04/06/07

Mon amie, Anne Frank ~ Alison Leslie Gold

Universellement connue, la petite Anne Frank est célèbre pour la publication de son journal écrit pendant les années noires de la guerre où elle et sa famille se sont cachés parce qu'ils étaient juifs. Anne Frank et sa famille ont malheureusement été arrêtés et déportés, et la jeune fille est morte dans un camp peu de temps avant la Libération...
Dans "Mon amie, Anne Frank", Alison Leslie Gold a rencontré Hannah Goslar, une amie d'enfance d'Anne Frank. Hannah a survécu à l'Holocauste mais elle-même a souffert des persécutions, de la déportation et des autres misères infligées aux juifs par les Nazis. L'histoire de "Mon amie, Anne Frank" commence en 1942 à Amsterdam. Anne et toute sa famille ont disparu, on murmure qu'ils se sont réfugiés en Suisse. Son amie Hannah, restée seule, est triste de n'avoir aucune nouvelle. Elle vit avec son père, sa mère enceinte, sa petite soeur Gabi, ses grand-parents et une jeune fille attardée, Irma.
Hannah pense très souvent à Anne Frank, une jeune fille à la joie de vivre perpétuelle, tout le temps follement amoureuse, très fière de ses jolis cheveux noirs. Elle se souvient des fêtes d'anniversaire, des soirées-pyjamas, des célébrations religieuses et de leur groupe de ping-pong, "La petite Ourse moins deux". Pour soulager son angoisse face aux rafles de plus en plus incessantes, Hannah s'imagine Anne à l'abri dans un chalet suisse à déguster un bon chocolat chaud...
Très vite les évènements tragiques vont se précipiter. Hannah et sa famille vont être envoyés dans un camp avant d'être déportés à Bergen-Belsen où, par mirable, Hannah va retrouver sa meilleure amie Anne.
"Mon amie, Anne Frank" est un très joli roman adressé aux plus jeunes qui souhaitent connaître davantage la jeune Anne Frank, ce qui lui est arrivée après la fin de son Journal. C'est aussi une très jolie histoire d'amitié entre Anne et Hannah Goslar dont l'histoire est racontée dans ce roman, sans pathos, sans complaisance, et avec une lucidité sage et grave. Car l'histoire d'Hannah est touchante, aussi bouleversante que celle de son amie Anne Frank. C'est un témoignage poignant de la condition des juifs persécutés, blessés, martyrisés, et un témoignage sur la vie difficile qu'ils menaient dans les camps de travail. La traversée du tunnel est longue, pénible mais comme la lumière au bout semble lumineuse !.. Vers la fin du roman, Hannah a une parole très juste devant Berlin bombardé et rasé: "Le peuple allemand a donc souffert, lui aussi ! Pas seulement nous !". Toute cette souffrance et ce gaspillage par la seule folie d'une poignée d'hommes ... c'est déplorable.

juin 2004

Posté par clarabel76 à 15:12:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


03/06/07

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaine - Tome 13 : La fin - Lemony Snicket

orphelins_baudelaire_la_totaleLes aventures des Orphelins Baudelaire se résument en l'annonce tragique de la mort des parents des enfants, de l'incendie de leur maison, de l'adoption par un sinistre Comte Olaf qui veut dilapider leur fortune.. Les trois Baudelaire vont avoir recours à leur esprit imaginatif, inventif et ingénieux pour se sortir de cette guigne. C'est ce qui est particulièrement captivant dans cette série : l'auteur ne nous plonge pas dans un univers surréaliste ou magique, au contraire on se rapproche davantage de Tim Burton et de la Famille Adams par l'esprit glauque et sinistre de bout en bout. Ambiance sombre et grotesque comme il n'est pas permis ! L'auteur Lemony Snicket va se révéler un personnage dans cette histoire, pour commencer il est le narrateur qui interpelle son lecteur, plus tard il en déballera davantage ! Les promesses sont à venir, il faut persévérer jusqu'au tome 5 (oui, c'est un peu long) pour s'embarquer dans une folle aventure palpitante ! Mais le début est annonciateur de terribles et terrifiants augures ...

