04/03/07

L'ombre d'un doute (1943)

shadow_9Le film s'ouvre sur un plan d'un homme allongé sur son lit, quelque part dans le New Jersey. Cet individu est prévenu d'être suivi par deux autres hommes. Qui sont-ils ? Que lui veulent-ils ? On continue de suivre notre type qui envoie un télégraphe de la part d'Oncle Charlie annonçant son arrivée imminente.

Au même moment, dans une maison cossue d'une banlieue moyenne de Santa Rosa, en Californie, une jeune fille rêvasse sur son lit. Elle s'ennuie. Quand soudainement, l'idée lui vient de prévenir son Oncle Charlie de leur rendre visite pour égayer leur quotidien.

La coincidence est troublante et ne fait que commencer. Car dans ce film, Hitchcock a décidé d'emmêler de très près les faits et causes de la coincidence et du hasard, notamment entre la nièce Charlotte et son oncle Charles. Tous deux se surnomment Charlie. L'homme est accueilli avec effervescence dans cette famille, son arrivée comble de bonheur la jeune fille. Pourtant certains signes troublants commencent à apparaître. La petite dernière, Anne, semble plus au fait de l'opacité de son oncle. Il leur cache quelque chose, mais qui peut prendre au sérieux une gamine qui babille à tout rompre ?
shadow_6La tête pensante de la famille, c'est Charlotte. Elle est radieuse, éblouie, séduite par son oncle. Quand le doute commence aussi à la gagner, le scénario du film monte encore d'un cran. La tension enfle, le doute est de moins en moins permis.
On murmure qu'un criminel est en fuite, recherché pour avoir étranglé des veuves richissimes. S'agit-il de l'oncle Charlie ? est-il ce criminel pourchassé ? Un couple d'inspecteurs aborde Charlotte pour lui mettre leur sort entre ses mains.

"L'ombre d'un doute" prend alors les tournures d'un drame psychologique latent. La jeune fille retire ses oeillères, pourtant elle ne peut admettre de dénoncer son oncle. Un adage d'Oscar Wilde dit : "On ne peut tuer que ce qu'on aime". Hitchcock s'en est inspiré. Il démontre avec son habileté coutumière que les rouages de la suspicion sont pris en étau par le poids de la dénonciation, la lourde responsabilité de faire face à la vérité.
shadow_3Quand les deux Charlie se trouvent face à face, prêts à découdre l'un de l'autre, le spectateur devine qu'il finira le film à bout de souffle. Deux Charlie dans une même maison, c'est beaucoup trop. Il faut en supprimer un !

"L'ombre d'un doute" est présenté comme le film préféré de son réalisateur. Et il faut admettre que la puissance du scénario est bluffante, sous la façade d'une famille modèle, au coeur d'une petite ville tranquille, le drame est possible. Un criminel peut s'y nicher. Joseph Cotten, qui interprète l'oncle Charlie, a su jouer cette ambivalence et pousser le paradoxe de sa personnalité séduisante et inquiétante à un point innommable. Sa performance est l'une des pièces maîtresses de la réussite du film ! 

(Lien Video Click )

L'ombre d'un doute, film d'A. Hitchcock (1943) - avec Joseph Cotten, Teresa Wright, Henry Travers, Patricia Collinge, Hume Cronyn, MacDonald Carey. Titre vo : Shadow of a Doubt. 

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Mais qui a tué Harry ? (1955)

Dans une forêt au large d'une petite bourgade dans le Vermont, un coup de feu retentit. Deux minutes plus tard, un jeune garçon tombe nez à nez avec le cadavre d'un homme en costume gris. Il court prévenir sa maman.

Harry_1

Entre-temps, un braconnier fait la même découverte, en étant persuadé que c'est lui le meurtrier de cet individu prénommé Harry (un courrier à son nom est retrouvé dans une poche). En entendant les pas accourir vers lui, il se cache derrière un arbre et découvre le petit Tony avec sa maman, laquelle a une bien étrange réaction : "oh chouette, la Providence est avec nous ! nous voilà débarrassés de Harry !"...
harry_2Allons donc. Le capitaine Wiles, témoin malgré lui, s'en veut d'avoir tué l'inconnu mais décide de dissimuler le corps. Une nouvelle fois, il est surpris par Miss Gravely. Point surprise ni ulcérée, elle propose même au Capitaine de venir prendre une tasse de thé chez elle.
Bien étrange bourgade.. non ?
On continue de croiser d'autres phénomènes de foire : un artiste peintre, Sam Marlowe, qui ne vend pas une croûte et fait le croquis du mort en écoutant la confession du capitaine Wiles. Il décide de l'aider afin de séduire la toute mignonne Jennifer, maman du petit Tony, avec laquelle Marlowe va en apprendre de bien belles. Encore une fois !

