07/06/07

A Garonne - Philippe Delerm

A_GaronneA Garonne est le souvenir d'un homme pour une maison, celle de ses grand-parents, à Malause dans le Tarn-et-Garonne. C'est La maison où ses parents et lui descendaient chaque été pour y couler leurs jours heureux, échappant à une année confinée dans un logement de fonction en Ile-de-France (ses parents étaient instituteurs).
La maison de Malause est la parenthèse idyllique, bucolique et nostalgique d'un homme devenu écrivain et qui aujourd'hui se penche sur sa feuille pour y déposer toutes ses émotions. Du goût des échappées à vélo, du plaisir d'aller à la pêche, des souvenirs du bal et des filles aux robes blanches, de la grand-mère ou du grand-père qui occupaient une chambre séparée, de la quête des racines, des copains du village... Ce sont tous des moments à jamais gravés dans les mémoires.
En écrivant ce livre, Philippe Delerm prend le pari de livrer une part intime plus audacieuse qu'auparavant. Lui qui voue son écriture à la restitution d'instants fugitifs, à l'intensité des sensations d'enfance atteint avec ce récit une grandeur qui est très émouvante. Dans les dernières pages de son livre, il explique ce que devient cette maison après la mort de ses grand-parents, qu'elle représente toujours un point d'ancrage pour toute la famille et qu'elle porte désormais le nom de La Mascagne, "la maison de ses racines".
Par certains aspects, ce livre me fait penser à La Gloire de Mon Père de Pagnol, et si j'éprouve une grande affection pour ce condensé de souvenirs de l'enfance, c'est aussi parce qu'il pointe le doigt sur l'importance d'une Maison dans l'Histoire d'une famille, et parce que tout n'est pas idyllique. "Pas évident de vivre ensemble quand on ne vit plus ensemble. Et puis, au coeur de la famille, chaque famille a son évolution, son destin. Le quotidien n'est pas si simple à moduler, quand les systèmes de vie s'éloignent et que l'affectif apparaît toujours en filigrane, dans les moments passés ensemble. Mais tout cela, nous le savions à l'avance. Les idées les plus fortes, celles qui nous font vivre, sont les plus difficiles à incarner. Les plus belles. La Mascagne est là. Une maison à partager, par le présent, par la mémoire."
Voilà, c'est tout simple et sensible à la fois. Moi j'aime beaucoup.

135 pages - Nil, mars 2006 - Points, mai 2007.

Posté par clarabel76 à 10:48:00 - - Commentaires [25] - Permalien [#]


05/06/07

Mon âge - Camille Pouzol

mon_agePourquoi j'ai tenu ce livre entre mes mains ?
A cause de ceci : ... Même si en même temps, je peux toujours tempérer ma joie en considérant que je n'en ai plus vingt non plus. Mais qui compte ? J'aime bien me poser exactement les mêmes questions qu'avant, sur le mode d'emploi des gars, la taille des jupes, les heures de sommeil ou l'intérêt d'avoir bon caractère. J'aime bien n'avoir rien senti ou beaucoup ressenti, contente que ce soit passé, puisque sincèrement je ne me referais pas le bac, l'appareil dentaire, le concert de U2 dans la fosse ou la toute première déclaration d'impôts. Nostalgie. J'ai connu un temps où Internet n'existait pas, ni les portables, ni la Star Academy, pour moi, les Twix resteront des Raiders. Contente que ce ne soit pas fini aussi, tout ce qui ne te tue pas te rend, disons, plus en vie. 30 ans. (Présentation de l'éditeur)
Car dans cet infime extrait, je me suis totalement reconnue ! Avoir 30 ans, bientôt ou passés, c'est un tel cap dans son existence qu'il est bon de s'y pencher en feuilletant ce dictionnaire léger et touchant qu'a écrit Camille Pouzol.
Camille est journaliste à Elle, elle rédige des rubriques comiques et ironiques, et son ton dans "Mon âge" est dans cette vague. C'est du blabla de fille, qui donne le sentiment d'avoir une discussion entre copines, parce que ce que raconte Camille Pouzol a, dans l'ensemble, eu un large écho en moi !
J'appartiens à cette génération, j'ai les mêmes avis sur le couple, sur l'amour, l'anniversaire ou Jane Austen, Scarlett O'Hara et Belle du Seigneur. Un vrai melting-pot ! L'avantage aussi, en plus d'être drôle et distrayant, c'est que ce livre ne se prend pas au sérieux. Cela se lit à petites doses ou à grandes goulées (qu'importe l'envie, pourvu qu'on ait l'ivresse !), et on en sort rasséréné, conforté d'appartenir à un clan, à la joyeuse bande des 3-0.
Point nostalgique, mais vivifiant, éclatant, pointilleux et désopilant !

