05/04/17

Pêle-Mêle : Émile fait l'enterrement / Mon fils de Vincent Cuvellier

EMILE

Aujourd'hui est un grand jour pour Émile, un jour grave. Car Émile va à l'enterrement. Un vrai. C'est sa vieille copine qui lui a proposé de l'accompagner à cette cérémonie funeste, ce qui questionne naturellement la maman d'Émile, mais celle-ci n'a pas voix au chapitre. Son fils revêt son beau pull noir, prend un air triste et solennel, puis file avec sa copine la vieille dame jusqu'à l'église.

Émile écoute alors le discours pontifiant du religieux, blablabla, Madame Vacher, blablabla, née Mouton, blablabla, vivant rue Gustave Poulet. Et là, notre Émile découvre un aspect tout à fait cocasse du recueillement, car sa vieille copine va dévoiler au garçon le secret d'un bel enterrement. Se moquer d'un rien, tout en demeurant stoïque. Émile est drôlement fier d'avoir partagé une telle expérience. C'était pas trop triste, comme enterrement ? demande maman. Meuh... non ! ;-p

Dans la série Émile, je demande un épisode faussement compassé, mais tout à fait respectable, qui évoque un moment de vie douloureux (l'enterrement) qu'on évite souvent de partager avec les enfants, sauf quand on s'appelle Émile ! Ah, qu'est-ce que c'est bon. Cette figure du flegme imperturbable est pour moi synonyme de lecture affolante de dérision et d'allégresse. Un vrai régal. Les amateurs d'humour décalé apprécieront ! ♥

Émile fait l'enterrement, de Vincent Cuvellier & Ronan Badel

Gallimard Jeunesse Giboulées, 2017

 

Mon fils

Dans cet album dédié à son fils, Vincent Cuvellier dévoile un aspect plus intimiste de son talent. Et c'est drôlement bon aussi ! “Mon fils, c'est mon fils.” Tel est son credo.  “Je le connais depuis qu'il est né, et peut-être même avant, c'est dire. Je le connais tellement qu'on dirait que c'est moi qui l'ai fait.” Il raconte alors le jour de la naissance de son fils, sa première rencontre avec ce petit être qui va bouleverser sa vie, leur premier tête-à-tête dans les couloirs de la maternité, les premiers mots doux, les chansons murmurées, le premier grain de beauté, le choix du prénom, la paire de ciseaux pour couper le cordon, l'aventure de la vie qui roule, les vacances à la mer, les lectures du soir, les histoires qu'on invente exprès pour épater son enfant, les commentaires de celui-ci qui trouve, en grandissant, que papa n'écrit pas de super bouquins, les peurs nocturnes, les rêves en grand, les copains de tous les horizons, les séparations, les moments de complicité, les blagues, les combines, les disques de Bowie... Tout ça, tout ça. C'est beau, c'est court, ce sont des instantanés d'une relation faite de tendresse, d'amour et de contemplation. C'est minimaliste, et en même temps ça communique un vaste champ d'émotions qui vous touchent droit au cœur. C'est un bel album, poétique et attendrissant. 

Mon fils, de Vincent Cuvellier & Delphine Perret

Gallimard Jeunesse Giboulées, 2017

 


