10/07/19

L'oubli, par Emma Healey

L'oubli, d'Emma HealeyRemarquable ! Ce roman nous glisse dans la peau de Maud, une vieille dame atteinte de la maladie d'Alzheimer. Avec elle, on perd aussi ses repères, on radote, on confond le présent et le passé, on tourne en rond. C'est bluffant.
Vivant seule dans sa maison, assistée de sa fille et de sa petite-fille, Maud a pour obsession son amie Elizabeth. Sans nouvelles de sa part, elle est persuadée qu'elle a disparu. Elle harcèle son fils de coups de fil, se rend au commissariat de police, se faufile dans son jardin. Elle rassemble ainsi les preuves mais demeure impuissante à alerter ses proches.
En creusant bien, on réalise aussi qu'une autre tragédie se mêle à ses souvenirs avec la disparition de sa sœur Sukey, près de soixante-dix ans plus tôt, laissant sa famille dans la plus grande incertitude, les doutes planant toujours sur son mari Franck.
Commence alors le véritable challenge du roman, à savoir comment démêler la vérité dans ce magma de pensées embrouillées ? C'est toute la prouesse de l'histoire qui nous confine dans l'esprit de Maud - narration à la 1ère personne - et qui nous fait avancer à tâtons dans la lecture. Aucune action, une analyse pertinente et une tension psychologique au taquet.
On embarque à bord avec une totale confiance, curieux de connaître la suite et soucieux du personnage de Maud dont la maladie est décrite très justement. Un premier roman réussi !

Pocket (2015) - Traduit par Corinne Daniellot pour les éditions Sonatine

Titre VO : Elizabeth is Missing

 

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08/07/19

Filles de la mer, de Mary Lynn Bracht

Ce roman inspiré de faits historiques est passionnant mais également déchirant pour tout ce qu'il rapporte ! Pfiou... c'est très dur à lire parfois.

Filles de la mer

C'est l'histoire d'une jeune coréenne de seize ans qui, en 1943, a été arrachée à sa famille pour être envoyée dans un bordel en Mandchourie et servir de “femme de réconfort” aux soldats japonais. Témoin de son enlèvement, sa jeune sœur n'a jamais pu oublier ce jour tragique. On la retrouve près de soixante-dix ans plus tard en train de manifester sur les places de Séoul pour connaître son sort.

Raconté par alternance, le roman nous tient en haleine à travers les voix de Hana et Emi dont chaque parcours soulève bien des injustices, des drames, des larmes, de l'horreur. J'ai eu la boule au ventre plus d'une fois au cours de ma lecture. Et pourtant, pour rien au monde je n'aurais voulu mettre pause ou abandonner ce livre.
D'un côté c'est hyper poignant et douloureux à encaisser. D'un autre, on est surpris par sa force romanesque et obnubilé par la suite de l'histoire. On a autant envie de soutenir les deux sœurs et de découvrir leur sombre destinée.

C'est sans doute paradoxal à avouer mais j'ai adoré ce roman ! Je ne suis d'ailleurs pas prête d'oublier le sort misérable des coréennes victimes de l'esclavage sexuel (et plus largement, les ravages imprimés par la grande Histoire sur ce coin du Pacifique). Absolument traumatisant. Un bel hommage est également rendu à la culture des haenyeo - ces fameuses filles de la mer qui plongent en apnée pour pêcher. Une vraie lecture coup de poing.

©2018 Robert Laffont. Traduit par Sarah Tardy (P)2019 Audible Studios

Le choix de la lectrice a également été décisif car Micky Sebastian est une comédienne formidable - sa voix, son interprétation, sa sensibilité, sa justesse... Tout est extrêmement poignant, bouleversant, percutant. Je ne suis jamais déçue des lectures qu'elle exécute ! C'est tout simplement prodigieux.