J'ai Lu - 216 pages. Avec illustrations de C. Zig.

J'en profite pour glisser le commentaire d'un livre lu depuis quelques temps déjà ...

satineCe roman est déroutant, tant par son histoire que par l'impression qu'il laisse sur le lecteur. Satine est une manucure virtuose qui travaille chez Franca. Pour elle, son travail s'apparente à un Art qu'il faut sans cesse peaufiner, ne jamais ménager ses efforts. Et pourtant, Satine commence à sentir une menace autour d'elle : sa patronne, ses collègues et mêmes ses clients ont tous l'air de se liguer contre elle. Un complot s'ourdit, mais Satine n'est pas dupe. Elle scrute, épie, intercepte les conversations et se prépare à la riposte. Mais qu'entend-elle au fond ? Des voix qui ne lui parlent qu'à elle ? Des idées qu'elle seule échafaude ?
"Satine" est un roman étrange, qui bascule dans le délire d'une paranoïaque patentée. C'est l'histoire d'une névrose, à la fois sombre et déconcertante. En fait, ce roman m'a fait ni chaud ni froid, pourtant j'ai été désorientée plus d'une fois. Ce n'est pas que je n'ai pas aimé, mais je n'ai pas adhéré complètement. L'angoisse qui colle à la peau de Satine est effrayante mais la mécanique de sa peur est admirablement démontrée.

Satine, par Bénédicte Puppinck.  245 pages. Publié chez Fayard en mars 2006. Format poche chez J'ai Lu.

L'avis de Tatiana de Rosnay dans Psychologies

Posté par clarabel76 à 11:30:00 - - Commentaires [23] - Permalien [#]

02/04/07

44 (Un an de vie d'écrivain à la maison) - Kirsty Gunn

44_un_an_de_vie_d_ecrivainKirsty Gunn fête ses 44 ans. En cette journée spéciale, elle se rend avec son mari et leurs deux petites filles dans la brasserie où ils entassent leurs plus beaux souvenirs. Ce soir-là, l'écrivain s'aperçoit qu'elle n'a pas écrit une ligne depuis la naissance de ses enfants. Son mari lui demande quand elle se sentira capable de se "remettre pour de bon à écrire quelque chose".
Oui, très bonne question. Un simple regard vers ses petites filles et c'est un flot de pensées qui l'assaille. Car Kirsty vit et travaille chez elle, complétement dédiée à ses enfants, incapable de s'enfermer dans un bureau pour plancher sérieusement. Non, il lui faut sa table sur le palier, les bruits familiers, le dérangement, la bousculade.
Alors d'accord, elle relève un défi incroyable : consigner 44 textes pour marquer l'année à venir, pour parler de la "vie d'écrivain à la maison". Quarante-quatre fragments de genres différents qui ont une chose en commun : ils sont écrits par cette femme qui vit à cette époque de sa vie une existence pleine, nourrie sur le plan imaginaire par ce qui se passe dans son univers familial.
Un univers riche, intéressant et stimulant.

Car autre constat amer : Kirsty Gunn s'aperçoit qu'on parle très peu de la vie domestique dans la littérature, que ce n'est pas un thème abordé dans les livres, que les auteurs font l'impasse sur cet ordinaire qui est pourtant le lot quotidien de la plupart d'entre nous.
Pourquoi ?
Voilà un peu comment se compose ce livre. Il est étrange, biscornu, rapiécé, raccommodé, un patchwork de poèmes, d'essais, de nouvelles, de haïkus... J'ai particulièrement apprécié les passages éclairant sa vie personnelle, familiale, ses questions et ses pensées sur la lecture faite aux enfants, sur le symbole de la mer dans la littérature, son dernier roman, sur du futile (les bikinis, les spartiates) ou du lourd (la maladie de sa soeur). Il y a aussi beaucoup de citations d'autres auteurs, des extraits qui donnent envie de découvrir ces autres ouvrages.
Pour une expérience originale, il faut reconnaître que la néo-zélandaise Kirsty Gunn a réussi son joli pari !
A noter que, pour respecter la voix et la musicalité de Kirsty Gunn, l'éditeur a choisi de ne pas traduire ses poèmes et d'être ainsi fidèle à l'originalité de son projet.

