12/02/09

Le koala tueur et autres histoires du bush - Kenneth Cook

En postface, la traductrice Mireille Vignol déclare : « la brousse australienne se prête à souhait aux aventures invraisemblables : paysages insolites, animaux bizarres, faune humaine excentrique, villes perdues repaires d'indésirables cherchant à se faire oublier, scientifiques de tout poil absorbés dans des études de terrain et une population aborigène subtile régnant en maître sur son environnement. »

41Z_d_hmS_L__SS500_C'est avec un humour décapant que Kenneth Cook nous raconte ses étonnantes expériences, au coeur du bush australien. « L'un des mythes répandus sur l'Australie, c'est qu'elle n'abrite aucune créature dangereuse, hormis les crocodiles, les serpents et les araignées. C'est faux. » On découvre très vite, avec stupeur, le chameau à l'haleine de chacal, le koala tueur, le chat qui se croyait un chien de garde, le cochon furibond et j'en passe, devenus les acteurs bien malgré eux de situations sordides mais comiques. Parfois les rencontres animales vous glacent le sang, comme lorsque le narrateur se trouve nez à nez avec un énorme crocodile, un mâle reproducteur en pleine période des amours. Une autre histoire de crocodile prouve qu'il faut se méfier de ses bêtes, protégées sans doute, mais leur cuir est convoité par des chasseurs sans état d'âme ! Gare à la chasse (dans tous les sens!). Autre situation inconfortable : être au centre d'un vivarium et tenter de sortir votre ami, assommé par deux bouteilles de whisky. Il n'est pas bon non plus de croiser la paire chameau-aborigène, c'est un cocktail mortel. L'un vous kidnappe et vous paume en plein désert, tandis que le suivant vous propose son secours contre une forte somme d'argent.

Et ce sont ainsi quinze histoires désopilantes, parfois un peu teintées d'humour noir, qui composent ce recueil. Le résultat est surprenant, la lecture agréable. Kenneth Cook parvient, grâce à son esprit gaillard, à mêler l'autodérision, la loufoquerie et la tension dramatique dans le même panier. Il n'hésite pas à se mettre en scène, tel un journaliste naïf et trouillard, un écrivain sédentaire qui souffre d'un léger embonpoint, dans ces récits qu'il prétend être basés sur des faits réels. Son exploration du bush australien est une suite d'aventures saugrenues, tantôt palpitantes ou au contraire mortifiantes, mais Cook, dans l'ensemble, ne se départ pas de sa bonne humeur et prouve ainsi que le ridicule ne tue pas ! Tant mieux. En plus d'être dépaysante, cette lecture distraie et donne le sourire. A tester.

Autrement, 2009 - 155 pages - 15€
traduit de l'anglais (Australie) par Mireille Vignol

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03/11/08

Noir américain - Armand Cabasson

Aux jeunes lecteurs, amateurs de la société américaine vue à travers les feuilletons et autres films, voici un recueil qui prolongera ce goût prononcé pour une culture où la violence trop souvent gratuite s'étale dans un quotidien sans peur ni reproche. En bref, c'est cru, c'est violent, c'est noir. Sans appel, et pourtant fascinant.

