24/04/18

Pêle-mêle BD en séries : Jack le téméraire - Pile ou face - Le journal d'Aurore

Jack le temeraire face au roi des gobelinsSuite et fin des aventures de Jack, après une première découverte Dans les griffes du jardin maléfique !
Nous retrouvons notre jeune héros et son amie Lilly à la poursuite d'un monstre kidnappeur d'enfant. La petite Maddy a été enlevée sous leurs yeux. Choqué, son frère est parti bille en tête et a escaladé un haricot géant avant de débarquer dans un monde inconnu, peuplé d'ogres et de gobelins.
Mais le temps est compté, et les ennuis ne font que se succéder. Les enfants doivent affronter des hordes de rats dégoûtants, encaisser des coups et des blessures, être séparés dans leurs périples. Une chose est sûre : action, émotion, suspense. Ce trio gagnant déborde de chaque page.
Voilà un deuxième volume bouillonnant d'énergie ! Il est également beaucoup plus visuel - on peut parfois tourner des pages sans texte, juste avec une mise en page époustouflante de couleurs et d'action.
Il y a clairement une grande volonté d'intensifier le rythme et de laisser le lecteur à bout de souffle. Cela fait d'ailleurs son petit effet, car on se laisse embarquer par le dynamisme ambiant.
En s'inspirant librement du conte, Jack et le Haricot magique, l'auteur a réussi une petite prouesse et a combiné sa passion pour la bande dessinée et celle des super héros. Lisez jusqu'au bout, vous comprendrez, clin d'œil aux amateurs de Zita, La Fille de l'espace... ;-)
En bref, c'est vif et intrépide. Une série en 2 tomes épatante pour jeunes lecteurs avides de scènes sensationnelles. 

Jack le téméraire 2. Face au roi des gobelins, de Ben Hatke

rue de sèvres, 2018 

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Pile ou face cap sur l'ile aux tresorsEncore une suite & fin d'une découverte dénichée avec talent par les éditions Rue de Sèvres. Retour donc sur les aventures Pile ou Face dans lesquelles les jumeaux Alex et Cléo tiennent le premier rôle.
Les enfants sont enfin réunis mais n'ont pas dit leur dernier mot pour retrouver le pactole familial. Ils voguent donc sur les océans et comprennent que leur escale finale est auréolée de mystère et de danger.
Toujours à leurs trousses, le pirate Worley multiplie les coups bas et les ruses pour damer le pion. Il va vicieusement profiter du léger conflit fraternel pour distiller son venin et profiter du désœuvrement de l'un pour flouer l'autre.
Une fois encore, le récit nous embarque à la façon d'un roman d'aventures ambiance 19e siècle (pirates, voyages en mer & chasse au trésor). Le scénario est captivant. Il étoffe les personnages, rend plus floue la frontière entre le bien et le mal et souffle un peu de sentimentalisme pour justifier leurs motivations.
C'est bien fait, et les illustrations sont superbes. Seuls manquent à l'appel les frangins Edwin et Silas. Snif, snif.
Encore un beau succès pour cette série en seulement 2 tomes qui invite les lecteurs à l'évasion et l'aventure !

Pile ou Face 2. Cap sur l'île aux trésors, de Hope Larson & Rebecca Mock 

rue de Sèvres, 2017

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le journal d'aurore rien ne va plus

Clap de fin également pour la série adaptée des romans de Marie Desplechin. Pour rappel, le premier tome du Journal d'Aurore avait été une lecture jubilatoire ! ☺ 