 

Repris en Février 2019 chez POCKET

FILLES DE LA MER pocket

 

 

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06/07/19

Une proie si facile, par Laura Marshall

UNE PROIE SI FACILEAttention, attention : narratrice passablement mollassonne et passive droit devant !
Cela fait vingt-cinq ans que Louise a quitté le lycée mais elle vit toujours dans le souvenir de ses années brouillonnes, à vouloir suivre le mouvement et faire partie du groupe des populaires. Pour y parvenir elle était prête à se moquer d'une copine et de la pousser au suicide.
Oui, c'est flippant.
Aujourd'hui Louise est divorcée (de son béguin du lycée) et maman d'un garçon de quatre ans. Elle aurait lancé sa propre boîte de décoration intérieure sauf qu'on la voit beaucoup tâtonner et se rappeler de boucler ses dossiers. 
Un autre sujet la turlupine car elle vient de recevoir une invitation sur Facebook d'une camarade qu'elle croyait morte. Louise est donc persuadée d'être la cible d'une abominable vengeance et cherche à recontacter ses amis de l'époque pour la prochaine réunion de leur ancienne promotion.
On a surtout le sentiment que le temps s'est figé pour tous - les pestes sont toujours aussi garces et les moutons encore plus dociles et veules. Mais on s'interroge aussi sur leurs petits coups bas et les conséquences de leurs actes.
D'où une lecture aux impressions mitigées - ça se lit vite parce qu'il y a du suspense mais le dénouement est plat et les personnages pas brillants. Ça illustre cependant cette tendance à afficher sur internet un semblant de vie artificielle pour masquer la cruelle réalité.
Un constat qui me hérisse le poil !

Fleuve Editions, Collection Fleuve noir (2018)

Traduit par Silke ZIMMERMANN - Titre VO : Friend Request

 

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La mémoire des embruns, de Karen Viggers

La mémoire des embruns... Cette déception après lecture ! J'avais gardé ce roman bien au chaud sur mes étagères *depuis des années* et lorsque je tente enfin une plongée en me frottant les mains, je ne vous raconte pas le gros plouf de dépit.
Car l'histoire est mélancolique mais usante. Elle traîne en longueur et alterne deux parcours - celui d'une vieille dame et de son fils cadet.
Mary a choisi de retourner sur une île isolée pour revivre ses souvenirs de jeune femme mariée et épouse du gardien de phare. Tom a perdu le goût du bonheur après son divorce et ne sait plus sur quel pied danser avec une jeune scientifique - sans doute trop spontanée et indépendante pour convenir à son manque de confiance.

Cela nous donne un roman en mode contemplatif et néanmoins monotone.
Mais que de lassitude !
Par contre on nous vend du rêve pour les décors... Tasmanie, île Bruny, Terre Adélie... C'est là tout le côté sauvage et farouche du bouquin.

©2011 Titre original : The Lightkeeper's Wife. Édition française publiée par les Éditions Les Escales.
Traduit par Isabelle Chapman

(P)2019 Lizzie, Version intégrale

La voix de la comédienne, Pénélope Perdereau, est la plus prégnante et captivante à écouter... dommage de trouver trop de descriptions dans le récit.

 

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05/07/19

24 épisodes pour lui plaire, par Maurene Goo

24 épisodes pour lui plaireTellement drôle et adorable !

Desi est une élève brillante, compétitrice dans l'âme, fonceuse et déterminée à réussir tout ce qu'elle entreprend. Par contre c'est une vraie quiche en amour - comme l'atteste sa longue liste de mésaventures estampillées gaffes du siècle.
La jeune fille est dépitée mais ne s'avoue pas vaincue quand débarque le nouvel élève du lycée. Elle s'inspire alors des séries coréennes - dont raffole son père - et met au point un plan en 24 étapes pour conquérir le beau gosse.


Son projet est complètement farfelu. Complètement dingue. Souvent ses idées dérapent dans des situations ubuesques. Mais alors, qu'est-ce qu'on se marre ! Cette lecture est franchement réjouissante car pleine de fraîcheur et de bonne humeur.
On craque pour la relation entre Desi et son père, d'une harmonie exemplaire. De toute manière, il y a une belle brochette de personnages irrésistibles dans ce livre. Il règne aussi une ambiance chaleureuse qui nous fait sentir merveilleusement bien et qui nous fend le cœur au moment de tourner la dernière page.
Hautement recommandable pour les vacances !

