“Je m'ennuie au milieu de ces cotes toujours à la même place. Ça finit par me taper sur le système.”

Ce récit m'est apparu comme la logorrhée inépuisable d'une bibliothécaire aigrie par son travail. Un matin, au moment de prendre son poste, elle tombe sur un lecteur qui a passé la nuit dans la bibliothèque. Elle est surprise et rouspète, puis se met à lui parler, parler, parler. C'est long ! D'autant plus, qu'à aucun moment, son interlocuteur ne va intervenir, aussi se demande-t-on si cet individu existe vraiment !
Aussitôt la femme embraie sur son métier, son fonctionnement, expliquant ainsi la fameuse classification décimale de Dewey (cf. le titre du livre). Puis elle s'échappe dans de nombreuses digressions, ses réflexions deviennent acerbes, elle ne supporte pas ses collègues, elle vilipende la direction, trouve qu'ils ont mauvais goût, elle est frustrée d'être au sous-sol, rayon géographie, elle aurait préféré l'histoire.
Et puis, elle se sent transparente, inexistante, elle fait partie des murs, même les rares lecteurs qui descendent jusqu'à elle ne lui prêtent aucune attention, elle soupire, elle grince des dents, parfois elle se venge, elle fait aussi une fixation sur un certain Martin. Sauf que tout ceci ne la console pas de sa détresse. En gros, elle ne trouve aucun épanouissement dans son travail, elle le sait, et nous aussi. A peine les premières pages lues, on le ressent tout de suite.
Ce petit livre m'a donc semblé déconcertant, très amer et un peu lassant. Son flot de paroles, qui apparaît comme un gros bloc interminable et sans chapitre, a été pour moi un enfermement, c'est étouffant, tour à tour usant et agaçant. Je me suis sentie totalement étrangère au désarroi de la bibliothécaire, sa hargne contre le monde extérieur a fini par me gonfler, je n'ai jamais trouvé ça piquant, ou acide, ou drôle. Tant pis.
La cote 400, par Sophie Divry
10/18 (2013) ou aux éditions Les Allusifs, 2010
“Notre mariage était à l'image de notre couple et de notre ferme, à la fois exquis et désordonné, sublime et tumultueux.”

“Si nous voulons être heureux, nous ne devons pas l'oublier.” Ce sont surtout les valeurs véhiculées dans le livre qui m'ont plu. Après, c'est un témoignage d'une ancienne citadine qui découvre la vie à la ferme et se lance dans l'aventure avec son futur époux. Ici, pas d'ambiance croquignolette façon L'amour est dans le pré, Kristin rencontre Mark autour d'une éviscération de porc, puis tombe amoureuse de lui en avalant un foie de cerf. Sûr que, pour le glamour, on repassera.
Et pourtant, quelque chose m'a plu dans ce livre. Son côté rustique et rudimentaire, peut-être. Les petites anecdotes y sont un peu drôles, surtout surprenantes et parfois dégoûtantes (la violente attaque contre la vache Delia, il faut avoir le cœur bien accroché, et puis on zigouille les bêtes sans état d'âme, ça fait partie du cycle de la vie, chose que j'ai souvent du mal à cadrer...). C'est donc tout un parcours de vie qu'on découvre, Kristin était une jeune femme dynamique, qui aimait voyager, sortir, se rendre au pub, aller au restaurant ou au cinéma, avec Mark c'est une autre vie qu'il lui propose, et elle dit banco.
J'ai donc aimé l'authenticité de son témoignage, jamais elle ne triche, son métier est difficile mais gratifiant, son mari est entier mais généreux et entrepreneur, sa famille pense qu'elle va tout plaquer, mais elle est admirative et toujours la soutiendra. C'est ainsi, un ensemble de détails, de longues descriptions (fastidieuses) sur une aventure humaine, exigeante et hasardeuse, un portrait de femme forte, amoureuse et imparfaite (qui ne vacillerait pas, un matin, le dos fourbu, les mains bardées de cloques, les cheveux en pétard, le portefeuille vide ?). C'est un livre qui se lit avec curiosité, qui comporte des passages longuets et glauques, mais il dégage une très belle philosophie qui fait du bien, surtout ces temps-ci.
Une vie pleine, par Kristin Kimball
10-18 (2012) - traduit par Joëlle Touati
“With the Smithies, it was different. There was sometimes no telling where one of them began and the others left off.”