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Dix nouvelles composent ce recueil d'Armand Cabasson, dont j'avais déjà lu (dans cette même collection) Par l'épée et le sabre l'an dernier. Dans Noir Américain, on croise d'abord une petite fille et son monstre Grapp qui se met en colère contre l'homme qui partage la vie de sa maman, parce que c'en est assez que cet individu soit méchant avec Jenny et qu'il est temps de le supprimer...
Un employé pas du tout modèle est las d'être harcelé par son supérieur par la faute de son manque de zèle. Ses chiffres de vente dans son secteur de l'automobile sont lamentables et n'atteignent pas le quota exigé. Il sent qu'il plonge dans le grand vide, quand un soir dans une station-service il est otage malgré lui d'un braquage. Un brusque instinct s'éveille en lui mais réveille d'autres démons...
Sur une route qui mène à Los Angeles, en pleine nuit, Will est au volant de son break et roule comme un abruti. Il allume la radio et entend la voix de Michka - éraillée, bizarrement à la fois sûre d'elle et légèrement teintée de fragilité. Il est fasciné par ses discours, il est incapable de changer de station et les heures défilent. Le but de son voyage est précis, particulier. Vengeur. Et peut-être une voix nocturne lui fera chasser ses démons qui le rongent depuis sept ans...
Louis est un monstre, dans le sens où il a été victime d'un grave accident de voiture quand il était enfant et en a gardé des séquelles au visage. Mal-voyant, il vit dans la solitude et noue très peu de contact avec l'extérieur, jusqu'à sa rencontre avec Shelley, la très belle et envoûtante Shelley. Elle s'invite chez lui, le séduit et se révèle machiavélique. Mais qui a dit que tel est pris qui croyait prendre ? ...
Le shérif d'une petite bourgade a toujours rêvé devenir agent du FBI. A la place, il n'est qu'un sous-fifre dans une petite ville de l'Amérique profonde. Quand un crime crapuleux est commis dans sa circonscription, le type saute à pieds joints pour accueillir la grosse artillerie qui arrive avec tambour et trompettes, la presse à ses trousses, vraiment le genre super-star-aux-lunettes-noires. Or, notre homme tombe de haut lorsque l'agent du FBI le traite avec mépris. Il serait temps de remettre les pendules à l'heure et de couper l'herbe sous le pied de ce supposé Superman...

Et d'autres histoires suivent et ne se ressemblent pas. On a souvent l'impression de voir un bout de scène tiré d'un feuilleton ou d'une série tv policière. Il y a des crimes et des enquêtes, des flics au bout du rouleau ou à la logique implacable, mais aussi des portraits de tueurs à la recherche de la rédemption. On croise aussi des démons et des revenants, mais sans que cela prête à confusion (on ne franchit jamais les frontières au-delà du réel, Scully et Mulder restent dans le petit écran).
C'est peut-être rasoir de penser ainsi, mais j'ai eu le sentiment tenace de lire dans ses nouvelles un condensé de tout ce qu'on nous abreuve à la télévision pour nous présenter la société américaine. On passe du thriller au polar psychologique, on évoque la violence et la justice toute-puissante. Alors oui le rêve tourne au cauchemar, on peut être Monsieur Tout-le-monde et devenir demain criminel. C'est tout et c'est assez tragique, mais le rendu de ce recueil est brillant, d'un beau noir nacré qui vous éblouit presque.
A tenter ! Pour grands ados et adultes.

Ed. Thierry Magnier, octobre 2008 - 173 pages - 9,50€

A ce propos, voici un programme à vous conseiller : "Rachid au Texas"

 


Bande Annonce Rachid au Texas (France 4)

 

C'est un road-movie dans lequel Rachid Djaïdani traverse le Texas à mobylette, la tête pleine de clichés (alimentés par la télévision, principalement !). C'est vraiment très drôle !

 

26/10/08

Toute la nuit devant nous - Marcus Malte

 

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61skVFxMBEL__SS500_Par inattention, je n'avais pas remarqué qu'il s'agissait d'un recueil de nouvelles. Donc, lorsque j'ai ouvert les premières pages, totalement emballée par ce que je lisais, je n'avais pas imaginé un seul instant qu'on allait brutalement couper mon élan ! Couic. Il a fallu que je reprenne mes clics et mes clacs et bouge mes fesses de mon fauteuil où j'étais confortablement installée, car il était temps d'aller voir ailleurs.

Autant dire que j'ai été carrément frustrée ! Et un peu dépitée vis-à-vis de moi-même. J'aimais bien cette étrange histoire dans laquelle le narrateur se reportait à une sinistre expérience du temps de ses 11 ans. Il avait été envoyé dans un camp de vacances, avait fait connaissance avec le très énigmatique François et avait pu lui rendre grâce de le tirer de situations douteuses et douloureuses. Mais justement, la façon dont procédait François restait un gros point d'interrogation. Il n'en imposait pas, il était silencieux mais il avait un regard ou posait juste la main sur votre épaule et cela valait toutes les bastons du monde ! C'était vraiment très étrange... le tout dans un cadre fantastique et surréaliste d'un vieux château peuplé de courants d'air et de fantômes !!!

