21/01/14

La Galerie des murmures, d'Isabelle Cousteil

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Réinventer la vie des peintures ou des sculptures, de celles qu'on croise et recroise dans les musées ou autres ouvrages d'art, c'est la douce et belle fantaisie à laquelle s'est pliée Isabelle Cousteil. Dans “La Galerie des murmures”, elle réinvente un monde de paroles, imaginées d'après une émotion, souvent perçue à partir d'une image, Isabelle Cousteil s'échappe et écrit une histoire. Elle y met même la forme, celle d'une correspondance intempestive, et ainsi produit des lettres qui volent, s'échangent et se croisent d'un portrait à l'autre, d'une personnalité à une autre, d'un rêve à un autre.

C'est une petite récréation, un hommage aussi qu'elle rend. C'est également une façon d'interpeller le public pour se poser (pauser ?), pour retarder son attention et l'inviter à regarder de nouveau “des portraits parfois si vus et connus qu'ils ne sont plus véritablement regardés”. Flânerie littéraire, poétique et artistique, c'est ainsi que pourrait se résumer son livre, qui se dédouane de toute flatterie et de toute prétention. Car il s'agit juste d'une invitation à rêver, à imaginer, à contempler.

“Dans cette galerie intempestive, les voix chuchotent et parfois tonitruent. Accents chantants ou gouailleurs, aveux, regrets ou confidences, interrogations et provocations, déclarations d'amour, de rage ou d'espoir livrent quelques instantanés d'existences probables, vraisemblables, ou totalement rêvées.” (prologue)

Je joins, pour conclure, l'extrait d'une lettre intitulée Chienne de vie, Monsieur Zola, de la part de Marguerite et Louise (“La Repasseuse” d'Edgar Degas) qui connaissent mal leur orthographe, mais qui savent tout de même trouver les mots justes et forts pour exprimer ce qu'elles ont sur le coeur (et surtout ce que l'oeuvre de Zola a su insuffler à leur petite existence). Une rencontre, parmi tant d'autres, mais qui touche...

“C'est quand on la voit écrite sur le papier notre vie que ça saute aux yeux à quel point c'est misérable. Ce qu'ont s'imaginait pas c'est qu'ont pourrait écrire sur des pauvre gens comme nous et ça c'est un miracle. Et même si on se couche le coeur lourd après vous avoir lus, que le lendemain on tient pas debout parce qu'on a trop sommeil et qu'on a mème plus de sous parce qu'on use trop de chandelle, c'est rien ça. C'est rien du tout à côté de ce que vous nous donez. Parce que parler de nous c'est déjà du respect, et ça, avant vous, on connaissait pas. On s'était faies à cette chienne de vie, Monsieur Zola, au dos qui brule tellement qu'il est brisé, à l'eau qui gèle dans le pot et à l'assiette sans viande. Et mème à ce qu'on soye pas considéré. Alors on vous dit merci du fond du coeur, nous qui somme comme qui dirait vos Gervaise...”

description de l'éditeur : 

Vingt scènes vont se jouer devant nous. Les portraits dialoguent, se téléphonent, s’écrivent des lettres, des poèmes, des textos, s’envoient des suppliques, des billets d’amour, des requêtes....

Isabelle Cousteil dévoile l’amour du Violoncelliste de Modigliani pour le Violon d’Ingres de Man Ray. Elle entend la chatte égyptienne Bastet tancer vertement Jean de la Fontaine. Elle découvre la supplique de François 1er à la Reine de Portugal. Elle surprend une discussion de voyous fraternels entre Monna Lisa et l’Ange de Reims, pendant que dans les profondeurs du Louvre une bande d’Eclopés rédigent une pétition à l’adresse de leur conservateur. Elle capte une altercation post mortem entre le Duc et la Duchesse de Berry. La souffrance de Camille Claudel trouve écho à celle d’Adèle Hugo. Et dans un jardin de Monet, une belle mélancolique lui confie son seul espoir...