Milan (2019) - Traduit par Alison Jacquet-Robert

Titre VO : I Believe in a Thing Called Love

 

« J'extirpe ma fameuse liste, complètement trempée à présent, le papier en bouillie et l'encre dégoulinante.
J'ai envie de la déchirer en petits morceaux, de l'avaler même, si possible. Mais plus je regarde cette feuille, avec ses règles et ses étapes ridicules, plus je commence à comprendre pourquoi j'aime tant les dramas. Ce n'est pas parce qu'ils sont utiles ou qu'ils m'ont aidée. Mais parce qu'ils racontent des histoires d'amour sans concession.
Oui, les scénarios sont clownesques, les clichés épuisants et les drames vraiment dramatiques. Mais au bout du compte, ils mettent en scène des personnages qui restent ensemble contre vents et marées, sans savoir ce que l'avenir leur réserve. Vivre le grand amour, c'est prendre des risques en ayant la foi. Il n'y a jamais de garanties. »

 

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Les carnets de ma vie (presque) ordinaire : Salades et mots d'amour, par Virginy L. Sam & Clotka

les carnets de ma vie presque ordinaire 3

Ça tâtonne, ça tâtonne dans ce troisième tome... Lila-Lou est toujours aussi paumée et désemparée. Son collège vient de lancer un nouveau projet saugrenu (mettre à contribution tous les élèves dans l'entretien et la coordination de l'établissement). Un scandale.

À la maison, ses parents se chamaillent tout le temps. Sa mère est à fond dans les salades, son père dans sa thérapie. Sa sœur est verte de jalousie du prochain tournage dans lequel Lila-Lou côtoie une star de cinéma. Ses séances de boxe sont tristounettes. Son soupirant est fuyant. Un nouveau voisin vient d'acquérir la vieille bicoque qu'on prétend hantée et se présente chez les Tabouret avec son fiston. Le cœur de notre héroïne fait des sauts de cabri, son esprit est en surchauffe. Heureusement sa meilleure copine débarque en surprise pour égayer son weekend.

On n'avance pas beaucoup dans l'histoire mais les indices qui s'y faufilent laissent profiler un prochain épisode riche en rebondissements ! En attendant, on avale une bonne tranche de gaieté et de crispation juvénile avec l'air de ne pas y toucher.

Voilà une série dans l'air du temps et qui se lit avec beaucoup de plaisir.

La Martinière J. (2019) - illustrations de Clotka

 

 

 

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Pêle-mêle : Comment Akouba inventa l'écriture - Le bon côté du mur - Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill

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Dans le village d'Akouba, les enfants sont tous frappés d'une étrange maladie : tout ce qu'ils apprennent le jour s'évapore dans la nuit. Chaque matin, leur maître est dépité face à ses élèves amnésiques.

Akouba, qui a soif d'apprendre, cherche une solution : graver des chiffres dans le sable ou sur une tablette... Mais ses tentatives ne sont guère concluantes. Puis il remarque la technique de sa mère qui, à base de poudre de noix, est capable de teindre les vêtements et les foulards de la maison.

Le lendemain, Akouba a tout oublié des leçons de son maître mais il a enfin trouvé le remède pour rattraper le temps perdu.

Cette histoire de transmission et de savoir est admirablement racontée par Jean-Philippe Arrou-Vignod et résonne comme un hymne à l'écriture à travers un conte universel et malicieux. Une belle histoire mise en lumière par Tali Ebrard.

Comment Akouba inventa l'écriture, par Jean-Philippe Arrou-Vignod & Tali Ebrad

Gallimard Jeunesse, 2019

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J01788

Un mur sépare ce livre : à gauche, le petit bonhomme assure qu'il est du bon côté, plus calme, bien planqué, à l'abri de tout danger. En effet, de l'autre côté du mur, il y a des fauves et surtout un ogre qui rêve de tout dévorer.

C'est du moins ce que raconte notre petit bonhomme... qui ne réalise pas la montée des eaux, les bestioles qui nagent, qui avalent, qui croquent... Et l'eau, toujours, continue de monter.

Tel est pris qui croyait prendre ! Ou l'exceptionnelle destinée d'un petit bonhomme aux idées trop arrêtées.

Cette histoire est aussi un beau pied de nez aux préjugés et aux trouilles répandues sur le vivre ensemble, entre nous, loin des autres, derrière nos lignes et nos frontières. C'est raconté avec beaucoup de tendresse et d'ironie pour une lecture vraiment, vraiment hilarante. Franchement TOP.

Le bon côté du mur, par Jon Agee

Gallimard Jeunesse, 2019

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J01964

Jean fait sa rentrée en cours préparatoire, avec un peu la trouille au ventre. Quand la maîtresse demande à chaque enfant la profession des parents, Jean s'inquiète et répond dans un souffle : "Mon père est patron, ma mère secrétaire".

