04/04/19

L'Héritage des espions, de John Le Carré

L'Héritage des espions audiolibDans la continuité de L'espion qui venait du froid : un roman d'espionnage du temps de la guerre froide, dans l'Allemagne de l'Est. 

Un ancien agent à la retraite est convoqué au siège des services du renseignement pour éclaircir la mort suspecte de ses collègues survenue dans les années 60. Leurs enfants réclament aujourd'hui réparation. La couronne britannique ne veut pas de vagues. Peter Guillam comprend que son mentor (George Smiley) est leur cible privilégiée, mais n'en demeure pas moins loyal et mutique. Peu coopératif, notre homme se retrouve pourtant forcé de replonger dans son passé en compulsant de vieux dossiers et en répondant à de longs interrogatoires. Renaît aussitôt une époque houleuse où tous jouaient des rôles pas toujours glorieux, sans le moindre remords. Des agents étaient sacrifiés pour le bien du pays et on effaçait l'ardoise ni vu ni connu. Qui est le plus coupable parmi tous ? Songeant tour à tour à sa retraite en Bretagne, à la femme qui l'attend dans leur ferme isolée, à celle qui a cru être aimée sans retour, Peter est nostalgique de sa jeunesse et du devoir accompli. Mais il défend tout ça en son âme et conscience, tenant tête à des juristes qui voient en lui le parfait bouc émissaire.

Après moult soupirs, je sors déconcertée par cette lecture. Sensation d'avoir loupé un truc. J'ai aimé le cadre du roman d'espionnage, même si l'histoire m'a semblé mollassonne. L'ambiance est classique, la documentation fournie, les descriptions sont pointues, passé et présent s'entremêlent judicieusement, seuls les personnages paraissent distants et creux. Je ne doute pas de la valeur du roman, pris à part de la série, le rendez-vous me laisse songeuse. Le livre audio a néanmoins été écouté non sans déplaisir : Vincent Schmitt est un interprète fiable et convaincant, dont la voix dramatique se prête efficacement à l'atmosphère sombre et mélancolique de Le Carré.

©2018 Éditions du Seuil. Traduit par Isabelle Perrin (P)2018 Audiolib

Repris en format poche : POINTS (2019)

L'Héritage des espions Poche

 

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02/04/19

Nuit, de Bernard Minier

nuit bernard minierPour les besoins d'une enquête criminelle, la police norvégienne débarque sur une plateforme pétrolière en pleine mer du nord et saisit une série de photos reliant Martin Servaz, policier français, Julian Hirtmann, criminel retors, et un môme répondant au nom de Gustav. L'inspectrice Kirsten Nigaard se rend en France pour rencontrer son homologue sans se douter que Servaz sort tout juste d'un coma (blessure en plein cœur suite à une intervention). De cette expérience de mort imminente, Martin a conservé une grande fragilité et une tendance à avoir des passages à vide. Ses collègues sont inquiets mais Servaz n'en fait qu'à sa tête et part aux trousses de son plus vieux cauchemar, en compagnie de cette beauté froide qui le laisse peu indifférent.

Pour n'avoir lu que Glacé, sans grande conviction, j'ai donc eu le sentiment de me réconcilier avec cet auteur car j'ai vraiment beaucoup, beaucoup aimé son roman. Morcelée en plusieurs parties, l'histoire répond finalement à une construction très subtile et captivante. Chaque détail compte, ce dont j'étais loin de me douter. Au début, j'étais assez perplexe de passer du coq à l'âne (on passe de l'épisode norvégien à une arrestation musclée avec un violeur en série, Servaz est cloué sur un lit d'hôpital et discute longuement avec son médecin). Très souvent, l'intrigue se nourrit de tours et détours qui peuvent nous ébranler car on ne voit pas venir la logique derrière tout ça. Et puis... et puis... tous ces morceaux épars vont se recouper et conduire au dénouement que l'on sait. En bref, c'est une lecture habile car très prenante. Elle est parfois prévisible, parfois non. J'ai bien aimé ce petit jeu de dupes (par contre, pas très fan des envolées érotiques). Je n'ai clairement pas vu le temps passer : presque 16 heures d'écoute en apnée. Hugues Martel est, par ailleurs, un lecteur formidable ! Opération séduction réussie pour ce livre audio - je signe déjà pour le suivant (Sœurs). 