C'était vraiment très bien, j'étais partie pour une petite centaine de pages à ce rythme et mangée à cette sauce, il n'en fut rien ! D'un seul coup, je découvre quatre adolescents qui se sont rebaptisés de noms de fleurs et sont déterminés à lutter contre cette terre irradiée. Résister, foncer, ne pas renoncer... je n'ai pas été totalement convaincue.

Mais j'ai complètement abdiqué avec l'histoire du père à Francis (du foot, des jeunes, la ville de Marseille et un peu de Zidane, forcément...). Je n'étais plus dans le coup, j'étais déçue. Je n'ai pas encore lu Garden of Love de Marcus Malte (je n'y renonce pas) mais j'ai déjà apprécié cette première rencontre. L'auteur montre ici qu'il varie les styles et brasse divers genres, pas du tout enfermé dans un créneau. C'est appréciable... Et lisez donc Le fils de l'étoile, qui vaut son pesant de cacahouètes ! 

Zulma, Octobre 2008 - 126 pages - 15€

15/07/08

(lectures de vacances - 3)

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Qu'est-ce que j'ai été déçue par ce livre ! Au menu, on trouve sept nouvelles, aussitôt précisées comme étant caustiques, féroces et intraitables avec le dogme de l'apparence, le féminisme et le poids de la société qui influence l'estime de soi. Et franchement je n'y crois pas aux critiques, "On se tient les côtes. Ces femmes sont drôles, tordues, actuelles." (Madame Figaro) "A lire pour se réconcilier avec sa cellulite." (Biba)... Ah bon ? Autant le dire de suite : non je n'ai pas ri. J'ai plutôt senti combien ces histoires étaient tristes, sans appel et pitoyables pour les êtres mis en scène.

Au choix : dans une société du futur, dirigée par le bistouri, le Botox et la silicone, les hommes pleurent d'être de plus en plus privés du moelleux de la femme ; aux élections présidentielles, une femme a décroché le poste suprême et décide d'ouvrir des maisons closes pour femmes respectables ; une épouse devient l'objet sexuel mis au centre des contrats à négocier par son mari et son patron ; un anniversaire de mariage met à plat les coucheries des uns et des autres ; une femme au foyer a choisi de briser l'habitude en couchant à droite et à gauche avec le postier, le boulanger, le boucher etc.

Je suis passée totalement à côté. Je n'ai pas souri un instant, je me suis pratiquement ennuyée. J'ai trouvé les portraits de ces femmes pas loin d'être pathétiques, mais surtout ça m'a fichu un voile glacial sur tout le corps. Plus je lisais les nouvelles et plus je m'enfonçais dans une énorme tristesse. La vision du couple, par exemple, est terriblement amère, désespérante. Non désolée, ça ne prend pas avec moi...

Eloge de la cellulite et autres disgrâces - Dominique Dyens

Editions Héloïse d'Ormesson, 2006 - Livre de poche, 2008. 180 pages.

... sur un conseil de Laure ;o)

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Celui-ci est un roman, mais il est constitué de dix courtes histoires pré-publiées dans des magazines sous forme de nouvelles. Le tout assemblé se lit d'une traite, se cogne, se fait signe et se répète... c'est la règle. Mais ce n'est jamais redondant, au contraire. On souligne combien la mort du père, par exemple, a morcelé la vie des deux garçons, dont le narrateur, le cadet. Il y a eu un avant, et il y aura ensuite l'après, les restes, la vie qui tente de continuer...

Au centre, demeure cette figure céleste et sublime de la mère. Son nom, Maria Dolorosa. En espagnol, cela signifie la Mère des Chagrins. Coquette, féminine, la touche de Shalimar dans les airs, rêveuse, pointilleuse et secrète, cette femme est l'image même de la fascination pour le jeune garçon. Avec son nouveau copain du quartier, Denny, le fiston aimait se faufiler dans les placards de la mère et se pavaner avec ses toilettes. A onze ans, avec le décès brutal du père, le garçon reçoit une gifle cinglante quand ses cachotteries sont mises à jour... Tu seras un homme, mon fils. C'est la phrase qu'on peut lire entre les lignes, jamais noir sur blanc. La mère pressent, tremble et pourtant elle refuse de l'admettre. Promets de ne jamais devenir homosexuel, lui souffle-t-elle lorsqu'elle le surprend en train d'écouter des disques de Piaf.

