14/09/07

Lectures pour la jeunesse : du drôle et du lourd

la_gloire_de_mon_frereJean-Luc Fernouilh, étudiant en école d'ingénierie, vient de publier son premier roman pour la jeunesse, « Les bilingues », qui connaît un succès retentissant. Son éditrice Brigitte se frotte les mains, applaudissant également les phrases éclatantes que Jean-Luc sert à la presse, genre « je voudrais être le Franck Ribery de la littérature ».
Mais derrière ce joli succès, il y a Hector, 12 ans, le frère de Jean-Luc Fernouilh. C'est en fait lui le véritable auteur des Bilingues, lui qui planifie l'opération marketing de grande envergure, lui qui opte pour l'option « coulisses » et qui orchestre les prochains textes du chouchou de la presse, en devenant "crasheur" pour la maison d'édition.
Dessous et travers du milieu ? ... Emmanuel Arnaud nous en donne un sacré aperçu, toujours avec un humour dévastateur. Il s'appuie sur sa propre expérience (en 2006, il publiait Les Trilingues) et propose aujourd'hui sa vision fantaisiste sur cette aventure rocambolesque. Pour mieux corser son histoire, il invente l'idée selon laquelle les adultes ne connaissent strictement rien à l'univers de la jeunesse, surtout dans l'édition. Et alors, doubles rôles et duperies sont attendus au tournant !
Un roman très drôle, cocasse et saugrenu !

Relire "Les trilingues" 

Ed. du Rouergue, 95 pages  / Septembre 2007.

trop_de_chance_couvC'est une fillette de dix ans qui s'estime chanceuse d'habiter près de la grande maison de Maurice Lepoivre. C'est le Maître de ses parents, celui qui les invite à faire un Travail sur eux. Tout le monde n'a pas la chance de franchir les grands murs qui entourent et protègent la maison, ceux qu'on nomme les gens ordinaires, par exemple, ne bénéficient pas de cette aubaine. Tant pis pour eux.
A l'école, la jeune fille n'a pas le droit de répéter ce qu'il se passe dans cette maison. « Les gens ordinaires, les autres, ils ne peuvent pas comprendre ce qu'on fait avec Maurice Lepoivre (...) Comme ils ne comprennent pas, ils ont peur, et ils prétendent que c'est une secte. »
Pendant tout le roman, le mot n'est jamais cité (sauf vers la fin) mais le lecteur devine très facilement de quoi il s'agit. Les allusions racontées par l'adolescente sont flippantes, parce qu'elles sont anodines. A sa façon, cela semble inoffensif, Maurice Lepoivre est un bonhomme sympathique et qui porte auprès des jeunes (filles) une attention particulière. Et à toutes les interrogations qu'elle pose, on lui dit juste qu'elle comprendra plus tard...
La jeune fille va commencer à porter un autre regard sur ce qui est normal et ordinaire, sur ce qui ne l'est pas, sur sa vie de plus en plus oppressante, entre les absences de ses parents, son poids (on lui reproche d'être trop grosse) et la crise d'adolescence de sa soeur aînée, etc.
Très bien écrit, le roman d'Hélène Vignal s'appuie sur des non-dits, plus pour forcer la réflexion et amener le jeune lecteur à poser lui-même les bonnes questions. L'histoire se termine en demi-teinte, encore une fois pour aider le lecteur à cogiter et mesurer toutes les pistes que la jeune narratrice lui tend. L'auteur s'est inspirée de son expérience personnelle et recrée avec beaucoup de force et d'émotion la souffrance d'une fillette et ses interrogations. Ce petit bouquin très intelligent pourra servir d'outil en classe pour sensibiliser le jeune public.

Ed. du Rouergue, 92 pages / Septembre 2007.

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06/08/07

Les mondes de Chrestomanci - Diana Wynne Jones

les_neuf_vies_du_magicienCette histoire s'est déroulée plus de 25 ans avant les événements relatés dans "Ma soeur est une sorcière". Sa publication a eu lieu près de dix ans après, répondant à une étrange règle déjà rencontrée avec les Chroniques de Narnia...
Toutefois, lire "Les neuf vies du magicien" avant ou après ne porte finalement pas à conséquence.