 

©2017 Audiolib / XO Éditions, Paris (P)2017 Audiolib

 

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01/04/19

L'Archipel, Tome 2 : Longitude, de Bertrand Puard

L'Archipel LongitudeFait immédiatement suite à Latitude qui introduisait un jeune orphelin de seize ans, Yann, envoyé en prison pour sa ressemblance avec Sacha, fils d'un riche homme d'affaires crapuleuses. En fait, tout faisait partie d'un plan habilement orchestré et qui a fini par exploser pour aboutir à une improbable alliance.
Deuxième étape du plan : localiser un homme introuvable. Anton Pavlovitch dispose de nombreuses cartes dans sa manche, comme un réseau d'îles privées, mais son ancien associé est également déterminé à ne rien lâcher pour retrouver sa fille. Ça rivalise donc en jets privés, piratages de comptes et autres opérations commando pour mettre l'adversaire k-o.
Course infernale et enquête menée à un train d'enfer : le roman est d'une efficacité déjà éprouvée. L'histoire nous régale en rebondissements qui rendent la lecture imprévisible et bluffante. J'ai certes vu venir la fin mais ça me réjouit pour la suite - cf. Altitude - que je vais bouquiner dans la foulée.
Cette série mêle action, famille, émotion, suspense, trahison, vengeance et espionnage... En plus, ça se lit vite et bien. Et c'est vraiment très bon. On flingue sans état d'âme. On scelle des pactes et on en casse sans scrupule. On avance dans le brouillard, on manipule et on ruse sans honte. On s'amourache aussi pas mal, au-delà de toute limite, c'est jeune, c'est frais, c'est innocent. Ou presque. Ça tient la route, pour lecteurs dès 13 ans = c'est parfait !

Casterman (2018)


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28/03/19

Bilan du mois de Mars 2019 ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

vintage-glass-bottles

♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪ Livres lus ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

 

Bal fatal (Agatha Raisin 15) & Jamais deux sans trois (Agatha Raisin 16), de M. C. Beaton

Darkwind : Mécanique infernale, de Sharon Cameron

Bordemarge, d'Emmanuelle Nuncq

Jackaby, de William Ritter

Les Mystères de Larispem : Le sang jamais n'oublie, de Lucie Pierrat-Pajot

 

♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪ séries tv ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

 

The Order série américaine créée par Dennis Heaton et Shelley Eriksen, diffusion Netflix mars 2019

THE ORDER

Une série farfelue à regarder pour rigoler ! J'espère qu'elle se tiendra à l'autodérision et au second degré - involontaire ou pas - mais elle est rafraîchissante à sa façon et totalement imprévisible. C'est l'histoire d'un étudiant qui fait ses premiers pas à l'université et qui cherche à intégrer une société secrète pour venger la mort de sa mère. L'histoire va finalement partir dans tous les sens - ce qui m'a surprise mais également séduite, car le scénario ne se prend pas au sérieux et vire à la bonne blague qui détend l'atmosphère.

 

The Good Wife série américaine créée par Michelle & Robert King. 7 saisons. Diffusion 2009-2016

The-Good-Wife

J'avais PRESQUE terminé la série (me restait 2 saisons) aussi ai-je retrouvé Alicia Florrick avec grand plaisir dans son parcours de vie. Épouse bafouée et humiliée publiquement etc. elle avait su rebondir en décrochant un poste d'avocate dans le cabinet de son ami de fac. Sa relation de couple ayant connu des hauts et des bas, Alicia était parvenue à redevenir maîtresse de ses choix. Du moins, le pensais-je car la conclusion de la série est DÉCEVANTE !!! C'est comme si on avait tourné en rond sur 7 saisons pour aboutir à ÇA. Je n'ai rien compris. De toute façon, la saison 7 sentait le moisi : je n'ai pas accroché à son nouveau “jules” qui se voulait bad boy mais s'avère un gros lâche en puissance. Alicia & Peter : une histoire sans fin. Idem pour Will. Beaucoup de personnages ont déserté le casting *frustration*. Je suis vraiment, vraiment déçue et pas du tout satisfaite. J'avais adoré cette série mais sa conclusion me laisse une immense amertume. 