En vérité, cette dernière est depuis longtemps absente car elle voyage autour du monde. Et c'est à la petite voisine, Michèle, qu'elle envoie des cartes postales à faire lire au garçon. Très vite, Jean se prend à rêver... Buffalo Bill, les cowboys, les indiens, il en a des étoiles plein les yeux.

L'histoire de Jean est un fabuleux mélange d'innocence et d'émotion, ponctuée par les jeux d'enfant, l'insouciance, les rires, mais aussi les espoirs insensés. Sa maman lui manque, mais Jean n'ose pas se confier à son père ou à sa gouvernante (Yvette, la reine du chocolat glacé). Il compense plutôt par son imagination débordante, même si ça ne trompe pas le lecteur non plus !

L'histoire est belle, adorable et émouvante. Elle évoque aussi la tendre nostalgie des années 70 (ah, ces fameuses tirettes !). C'est dégoulinant de tendresse, de fraîcheur et de mots couverts. On ne dit pas, on chuchote. Tout ça raconté sous le format d'une bande dessinée, entre fausse candeur, sourires et larmes. Une très jolie réussite.

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, par Jean Regnaud & Emile Bravo

Gallimard Jeunesse coll. Folio Junior - 2019

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Pêle-mêle : Mia contre le monstre terrible - La fois où mémé a vaincu un taureau - La rentrée de Roudoudou

Mia contre le monstre terrible

Mia et son ami Grochat se promènent dans la forêt et croisent leurs petits camarades... Bonjour Hérisson, Renard, les petites Souris et les bébés Lapins... Mais l'heure tourne et le ventre de Grochat crie famine. Et là, tenez-vous bien, Mia farfouille dans son épaisse chevelure et dégote des beignets pour caler la fringale passagère de son compagnon.

Ils reprennent le chemin de la maison mais constatent que leurs camarades ont tous disparu ! Au même moment, tout devient noir pour nos amis. Mia et Grochat ont été kidnappés par un Monstre terrible qui cherche à concoter une bonne soupe à base d'ingrédients rarissimes. Ho-ho, les voilà tous en danger !
À moins de fouiller encore et toujours dans les cheveux incroyables de la fillette...

Cette fabuleuse histoire porte la touche facétieuse de Nadia Shireen qui fait mouche ! C'est adorable et drôle, avec une bonne dose d'ingéniosité pour détourner l'esprit nigaud de notre gros monstre terrible. On sourit, on rigole, on s'étonne, on en demande encore. C'est impayable.

Mia contre le monstre terrible, par Nadia Shireen

Album Nathan, 2019

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La fois où mémé a vaincu un taureau

Faisons connaissance avec la nouvelle héroïne de Vincent Cuvellier - qui n'est autre que sa Mémé quand elle était jeune, intrépide et frondeuse. Mémé vivait à la campagne et n'allait pas à l'école le jeudi. Pour s'occuper, elle traînait avec son voisin Mimile pour garder ensemble les dix vaches de son troupeau. Mimile aussi est un drôle de numéro - il ne va pas à l'école, ne sait ni lire ni écrire mais il connaît les animaux comme sa poche et il adore les chewing-gums américains. Oh yeah.

Un jour, Mimile et Mémé tombent nez-à-nez avec le taureau de la ferme d'à côté. Angelo est en pétard et veut tout défoncer... mais notre héroïne a une solution : elle chipe le pantalon rouge de son copain et taquine la bête à grands coups de olé. Hop, direction l'étable ! Et une bonne frousse pour nos compères. Tout est bien qui finit bien... jusqu'aux prochaines aventures (à paraître en octobre).

C'est encore une fois une lecture pleine d'humour et d'impertinence - comme a coutume d'écrire Vincent Cuvellier - accompagnée des illustrations pimpantes de Marion Piffaretti. Un super tandem !

La fois où Mémé a vaincu un taureau ! par Vincent Cuvellier & Marion Piffaretti

Nathan, 2019

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La rentrée de Roudoudou

La classe de mademoiselle Kiwiwi vient d’adopter un cochon d’Inde qui montre rapidement des signes de fatigue ou de lassitude. Les élèves sont inquiets et se mobilisent pour lui changer les idées : ils l'emportent en weekend à la maison, lui décorent sa cage, inventent des nouveaux jeux. Mais le moral de Roudoudou est au plus bas. Il devient urgent de téléphoner au vétérinaire pour trouver le bon antidote !