04/04/17

Cléopâtre Princesse de l'espace, 1. La prophétie des étoiles, de Mike Maihack

cleopatreNouvelle série publiée sous le label Grafiteen des éditions Milan, CLÉOPÂTRE PRINCESSE DE L'ESPACE nous entraîne dans un drôle de méli-mélo foncièrement captivant ! Il est en effet question de la future reine d'Égypte, Cléopâtre, alors âgée de 15 ans, qui par un étrange concours de circonstances va être propulsée dans un univers futuriste, avec des robots-momies, un sphynx-sidecar, des pistolets laser, des chats qui parlent et même des extraterrestres. Tout a commencé la veille de son anniversaire. L'intrépide héritière a préféré bouder ses leçons de mathématiques pour gambader dans les jardins de son palais avec son ami Gozi et s'exercer en toute insouciance au lance-pierre. Ils ont ainsi découvert la porte secrète d'une pyramide, dans laquelle se trouve un portail spatio-temporel qui a conduit notre héroïne dans la dimension que l'on sait. Cléo découvre sans tarder qu'elle est appelée à accomplir une mission pour sauver la galaxie, etc. mais doit en attendant retourner à l'école pour suivre des cours de biologie, de langues, d'histoire, de diplomatie, d'astronomie... Une torture pour notre demoiselle, beaucoup plus férue en leçons de tir ou de combat ! C'est donc avec un esprit léger et primesautier que l'on parcourt cette lecture, au ton et à l'humour fort attrayants. Cléopâtre est une jeune héroïne audacieuse, qui privilégie l'action à l'inertie, qui soupire d'ennui dans son palais, confiée aux bons soins de serviteurs, tandis que son pharaon de père la néglige. Finalement, son voyage dans le temps est pour elle une formidable opportunité pour pimenter sa routine, pour découvrir de nouvelles technologies et pour rencontrer des camarades de son âge sans jamais s'émouvoir d'être déconnectée avec son époque. Le rythme est ainsi enlevé, joyeux et virevoltant, le tout emballé dans un joli décor, au graphisme et aux couleurs rafraîchissants. Un premier volume qui invite à en découvrir davantage - vivement la suite ! 

Milan, coll. Grafiteen, 2017 - Trad. Marion Roman

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5 Mondes, tome I : Le guerrier de sable, par Alexis Siegel & Mark Siegel

Superbe saga, dont voici le premier tome introduisant de fabuleux personnages, confrontés à une épopée étourdissante mais palpitante ! J'ai immédiatement flashé sur cette jolie couverture colorée, aux allures enfantines, et riche d'une promesse d'évasion et d'aventure dont on savoure chaque minute, chaque page et chaque détail.

5 mondes

Plutôt que de vous planter le décor, lequel mérite d'être découvert en toute innocence, sachez que cette histoire vous propulse dans un imaginaire flamboyant, avec des planètes et des civilisations malades, menacées d'extinction et fragilisées par une guerre imminente. Le seul moyen pour sauver cet univers interplanétaire serait de rallumer les cinq phares emblématiques des cinq mondes ancestraux. Mais la dernière élue appelée à accomplir cette mission a hélas disparu. Il s'agit de la sœur de notre pétillante héroïne, Oona Lee, qui est encore une apprentie danseuse de sable, assez médiocre et maladroite. Elle est pourtant convaincue qu'en retrouvant Jessa, leur avenir à tous sera sauf. Les événements se précipitant, Oona Lee est elle aussi poussée vers son destin. Mon Domani, le monde mère, est pris d'assaut par des ennemis assujetis à une force noire et invisible. La jeune fille est plus que jamais résolue à retrouver sa sœur et s'entoure de nouveaux amis, An Tzu, un gamin des rues atteint d'un mal étrange, et Jax Amboy, un athlète superstar grièvement blessé lors de son match.

C'est donc ensemble qu'ils vont changer le cours des événements, en affrontant des adversaires redoutables, mais surtout en bousculant leur propre avenir, car de nouvelles révélations vont éclairer leurs choix et leurs idéaux, bouleversant un peu plus les cartes des 5 mondes. L'histoire aussi laisse épanouir de nouvelles perspectives, grâce à un scénario limpide mais habilement tissé, qui installe le lecteur dans une délicieuse posture et le kidnappe avec son consentement. C'est avec excitation, ravissement et bonheur qu'on suit cette folle épopée, entre aventure, science-fiction et quête initiatique, sans oublier une dimension écologique distillée avec intelligence et subtilité pour une meilleure prise de conscience du danger qui met toujours en péril notre mode de vie. C'est une lecture éclatante, avec une intrigue passionnante, un graphisme et des couleurs fascinants, des personnages aux secrets à peine dévoilés, des questions, des interrogations, des solutions poignantes... Deux autres tomes vont paraître, respectivement en 2018 et 2019.

