13/03/08

100 romans de première urgence pour (presque) tout soigner - Stéphanie Janicot

100_romans_de_premiere_urgenceVous souffrez de cette maladie de grand lecteur qui pense farouchement qu'on peut guérir tous les maux par les mots, alors soyez sûrs que ce guide de survie (littéraire) écrit par Stéphanie Janicot est fait pour vous ! D'avance, je vous préviens d'un grand risque de dépendance et de la fâcheuse manie de (re)copier les références suggérées dans ce livre, au péril de vos piles à lire déjà brinquebalantes dans vos chambres, bureaux ou bibliothèques personnelles. Voilà, c'est dit. Sachez qu'au-delà de cette limite, je ne répondrai plus des graves tourments qui vont vous frapper !

Stéphanie Janicot a ainsi recencé 100 ouvrages pour répondre à tous vos tracas, car selon elle, la lecture possède une vertu pharmacologique indéniable. (Je suis tout à fait d'accord avec elle !) Ainsi, vous trouverez des remèdes pour soigner des problèmes liés à l'enfance, des soucis de couple, des peines de coeur, des dépendances intolérables, des ennuis d'ego et même le simple fait de ne pas aimer lire, oui l'auteur a une solution à toutes vos questions.

En partant de ce principe assez basique et gentillet, elle s'embarque dans une aventure livresque passionnante. J'ai été totalement entraînée du début à la fin, et même dans des cas de figure qui ne me touchent pas, j'ai été envoûtée d'office par le charisme de Stéphanie Janicot qui vous parle de chaque roman avec une limpidité et une fraîcheur qui rendent jaloux et font friser l'oeil ! Tout fait envie. Malheur !

Il y a cependant un léger souci, imprimé noir sur blanc, un erratum à signaler d'urgence. Le personnage fétiche de Jane Austen (p. 80) ne se prénomme pas Marc, mais Fitzwilliam Darcy ! (à ne pas confondre avec le Journal de Bridget Jones, d'Helen Fielding !)

Bref, nous avons tous nos propres suggestions de lecture pour guérir et surmonter un obstacle, l'auteur propose alors de vous livrer au même exercice, de noter votre Symptôme et son Remède littéraire, puis de l'envoyer par mail à lireguerit@albin-michel.fr . Peut-être, alors, un deuxième livre verra le jour... (chouette !)

NB : Je signale, au passage, que les 100 romans référencés sont à la fois des Classiques et des romans récents, francophones et étrangers, la plupart disponibles en poche.

Albin Michel - 227 pages. 15 € non remboursés par la Sécu.

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10/02/08

Cécilia - Anna Bitton

ceciliaPourquoi ai-je lu ce livre ? Par curiosité, très franchement. Or, sur ce point, mon vilain défaut n'a pas du tout été rassasié. Je n'ai pas eu le sentiment d'en apprendre plus en parcourant les pages de ce livre. Je ne m'attendais pas non plus à une mine d'informations malsaines, des fonds de tiroir et des raclures de poubelle. Il ne faut pas pousser. Je crois tout bêtement faire partie de la masse populaire qui s'est posée des questions, qui a été intriguée par cette Cécilia et qui avait envie d'en savoir plus sur elle.

Le livre d'Anna Bitton, qui est journaliste, est une lecture banale, assez quelconque, pas très bien servie par l'écriture (une répétition fatiguante d'effets de style assez pompeux, qui se voulaient trop romanesques, selon moi). On n'y apprend pas grand-chose, de ces choses déjà dites et répétées de façon mesquine. Bref.