 

Sherlock série britannique créée par Mark Gatiss et Steven Moffat. Diffusion BBC One depuis juillet 2010. D'après les aventures de Sherlock Holmes écrites par Sir Arthur Conan Doyle, avec Benedict Cumberbatch et Martin Freeman dans le rôle de Watson.

Sherlock the game is now

Il me fallait voir et revoir cette série dans le bon ordre (souvent aperçu des épisodes en zappant).

Contrairement à beaucoup d'aficionados, j'ai adhéré tardivement à cette adaptation. Mes premières tentatives avaient été peu concluantes. Et puis... et puis... j'ai succombé au ton moderne, à l'approche audacieuse, au rythme parfois brouillon, à la dramaturgie et à l'ambiance résolument fascinante. J'aime aussi beaucoup les acteurs. Et Moriarty... interminables soupirs.

sherlock its not a game

 

 

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Jamais deux sans trois (Agatha Raisin enquête 16) de M. C. Beaton

Jamais deux sans trois AudiblePour sauver son agence qui bat de l'aile, Agatha accepte de s'immiscer dans l'intimité du couple Smedley : un mari veut espionner sa femme trop parfaite. Tout de suite, Agatha Raisin prend en grippe l'individu mais se ressaisit en agissant en digne professionnelle qui se respecte et traque ladite épouse avec son nouveau photographe. Mrs Smedley mène cependant une vie tout à fait ordinaire - une vraie sainte à qui l'on donnerait le bon dieu sans confession. Trop beau pour être honnête ? Mrs Raisin fait appel à son bon sens. À côté de ça, Agatha enquête sur la disparition d'une adolescente après une virée en discothèque. Ses copines sont des bêcheuses, totalement ignorantes et d'aucun secours, sauf qu'en fouillant bien cette histoire va dépasser leurs espérances. Et notre tandem va s'en mordre les doigts.

Comme souvent lorsque notre héroïne soupire d'ennui, un meurtre sonne à sa porte ! Ding Dong. Salut Agatha, c'est l'heure du crime. Arme-toi de ton flegme légendaire car les rebondissements vont te donner le tournis. Si l'histoire n'est sans doute pas transcendante - les adolescentes sont horribles - trop de clichés et de lourdeur ci et là, le final pourrait bien vous en boucher un coin. Je dis ça... Mais c'est juste pas possible de nous lâcher un sourire aussi innocent après tant de haine ! Bref. On retient vite la date du 29 mai pour la suite des réjouissances. En attendant, une nouvelle série de MC Beaton arrive fin avril introduisant le policier écossais Hamish Mcbeth - dont Albin Michel propose un extrait ICI.

Toujours sympa à écouter en livre audio. François Carrière donne du bonheur à nos oreilles. Son incarnation d'Agatha Raisin nous imprègne : elles sont toutes deux indissociables.

 

©2019 Albin Michel. Traduit par Béatrice Taupeau (P)2019 Audible Studios

 


L'Élixir d'oubli (Le Paris des merveilles 2), de Pierre Pevel

L'Élixir d'oubli audibleCette lecture fait suite aux Enchantements d'Ambremer où l'on rencontrait Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du Cercle Cyan, dans un Paris des Merveilles absolument éblouissant.