Les derniers chapitres du livre concernent de loin en loin les souvenirs d'enfance, ciblent les deux fils devenus adultes. Davis va connaître une morte violente et prématurée, la mère va vieillir en perdant la tête et le narrateur, au centre, cherche à assumer son identité sexuelle, malgré les réminiscences d'une enfance encadrée de reproches, de non-dits et d'évidences tues :  "Je savais déjà , je suppose, que j'étais le fils de ma mère, tout comme Davis était le fils de notre père." Une nostalgie sourde résonne, un arrière goût de chagrin mêlé à un sentiment d'observation. Le narrateur partage avec le lecteur son portrait de famille et la peinture d'une époque (l'Amérique des années 50) avec tendresse et mélancolie. C'est joli, mais la fin est désolante et a gâché mon plaisir...

La mère des chagrins - Richard McCann

Editions des Deux Terres, septembre 2006 pour la traduction française / Points, 2008

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Damour

Les avis de Lily & Cathulu

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Et si l'amour n'était qu'un rêve ? La question est posée, elle nourrit sept textes assez courts et dont l'autre point commun est de mettre en scène des personnages féminins. Elles se prénomment Harriet, Anna, Madame, Ellie Pearl et Rupe Pearle. Elles n'ont pas le même âge, ne sont pas issues du même rang social mais elles attendent toutes l'amour. Ce n'est pas un sentiment qui les sauve, parfois cela les plonge dans un profond désarroi, mais cela procure quelques pages de divertissement pour le lecteur impassible que nous sommes (ou que je suis, tout simplement).

Car hélas, ces sept histoires sont trop vites lues. C'est bien la première fois que je m'entends me plaindre d'un livre trop court ! En fait, ce qui frustre ici, c'est que j'ai l'impression qu'on a raclé les fonds de tiroir. Ce sont les derniers récits, inédits, de Kressmann Taylor. Je me rappelle avoir lu et beaucoup apprécié Ainsi mentent les hommes, son précédent recueil, sauf que les nouvelles me paraissaient plus consistantes. Ou peut-être aurait-il été plus judicieux de compiler les textes dans un seul ensemble.

Bref, je retiens de ce maigre butin une très bonne impression avec Ellie Pearle. Cette jeune fille a grandi dans les montagnes, un milieu rudimentaire et difficile pour les conditions féminines. Par le soutien de sa mère, elle est partie en ville suivre des leçons de dactylo, gagner son propre argent et s'élever coquettement. De retour chez les siens, pour une semaine de vacances, Ellie Pearle retrouve son ancien petit copain Tige Tagard, le fermier rustre par excellence, et voit là un conflit d'attirance - sa vie rêvée en ville ou ses amours passionnelles dans les montagnes. Personnellement, je pense que ce texte aurait pu nourrir un début de roman plutôt appétissant... Dommage.

Ainsi rêvent les femmes - Kressmann Taylor

Editions Autrement, 2006 pour la présente édition /  Livre de Poche, 2008

Nouvelles traduites de l'anglais (Etats-Unis) par Laurent Bury

Lu par Lilly (très enthousiaste) ; Laurence (déçue, comme moi)

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24/02/08

Les croissants du dimanche - Annie Saumont

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Impossible de décrire ce qu'est le style d'Annie Saumont, ce qu'une lecture de ses nouvelles procure, et c'est à chaque fois la même rengaine. Ici, se passent 19 textes qui ont été écrits à Wellington en Nouvelle-Zélande, mais qui ne laissent pas nécessairement transpirer cette influence.
On y retrouve ce ton saccadé, cette énergie du désespoir, ces histoires courtes où en trois pages tout est déjà dit, pas un mot de plus. D'emblée le baton du théâtre peut retentir, la cloche peut sonner trois fois, le souffle est retenu. C'est ce qu'on attend d'Annie Saumont, la petite phrase qui ripe, et le grand fracas qui suit.
Plusieurs textes vous laisseront pantois, tant par la tenue que la mise en scène. La sentence est claire et sans appel : adjugé, vendu !

Ce qu'en dit l'éditeur ... 