Ce que je retiens, c'est que Cécilia a été taxée d'être froide et hautaine, alors qu'elle a toujours souffert d'être grande (1m78, qu'elle a compensé en épousant des hommes plus petits) ; qu'elle n'a jamais été admise dans le sérail des Sarkozystes, et qu'elle a cherché à se venger en plaçant des amies, ou des proches, et en évinçant d'autres (elle a toujours eu une influence considérable sur son mari) ; et cette importance a aussi pesé dans la balance, car la Cécilia a fini par étouffer de trop d'amour, trop d'admiration, trop de considération. On comprend aussi que c'était une autre façon de verrouiller la belle, qui s'est vue refuser de se lancer dans la politique, par exemple. Alors, oui : trop, c'est trop. Elle est partie, pour l'amour d'un (autre) homme. Elle a crevé de jalousie, aussi, en découvrant son époux volage et aux bras d'une (autre) femme. Elle est donc revenue, puis repartie, et revenue encore une fois. Un vrai feuilleton !

On connaît la suite : Cécilia revient (ou fait semblant ?), elle aide son ambitieux mari à accéder au poste suprême, puis elle tire sa révérence pour de bon. « Je ne veux pas être là, je ne veux pas. » Allons donc... Je ne veux pas tirer sur l'ambulance, les passages révélés dans la presse en ont déjà fait de gorges chaudes. Cela suffit ! Pour ma part, je la trouve assez admirable, cette Cécilia. Claquer la porte de l'Elysée, fallait oser ! Et que diable cette manie de journaliste à vouloir faire d'elle une figure de roman, un pendant d'Emma Bovary !? Pff, c'est n'importe quoi !

Car finalement, c'est dans un rôle plus personnel que je l'apprécie, celui de la mère.  « Avant d'être une midinette, une femme fantasque ou une faiseuse de roi, Cécilia est une maman. C'est sa première vocation. La seule qui soit inconditionnelle. Quand ça ne va pas, Cécilia prend ses « poussins sous le bras », comme elle aime à dire, et elle s'en va. (...) Son clan à elle, c'est celui-là. Ses enfants.
(...)
Elle est maternelle, Cécilia. Elle ne s'en rend même pas compte. Elle n'a pas besoin de le faire exprès. Maternelle ne veut pas dire cajoleuse. Cécilia ne cajole pas, ce n'est pas dans son éducation, les cajoleries intempestives, mais elle veille, elle organise, elle commande, elle supervise. Elle protège. Sa présence seule est une protection.
»

Flammarion - coll. Flam - 175 pages.

Merci Lily pour l'envoi et le prêt de ce livre car je n'aurais jamais déboursé 16 € pour le lire ! Je ne regrette pas non plus, je crois qu'il s'agit là de ma première lecture d'un livre traitant d'un personnage public et (encore) existant ! ...
Et n'hésitez pas à cliquer pour lire le billet de Lily qui est exquis et hilarant !

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13/12/07

Une enfance au pays des livres - Michèle Petit

une_enfance_au_pays_des_livresCet ouvrage traite de « la découverte d'un monde, d'un paysage à soi grâce aux livres, la lecture comme fugue, échappée belle, hors les murs de la famille et de la maison, l'arrachement à la solitude, la consolation, la crainte de l'intusion des adultes, le dégoût des classiques à l'école, sauf si un professeur transmet sa passion, le passage à d'autres lectures par la quête des mystères du sexe, le besoin d'images qui vous enveloppent, puis, plus tard, à l'adolescence, de formules irradiantes qui aident à se dire, l'importance du lointain et des métaphores, la découverte vitale qu'il est d'autres voix que celles qui sont imposées, l'éclectisme. Le fait qu'on lit pour tout autre chose que par goût désintéressé du Beau et du Bien. »

« Toute ma vie, j'ai lu par curiosité éperdue, pour me lire, pour mettre des mots sur des désirs, des blessures ou des peurs, transfigurer des tourments, construire un peu de sens, sauver ma peau. Prendre des nouvelles du monde. » Parce qu'on ramasse dans les livres « bien du bois pour que le monde soit un peu plus habitable » ...