Au menu de ce deuxième album : des bouderies, des bouderies et encore des bouderies. Aurore - qu'on ne présente plus - est une adolescente revêche, toujours d'humeur maussade et au regard sans complaisance. Sa famille, ses amis, les garçons, ses cours de français, ses lectures, son groupe de rock... tous passent sous son scan implacable. La demoiselle est impitoyable et n'y va pas avec le dos de la cuillère.
Pour exprimer ses émotions, Aurore a souvent recours à la chanson. Elle écrit, elle dégaine, elle chante haut et fort ce qui lui trotte dans la tête. Cela va de ses sentiments contradictoires pour le batteur du groupe au licenciement abusif de sa mère qu'elle dénonce avec véhémence. Bref, la vie d'Aurore défile, saison après saison, sous le même air faussement rebelle et délicieusement attachant.
Le régime global peut sembler usant, mais l'humour est dérisoire. Et la lecture salvatrice. On papillonne gracieusement dans l'univers d'Aurore - vu par Agnès Maupré - et c'est un tel bonheur pour les yeux. La rencontre avec la tendresse malicieuse de Marie Desplechin se solde évidemment sur un joli succès.
La journal d'Aurore se veut le portrait piquant et authentique d'une ado bien dans son époque. On accuse le choc des générations ou on se fond une place dans le décor avec aisance. On passe, en vrai, un super moment et on regrette la dernière page qui se tourne. La roue tourne, et quand « mes journées sont bourrées d'événements, plus ou moins minuscules, je ne peux plus à la fois vivre des choses à longueur de journée et les écrire. »
Et donc, au revoir, cher petit journal. Certificat d'authenticité. “A été jeune un jour. Incroyable mais vrai.” À plus tard, dans le temps...

Le Journal d'Aurore 2. Rien ne va plus ! de Marie Desplechin & Agnès Maupré

rue de Sèvres, 2017

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Une journée exceptionnelle, de Kaira Rouda

Une journée exceptionnellePaul et Mia Strom partent en weekend dans leur maison secondaire en bordure de lac. Les enfants sont confiés aux bons soins d'une babysitter. Le couple peut prendre la route en toute quiétude. Pour Paul, la journée s'annonce exceptionnelle.
Mais voilà... Une tension perceptible flotte dans l'habitacle. La sensation diffuse d'un malaise. D'une contrariété. Et ce bruit sourd est en train de gronder, enfler... prêt à exploser.
Toutefois, Paul est confiant. Il trace son chemin, les mains sur le volant, les yeux fixés sur le bitume, et ressasse les années heureuses de leur mariage - son coup de foudre pour la jolie Mia - et leur amour face aux obstacles. Paul est un homme sûr de lui, de son charme, de son pouvoir. Il a gravi les échelons dans son agence de publicité. Il a fondé une famille exemplaire. Il aime séduire et courtiser pour se rassurer.
Oui, vraiment, Paul Strom est un homme comblé.
Et pourtant, en jetant des regards en coin, il ne peut ignorer la position crispée de son épouse, ses allusions piquantes, ses questions insistantes. Aussitôt le doute s'installe. Mia est différente. Ses pensées vagabondent et semblent l'éloigner de lui.
L'époux cherche alors une explication. Il fouille dans sa mémoire, cherche des indices et pioche au hasard. Ce détail l'agace, car il se vante d'avoir tout sous contrôle et ce grain de sable peut entacher son weekend parfait. Impossible. Paul juge cela intolérable.
Il est vrai que Mia n'est pas en grande forme, ces derniers temps. Elle a perdu beaucoup de poids et les médecins ne trouvent aucune explication à ses symptômes. Paul a saisi l'occasion - sa femme a besoin de repos. Il balaie ainsi d'un geste de la main l'idée qu'elle reprenne le travail. La place d'une épouse est à la maison, auprès des enfants. Point.
Ceci plus cela font que le portrait de Paul Strom ne laisse aucune hésitation sur sa véritable personnalité - c'est un pervers narcissique, au comportement infect, qui fait valoir sa supériorité de mâle et qui tire plaisir à écraser les autres. Ouch.
Toute la complexité du roman est finalement d'avoir su marcher sur cette corde raide. On passe une bonne dizaine d'heures à écouter ses palabres, la mâchoire raide, les nerfs en pelote. On se glisse dans la tête de ce type odieux et on mesure l'ampleur de son raisonnement. L'effet est glaçant... par contre, quelle prouesse ! L'auteur a réussi un suspense psychologique de haute volée avec une histoire, certes, un peu trop lisse et banale mais au sein de laquelle le profil du psychopathe s'épanouit tranquillement, à la barbe du lecteur honteux de sa fascination.
J'ai bien aimé le tour de passe-passe. J'ai surtout été étonnamment surprise par l'interprétation de François Montagut qui a su me faire rire à plusieurs reprises (je l'ai pourtant souvent épinglé pour ses mimiques insupportables à caricaturer les voix féminines) ! Là, j'ai été scotchée. 
Un bon roman où priment l'action lente et la manipulation mentale à dézinguer famille, mariage etc. Épouvantable ! ☺

