15/11/17

Watertown, de Jean-Claude Götting

WatertownPhilip Writing mène une existence paisible à Watertown, petite ville du Massachusetts. Paisible, pour ne pas dire insipide. Simple employé dans une compagnie d'assurances, il vit seul dans un appartement sans charme et termine ses journées en buvant de la bière avant de se coucher. Un matin, il s'arrête, comme à son habitude, dans la pâtisserie de M. Clarke pour y acheter un muffin. Au moment de saluer Maggie, la vendeuse, celle-ci lui annonce qu'elle ne sera plus là demain. Or, le jour d'après, Clarke est retrouvé mort dans sa cuisine. Maggie a bel et bien disparu. Deux ans plus tard, lors d'une visite chez son frère à Stockbridge, Writing croise dans une boutique d'antiquités le sosie de Maggie Laeger. Elle prétend pourtant s'appeler Marie Hotkins et nullement le connaître. Chiffonné, notre homme ne renonce pas si facilement et va rapidement élaborer de folles théories. Il entraîne, dans son sillage, un journaliste proche de la retraite, lequel va également connaître une fin tragique. C'est assez pour titiller la curiosité de notre homme et le plonger dans une folie obsessionnelle. Woow, que de mystères ! Et c'est franchement une réussite. Dès la première page, l'histoire nous accroche, dévoilant un scénario énigmatique et captivant. L'esthétisme est assez austère et d'une grande sobriété, mais conforte ce sentiment de climat lourd en secrets et autres faux-semblants. L'ensemble n'en demeure pas moins hypnotique. En faisant référence à un “polar hitchcockien”, l'éditeur ne se trompe pas. On retrouve aussi tous les codes du roman noir des années 60 - un héros solitaire, qui oublie la vacuité de sa vie en s'improvisant détective, une beauté blonde impénétrable, des disparitions étranges, une police démissionnaire, des petites villes paumées... C'est tout bon. Ambiance frileuse pour lecture envoûtante. Une découverte de choix !

Casterman, 2016

 

 

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Les petites victoires, par Yvon Roy

LES PETITES VICTOIRESChloé et Marc sont amoureux, ils vivent ensemble et décident d'avoir un enfant. Naît alors le petit Olivier, adorable poupon qui comble de joie ses parents. Et pourtant, les mois passent et le jeune couple n'ose admettre que leur fiston “a quelque chose”. Au bout d'un an, Olivier ne parle pas, il joue dans son coin ou reste scotché devant Rififi le lapin à la télé. Après quelques tests, le verdict tombe - l'enfant est autiste. La bulle de bonheur éclate. Pour Marc, toutes ses illusions s'effondrent. Et avec elles, viennent les doutes, la colère, l'incompréhension. Le couple est brisé. Seul avec son garçon, Marc va se ressaisir et mettre en place tout un cérémonial pour percer le monde secret de son fils. Lui apprendre à le regarder dans les yeux. Lui ôter ses angoisses. Calmer ses pleurs. Lui donner goût aux traditions. Couper son addiction à la télé. Rendre la réalité concrète. Chanter des chansons débiles. Aller au camping. Savourer toutes ces petites victoires qui jalonnent leur quotidien - entrer à l'école, intégrer une classe normale, faire des câlins... Voilà une lecture qui vous porte vers le haut avec son message positif et plein d'amour ! Je n'ai pas seulement été touchée par le combat de Marc, mais j'ai adopté comme lui le refus de baisser les bras, de demeurer passif face à ce coup du sort. Certes, Marc doit renoncer à des rêves (transmettre ses romans jeunesse gardés exprès pour son fils), à des clichés (quelle vie ? quel avenir ? pourra-t-il avoir une copine ?). Sa détresse est perceptible, elle se comprend et se partage, mais Marc est aussi un homme pugnace, qui choisit de mener son combat contre l'inaction. Il raconte ainsi chaque petit rituel mis en place, chaque petite évolution venue shooter la maladie, et ainsi déjouer les pronostics d'une défaite annoncée. C'est un parcours admirable, où se tisse une relation exceptionnelle entre un père et son fils, le tout dans un graphisme épuré, tout en noir et blanc, et pourtant très expressif. Une lecture pleine de tendresse et d'espoir. ♥