L'histoire s'enchaîne de la sorte. A partir d'un cadavre, l'intrigue se tisse sur savoir qui a tué Harry, qui est-il et pourquoi est-il mort. Que faisait-il là, aussi ? Le mobile est forcément entre les mains des quatre personnages, on découvre au fil des minutes des révélations toutes plus surprenantes les unes que les autres.
Jusqu'où cela mène-t-il ?!
harry_4A noter aussi le corps du mort est baladé de gauche à droite, enterré, déterré, planqué dans une baignoire etc etc ... Lui aussi n'en finit pas de voir du pays ! Et pourtant, c'est justement là qu'on s'amuse, qu'on savoure cet humour noir et macabre, particulièrement subtil. Hitchcock avait cette volonté de réaliser un film inattendu. Avec "The trouble with Harry", il n'y a point de suspense, point de psychologie, point d'héroïne froide et fatale, non rien de tout ça.
D'abord, aucune star hollywoodienne. Shirley MacLaine est encore débutante, elle est rousse, un peu déjantée et délurée, elle apporte sincèrement cette touche de fantaisie si nécessaire au film. Combinée au jeu des acteurs, la musique de Bernard Herrmann habille le film comme une seconde peau. Tour à tour étrange et sautillante, c'est une pure réussite !
Il faut absolument rendre ses belles lettres de noblesse à ce film réalisé avec génie et une pointe de malice. La gaieté est présente dès les premières minutes du film. Ah non, pas pour vous ?.. eh bien, passez votre chemin !
"Well. The trouble with Harry is over."

Mais qui a tué Harry ? - film d'Alfred Hitchcock (1956) - avec Shirley MacLaine, Edmund Gwenn, John Forsythe, Mildred Natwick. Titre vo : The trouble with Harry. Adapté du roman de Jack Trevor Story.

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26/02/07

Eve (1950)

all_about_eve_7Tout commence par la cérémonie de remise du prix théâtral Sarah-Sibbons. Le prix de l'année est décerné à une jeune comédienne : Eve Harrington. Soudain, l'image se fige. Karen Richard (femme de l'écrivain Lloyd Richard) nous raconte comment 8 mois auparavant, elle a fait la connaissance de Eve Harrington. Ce n'était alors qu'une spectatrice assidue, grande admiratrice de l'actrice Margo Channing. Peu à peu Eve va réussir à gagner la confiance de Margo pour mieux la scruter, la copier et se glisser dans sa vie.

"All about Eve" est un film d'une grande intelligence, un film qui reflète la spiritualité et démontre avec génie les rouages de l'ambition dévorante d'une jeune débutante et les ravages sur une actrice confirmée mais vieillissante (et consciente de ce fait). Dans ce registre, Bette Davis est stupéfiante, capricieuse et hystérique, jalouse, paranoïaque, bref une tigresse qui me rappelle la Blanche DuBois de T. Williams. Face à elle, Anne Baxter prête ses traits au personnage apparemment angélique d'Eve, petite chose bouleversante dont l'histoire émeut l'actrice Margo Channing. Eve va abuser de la confiance des uns et des autres, parfaite et bluffante manipulatrice, prête à tout pour gravir sa route pavée d'étoiles...

All_about_eve_4On n'oubliera pas d'évoquer les 1ers pas de Marilyn, vers la 43ème minute, dans son fourreau d'une blancheur éclatante. Elle incarne Miss Caswell, une starlette qui rêve aussi d'entrer dans le cercle fermé du petit milieu du théâtre new-yorkais. Oh, à peine 10 minutes d'images chipées ci et là, et l'actrice tire sa révérence... mais comment ne pas saisir la réplique d'un personnage ("Well done. I can see your career rising in the east like the sun") et y voir une note prémonitoire ?