Rappelons aussi que Mark Siegel s'est déjà rendu coupable d'une petite merveille, en l'occurence Sailor Twain ou la Sirène dans l'Hudson, un roman graphique rigoureux à l'atmosphère ensorcelante. Pour jeunes et moins jeunes, les 5 Mondes n'attendent qu'à être explorés ! 

Gallimard Jeunesse, Bandes dessinées hors collection - Trad. de l'anglais par Isabelle Troin. Illustrations de Xanthe BoumaMatt Rockefeller et Boya Sun / mars 2017
Dès 9 - 13 ans 
 

03/04/17

Monsieur Jean a un plan, de Thomas Montasser

monsieur jeanAprès une longue carrière en tant que concierge de nuit dans un prestigieux hôtel de Zurich, Monsieur Jean prend enfin sa retraite et décide de consacrer son temps libre à aider les autres. C'est d'abord la mort de son vieux camarade Jacques, patron d'un petit bistro, qui lui fait prendre conscience du caractère vulnérable de la vie et du temps présent à profiter pleinement. Il se réjouit ainsi de découvrir les lieux revisités par une jeune femme dynamique, et probablement inconsciente, alors qu'elle ouvre un nouveau salon de thé cosy et charmant, mais hélas boudé par la clientèle. Qu'à cela ne tienne, Monsieur Jean sera son ange gardien ! Il est comme ça, Monsieur Jean, discret, affable et charitable. Il remet aussi un jeune pickpocket sur le droit chemin, offre des fleurs à la concierge esseulée, réconcilie deux anciennes ballerines fâchées à mort... « Parfois, il ne faut pas grand-chose pour imprimer une nouvelle direction aux rouages compliqués de la vie. Un petit geste, un conseil subtil ou un signe du destin suffisent. Parfois, aussi, c'est la simple humeur d'un monsieur d'âge respectable qui possède un peu d'expérience dans les relations humaines et un grand cœur. Il arrive qu'un esprit bienveillant s'immisce directement dans notre vie, mais c'est aussi à nous de donner un sens plus profond à notre existence - ou à celle d'un autre. Au moyen d'un bon conseil, d'une aide invisible, d'une petite supercherie. Ou d'un brownie, au chocolat naturellement. »
Après Une année particulière, Thomas Montasser nous propose un nouveau rendez-vous fait de simplicité, de partage et d'entraide. La prouesse n'est pas exceptionnelle, mais empreinte d'une véritable sincérité qui fait qu'on adhère instinctivement au propos. J'ai trouvé ce roman doux et apaisant, vraiment pas mièvre, à moins d'être un incurable cynique. Pour ma part, j'ai souri avec candeur à la lecture de cette belle aventure humaine, qui nous fait croiser des personnages attachants, aux vies tendrement chahutées et aux solutions heureuses. La recette est facile, mais fait un bien fou ! J'ai beaucoup aimé. 

Presses de la Cité, 2017 - Trad. Leïla Pellissier [Monsieur Jean und sein Gespür für Glück]

31/03/17

Bilan du mois : Mars 2017 ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

spring coming

Avis de printemps !
Par ces belles journées fraîchement ensoleillées et aux températures doucereuses,
voici quelques heures de lectures fortement appréciées... 

 

Verte, de Marie Desplechin & Magali Le Huche #

Moi et les Aquaboys, de Nat Luurtsema #

Tout pour se déplaire, de Jen Klein #

Les crevettes ont le cœur dans la tête, de Marion Michau #

Jamais deux sans toi, de Jojo Moyes #

Pas celle que tu crois, de Mhairi McFarlane #

Meilleurs ennemis, de Sally Thorne #

Dernier meurtre avant la fin du monde, de Ben H. Winters #

Congo Requiem, de JC Grangé #

La Chair, de Rosa Montero # 

 

Ce mois-ci, j'ai également vu la saison 1 de The Catch, 
une série créée par Jennifer Schuur, Helen Gregory et Kate Atkinson, produite par Shonda Rhimes & diffusée sur ABC.