Rue de Sèvres, 2017

Feuilletage en ligne

 

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14/11/17

Sammy et ses losers fantastiques #2 : La colo de la mort, de Dave Cousins

sammy et ses losers fantastiques

Sammy et ses potes Charlie, Oscar, Donut, Gerbille, Nathan et Jas, de l’équipe des Fantastiques, catégorie U12 - également réputés pour être les losers du championnat - pensaient se rendre une semaine en colo de foot jusqu'à ce qu'ils découvrent la bourde incroyable survenue durant leur inscription, et les voici bloqués pour un stage de survie ! Panique à bord. Leur coach s'appelle Ivan le Survivant et annonce la couleur - tenue de camouflage, bras musclés et tatoués, œil de verre, cicatrice sur la joue, ceinture commando et poignard géant. AU-SECOURS. Nos jeunes amis ne sont définitivement pas prêts pour la compétition à venir. lls doivent en effet s'acclimater à un territoire hostile, contre des équipes surentraînées, et se bidouiller des campements résistant à la pluie, faire du feu, avaler des insectes, partir en trek, vivre le saut de la mort... C'est du Koh Lanta déjanté, car les épreuves sont narrées avec humour et plongent nos losers fantastiques dans des situations improbables. Tout est exagéré, poussé à l'extrême, forcément cocasse, avec des clins d'œil amusants à Hunger Games ou Harry Potter qui interpelleront les jeunes lecteurs. On retrouve également les aventures de Sammy dans Une équipe hors jeu qui traitent de leur passion pour le foot. Cette fois, notre escouade est plongée au cœur de la nature sauvage et se heurte à une concurrence redoutable. La bande de Sammy va cependant sortir du lot, pas seulement pour leurs maladresses, mais pour leur fair-play, en se résignant au tréfonds du classement, non sans avoir tiré une gloire personnelle en prêtant main forte à l'ennemi, mais ceci est une autre histoire... Ce petit roman illustré est une chouette lecture, pleine d'humour et d'anecdotes saugrenues. Sympa pour se divertir.

Grafiteen, un label des éditions Milan, 2017

 

 

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Pêle-Mêle : Le manchot qui en avait marre d'être pris pour un pingouin - La clé à molette - Un amour sur mesure - Samedi

le manchot qui en avait marre

Qu'on se le dise : un manchot n'est pas un pingouin ! Et que dire du lièvre qu'on prend pour un lapin, l'otarie qu'on confond avec le phoque, la chouette et le hibou, le bonobo pour le chimpanzé, l'alligator pour le crocodile, la guêpe et l'abeille... Ils sont légion à porter plainte et protestent d'être des animaux oubliés ! Quid de leur identité ? C'est comme s'ils étaient effacés. Alors, Pierrot Manchot, désormais leur porte-parole, a juré de s'époumonner pour être entendu et qu'on cesse ces abominables méprises. Convié à une célèbre émission tv, Monsieur Manchot se réjouit de la portée de cet entretien, et là... rions en chœur ! C'est franchement désopilant. Un album cocasse, intelligent et illustré de façon tout aussi humoristique. J'ai adoré ! ☺