 

Voilà, j'ai commencé cette série en décembre 2004 et je la termine en juin 2007. Voici mon avis sur le dernier tome :

Autant le dire de suite : j'ai été très déçue par ce 13ème volume de la Série ! Entre le sentiment de frustration, d'incompréhension et de lassitude, j'avoue avoir été balancée par une foultitude d'émotions. Il m'est cependant difficile de prétendre avoir autant aimé que les tomes précédents, non !
Je me posais la question si justement l'attente n'avait pas trop exacerbé mon envie et râpé mon enthousiasme ! ? Puisque c'est généralement très difficile de mettre un point final à une production fructifiante, de la part du lecteur et de l'auteur. Mais Lemony Snicket donne franchement l'impression de broder du vide, de tartiner du blabla et de revenir sans cesse sur des faits survenus dans le passé, un peu pour faire le point et pour rappeler les désastreuses aventures des orphelins.
baudelaire_13Dans ce Tome 13, Violette, Klaus et Prunille échouent sur une île après une terrible tempête en mer. Ils rencontrent une étrange communauté d'hommes et de femmes vêtus de blanc et qui rejettent toute possession matérielle, au nom des prêches de leur grand Facilitateur, un dénommé Ishmael. Et pour la première fois, le comte Olaf ne parvient pas à duper les îliens et se retrouve mis en cage pour crimes et agissements illicites !
L'idée était bonne, pourtant rien n'est creusé. Et les énigmes lancées depuis les derniers tomes ne trouvent hélas guère de réponses concrètes dans ce dernier volume. Tout semble dix fois plus philosophique, Lemony Snicket étale d'ailleurs une théorie confondante sur le mot "fin"... C'est déconcertant.
Je suis donc déçue. Ce tome 13, qui clôt une série assez longue, n'offre aucune apothéose, bien loin de là ! Et la frustration menace de poindre chez tous les fans !

Pour connaître mes résumés sur les 12 tomes précédents, cliquez ici !

Nathan, 234 pages. Traduit de l'anglais par Rose Marie Vassalo. Illustrations de Brett Hellquist.

Posté par clarabel76 à 21:15:00 - - Commentaires [48] - Permalien [#]
Tags : ,

02/06/07

Les paradis de Prunelle ~ Marie Ndiaye

Odilon, le garçon, se retrouve tout seul un été. Sa soeur, Prunelle, est emmenée à l'hôpital. Les jours passent et aucune nouvelle de Prunelle... Puis un jour, une petite fille qui ressemble à Prunelle est assise sur le banc où vient tous les jours s'assoir Odilon. Cette fille qui semble être Prunelle a les jambes longues et ses pieds touchent l'herbe, son visage est pâle et ses mains sont tout le temps froides. Cette Prunelle va parler à Odilon de son étrange voyage dans tous les paradis. Elle a découvert des milliers de choses mais elle a toutefois remarqué qu'il manque toujours une chose au paradis. Prunelle tente de l'expliquer et Odilon tente de la comprendre. Pas facile.. Sa soeur est-elle sous l'emprise d'un charme ?.. Et pas évident de partager cette discussion avec des parents qui semblent effrondés, prêts à fondre en larmes quand on évoque le retour de Prunelle... Heureusement la tante Peggy va aider le jeune garçon, l'écouter, lui parler et lui expliquer comment faire revenir sa soeur.