Il n'est pas rare de le trouver en train de retaper sa pétroleuse ou de baguenauder dans les salons influents pour les besoins d'une enquête discrète. Cette fois encore, ses services ont été requis pour retrouver le gendre d'un antiquaire tout juste décédé. Fuite amoureuse ou sentiment de culpabilité de tromper son monde ? Peut-être se planque-t-il dans l'attente de jours meilleurs. Sauf que son commerce est de plus en plus louche. En chemin, Griffont va recroiser sa délicieuse épouse, Isabel de Saint-Gil, elle-même chargée d'une mission secrète : ambassadrice de choc et de charme, elle doit s'assurer que les dragons n'ourdissent pas de nouveaux complots contre les fées et doit donc valser sur toutes les pistes pour déjouer un attentat. 

Entre rivalités ancestrales, querelles entre les cercles de magie, vieilles alliances et drames en latence, on plonge dans une histoire à l'ambiance spectrale ! Car ce tome tue ses héros et fait lambiner le lecteur en ouvrant des parenthèses à n'en plus finir. L'idée est de conjuguer le passé et le présent en se concentrant sur les personnages, comme raconter la première rencontre entre Isabel et Griffont ou expliquer la naissance des cercles de magie. L'auteur passe moins de temps à décrire les décors et brise un peu le sortilège. On a donc moins d'esbrouffe, plus de concret. Seulement, il m'a parfois semblé que l'intrigue devenait poussive (le dernier 1/4 du roman est un peu long et confus). On perd en fantaisie, en découverte, en rythme aussi. La performance de Maud Rudigoz me laisse aussi un goût amer : l'écoute est agréable mais trop lisse pour le registre. J'étais frustrée, je voulais plus de théâtralité, de grandiloquence, de flamboyance... ce truc-là, quoi. 

Ceci dit, je ne vais pas renoncer à écouter le dernier tome de la trilogie, Le Royaume immobile (et probablement découvrir Les Lames du Cardinal du même auteur) !

©2015 Bragelonne (P)2018 Audible Studios

 

Rendez-vous de MARS pour le ClubAudible du mercredi 27 mars.

1 - Quel est votre avis sur ce second tome du « Paris des merveilles » ? Avez-vous apprécié l’histoire et la continuité par rapport au tome 1 ? La performance de Maud Rudigoz a-t-elle su à nouveau vous convaincre ?

Avis plus mitigé. Même si j'ai pris plaisir à retrouver le Paris des Merveilles et ses nombreux personnages, j'ai également trouvé l'intrigue plus poussive. L'auteur a trop voulu emprunter des chemins détournés, et à force d'ouvrir des parenthèses, il m'a semblé qu'il perdait le fil de l'histoire. En tout cas, cela devenait un peu long et confus. La performance de Maud Rudigoz me laisse également un goût plus amer : l'écoute est agréable mais trop lisse pour un tel registre. Cela me frustre, tout ça. Argh.

2 - Avez-vous découvert des informations sur l’auteur par rapport au mois dernier ? Vous êtes-vous penché sur d’autres titres de son répertoire ?

Je vais terminer cette série et probablement découvrir Les Lames du Cardinal.

3 - Que pensez-vous de « l‘Elixir d’oubli » par rapport aux « Enchantements d’Ambremer » ? Quelles différences avez-vous perçues ? Les détails de ce second tome, vous ont-ils permis de mieux comprendre certains passages du titre précédent ?

Je garde une préférence pour Les Enchantements d'Ambremer, parce qu'il nous introduisait dans un univers nouveau et merveilleux. J'avais été éblouie, totalement fascinée par ce que je découvrais. Cette fois, l'auteur s'est concentré sur ses personnages, notamment en racontant la première rencontre entre Griffont et Isabel. Puis a noué une histoire entre le présent et le passé - la politique de l'OutreMonde est tendue.

Ce que j'apprécie, mine de rien, c'est le ton désinvolte de l'auteur. Ses apartés avec le lecteur. Et son audace en glissant le légendaire Arsène Lupin dans les bras d'Isabel - ni vu ni connu. Forcément, on adore !

4 - Quel passage du livre avez-vous préféré ? Et quel personnage vous a fasciné ?

J'ai aimé croire en la mort de certains personnages ! Voilà je ne spoile pas.

5 - Auriez-vous aimé que ce tome soit véritablement une suite des « Enchantements d’Ambremer » ? Le rythme de cette aventure vous a-t-il plus convaincu que la quête du premier tome ?