Le manchot qui en avait marre d'être pris pour un pingouin, de Nicolas Digard & Christine Roussey

album Nathan, 2017

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La clé à molette

Bob a cassé son tricycle et souhaite le réparer, mais il ne trouve plus sa clé à molette. Il se rend donc au mégamarché où le vendeur l'embobine tant et si bien que notre jeune ami fait l'acquisition d'un chapeau-frigo, d'un pyjama musical et d'une machine à crier. Point de clé à molette dans tout ça ! Ses amis n'en reviennent pas de sa naïveté. Par contre, Bob se sent floué car il a entassé dans son placard des tonnes de gadgets inutiles et n'a plus un rond en poche. Mais en fouillant bien dans tout ce fratras, que ne voit-il pas là ? ... Une jolie fable pleine de drôlerie, qui dénonce tout de même notre tendance consumériste à outrance. C'est délicieusement illustré et raconté avec un zeste d'ironie. Génial à lire ! ☺

La clé à molette, d'Élise Gravel

album Nathan, 2016

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un amour sur mesure

Garganton est un géant minuscule et Mimolette une naine très très grande. Ces deux-là sont malheureux dans leurs royaumes respectifs, car rejetés et moqués, du fait de leurs différences. Tous deux, en larmes, finissent par se rencontrer et se confient leurs déboires. Bingo, ils tombent l'un et l'autre sous le charme et choisissent de filer en douce pour vivre leur amour loin du regard des gens haineux. Voilà un conte symbolique d'une grande force et qui explique aux enfants la notion de tolérance dans un monde où l'on cherche parfois à tout formater. Les magnifiques illustrations d'Alexandra Huard trouvent ici leur pleine mesure dans cette édition en grand format d'un texte déjà paru en collection poche.

Un amour sur mesure, de Roland Fuentès & Alexandra Huard

album Nathan, 2016

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samedi

Souvent, le samedi, les parents ne vont pas au travail et les enfants ne vont pas à l'école. C'est donc la journée idéale pour en profiter pleinement, dès potron-minet. Car une journée en famille, c'est sacré ! On partage tous les repas ensemble, mais aussi les jeux, les bêtises, les corvées. C'est une journée sensationnelle, qui hélas se termine trop tôt. Enfin, le lendemain, c'est dimanche. Et viva la fiesta ! Hanlala, cette lecture m'a carrément épuisée. Que d'énergie chez ce petit bonhomme - j'ai compati tout du long avec l'expression harassée des parents. Vivement lundi qu'on retourne au boulot, tiens. Cet album se destine idéalement aux familles dont le rythme de vie est coordonné de façon à ce que le weekend débute concrètement le vendredi soir, et ça... ce n'est pas gagné pour tous. Mais le message n'en demeure pas moins entendu - du temps libre en famille, quand on veut, dès qu'on peut ! ☺

Samedi, de Ian Lendler & Serge Bloch

album Nathan, 2016

 

 

Pêle-Mêle : Bart is back + Comment sauver son couple en dix leçons (ou pas) + La BD de Soledad

Bart is backEn 2015, un fait divers sordide fait la une des journaux en Floride - un chat enterré depuis cinq jours est sorti de la tombe sous le nez de son propriétaire abasourdi. L'animal a aussitôt été surnommé Zombie Cat. S'inspirant de cette histoire, Soledad Bravi imagine à son tour la folle épopée d'un chat ressuscité à travers ses neuf vies. Et croyez-moi, c'est trash ! Sitôt revenu à lui, après avoir été aplati par un camion, Zombie Cat est déchaîné après les humains et bouffe tout ce qu'il trouve sur son chemin, il parvient aussi à réveiller la fibre révolutionnaire chez ses camarades et les incite à redevenir sauvages. Puis Zombie Cat se lance dans la chanson, subit une chirurgie réparatrice, prend des vacances et s'envole en Chine. Là-bas, il sera kidnappé, séquestré, bouilli, rasé, enduit de glutamate, égorgé, grillé au chalumeau, vendu en sucette sur le marché... STOP ! C'est particulièrement dégoûtant, mais d'un humour caustique décapant. C'est féroce, mais piquant. Après tout, l'auteur dénonce les pratiques douteuses concernant la culture alimentaire en Asie, mais l'auteur retourne la question : voudriez-vous être une oie à Noël ? un agneau à Pâques ? et tout le reste de l'année, un cochon, un bœuf, un poulet, un lapin, un cheval ? ... À bon entendeur, salut. ☺