Ce film est un chef d'oeuvre, purement et simplement. Mankiewicz décrit un monde qu'il connaît bien et livre une vision critique de la société en s'attaquant à ses travers (l'arrivisme, le vieillissement, la paranoïa). Il utilise aussi un procédé original du flash-back oral pour raconter l'histoire et le parcours d'Eve grâce à ses trois narrateurs. Pour ces multiples raisons, incluant la prestation exemplaire des acteurs, "All about Eve" a été couronné d'Oscars et est toujours considéré comme l'un des meilleurs films de tous les temps. Appréciation totalement justifiée !

Eve, film de Joseph Mankiewicz (1950) - avec Bette Davis, Anne Baxter, George Sanders ... Titre vo : All About Eve.

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Cette sacrée vérité (1937)

awful_truth_2Jerry Warriner et sa femme Lucy se mentent depuis longtemps sans en être dupes. Ils décident donc, d'un commun accord, de divorcer (90 jours sont nécessaires pour rendre ce jugement effectif). Sans plus attendre, ils s'engagent tous les deux à d'autres personnes : Lucy avec un riche mais ennuyeux homme d'affaire d'Oklahoma qui voyage avec sa mère, Jerry avec Barbara Valance, une jeune héritière. Chacun fait de son mieux pour que les plans de l'autre échouent...

Cette comédie légère est un bonheur à voir et revoir où les deux acteurs, Cary Grant et Irene Dunne, sont époustouflants et scintillent dans leurs interprétations improvisées de bout en bout ! Eh oui.. Leo McCarey n'a pas lésiné sur la fantaisie, changeant d'idées chaque matin, il modifiait son script avec une absence totale de considération pour le "coaching" mental de ses acteurs. C'était la belle époque, et tant mieux d'avoir osé ce pari car le résultat est un régal fait de situations burlesques, deawful_truth_3 dialogues vifs et ciselés, d'anecdotes poilantes et de rebondissements sans cesse ingénieux et qui prêtent à sourire !

Autre raison de voir ce film : il y a Cary Grant. The Awful Truth est le film qui consacrera son personnage et en fera une star. Sa composition est parfaite : ironique, clownesque, toujours dans le bon tempo, ses expressions et attitudes suffisent à faire rire. Faites une pause sur le regard concupiscent du Sieur dans les dernières minutes du film, ma foi... ça vous laissera songeur !

Mention spéciale pour M. Smith, le chien du couple Warriner. Skippy le terrier s'illustrera à nouveau dans "L'impossible Monsieur Bébé" au côté de son nouvel ami Cary Grant !
En 1937, Leo McCarey obtint l'Oscar du meilleur réalisateur pour ce film.

Cette sacrée vérité, film de Leo McCarey (1937) avec Cary Grant & Irene Dunne. Titre vo : The awful truth

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25/02/07

Seuls les anges ont des ailes (1939)

angels6Une jeune New-Yorkaise prénommée Bonnie (Jean Arthur) débarque en Amérique du sud dans le port bananier de Barranca. Elle y rencontre deux aviateurs, Joe et Les, employés pour une compagnie aéropostale. Geoff Carter (Cary Grant) qui dirige cette équipe de casse-cou apprend qu'un colis doit être livré dans la soirée. Joe s'envole, mais les conditions météo l'obligent à rebrousser chemin. Malgré la tempête et les conseils de Geoff, il tente une approche du tarmac, manque son atterrissage et décède dans le crash de son avion. Bonnie est effondrée et ne comprend pas l'attitude désinvolte du beau Geoff...

Profondément attaché à mener jusqu'au bout ce projet qui mêle l'aviation et la camaradie de ses pilotes isolés près des montagnes, Howard Hawks est parvenu à diriger un film particulièrement remarquable mais, somme tout, âpre et sombre.
Après le succès de "Bringing up baby", Hawks renouvelle donc la collaboration avec Cary Grant pour interpréter Geoff Carter, un type a priori têtu, insensible et détaché des femmes. Face à lui, Jean Arthur tente avec son rôle de Bonnie Lee de faire succomber cet homme au coeur de pierre, plus attaché à ses hommes qu'aux beaux yeux de la blonde... Elle est drôle, émouvante et possède un caractère à ne pas se laisser marcher sur les pieds, et pourtant Carter a le coeur brisé.
only_angels_have_wings01En voyant débarquer son nouveau pilote et son épouse, Carter retrouve en la sublime Judy McPherson celle qui a mis son coeur en miettes. Il tente de rester stoïque, d'autant plus que son mari n'a pas la côte auprès des pilotes, désigné coupable de lâcheté suite à un accident d'avion dans le passé.
Bref, à la 50ème minute du film, un ange passe : Rita Hayworth fait son entrée, c'est dans ce film qu'elle se fera enfin remarquer, dépassant le grade de "starlette". Elle est impeccable. Il fallait aux yeux de Hawks une actrice capable d'incarner l'idée de la "femme fatale", beauté froide, lisse, regard de braise et classe étourdissante, Rita a su combiner tous les atouts !
Bon il faut reconnaître que son rôle tient encore du statut de seconde classe, Rita joue quelques scènes et donne de très bonnes répliques savoureuses, mais sans plus.