Christopher est un garçon aux pouvoirs extraordinaires. La nuit, il peut se transporter en rêve dans des mondes parallèles. Mais c'est une chose qu'il garde pour lui seul, voyant ses parents se déchirer pour une sombre histoire de fortune dilapidée et d'entrée dans le beau monde fort compromise... Bref, Christopher est confié aux soins d'une kyrielle de gouvernantes qui abandonnent leur poste les unes après les autres, jusqu'à l'arrivée de la Dernière Gouvernante, miss Belle, et de l'Oncle Ralph.
Séducteur, ce dernier décide de prendre les rênes du foyer de sa soeur désargentée. Et parce qu'il souhaite également faire le bonheur de sa mère, Christopher n'hésite pas à suivre cet oncle mystérieux, lequel, informé des rêves et des voyages, va bien entendu tirer profit de la situation...

Une formidable aventure va commencer. Sur l'innocence d'un garçon qui ne connaît pas le potentiel de ses pouvoirs, l'histoire va entraîner le lecteur dans une série d'événements tous plus exceptionnels les uns que les autres. Christopher le naïf va également rencontrer d'autres personnages plus troublants, comme le célèbre Chrestomanci, qui va accueillir l'enfant dans son château pour une éducation "particulière". Sans oublier aussi la Déesse vivante Asheth et ses nombreux chats...
Ce livre est un mélange de magie, d'enchantement, d'imagination, le tout bien fourni en rebondissements. Les personnages sont également très attachants, ils échappent aux clichés et peuvent nous surprendre au détour de plus d'un chapitre.
Lecture séduisante, à conseiller pour les amateurs du genre !

Traduit par Sylvie Simon.  335 pages.

ma_soeur_est_une_sorciereGwendoline et son frère Chat sont les seuls rescapés d'un naufrage. Recueillis par le Grand Chrestomanci, les enfants Arcand vont suivre une éducation pointilleuse qui n'est pas sans agacer la jeune fille.
En effet, Gwendoline se vante d'être une sorcière puissante et redoutable. Elle rechigne d'être reléguée parmi les débutants ou les enchanteurs.
Son frère Eric, surnommé Chat, lui voue une grande admiration, tout en admettant que sa soeur pousse le bouchon de plus en plus loin. Depuis leur arrivée au château, des événements insolites surviennent, mais avant d'en comprendre leurs significations, il sera bientôt trop tard pour sauver les neuf vies d'un magicien !

Pour avoir lu le livre qui explique ce qui est survenu 25 ans plus tôt, j'ai été plus ou moins surprise par la tournure de certains coups de théâtre. Toutefois, le plaisir n'en reste pas moins là ! C'est toujours très agréable de plonger dans l'univers de Chrestomanci, cet enchanteur dandy, de suivre les péripéties d'enfants qui découvrent leurs pouvoirs avec candeur et maladresse. La roublardise des uns fait face à l'honnêteté des autres. S'ensuit souvent un face-à-face palpitant... bref une belle série qui ne démérite pas ses titres de gloire et ses nombreuses récompenses littéraires.
N'hésitez pas à découvrir !

Traduit par Florence Seyvos. Dès 11 - 13 ans.  280 pages.

Illustrateur de couverture : Marcelino Truong

A suivre :

  • 3. Les magiciens de Caprona

  • 4. La chasse aux sorciers

  • 5. Le destin de Conrad

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30/07/07

Chante Luna ~ Paule du Bouchet

Paule du Bouchet se révèle une jolie romancière pour la jeunesse : c'est déjà son deuxième roman que je lis d'elle et qui traite du délicat sujet de la guerre. Dans ce dernier ouvrage, intitulé "Chante, Luna", elle donne voix à une jeune juive prénommée Lulla, dont le magnifique timbre rappelle le clair de lune limpide et mielleux. Encore enfant, Luna se verra précipitée vers l'âge adulte lors de l'invasion des troupes allemandes dans Varsovie et le cantonnement de tous les juifs du pays dans le ghetto de Varsovie. Très délicatement, la jeune fille va dérouler le fil des événements, son quotidien au sein de l'effroi, de l'horreur, de la peur et des menaces grandissantes. Malgré la disparition de ses proches, Luna tentera de garder l'espoir grâce au chant. "Chante, Luna, chante !" comme lui ordonnent son père, sa grand-mère et ses compagnons d'infortune.
Paule du Bouchet réussit un pari sensible : traiter d'un chapitre douloureux sans ambages et sans pathos. Délivrée d'une manière parfois édulcorée, l'extermination du ghetto juif est toutefois révélée dans toute son horreur et son invraisemblance. L'auteur traite également du mouvement de résistance mise en place au sein du ghetto et qu'on aurait tendance à mettre en berne ou réduire à quelques lignes.
"Chante, Luna" se résume à une magnifique ode à l'espoir au-dessus du misérabilisme, à la vie après la mort et à l'amour par-delà les limites. Etonnant, épatant, ce petit livre est à conseiller aux jeunes lecteurs et à un public large. Ne pas hésiter !