"Les paradis de Prunelle" est une histoire assez dure pour un lecteur d'au moins douze ans. Le thème est grave (la mort ? la perte d'un être cher ? la disparition ? l'au-delà ?.. ). Marie Ndiaye tente une percée dans la littérature jeunesse qui ne semble pas gagnée. Dommage pour cette auteur très prometteuse, à la plume souvent pointilleuse et acérée. Avec "Les paradis de Prunelle" elle chute à conter une histoire jolie et légère, loin de là. C'est froid, solennel, presque brumeux. Qu'on aime ou pas, les illustrations de Pierre Mornet rendent compte de cet univers non édulcoré, presque translucide et phantasmatique. C'est une lecture à recommander pour ceux et celles qui apprécient l'auteur, mais pas évidente pour le public auquel elle était sensée être destinée.

juin 2004

Posté par clarabel76 à 15:34:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Un peu d'Histoire ... (sans ripailles)

couleur_du_crimeAmiens, 1269. Mélisande vit avec son père, maître verrier. Elle partage avec le Frère Arnolphe, l'apothicaire de l'Ostelerie Dieu, son engouement pour les herbes et étudie cette science grâce à un accord exceptionnel de l'évêque, car apprendre cet art est jusque-là réservé aux hommes.
En ce jour de juin, la ville est bouleversée par la découverte du meurtre de l'ancienne nourrice de Mélisande. La jeune fille veut découvrir qui pouvait en vouloir à une femme si bonne.
J'ai particulièrement apprécié ce roman, très bien écrit, dans un style soigné et qui introduit les termes médiévaux, avec explications en bas de page, le tout dans une ambiance très nettement respectée de cette région picarde du 13ème siècle. L'histoire, ensuite, est parfaitement menée. L'intrigue tient le lecteur en haleine jusqu'au dernier chapitre, certes cela se termine un peu vite, mais l'appréciation générale de cette lecture invite à découvrir d'autres romans de cet auteur !

La couleur du crime, par Martine Pouchain - Castor Poche, chez Flammarion. 140 pages. Septembre 2006. 5 euros.

La première phrase : Cézeille Grimaud poussa un seul cri étouffé comme si elle avait craint de déranger le voisinage. Elle avait déjà perdu connaissance lorsque son assassin s'acharna sur elle à coups de tisonnier, et une large flaque tiède se mit bientôt à progresser autour de son corps inanimé.

Brrr !

orangers_de_versaillesMarion, la fille d'un jardinier du château de Versailles, a été choisie pour servir la favorite du Roi Soleil, madame de Montespan. Eblouie par la beauté de la maîtresse royale, Marion ne s'aperçoit pas tout de suite des revers que dissimulent les gentillesses de la Marquise. Exigeante et capricieuse, vouant une haine farouche à la Reine, madame de Montespan révèle un tempérament ignoble et indigne, ce qui bouleverse la jeune fille.
Marion est délicate, élevée seule avec son père depuis la mort de sa mère, sensible à l'odeur du sang. Elle parvient à se faire remarquer car elle sait lire et écrire, et surtout parce qu'elle a un talent particulier : elle sait créer des parfums grâce à son odorat exceptionnel et sa connaissance des plantes.
La Marquise de Montespan va exploiter ses richesses, meurtrissant la fillette de 14 ans qui a conscience d'avoir été abusée par cette fausse belle personne. De plus, Marion découvre une face cachée chez la Montespan : ses penchants morbides pour les messes noires et un complot terrible pour empoisonner la Reine !
Alors notre jeune Marion va bien entendu déjouer cette machination, dénoncer la favorite et rencontrer le Roi en personne. Je ne vous dévoile pas le destin hors du commun qui attend notre humble demoiselle, mais bon... j'étais fort sceptique sur bien des passages ! Non je ne veux pas dire que je n'ai pas été touchée par ce roman. Au contraire ! J'ai même trouvé que le cadre, les personnages et la reproduction des faits historiques étaient scrupuleusement brossés. C'est même une riche idée de proposer ce livre à des jeunes lecteurs, ils en apprendront forcément des choses sur Louis XIV !
Mais personnellement j'ai trouvé que cela fleurait bon la guimauve, un peu trop cucul la praline, surtout vers la fin.