angels"Seuls les anges ont des ailes" est indéniablement un film tour à tour dramatique, sentimental et étincelant. La trame est menée tambour battant, les scènes avec les avions soulèvent l'angoisse chez le spectateur, la tragédie donne le pas à la comédie. Et puis, cet esprit communautaire et solidaire entre pilotes est rendu à merveille. On s'attache à la fine équipe, on savoure les moments de fête, les heures sombres. C'est un bon compromis. On retiendra surtout de ce film l'éternelle performance de Cary Grant, qui affiche une personnalité complexe, et où il nous réserve des scènes particulièrement drôles et intenses avec la toute débutante Rita Hayworth.

Seuls les anges ont des ailes (1939) , film de Howard Hawks, avec Cary Grant, Jean Arthur & Rita Hayworth - titre vo: Only angels have wings .

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Sylvia Scarlett (1935)

sylvia_scarlett1Un père et sa fille, encore endeuillés, doivent quitter la ville de Marseille pour échapper à la justice qui demande des comptes à Henry Scarlett, escroc notoire, et qui dépouille sans vergogne l'héritage de son enfant pour prendre le bateau pour Londres.
Sylvia, décidée à le suivre, fait le choix de sacrifier ses nattes et son apparence féminine pour devenir un garçon. Ainsi déguisée en Sylvester Scarlett, elle compte bien passer inaperçue. Mais durant la traversée, son père fait la connaissance d'un certain Jimmy Monkley qui n'hésitera pas à dénoncer le couple Scarlett à la douane.
sylvia_scarlett3Les déboires ne s'arrêtent pas là. Sylvia et Henry retrouvent le fieffé menteur mais décident de lui emboiter le pas et d'adhérer à ses combines pour amasser le maximum d'argent avec le minimum d'efforts.
Ils partiront aussi à bord d'une roulotte, sous la compagnie des Pierrots enchanteurs, avec une nouvelle recrue prénommée Maudie, le béguin d'Henry. Non loin de la plage où ils ont établi leur campement, Sylvia rencontre un artiste peintre, Michael Fane, qui n'imagine pas une seconde que le jeune chérubin effronté cache en fait les traits d'une délicieuse jeune fille romantique...

sylvia_scarlett6Bon, personnellement je n'ai pas trop aimé ce film de George Cukor, même si l'ensemble des ingrédients était réuni pour concocter une faramineuse recette : imaginez au casting Cary Grant et Katharine Hepburn réunis pour la première fois, cela avait de quoi alpagué le chaland !
Pourtant, j'ai admiré la grâce sans pareille de la Grande Katharine, fabuleuse et dynamique, qui sacrifie aux artifices de son sexe pour paraître en garnement indiscipliné et dissipé, oui c'est une formidable interprétation, sans fards et sans retenue. Face à elle, le jeune Cary Grant d'à peine 30 ans inaugure un rôle de coquin menteur et filou, abominable de bout en bout, mais dont le charme flagrant ne laisse aucun doute sur l'étendue de ses talents d'interprète !
sylvia_scarlett5Mais "Sylvia Scarlett" démontre qu'une bonne histoire est nécessaire pour s'attacher la sympathie du spectateur. Dans ce film, non pas que ce soit en carton pâte, mais le fond laisse trop d'ambivalence sur un sujet aussi sensible que l'identité sexuelle. Certes, les pièces de Shakespeare s'en sont également nourries (cf. The Tempest, par exemple) mais j'ai particulièrement trouvé que la fausse naïveté doublée d'allusions franchement poussées n'était pas un cocktail réussi.
Inutile de préciser que ce film a été un "bide" complet à sa sortie en 1935, ce large champ d'ambiguités était d'un goût douteux pour l'époque ! Pour ma part, j'ai justement trouvé que ce film reflétait tout le fossé d'un film Classique qui a du mal à trouver sa place pour le public actuel. Non là je n'ai pas adhéré, alors que je suis une férue de ces films. Dommage.