©2018 Leduc.s Traduit par Amélie de Maupeou (éditions Charleston, 384 pages)

(P)2018 Audible Studios. Texte lu par François Montagut (durée : 11h env.)

une journée exceptionnelle charleston

 

23/04/18

Jefferson, de Jean-Claude Mourlevat

Jefferson GJPar un beau matin d'automne, Jefferson Bouchard de la Poterie termine son ménage et met son gratin de pommes de terre au four avant d'enfiler sa petite veste pour se rendre chez le coiffeur et rafraîchir sa houpette.
Manque de bol, sur place, il découvre le cadavre de M. Edgar ! Une paire de ciseaux est plantée dans sa poitrine, le corps baigne dans son sang. Jefferson panique. Surpris par une cliente apeurée, il prend la fuite avant d'être accusé d'un crime qu'il n'a pas commis.
Hélas, c'est trop tard. La police est déjà à ses trousses. Seul son meilleur ami Gilbert croit en son innocence et lui prête son concours pour mener leur propre enquête. Et ainsi, affublés de costumes ridicules ou participant à un voyage organisé en car, nos deux compères se rendent au pays des humains...
Ah oui, précision utile : Jefferson est un hérisson, Gilbert un cochon, M. Edgar un blaireau. Chez eux, les animaux parlent, marchent debout, lisent, tombent amoureux, s'envoient des SMS et ne font pas de cadeaux aux malotrus qui maltraitent leur espèce.
Ah, ah. Voilà une lecture gonflée à bloc ! D'une part, elle nous embarque pour une aventure riche en émotions (suspense, meurtres, amitié, entraide et humour), mais d'autre part elle affiche aussi son militantisme en dénonçant la barbarie et la cruauté infligée aux animaux. 

« C'est dingue ça, quand même, ils peuvent manger tout ce qu'ils veulent : des spaghettis au basilic, du gratin dauphinois, des pizzas quatre saisons, des tartes aux framboises, des omelettes aux pommes de terre, des gâteaux à la noix, des soupes de lentilles corail avec du lait de coco, des crêpes à la confiture, des pommes, des poires, des abricots, des poêlées de champignons, des salades de tomate, des croissants, des tagliatelles au pesto, des crèmes à la vanille, des fraises, des melons, du riz, de la purée, des petits pois, du velouté de potiron, du chocolat aux noisettes... et ça ne leur suffit pas ! Ils trouvent que c'est pas assez, alors ils tuent les animaux pour les bouffer ! Je comprends pas... »

La sentence tombe et peut sembler implacable. Du moins, l'auteur a glissé subrepticement son message et veillé à sensibiliser les plus jeunes, sans tomber dans la mascarade ou la leçon de morale. Car l'ambiance générale demeure gaie, joyeuse et légère. On vit une folle épopée avec des personnages très attachants. C'est vraiment drôle, tout en étant sensible et intelligent. Monsieur Mourlevat, vous êtes mon héros ! ♥

Gallimard Jeunesse, 2018 - illustrations d'Antoine Ronzon

couverture illustrée par Lisa D'Andrea

 