Je n'attendais pas une suite directe. Cette proposition d'une autre aventure me convenait parfaitement, c'est justement la construction qui pêche.

6 - Qui a lu le dernier tome ? Le conseilleriez-vous ? Dévoile-t-il des informations supplémentaires sur la vie de Griffont, d’Isabel ?

Dans ma liste des futures lectures.


Killer Game, de Stephanie Perkins

J01661Voulant faire table rase du passé, Makani est venue vivre chez sa grand-mère à Osborne, petite ville du Nebraska, où l'attend une existence insipide. Mais quelques jours avant Halloween, le lycée apprend qu'une élève a été assassinée chez elle. Un meurtre d'une rare violence bientôt suivi par d'autres !

Pour Makani et ses amis, l'occasion est trop belle pour papoter et spéculer. Qui et pourquoi ? La liste des victimes s'allonge, la police n'a aucune piste mais rappelle aux ados la plus grande prudence. Bien entendu, Makani fonce tête baissée vers l'interdit et ainsi s'amourache du frère de l'inspecteur. Ollie est un garçon étrange, un peu fuyant, qui a teint ses cheveux en rose délavé. Ils ont eu une brève liaison l'été dernier, puis ont coupé les ponts sans explication. Aujourd'hui ils se flairent à nouveau et ne tiennent plus compte des mises en garde.

Ancienne amatrice des Slashers des années 90-2000, je ne pouvais ignorer ce roman dont l'efficacité était programmée. En effet, même si l'histoire est carrément gore et cousue de fil blanc, elle vous obsède et ne vous lâche plus jusqu'au point final. On gobe tout, même le creux, le niais, le stupide. La romance entre Makani et Ollie vous semble inopportune ? C'est vrai. Mais on gobe tout. Même le raisonnement du serial killer ou le dénouement carnavalesque... Ha, ha. Après tout, ça se lit tellement vite. Et les mises à mort sont vachement détaillées : sauvages et sanguinaires. Bleh. Rien que par curiosité, ça vaut le coup de flipper sous la couette !

Un roman d'horreur à la Scream : redoutable et impossible à refermer. Oh yeah.

Gallimard jeunesse (2019) - traduit par Isabelle Troin

Illustrateur de couverture : Emmanuel Polanco

 

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27/03/19

L'Internat de l'Île aux Cigales, de Julie Bonnie

L'Internat de l'Ile aux Cigales

Sur une île près de Cherbourg, une riche mécène ouvre les portes de son manoir à de jeunes élèves surdoués. Cultivant savamment son mystère, celle qu'on surnomme la Cigale, reconnaissable à la broche en or qu'elle ne quitte jamais, accueille chacun des enfants en leur rappelant les règles strictes et le travail acharné de l'école. Nos cinq novices viennent à peine de débarquer qu'ils mesurent déjà les enjeux. Face à leur détresse, un certain Eli les prend sous son aile. Le garçon, plus âgé et volubile, va également leur confier son secret : un dortoir abandonné où il aime se planquer pour écouter de la musique tout son saoul et loin des regards indiscrets.

En vrai, ce lieu servait aussi à cacher des réfugiés durant la guerre, comme la petite Alma, juive de onze ans en 1942. En découvrant son destin tragique, les enfants envisagent de retrouver sa famille mais réalisent qu'ils risquent de trahir la confiance de leur ami. Le piège se referme quand une peste manipulatrice leur met aussi des bâtons dans les roues. Face à ce nouveau dilemme, nos cinq agneaux apeurés vont infliger à leur pote une blessure profonde. La solidité du groupe est remise en question : Agostino, Caleb, Cerise, Marguerite et Nordine mettent sur pause leurs projets et ne se parlent quasiment plus.