Sylvia Scarlett, film de George Cukor (1935) - avec Cary Grant, Katharine Hepburn, Edmund Gwenn ...

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24/02/07

Arsenic et vieilles dentelles (1944)

arsenic_3Abby et Martha Brewster, deux charmantes vieilles dames, ont une étrange habitude. Pour éviter une vieillesse douloureuse aux hommes âgés dont elles font la connaissance, elles leur font boire un mélange redoutable de baies de sureau, d'arsenic, de strychnine et de cyanide. Elles ont ainsi plusieurs "délivrances" à leur actif.
Leur neveu Mortimer découvre avec horreur cette pratique et décide avec l'énergie du désespoir de boucler au plus vite cette affaire qui va prendre des allures de cauchemars rocambolesques ! Car, deux inconnus s'invitent chez les vieilles tantes, eux-mêmes redoutables meurtriers venus régler des comptes avec cette famille de cinglés !

Oui, la folie est omniprésente chez Capra et même Cary Grant tente de sauver la mise en s'ébrouant de gauche à droite pour faire interner les siens et regagner la paix. Toutefois, les aléas s'accumulant, notre homme donne l'impression de plonger de plus en plus dans l'hystérie et l'aliénation ! C'est de famille, vous dis-je ! Entre le pendant du Président Roosevelt, les petites vieilles qu'un coup d'arsenic sert de remontant, et le sosie de Boris Karloff (interprète de Frankenstein), Mortimer veut gardarnenik_5er la tête froide (peine perdue), sauver son récent mariage, mais ne cesse d'enchaîner des combines toujours plus grosses et embarrasantes les unes que les autres...

Première et unique comédie burlesque de Frank Capra, "Arsenic et vieilles dentelles" est une adaptation d'une pièce de théâtre (on le devine rien que par ce huit-clos où l'essentiel de l'intrigue papillonne). L'histoire est un mélange désopilant entre la cocasserie, l'humour noir et un semblant de terreur (registre dans lequel le personnage de Jonathan Brewster prend une part déterminante !).
Cary Grant accumule les pitreries et les scènes extravagantes, il déploie une grandiloquence dans ses gestes et ses mimiques. Son charme et ses talents comiques font le reste. Parmi les grands moments du film, on se rappelle la scène où il se fait piéger par Jonathan et son complice, finissant saucissonné sur sa chaise, ou lorsqu'il sonne la charge à la place de Teddy.

arsenic_5Dans ce film, l'acteur parfait son style loufoque, le personnage étant de plus en plus contaminé par la démence des autres protagonistes. Cary Grant exulte, communique son enthousiasme, au risque parfois de tomber dans une surenchère. Le scénario offre sans cesse un nouveau renversement, mettant en péril la synergie de base. Mais Non ! Rien ne peut entâcher le plaisir que procure la famille Brewster en cette soirée d'Halloween. La liesse est de mise : autant la folie est contagieuse sur l'écran, autant le ravissement se lit sur le visage du spectateur ! Parfaite comédie à l'humour macabre... à savourer sans retenue !

Panama, nous voilà !

Arsenic & Vieilles dentelles, film de Frank Capra (1944) - avec Cary Grant, Priscilla Lane, Raymont Massey, Edward Everett, Peter Lorre, Josephine Hull, Jean Adair... Titre vo : Arsenic & Old Lace.

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La corde (1948)

corde_7Le crime est un art et l'apanage de l'élite, seuls les inférieurs sont les victimes. C'est selon ce précepte de Nietzsche, enseigné par leur professeur de philosophie, Rupert Cadell, que deux étudiants, Brandon et Philip, vont étrangler un troisième larron, David, pour tester cette théorie. Flippant ? oui. On assiste à ce crime commis avec une froideur et une exemption totale de conscience, puis à la mise en scène du crime parfait où le corps est déposé dans un coffre sur lequel un buffet sera tenu à l'occasion d'une petite soirée d'adieu (les deux garçons partent à la campagne...). Ils ont réuni quelques proches, dont la petite amie de David, ses parents et leur professeur - Brandon est excité à l'idée de jouer sous son nez ce drame en trois actes !

