22/06/20

Au-delà de l'horizon et autres nouvelles, de Franck Thilliez

Au-delà de l'horizon et autres nouvellesMerci Franck d'avoir bouclé cette lecture sur une histoire de virus qui se propage à bord d'un paquebot en ne comptant plus ses victimes... on n'aurait pu rêver mieux pour envisager un peu de sérénité au moment de vous quitter ! Trop sympa, vraiment.
Sinon, le reste du temps en votre compagnie a été agréable et coutumier. Vous savez, chaque histoire lue évoque des souvenirs, en appelle d'autres et passe la main vers d'autres aventures. On reconnaît vos thèmes fétiches, avec des énigmes, du double, de l'anticipation, de la science et un peu de machination. On passe ainsi d'un univers à l'autre, en douze variations. Et on regrette parfois de s'arrêter en si bon chemin.
Petite pointe de frustration d'abandonner les cinq scientifiques dans leur mission d'entraînement pour leur prochain voyage sur Mars, envie d'en savoir plus sur les doubles littéraires ou soupirs d'échapper à l'ambiance terrifiante face aux grizzlis... demandez le programme : frissons et sueurs froides garanties !
Ainsi donc, l'ambiance huis clos souvent pesante peut conduire à perdre ses repères (l'épisode dans la voiture après l'accident fait grimper les compteurs dans le rouge écarlate... non ?). De toute manière, ce recueil réussit à nous faire tourner la tête, tout en produisant quelques grammes d'insatisfaction passagère. Oui c'est le jeu ma pauvre Lucette.
Mais cette expérience confirme aussi que les nouvelles lues en format audio sont définitivement ma tasse de thé ! Sans prise de tête... un grignotage sans complexe.

©2020 Pocket (P)2020 Lizzie

  • Lu par : Pierre LognayFrançois MontagutJulie Basecqz
  • Durée : 9 h 42
  • Sommaire : Au-delà de l'horizon , Hostiles , Charybde et Scylla , Gabrielle , Sopor , Double je , Ouroboros , Lasthénie , La croisée des chemins , Un dernier tour , Origines , Le grand voyage

 

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27/04/20

Écouter le noir, lu par Sophie Loubière & Stéphane Ronchewski

Écouter le noirLes nouvelles lues en format audio sont définitivement ma tasse de thé ! Au programme, nous avons des textes courts, qui vont à l'essentiel et qui nous plongent à chaque fois dans une ambiance où les compteurs sont remis à zéro, fermant aussi la porte à toute fioriture inutile. Pour trente minutes en moyenne, on se glisse dans une bulle et on oublie tout.

Pour ce recueil, les auteurs avaient reçu pour mot d'ordre de broder autour du thème : audition. Les auteurs en question - tous issus du roman à suspense ou du thriller - n'avaient plus qu'à se retrousser les manches pour nous embarquer dans une aventure frémissante. Tous ont d'ailleurs rempli leur contrat sans faillir. Bravo ! Les histoires sont assez variées, entre adultère rancunier, braquage en pleine déroute, weekend cauchemardesque, fête foraine diabolique, concerto possédé, éternel pacte satanique ou vengeance implacable... mais toutes sont sans détour. ♪♫ Noir c'est noir il n'y a plus d'espoir ♫♪

Bilan de ma lecture ? C'était franchement appétissant et distrayant à expérimenter. Un voyage en apnée où chacun s'exprime avec son style, son univers, ses obsessions. En bref, tous les coups sont permis et c'est vachement bon !

©2019 Belfond, un département Place des éditeurs (P)2020 Lizzie

Laissez-vous chuchoter à l'oreille, venez Écouter le noir.