Au programme, donc : des rivalités des cours d'école, de la jalousie et du harcèlement, des enfants laissés-pour-compte, des familles absentes, des rêves brisés et des élans d'espoir. L'histoire est assez banale et baigne dans une ambiance feutrée où on aurait pu espérer un grain de folie. Au lieu de ça, la lecture coule sans vague. Phrases courtes, style direct et simple, présent de l'indicatif tout du long. Les fantômes des souvenirs enfouis se font aussi désirer. Bon point pour l'emballage charmant, le reste est un peu lisse et moins convaincant. Conviendrait davantage aux plus jeunes, dès 8-10 ans. 

Albin Michel jeunesse, 2019 - couverture illustrée par Xavier Collette

 

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26/03/19

Pêle-mêle : Dans l'œuf - Dans une toute petite pomme - Léo & Lino - Bonjour Monsieur Froid - Un petit air de printemps

dans l'oeuf

Douze œufs sont prêts à éclore. À l'intérieur, douze bestioles attendent leur heure bien au chaud. Et crac boum hue... les bébés s'éparpillent sous nos yeux ébahis. Car il y en a vraiment pour tous les goûts : toutes les tailles, toutes les plumes, tous les styles. Pour la politesse, par contre, on repassera. Ahem, ahem. On n'apprend pas à dire bonjour ? Ravi de vous rencontrer. Puis-je ? S'il vous plaît. Merci. Au revoir. L'air de rien, le python se distingue du lot. Son corps se faufile, danse et ondule entre ses camarades. Quelques leçons plus loin, l'espace devient plus net. Notre ami python ne serait-il pas un peu gourmand ? Penchez-vous donc sur votre page : comptez les troupes. Froncez les sourcils. Vous avez tout compris ? Ce n'est pas bien de se servir sans demander la permission !

Cet album est FOU. Délicieusement cocasse et ingénieux : il évoque la transgression et la moralité avec beaucoup de complicité. Le lecteur est ravi du résultat : un peu filou et coquin. On apprend aussi à compter, au-delà de toute perspective. C'est inattendu et très réussi. Bravo. 

Dans l'œuf, par Emma Lidia Squillari

seuil jeunesse, 2019

 

dans une toute petite pomme

Beaucoup plus poétique, voici un album qui suit l'aventure d'un ver dans une toute petite pomme. Il se niche bien tranquillement entre deux pépins et attend que le temps passe. Les saisons aussi filent. Le ver grossit, se nourrit, voyage, devient chenille. Puis chrysalide. Et enfin... papillon ! La mésange qui guettait son retour s'en trouvera fort dépourvue.

Une vision sensible et très fine de l'art de grandir et du cycle naturel de la vie. Très contemplatif. Dans un écrin de couleurs et d'illustrations ravissantes : un album merveilleux. 

Dans une toute petite pomme, de Corinne Dreyfuss

seuil jeunesse, 2019

 

Leo et lino

Léo et Lino sont deux frères jumeaux : ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau et font vraiment TOUT ensemble. Même à l'école, impossible de distinguer l'un de l'autre. C'est l'union sacrée. Du moins, c'est ce que pensait Lino jusqu'à l'arrivée d'Astrid dont son frère tombe amoureux. C'est bête, l'amour. Ça vous vole un frère et ça vous laisse tout seul dans votre coin. La belle osmose n'est plus. Et les deux frères sont finalement malheureux de cette distance entre eux. Une distance pourtant logique et naturelle... qu'ils vont combler à leur façon. Car Lino va également apprendre à développer ses propres activités et se lier avec d'autres copains. Autant de nouvelles aventures à raconter le soir à son frère. Et ainsi renouer avec leur connivence unique en son genre.

Cette histoire sur les jumeaux est pleine de tendresse et très touchante car elle relativise les hauts et les bas d'une relation parfois trop fusionnelle. Où l'on rappelle qu'il faut penser à soi, grandir pour soi, être fidèle à soi-même, se séparer pour mieux se retrouver, et ainsi de suite. Une lecture captivante et très instructive dans son cheminement.