Christian Bourgois, 325 pages

Posté par clarabel76 à 07:30:00 - - Commentaires [21] - Permalien [#]

23/03/07

Perla - Frédéric Brun

perlaFrédéric Brun est un fils qui a perdu sa mère, Perla, rescapée du camp d'Auschwitz, déportée en juillet 44. Elle est rentrée au pays, dévorée et marquée à jamais, pourtant elle a tenu son secret enfermé au plus profond de ses entrailles.
De ses mois de déportation, Perla n'en a jamais parlé. A son fils unique qui n'a pas su poser les bonnes questions à temps, elle a tenu ce visage ravagé par les souvenirs, la douleur et le sourire qu'on s'efforce de donner. Mais l'illusion était bel et bien morte.
Frédéric Brun se sent seul, triste et malheureux. En commençant ce récit, c'est pour lui "un livre de pensées". Ce n'est rien d'autre que ça : un constat frustrant de n'avoir rien su du passé de sa mère, une recherche désespérée à puiser ses sources dans tous les livres qui traitent de la Shoah, un espoir de voir grandir son fils Julien pour lui offrir le choix de vivre sa vie sans se retourner, et c'est l'amertume d'être face à deux Allemagne, "celle des camps et des barbelés contraste avec celle des plaines embrumées, des couchers de soleil orangés, des poètes idéalistes, Novalis, Hölderlin, qui ont attrapé l'âme du monde. Pourquoi suis-je si fasciné par ce pays écartelé entre le lied et la voix sèche, le raffinement et la barbarie ? Je m'étonne de vouloir trouver en lui ma littérature préférée et les traces d'un passé qui ont brisé Perla."
Ce texte est bouleversant, totalement sobre et écrit avec une sensibilité déchirante. Il y a malgré tout une lueur d'espoir derrière "ces pages de larmes", car "Une mère, en fait, cela ne meurt jamais". J'ai été profondément émue par ce livre, pas au point de verser des larmes, c'est un bel hommage d'un fils à la figure maternelle, un devoir de mémoire qui n'a pas su être accompli en remplissant tous les trous, mais c'est justement cette humilité qui rend "Perla" éloquent et essentiel. Lisez ce livre !    Stock, 110 pages.  Février 2007.

" Qu'y a-t-il donc encore à savoir ? Je me demande pourquoi j'ai tant besoin de plonger dans son histoire. J'ai l'impression, grâce à l'écriture, de reconstruire un pont entre elle et moi. Pourtant, qu'est-ce que je connais réellement d'elle ? Perla demeure pour moi un mystère. Elle ne m'a jamais vraiment connu non plus. Nous n'avons pas assez profité l'un de l'autre, il y a eu trop de barbelés entre nous. Je me rends au Mémorial de la Shoah, à quelques pas de la chambre de service où elle habitait. Je cherche son nom. Il est bien inscrit sur la pierre. Je trouve une Perla. Je me suis trompé de mur. Ce n'est pas elle. Il y en avait eu une autre ! Qu'est-elle devenue ? A-t-elle survécu ? J'ai le cœur qui bat plus vite. Combien de Perla sont gravées sur ce marbre ? "

Posté par clarabel76 à 07:05:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]

22/03/07

A bout de couple - Catherine Castro

A_bout_de_couplePrésentation de l'éditeur
Alors que le sexe a cessé d'être subversif pour se muer en religion commerciale, le couple est devenu le tabou consacré. Aucune issue possible, nul chemin de traverse. Seuls, vous êtes une femme ou un homme mort(e). Le couple est une institution qui reste le baromètre infaillible pour mesurer le degré d'intégration d'un individu. Que faut-il voir dans cette obsession sinon un formidable lavage de cerveau faisant fric de tout bois, une exploitation de la détresse affective, un enjeu politique ? A une autre époque, la lutte des classes remplissait les bistrots, les amphis. Au même moment, le couple volait en éclats, dernier bastion de l'idéologie bourgeoise. Aujourd'hui, on lui fait un triomphe. Le couple serait une promesse de bonheur. Il garantirait un itinéraire personnel réussi. Il assoirait une image politique. L'époque a les enjeux qu'elle se donne, le nôtre, c'est l'amour fonctionnaire.