Alice Vaughan (Mireille Enos) est détective privée, à la tête d'une agence dont la réputation est absolument irréprochable. Tout menace de s'écrouler quand elle réalise que son charmant fiancé (Brian Krause) n'est en fait qu'un escroc patenté. Refusant d'être humiliée publiquement, de perdre son amour-propre et son réseau relationnel, Alice remue ciel et terre pour le retrouver. Elle tombe des nues lorsqu'elle découvre qu'il fait partie d'un gang de cambrioleurs recherché par Interpol, mais accepte de faire équipe avec le FBI pour lui tendre un piège. Dans les faits, cela se complique, car la relation entre Alice et Ben est encore vénéneuse et le couple joue longtemps au chat et à la souris en brouillant les pistes. Les sentiments étant encore très forts, ni l'un ni l'autre ne se résout à duper son adversaire et cherche même à le tirer de mauvais pas, selon toute invraisemblance. THE CATCH n'est ni plus ni moins un thriller chic et glam, délassant mais assez convenu. 

 

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Il faut sauver John Lennon, de Mo Daviau

il faut sauver johnPropriétaire d'un bar underground à Chicago, Karl Bender a précieusement gardé son âme de rocker, tout en assumant de mener une vie tranquille et ordinaire. C'était vrai jusqu'à sa rencontre avec Wayne DeMint, la découverte d'un portail temporel dans un placard de son appartement et l'arrivée fracassante de Lena Geduldig, pour clairement certifier que son quotidien ne serait plus le même. « Un bar n'est pas une clinique psy mais, comme je n'avais jamais eu de chien à qui me confier quand j'étais petit, j'écoutais parler Wayne DeMint, ce gars du Midwest à l'allure saine, ingénieur en informatique, au sourire bienveillant et aux pourboires ô combien généreux. » En vrai, toute cette histoire de voyage dans le temps a débuté par hasard. Un dimanche, alors qu'il fouillait sa penderie à la recherche de ses rangers fétiches, Karl bascule les pieds en avant dans un trou, le ramenant trois mois plus tôt. Il capte rapidement qu'il détient là un précieux sésame dont il va tirer profit dans un but précis - revivre les concerts les plus mythiques, revoir des artistes disparus, s'inspirer du revival pour lancer un petit business, selon des conditions très strictes. Tout dérape quand Wayne choisit la date du 8 décembre 1980, à destination de Central Park, pour sauver John Lennon. En tapant les données, Karl se trompe et l'expédie en 980 ! Voilà son pote bloqué en plein no-man's land, sans moyen de retourner au présent. Sur ces entrefaites, débarque Lena Geduldig, une astrophysicienne potelée, teigneuse et futée, avec une moue à la Courtney Love, un tshirt des Melvins et des lunettes à la Buddy Holly. Séduit, Karl propose à cette petite nana de faire équipe pour extirper Wayne de son étrange destinée à laquelle il semble de plus en plus prendre goût. C'est donc riche de cette promesse d'une aventure insolite, en compagnie de personnages hautement barrés, que l'on parcourt ce roman aussi original que saugrenu. Le ton y est mordant, l'humour revêche, le propos éparpillé et improbable, faisant crânement l'impasse sur la moindre pertinence scientifique. De toute façon, on prend vite son parti de vivre une expérience qui échappe à tout contrôle, qui ne respecte aucune règle et qui bouscule nos attentes. En fait, le bouquin retrace davantage des parcours de vie, avec ses choix, ses regrets, ses loupés. Guérir son présent en soignant son passé, et blablabla. Je trouvais l'idée sympa, en plus d'avoir une énergie vivifiante, des références musicales aux petits oignons et une touche de nostalgie stimulante. Au final, le roman s'essouffle à mi-parcours et s'enlise dans un méli-mélo spatio-temporel (le schmilblick qui tue) qui rend la fin abstraite. Ne nous reste qu'une grande confusion et l'illusion d'un rendez-vous surprenant mais déroutant. 