Bart is back, de Soledad Bravi

Folio BD, 2017

 

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Comment sauver son couple en dix leçonsJ'ai pour habitude de lire les albums jeunesse de Stephanie Blake, d'où ma grande surprise de la découvrir dans ce registre pour public adulte, où elle explore des facettes de son talent et de son humour au-delà des attentes usuelles. Et c'est tant mieux. Elle raconte donc l'histoire d'un couple usé par les années de mariage, du moins la femme est en pleine crise existentielle et aspire au renouveau. Mais elle doute. Elle s'interroge sur la vie à deux, elle fantasme et hésite à tout plaquer. Elle décide donc de mettre en pratique “10 leçons” de survie, qui conduisent souvent à la déconfiture. Ce portrait de couple est fatalement dans le vrai et renvoie des reflets que le lecteur percevra ci ou là pour son compte personnel. Surtout, n'y voyez aucune prétention à vous sortir de la mélasse, tout est à prendre au second degré. En clair, c'est délicieusement revanchard, sans réelle volonté de changer la donne, ni de bousculer les idées reçues. C'est plein d'humour et très actuel, mais surtout truffé de dérision avec une chute qui prête à sourire ! ☺

Comment sauver son couple en 10 leçons, de Stephanie Blake

Folio BD, 2017

 

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Pour rappel, on retrouve également l'univers récréatif de Soledad Bravi dans des compilations annuelles, qui regroupent toutes les planches parues dans ELLE, et qui racontent des tranches de vies pleines de légèreté et d’autodérision. Avec des illustrations inédites et d'autres surprises. 

BD DE SOLEDAD 1 BD DE SOLEDAD 2 BD DE SOLEDAD 4 

La BD de Soledad, Rue de Sèvres

 

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13/11/17

You don't know my name, de Kristen Orlando

You dont know my nameHabituée depuis toujours à masquer la vérité et jouer un rôle de composition, Reagan préserve en fait le secret de sa famille - ses parents sont tous deux membres d'élite d'une branche spéciale de la CIA, les Black Angels. Or, cette vie sans attache et faite de faux-semblants a un goût amer pour l'adolescente, lassée de mentir et de déménager en coupant tout contact avec ses amis. Il n'est pas rare que Reagan laisse entendre qu'une telle carrière ne l'attire guère, au grand dam de ses parents qui croient en son potentiel. Le climat à la maison est donc tendu. L'adolescente se sent incomprise et n'ose pas avouer qu'elle est tombée amoureuse de son voisin car elle a conscience des risques qu'elle fait courir à sa famille. Tiraillée entre cet amour naissant et sa loyauté envers ses parents, leur mission et leur couverture, Reagan perd un peu les pédales, elle s'embrouille avec sa mère, elle trahit son petit copain, puis elle s'enferme dans sa chambre avec ses doutes et ses angoisses. Cellule de crise chez les MacMillan. Seulement, la réalité ne laissera guère de temps aux atermoiements puisqu'une alerte rouge est lancée. Les parents de Reagan sont impliqués dans une prise d'otages qui vire au désastre, leur tête est mise à prix et leur fille court également un grand danger. Et c'est tout aussi soudainement que le roman bascule dans le chaos - action, traque, violence. Et beaucoup d'émotions au compteur.