Ce que j'en dis

Pas grand-chose, en fait ! Je me sens incapable d'exprimer un véritable avis sur ce livre, qui m'a agacée, oh oui. Catherine Castro, journaliste à Marie-Claire, offre une vision pertinente sur l'image du couple tel qu'on nous l'étale de nos jours, dans la presse, la politique et la littérature. Pour une femme seule, c'est insultant ! Mais n'allez pas croire que l'auteur de cette mise en accusation soit une frustrée, une aigrie de la vie, etc. Elle aussi a déjà donné, et puis un jour elle a été dégoûtée, purement et simplement. Seule solution : elle a repris sa liberté, elle est redevenue elle-même, conforme à ses choix. "Se rendre compte qu'au final, il me manquait beaucoup moins de choses que lorsque je partageais ma vie avec quelqu'un qui ne me manquait pas. Pour réaliser que la personne qui me manquait, c'était moi. Quelqu'un qui détestait le couple. ça fait un choc. (...) On se cramponne au couple comme on s'accroche  aux clopes, accro à une drôle d'idée du plaisir, jusqu'à en être dégoûté. " Le ton de ce livre est lucide et blessant, aussi vrai que cela puisse être, c'est aussi très dérangeant. Je suis incapable de me ranger à ses côtés, parce qu'il faut admettre que ce point de vue décalé et inattendu laisse un arrière-goût rance. On nous ment depuis des générations, et il est inscrit quelque part que "tu abhoreras ce que tu as aimé" ... Gloups. Je dis ok sur certains points, mais l'instant d'après je me dis qu'elle exagère, qu'elle est trop belliqueuse, et dans le fond c'est ce qui me gêne le plus pour adhérer à ses idées.

Alors voilà, je le propose en livre-voyageur, certains d'entre vous connaissent ce principe (je me charge d'envoyer ce livre au 1er qui sera intéressé et à son tour il le fera suivre aux personnes disposées, etc. avant le retour à l'envoyeur quand la boucle sera bouclée). Signalez dans vos commentaires si l'aventure vous tente, si vous souhaitez vous pencher sur le problème du couple, et cela me permettra de vérifier à quel public ce livre se destine le plus. (Les adresses sont échangées en privé !).

Denoel, 155 pages  (ce livre est en petit format, et ça se lit très vite !)

Posté par clarabel76 à 17:00:00 - - Commentaires [30] - Permalien [#]


18/02/07

A présent ~ Brigitte Giraud

Basé sur un sujet grave, la mort accidentelle de son mari, ce livre ne baigne pourtant pas dans un mélo à vous tirer toutes les larmes de votre corps.
Au contraire, la plume de Brigitte Giraud est forte à décrire ces instants d'une vie à deux, qui brutalement n'existeront plus. A présent la narratrice se rend compte combien elle était heureuse. Et très gravement, tout simplement, elle raconte ces minutes où elle débarque à l'hôpital, apprend la mort, rencontre la famille, explique à son fils, téléphone à droite et à gauche, prend les dispositions pour l'enterrement.. jusqu'au jour des funérailles. C'est bref, précis, sans émotion morbide, ni exaltation effrénée.. A aucun moment la narratrice ne s'effronde en larmes, elle vit ses douloureuses heures en dehors de son corps, qu'elle pense être habité par son compagnon. C'est merveilleux, bouleversant et poignant.

février 2004

Posté par clarabel76 à 14:24:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

12/02/07

Laissez-moi ~ Marcelle Sauvageot

Lisez ce petit livre de Marcelle Sauvageot, très court, mais vraiment bouleversant !.. "Laissez-moi", autrefois baptisé "commentaire", est le long récit d'une jeune femme, en cure de repos pour grave maladie, qui reçoit une lettre de son fiancé lui annonçant la rupture, mais d'une manière complètement insultante: "Je me marie avec une autre... que notre amitié demeure...". Ce livre c'est donc la longue réponse que la jeune femme souhaiterait lui donner. Et à travers son récit, elle revient sur cet homme, ce goujat, et sur les exigences de l'amour, l'emprise sur les femmes etc..
C'est très poignant, criant de vérité et de sensibilité. Ce récit a été rédigé dans les années 30 mais son contenu demeure d'actualité et nous interpelle encore aujourd'hui. On est d'autant plus touché, sachant que son auteur est décédée peu de temps après (des suites de sa maladie), au jeune âge de 34 ans. Encore un talent méconnu, fauché trop tôt !! (je pense aussi à Laurie Colwin).
Bref, n'hésitez plus à découvrir cette perle !!