Trois pages suffisent à raconter une histoire. Annie Saumont, virtuose de La nouvelle. Le prouve à chaque nouveau recueil. Les dix-neuf brefs récits qui composent Les Croissants du dimanche décrivent avec une justesse implacable ces infimes moments où toute une vie peut chavirer. D'une concision percutante, maîtrisant parfaitement l'art de L'ellipse et de La chute, Annie Saumont sait mieux que personne rendre hommage à ces personnages anonymes, coeurs solitaires, assassins ou enfants battus, victimes d'une société en phase de déshumanisation avancée, et qui puisent encore au tréfonds d'eux-mêmes une irréductible rage de vivre.

Julliard - 184 pages - 16 €

Autre actualité : Gammes (Ed. Joelle Losfeld)

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15/02/08

Gammes - Annie Saumont

gammesVous prendrez bien un petit en-cas, servi par la grande spécialiste de la nouvelle, la bien nommée Annie Saumont ? Dans ce fin bouquin, à la couverture vert prairie, se cachent trois petites histoires mettant en scène les enfants et l'enfance. Vaste territoire !
Mais le plat est fameux. Goûtez donc !
La première nouvelle raconte les souvenirs de vacances d'été d'un garçon, chez sa grand-mère, dans une ferme à la campagne. Entre deux bouchées pour vider l'assiette, celle-ci a décidé de lui raconter l'histoire de la Genêse.
La deuxième est la correspondance désespérée d'un gamin, coincé dans une colonie, où il est le souffre-douleur. Il se plaint auprès de sa mère, qui fait la sourde oreille, alors il invente des guerres incroyables pour sa petite copine.
Et enfin, 'Gammes' est une histoire à trois, Charles, Julien et Claire. Ce sont trois meilleurs amis, penchés sur leurs souvenirs et une photo, ils s'aiment et ne se quittent pas.
Rien n'est jamais anodin chez Annie Saumont. Sa façon de raconter une histoire est unique. Vous en sortez toujours avec un certain ravissement. Et comme il est écrit, dans le livre : Le firmament est fait.
Un poil trop court, cependant. Dommage.

Editions Joelle Losfeld - Coll. Arcanes - 73 courtes pages. 6.90 €

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02/12/07

Faut-il croire les mimes sur parole ? - Céline Robinet

faut_il_croireJe crois avoir beaucoup trop attendu du deuxième livre de Céline Robinet ! J'avais été particulièrement scotchée par son recueil « Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur... », abasourdie par son humour macabre et salace, ses descriptions à faire frémir les ligues de bienséance. Sincèrement je m'attendais à retrouver cette effronterie. Mais non.
C'est honnêtement bien chamboulé dans la cervelle de cette demoiselle, ça pédale à vive allure, ça donne un (faux) aperçu de nouvelles bien lisses et proprettes, et puis zou ! la fin vous en bouche un coin. Pas vu, pas pris... hop, prends-toi ça dans les loupes.
Même pas mal.

Le problème, si l'on vient à « Faut-il croire les mimes sur parole ? » sur la bonne foi d'avoir accroché au précédent recueil, c'est qu'on s'attend à lire la même chose, ou à peu près. Ici, c'est très justement de l'à peu près, très approximativement. Résultat : je suis déçue !
Mais j'aime bien Céline Robinet et son esprit vif, inventif, qui ne brode pas de la dentelle. C'est foncièrement dérangeant, donc attirant. Elle est capable de vous raconter des histoires, puis elle appuie vicieusement sur le détail qui fait mal, qui gratte, et qui perturbe.

Il y a plusieurs histoires qui attirent l'attention, celle d'une fillette coincée entre un père dentiste et une mère psychiatre. Pour attirer l'attention du père rendu muet comme une tombe, à force d'être abruti pour son boulot, l'enfant a choisi de se gaver de sucreries pour avoir des caries ... et finir chez le dentiste. Ce qui est ballot, c'est la chute !
C'est la même impression laissée par l'aventure d'une jeune femme qui fait les vendanges, elle ne boit pas une goutte d'alcool, elle est dans son coin, n'ingurgite que du bio, et puis elle cède aux appels des sirènes, et là ... rire gras, rauque et jaune qui se coince dans la gorge ! Je ne vous en dis pas plus.