Cette enfance au pays des livres, vue par Michèle Petit, anthropologue de la lecture au CNRS, est « une histoire en pointillés, elle se ramène à quelques bribes, quelques scènes originaires, et c'est peut-être dans leur sillage que nombre de [mes] lectures ultérieures sont venues s'inscrire. »
L'auteur n'a pas envisagé d'établir une liste de ses bonheurs de lecture, mais étudie ce que ses instants ont su lui apporter dans la vie. La lecture aide à se construire, ou se reconstruire dans l'adversité.

Les extraits pourront mieux parler au lieu de livrer ma propre impression, laquelle est en demi-teintes. Je suis restée en marge de ce constat, n'y trouvant pas souvent ma place. Peut-être à cause du fossé générationnel ? Toutefois, certains passages demeurent universels et parlent à tous les « passeurs d'histoires » existants.

« Ainsi faisons-nous retour aux spectacles, aux pages, aux images qui ont charmé notre enfance et nous ne voyons plus que le mauvais grain du papier, les ficelles un peu trop grosses du metteur en scène ou du dessinateur. Ce n'était donc que cela. »

Didier jeunesse - Coll. Passeurs d'histoires - 104 pages - 17 €

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11/11/07

L'année de la pensée magique - Joan Didion

anne_de_la_pensee_magiquePrésentation de l'éditeur
Une soirée ordinaire, fin décembre à New York. Joan Didion s'apprête à dîner avec son mari, l'écrivain John Gregory Dunne - quand ce dernier s'écroule sur la table de la salle à manger, victime d'une crise cardiaque foudroyante. Pendant une année entière, elle essaiera de se résoudre à la mort du compagnon de toute sa vie et de s'occuper de leur fille, plongée dans le coma à la suite d'une grave pneumonie. La souffrance, l'incompréhension, l'incrédulité, la méditation obsessionnelle autour de cet événement si commun et pourtant inconcevable : dans un récit impressionnant de sobriété et d'implacable honnêteté, Didion raconte la folie du deuil et dissèque, entre sécheresse clinique et monologue intérieur, la plus indicible expérience - et sa rédemption par la littérature.

Autant avoir le moral au beau fixe, si vous souhaitez lire ce livre... Personnellement j'ai été dévastée par cette lecture ! Complètement minée, et pas loin d'être déprimée !

Pourtant c'est vrai que c'est un sujet universel : la mort et le travail de deuil. Tout ce qu'écrit Joan Didion à ce propos est si juste, si poignant et terriblement intelligent. Mais la plume est tantôt médicale, un peu froide, implacable à détailler le verdict des médecins. Passons sur le drame qui emporte son époux, John Gregory Dunne, car en même temps Joan Didion est confrontée à la maladie de sa fille, Quintana, hospitalisée durant des mois, et qui se trouve entre la vie et la mort. (D'ailleurs, en 2005, quelques mois avant la parution du livre aux USA, celle-ci décède à 39 ans mais Joan Didion n'a pourtant pas souhaité revenir sur son récit pour inclure ce second décès.)

Eprouvant, donc. Le livre est un double exercice : se concentrer sur l'acceptation de la mort de son mari, revenir sur leur vie conjugale qui a duré quarante ans, s'apercevoir qu'on existe aussi à travers le regard de l'autre, se tourner vers l'avenir et le retour à la vie. En même temps, il y a cette parenthèse qu'entraîne la terrible maladie de sa fille, un semblant de sursis, un entre-deux dans lequel le deuil semble caler, et être remisé aussi.

Les critiques sur ce livre sont dithyrambiques, je ne conteste pas ce fait. Mais en ce qui me concerne, j'ai eu beaucoup de mal à venir à bout de ce récit ! C'est tellement dur ...

Grasset - 278 pages - Traduit de l'américain par Pierre Demarty.  18,90 €

L'année de la pensée magique a été consacré " livre de l'année 2006 " aux Etats-Unis. Best-seller encensé par la critique, déjà considéré comme un classique de la littérature sur le deuil, ce témoignage bouleversant a été couronné par le National Book Award et vient d'être adapté pour la scène à Broadway, par l'auteur elle-même, dans une mise en scène de David Hare, avec Vanessa Redgrave.