 

23/04/20

L'Envers du décor et autres nouvelles, de Tatiana de Rosnay

L'Envers du décor et autres nouvelles lizzieToutes les nouvelles du recueil ont préalablement été éditées dans la presse ou d'autres ouvrages. Pourtant, je n'en connaissais aucune donc j'ai pris beaucoup de plaisir à les découvrir.
Et puis le format audio est idéal pour picorer par petites bouchées sans jamais perdre le fil. Avis aux lecteurs qui repoussent cette option en invoquant ce prétexte ! 😄

Ce livre est court, seulement 280 pages pour 12 nouvelles. Il est surtout écrit avec élégance et émotion. Les histoires plongent dans l'enfance, évoquent la lecture, explorent le mystère d'une rencontre, la folie douce ou le souci de paraître. Elles racontent les rues de Paris, l'insouciance des tendres années ou la beauté féminine, elles citent Modiano, Zola et Daphné du Maurier. Chaque nouvelle est de toute façon unique et parvient sans cesse à rebondir pour m'emmener vers d'autres horizons. Ça a été une lecture riche en souvenirs aussi. J'ai aimé les clins d'œil ou les petites références qui m'ont font remonter le temps (j'ai d'abord connu Tatiana de Rosnay sous pseudonyme sur un forum de lectrices). Mis à part une relecture de Boomerang en 2015, j'avais un peu déserté les bancs et suis rouge de confusion de l'avouer !

Cette lecture symbolise quelque part de belles retrouvailles... en plus de proposer un concentré d'histoires courtes mais passionnantes (avec parfois des chutes qui font sourire). Cela permet de décrocher, de s'évader, de picorer. En période de confinement, c'est le régime parfait. Oui c'est très bon !

©2020 Pocket, un département d'Univers Poche (P)2020 Lizzie

Avec la participation de l'auteure pour la nouvelle Jaguar.

  • 1 - 3. L'Envers du décor 
  • 4. L'Étagère du haut 
  • 5.-6. Le Parfait 
  • 7. Conversation impossible 
  • 8.-12. Lady Landifer 
  • 13. Mon Zouave 
  • 14. - 15. Trouble-fête 
  • 16. La Lettre de Miss Sebold 
  • 17. Madame ;
  • 18. "Tête en Long" 
  • 19. Les mots qui sont ma prison ;
  • 20. Jaguar (texte lu par Tatiana de Rosnay)

 

Du 20 avril au 3 mai 2020, l'éditeur Lizzie vous offre un livre audio. Il vous suffit de télécharger l'application Lizzie pour profiter de cette offre.

 

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27/02/13

"C'est trouver l'amour qui compte. C'est ça, le principal."

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"Ça faisait mal. Très mal. Et il y avait beaucoup de sang, aussi." C'est la première phrase de la première nouvelle parmi les huit qui constituent ce recueil. Une phrase racoleuse, qui vous place tout de suite dans l'ambiance. Parce qu'il faut le reconnaître, ils sont drôlement forts, ces Anglais. Ils vous balancent leurs histoires courtes avec un aplomb redoutable, beaucoup de finesse et une drôlerie qui fait mouche, sans compter le ton et la forme qui ne font pas dans la dentelle, mais qui bien évidemment parleront instinctivement aux adolescents.

Dans le lot, on trouve tout de même deux textes classiques, le premier de Mary Hooper, le deuxième de Bali Rai. Ce sont deux histoires qui se passent ailleurs, dans l'Angleterre victorienne ou en Inde, deux cultures différentes, mais avec des parcours de femmes marquées durement par la vie et le désespoir. Sans quoi, on plonge sans complexe dans le petit monde des adolescents, à l'heure où les désirs ne sont plus tabous, où l'on est curieux, impatient, craintif et rêveur. L'incursion est réaliste, jamais déplacée, je pense que les auteurs ont été, à plusieurs occasions, bien en phase avec leur public.

A mon sens, Patrick Ness tire véritablement son épingle du jeu avec un texte percutant sur l'homosexualité, et dont la particularité veut que les mots les plus violents et crus soient dissimulés par un trait noir, ce qui laisse encore plus de place à l'imagination. Quant aux autres nouvelles, de qualité très honorable, elles séduiront immédiatement les ados par leur volonté de faire simple, juste, crédible et actuelle. L'ensemble est parfois cru, mais jamais déplacé, même la grossièreté est justifiée.