février 2004

Posté par clarabel76 à 14:18:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

12/01/07

Paris ne finit jamais - Enrique Vila Matas

Paris_ne_finit_jamaisÀ l'occasion d'une conférence qu'il doit donner à Barcelone, un écrivain revient sur ses années de bohème et d'apprentissage littéraire à Paris. A cette époque, le jeune homme se voulait "très pauvre" et "heureux", comme Hemingway à ses débuts, mais Vila-Matas s'est abstenu de réel bonheur, il était en fait très "malheureux" (et pauvre comme Job). Vila-Marquas était à Paris pour écrire son premier roman, "La lecture assassine" (où la lecture du manuscrit devait entraîner la mort du lecteur !), et bénéficiait d'un soutien remarquable en la personne de Marguerite Duras, qui devint sa logeuse.

Vila-Matas est un "malade" d'Hemingway et cherche à tout prix à lui ressembler, quitte à participer à des concours de sosie de l'écrivain (où il se ridiculise à plates coutures), ou reproduire ses expériences. "Paris est une fête" étant une de ses plus grandes références, il n'hésite pas à rétorquer avec son "Paris ne finit jamais" pour apporter le témoignage de sa propre aventure, finalement plus pitoyable et grotesque, à lui rappeler avec honte sa pédance maladroite en imitant Sartre sur les terrasses des cafés de St-Germain-des-Prés... Mais l'ensemble est absolument jubilatoire à lire, c'est truffé de clins d'oeil (oui, on y croise une certaine Isabelle Adjani débutante !) et le rapport qu'entretient l'auteur avec son personnage ne manque pas d'auto-dérision, de finesse mais aussi de tendresse.

10-18

Posté par clarabel76 à 20:34:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

24/11/06

Le journal de Hyde Park Gate - Virginia Woolf, Vanessa Bell & Thoby Stephen

Journal_Hyde_Park_GateLes magazines de jeunesse étaient un passe-temps favori dans les familles littéraires du 19ème, il n'est donc pas surprenant que celle qui allait devenir la grande Virginia Woolf se soit également adonnée à cet exercice avec ses soeur et frère, Vanessa et Thoby. La famille Stephen logeait au 22, Hyde Park Gate dans une haute et sombre demeure. Virginia avait tout juste dix ans quand les premières chroniques de leur journal ont été rédigées, vers 1891. C'est d'ailleurs un constat flagrant de lire l'évolution des articles de ces enfants qui avaient alors dix à treize ans au commencement, le journal s'étend jusque 1895 puis s'interrompt brutalement. L'humeur de départ est assez primesautière, les enfants font le constat de leur quotidien, racontent des blagues et des devinettes, composent des poèmes. Plus ils vont grandir et plus leur regard deviendra pointu et finement acerbe sur leur environnement. Ils adoptent un style très proche de la pédanterie et du snobisme, un arrière-goût de cynisme sur les indispositions des uns ou les bavardages très creux des autres.

Il faut préciser que Le Journal de Hyde Park Gate était sous la coupe d'enfants érudits et doués pour leurs jeunes âges. On n'y trouve donc pas n'importe quoi ! Il y a une forte impression d'insouciance et de légèreté, à aucun moment les Stephen n'évoquent la mort, en dépit de certains graves événements les frappant. On a donc prétendu que la gaieté du Journal dissimulait des traumatismes d'enfance (dixit Hermione Lee, en préface). Autre chose, ce Journal se lit également comme une matière première à l'oeuvre future de Virginia Woolf, les thèmes les plus forts de ses oeuvres ont été puisés dans son enfance. Son implication acharnée dans la rédaction du Journal démontrait déjà une grande soif de reconnaissance, surtout auprès du regard de ses parents. "Plutôt astucieux, je trouve", a observé la mère, reposant le journal sans émotion apparente. Virginia souffrira toute sa vie d'écrivain de ce besoin désespéré de reconnaissance, toujours en proie aux affres de l'incertitude, malade de songer à la manière dont son travail serait accueilli par le public.. Le Journal de Hyde Park Gate a déjà pour lui : la confirmation du talent, la découverte d'une personnalité plus facétieuse, un penchant fâcheux pour épater ses parents, une espiéglerie qui dissimule toute trace de tragédie, une mise en scène perpétuelle d'un quotidien dans le style fin 19ème, les prémices d'une oeuvre à naître et l'annonce pernicieuse des démons de la mélancolie et de la dépression. Indispensable pour tous les étudiants anglicistes et les passionnés de Virginia Woolf.