En savoir plus sur Joan Didion : " Ecrire pour survivre " par André Clavel (Lire, Septembre 2007)

A été lu par Cathe aussi !

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30/09/07

La mort d'un pote ~ Emilie Frèche

Le 13 février 2006, Ilan Halimi, 23 ans, est retrouvé agonisant le long d'une voie de chemin de fer, dans l'Essonne. Après 24 jours de séquestration, de tortures, d'insultes, d'humiliations, le corps battu à mort et brûlé à 80%, il est abandonné par ses bourreaux. Il a encore un peu de force pour ramper hors de ce cauchemar, mais plus assez pour rester en vie. Dans l'ambulance qui le conduit à l'hôpital, le jeune homme succombe à ses blessures.
C'est d'abord un fait divers paru dans un entre-filet, dans les journaux, puis la grande affaire qui éclate avec l'arrestation du gang des Barbares et sa déferlante d'horreurs. Si Ilan est devenu la cible martyre des ses bourreaux, c'est parce qu'il était juif et que sa famille était forcément "bourrée de pognon" ! Une honte. C'est à la fois impensable, révoltant et abominable de s'imaginer que dans la société du 21ème siècle un crime aussi raciste et primaire puisse encore exister, avoir lieu et ne pas soulever de tolé général et de réactions à long-terme.

C'est la fin d'une époque, écrit Emilie Frèche. La République d'aujourd'hui ne tient plus ses promesses, la génération qui pousse a perdu ses repères ou les pioche dans des manuels qui ne répondent à aucune loi. Tout est erroné, l'école a abdiqué, les parents ont baissé les bras, partout c'est le laissez-aller, on s'en fout de tout. Et Emilie Frèche fait l'étalage des autres crimes honteux et inacceptables, les morts liées à la canicule dans la plus grande désinvolture par exemple. Trop, c'est trop. Il est temps de réapprendre à vivre tous ensemble, de ne pas "laisser mourir la France", pays des droits de l'Homme et de la liberté. Ce texte est un hommage à "un pote disparu", à tous ces autres anonymes qui ont souffert d'antisémitisme, de racisme, de violences arbitraires, dans la plus grande inconscience de nous tous. Emilie Frèche exprime son "coup de gueule" et ça tape droit dans le coeur. Agissons, pensons à nos mômes !

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21/09/07

Les Pintades à Téhéran - Delphine Minoui

Pintades___teheranCe n'est sans doute pas demain que vous, comme moi, allez vous rendre en Iran. Et c'est bien dommage, je m'en rends compte en levant mon nez de ce livre à la couverture fantaisiste, qui n'est sans doute pas gage de sérieux selon les critères de quelques-uns, et pourtant que l'auteur Delphine Minoui, journaliste installée à Téhéran depuis 8 ans, sait très bien de quoi elle cause, et elle le fait très bien, même !

Téhéran est une ville trépidante, à la fois redoutable et fascinante. « Une capitale des clichés et des faux-semblants entourée d'un halo de mystère qu'il ne vaut mieux pas chercher à percer. Ici, on porte des strings roses sous le voile, on flirte sur Internet et on danse à la barbe des mollahs. Téhéran, c'est le noir des martyrs, c'est l'odeur de l'essence qui s'accroche au nylon du tchador. Mais Téhéran, c'est aussi la poésie de Hâfez vendue au détour d'une ruelle sur un joli papier de soie. C'est le blanc des montagnes qui entourent la ville et qu'on prend plaisir à contempler quand, par un miracle printanier, la brise vient chasser le couvercle de pollution qui s'abat sur les gratte-ciels. Téhéran, c'est le rouge des lipsticks de ces dames, symbole d'une vie qui résiste à tous les coups de matraques imposés par une minorité au pouvoir qui s'accroche à des idéaux religieux dépassés. »