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20/04/18

Sale temps pour les sorcières (Agatha Raisin enquête 9) de M. C. Beaton

Agatha Raisin sale temps pour les sorcièresLes tomes s'enchaînent, comme les déboires, pour Agatha Raisin !
Après les émotions fortes subies dans Coiffeur pour dames, Agatha est partie se consoler dans un hôtel de bord de mer, à Wyckhadden, où elle trompe son ennui en se joignant à une bande de retraités fondus de Scrabble. En discutant ci et là de ses problèmes capillaires, elle se voit conseiller de consulter la sorcière locale, Francie Juddle, dont la réputation n'est plus à faire en matière de décoctions miraculeuses.
Agatha est excitée et ne résiste pas à la tentation en achetant un philtre d'amour ! Ses pensées volent toujours vers James Lacey... soupirs, soupirs... seulement notre anglaise vient de rencontrer un inspecteur de police, Jimmy Jessop, loin d'être insensible à son charme. Partout où Mrs Raisin passe, les cœurs battent la chamade et les victimes se comptent à la pelle.
En effet, alors que la petite ville de Wyckhadden ronronnait paisiblement dans son coin, l'arrivée de notre détective amateur va semer la zizanie. Seuls ses nouveaux amis du Garden Hotel restent imperturbables et ne dérogent nullement à leurs rituels - repas, promenade, bal sur la jetée et jeux de société.
Ce 9ème épisode est absolument sensationnel et figure parmi mes préférés de la série ! Le changement de décor ne pénalise en rien la bonne ambiance (pourtant, j'adore Carsely & le charme des Cotswolds), les personnages sont aussi facétieux et Agatha ne cesse d'être surprenante.
Ses péripéties sont toujours piquantes - entre sa quête d'amour et son besoin de fourrer son nez dans les affaires des autres. En bref, on ne s'ennuie pas un instant. C'est une lecture pleine de peps et de sourires. Une série divertissante & un rendez-vous (pour moi) incontournable. 

©1999 / 2018 M. C. Beaton / Éditions Albin Michel. Traduit de l'anglais par Amélie Juste-Thomas
Original Title : Agatha Raisin and the Witch of Wyckhadden

(P)2018 Audible Studios. Texte lu par Françoise Carrière (durée : 6h env.)

Série : Agatha Raisin enquête, livre audio 9

 

19/04/18

Les Misérables, de Victor Hugo

Édition abrégée, lue par Philippe Sollier.

les miserablesUne hérésie aux yeux de certains, un compromis pour d'autres... Cette édition abrégée peut diviser, pour ma part j'ai choisi mon camp - quelques 7 heures d'écoute contre 56 heures en version intégrale. Amen. Mais il n'est pas dit que je n'y reviendrai pas un jour ou l'autre !
Cette édition est avant tout une invitation au public jeunesse à s'imprégner d'un grand classique, d'en picorer l'essence et d'en savourer la flamboyance. En bref, se réconcilier avec les œuvres intemporelles. Ces dernières sont souvent le fruit de lectures contraintes, de mauvais souvenirs scolaires, de monuments impénétrables et d'auras interdites. 
Il est bon de dépoussiérer tout ça et de faire sa propre expérience... petit bout par petit bout. D'où cette lecture par Philippe Sollier dont la voix énergique et caressante nous embarque dans cette fresque romanesque aux côtés de Jean Valjean.

Ancien forçat, celui-ci voit sans cesse son passé le rattraper et doit à une rencontre providentielle sa résolution de devenir un homme bon et pieux. Il va ainsi disparaître quelques années, prendre une nouvelle identité (M. Madeleine) et se bâtir une existence prospère à Montreuil-sur-mer.
Jean Valjean a opéré une totale rédemption. Il est désormais un homme respecté quand il croise la malheureuse Fantine, puis l'inspecteur Javert, mais comprend que son sort est jeté. Il doit de nouveau s'enfuir et se cache dans un couvent à Paris, non sans avoir tenu sa promesse en tirant la petite Cosette des griffes des Thénardier... L'homme et la fillette vont ainsi vivre à l'abri du monde et prennent le nom d'emprunt de Fauchelevent.
Pendant ce temps, Marius fait son apparition. Fougueux et idéaliste, ce fils de la bourgeoisie rompt avec son milieu pour rejoindre un groupe de révolutionnaires. Il roule dans la misère, croise une jolie demoiselle au jardin du Luxembourg, tombe fou amoureux et sombre dans le désespoir après le départ de sa dulcinée. L'âme en peine, il rejoint les barricades et livre une farouche résistance aux côtés de ses camarades.