En fait, on ne peut pas dire qu'on se bidonne à fond en lisant ces nouvelles. C'est même parfois tout le contraire. Quand on commence l'aventure burlesque d'un couple qui s'est vu offrir un voyage en Afrique pour leurs noces d'argent, on suit une étrange progression qui dépeint toute la vicissitude du tourisme à l'étranger, allant jusqu'à l'immigration clandestine. Il y a plusieurs histoires qui, comme ça, laissent entendre un discours sérieux sur les problèmes actuels, forçant à titiller et brusquer la torpeur du lecteur.
En gros, ça ronronne pas mal en surface, reconnaissons-le, ce deuxième livre est moins détonnant que le précédent. Par contre, il bouscule davantage, il fouille plus profondément et il montre que Céline Robinet est autre chose qu'une auteur trash et mal barrée. On aime, on n'aime pas.

Au diable vauvert - 237 pages - 17,50 €

A été lu par Cathulu aussi !

  • Mon avis sur  « Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur... (mais prévenez les autres !) »  est ici !

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16/11/07

Faites du bruit pour Kiki !

C'est un mélange de bonheur, gratitude, frustration et peur panique qui se mêle à vos émotions lorsque vous recevez une petite demande gentillette de l'irrésistible Kiki qu'on ne présente plus ...

Une Kiki redoutable et qui sait soudoyer non pas la lectrice mais la fille avec des étoiles dans les yeux, celle qui se pâme devant les sans-façons d'une certaine actrice aux initiales doubles ...

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I wanna be loved by you, semble me sussurer son livre ... Car oui notre délicieuse Kiki vient de publier son deuxième livre, un livre en quête de lecteur(s), me glisse-t-elle sans rougir. Alors moi, oui moi qui suis un être doué d'une grande gentillesse et d'une compréhension sans bornes (oui, c'est la fête des fleurs !), je ne sais pas résister, je ne me vois pas refuser une demande si sympathique de la non moins facétieuse Kiki ! ...

C'est l'une des principales caractéristiques de Christine Spadaccini, pour la présenter plus sérieusement. D'emblée, la dame qui s'est faufilée entre les commentaires de ce blog, sous le pseudo de Kiki, a su gagner mon coeur et mon affection car elle me paraissait toujours espiègle, virtuose et toujours avec le mot pour rire ou pour adoucir un moral en berne... C'est bien son truc, d'avoir toujours sous le coude le mot adéquat, qui fait mouche et qui touche. Comment elle fait ?

Cette chère Kiki a donc son petit monde, son univers tout aussi rose (les murs peints aussi joliment que chez moi, ça compte !!!) et que vous pouvez (re)découvrir à cette adresse : http://christinespadaccini.hautetfort.com/

Chez elle, j'ai toujours l'impression d'être dans une ruche où ça grouille de belle énergie, d'échanges vivants et de jolis clins d'oeil d'amitié. La reine Kiki a une conception de l'écriture qui est juste et étonnante, une dévotion pour les écritures qui crient leur amour des mots mais, décomplexés, savent en jouer, à la fois les sublimer et les malmener, comme autant de célébrations païennes à un éternel poétique...

Forte d'une telle déclamation, je me doutais que lire son livre allait avoir un effet dévastateur, et j'en ai pris plein mon grade ! C'est pas malin... Cette Kiki m'apprend ainsi qu'elle sait faire mal, qu'elle sait bouleverser et envoyer un uppercut rien qu'avec des mots ! Ah, c'est vraiment pas malin ! (bis) ... Et je me sens comme une quiche parce que je n'arrive pas à évoquer ce livre dans son fond, à fouiller ce qu'il vous propose et à vous donner une lueur d'envie (dites ... ça vous émoustille, n'empêche ?). Parce que c'est un livre qui parle d'un tas de choses, et qui vous embrouille parce que, justement, les pistes deviennent vite nombreuses et embrouillées. C'est fait exprès, cela va sans dire ! ...