juillet 2009

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25/07/07

Liu et le vieux dragon, tome 1 - Carole Wilkinson

liu_et_le_vieux_dragonDans la Chine impériale de 141 av. JC, la petite Liu, 11 ans, vit près du palais de l'empereur aux services du gardien des dragons royaux, Maître Lan, à Huangling. Hélas, l'enfant est maltraitée et trime comme une malheureuse pour remédier à l'inefficacité de son maître, ivrogne et paresseux.
Par conséquence, les dragons meurent les uns après les autres. Maître Lan tente de masquer son incapacité jusqu'à la venue à l'improviste de l'empereur. Or, Liu découvre que l'empereur lui-même cherche également à se débarrasser des dragons et comprend qu'il a convoqué le chasseur Diao pour liquider les bêtes.
Liu décide alors de sauver le dernier dragon en vie et s'enfuit avec lui. Peu à peu, elle va apprendre à communiquer avec la bête, nommée Danzi, qui confie à la fillette la mission urgente de rejoindre l'Océan pour sauver les créatures légendaires menacées de disparition...
Une longue épopée attend notre jeune héroïne. Petite fille chétive, vivant sous le joug d'un Maître cruel, ne sachant ni lire ni compter, Liu va gagner la connaissance, en plus de l'amitié, auprès de Danzi.
Leur chemin vers l'Océan est semé d'embûches, de rencontres inquiétantes ou bienheureuses... bref la route s'annonce longue, difficile car Danzi s'affaiblit de plus en plus, au gré de ses métamorphoses et du pouvoir de la Pierre magique qui décline.

Le début de l'histoire est un peu lent à décoller, de quoi rendre perplexe tout lecteur plongé dans ce roman de 512 pages ! Et pourtant, la suite s'annonce enthousiasmante. Elle combine à merveille l'esprit de l'aventure à l'amitié, de la Chine impériale à la légende des dragons, de l'apprentissage de la philosophie à la quête du "qi"... De nombreux termes en rapport à la culture chinoise composent ce récit, donnant un poids considérable à la recherche historique, mais jamais emphatique.
C'est vrai que le côté "dragonkeeper" peut rappeler le succès d'Eragon, mais cette fois l'histoire concerne une petite fille peu téméraire, tremblante de peur et qui, pourtant, n'hésite pas à se lancer dans cette aventure fabuleuse. Le cadre de la Chine impériale offre aussi un dépaysement total. Le mélange d'Histoire et du fantastique finit de planter le clou et d'offrir une série en deux tomes qui mérite aussi qu'on s'y intéresse...
En somme, lecture divertissante, dépaysante et riche en profondeur !

Bayard jeunesse, coll. Estampille - 512 pages - Mai 2007 . Traduit de l'australien par Maïca Sanconie.

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11/07/07

Frances O'Roark Dowell

Accus_eDovey Coe a 12 ans et vit à Indian Creek en Caroline du Nord avec ses parents, sa soeur Caroline et son frère Amos, qui est sourd. Très proche des siens, la jeune fille a pourtant beaucoup de mal à accepter l'arrogance de Parnell Caraway, le beau gosse qui roule des mécaniques et prétend vouloir épouser Caroline Coe.
Selon Dovey, ce type est un fourbe, menteur et prétentieux. Ce serait la ruine de sa famille si Caroline acceptait d'épouser ce sale individu. De plus, sa soeur a toujours rêvé de partir étudier en ville pour une vie meilleure. Une chose qui ne semble pas du goût de ce Parnell... Et coup de théâtre, le jeune homme est retrouvé assassiné et c'est Dovey Coe qui est accusée de son meurtre.