Voilà un recueil à faire lire dans les écoles (niveau collège et plus), pour rappeler à nos jeunes impatients / curieux de goûter le fruit défendu qu'il existe des règles essentielles : l'impact émotionnel. Car après tout, "le moment où on cesse d'être puceau est un truc intime qui devrait se trouver derrière un trait noir, plutôt que les insultes et les conneries sur le sexe". Parce que, "faire l'amour pour la première fois, ce n'est vraiment pas très important. C'est trouver l'amour qui compte. C'est ça, le principal."

La première fois (recueil de nouvelles) par Anne Fine, Bali Rai, Jenny Valentine, Keith Gray, Mary Hooper, Melvin Burgess, Patrick Ness & Sophie McKenzie
Gallimard jeunesse, coll. Scripto, 2011 - traduit par Laetitia Devaux et Emmanuelle Casse-Castric

26/02/13

Un lave-linge émotionnel

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Monsieur Mourlevat est un escroc : dix petites textes, dix petites histoires à déguster sur le pouce, dix anecdotes qui font sourire ou grincer des dents, dix brèves rencontres, dix portraits qu'on saisit à l'arrache, dix petits tours et puis s'en vont. C'est trop peu ! D'emblée, je l'avoue, j'aime infiniment la plume de cet auteur et lui attribue sans hésiter mon total dévouement. Par contre, j'admets préférer, très largement, lorsque l'auteur nous entraîne dans un monde plus travaillé, plus abouti, dans une histoire qui dure des pages et des pages, en bref j'aime le romancier, moins le nouvelliste.

Sur ces dix textes, j'ai aimé certaines histoires plus que d'autres, normal, j'ai souri en lisant les chutes, je n'ai pas frissonné non plus, j'avais d'ailleurs anticipé quelques intrigues et autres sorties de route, je l'ai vu venir aussi avec son dernier texte, qui boucle le livre, la fameuse histoire sur l'escroc, oui Monsieur Mourlevat, vous méritez ce titre ! Je reconnais que l'ensemble est élégant, un poil cynique et teinté d'humour noir, mais franchement, quelle frustration tout de même ! Vivement un vrai, bon, gros roman.

A compter de cet instant, Mme Maréchal eut la sensation qu'on l'avait jetée dans un lave-linge émotionnel, qu'on en avait fermé la porte et pressé le bouton on. Le tambour s'était mis à tourner à grande vitesse, la brassant, la battant, la ballottant, la roulant, la cognant sans relâche.

Silhouette, par Jean-Claude Mourlevat
Gallimard jeunesse, coll. Scripto, 2013

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08/05/11

Mon royaume est un cheval

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Quatre auteurs se partagent l'affiche autour d'un même thème : le cheval. L'animal sert principalement à symboliser une envie, un rêve, l'enfance, l'espoir, l'acte de grandir, l'amitié, l'amour aussi... Yann Coridian évoque le premier amour, à travers un spectacle scolaire, où le jeune narrateur joue le rôle d'un cheval et n'a d'yeux que pour une petite copine qui interprète un arbre. Ils sont en CM2, la fin d'année approche, ils vont se séparer, ce sont les vacances et le garçon reçoit une carte postale avec un cheval, illustrant la réciprocité des sentiments. Et j'ai été attendrie par cette belle histoire, même si elle est bien trop courte aussi. C'est le souci du recueil de nouvelles, de toute façon. Les mondes s'enchaînent, les rencontres avec les personnages passent à toute vitesse, et le lecteur jongle avec l'immension frustration de dire adieu et bonjour à la fois.
Susie Morgenstern a le goût de la chute - un garçon est attaché à son cheval, c'est son trésor, le dernier cadeau de son grand-père, il n'en parle même pas à ses meilleurs potes, il se coupe du monde extérieur pour passer son temps avec, un peu aussi pour se réfugier des disputes incessantes de ses parents, lesquels divorcent puis se remarient avec un bébé à la clef. La nouvelle ne l'enchante guère, mais c'est sans se douter que cela l'aidera à grandir et à se détacher de son cheval. Pour un bien. Pour grandir, quoi.
Le texte de Christian Oster est celui qui m'a le moins emballée : un cheval (qui parle), vieux et traînant la patte, désormais sans maître ni cavalier, erre comme une âme en peine et rencontre un escargot. Ils font route ensemble, la bestiole sur la tête afin d'observer le paysage. Un lutin leur offrira un coup de bûche pour faire grossir l'escargot, qui bave de plus en plus, mais la proposition de la fée sera poliment déclinée, et même la promesse faite à la limace n'entravera pas cette jolie connivence qui s'est crée entre le cheval et l'escargot. Non, honnêtement je n'ai pas beaucoup apprécié.
Par contre, j'ai été fort sensible au joli récit de Brigitte Smadja où une jeune adolescente, rêveuse, passe deux semaines de vacances chez sa tante en soupirant d'ennui. Elle rencontrera sur la plage un cheval fou et sa cavalière et sera pleine d'admiration devant ce couple. Elle prendra conscience qu'elle a besoin de changement dans sa vie, elle aime le latin mais n'osait pas l'assumer devant sa bande de copains. A la place, elle suivait le mouvement en mettant le bazar et en se moquant de la prof. Elle en a soupé d'être un mouton, elle veut de nouveau ressentir ce que la rencontre du cheval et sa cavalière a éveillé en elle, et elle y arrivera à force de ténacité et d'indifférence. C'est un texte d'une telle force, laquelle se dégage tranquillement, j'ai beaucoup aimé ce doux paradoxe !
En bref, voilà un recueil à la qualité appréciable mais au plaisir parfois inégal. A la base, je voulais relire un texte de Yann Coridian, et je n'ai pas été déçue.

