03/07/17

En attendant demain, de Nathacha Appanah

En attendant demainJ'ai adoré retrouver la plume de Nathacha Appanah dans ce roman qui se révèle extrêmement poétique, sensible et captivant.

C'est d'abord l'histoire d'un couple, Anita et Adam, qui tombent amoureux dès le premier regard et qui plaquent leurs rêves parisiens pour s'établir dans la ville où a grandi Adam dans le Sud-Ouest. Ils installent leur bonheur dans une belle maison retapée de leurs propres mains, donnent naissance à une petite Laura et envisagent leur avenir avec sérénité.

Or, plus le temps passe, plus l'idylle est victime d'érosion. Le temps use les belles promesses et les espoirs. Anita, qui se voyait journaliste, a le sentiment de perdre son temps en rédigeant des piges insignifiantes pour le journal local, Adam, avec son diplôme d'architecte en poche, est las de construire des gymnases et ressasse son vieux rêve de renouer avec la peinture...

Le couple s'est installé dans une torpeur et part à la dérive. La souffance est latente, la frustration rogne les coins, les silences deviennent lourds... l'incompréhension creuse son nid. La tension devient explosive, le couple ne se parle plus. C'est donc dans ce climat d'amertume que surgit Adèle, avec ses bagages, son parcours, ses mystères.

Le roman possède cette magie claire et évidente d'une lecture limpide et ensorcelante. On boit chaque phrase du livre avec une soif constante, à peine rassasiée, et on se passionne pour l'intrigue en suivant son fil invisible sans jamais faillir ni se perdre en conjectures. On se plie au rythme imposé, aux tournants de l'histoire et à ses soubresauts. On accepte les tenants et les aboutissants. On ramasse les petits cailloux semés et on adopte la marche dictée en sourdine.

J'ai beaucoup aimé la petite musique du livre, j'en ai absorbé toutes les notes et j'ai fredonné son air en inspirant fort, fort, fort. Quelle extase. L'auteur possède ce don de percer l'âme de ses personnages, et celle du lecteur, tout en subtilité et en acuité. Elle nous fait ainsi pénétrer dans l'intimité du couple sans bousculer leur routine, on s'installe dans un petit coin, on observe, on attend, on frémit. C'est impressionnant avec quelle dextérité elle réussit à partager autant de fragments de vie sans avoir l'air d'y toucher.

Ce roman a de nouveau confirmé tout le potentiel romanesque et lumineux de Nathacha Appanah - cf. Blue Bay PalaceLa noce d'Anna ou Les Rochers de Poudre d'Or, qui regorgent aussi de puissance, de charme et de talent. Un auteur à découvrir, à lire et à suivre !

 

Collection Folio (n° 6166)

 

Parution : Août 2016

 

 

Posté par clarabel76 à 18:30:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,


L'or des femmes, de Mambou Aimée Gnali

L'or des femmes

Amoureux depuis leur plus jeune âge, la jolie Bouhoussou et l'intrépide Mavoungou n'ignorent pas qu'ils doivent s'en remettre aux rites de l'initiation des filles nubiles - également appelée tchikoumbi - pour enfin se déclarer. Or, Mavoungou n'a que son charme et sa beauté pour lui. Il ne fait pas le poids face aux “bois morts” qui ont l'âge, l'expérience, le pouvoir et l'argent...
Enfermée dans sa case, Bouhoussou sait que son sort est entre les mains de sa famille et hurle au désespoir en apprenant qu'elle est destinée à épouser un vieux notable. Mais Mavoungou brave tous les interdits en rendant visite à la jeune fille loin des regards indiscrets.
Or, tout se sait, tout se sent, tout se murmure. Pour faire taire les rumeurs, le mariage est donc précipité, alors que l'attirance entre Mavoungou et Bouhoussou est toujours aussi ardente et insatiable.

Écrit dans une langue sensuelle et poétique, le roman évoque avec brio la passion amoureuse et le désir charnel, tout en tenant compte du prisme de la tradition et de la tribu. On y appréhende plus précisément les coutumes de la communauté vili, ses croyances dans le fétichisme, l'éducation inculquée aux filles, la soumission au mâle.
Le gouffre culturel nous apparaît sidérant et nous fait entrevoir une intimité aux désirs bafoués, avec des jeunes femmes contraintes de subir des mariages sans amour, sous la pression de leur tribu.
Outre son aspect flamboyant et voluptueux, 
le roman bouillonne de colère et de frustration. Mais séduit tout lecteur fasciné par le continent africain, son exotisme et sa culture. 
Un très beau roman, vraiment à la hauteur des espérances.

Collection Folio (n° 6332)

Parution : Juin 2017

Posté par clarabel76 à 18:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Pirates, de Fabrice Loi

PIRATESQuittant la baie de Somme et le camp des forains, pour une vie sous le soleil de Marseille et ses promesses de petites combines juteuses, Tony Palacio croise la route de Max Opale, un ancien militaire converti dans l'expertise balistique. Trompettiste de jazz amateur, Tony est présenté à la compagne de Max - la sud-africaine Awa, une soprano célèbre, qui parcourt le monde et semble tenir à distance le commun des mortels. Elle est séduite par l'indolence et le culot du forain, lui demande de l'accompagner pour une représentation à Nice. Ils deviennent amants, mais tout les sépare. De l'autre côté, Tony doit un service à Max et le suit dans une vendetta contre la mafia corse... Une expédition houleuse, au cours de laquelle les cœurs vont s'ouvrir et déballer de lourds secrets. 