Correspondances Intempestives - TRIARTIS - sortie Février 2014

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20/01/14

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows ❤

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Et de trois ! Après la VO, la VF... voici maintenant la version audio. À chaque fois, ce livre me surprend, m'éblouit, me dorlote, me donne le sourire et les larmes aux yeux. Je suis irrémédiablement amoureuse du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, c'est un livre chéri, bichonné, chouchouté, je l'aime d'amour. Une fois encore, il m'a été précieux. Car il est tombé à point nommé, j'avais besoin de douceur, de tendresse, de bonnes ondes, et il s'est présenté à moi de façon logique, claire, indiscutable.

Quel régal ! J'ai replongé avec excitation dans l'histoire, à ma grande honte j'en avais un peu oublié les entournures, au moins j'ai pu doublement apprécier cette énième lecture. Tout commence autour d'un livre de Charles Lamb. Un jour, Juliet Ashton, une célèbre chroniqueuse qui vient de publier son premier ouvrage et connaît un succès fou, reçoit une lettre d'un certain Dawsey Adams, résidant à Guernesey. Entre autres banalités, il évoque le Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates. Il n'en faut pas davantage pour titiller la curiosité de notre journaliste. S'ensuivra, bien évidemment, une correspondance enjouée, exaltante et exaltée entre Juliet et les habitants de l'île anglo-normande.

C'est ainsi toute une communauté attachante et passionnante qu'on découvre, Amelia Maugery, Isola Pribby, Eben Ramsey... et même l'insupportable Miss Adelaide Addison. Tous rapportent leurs conditions de vie durant la guerre, l'île ayant été occupée par les allemands. Ils avaient donc mis en place un cercle littéraire, pour sauver les apparences et permettre de se nourrir en douce, tout en prenant goût à la lecture en fin de compte. Quelle expérience ! Bien sûr, ils n'ont pas été épargnés par les drames non plus et on devine notamment qu'Elizabeth McKenna, autour de laquelle tournent toutes les discussions, figure comme étant une icône mystique et intouchable.

Juliet est fascinée, le lecteur aussi. Au fil des lettres, on est immédiatement pris dans le tourbillon des intrigues, des secrets, des révélations... Que d'émotions ! J'avais l'impression de tout (re)découvrir comme une première fois. C'était encore plus bouleversant, j'ai adoré. La version Audiolib est d'autant plus radieuse et enivrante ! Ce sont cinq comédiens qui se partagent l'affiche, Cachou Kirsch, Nathalie Hons et Nathalie Hugo, qu'on retrouve notamment dans des ouvrages aussi enthousiasmants comme Le Goût des pépins de pomme ou La couleur des sentimentsThierry Janssen et Philippe Résimont. Ils ont donné vie à des personnages et à une histoire vraiment passionnante, bouleversante, drôle aussi et que je ne cesse de chérir au fil du temps.

Audiolib, novembre 2009. Texte intégral lu par Cachou Kirsch, Nathalie Hons, Nathalie Hugo, Thierry Janssen, Philippe Résimont (durée d'écoute : 8h 17).
Traduit de l'américain par Aline Azoulay, pour les éditions NiL.

31/03/09

EN STOCK : Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

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Janvier 1946. Tandis que Londres se relève péniblement des drames de la guerre, Juliet se demande quel va bien pouvoir être le sujet de son prochain roman. Lorsqu'elle reçoit une lettre d'un habitant de Guernesey, cette petite île anglo-normande oubliée, lui parlant d'un cercle littéraire et de tourtes aux pelures de pommes de terre, la curiosité de Juliet est piquée.
Au fil des lettres qu'elle échange avec les habitants - aussi fantasques qu'attachants - de Guernesey, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté sans pareille sous l'Occupation et le destin héroïque et bouleversant d'Elizabeth, une femme d'exception...

Rédigé sous la forme épistolaire, ce roman se lit d'une traite. C'est savoureux ! Au début, on pense vaguement à Helene Hanff et son 84, Charing Cross Road pour très vite l'oublier ! C'est encore mieux ici. On s'embarque rapidement dans une aventure insulaire, à Guernesey, au sein d'une communauté bougrement attachante. Ses habitants ont connu la guerre, en plus de leur isolement. Bien entendu ils se sont serrés les coudes, ont trouvé le moyen de se divertir en créant un cercle littéraire pour parler de leurs lectures. Mais en fait ses réunions servaient d'alibi pour des actes de résistance (han-han). Je n'en dis pas plus !