On dit de ce livre ... Entre le début et la fin, il y a ce fil tendu : le fil de la vie. On fait ses premiers pas, funambule timide, une ombrelle fragile entre les mains, faite de rêves et d'espoirs. Mais l'exercice est périlleux. Souvent, on hésite, on tremble, on flanche, on bascule, on se rattrape in extremis. Et on tombe aussi. Parfois il y a un filet. D'autres fois non. Chaque pas compte. Chaque pas est le premier. Chaque pas peut être le mauvais. On croit savoir. On avance. On ne sait rien. On avance. Sur le fil, toujours. De l'horizon, en rêvant. Du rasoir, en se coupant. De l'histoire, en survivant. Les protagonistes des treize récits rassemblés dans ce recueil tentent de garder l'équilibre sur ce fil cassant. Ils se croisent, s'aiment, s'ignorent, se cherchent, se percutent, se blessent, se frôlent, s'interrogent. Tombent. Se relèvent, une fois, deux fois, dix fois, ou pas, artistes fragiles du quotidien qui se cherchent un but, un horizon, une réponse, une raison... Existe en ciel.

existe_en_ciel

Moi qui ne suis ni une funambule et qui souffre atrocement du vertige, je n'avais qu'une issue en me plongeant dans ce livre : c'était d'avoir le tournis. J'ai eu beau avoir le ricanement bête et le grincement facile à l'évocation d'amours salopées, de murs bleus et de k-way nommé désir, de lire le blog de Carmina Burinée et d'en tirer un sadisme épouvantable ( ... ), je pense toutefois que rien n'aura plus d'impact que la lecture du rat de Laura et que son sujet du désir d'enfant aura raison de moi ! Entre les barquettes Lu et Axel Bauer, non merci ... j'ai le coeur au bord des lèvres. Quelle histoire ! Mazette, ça vous chamboule plus que de raison !!!

La Kiki a l'esprit retors et jouissif à vous tirer les vers du nez, non ce n'est pas ça ! en fait, elle est simplement heureuse de vous attirer jusqu'à elle et de vous faire mariner dans son jus. C'est un succès pour elle, un bonheur inavouable ... mais pourtant un crime reconnu !  ;o)

« Vous me lisez, je vous dépouille, ouille, couinez pas, ce ne sont que quelques instants, vous-même faites ça tout le temps avec les autres, allez t'as bien cinq minutes ! Non ? Oui, c'est vrai, le principe est terroriste et vous, mes victimes, innocentes. Allons donc, on est tous des bouffeurs de temps, du berceau au déambulateur. Des voraces. Mais y'en a des plus rapaces. Et des plus ingrats. Je prends la monnaie de ma pièce, c'est tout. Mon piège fonctionne à merveille même si y'a des trucs que je ne peux pas trop maîtriser dans cette technique à la pointe du crayon... Je sais quand j'amorce mon engin de guerre, une petite histoire avec de bons sentiments leurres pour vous appâter, Viva Za-pâte à papier, c'est ma tactique. Par contre, j'ignore quand vous allez mettre le pied sur la mine et vous perdre dans mes pirou-lettres de graphite. Ça peut durer très longtemps, c'est de l'éditeur ensuite que dépendent lesdites heures qui s'écouleront entre le moment où j'aurais pleuré ces lignes et celui où je viendrai éponger le temps que vous passerez à les lire pour ma petite cagnotte...De l'éditeur qui a un coup de coeur et vous met une couverture toute belle toute chaude sur le dos pour aller affronter ce monde glacial dans lequel on se retrouve catapulté, marché du livre (...). On est nombreux sur les rangs des étagères à vouloir sortir du néant et à concourir pour votre temps, votre argent, ce qui, paraît-il, revient au même. Bref, mettons que j'arrive enfin à vous, mon livre entre vos mains, vous ouvrez, vous lisez, j'encaisse ! Cash à la lecture et parfois même un petit paiement différé pour les pensées que vous accorderez à mon histoire, plus tard, si elle était bien ficelée... Ne soyez pas trop triste, vous n'avez pas tout perdu puisque, en échange, je vous file un bonus, la recette de ma grand-mère. Elle aussi prenait le temps. De s'occuper des autres. Et ça, vous verrez, ce n'est pas de la tarte... »

Existe en ciel, par Christine Spadaccini - Editions MiC_MaC - 170 pages.  16,50 €

Dans ma grande mansuétude, j'envoie ce livre à la première personne qui le demande ! !  :))

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06/11/07

Court, noir, sans sucre - Emmanuelle Urien

court_noir_sans_sucre_2Ce n'était pas une surprise pour moi, lire Emmanuelle Urien après avoir déjà découvert son récent livre "La collecte des monstres" était une continuité depuis ma grande satisfaction de son univers noir, cynique et tout de même délicieux (pour ne pas dire, jouissif) !