Sally, Celia, April et Bree se rencontrent sur le campus de la mythique université féminine de Smith, célèbre à la fois par la qualité de son enseignement et l'esprit féministe et libertaire qui y règne. Le roman s'ouvre sur l'annonce du mariage de Sally, auquel doivent se rendre ses trois copines, l'occasion pour chacune de ressasser leur première rencontre et le chemin accompli depuis.
J'avais, très honnêtement, beaucoup d'attentes concernant ce roman. Mais hélas j'ai été un chouïa déçue car je n'ai pas su m'attacher aux héroïnes, ni m'embarquer dans leur histoire. Pourtant, le roman fait plus de 500 pages et offre une perspective de lecture dense et palpitante. Au lieu de ça, je suis restée en marge du récit. Peut-être avais-je naïvement espéré une lecture plus légère, aussi j'ai vite déchanté en réalisant que le roman traite de thèmes forts et percutants (homosexualité, abus de faiblesse, viol, deuil, etc.), comprenant au fond de moi que j'avais fait fausse route.
En somme, c'est un roman d'initiation qui papillonne et illustre des jeunes femmes en pleine éclosion, à la découverte d'elles-mêmes, de leurs envies, de leurs désirs et de leurs peurs, ce sont donc des questions d'identité, de rôle et de place de la femme dans la société actuelle dont il est sujet ici. La lecture est fraîche et gazouillante en surface, mais recèle des amertumes profondes et (limite) déprimantes.
Et là, tout de suite, maintenant, cela ne collait pas du tout à mon humeur, ni à ma soif d'évasion. D'où la petite déception, pour ma part.
Les débutantes, par J. Courtney Sullivan
Livre de Poche (2013) - traduit par Frédéric Collay et Anne-Laure Paulmont
Hypothermie, lu par Jean-Marc Delhausse (Audiolib)
Tout commence par le suicide d'une femme, dans un chalet sur les bords d'un lac. Deux ans plus tôt, Maria avait perdu sa mère et en avait été très affectée. Ceci n'explique pourtant pas son geste, explique une amie de la défunte, qui tente de convaincre Erlendur d'enquêter sur sa mort en lui confiant une cassette d'un entretien qu'elle aurait eu avec un médium. La jeune femme avait foi dans le spiritisme car elle se sentait coupable de la mort (accidentelle) de son père, pendant son enfance.
Bien que dubitatif, Erlendur va s'attacher à cette histoire et fouiller le passé de Maria. De fil en aiguille, il va se rappeler son propre drame familial et les graves conséquences sur sa vie d'homme. Quelque part, cette histoire de deuil et de fantôme finit par résonner en lui comme une vieille ritournelle. Et quand on a lu, comme moi, le dernier roman en date (Etranges rivages), on n'est plus du tout surpris par les prises de position de notre commissaire apathique et solitaire. Promis, je ne juge pas, c'est écrit noir sur blanc dans le livre !
Une nouvelle fois, j'ai trouvé la lecture prenante, aux effets de style simples et épurés, mais tellement efficaces. J'ai été portée par la voix de Jean-Marc Delhausse (toujours lui !), sitôt les premières notes lancées, on n'a plus envie d'arrêter. Certes, les accents désabusés, l'amertume et le caractère grincheux de notre inspecteur peuvent paraître rédhibitoires, et puis pas du tout, car l'intrigue sera le déclencheur chez Erlendur d'un besoin d'enterrer - enfin - le passé. C'est à suivre, et c'est passionnant !
Hypothermie, par Arnaldur Indridason
Audiolib / éditions Métailié (2010) - traduit par Eric Boury
Texte intégral lu par Jean-Marc Delhausse
22/11/63, lu par François Montagut (Audiolib)
Pour l'anecdote, j'ai entamé ma lecture le 23 mai et vient seulement de la terminer le 5 juin. En version papier, le livre s'enorgueillit de 930 pages. (Enorme !) Imaginez qu'en livre audio, cela représente pas moins de 36 heures d'écoute !!! Carrément dantesque. Aussi, j'ai eu la sensation d'avoir traîné ce livre à l'infini. Pourtant le roman m'a plu, même s'il est vaguement coupable de longueurs et autres digressions.
L'histoire nous présente Jake Epping, professeur d'anglais, divorcé, qui découvre une fissure temporelle grâce à son copain Al, un cuistot au bout du rouleau. Cette plongée dans le temps le conduit en 1958, mais serait surtout une occasion pour réparer certaines destinées malheureuses, comme le massacre d'une famille entière, un accident de chasse ou même l'assassinat du président Kennedy en novembre 63.