Une petite lecture toute mignonne sur l'amitié et le soin apporté aux animaux de compagnie. Assez ordinaire et néanmoins sympa pour les plus jeunes.

La rentrée de Roudoudou, par Claudia Bielinsky

bayard jeunesse, 2019

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03/07/19

Au cœur de l'été (Meurtres à Sandhamn #5), de Viveca Sten

Au cœur de l'étéDes adolescents profitent du weekend de la Saint-Jean pour s'éclater en buvant et consommant de la drogue dans le dos des parents. Seulement, au petit matin, une fille a disparu et un garçon est retrouvé mort sur la plage. La bande de potes est convoquée par la police pour dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Un jeu dangereux avec des acteurs pas très dignes de confiance.

En fait, cette enquête se lit avec grand plaisir car elle bouscule les habitudes des derniers épisodes (devenus trop tièdes). Thomas ou Nora ne sont plus forcément les têtes d'affiche même s'ils demeurent présents et continuent de vivre leur vie sous nos yeux de bête curieuse. Nora est plus particulièrement assez discrète - moins de jérémiades et d'étonnantes surprises dans son paysage amoureux. Toutefois, on se doute que cela ne va pas durer car une nouvelle tourmente est en approche... et ça craint !

Pour le côté familier et intimiste, je trouve cette série vraiment extra. Hyper confortable et absolument idyllique avec Sandhamn en paradis perdu. Ensuite l'histoire est prenante car vécue par plusieurs personnages - des policiers, des adolescents, des parents. On sent le ras-le-bol général à l'égard des fêtards et de leurs excès en tous genres. Viveca Sten raconte d'ailleurs une anecdote personnelle à la fin du livre et explique pourquoi ce sujet lui tient à cœur. Bref. On boucle notre lecture avec l'envie d'y retourner - la sensation d'être en vacances ou de voyager est très forte. Cela faisait plusieurs tomes que j'avais perdu cette étincelle, du coup je pense craquer pour Retour sur l'île très bientôt ! Me voilà réconciliée.

©2017 Albin Michel. Traduit du suédois par Rémi Cassaigne (P)2018 Audible Studios

 

02/07/19

221b Baker Street, par Graham Moore

221b Baker StreetCet habile roman à suspense mêle deux enquêtes à près d'un siècle d'écart. Mais les spectres qu'on y croise n'en sont pas moins imposants.

En 1893, Conan Doyle décide de tuer sciemment son personnage fétiche mais rencontre une grogne populaire sans précédent... sa jalousie et sa haine envers Sherlock Holmes ne font que se renforcer. L'ironie voudra qu'il va finalement jouer au détective avec son ami Bram Stoker et ainsi se rapprocher du héros honni. 
Janvier 2010. Un membre d'une société holmésienne annonce crânement avoir enfin mis la main sur le journal perdu de l'écrivain. Mais on retrouve le type assassiné dans sa chambre d'hôtel... étranglé par le lacet de sa chaussure. Pour Harold White, la dernière recrue des Baker Street Irregulars, commence aussi une enquête palpitante en compagnie d'une charmante journaliste.

Quelle lecture fort sympathique et étonnante ! On ne nous demande pas de connaître par cœur tout Sherlock Holmes ou Conan Doyle pour savourer toutes les subtilités de l'intrigue. On se dit juste que c'est comme un roman policier entre deux époques (contemporaine et victorienne) avec des personnages passionnants. Il y a du vrai et du faux dans l'histoire - les notes finales viendront mettre leur grain de sel - pour le reste, ça se découvre, ça se discute, ça soulève des interrogations, ça fuse et ça use. Tout ça pour dire que le rythme, l'ambiance et l'histoire tiennent la dragée haute. Et c'est pas mal du tout.

J'ai aimé ce personnage d'un Conan Doyle qui bouillonne contre sa création et qui réalise aussi n'avoir rien compris à son influence dans les foyers populaires. J'ai aimé plonger dans les rues de Londres pour faire semblant de vivre une enquête à la Sherlock. J'ai aimé enfin le passage au présent, toujours sur les traces du mythe, à fouiller dans les archives et élaborer toutes folles théories. C'est franchement très distrayant à lire. J'ai vraiment passé un bon moment.

Pocket (2013) - Traduit par Françoise Smith pour Le Cherche Midi

Titre VO : The Sherlockian