Presses de la Cité, 2017 - Trad. Laurent Philibert-Caillat [Every Anxious Wave]

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Le somnambule, de Sebastian Fitzek

Le somnambuleLeo découvre un matin son épouse Nathalie en train de plier bagage et lui annoncer sans ménagement qu'elle le quitte. L'homme est ahuri, mais effrayé en réalisant qu'elle a été récemment agressée. Refusant tout dialogue, Nathalie sort de l'appartement, sans un regard en arrière. Leo est tétanisé sur place, quand il comprend que ses crises de somnambulisme ont hélas repris. Il en a souffert durant toute son enfance, a suivi une thérapie auprès du docteur Volwarth et comprend aujourd'hui qu'il doit le recontacter pour se soigner. Leo, ensuite, s'enferme chez lui. À partir de là, il se met en tête d'explorer les moindres recoins de son habitat, de chercher les traces de ses errances nocturnes pour s'expliquer la défection de son épouse, laquelle semblait vraisemblablement protéger quelques facettes secrètes. Avec l'aide d'une caméra embarquée, il va filmer ses crises et plonger dans des abîmes d'une noirceur et d'une violence sidérantes.

Il revient alors au lecteur de bien s'accrocher pour suivre le mouvement ! Car l'histoire est particulièrement tortueuse et nous conduit dans un insupportable dédale d'informations, de révélations et de retentissements. À force d'en subir les répercussions, j'ai ressenti un vif malaise. Et plus j'avançais dans l'histoire, plus je me sentais dans un état cotonneux, usée par la tension psychologique et par le flou artistique trop poussé. Le contexte du huis clos accentue également cette impression. On ne sait plus ce qui est réel, imaginaire, subconscient ou rêvé. C'est certes volontaire, mais disons qu'avec 300 pages de lecture - soit 7 heures approximativement en livre audio - j'ai bizarrement éprouvé les limites de la saturation. Le rythme est dense, les événements s'enchevêtrant sans cesse pour troubler les perceptions, seulement ce schéma a fini par me lasser. En gros, je n'ai pas aimé errer à l'aveugle, perdue dans le brouillard, avec toutes mes convictions constamment remises à plat. Je n'en pouvais plus. Exception faite pour Thérapie, j'ai souvent été de déconvenue en déconvenue avec les romans de S. Fitzek. Ce sont des lectures calibrées au millimètre près pour embarquer le public (suspense, rebondissements, tension, etc.), mais elles aiment également flirter avec des psychoses ou des personnages sur la corde raide dans un jeu tendu, stressant et souvent dérangeant. Un procédé harassant, pour ma part.

L'Archipel, 2017 - Trad. Céline Maurice [Der Nachtwandler]

>> On retrouve François Montagut pour Audible Studios dans le registre du personnage borderline. Son interprétation hystérique prête toujours à confusion, d'un côté elle renforce la sensation d'angoisse et rend le suspense palpable, d'un autre elle renvoie l'intrigue et les personnages dans des confins vertigineux et dérangeants. Une expérience inconfortable mais saisissante.

>> Disponible en téléchargement ICI.

Le somnambule | Livre audio

©2017 L'Archipel. Traduit de l'allemand par Céline Maurice (P)2017 Audible Studios

 

30/03/17

Dôme #1, de Stephen King

Premier tome. Le Dôme : personne n'y entre, personne n'en sort.