A partir de cette histoire, le roman "Accusée !" adopte de suite une tournure captivante, à la fois peinture de moeurs, enquête policière et tableau d'une société assez rude et cerclée par des codes vieillots (nous sommes en 1928, en milieu montagnard et rural). C'est la jeune Dovey Coe qui prend la parole de bout en bout, de son franc-parler qui rend son aventure attachante.
Pourtant, on peut regretter aussi qu'elle tire autant la couverture à elle toute seule, qu'elle soit si perspicace du début à la fin et qu'elle semble endosser un rôle trop mature pour une fillette de 12 ans. Plus adulte que les adultes !
Mais il n'empêche que cette lecture demeure sympathique, divertissante. A conseiller dès 11 ans.

Accusée ! par Frances O'Roark Dowell - Bayard jeunesse - 215 pages  (illustration : François Roca)

Une_maison_un_jourMaddie a 12 ans et vit dans un Foyer pour enfants. En ce qui la concerne, ce qu'elle aime répéter sur son histoire, c'est qu'un fantôme lui a sauvé la vie quand elle était bébé. Aussi quand elle rencontre Murphy pour la première fois, elle s'empresse de lui dévoiler son secret.
Murphy est une jeune fille tout aussi épatante, plus extravertie, plus fascinante. Elle raconte des tas d'histoires extraordinaires, se dote de pouvoirs hallucinants, bref à côté d'elle les histoires de contes de fées ne semblent plus tout à fait irréelles.
Maddie s'attache, fait confiance, partage son secret en découvrant deux "scrapbooks" de sa confection : un livre des Maisons et un livres des Gens. A l'image de tous les enfants abandonnés, livrés à eux-mêmes, baladés dans les familles d'accueil, Maddie et ses amis, dont le petit Ricky, veulent une maison à eux. Et c'est Murphy qui leur donne à tous l'audace de lancer ce projet.
Créer sa propre famille, faire de ses rêves une réalité, s'inventer une vie différente... Maddie, Murphy, Ricky et les autres ont ceci en commun, ils veulent échapper à la réalité. Soit, ils mentent, enjolivent les faits, trahissent aussi. Mais ils demeurent attachants.
"Une maison, un jour" est un livre qui parle à la fois d'amitié, de complicité, de duperie et d'espoir. C'est un livre fait de croyances et d'espérances. Un livre honnête, sans états d'âme et qui communiquera aux jeunes lecteurs (dès 11 ans) beaucoup d'émotion, de douceur et un sentiment de bien-être. A conseiller !

Une maison, un jour par F. O'Roark Dowel - Bayard jeunesse - 190 pages. Traduit de l'américain par Marie Hélène Delval.

Illustration : Daphné Collignon

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16/06/07

Fille de la tempête - Béatrice Bottet

fille_de_la_tempeteAttirée par cette très belle couverture de Gianni de Conno, je me suis intéressée à cet ouvrage de Béatrice Bottet qui raconte la légende d'Is (ou Ys), la ville engloutie, très célèbre en Bretagne, où elle est née, et partie intégrante de la tradition orale depuis des siècles.

C'est l'histoire du roi Gradlon, parti à la conquête des pays du Nord, qui tombe sous le charme de la reine Malgwen et l'enlève pour rentrer au pays. Mais une malédiction frappe le navire, une tempête s'abat sur l'équipage et Malgwen meurt en donnant naissance à une petite fille, Dahut, fille de la tempête.

Choyée par son père, mais méprisée par le conseiller du roi, le moine Corentin, Dahut demande donc à Gradlon d'édifier une ville rien que pour elle. Sortie des eaux, Is devient ainsi le royaume du plaisir, de la fête et de la fleurette. Mais Dahut s'attire les foudres de Corentin, qui la prévient de la vengeance de Dieu. Or, à cette époque, la princesse voue un culte aux croyances païennes (fées, elfes, esprits de la forêt...).

Dans la ville d'Is, barrée par des portes contre les eaux qui l'entourent, un navire se présente avec à son bord un bel étranger. Il tourne la tête de la princesse Dahut, annonçant le drame qu'on connaît.