Neuf de l'Ecole des Loisirs (2011) - 100 pages - 8,00€
illustration de couverture : Sereg

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25/10/10

Quelle mouche nous pique ?

Quelle_mouche_nous_pique__de_Herv__GiraudSont-ce réellement des nouvelles ? Ou ne seraient-ce point des petites histoires mises bout à bout, avec toujours le même narrateur, ses potes Joseph et Eyup, Verboten le prof d'allemand, la grand-mère Fernande, les parties de rire, les vacances à la campagne, les premières boums et le trafic clandestin de DVD olé-olé ? Oui, c'est exactement ça. Un condensé d'adolescence en crise, en panique, en délire. C'est drôle, parfois non. Cela vous met face à des situations qui sentent le vécu, qui rappellent des doux souvenirs, qui ne vous inspirent rien du tout ou qui vous donnent le bourdon ou le sourire aux lèvres.
Au choix, j'ai préféré la deuxième option.
Mais, même si les histoires se suivent, elles donnent un sentiment de liberté, d'impertinence et d'impatience. Besoin de passer le cap, de changer de vitesse ou de faire marche arrière. Avec Visnia, l'immigrée roumaine, qui est sapée comme un as de pîque, qui s'exprime mal en français, qui est gaffeuse, brouillonne, la cible des moqueries, notre garçon se rend compte, bien malgré lui, qu'il est tombé fou amoureux d'elle. Qu'il ne sait pas comment lui avouer, qu'il ne sait pas non plus s'il se sent capable de l'assumer, et si enfin ce n'est pas trop tard pour se faire pardonner ses erreurs. "Il n'y a pas que quand on est triste qu'on pleure."
Cette petite phrase m'a fait penser qu'on n'était pas toujours dans la rigolade, qu'on pouvait s'éclater entre copains à manger des frites et à regarder des versions détournées de Tintin et les oranges bleues, il y avait aussi la vie à côté, la vie qui vous tord le ventre parce que, non nous ne sommes plus des enfants, nous ne sommes pas encore des adultes, nous sommes dans l'entre-deux, et c'est drôlement délicat.
"Je suis un ado. Le genre de bestiole toujours à l'affût derrière une porte, en apnée au fond d'une piscine, en équilibre perché sur le toit du garage, vautré à la fenêtre, flasque et étendu sur son lit la tête pendue dans le vide. Je suis l'animal roi d'une jungle qui pue la chaussette."
L'adolescence dans toute sa superbe ! Beaucoup de vérités et quelques nuances plus tard, on a le sentiment de n'avoir pas trouvé le mode d'emploi non plus, mais on s'y rapproche, car "le pire n'est jamais décevant quand on fait l'effort de s'adapter" ou alors "le temps passé est perdu pour toujours".
Qu'on se le dise !