Les orangers de Versailles, par Annie Pietri - Bayard - 220 pages.  11,50 euros

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : ,

01/06/07

L'île du crâne & Maudit Graal - Anthony Horowitz

Merci à la Grande Prêtesse des Happy Few (qui pousse au crime de lèse-majesté en me faisant cliquer impunément sur "achat" ci, "achat" ça ...)

ile_du_craneDavid Eliot, 12 ans, vient d'être renvoyé du collège et cette fois ses parents ont décidé de sévir ! David se retrouve alors dans une école bien étrange, sur la sinistre île du crâne, au large de l'Angleterre. Très vite, il soupçonne le pire. Quels secrets rampent derrière les remparts de Groosham Grange ? A l'aide de ses nouveaux amis, Jeffrey et Jill, David va donc chercher à percer les mystères, au péril de sa vie, et plus que ça !
C'est le premier livre que je découvre d'Anthony Horowitz, et ce ne sera pas le dernier. La suite de cette histoire a été publiée sous le titre de "Maudit Graal", comment résister ? ! Ce livre date de 1983 et pourtant tous les ingrédients ayant fait le succès de Harry Potter sont déjà dans ce roman ! Il y a du mystère, du suspense, un peu de rebondissements, des personnages sympathiques et une atmosphère opaque, oppressante, un régal ! J'ai eu un peu de mal à y entrer, mais ensuite plus moyen de lever mon nez de ce livre !

Livre de Poche Jeunesse / 180 pages.

Edit du 1er Juin :

maudit_graalRetrouvailles avec David Eliot à Groosham Grange, sa nouvelle école dans laquelle il a définitivement opté de poursuivre sa scolarité... Le garçon a changé, ses nouveaux apprentissages ont forgé son tempérament. Désormais âgé de 14 ans, il convoite le Graal Maudit qui récompense le meilleur élément de l'établissement. Mais depuis l'arrivée de Vincent King dans l'enceinte de Groosham Grange, David sent sa place de numéro 1 menacée. En fait, le risque est plus étendu car non seulement le trophée est en péril, mais l'île du Crâne tout entière !
Le premier chapitre s'est ouvert sur une réunion secrète où des personnalités influentes ont programmé la fermeture définitive de Groosham Grange en infiltrant un espion au sein de l'île...
Un deuxième livre toujours palpitant, plus dosé sur l'humour, notamment lors des passages qui mettent en scène les parents Eliot et la tante Mildred, "Maudit Graal" se lit avec plaisir. Il y a toutefois une ambiance moins étouffante, puisque le secret sur l'île du crâne est levé. A vrai dire cela manque, ici il est plus question d'un tournoi de deux champions, qui rappelle un chapitre de Harry Potter. Et il est vrai que cette mini-série d'Anthony Horowitz était le précurseur du petit sorcier de JK Rowling... A ne pas manquer !

Livre du poche jeunesse / 186 pages.  Traduit de l'anglais par Annick Le Goyat.

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [32] - Permalien [#]
Tags :


31/05/07

La messe anniversaire ~ Olivier Adam

Ils étaient six amis. Un samedi soir, ils organisent une petite fête dans l'appartement de Caroline. Musique, boissons, chips, jeux et rigolades. Quand tout à coup, le drame : Caroline, assise sur la rambarde du balcon, bascule en arrière et s'effondre sur le bitume. Sous les yeux de ses amis à jamais traumatisés par cette soirée.
Un an après, la famille organise une messe anniversaire pour le souvenir de Caroline. Ils ne sont plus que cinq désormais et depuis un an le groupe a éclaté. Plus jamais l'un ou l'autre n'a reparlé de Caroline et de ce samedi soir tragique. Car au fond d'eux, chacun s'en veut et porte une douleur irréparable. Aussi, l'un après l'autre, ils vont se confesser et confier ce qu'ils éprouvent au fond d'eux. En de brefs chapitres percutants, Titou, Sophie, Nico, Marilou et Alex vont évoquer leur amitié et leurs remords, la fameuse soirée, son avant et son après, ces sentiments indélébiles, l'impression de trahison, la tromperie, la volonté de culte absolu pour entretenir le souvenir, et cette sempiternelle culpabilité. Non personne n'y peut rien, Caroline est morte, elle avait quinze ans et cela fait un an déjà.
"La messe anniversaire" est un bouleversant petit roman, servi de la plume pertinente d'Olivier Adam. Une fois encore, l'auteur dépeint sans vergogne, sans pathos, les coeurs meurtris, les élans amoureux fauchés trop tôt et cette universelle lassitude des corps et des âmes. "La messe anniversaire" rend ce bouleversant hommage aux amitiés adolescentes et à leurs sentiments exacerbés. Empreint de pudeur, "La messe anniversaire" se lit vite et laisse une trace émouvante en mémoire.