C'est donc une lecture qui se découvre en deux temps, d'abord l'histoire dresse le portrait d'une adolescente en quête d'elle-même, qui remet en question les choix de ses parents et qui s'interroge sur ses propres désirs, puis la deuxième partie de l'histoire prend une ampleur plus dramatique, avec la mise en place de la filature et l'enquête pour couper l'herbe sous le pied de l'ennemi. On passe ainsi d'une entrée en matière lente et prospective, pour chavirer sur une exécution brutale et riche en sensations fortes. C'est plutôt déconcertant, car inégal, ce qui m'a d'ailleurs assez peu convaincue. La lecture est certes distrayante et entraînante, mais j'avais personnellement d'autres attentes - comme retrouver un roman d'espionnage, façon Nom de code : Digit d'Annabel Monaghan ! ☺

Milan, 2017 - Trad. Marie Cambolieu

 

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Magnetic Island, de Fabrice Colin

MAGNETIC ISLANDSe sentant broyé par une histoire familiale trop lourde pour lui, Cyan noie son désespoir dans l'alcool et est sujet à des crises d'angoisse qui l'ont déjà conduit à l'hôpital. Il faut dire que ça ne manque pas de secrets ni de mystères autour de lui - quatre ans plus tôt, sa sœur jumelle a disparu lors d'une sortie scolaire sur Magnetic Island, pas loin du lieu de tournage du film de leur père. Artus Fisher, célèbre réalisateur, est englué dans cette super production et n'a guère de temps à consacrer à son fils. Son épouse, France, a quitté le foyer pour son avocat et harcèle son ex pour signer les papiers du divorce. L'ambiance à la maison tourne donc en eau de boudin. Rien ne va plus, chacun est replié sur soi, ça gronde à chaque coin de page, et voilà qu'arrive une autre disparition - Divine, l'aînée de la fratrie, n'a plus donné signe de vie depuis cinq jours. La folie obsessionnelle de Cyan reprend de plus belle, son père le pousse à se rendre chez une addictologue, sa mère menace d'alerter la police et le fantôme de Holly refait surface. Ouhlàlà, quelle sombre histoire ! Mais le roman n'en demeure pas moins captivant. J'ai plongé tout de go dans les arcanes de cette intrigue aux nombreux revers familiaux, où les silences pèsent dans la balance et viennent noyer le poisson. On a, de plus, une perception biaisée des enjeux puisque tout est rapporté d'après Cyan, définitivement paumé et carrément désaxé. Le môme est en pleine déroute, il se cherche et cherche aussi la part de vérité parmi les mensonges qui gravitent autour de lui. Certaines révélations auront tout lieu de le désarçonner, par leur violence et leurs conséquences, même si la guérison exige de passer par là. L'atmosphère générale baigne dans le flou, ce qui est parfois déroutant et, malgré tout, enivrant. Car la petite musique du roman est ensorcelante et fait tourner les pages avec avidité pour connaître le dénouement. C'est cependant moins léger que dans Le pays qui te ressemble où l'auteur s'éclatait à dresser le portrait d'une autre famille dysfonctionnelle. Ici, c'est un roman qui vous happe dans sa bulle, où l'on pressent que tout n'est pas rose ni innocent.
Ce titre figurait parmi les 10 sélectionnés pour le Prix Vendredi, premier prix national de littérature ado, qui a finalement récompensé L'Aube sera grandiose d'Anne-Laure Bondoux.

Albin Michel coll. Litt' - 2017

 