L'idée du film est venue d'une pièce d'un dramaturge anglais, Patrick Hamilton. Hitchcock, qui tournait là son 1er film en couleur, a adopté la technique de filmer sur un seul plateau et sous forme d'action continue (mais avec des bobines de dix minutes). L'aspect final est réussi, de mon point de vue. Cela donne un compromis intéressant entre le cinéma et le théâtre, avec ce huit-clos à vous glacer le sang. Chaque détail est scrupuleux, comme Brandon qui range la corde dans le tiroir de la cuisine avec un sourire pervers, ou la bonne qui débarrasse la vaisselle en fin de repas et dépouille le "buffet" sans se presser, poussant d'un cran supérieur la tension, très proche du masochisme.

corde_9En filmant en ouverture la scène de strangulation, Hitchcock décide de jouer avec le suspense sur un autre aspect. On ne se pose plus la question : "comment s'explique le retard de David ?" mais plutôt "va-t-on deviner le crime atroce des deux étudiants ?". Pour cela, le personnage joué par James Stewart prend une envergure considérable. Cary Grant avait été pressenti pour ce rôle avant d'être attribué à Stewart, une décision jugée discutable car l'acteur n'était plus désormais une valeur sûre au box-office. Et pourtant, j'ai trouvé qu'il incarnait le coupable implicite de cette barbarie, après tout c'est lui le responsable, c'est lui le professeur qui a enseigné de tels propos incohérents...

Son entrée en scène est saluée par la musique de Poulenc, le temps d'un flottement. James Stewart laisse tomber les sous-entendus du prof homosexuel ayant eu une liaison avec un des étudiants (comme l'impliquait la pièce anglaise) et décide de jouer un enquêteur, soucieux des signes, des indices, intrigué par l'absence de David, attentif à l'extrême nervosité des deux hôtes, où l'un affiche une arrogance déplacée et l'autre boit outrageusement. Quand il commence à constituer le puzzle en grand, il est effrayé d'avoir été à l'origine d'une interprétation aussi angoissante et condamnable. Hitchcock dirige avec plaisir ce jeu qui sera repris quelques années plus tard par les créateurs de Columbo.

corde_5Il faut absolument redécouvrir ce film du réalisateur anglais, véritable monument cité désormais comme une référence par de nombreux cinéastes, alors même que Hitchcock qualifiait de "truc" ce film époustouflant.

"La Corde" s'attaque avec cynisme et humour à la pédanterie qu'arbore une certaine classe qui se juge supérieure à une autre, et qui se conclue par un remarquable affrontement psychologique entre Stewart et le duo Granger/Dall

La corde, film d'Alfred Hitchcock (1948) avec James Stewart, John Dall & Farley Granger. Titre vo : The Rope.

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22/02/07

Le procès (1962)

le_proces_5Lorsque Joseph K se réveille ce matin là, un inspecteur de police se trouve dans sa chambre. Sans savoir de quoi on l'accuse, le voilà maintenant en état d'arrestation. Tout le monde, la police, ses collègues de bureau, ses amis, sa famille, ses ennemis, l'accusent. Après l'incompréhension, où il essaye de se disculper, Joseph K bien qu'étant innocent, se met à développer un sentiment de culpabilité.

Voilà l'histoire bien connue de cette adaptation du roman de Kafka. Une sombre plongée dans les méandres du sytème, où on décide d'accuser n'importe qui de n'importe quoi... La société apparaît complètement déshumanisée, de même que les personnages. Pourtant, au centre de tout, le personnage de Joseph K refuse de sombrer dans le désespoir, au contraire il est actif, il cherche à comprendre. Car voilà le problème, jamais on ne lui dit de quel crime il est accusé. Joseph K est accablé par le poids de la machine judiciaire, presque dans l'incapacité d'assurer sa défense, il ploie, pris au piège.

le_proces_6Orson Welles a déjà tourné son fameux Citizen Kane qui n'a pas rencontré le succès souhaité, ce qui se reproduira du reste avec l'ensemble de ses films ! Incompris, le réalisateur ? Il faut en fait avouer que son cinéma brouille toutes les pistes de l'imaginable et ne trouve l'explication qu'à la suite d'une longue réflexion, démonstration et de numéros de haute voltige. Pas facile... "Le procès" est une fable onirique et absurbe, filmé avec un certain esthétisme (pour qui aime la sobriété et le dénuement), mais c'est un film fataliste et pessimiste.