Quelle mouche nous pique ? - Hervé Giraud
Ed. Thierry Magnier (2010) - 185 pages - 9,80€

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08/06/10

Il ne fait jamais noir en ville

C'est court, mais c'est tellement beau. En 105 pages, Marie-Sabine Roger danse avec les émotions, avec les chutes, avec les messages, avec la petite mélodie qui touche ou qui donne le sourire. D'une histoire à l'autre, ce n'est jamais de tout repos.

On se surprend à trouver cocasse l'aventure de Sylviane, la bonne cruche à qui on fait tout voir au boulot ou dans la vie de tous les jours, et qui enfin va se surprendre à dire crotte, parce qu'il a suffi d'une rencontre pour que tout change chez elle. Et même l'histoire avec monsieur Mesnard, ce voisin inquiétant, secret, silencieux, trop bon pour être honnête, serviable mais étouffant, qui sait ? La narratrice nous fait vivre cette montée d'angoisse, ce climat lourd, qui nous laisse mi-figue, mi-raisin, on ne saurait dire mais on devine le malaise, et à l'instar de la narratrice, on a très envie de se barricader, d'y aller à reculons, de ne plus savoir s'il faut avoir peur ou faire confiance. Flippant, mais savoureux.

il_ne_fait_jamais_noir_en_ville

Néanmoins, tout le monde n'est pas à la fête dans ce recueil composé de dix nouvelles. C'est aussi sensible et très émouvant, le drame d'un père qui se sépare de son enfant, la mort à petits feux d'une femme qui se sent corvéable à merci, l'adieu au père (dans Tout va bien), ohlala, ce texte est d'ailleurs une perle. Il m'a fallu le lire plusieurs fois, l'émotion m'a surprise à chaque fois, j'avais la gorge nouée, je relisais des passages, je me le murmurais à moi-même et j'avais des frissons partout. Ce texte figure très haut parmi mes préférés, avec Sans blessure apparente, un autre instant scotchant, bluffant et brut de décoffrage. 

Comment vit-on sa vie quand la vie n'est plus là ?
L'allée de gravier me semblera plus étroite et mal entretenue. Est-ce que le sac tirera sur l'épaule, est-ce que le ventre fera mal ? Qu'y a-t-il donc, après l'irréparable ? Après la lâcheté, la peur et le déni. La perte refusée mais pourtant consentie.
Et la mutilation, sans blessure apparente.

C'est un livre arc-en-ciel. Il possède le charme des sensations changeantes, il nous surprend, il nous séduit, il nous bouleverse. Je ne m'y attendais pas, j'ai été sur le carreau.  Car souvent, Marie-Sabine Roger ne se contente pas d'être aimable ou serviable. Pas du genre à nous offrir ce qu'on attend. C'est ce qui ressort de la lecture, le sentiment d'un bel accomplissement, d'un certain étourdissement, entre rires et larmes, et un désir de sincérité, sans forcer. C'était beau, c'était bien.

- Ils laissent tout le temps brûler les lumières, ici ? Ils n'éteignent jamais ?
Pascal sourit :
- Eh non, maman ! Il ne fait jamais noir, en ville.
 

Il ne fait jamais noir en ville ~ Marie-Sabine Roger
éditions Thierry Magnier (2010) - 105 pages - 16€

Un très beau recueil qui paraît au moment où le roman de Marie-Sabine Roger, La tête en friche, est adapté à l’écran par Jean Becker avec Gérard Depardieu et Gisèle Casadesus.

ma tête en friche, août 2008

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09/04/10

Les bonnes maisons sont celles qui absorbent les joies, les peines, les disputes, les réconciliations, les souvenirs ...

si_on_rentraitLa maison, lieu de rêverie, de fantasme, de jalousie, refuge, port ou tempête, la maison parle de ses habitants, ce qu'ils sont ou qu'ils aimeraient être. Objet de convoitises, il s'y tisse bien des amours et bien des haines.
Un Noël particulier, une invitée encombrante, un voisin impossible, des héritiers cupides, des propriétaires branchés déco, voici une série de nouvelles nostalgique, féroce, drôle, dont le point commun est d'avoir pour pivot une maison.
Si on rentrait... à la maison, ce recueil évoque, avec humour, des situations bien connues de chacun d'entre nous : héritage, partage, souvenirs d'enfance, secret de famille... (quatrième de couverture)