D'abord incrédule, Jake tente une première expérience et en revient complètement emballé. Il prend toutefois le temps de planifier sa mission, puis se lance bille en tête. Jake devient George Amberson, un aspirant écrivain, qui va s'installer dans la petite ville de Jodie, dans le Texas, et y mener une existence tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Mais l'homme se sent heureux, bien dans ses baskets, et pas seulement parce qu'il vient de rencontrer l'amour de sa vie !
Parallèlement, Jake file le train à un certain Lee Harvey Oswald, et l'on découvre alors une Amérique violente, aigrie, raciste et rétrograde. La belle peinture d'une société insouciante vole en éclats, ce n'est pas comme si on nous apprenait quelque chose non plus, les manuels d'histoire ont fait le reste. Alors, peut-on corriger le passé sans craindre l'effet papillon ? A vous de le découvrir, quoi qu'il en soit la lecture est surprenante, voire haletante et flippante dans la dernière partie, où notre cœur bat à vive allure.
Toutefois, pour en arriver, la lecture aura été un tantinet laborieuse. Même si l'histoire est passionnante, partant d'une idée lumineuse et audacieuse, elle aura nécessité une copieuse documentation, dont on retrouve l'acharnement et la pertinence dans le récit, au risque d'alourdir le rythme aussi. J'aurais pu, également, m'attacher davantage à l'histoire d'amour, si seulement Jake avait trouvé un surnom autre que "ma pépette", le comble du ridicule selon moi. Mais je ne dis pas le contraire, mon petit cœur tout mou a fondu au moment opportun et a vibré aux dernières notes de l'histoire !
J'adresse, pour finir, toutes mes félicitations au comédien François Montagut, pour cette lecture marathon, qui a su tenir en éveil mon intérêt parfois flanchant. Sérieusement, il m'a fait vivre des scènes d'action de façon débordante et effroyable, j'avais l'impression d'y être, et juste comme ça, les voix travesties, oui, ça prête toujours à sourire... mais c'est le jeu. C'était aussi mon premier Stephen King, une expérience grisante, excitante, enrichissante, pour un roman ambitieux, certes victime de nombreuses digressions, mais qui s'en tire sur une belle pirouette, avec une note particulièrement touchante, donc j'en sors ravie !
22/11/63, par Stephen King
Audiolib / Albin Michel, 2013 - traduit par Nadine Gassie
texte intégral lu par François Montagut (durée : 36h02)
BD Kids : Les Quatre Sœurs ♥
Je ne vous présente plus la série de Malika Ferdjoukh, Quatre soeurs, dont je suis complètement fada depuis l'été 2007. J'ai lu, aussi, la bande dessinée adaptée par Cati Baur, Enid, en croisant les doigts bien fort pour qu'une suite voit jour tôt ou tard. Et enfin, je plonge dans cette compilation de toutes les planches parues dans le magazine Je Bouquine, pour mon plus grand bonheur.
Alors, d'abord il faut que je vous prévienne, ce n'est pas tout à fait comme dans le livre, disons que ce sont des bouts d'histoire mettant en scène nos cinq filles Verdelaine (Enid, Hortense, Bettina, Geneviève et Charlie), en deux pages simplement, c'est bouclé. On ne revit pas toutes les aventures déjà lues dans la série des 4 livres édités par l'Ecole des Loisirs. C'est différent, mais l'esprit est le même.
De plus, c'est Malika Ferdjoukh elle-même qui s'occupe des légendes et commentaires, elle nous raconte chaque saynète, avec sa verve et sa poésie légendaire, donc ne craignez pas d'être dépaysés, c'est tout le contraire ! Elle s'est ensuite appuyée sur le talent facétieux de Lucie Durbiano pour illustrer tout son beau monde, alors pas besoin de vous dire que la magie opère instantanément !
J'ai follement aimé me glisser entre les pages de ce livre, j'ai apprécié chaque petite anecdote car cela m'a rappelé l'enthousiasme ressenti lors de toute ma première lecture de la série. Les sœurs Verdelaine sont des filles formidables, avec des préoccupations de leur âge (les garçons, les seins, la famille, l'argent, les fantômes, les chats, la maison, les copines...). C'est tendre, drôle, attachant. Je ne me lasse pas de retrouver ce bel univers, fantaisiste et à l'imagination débordante.