Je ne connaissais pas du tout la légende de la ville d'Is et j'ai donc été captivée par cette histoire sur les terres celtiques, montrant le clivage entre la naissance de l'Eglise chrétienne et la religion païenne. Il donne aussi de l'ampleur à une figure féminine passionnante : Dahut est une princesse belle, intelligente et indépendante. Elle s'oppose avec panache à l'Eglise mysogyne, incarnée dans cette histoire par les moines Corentin et Guénolé.

L'histoire aborde timidement les thèmes du bien contre le mal, n'apportant pas un avis tranchant. De plus, le roman se termine sur une note mélancolique avec une Dahut devenue sirène qui se demande pourquoi elle seule a survécu et s'il y avait vraiment quelque chose à expier. Un brin philosophique, donc, "Fille de la tempête" est un joli roman qui taille une légende avec un lyrisme convaincant.

Casterman, coll. Epopée - 155 pages - illustrations : Daniel Maja - couverture : Gianni de Conno. 7.90 euros

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04/06/07

Mon amie, Anne Frank ~ Alison Leslie Gold

Universellement connue, la petite Anne Frank est célèbre pour la publication de son journal écrit pendant les années noires de la guerre où elle et sa famille se sont cachés parce qu'ils étaient juifs. Anne Frank et sa famille ont malheureusement été arrêtés et déportés, et la jeune fille est morte dans un camp peu de temps avant la Libération...
Dans "Mon amie, Anne Frank", Alison Leslie Gold a rencontré Hannah Goslar, une amie d'enfance d'Anne Frank. Hannah a survécu à l'Holocauste mais elle-même a souffert des persécutions, de la déportation et des autres misères infligées aux juifs par les Nazis. L'histoire de "Mon amie, Anne Frank" commence en 1942 à Amsterdam. Anne et toute sa famille ont disparu, on murmure qu'ils se sont réfugiés en Suisse. Son amie Hannah, restée seule, est triste de n'avoir aucune nouvelle. Elle vit avec son père, sa mère enceinte, sa petite soeur Gabi, ses grand-parents et une jeune fille attardée, Irma.
Hannah pense très souvent à Anne Frank, une jeune fille à la joie de vivre perpétuelle, tout le temps follement amoureuse, très fière de ses jolis cheveux noirs. Elle se souvient des fêtes d'anniversaire, des soirées-pyjamas, des célébrations religieuses et de leur groupe de ping-pong, "La petite Ourse moins deux". Pour soulager son angoisse face aux rafles de plus en plus incessantes, Hannah s'imagine Anne à l'abri dans un chalet suisse à déguster un bon chocolat chaud...
Très vite les évènements tragiques vont se précipiter. Hannah et sa famille vont être envoyés dans un camp avant d'être déportés à Bergen-Belsen où, par mirable, Hannah va retrouver sa meilleure amie Anne.
"Mon amie, Anne Frank" est un très joli roman adressé aux plus jeunes qui souhaitent connaître davantage la jeune Anne Frank, ce qui lui est arrivée après la fin de son Journal. C'est aussi une très jolie histoire d'amitié entre Anne et Hannah Goslar dont l'histoire est racontée dans ce roman, sans pathos, sans complaisance, et avec une lucidité sage et grave. Car l'histoire d'Hannah est touchante, aussi bouleversante que celle de son amie Anne Frank. C'est un témoignage poignant de la condition des juifs persécutés, blessés, martyrisés, et un témoignage sur la vie difficile qu'ils menaient dans les camps de travail. La traversée du tunnel est longue, pénible mais comme la lumière au bout semble lumineuse !.. Vers la fin du roman, Hannah a une parole très juste devant Berlin bombardé et rasé: "Le peuple allemand a donc souffert, lui aussi ! Pas seulement nous !". Toute cette souffrance et ce gaspillage par la seule folie d'une poignée d'hommes ... c'est déplorable.