Vous allez adorer !

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

Mary Ann Shaffer & Annie Barrows

Editeur : Nil, 2009 - 19€
en stock sur amazon.fr

titre vo : The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society

Avant-première ICI

17/06/08

La Dame de ses pensées - Cécilia Dutter

Imaginez... Vous venez de vous lier d'amitié avec une jeune femme de votre âge, mère de deux enfants, rencontrée à la sortie des écoles. Un soir, vous faites rencontrer cette nouvelle amie à votre époux, lequel est votre aîné de vingt ans, avocat de renom, véritable esthète. Vous l'ignorez encore mais cet homme vient de tomber en pâmoison devant votre amie, prénommée Alice, et lui adresse des lettres enflammées où il décline sa passion grandissante, sa fascination certaine et les fantasmes qui gonflent au fait de songer à la Dame de ses pensées...

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Roman épistolaire et doucement érotique, inutile de chipoter sur l'étiquette de ce livre qui se découvre avec grand plaisir. Court de 150 pages, léger par son contenu et joliment grivois, il renferme une correspondance qui fait naître le désir. Edouard apparaît fin lettré et use d'un langage précieux pour séduire sa belle, alors que celle-ci, railleuse, juge ces effets désuets et alourdis d'arabesques stylistiques d'un autre temps... La claque ! Il faut reconnaître que les premiers échanges ressemblent à une joute verbale. Alice refuse d'entrer dans la danse, trouve Edouard présomptueux, avec des intentions malhonnêtes. Mais celui-ci ne renonce pas facilement et par la force de son imagination il va amadouer la jeune femme. Et lorsqu'elle s'enflamme à la volupté des courriers d'Edouard, la fusion des imaginaires connaît son apothéose !

Joli, tendre et surprenant, ce roman est une invitation à rêver... La fin, totalement imprévisible, est aussi un regard nouveau sur l'entreprise (qu'on peut trouver culottée) d'Edouard.

Ramsay, 2008 - Coll. Papillons de nuit - 150 pages - 15€

Dans le même genre, vous apprécierez (ou avez apprécié) : La tentation d'Edouard, d'Elisa Brune (belfond, 2003) ;  L'admiratrice, d'Iselin C. Hermann (robert laffont, 2000)

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19/03/07

Vingt-quatre heures d'une femme sensible - Constance de Salm

vingt_quatre_heures"Vingt-quatre heures d'une femme sensible", roman épistolaire qui se propose de "peindre la jalousie, non dans ses fureurs, mais dans les douleurs dont elle accable une âme ardente et sensible", en 46 lettres écrites dans un espace de temps répondant aux unités de la tragédie ou de la comédie classiques, d'un mercredi, à une heure du matin. (postface de Claude Schopp)

Il faut lire ce livre et en savourer minute par minute chacune des lettres écrites pour cette femme anonyme qui souffre le martyr après être rentrée d'une soirée où son tendre ami l'a quittée au bras d'une autre.. Aussitôt les plus folles pensées la gagnent, le doute, l'atermoiement, la douleur, la rage, la folie. Cette amoureuse éplorée, incapable de se raisonner, ou juste le temps d'une lettre, passe donc sa journée à tourner en rond, à écrire des lettres enflammées. Tour à tour, les sentiments les plus ardents la brûlent. Et même les "égarements de l'imagination" la submergent. C'en est trop pour cette femme, elle sombre, elle pleure, son honneur semble perdu...

C'est simplement superbe et écrit avec une virtuosité admirable. Constance de Salm décrit avec justesse et sensibilité un coeur pur, un coeur simple, un coeur juste. Son héroïne est une passionnée, qui dérive et divague, elle passe des sentiments les plus exaltés aux menaces d'en finir avec la vie. Elle promet, elle menace. Telle lettre est sensée être la dernière, plus jamais elle n'accordera un regard, une pensée pour cet homme qui l'a trahie, et puis non... son amour est trop fort, trop déraisonnable.