Dome AudiolibLorsque la série tv a été diffusée pour la première fois, il y a quatre ans, un soir d'Halloween (pour l'anecdote, j'étais confinée dans ma chambre, tandis que mon adolescente de fille recevait ses amis pour faire la fête), ma curiosité a été naturellement piquée par cette adaptation du roman de Stephen King. Cela m'embêtait un peu de la regarder, car je préfère me plonger dans les livres d'abord. Finalement, j'ai suivi la saison 1, le temps a passé (ma fille a changé son cercle d'amis) et j'ai récemment sauté sur l'occasion du titre proposé en version audio, en exclusivité sur Audible - on ne change pas une équipe qui gagne. ^-^ C'était là aussi non sans crainte, car la perspective de me lancer dans un marathon de lecture qui dure pas moins de 21 heures ne m'emballait pas des masses. Gloups. En définitif, mon verdict est globalement positif. J'ai avant tout été rassurée de constater que les deux supports (roman / série tv) ne collaient pas pile poil, j'ai ainsi pu avancer à l'aveugle dans la lecture, appréciant de redécouvrir une histoire dont les principaux ressorts avaient certes inspiré Brian K. Vaughan pour le réseau CBS, mais sans proprement suivre la ligne conductrice. 

On a néanmoins le même point de départ. Un jour, la paroi invisible d'un dôme s'abat sur la petite ville de Chester's Mill, dans le Maine, pour l'isoler du reste du monde. L'armée et le gouvernement plaident non coupables, mais la situation est évidemment inquiétante. Les habitants sont livrés à eux-mêmes, mais ne doutent pas de l'efficacité des forces du pays pour les tirer de ce cauchemar. En attendant la solution-miracle, un nouvel ordre s'établit dans leur communauté, oscillant entre une foi aveugle en Big Jim Rennie, leur deuxième conseiller municipal, ou entre Dale Barbara, simple cuisinier du Sweetbriar Rose, mais accessoirement vétéran de l'armée. La cohabitation n'est cependant guère possible, Big Jim ayant tissé un réseau de petites combines mafieuses, il entend profiter de l'occasion pour grossir son influence et s'enrichir à titre personnel. Le type est donc prêt à tout pour atteindre ses objectifs et pousse la population à adopter sa logique, sous peine de sanctions radicales. C'est donc ce sur quoi s'appuie S. King pour nous embarquer dans son univers - flippant, écœurant, oppressant. L'histoire est beaucoup plus noire, plus vulgaire et plus sournoise que le scénario de la série tv. Aucune comparaison possible. La dimension fantastique est moins présente, au profit d'une psychose ambiante résolument palpable et redoutable. Ajoutez une interprétation par François Montagut qui frise souvent l'hystérie, mais qui participe à sa façon à nous mettre les nerfs en pelote, et vous obtenez une “vague idée” de la sensation ressentie à l'écoute de ce roman particulièrement vicieux et addictif ! La suite est déjà disponible. 

Série : Dôme, Livre 1 - Lu par : François Montagut (durée : 21 h 33) pour Audible Studios / Janv. 2017

>> Texte intégral disponible en exclusivité et en téléchargement sur Audible.

©2011 Albin Michel - Trad. William Olivier Desmond (P)2017 Audible FR

dome1

29/03/17

Un sale hiver, de Sam Millar

un sale hiver sixtrid

Il neige dru sur Belfast. Drapé dans le peignoir rose de sa compagne, entre bouteille de lait et journal du matin, Karl Kane découvre une main, soigneusement sectionnée, sur le seuil de sa porte. La deuxième en quelques semaines. La police trouve cette coïncidence douteuse, mais c'est aussi devenu un sport, du fait des rapports houleux qu'entretient notre détective avec les forces de l'ordre, la méfiance et l'arrogance se disputent la part du gâteau. Toutefois, Kane est interpellé par cette affaire, encore plus depuis qu'une grosse prime a été promise par un riche industriel si celui-ci obtient davantage d'informations. Un bonus non négligeable pour soulager les finances désastreuses de son agence.