Téhéran, la ville aux deux visages. La ville mystérieuse et pleine de charme. C'est ce qu'on ressent en lisant ce livre, ce qu'on éprouve en rencontrant les Téhéranaises qualifiées de malicieuses car ce ne sont décidément pas celles qu'on pense, des femmes soumises, accablées, à la féminité gommée. Comme à New York ou Londres, il existe bel et bien des Pintades en Iran !!! Les Téhéranaises aussi sont belles, sexy, soigneuses et appliquées à suivre les diktats de la mode. Elles flirtent, batifolent, rêvent du prince charmant, vont à la salle de gym, cancannent à la mosquée, pleurent comme des madeleines, puis s'abreuvent de thé en s'empiffrant de pistaches...

Le portrait des Téhéranaises est un joyeux mélange de couleurs, d'odeurs, de saveurs. Très superficielles et matérialistes, aguicheuses et ne boudant pas leur plaisir à s'acheter des dessous affriolants, les Pintades en Iran sont aussi des femmes investies, impliquées et qui ne reculent pas devant les menaces, les censures. Au contraire, elles redoublent d'efforts, à l'image de Chirine Ebadi, l'avocate ayant décroché le Prix Nobel de la Paix. Les Téhéranaises sont là où on ne les attend pas, dans un taxi, en chef d'entreprise, ou en fliquette pour la répression des moeurs.

Insoumises, insaisissables, imprévisibles et épatantes ... ce sont les Pintades à Téhéran. En choisissant la capitale de l'Iran comme nouvelle destination de la basse-cour des pintades, les éditrices ont assurément voulu tordre le cou aux idées reçues, aux clichés et à la réaction d'appréhension. Elles ont bien eu raison, parce que les Téhéranaises aussi sont des femmes formidables, et courageuses ! Ce livre tout en charme et énergie, aussi dans la futilité et les gloussements, est une belle opportunité pour rendre les honneurs à des femmes anonymes et mieux cerner les us et coutumes d'un pays qui fait souvent parler de lui sous ses plus sombres et terrifiants aspects !
NB : Non, ce livre n'est pas de la chick-lit !

Editions Jacob-Duvernet - 195 pages /  Mai 2007.  Le site des Pintades !

Couverture : Sophie Bouxom

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02/09/07

La chienne de ma vie - Claude Duneton

la_chienne_de_ma_vieC'est vrai que l'idée d'écrire un livre autour d'un chien peut paraître un peu étrange et farfelue, mais Claude Duneton a su glisser une habileté remarquable pour mieux redonner vie à Rita, la chienne de sa vie, de son enfance.
Elevé dans un milieu rude, le jeune garçon a su trouver en cet animal au caractère impossible un bouclier contre la méchanceté de sa mère. Cette dernière est vive, irritable et s'emporte facilement après son fils ou son mari. Le père a en effet un tempérament plus doux, plus conciliant, se débinant même face aux tâches ingrates.
Soucieux de trouver sa place, l'enfant a reporté son attention auprès de Rita, chien fougueux, têtu et borné, gourmand et opportuniste, véritable gardien des jours difficiles de l'enfance du narrateur.
C'est de cette façon un peu nostalgique et attendrissante que doivent être lues les 80 pages de ce court récit. Un récit qui renvoie à un autre temps, à un milieu rural et agricole mais qui échappe à toute mélancolie ou sinistrose : belle lecture au charme inqualifiable, qui séduit et pourra toucher le plus impénétrable des lecteurs ! Dédicace personnelle à ceux et celles ayant déjà rencontré "le chien de leur vie" ...