Fort de son projet, Welles ne tarde pas à dénicher un casting d'exception en engageant Anthony Perkins, jeune acteur révélé deux ans plus tôt pour son rôle dans "Psychose", pour le rôle principal. A ses côtés, on trouve des acteurs venants de tous pays. Ainsi, Romy Schneider, Jeanne Moreau, Suzanne Flon, Elsa Martinelli participent au film. Pour compléter le casting, Orson Welles s'occtroie le rôle de l'avocat de Joseph K. La légende veut que ce soit Romy Schneider qui lui ait soufflé cette idée...

le_proces"Le procès" ne lui offre que 10 jours de tournage, mais ils compteront pour elle au nombre de ses titres de gloire. Elle y affirme une nouvelle fois ses talents de comédienne, le visage nu, sans maquillage. Nous sommes en 1962, sa carrière en France peine à décoller. L'actrice collectionne les collaborations de prestige, et pourtant il lui faudra attendre la rencontre avec Sautet pour que tout démarre, enfin.

Oeuvre classique dans l'absolu, "Le procès" n'en reste pas moins un film difficile à appréhender, glacial et cérébral. C'est un époustouflant exercice de style, mais il n'est pas scandaleux de reconnaître qu'on reste un peu en marge, soulignant les mérites du génie d'Orson Welles, mais bon... On touche là au vrai cinéma d'auteur, en majuscules.

Le procès, film d'Orson Welles (1962) avec Anthony Perkins, Jeanne Moreau, Elsa Martinelli, Suzanne Flon, Madeleine Robinson, Romy Schneider, Orson Welles. Titre vo : The trial.

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Un amour de pluie (1973)

amour_de_pluieComme chaque année, Elizabeth et sa fille Cécile âgée de 15 ans passent leurs vacances à Vittel. Elizabeth fait la connaissance d'un étrange Italien, Giovanni dont elle tombe sous le charme, tandis que Cécile tombe amoureuse de Georges, l'apprenti cuisinier de l'hôtel.

Romy Schneider incarne cette femme de près de 40 ans, qui se sent seule et qui succombe à cette histoire éphémère mais passionnelle. C'est peut-être là sa dernière véritable histoire d'amour, elle s'y donne avec surprise, enthousiasme et ne mesure pas ses élans. Elle tente de préserver sa fille adolescente qui pourtant n'est pas dupe. Celle-ci s'est entichée d'un jeune homme de 17 ans et lui fait promettre de ne pas reproduire les amours de leurs aînés, de ne pas se mentir et d'être sincères. La fin brutale de la liaison de sa mère coupe court celle de l'adolescente, et pourtant ces deux-là semblent avoir gagné une nouvelle complicité durant cet été bien différent des précédents...

Toujours magistrale, superbe et resplendissante, Romy ne lésine pas sur ses efforts à interpréter Elizabeth. Le pari semblait risqué, car Romy sort du tournage du "Train" où elle a eu le coup de foudre pour JL Trintignant. En se présentant auprès de son grand ami Jean-Claude Brialy, réalisateur de cet Amour de Pluie, elle lui tombe dans les bras en pleurs. Coeur brisé, début de dépression, remise en doute perpétuelle... Romy entre dans une phase où l'incertitude la guette, rongée aussi par le temps qui passe, soucieuse de sa bamour_pluie_2eauté qui se fâne (et pourtant ! comme elle demeure belle, silhouette vêtue tout de blanc dans ce film, sauf exception une robe de soirée noire). Cette scène en robe noire la dévoile merveilleuse et pleine de grâce : elle a un peu trop bu, suit son amant et tourbillonne dans ses bras...

Parce que ce film bénéficie de la présence radieuse d'une Romy Schneider fidèle en amitié (Brialy et elle se sont croisés sur le tournage de "Christine"), "Un amour de pluie" gagne à être vu pour se ravir de son interprétation toujours juste, teintée de sensualité et de douceur. Pourtant, à bien y regarder, le film a une histoire peu consistante et les images commencent à dater. Le choix des partenaires n'est pas à la hauteur de la prestation de Romy Schneider (l'acteur italien, bof & la jeune adolescente, bêcheuse). Seule Suzanne Flon sauve la mise ! Il y a aussi une belle scène cocasse où le personnage de Romy rembarre avec espièglerie un dragueur joué par ... Brialy !

Un amour de pluie, film de Jean-Claude Brialy (1973) - avec Romy Schneider, Nino Castelnuovo, Mehdi, Bénédicte Bucher et Suzanne Flon.

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