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10/11/17

David Bowie n'est pas mort, de Sonia David

David Bowie n'est pas mortJe suis clairement dans une thématique à fendre l'âme, ces temps-ci, et j'enchaîne les lectures bouleversantes à un point... Je ne suis plus qu'une flaque de larmes, c'est dit. Ce roman de Sonia David a également fait big-bang dans mon cœur et ma tête. Il a pour lui de parler de famille dysfonctionnelle, de parents qui s'éteignent, de deuil à absorber, de souvenirs à redorer, de portraits sans fard à dessiner... C'est tout ça, mais c'est surtout terriblement personnel, ça résonne partout, ça vous touche et ça vous interpelle.
Hélène a 52 ans et deux sœurs, Anne et Émilie, qui ont respectivement 55 et 49 ans. Elles mènent chacune une existence autonome et se voient une fois par an pour conforter leur lien sororal. Fin mai 2015, Hélène apprend par téléphone la mort de sa mère. Un choc, plutôt qu'un chagrin, car Hélène avait pour sa mère, égoïste et fantasque, des sentiments contradictoires. Un an plus tard, c'est au tour de son père de tirer sa révérence - un père doux et mystérieux, qui aimait défendre ses idées avec ardeur.
Hélène et ses sœurs, Anne et Émilie, sont donc tiraillées entre la tristesse et la colère, jugeant, blâmant, condamnant. Leur mère était une “connasse” sans cœur, qui ne montrait jamais son affection, mais exerçait un chantage affectif à sa façon. A contrario, leur père brillait en société, se passionnait pour les débats et luttait contre les injustices, il avait abandonné le foyer familial, refait sa vie et s'était brouillé avec l'une de ses filles, il en souffrait mais avançait sans se retourner. Hélène et ses frangines ont ainsi grandi entre le marteau et l'enclume, se forgeant au mieux leur force de caractère et leur désir d'indépendance. Elles ont rapidement mis les voiles pour échapper au naufrage, mais se retrouvent pour gérer ensemble le deuil, pour évoquer leurs souvenirs, pour ranger, jeter, classer les papiers, pour organiser les funérailles, et disperser les cendres, pour se lancer dans des démarches administratives et renoncer à leur héritage.
Au milieu de ces deux disparitions, vient se glisser David Bowie. L'artiste est décédé début janvier 2016. Et avec lui, s'envole une autre part de l'enfance et déferlent les réminiscences d'un passé oublié. C'est toutefois à travers lui que la narratrice parvient à tisser les liens familiaux, à reconstruire son arbre bancal et à retrouver sa place sur l'échiquier. Elle nous raconte son histoire avec force et authenticité, c'est tout à la fois émouvant et bouleversant. D'une grande justesse, et d'une sincérité aussi magnifique que déconcertante.
En somme, j'ai beaucoup, beaucoup aimé. 

Fantastique Micky Sebastian qui est la lectrice pour Audible Studios de cette histoire renversante. 


>> Ce livre audio est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

©2017 Robert Laffont (P)2017 Audible Studios. Texte lu par Micky Sebastian - Durée : 4 h 18 

 

 

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09/11/17

Cinq centièmes de seconde, de Lois Lowry

Cinq centièmes de secondeL'université où travaille le père de Molly lui offre un an pour achever son roman. Profitant de l'occasion, la famille part s'installer à la campagne et loue une maison appartenant à un certain Will Banks. Le vieil homme, attaché à sa terre, livre à l'adolescente son histoire personnelle avec des trémolos dans la voix, mais va surtout lui inspirer ses premiers clichés photographiques et conduire à une passion qui ne faiblira pas. À la maison, l'ambiance aurait pu être meilleure si seulement Molly et sa sœur Meg ne partageaient pas la même chambre. Meg est l'aînée de quinze ans, c'est une jeune fille solaire, toujours entourée d'amis et très à l'aise dans le monde. Contrairement à Molly, sa cadette de deux ans, qui se juge quelconque et transparente. Malgré leur attachement, leur relation n'est pas de tout repos car les deux sœurs ont du mal à se comprendre et se chamaillent pour des broutilles. Toutefois, lorsque les sautes d'humeur de Meg viennent révéler un mal plus profond, c'est toute la vie de Molly qui prend un nouveau tournant. La jeune fille se voile la face et court se réfugier chez Will, avec qui elle parfait sa technique photo, et rencontre ses nouveaux voisins, Ben et Maria, qui attendent un heureux événement.