mai 2004

Posté par clarabel76 à 15:33:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

Du fantastique, du diabolique et de l'émotion pure

les_chatsCe sont les vacances d'été. Sebasto passe son temps chez Da, son grand-père d'adoption. Il est surpris d'y trouver un chat noir aux yeux d'argent. Bientôt, des phénomènes inexpliqués apparaissent et Sebasto est surpris d'apercevoir deux, puis trois, puis quatre chats absolument identiques ! Sebasto et son grand-père découvrent alors la malédiction qui menace le monde.
Roman fantastique pour les plus jeunes ? Oui. Ce livre est accessible pour les 10-11 ans et réveille tous les instincts contre l'horreur. On frissonne, on tremble, on se questionne. On n'hésite d'ailleurs pas à le qualifier de roman diabolique. De plus, l'utilisation des chats comme essence à cette histoire donne un poids extraordinaire : ce sont des animaux domestiques, mais auréolés de mille et une légendes qui sont entretenues grâce à ce genre de littérature !
Par contre, c'est un peu léger pour un adulte, mais les enfants vont adorer ! Le scénario est habile, bien écrit, son ambiance est mystérieuse, même angoissante !
Autant d'ingrédients efficaces pour cette recette.
Récompensé par le prix Chronos de littérature de jeunesse en 1999 par les élèves de 6e-5e.

Les Chats, par Marie Hélène Delval - Bayard - 154 pages . Mai 2005.  5.80 euros.

marmite_du_diableJ'ai trouvé ce livre décevant, j'ai même peiné pour en venir à bout alors qu'il n'est pas bien épais ! (180 pages) L'histoire était sommairement intéressante : un homme découvre un grotte préhistorique mais il est accusé d'avoir fabriqué de toutes pièces les preuves et les peintures de ce lieu inconnu. Pour preuve, l'homme a refusé de donner les indications pour visiter le site. Ce François Wilthbert s'était d'ailleurs honoré passablement d'un gros scandale en saccagant bêtement un site classé plusieurs années auparavant. Défait du milieu, il avait oeuvré en cachette. L'affaire s'est un peu enterrée car Wilthbert est mort d'un cancer foudroyant, et aujourd'hui son fils Nicolas se sent désoeuvré. Il aimerait rendre justice à son père, trouver la trace de cette grotte, faire taire les mauvaises langues. Mais en découvrant les carnets de son père, Nicolas décèle une face sombre et déplaisante qui plonge le garçon dans une colère latente.
Pour vraiment se plonger dans le bain, c'est-à-dire approcher la mystérieuse "Marmite du Diable", il faut au lecteur la patience de parvenir jusqu'à la page 130 ! Avant cela, on assiste surtout à l'agonie d'un adolescent mal dans sa peau, agacé et énervé, rancunier et presque haineux. Dans ce bouillon de sentiments amers, lui vient aussi une pulsion irrépressible pour les jeunes filles et le sexe. Faire l'amour devient une lubie, une envie obsédante, un désir "sauvage" !
Cela m'a surprise ! C'est bien la première fois que je découvre dans un roman "pour la jeunesse" qu'on aborde aussi franchement le sujet de la sexualité chez les adolescents ! Sans quoi, ce roman m'a également inspiré de l'ennui car l'intrigue est traînante. Les quelques bons passages parviennent tout juste à sauver les meubles, le sujet de la spéléologie est précis, les thèmes sont abordés avec finesse, l'atmosphère est sombre et pesante. Autant d'atouts pour attirer les lecteurs désireux d'une lecture où le personnage central leur ressemble comme deux gouttes d'eau ! (A partir de 12-13 ans).