Mercure de France

  • Enfoui pendant des années à la British Library à Londres, le journal de Vanessa, Thoby et Virginia Stephen a été miraculeusement retrouvé pour ce qui touche aux années 1891, 1892 et 1895. Joyeux mélange de comptes-rendus d'événements familiaux, de lettres, de rubriques de conseils, d'embryons de romans, de devinettes ou de poèmes, c'est l'œuvre de trois enfants exceptionnellement doués et cultivés, âgés de dix à treize ans, qui voulaient étonner et amuser leurs parents. On sait à quel point Virginia Woolf a été un grand écrivain de l'enfance. C'est avec beaucoup d'émotion que l'on retrouvera ici des échos de ce qui allait un jour éclore dans La promenade au phare, Les années ou Les vagues.
  • Hermione Lee, qui a préfacé Le joumal de Hyde Park Gate, est l'auteur d'une exceptionnelle biographie de Virginia Woolf. Gill Lowe a retrouvé, mis au point et annoté le manuscrit alors qu'elle faisait des recherches pour sa thèse sur Julia Stephen, la mère de Virginia Woolf, à l'université d'East Anglia.

Posté par clarabel76 à 10:39:30 - - Commentaires [8] - Permalien [#]

20/11/06

Gestations - Tove Nilsen

gestationsEn découvrant qu'elle est enceinte, la narratrice se réfugie chez les soeurs pour réfléchir et apprécier cette nouvelle. Auparavant, elle a déjà fait deux fausses couches qui l'ont cruellement meurtrie. Parallélement, cette femme se lance dans l'écriture d'un nouveau roman, guidée par les esquisses de Leonard de Vinci qui représentaient des foetus et une femme enceinte décédée. Inspirée par ses recherches sur la création artistique féminine, elle va s'intéresser à Henrickje Stoffels, qui fut le modèle et la maîtresse de Rembrandt. Son interprétation de Bethsabée recevant l'ordre du roi David a immortalisé sa grâce, son ventre de femme enceinte et son mystère...

Les mois passant, la narratrice est à l'écoute de son corps et du bébé niché en son sein. Elle voyage d'Oslo à Amsterdam et jusqu'à Paris, l'enfant chipote et semble contester à sa mère le droit de mener sa vie trépidante. Elle s'incline. "Etre enceinte, c'est aussi rompre avec la chronologie. Pourquoi ? Parce que celui qui a été nouvellement conçu a de tout temps été "mort" avant que la vie ne se manifeste. Etre attiré par un tableau vieux de trois cents ans, c'est voir comment le talent se hausse au-dessus du temps et, par là même, de la chronologie". La narratrice ne cesse de s'interroger, pourquoi cette fascination pour Henrickje, pourquoi cette nécessité d'écrire. Elle mêle avec humour et intelligence ses pourquoi et ses pirouettes, introduisant l'homme qui partage son quotidien et avec lequel la complicité est flagrante.

"Gestations" est un roman (?) qui parle de la création et de la mise au monde, (enfant plus roman, bien forcément !). Cette idée de mettre en miroir cette double conception est judicieuse et évidente. Le fait de considérer ce livre comme un roman m'étonne un peu, car je l'envisageais comme un récit d'une expérience personnelle. Tove Nilsen est née en 1952 à Oslo, elle est considérée comme l'auteur d'une écriture engagée. "Gestations" apporte sa petite pierre à l'édifice qu'est l'enfantement dans la littérature. Un texte très honnête, spirituel et vraiment drôle, avec des rencontres et des personnages époustouflants.

Gaia

Posté par clarabel76 à 20:27:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]