La littérature contemporaine est, par comparaison, bien pâlichonne quand on ressort de cette lecture ! L'histoire est en effet captivante - même si elle a été tronquée, ne respectant plus le travail de l'auteur, dont on cherche à bâillonner la pensée, diront les plus récalcitrants. Et blablabla. Fin du débat.
Cette version abrégée n'enlève rien du génie. De la perspective d'une épopée grandiose. De la sensation grisante de plonger dans une ambiance électrique. De vivre une quinzaine d'années auprès de personnages mémorables. De s'attacher à leurs parcours, leurs amours et leurs drames.
On aime, on déteste. Je trouve que cette édition est pleine de mérite et offre une vision exaltante du courant romantique du XIXe siècle. C'est un premier pas vers une arène plus grande, plus riche, plus foisonnante...“Il faut de l'inutile dans le bonheur. Le bonheur, ce n'est que le nécessaire.”

 

(P)2018 Audiolib. Texte lu par Philippe Sollier en 7h 42.

Les cinq volumes des Misérables bénéficient également d'un enregistrement exceptionnel prodigué par les éditions Thélème. Texte lu par Michel VuillermozÉlodie HuberPierre-François Garel,Louis ArèneMathurin Voltz

 

« Ce n'est rien de mourir ; c'est affreux de ne pas vivre. »

 

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Brigade Verhoeven : Rosie, de Pascal Bertho & Yannick Corboz

D'après le roman de Pierre Lemaitre, ROSY AND JOHN, paru aux éditions Le Livre de Poche.

rosie_ brigade_verhoeven

Arrêté pour avoir posé une bombe dans Paris, Jean (John) Garnier avoue rapidement qu'il en a planqué d'autres mais qu'il ne révélera leur emplacement qu'après avoir obtenu gain de cause - des millions, des billets d'avion et la libération de sa mère, Rosie. Celle-ci est incarcérée pour homicide (elle a roulé sur le scooter de la fiancée de son fils). Depuis, elle affiche mépris et indifférence du fond de sa cellule. Camille Verhoeven comprend qu'il détient un épineux dossier ! Commandant de la brigade criminelle, il est réputé pour ses méthodes impartiales et ne lâche jamais une affaire avant sa résolution. Le cas du mutique Jean Garnier lui pose un cas de conscience - cet individu mène la brigade par le bout du nez. Verhoeven le sait mais a les poings liés. Il a besoin de temps pour cerner le personnage. Or, le temps lui est compté... Alors il griffonne dans son carnet à dessins pour chasser ses démons et soulager son immense frustration.

Cette adaptation de la série en 4 tomes (à venir) est une première approche pour pénétrer un univers dont on absorbera largement la noirceur et la douleur qui vont en découler. Pour l'heure, ce sont les personnalités d'une brigade hors normes qui s'effeuillent. La lecture révèle en effet une équipe hétéroclite, composée de l'élégant Louis, du parcimonieux Armand et de la nouvelle recrue, Jean-Claude. Mais tous les projecteurs sont braqués sur le commandant, Camille Verhoeven, 1m45 de perspicacité et de défiance. L'histoire dévoile son enfance auprès d'une mère peintre dévorée par sa passion et qui ne se nourrissait que de tabac, d'où le retard de croissance de son garçon. Solitaire et secret, Camille croit de nouveau au bonheur depuis sa rencontre avec Irène... Cette immersion dans l'univers de Pierre Lemaitre est une réussite - rythme, suspense et émotion se bousculent et happent l'intérêt du lecteur jusqu'au bout ! La suite s'annonce prometteuse. ☺

Rue de Sèvres, 2018

 

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17/04/18

Claudine à l'école, par Lucie Durbiano

D'après le roman de Colette
Couleurs de Jeanne Balas et Lucie Durbiano

Claudine à l'école

Dès l'annonce de la parution du projet, je savais que cela allait être un coup de cœur ! Quand l'univers de Colette, avec son héroïne Claudine, rencontre la tendresse malicieuse de Lucie Durbiano, forcément le résultat fait boum.