juin 2004

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03/06/07

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaine - Tome 13 : La fin - Lemony Snicket

orphelins_baudelaire_la_totaleLes aventures des Orphelins Baudelaire se résument en l'annonce tragique de la mort des parents des enfants, de l'incendie de leur maison, de l'adoption par un sinistre Comte Olaf qui veut dilapider leur fortune.. Les trois Baudelaire vont avoir recours à leur esprit imaginatif, inventif et ingénieux pour se sortir de cette guigne. C'est ce qui est particulièrement captivant dans cette série : l'auteur ne nous plonge pas dans un univers surréaliste ou magique, au contraire on se rapproche davantage de Tim Burton et de la Famille Adams par l'esprit glauque et sinistre de bout en bout. Ambiance sombre et grotesque comme il n'est pas permis ! L'auteur Lemony Snicket va se révéler un personnage dans cette histoire, pour commencer il est le narrateur qui interpelle son lecteur, plus tard il en déballera davantage ! Les promesses sont à venir, il faut persévérer jusqu'au tome 5 (oui, c'est un peu long) pour s'embarquer dans une folle aventure palpitante ! Mais le début est annonciateur de terribles et terrifiants augures ...

 

Voilà, j'ai commencé cette série en décembre 2004 et je la termine en juin 2007. Voici mon avis sur le dernier tome :

Autant le dire de suite : j'ai été très déçue par ce 13ème volume de la Série ! Entre le sentiment de frustration, d'incompréhension et de lassitude, j'avoue avoir été balancée par une foultitude d'émotions. Il m'est cependant difficile de prétendre avoir autant aimé que les tomes précédents, non !
Je me posais la question si justement l'attente n'avait pas trop exacerbé mon envie et râpé mon enthousiasme ! ? Puisque c'est généralement très difficile de mettre un point final à une production fructifiante, de la part du lecteur et de l'auteur. Mais Lemony Snicket donne franchement l'impression de broder du vide, de tartiner du blabla et de revenir sans cesse sur des faits survenus dans le passé, un peu pour faire le point et pour rappeler les désastreuses aventures des orphelins.
baudelaire_13Dans ce Tome 13, Violette, Klaus et Prunille échouent sur une île après une terrible tempête en mer. Ils rencontrent une étrange communauté d'hommes et de femmes vêtus de blanc et qui rejettent toute possession matérielle, au nom des prêches de leur grand Facilitateur, un dénommé Ishmael. Et pour la première fois, le comte Olaf ne parvient pas à duper les îliens et se retrouve mis en cage pour crimes et agissements illicites !
L'idée était bonne, pourtant rien n'est creusé. Et les énigmes lancées depuis les derniers tomes ne trouvent hélas guère de réponses concrètes dans ce dernier volume. Tout semble dix fois plus philosophique, Lemony Snicket étale d'ailleurs une théorie confondante sur le mot "fin"... C'est déconcertant.
Je suis donc déçue. Ce tome 13, qui clôt une série assez longue, n'offre aucune apothéose, bien loin de là ! Et la frustration menace de poindre chez tous les fans !

Pour connaître mes résumés sur les 12 tomes précédents, cliquez ici !

Nathan, 234 pages. Traduit de l'anglais par Rose Marie Vassalo. Illustrations de Brett Hellquist.

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02/06/07

Les paradis de Prunelle ~ Marie Ndiaye

Odilon, le garçon, se retrouve tout seul un été. Sa soeur, Prunelle, est emmenée à l'hôpital. Les jours passent et aucune nouvelle de Prunelle... Puis un jour, une petite fille qui ressemble à Prunelle est assise sur le banc où vient tous les jours s'assoir Odilon. Cette fille qui semble être Prunelle a les jambes longues et ses pieds touchent l'herbe, son visage est pâle et ses mains sont tout le temps froides. Cette Prunelle va parler à Odilon de son étrange voyage dans tous les paradis. Elle a découvert des milliers de choses mais elle a toutefois remarqué qu'il manque toujours une chose au paradis. Prunelle tente de l'expliquer et Odilon tente de la comprendre. Pas facile.. Sa soeur est-elle sous l'emprise d'un charme ?.. Et pas évident de partager cette discussion avec des parents qui semblent effrondés, prêts à fondre en larmes quand on évoque le retour de Prunelle... Heureusement la tante Peggy va aider le jeune garçon, l'écouter, lui parler et lui expliquer comment faire revenir sa soeur.