Léo & Lino, de Bérengère Mariller-Gobber

de la Martinière jeunesse, 2019

 

bonjour monsieur froid

Retour sur les Contes de la Vallée ! Où l'on croise un étrange musicien - un trompettiste - incompris dans sa ville et forcé à s'exiler le plus loin possible. Oui, le monde est cruel. Maximilien trouve finalement refuge dans la forêt de la vallée secrète. Mais par ce temps glacial, il se couvre d'une tonne de vêtements - on croirait un monstre. Qu'importe. Il s'abrite dans le tronc d'un arbre creux. Puis tombe sur Yula qui s'évanouit de peur en le voyant. Ha, ha. Quelle histoire. La suite aussi est surprenante et très drôle. On assiste à une avalanche de quiproquos et de situations ubuesques, impliquant un corbeau, des lapins, un renne et même un petit oignon magique, dans une opération de sauvetage qui est excellente !

Cette série est un enchantement, album après album. Je suis amoureuse des dessins et des personnages. C'est très beau. Une lecture qui invite à rêver. On adore. ♥

Contes de la Vallée : Bonjour Monsieur Froid, de Carles Porta

 

Un petit air de printemps

Avec le retour du printemps, l'oiseau Ticky revient aussi dans sa maison située au cœur de la vallée secrète. Or, rien ne va plus chez ses amis : ils sont tous affairés chez son voisin, car Max vient de lancer une fête du tonnerre à laquelle il n'a pas été convié. Un vent de folie souffle sur la vallée. Max s'envole avec sa trompette, il joue à s'en époumoner et bondit jusque dans la forêt de l'Ogre redoutable. Oh-oh. Le danger est proche. Ticky aussi a été pris au piège : en train d'espionner, seul dans son coin. L'ogre a dit niet. Et voilà Ticky saucissonné à un arbre, plus désespéré que jamais.

Encore une bonne partie de rigolade en perspective : amitié, humour et fantaisie sont du lot. Ça virevolte à chaque coin de page, la lecture est entraînante, joyeuse et insouciante. Cette couverture printanière est, de plus, merveilleuse. Vraiment, c'est un plaisir à lire et relire !

Un petit air de printemps, par Carles Porta

seuil jeunesse, 2019

 

Disponible aussi : Les feuilles volantes

 

Un été d'enfer ! de Vera Brosgol

Un été d'enfer Vera BrosgolVoilà une BD assez caustique dans son genre.
L'histoire raconte l'expérience traumatisante d'une gamine de neuf ans qui s'imaginait vivre des vacances inoubliables en partant camper quinze jours en pleine forêt. C'était son modèle de l'American Way of Life (Vera est originaire de Russie).
La désillusion sera énorme car la vie en pleine nature n'est pas une image de carte postale : hygiène douteuse et petites bestioles porteuses de la rage. Sans oublier les WC sauvages, baptisés Hollywood pour vendre du rêve. C'est la descente en Enfer pour Vera. 
Elle qui avait fait des pieds et des mains auprès de sa mère pour s'inscrire en camp scout comprend vite son erreur. Ses camarades non plus ne lui rendent pas la vie facile : c'est la plus jeune et la petite nouvelle du groupe. Elle n'a pas de seins, pas de soutif, pas de règles. Les filles sont sans pitié et se moquent d'elle en la tenant à l'écart. Les épreuves qui opposent garçons contre filles sont humiliantes (le jeu consiste à voler le drapeau de l'autre puis d'infliger des gages au perdant). Aucun esprit d'équipe. Plaisir sadique à écraser les plus faibles. Bisbilles entre nanas aux hormones bouillonnantes. On n'est pas loin du goulag avec une fabuleuse ambiance délétère.
Du moins, tout est rapporté d'après la vision de Vera. Elle condense ainsi le meilleur et le pire dans cette histoire tirée de souvenirs personnels - à quelques exagérations près. Mais elle produit une bonne histoire, non sans dérision et envie de partager l'envers du décor pour tous les pleurnicheurs de la planète. On a le droit de détester les colos et le camping ! On se sent aussi moins seul de vivre un été difficile et solitaire à la lecture de cette BD trop rigolote.

Rue de Sèvres, 2019 - traduit par Alice Delarbre

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