Les Quatre Sœurs : 4 saisons, par Malika Ferdjoukh et Lucie Durbiano
BD Kids / Je Bouquine (2013)
“Les groupes à cheveux gras ont des vertus thérapeutiques insoupçonnées.” ☺

Dans ce troisième tome, nous avons le retour de l'ex maudit, fichtre, mais aussi une équation ô combien complexe sur les relations entre Ruby et son ami Noel, sa copine Nora et le frère de celle-ci, Gideon. Tout ça, tout ça. Forcément, cela signifie le retour des fameuses crises d'angoisse pour notre adolescente névrotique. De quoi offrir au Docteur Z de nouvelles longues séances à picorer ses Nicorette, avec stoïcisme, tout en pointant le doigt sur là où ça fait mal (la fièvre du lapin, vraiment ?!).
Vous l'avez compris, on ne s'ennuie pas une seconde. Les questions existentielles que se posent Ruby semblent tellement superficielles, elles tournent autour des garçons et de sa propension à accorder son cœur pour tel ou tel spécimen, quelle poisse d'avoir l'embarras du choix, et aussi une conscience aigüe de ne pas vouloir répéter les mêmes erreurs (son passé de supposée allumeuse, gare au retour !). Toutefois, Ruby exagère aussi, quand on songe au cas de Noel, tellement trognon, on se dit qu'elle se met des barrières ridicules, ne parlons pas de Jackson, la coupe est pleine ! ...
Il y a dans cette série une fraîcheur irrésistible à suivre les élucubrations d'une lycéenne qui exprime ses souhaits et ses espoirs afin de rendre plus harmonieuses ses relations avec les personnes de son entourage (oui, voilà en gros toute l'histoire !). L'humour ne masque pas la sensibilité de la jeune fille, sa souffrance d'être constamment jugée et incomprise, et même la fin échappe à toute mièvrerie. C'est foncièrement une lecture réjouissante, vive et espiègle, où l'on comprend que la vie est parfois riche d'un enseignement puisé dans le retro metal, avec des répliques cultes du genre : Les groupes à cheveux gras ont des vertus thérapeutiques insoupçonnées ! ^-^
Ce livre a déjà été édité en 2010 sous le titre Le retour de l'allumeuse.
Le journal de Ruby Oliver #3 : Un grand moment de solitude, par E. Lockhart
Casterman poche, 2013 - traduit par Antoine Pinchot
“I still expect life to be like the movies.”

Donc, suite à L'amour avec un grand Z, la vie sociale et amoureuse de Ruby est au point mort, mais la demoiselle ne manquant pas de ressources, il est permis d'espérer un retour d'éclaircie sur sa petite vie d'ado névrosée. Certes, son ancien groupe de meilleures amies ne lui parle plus, son ex souffle toujours le chaud et le froid, non mais quel mufle, Ruby ne sait plus sur quel pied danser, l'andouille, ce type intoxique ses pensées et son cœur, c'est à se demander quand finira-t-elle par enfin se purifier l'esprit !!!
Et pourtant, autour d'elle, les occasions ne manquent pas, certes elle s'étourdit dans les bras d'Angelo, elle s'entend aussi à merveille avec Noel, son partenaire de sciences, mais se demande s'il serait judicieux de briser une amitié, car pour dire les choses franchement, Ruby ne sait pas ce qu'elle veut ! Elle a fêté ses 16 ans, passé son permis de conduire et décroché un job au zoo. Ce sont des petits progrès, mais elle n'est pas peu fière de les rapporter à sa thérapeute, le Docteur Z.
Si le 1er tome vous a plu, alors forcément vous allez prendre plaisir à renouer avec le ton sarcastique et les aventures mouvementées de Ruby Oliver. C'est toujours aussi fin, subtil et touchant, avec une pointe d'humour pour bien faire avaler la pilule de l'amertume, après la débandade de l'année précédente. Haut les cœurs, Ruby ! A signaler : le roman a déjà été édité en 2008 sous le titre : Le grand livre des garçons.