La lecture nous fait voyager dans le temps - campagne bourguignonne, en 1900 - Claudine a quinze ans et fréquente la petite école de Montigny. L'ambiance est frivole, joyeuse, coquine et insouciante... même si les filles doivent passer le brevet en fin d'année et s'appliquer à ne pas décevoir leur responsable, la rousse Mlle Sergent, qui ne rigole pas avec la discipline. Les adolescentes chahutent et se taquinent, font des yeux de biche à l'approche des garçons, se trémoussent et gloussent. C'est charmant et follement désuet. On craque pour la personnalité polissonne de Claudine, pour son esprit libre et sans concession. Ainsi, elle s'éprend de la nouvelle institutrice, prend la mouche dès que celle-ci devient trop cruche, ne supporte plus les manières obséquieuses du médecin trop pressant et ricane de vanité en apprenant que le professeur de musique en pince pour elle !

Cette bande dessinée m'a donné envie de replonger dans l'œuvre de Colette. Outre l'élégance et l'humour dans son histoire simple, on y respire le parfum de l'enfance, la nostalgie d'une époque surannée et le tabou des amours chuchotées. J'ai beaucoup aimé la subtilité de l'intrigue, où les indices et non-dits sont glissés avec délicatesse. Suggérer sans jamais dévoiler, en gros. C'est beau, c'est intelligent, c'est frais. Difficile de quitter cette école de jeunes filles devenue le théâtre d'une comédie légère et pétillante ! J'ai adoré. ♥

Gallimard Bande Dessinée coll. Fétiche / 2018

 

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Les délices de Tokyo, de Durian Sukegawa

Les délices de TokyoCoincé dans une échoppe située rue des cerisiers, Sentarô passe ses journées à préparer des dorayaki, ces pâtisseries japonaises à base de pâte de haricots rouges, qu'il vend pour la plupart à des collégiennes gloussantes et geignardes.

L'homme est las de son existence, mais doit éponger une dette et n'a donc pas trop le choix de son devenir. Un jour, il croise dans sa boutique une petite vieille aux mains déformées, qui se propose pour une embauche. D'abord réticent, Sentarô finit par céder à son chantage et lui confie les rênes de sa cuisine.

L'énigmatique Tokue est prodigieuse - sa recette des dorayaki est sans égale. Savoureuse, sucrée, onctueuse. Aussitôt, la clientèle afflue et Sentarô retrouve une certaine confiance... même si sa nouvelle employée lui inspire quelques inquiétudes car sa présence n'est pas du goût de la propriétaire, qui a eu vent de son passé et de ses lourds secrets.

Moi qui espérais une lecture printanière (fraîche et légère) j'ai eu la grande surprise de découvrir une histoire poignante et monotone. Au-delà du charme japonisant, c'est un récit empreint de pudeur et de poésie qui se déploie au cours des 5 heures d'écoute. C'est sans doute beau et émouvant, mais je n'ai pas été réceptive à la petite mélodie. Au contraire, j'ai trouvé ça lent, long, plat et assez fade. En gros, je suis complètement passée à côté. Quelle frustration...

©2016 Albin Michel. Traduit par Myriam Dartois-Ako

(P)2018 Audible Studios. Texte lu par Christine Braconnier (durée : 5h env.)

Excellente écoute avec une narratrice minutieuse et à la voix harmonieuse, qui saisit le poids des émotions sans charger la donne et qui fait preuve d'une grande subtilité dans le déroulement de l'histoire à lire. Une belle expérience. On retrouve également Christine Braconnier dans la série Anne Capestan de Sophie Hénaff.