"L'amour !... Qu'est-ce que l'amour ?... Un caprice, une fantaisie, une surprise du coeur, peut-être des sens; un charme qui se répand sur les yeux, qui les fascine, qui s'attache aux traits, aux formes, aux vêtements même d'un être que le hasard seul nous fait rencontrer. Ne le rencontrons-nous pas ? rien ne nous en avertit, ne nous trouble... nous continuons de vivre, d'exister, de chercher des plaisirs, d'en trouver, de poursuivre notre carrière comme si rien ne nous manquait !... L'amour n'est donc pas une condition inévitable de la vie, il n'en est qu'une circonstance, un désordre, une époque... que dis-je ? un malheur ! une crise... une crise terrible... elle passe, et voilà tout."

Phébus, 150 pages.

Constance de Salm, c’est Constance de Théis, née en 1767, épouse du chirurgien Jean-Baptiste Pipelet, poétesse et tragédienne dont « Sapho » tragédie lyrique triompha au théâtre. C’est l’auteur de « L’épître aux femmes » qui la range aux côtés des défenseurs du droit des femmes, au moins dans le domaine des arts et de la culture. Devenue par son deuxième mariage la comtesse de Salm, elle tient salon et on rencontre chez elle l’élite intellectuelle de la nation. On y croise Stendhal et Alexandre Dumas.

Cette lecture m'a fait repenser à ce livre-ci :

laissez_moi"Laissez-moi", autrefois baptisé "commentaire", est le long récit d'une jeune femme, en cure de repos pour grave maladie, qui reçoit une lettre de son fiancé lui annonçant la rupture, mais d'une manière complètement insultante: "Je me marie avec une autre... que notre amitié demeure...". Ce livre c'est donc la longue réponse que la jeune femme souhaiterait lui donner. Et à travers son récit, elle revient sur cet homme, ce goujat, et sur les exigences de l'amour, l'emprise sur les femmes etc..
C'est très poignant, criant de vérité et de sensibilité. Ce récit a été rédigé dans les années 30 mais son contenu demeure d'actualité et nous interpelle encore aujourd'hui. On est d'autant plus touché, sachant que son auteur, Marcelle Sauvageot est décédée peu de temps après (des suites de sa maladie), au jeune âge de 34 ans.  Phébus, 112 pages - réédition février 2004.

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01/12/06

Lettres à ma fille (textes réunis par Agathe Hochberg)

lettres___ma_filleFrancis Scott Fitzgerald, Marie Thérèse d'Autriche, François Mauriac, Sido, Colette, Freud, Joseph de Maistre, Marie Curie, Groucho Marx, Franz Liszt, Diderot, Théophile Gautier, Madame de Sévigné, Victor Hugo, Calamity Jane, Comtesse de Ségur, Alexandre Dumas, Claude Debussy.
Qu'ont-ils en commun ? Leur fille ! Et les lettres bouleversantes que ces personnalités leur ont envoyées à différents moments de leur vie. Des correspondances souvent méconnues du grand public, véritables concentrés de génie et de sentiments. On y retrouve des relations plus ou moins affectueuses, des conseils, des intimidations, des adieux, de la force d'aimer, d'étouffer presque, ou juste la permission de s'émanciper. De couper le cordon.. bref, des preuves d'amour, envers et contre tout.
Le mot de la fin est de Bel-Gazou à propos de sa mère Colette : "Je crois qu'elle a désiré sur je sois une parfaite merveille, à tous points de vue, et d'emblée. Je l'ai bien déçue. Les enfants sont rarement des parfaites merveilles. Ils peuvent même être parfaitement désastreux. Il me semble que plus je désirais être une enfant exceptionnelle, et plus je passais à côté. Vous savez, une femme, qui a toujours été d'une exigence et d'une sévérité exceptionnelle envers soi-même, comment n'eût-elle pas montré de sévérité envers un morceau d'elle-même ?".

Mango

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