Le journal de Ruby Oliver #2 : L'art de perdre les pédales, par E. Lockhart
Casterman poche, 2013 - traduit par Antoine Pinchot
“J'espère que tu changeras le monde, et sache que tu as été le meilleur refuge possible contre la tempête.” (Arsène)

Arsène, c'est le petit nom que donne le narrateur de l'histoire, Georges, à la jeune fille qui vient d'emménager dans l'appartement en face de celui de ses parents. Et c'est tout un honneur, mes amis, car le garçon porte aux nues le célèbre entraîneur de l'équipe de foot d'Arsenal, monsieur Arsène Wenger himself. Cette fille, donc, est tellement tout, tellement fascinante, c'est carrément un numéro dix, selon lui, qu'elle ne pouvait mériter meilleure distinction.
Pour son entrée en 6ème, les parents de Georges lui ont offert un cadeau utile et intelligent, une paire de jumelles. Lui, le môme, se rince l'œil en balayant le quartier et découvre sa voisine en train d'accrocher des rideaux, la musique à fond, et la maladresse en bandoulière. C'est comme ça qu'il tombe amoureux, Georges. Pour la première fois de sa vie. Il décide alors une tactique d'approche en proposant de balader son gros chien, Nadja, pendant qu'elle s'occupe à ses petites affaires. La demoiselle est conquise, ce petit bonhomme lui plaît bien.
Mais bon, Arsène est aussi une jeune femme mystérieuse, qu'on cerne à moitié, ou seulement grâce à la perspicacité du libraire, Monsieur Ali, qui a l'œil et veut protéger son petit monde. Parce que la vérité n'est pas belle, mais finalement je m'en moque un peu. Car c'est toute une vie de quartier qui m'a été permis de découvrir et d'apprécier, avec des personnages hauts en couleur et bougrement attachants (à l'exception d'Arsène, dont la personnalité sombre et impénétrable m'a laissée de marbre). En somme, j'ai aimé la forme du récit, une histoire teintée de couleurs et de facéties, mais j'ai hélas été peu sensible au fond et suis souvent demeurée en retrait.
Ce roman est servi par une nouvelle plume, Juliette Arnaud, qui s'est déjà fait connaître pour ses talents de comédienne (Arrête de pleurer Pénélope).
Arsène, par Juliette Arnaud
Casterman, 2012 - illustration & graphisme : Djohr
“Je ne sais pas s'il existe un homme de ma vie. Je crois que je préfère la variété.”

Ce roman est en fait déjà paru sous le titre de Journal d'une allumeuse, mais l'éditeur a choisi de relancer la série au format de poche, et dans un ordre enfin cohérent. Donc, présentation de notre héroïne : Ruby Oliver, quinze ans, cinq crises d'angoisse en seulement dix jours, doit suivre une thérapie auprès du Docteur Z. Son problème, c'est de cumuler des expériences malheureuses ou illusoires avec des garçons, depuis qu'elle est en âge de conter fleurette.
Pour ses séances, il lui fallu notamment dresser la liste des garçons qui auraient contribué à son état de déconfiture. Ils sont au nombre de 15, du plus innocent au plus goujat, même si Ruby s'échine à pardonner l'inexcusable ou jouer à l'autruche pour ne pas assumer ses nombreuses erreurs. Hélas pour elle, la liste va être reproduite et glissée dans le casier de tous les lycéens de Tate. Sa réputation est fichue, elle est traitée de lépreuse et d'allumeuse, même ses meilleures copines lui tournent le dos, Ruby est seule, désemparée. Il est temps de découvrir dans quel micmac elle s'est fourrée !
Ce serait mentir que de cantonner cette série à une lecture girly, même si l'on parle essentiellement d'histoires d'amour, de baisers volés, de dragues et de pelotages en douce, ce n'est certainement pas QU'UNE série sur des sujets futiles. Le mal-être de Ruby est profond, sincère, et pas seulement traité avec légèreté. Il y a une détresse réelle dans son histoire, où l'on cerne une perte de confiance en soi et un besoin d'évacuer le trop-plein d'émotions. C'est assez distrayant, mais sensible et sincère aussi, à travers sa démarche de blablater sur tout et rien, en n'édulcorant jamais le fond du problème.
Cette série gagne à être connue, sous le ton caustique et bassement comique, se trouve un récit poignant et déstabilisant sur les rapports qu'entretiennent les adolescents, à travers leurs relations sentimentales et amicales. La suite comprend L'art de perdre les pédales, Un grand moment de solitude puis Pas très rond dans ma tête.
Le journal de Ruby Oliver #1 : L'amour avec un grand Z, par E. Lockhart
Casterman poche, 2013 - traduit par Antoine Pinchot