Buchet Chastel - 80 pages - En librairie le 28 Août 2007 - 10 €

Extrait qui me plaît :   

«  En partageant avec moi les mauvaises humeurs et les coups de ma mère, la Rita a dû me rendre un fieffé service, mine de rien. Je me trouvais moins seul face aux adultes, elle prolongeait la famille, ouvrait un peu le trio étouffant pour un enfant unique. Par sa présence, son comportement insolite aussi atypique pour un chien que l'était celui de mes parents, elle rendait les choses un peu plus "normales", en somme. Elle a dû me servir de "petite soeur", de ce que j'imagine qu'aurait été une petite soeur... En écrivant sa vie je referme la boucle... C'est un clin d'oeil au temps perdu. »

** Rentrée Littéraire 2007 **

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26/06/07

Naissances - Collectif d'écrivains féminins (sous la houlette de René Frydman)

naissancesCe sont huit voix de femmes qui s'expriment, des écrivains qui sont aussi des mamans. Elles nous offrent ce qui les caractérisent si bien : l'extravagance avec Marie Darrieussecq, le fou-rire avec Hélèna Villovitch, Agnès Desarthe, Geneviève Brisac et Catherine Cusset, un peu de sérieux avec Marie Desplechin et Camille Laurens, et une grande lucidité avec Michèle Fitoussi (qui, elle, parle davantage de la "deuxième naissance", quand l'enfant quitte le cocon familial).
Au-delà du thème, ce livre avait l'atout de me plaire car il réunissait 8 auteurs que j'affectionne sans exception. Quant au contenu, je me suis sentie tour à tour bouleversée et concernée. A leur façon ces 8 femmes ont su reproduire l'instant flippant, fantasmagorique, angoissant, extraordinaire et magique qu'est la naissance de son enfant.
Pour la plupart, elles racontent leur toute première expérience avec une verve décoiffante. Et c'est émouvant de se reconnaître dans ces histoires, qui renvoient à nos propres expériences.
Car s'il est désormais admis que l'enfantement, c'est beau et moche à la fois, ce recueil nous le rappelle à sa façon. C'est Camille Laurens qui l'exprime ainsi : "Je ne voudrais pas finir sans dire ceci : que la naissance n'est pas seulement ce moment hautement dramatique, ce cataclysme ponctuel, cette catastrophe au sens étymologique. C'est aussi et d'abord une expérience quotidienne et partagée, la présence d'un objet d'amour éternellement perdu et retrouvé, un bouleversement permanent fait de connaissance et d'énigme, de distance et de fusion, d'absence et d'effusion. Tous les jours, je regarde ma fille comme si elle venait de naître, et je n'en reviens pas. On ne revient pas de la naissance, on y reste, on y est toujours."
Magnifique !

Points - 180 pages.

  • C'est grâce à Laure si j'ai d'abord lu ce livre en Janvier 2006 édité chez L'Iconoclaste. Il est désormais disponible en format poche, je me le suis offert ! ... :o)  Encore merci à L. pour la découverte !

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12/06/07

La Saga de la Bibliothèque Rose - Armelle Leroy

Pour saluer mon retour, voici un livre rose (comme les murs de ce blog) et qu'il faut posséder les yeux fermés ! Oui, vous - grands lecteurs depuis des lustres - vous ne pouvez pas passer à côté !

saga_de_bibliotheque_roseAu début, était un petit génie, éditeur parisien, du nom de Louis Hachette qui sent très vite la nécessité d'occuper les voyageurs qui prennent le train, mais qui sont tous un peu débordés, dépassés, anxieux, etc. Aussi, Louis Hachette décide de lancer sa fameuse bibliothèque des chemins de fer et produit un modèle original pour l'époque avec des livres de petits formats, qu'un voyageur pourra glisser dans sa poche, et à petits prix pour que cela n'alourdisse pas le bugdet déplacement des familles ciblées ! ...

Le projet est lancé, nous sommes dans les années 1850. Il faudra ensuite à Hachette de trouver ses auteurs et des histoires qui pourront enthousiasmer petits et grands, filles et garçons, sans oublier l'Eglise dont la voix pèse lourdement sur la censure ! La rencontre avec la Comtesse de Ségur est providentielle, ses romans pour les petites filles réconfortent les statistiques dans une société où l'éducation des enfants est à deux vitesses - les garçons étant déjà largement sollicités, contrairement aux filles !