Peu de temps après, Kane reçoit aussi la visite d'une nouvelle cliente, Jemma Doyle, qui recherche son oncle pour permettre à son père mourant de se réconcilier avant le grand saut. Naomi, sa tendre et chère, renifle bruyamment pour manifester son mécontentement. Kane est anormalement mielleux dès lors qu'il est en présence de demoiselle en détresse, oubliant que c'est l'archétype des problèmes en devenir. Karl n'en fait qu'à sa tête et s'embarque dans une enquête jusqu'à la sulfureuse petite ville de Ballymena, puis fait un crochet dans un quartier chaud de la ville, jusqu'à un abattoir aux odeurs nauséabondes et aux pratiques qui soulèvent sa sensibilité inavouée. Face aux individus louches et aux entrevues musclées, Kane ne se démonte pas et s'entête avec audace et un brin d'inconscience. Casse-cou, notre Karl Kane ? Complètement. Depuis deux livres déjà, preuve a été faite que ce détective privé aimait particulièrement enfoncer des portes ouvertes. De caractère revêche et pugnace, notre homme en a aussi sacrément bavé, d'abord le meurtre de sa mère sous ses yeux de môme qui ne cesse de le hanter, sans oublier ses dernières enquêtes qui ont plongé tout le monde (protagonistes et lecteur compris) dans la tourmente.

Roman noir par excellence, l'ambiance est aux petits oignons et nous sert un bon bouillon de cynisme, d'ironie et de sarcasme. Après Les chiens de Belfast, puis Le Cannibale de Crumlin Road, ce troisième tome de la série est un rendez-vous incontournable, pour qui apprécie les intrigues féroces et les personnages sur la corde raide. Karl Kane ne fait pas dans la dentelle, mais son rôle s'étoffe au fil des épisodes pour révéler une facette autrement plus humaine et attachante. Le prochain livre, Au scalpel, le propulse d'ailleurs dans une situation inconfortable, puisque Karl Kane renoue avec son passé pour affronter le meurtrier de sa mère. Aucune chance que je fasse faux bond au “poète des ténèbres” !

Sixtrid - Texte interprété par Lazare Herson-Macarel (durée : env. 7h) - ©2016 Éditions du Seuil pour la traduction par Patrick Raynal [Dead of Winter]

 Repris en format poche au POINTS, avril 2017

un sale hiver

 

En vrille, de Deon Meyer

EN POCHE !

en vrilleErnst Richter, créateur d’un site qui fournit de faux alibis aux conjoints adultères, vient d'être assassiné. Ce génie de l'informatique avait néanmoins plus d'un tour dans son sac et multipliait les casquettes pour remettre à flot sa société aux comptes déficitaires. Tous les coups semblaient permis, aussi les forces spéciales ne s'étonneront plus de déterrer d'autres vérités cinglantes : activités illicites, lettres de menace et d'insulte. Les suspects ne vont pas manquer. Face à la séduisante Desiree Coetzee, la directrice opérationnelle d'Alibi.co.za, l'inspecteur Vaughn Cupido va également perdre toute consistance. Il procède à une interpellation expéditive, se fourvoie avec panache et finit par remonter les bretelles d'un Benny Griessel désespérément inefficace (ses vieux démons sont de retour). Contraint à se soigner une bonne fois pour toute, notre Hawk à la carapace fêlée prend douloureusement conscience de sa déchéance, mais fait enfin un grand pas dans sa vie ! Ouf.

En parallèle, on assiste à une autre histoire narrant la rencontre entre un viticulteur et son avocate. Au cours de leurs nombreuses entrevues, celui-ci va étrangement déployer l'arbre généalogique de sa famille. On découvrira fort tardivement les raisons d'un tel déballage, tout juste saisit-on que la police vient de débarquer sur ses terres afin de l'inculper, mais qu'il entend préparer sa défense en bonne et due forme.

J'aime beaucoup cette série sud-africaine pour son ambiance dépaysante et ses intrigues construites autour de personnages tenaces et imparfaits. Certes, les livres se suivent et ne se ressemblent pas. L'enquête ici est assez lente et pêche en révélations fracassantes, elle ne découle pas non plus sur un dénouement époustouflant, mais la lecture reste agréable et entraînante. On y découvre aussi un pays en butte à une ségrégation raciale et au taux de criminalité galopant. Une plongée vivifiante, malgré de nombreux états d'âme.

Points - Traduit de l’afrikaans par Georges Lory - 2017

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