"Les paradis de Prunelle" est une histoire assez dure pour un lecteur d'au moins douze ans. Le thème est grave (la mort ? la perte d'un être cher ? la disparition ? l'au-delà ?.. ). Marie Ndiaye tente une percée dans la littérature jeunesse qui ne semble pas gagnée. Dommage pour cette auteur très prometteuse, à la plume souvent pointilleuse et acérée. Avec "Les paradis de Prunelle" elle chute à conter une histoire jolie et légère, loin de là. C'est froid, solennel, presque brumeux. Qu'on aime ou pas, les illustrations de Pierre Mornet rendent compte de cet univers non édulcoré, presque translucide et phantasmatique. C'est une lecture à recommander pour ceux et celles qui apprécient l'auteur, mais pas évidente pour le public auquel elle était sensée être destinée.

juin 2004

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Un peu d'Histoire ... (sans ripailles)

couleur_du_crimeAmiens, 1269. Mélisande vit avec son père, maître verrier. Elle partage avec le Frère Arnolphe, l'apothicaire de l'Ostelerie Dieu, son engouement pour les herbes et étudie cette science grâce à un accord exceptionnel de l'évêque, car apprendre cet art est jusque-là réservé aux hommes.
En ce jour de juin, la ville est bouleversée par la découverte du meurtre de l'ancienne nourrice de Mélisande. La jeune fille veut découvrir qui pouvait en vouloir à une femme si bonne.
J'ai particulièrement apprécié ce roman, très bien écrit, dans un style soigné et qui introduit les termes médiévaux, avec explications en bas de page, le tout dans une ambiance très nettement respectée de cette région picarde du 13ème siècle. L'histoire, ensuite, est parfaitement menée. L'intrigue tient le lecteur en haleine jusqu'au dernier chapitre, certes cela se termine un peu vite, mais l'appréciation générale de cette lecture invite à découvrir d'autres romans de cet auteur !

La couleur du crime, par Martine Pouchain - Castor Poche, chez Flammarion. 140 pages. Septembre 2006. 5 euros.

La première phrase : Cézeille Grimaud poussa un seul cri étouffé comme si elle avait craint de déranger le voisinage. Elle avait déjà perdu connaissance lorsque son assassin s'acharna sur elle à coups de tisonnier, et une large flaque tiède se mit bientôt à progresser autour de son corps inanimé.

Brrr !

orangers_de_versaillesMarion, la fille d'un jardinier du château de Versailles, a été choisie pour servir la favorite du Roi Soleil, madame de Montespan. Eblouie par la beauté de la maîtresse royale, Marion ne s'aperçoit pas tout de suite des revers que dissimulent les gentillesses de la Marquise. Exigeante et capricieuse, vouant une haine farouche à la Reine, madame de Montespan révèle un tempérament ignoble et indigne, ce qui bouleverse la jeune fille.
Marion est délicate, élevée seule avec son père depuis la mort de sa mère, sensible à l'odeur du sang. Elle parvient à se faire remarquer car elle sait lire et écrire, et surtout parce qu'elle a un talent particulier : elle sait créer des parfums grâce à son odorat exceptionnel et sa connaissance des plantes.
La Marquise de Montespan va exploiter ses richesses, meurtrissant la fillette de 14 ans qui a conscience d'avoir été abusée par cette fausse belle personne. De plus, Marion découvre une face cachée chez la Montespan : ses penchants morbides pour les messes noires et un complot terrible pour empoisonner la Reine !
Alors notre jeune Marion va bien entendu déjouer cette machination, dénoncer la favorite et rencontrer le Roi en personne. Je ne vous dévoile pas le destin hors du commun qui attend notre humble demoiselle, mais bon... j'étais fort sceptique sur bien des passages ! Non je ne veux pas dire que je n'ai pas été touchée par ce roman. Au contraire ! J'ai même trouvé que le cadre, les personnages et la reproduction des faits historiques étaient scrupuleusement brossés. C'est même une riche idée de proposer ce livre à des jeunes lecteurs, ils en apprendront forcément des choses sur Louis XIV !
Mais personnellement j'ai trouvé que cela fleurait bon la guimauve, un peu trop cucul la praline, surtout vers la fin.

Les orangers de Versailles, par Annie Pietri - Bayard - 220 pages.  11,50 euros

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