Cinq centièmes de seconde, c'est le temps qu'il a fallu pour figer à jamais une émotion, une image, une révélation. Et croyez-moi, la lecture de ce roman m'a broyé le cœur. J'ai fondu en larmes alors que l'histoire pressentait le drame et les sanglots, mais voilà, un soir de blues, plus à fleur de peau que jamais, j'ai lâché les écluses. L'histoire est attendrissante, et forcément émouvante. Elle parle de la famille et des relations parfois tendues entre sœurs, surtout à l'adolescence où les passions sont exacerbées et les malentendus nombreux viennent creuser inutilement le fossé. Ce roman, qui date en fait de 1977, dégage aussi une ambiance vintage délectable et dépaysante. J'ai aimé flâner dans cette campagne silencieuse et isolée, regarder à travers l'objectif de l'appareil photo, bêcher le jardin et planter des légumes, admirer la couture du patchwork... C'est une ambiance hors du temps, qui cadre à merveille avec ce portrait de famille tout en délicatesse. Très beau, très touchant.

Et je fais mienne cette citation : « Le temps passe et la vie continue ; il faut bien la vivre. Au bout d'un certain temps, on se souvient davantage des bonnes choses que des mauvaises. Puis, petit à petit, tout ce que le silence a vidé se remplit à nouveau de rires et de mots et les bords ébréchés de la tristesse sont lissés par les souvenirs. »

Casterman, 2017 pour la présente édition (préalablement paru sous le titre “Un été pour mourir” en 1993)

Traduction de Laurence Kiefé [A Summer to Die]

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08/11/17

La Belle et la Bête : Histoire éternelle, de Jennifer Donnelly

LA BELLE ET LA BETEPrisonnière du château de la Bête, Belle a su rapidement toucher le cœur de ses résidents. Les domestiques sont fous d'elle et, malgré ses dehors bougons, la Bête aussi s'adoucit en sa présence. Pourtant, la jeune fille est préoccupée par la santé de son père, sachant hélas qu'elle n'obtiendra jamais gain de cause pour le voir. Prisonnière elle est, prisonnière elle restera. Désireux de lui plaire, la Bête offre à Belle l'accès exclusif de la bibliothèque du château, espérant que son amour de la lecture chasse son humeur chagrine. Belle est charmée et explore les moindres recoins de ce cocon douillet. C'est ainsi qu'elle tombe sur un livre enchanté, qui la fait basculer dans un décor tout aussi féerique. À Nevermore, elle rencontre une comtesse qui la chouchoute et lui fait la promesse de retrouver son père dans ce monde, si elle accepte de rester. Belle pense vivre un rêve éveillé et succombe à la tentation.

Jennifer Donnelly propose ce charmant interlude pour accompagner l'histoire originale de La Belle et la Bête et ne lésine pas sur les douceurs sucrées pour engourdir le lecteur. Tout est onctueux, romantique et magique. On voit venir toutes les ficelles de l'intrigue, on soupire d'agacement devant la naïveté de l'héroïne et on ne tremble pas d'impatience dans l'attente du dénouement. Mais le rythme est vif et piquant, de quoi proprement emballer un jeune public. Pour ma part, peu sensible à la magie de Disney et n'aspirant aucun goût pour le film de Bill Condon, avec Emma Watson, cette Histoire éternelle n'a pas eu l'effet escompté - pas d'envoûtement, ni de fascination avec étoiles dans les yeux, ça m'a semblé plutôt godiche et sentimental. Mais je ne doute pas que la magie opère pour les incurables romantiques, qui jugeront la lecture adorable et merveilleuse.

Techniquement, la version audio est lue par Manon Azem, la voix française de l'actrice Emma Watson. Tout, ou presque, est impeccable - j'ai juste trouvé la prononciation des termes anglais trop exagérée. Et l'absence de toute bande sonore est assez déconcertante. C'est la première fois que cela arrive chez Audiolib ! 

©2017 Disney Enterprises, Inc.  / Hachette Livre. Traduit par Christophe Rosson

(P)2017 Audiolib. Lu par Manon Azem, la doubleuse officielle d’Emma Watson, notamment dans Harry Potter.