Sa signature est de parvenir à lâcher le coup de guillotine en fin de nouvelle, même si généralement la chute est sans surprise et attendue. Cela reste étonnament scotchant, époustouflant et cela vous tire des hoquets d'angoisse et d'horreur. Bah oui ! la demoiselle ne fait pas la fine bouche, elle vous triture votre conscience et votre âme en paix sans vergogne. Avec ses petites histoires qui ne font de mal à personne, en toute apparence, l'auteur parvient insidieusement à créer le doute, à révéler la laideur mais sans jamais soulever des bouffées d'aversion.

C'est vicieux, distillé en 13 nouvelles plutôt courtes. C'est tranchant, indécrottablement noir et vraiment sans sucre ! Le petit goût d'amertume qui se glisse hors des lignes de ce livre est imperceptible, piquant mais indolore ! Serait-ce alors de l'insensibilité, du sadisme et l'attirance vers l'innommable ? Oh non, c'est juste la reconnaissance d'un talent hors pair, d'une griffe nette et assassine. C'est un mélange d'humour grinçant, de cynisme et de cruauté bien placée. Cela peut déranger, mais ce serait bien dommage de se passer de cette touche qui ne fait pas dans la dentelle !

Commencez donc par ce livre, "Court, noir, sans sucre", avant de vous jeter sur "La collecte des monstres" (qui reste, pour moi, meilleur et plus vif que celui-ci !). C'est dire le potentiel de la jeune demoiselle ! ... A suivre.

court_noir_sans_sucreL'être minuscule, 118 pages.  11 €

www.letreminuscule.com

Prix de la Nouvelle du Scribe

Place aux Nouvelles - Lauzerte 2006

www.emmanuelle-urien.org

Ceci est un livre-voyageur ... Pour vous inscrire, sonnez la cloche chez Fashion Victim !

D'autres lectures (Flo, Jo Ann, Cathulu)

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10/09/07

Ils s'en allaient faire des enfants ailleurs ~ Marie Ange Guillaume

La narratrice a une façon bien à elle de décrire la débandade des hommes de sa vie : "ils s'en allaient faire des enfants ailleurs". Ainsi soit-il ! Depuis sa petite enfance, cette jeune femme avoue un appétit d'ogresse pour les amourettes, cela lui a pris très jeune, pendant l'été, à la colo. Et son parcours n'a jamais cessé d'être parsemé de rencontres, d'envies d'y croire, de culbutades d'un soir, de tromperies et autres illusions sentimentales. Les hommes, c'est simple, n'ont jamais cessé d'être cette engeance indispensable dans son existence ordinaire, mais fuyante, lâche et fielleuse. "Les hommes avaient l'air vivants, forts, taillés dans une matière crédible (...) Ils m'aimaient à leur manière, ils en avaient les larmes aux yeux, mais ils ne pouvaient rien pour moi". Déjà la figure du père est égratignée, quel est-il cet homme qui part un matin avec la boulangère, en laissant ses livres et ses Mozart ?... Tous les mêmes, finalement.

En bref, le tableau de chasse de cette croqueuse d'hommes est impressionnant. Le livre est un court condensé de ses expériences en 110 pages, sur des chapitres filiformes et elliptiques. Cette boulimie d'aventures donne le tournis, mais c'est la conclusion de cette série qui fournit une tentative d'explication et clame l'indulgence. Cette jeune femme, donc, est une victime, une forcenée de l'amour, ni plus ni moins naïve : "je regarde cette agitée, cette affamée, avec toute l'affection qu'elle mérite. Elle m'amuse. Et c'est un peu grâce à elle, si je suis heureuse. Elle m'a fabriqué des souvenirs. Vu de loin, tout en vrac, il n'y a pas que du grandiose, mais l'essentiel y est, entre les lignes, entre les nuits : un bruit sourd, fragile et obstiné, comme un battement de coeur dans ta poitrine". Drôle et cocasse, ludique et coquine, cette narratrice a finalement su s'en tirer par une belle révérence. Et puis, si l'on revient à la dédicace du roman, elle l'a trouvé son amour : l'homme de la page 70 !

septembre 2006

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