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de nouvelles et cela me fait toujours plaisir de *tomber* sur un recueil dont la qualité m'enchante du début à la fin.  Ici, place à des histoires courtes, saissantes, drôles ou dramatiques. Place à des histoires où la maison occupe une place importante - une maison familiale, remplie de souvenirs, une maison anonyme ou un gîte de bienvenue. Autour, s'orchestrent des vies avec des personnages qui nous sont proches, qui nous ressemblent. Souvent j'ai été surprise, j'ai éclaté de rire ou j'ai eu la petite boule au ventre (très peu, j'avoue). Le propre de ce recueil est plus de nous séduire, de nous toucher. L'une des plus belles histoires s'intitule Maison de famille. Elle raconte le poids des secrets et du passé, la sensation d'étouffement d'une femme, une allemande mariée à un français. Longtemps elle a fait peu de cas de ses origines, mais un Noël en famille a tout bouleversé, a renvoyé les uns et les autres vers le miroir de la vérité - bonne ou pas bonne à dire. Comment confronter les idées de certains avec la réalité des autres, comment assumer des héritages qui pèsent trois fois le poids d'un homme ? ... De belles idées sont donc suggérées, un beau portrait de femme aussi est mis à jour. Cette nouvelle termine le recueil et c'est un bonheur de tourner la dernière page sur ce sentiment de félicité.

Ceci ne doit pas vous enfermer dans l'illusion que la gravité règne en force dans ces histoires, bien au contraire. On trouve aussi de la légèreté, de l'humour et de la cocasserie. De l'exagération aussi. Toutes les nouvelles ne sont pas égales, j'ai été plus sensible à certaines qu'à d'autres. Mais je garde un beau souvenir de bien-être et de qualité de ce recueil. Un instant partagé avec pudeur et douceur. Pas facile à partager, je le conçois, et j'ai fait du mieux que je pouvais... Ma lecture a été une affaire d'émotions intimes, c'est tellement bon quand ça vous arrive. Cela ne se raconte pas.

Si on rentrait ~ Véronique M. Le Normand
éditions thierry magnier, 2010 - 107 pages - 16€

 

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01/07/09

Périgord noir ~ Louis Sanders

perigord_noirDepuis ma récente lecture du roman de Myriam Chirousse, auréolée d'un enthousiasme démesuré, j'avais très envie de retourner dans le Périgord et, le hasard aidant, j'ai mis la main sur ce minuscule ouvrage de Louis Sanders, disponible dans l'excellente collection dirigée par Mikaël Ollivier. Périgord Noir est un recueil de nouvelles, avec au compteur 6 textes sans fioritures, dénués de tendresse et de gentillesse, de passion et autres élans romanesques. Ce sont donc des histoires périgourdines où s'invitent le crime ou la trahison dans la vie de tous les jours, avec des personnages à la frontière entre le bien et le mal. J'ai notamment aimé la nouvelle intitulée : Au revoir, mes amis. Le narrateur a longtemps passé des vacances chez un couple d'anglais qui a un pied-à-terre en Dordogne. Et brusquement, il ne reçoit plus aucune nouvelle d'eux et sept longues années passent. Lorsque l'occasion lui est offerte de retourner dans la maison de ses amis, le narrateur découvre un lieu abandonné, il rencontre les voisins qui tour à tour lui tendent une nouvelle pièce au puzzle. Et comme souvent dans cet exercice de la nouvelle, la fin tombe comme un couperet et laisse le lecteur cogiter dans son coin. C'est assez excitant d'imaginer ce qu'il va se passer ensuite, ou certains penseront que c'est frustrant. Bien évidemment je n'ai nullement prolongé une quelconque magie périgourdine, car Louis Sanders a pris une direction plus morbide. C'est agréable à lire, comme un en-cas qu'on picore sur le pouce.
A réserver également aux lecteurs adolescents.

Thierry Magnier, 2009 (achevé d'imprimer dans les bois) - 132 pages - 9,50€

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