La bibliothèque verte suivra peu de temps après, plus destinée aux adolescents, et qui propose des textes d'une qualité indiscutable : Jules Verne, Jack London, Daniel Defoe, Charles Dickens, etc. Il est d'ailleurs intéressant de souligner qu'à cette époque la littérature enfantine n'était pas du tout considérée comme un élément mineur dans le milieu éditorial, que des grands noms d'auteurs classiques y étaient affiliés, et qu'il est bon de se le rappeler de nos jours, où on rencontre de tout, du bon comme du n'importe quoi, et où on tend à mépriser le domaine jeunesse comme un sous-fifre de la littérature en général. Mais passons.

La saga de la Bibliothèque Rose est L'indispensable pour tous les lecteurs ayant passé des heures le nez plongé dans les séries d'Enid Blyton, du Club des Cinq au Clan des Sept, en passant par les Oui-Oui, les séries des Mystères et celles sur les pensionnats typiquement anglais (les jumelles de Saint-Clair, Malory School, etc). Dès les années 1950, ce sont les auteurs français qui s'en mêlent en proposant des séries du style Michel ou Cécile par Georges Bayard, Les Six Compagnons ou Fantômette !

Que de bons souvenirs dans ce merveilleux livre rose, très bien documenté, enrichi d'extraits, de propos de personnalités issues des milieux les plus divers (écrivain, journaliste, comédien, chanteur...). Ce livre est un incontournable, il rappelle vos bonnes nourritures et redonne le goût d'autrefois, ce qu'on nomme Nostalgie avec les photos couleur sépia, mais Armelle Leroy brosse la poussière du temps qui passe. Passionnée, elle offre ainsi un livre historique et affectif, un pur concentré de tendresse, de joliesse et rappelle la valeur phare de l'enfance : l'amitié.

Hachette - 318 pages - La Bibliothèque Rose a fêté ses 150 ans en 2006 !

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07/06/07

Paris l'instant - Philippe & Martine Delerm

paris_l_instant"Paris se regarde. Sur tous les présentoirs de cartes postales, Paris se cherche dans sa propre image, amusé, étonné de si peu se reconnaître. (...) Paris fait la moue, un peu flatté quand même d'être partout décliné, reproduit, prolongé en abyme, de voir surgir une vie arrêtée qui ne lui semble pas la sienne."
Oubliez tous vos guides sur la Ville Lumière, plongez votre nez dans l'ouvrage réalisé en commun par le couple Delerm (Philippe pour le texte, Martine pour les photographies) et savourez le plaisir de découvrir Paris tel que jamais vous ne pensiez le deviner !
C'est une longue promenade qui commence, dès dix heures trente au Jardin des Plantes pour s'épuiser dans la mi-journée rue des Cascades... Qu'on soit en avril, en juin ou un soir d'été, on parcourt Paris avec ce même regard étonné, cette curiosité sans cesse renouvellée.
Ce qui est bien avec Philippe Delerm ce sont ces petits instants flashés sur le vif, ces petits riens qui font toute la différence, ces moments indicibles. On pense que c'est si facile d'écrire comme il le fait, et pourtant nul autre que lui ne possède ce doigté à décrypter une lumière blonde sur la terrasse d'un café, le mystère d'une chambre sous les toits, le silence du rossignol, le goût du coquelicot fariné ou d'une soupe à l'oignon.
"Paris l'instant" ne contient aucun poncif, c'est bien au contraire tout l'art de retrouver une ville magique ! "Des pages, des images qu'on ne cherche pas mais qui vous hèlent doucement quand on fouille au hasard, le dos courbé sous le soleil. Des rencontres un peu magiques, mais faciles aussi, et pas complètement singulières : si on ne trouve pas, quelqu'un d'autre passera (...)" .

154 pages - Fayard octobre 2002 - Le livre de Poche mars 2004.

Un grand Merci à Caro[line] qui m'a adressé ce livre - elle en parle chez elle ici !

  • Le couple Delerm avait également collaboré sur Fragiles en 2001

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