La Marmite du Diable par Olivier Silloray - Bayard - 180 pages. Mars 2006. 10,90 euros.

larmes_de_l_assassinA découvrir dès 13 ans, préconise l'éditeur. Mais je me questionne sur le jeune lecteur en question, plongé dans cette histoire sombre. Comment relever la tête sans éprouver la chape qui s'y abat progressivement ? Moi, je me suis sentie clouée à mon siège. C'est noir, très noir. Dans une maison du bout de la terre, les parents de Paolo Poloverdo sont égorgés par un criminel, Angel Allegria. Il épargne le garçon et vit un an à ses côtés, quand arrive un autre inconnu, Luis Secunda. Tous trois vont "former une famille" de bric et de broc, seuls, loins, écorchés. C'est franchement glauque. S'ajoute toute l'âpreté du décor chilien, un pays de nulle part. J'avais franchement un nuage noir au-dessus de ma tête !

Mais finalement, j'ai été assez surprise puis touchée par le tournant des événements. Il y a un sursaut d'action et d'émotion dans l'histoire, très prenante donc. La relation entre l'enfant et l'assassin soulève plusieurs perplexités, mais certaines leçons psychologiques expliquent ce phénomène entre le bourreau et sa victime (= le syndrome de Stockholm). Paolo Poloverdo est un garçon très attachant, qui inspire de la pitié, hélas. Je n'aime pas ce sentiment. Pourtant ce n'est pas péjoratif ni réducteur, dans "Les larmes de l'assassin" le sentiment d'amour et d'affection est exploité différement. Ce roman tranche dans l'habituelle littérature jeunesse que j'explore, d'ailleurs ce livre se destine à tout public. Je ne suis pas la seule à le remarquer, et c'est vrai. Par contre, tout jeune lecteur risque de s'y perdre. Aussi je le conseille pour un lecteur averti, et pourquoi pas pour les adultes ? A noter : le choix du nom d'Angel Allegria n'est pas anodin, ange + joie ne mènent pas à "un assassin". Est-ce déjà signe de miséricorde ? Un bon livre, en tout cas.

Les larmes de l'Assassin, par Anne Laure Bondoux - Bayard - 340 pages. Mai 2003. 10,90 euros.

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , ,

30/05/07

35 kilos d'espoir ~ Anna Gavalda

« Je suis nul à l'école, je n'aime pas ça, j'adore bricoler et inventer, c'est tout ça, réunis en "35 kilos d'espoir". »
De l'espoir il va en falloir pour Grégoire renvoyé du collège, refusé partout, inadapté au système scolaire classique, fils unique de parents qui ne cessent de se disputer à son sujet. Heureusement pour lui, il y a son grand-père, Grand-Léon, un papie qui l'entraîne dans son cabanon de bricolage, qui l'écoute, le conseille, le ratiboise et lui remonte les bretelles quand plus rien ne va. Facile de se dire malheureux, plus facile que d'assumer le bonheur !..
Alors Grégoire va tenter de prouver à tous qu'il peut réussir aussi, que c'est réellement un chic type au potentiel énorme. Malgré les coups durs, les tressaillements de la vie et du destin, Grégoire veut tenir le bon bout.

Très bien écrit, facétieux et léger, ce roman est tout bonnement gentillet mais pas inoubliable.

mai 2004

Posté par clarabel76 à 15:56:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Tous les garçons et les filles ~ Jérôme Lambert