 

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16/04/18

Je te vois, de Clare Mackintosh

Tu fais la même chose tous les jours - Quelqu'un d'autre le sait

je te vois clare mackintoshLors de son trajet de retour dans le train, Zoe Walker croit reconnaître sa photo dans un journal à petites annonces mais sa famille la détrompe en arguant qu'elle se fait des illusions. Toutefois, ce détail la turlupine et la pousse à compulser les précédentes éditions pour découvrir d'autres portraits de jeunes femmes illustrant le même site de rencontres. La panique la gagne quand elle réalise que certaines auraient été agressées, et vraisemblablement traquées par des abonnés qui les pisteraient grâce à des informations achetées sur un site internet. Par chance, Zoe trouve une oreille compatissante en la personne de Kelly Swift, ancienne enquêtrice criminelle, désormais affectée à la brigade des transports publics. Elle aussi rumine une ancienne affaire d'agression sexuelle, dont elle revit les heures sombres à travers le cas de Zoe. Persuadée que ses angoisses sont bien fondées, l'agent Swift va outrepasser ses fonctions et aborder la question sans détour. Résultat, je m'attendais à une lecture assez ordinaire et au final, je me retrouve avec un roman au suspense bien maîtrisé - et dont je n'avais absolument pas deviné la fin ! Rien que pour ça, cela vaut le coup de s'y attarder. Au programme, attendez-vous à de l'action lente, à de la manipulation mentale, à de la névrose et à la perspective glaçante d'être une cible potentielle à force de répéter la même routine ou d'afficher sa vie sur la toile. Paradoxalement, cette histoire installe un vrai climat de confiance, où l'on s'imprègne des pensées des personnages, on partage leur vie familiale et on côtoie leurs drames intimes. En même temps, on perçoit une voix inquiétante et la sensation malsaine du danger imminent, donc la position est loin d'être confortable. Certes, tout n'est pas parfait (longueurs et lourdeurs) mais globalement le roman s'en tire bien grâce à son tour de passe-passe final. J'ai d'ailleurs préféré ce titre au précédent, Te laisser partir.

© 2017 Pour la traduction française par Françoise Smith pour Hachette Livre (Marabout)

(P)2018 Audiolib. Texte lu par Marcha Van Boven. Durée : 12h

Très bonne lecture faite par Marcha Van Boven ... qu'on retrouve également dans la série Laurie Moran de Mary Higgins Clark & Alafair Burke.

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Les Prisonniers de la nuit, de Johan Heliot

Les prisonniers de la nuitSuite à une catastrophe écologique, la vie sur Terre n'est plus que l'ombre d'elle-même. Jon et sa famille vivent dans un grand Complexe technologique au cœur de la Vallée, mais les parents du garçon ont soudainement décidé de l'envoyer quinze jours dans un camp d'été dans les montagnes, soit-disant pour bousculer ses habitudes, faire de nouvelles rencontres et se dégourdir hors de son environnement préservé. Ce séjour n'enchante guère l'adolescent... qui découvre avec effroi un lieu abandonné, sans eau, sans électricité, et particulièrement énigmatique, car toutes les étoiles s'éteignent à la nuit tombée. Jon et ses compagnons vont ainsi organiser leur survie (trouver à boire, de quoi manger, faire du feu, repérer les alentours) même si des bisbilles éclatent au sein du groupe, faisant apparaître deux clans distincts. La tension sur le camp est palpable, alourdie par l'angoisse et les nombreuses interrogations que leur présence suscite. J'ai également eu le sentiment d'être happée dans ma lecture et de plonger dans un univers mystérieux qui peut faire penser à d'autres romans du même genre (Hunger Games, Sa Majesté des Mouches, Les enfants de Timpelbach, Gone...). Ou comment des enfants s'organisent dans un milieu hostile sans soutien parental. Enfin bref, l'histoire est assez surprenante et se lit incroyablement vite. Puis, changement de ton, changement de rythme, changement de décor aussi. Je vous laisse découvrir la suite, qui renverse la donne et chasse la sensation d'avoir déjà deviné la fin. Au-delà du thriller ou du roman d'aventures, c'est aussi une profonde réflexion sur notre façon de vivre et la vigilance à avoir pour sauvegarder notre milieu naturel. Très bonne découverte.

Seuil jeunesse, 2018 - illustration de couverture : Nelson Gonçalves

 

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