ! Je ne regrette pas non plus, je crois qu'il s'agit là de ma première lecture d'un livre traitant d'un personnage public et (encore) existant ! ...
Et n'hésitez pas à cliquer pour lire le billet de Lily qui est exquis et hilarant !

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]