Julien a quinze ans. C'est le premier jour de la rentrée au lycée. Un nouveau pas dans la vie du garçon assez circonspect. "J'ai tout de suite vu que quelque chose clochait dans ce lycée." sont ses premiers mots. En effet, sa classe est banale, des cow-boys, des premiers de la classe, des filles qui gloussent.. à l'exception du nouveau, Clément. Aussitôt, Julien souhaite devenir son meilleur ami car il se sent mystérieusement attiré par lui, il ne comprend pas. D'autres vont mettre les mots sur ce sentiment troublant, "homosexuel". Jeté salement, tel un reproche, Julien refuse de se contenter à cette classification. Progressivement il va se rendre compte qu'il est amoureux, que son histoire n'est pas ordinaire, mais il ne veut pas en entendre parler, ni en parler clairement.
Et c'est toute cette complexité que tente d'approcher Jérôme Lambert, jeune écrivain talentueux. Pour ceux qui suivent, il a publié un premier roman "La mémoire neuve" chez l'Olivier.
Dans "Tous les garçons et les filles", Jérôme Lambert emploie le mode narratif de la première personne. C'est la personne de Julien qui se dévoile, se confesse, avoue sa perplexité et sa troublante attirance pour le même sexe. Ce roman dévoile aussi les tourments d'un jeune adolescent d'ordre plus général : son entrée au lycée, comment se faire accepter par un groupe, adhérer aux codes et comment être en harmonie avec soi-même. Pas facile pour Julien qui n'aime pas les blagues vaseuses, les baignades en mer ou les voyages scolaires. Pleinement conscient de sa différence, il va tenter de démêler les liens embrouillés de son esprit : trop de ménage dans sa chambre, des insomnies et un zèle audacieux en allemand.. bref, Julien tente d'être bien dans ses baskets. A presque seize ans, ce n'est pas gagné.
"Tous les garçons et les filles" est un très bon roman, hélas trop court. Jérôme Lambert confirme son talent d'écrivain : plume en finesse et en légèreté. Un très bon moment de lecture !

mai 2004

Posté par clarabel76 à 15:31:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

29/05/07

A la vie, à la mort ~ Pascale du Bouchet

Remarquablement justes, les sept histoires qui composent "A la vie à la mort" sont saisissantes et touchent le lecteur en plein coeur. L'auteur use d'une économie de mots pour parler de l'essentiel de la souffrance, des blessures, des pertes et du chagrin qui ont marqué les divers personnages de toutes ces histoires: ce grand-père bougon qui refuse qu'on lui coupe son noyer vieux de quatre cents ans, ces deux garçons qui construisent une cabane pour plaire à une jeune fille et qui vont se conduire en héros, Rose qui avait étudié pour être institutrice et qui ne l'est pas mais accomplit des actes d'une bravoure exemplaire, Juliette qui rencontre un beau soldat américain prêt à combattre au front mais qui souhaite faire un cadeau à une demoiselle avant de partir, et Joseph l'enfant juif qui a vu sa mère partir un matin et ne jamais revenir ... Sept portraits d'une beauté épurée, d'une justesse millimétrée et d'une sensibilité sur le fil du rasoir. Ces sept histoires ont toutes en commun de se passer durant les années de guerre, celle de 14 et celle de 39. L'auteur traite d'une souffrance quotidienne et presque anodine. Elle met en lumière des enfants héroïques, des enfants martyrisés, des enfants traumatisés. Tous ses personnages sont bouleversants. La guerre les fouette tous en plein coeur mais l'auteur ne s'épanche pas. Elle livre des faits et des moments sur le vif, elle montre des gens qui ont pris le parti de résister et rend hommage à tous ces héros de l'ombre. Résister, "ce n'était pas seulement l'instant du "non". Ce n'était pas seulement l'action d'éclat, celle qui se montrait et qui se voyait. Résister, c'était d'abord tenir. Tenir, c'était durer. Et pour durer, il fallait se cacher."
Beaucoup d'humilité, de simplicité, de grâce et de justesse dans "A la vie à la mort". Un petit livre à recommander pour tous les âges. La prise de conscience ne se limite pas à un chiffre car il ne faut pas oublier tous ces soldats qui ont combattu pour la liberté. Et l'auteur leur fait cet hommage sous forme de la vie qui continue, de la conscience qui parle trop clair, de l'amour plus fort que la guerre, de la mémoire qui ne s'éteint jamais.

mai 2004

Posté par clarabel76 à 15:05:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]