Je profite de la saison pour explorer un domaine de littérature qui sort de mes habitudes, cf. Un bref moment d'héroïsme de Cédric Fabre, autre roman qui avait su me surprendre par son style et son ton vif-argent. Dans le cas présent, Fabrice Loi octroie aussi une bonne gouaille à son personnage de forain en exode et donne de la couleur et une vraie épaisseur à son histoire. C'est court, mais percutant. On y découvre la ville de Marseille dépeinte avec grandiloquence, avant de lui ôter ses fards pour livrer l'arrière-boutique et sa réalité douce-amère. On creuse également plus loin en révélant le scandale des déchets nucléaires enfouis en Afrique, les conflits et les guerres qui se nourrissent de la misère sociale. Et pour finir, le roman évoque avec passion les idéaux et les liens qui unissent la musique, la poésie et la politique. 

Plonger dans ce livre revient à découvrir un univers chatoyant, mais aussi brut de décoffrage. Rencontrer des personnages ambivalents, aux destinées fragiles et friables. Parcourir un roman d'aventures, qui soulève des questions sociétales, et qui effleure l'amour, les sentiments, la beauté, l'impossible. Une étonnante découverte, agréablement surprenante.

Collection Folio (n° 6339), Parution : Juin 2017

Posté par clarabel76 à 18:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

Bonheur fantôme, d'Anne Percin

Bonheur fantome

Pierre n'a pas trente ans et a tout quitté. Paris, son job, son amour. Il s'est enterré dans la Sarthe, a acheté une petite maison et s'est improvisé brocanteur. Il a créé autour de lui « un rempart fait de ruines, avec fortifications littéraires, fondations enfantines, tour de guet philosophique, meurtrières ironiques ». Il écrit également une biographie sur Rosa Bonheur, une peintre française excentrique et scandaleuse. En vrai, Pierre fuit un passé lancinant - un frère disparu, un amant perdu... même si cette idylle n'est pas complètement terminée, elle vient occuper tout l'espace et devient obsédante, telle une rengaine évoquant la rencontre, l'euphorie, l'insouciance, puis la déconfiture et la rupture. « Aimer, c'est sentir vivre en soi quelqu'un qui n'est pas soi. Et si je n'étais parti que pour savoir cela ? (...) La certitude que j'ai d'aimer est le seul bien qui me semble immortel. »

Par son caractère “enfermé dans le dix-neuvième siècle”, Pierre est un personnage fascinant. Il parle des objets anciens, partage son goût du passé, l'odeur des vieux livres, les photographies, les mélodies oubliées (Fantôme de bonheur de Mouloudji). À côté, la figure de R. n'est pas en reste et hante les pages du livre en apparaissant par petites doses, mais quelle présence ! On en oublie la morosité de la Sarthe, les petites campagnes tristes à pleurer, la vie recluse de Pierre, son ascétisme. Aux oubliettes, ses cauchemars, ses trouilles... Ce roman finalement nous parle d'une grande et belle histoire d'amour et laisse filer entre ses pages une déclaration sublime et bouleversante.

Babel, 2017

A noter aussi que la vie littéraire du narrateur de Bonheur fantôme a commencé en 2006 avec le roman Point de côté (éditions Thierry Magnier). 

Posté par clarabel76 à 17:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

30/06/17

Bilan du mois : Juin 2017 ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

Coquelicots

En Juin, Aimons-nous au plus tôt...

 

♣ Ma vie (pas si) parfaite, de Sophie Kinsella #

♣ Tu comprendras quand tu seras plus grande, de Virginie Grimaldi #

♣ Quand on s'y attend le moins, de Chiara Moscardelli #

♣ Un merci de trop, de Carène Ponte #

♣ Toute la beauté du monde n'a pas disparu, de Danielle Younge-Ullman #

 

 

♥. IN LOVING MEMORY .♥

Clara Nenette (4) 2007

12-01-2005 / 12-06-2017

Ciao Amore  ♥

 

Posté par clarabel76 à 18:30:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags :


27/06/17

Le Cri, de Nicolas Beuglet

LE CRIConvoquée en pleine nuit pour superviser la mort suspecte d'un patient de l'hôpital psychiatrique de Gaustad, près d'Oslo, l'inspectrice Sarah Geringën découvre une scène saisissante d'effroi - un type étranglé, la bouche ouverte dans un cri muet, une cicatrice sur le front - scène sur laquelle la direction aurait souhaité ne pas attirer l'attention de la police. Trop tard pour reculer. Sarah déterre rapidement des détails troublants, qui vont la lancer dans une enquête frénétique et haletante. Elle est bientôt rejointe par Christopher, un journaliste français, forcé de se mouiller pour sauver sa famille prise en otage par un vieil homme souffreteux. Celui-ci réclame vengeance et réponse aux nombreuses tortures endurées dans le plus grand secret, vraisemblablement sous le couvert de la science, et avec la complicité de la CIA. Plus le duo avance dans ce dédale infernal, plus il se heurte à des révélations qui dépassent l'entendement.

De son côté, le lecteur est lui aussi emporté par leur élan et participe aux recherches en adoptant le rythme trépidant, car tout va très, très vite. L'auteur alimente son intrigue de nombreuses séquences mouvementées, avec une multitude de rebondissements, et entraîne son lecteur dans cette agitation ambiante sans lui laisser le temps de souffler. Cette volonté d'aller vite pousse à enchaîner les chapitres et de se mettre au diapason de cette course effrénée. C'est tout à fait la même recette qu'un roman de Dan Brown, entre nous, tout est parfaitement huilé et mis au point pour titiller l'intérêt du public en le saucissonnant sur place pour connaître la suite du programme. Mais une fois cette exaltation passée, j'avoue m'être un peu lassée de la longue cavale des deux protagonistes. On slalome entre leur quête interminable et les théories fumeuses exhumées de leurs recherches... Le schéma classique mais monotone. De plus, les personnages sont creux, ne renvoient aucun charisme et s'éprennent l'un de l'autre de façon absurde et convenue. Mon enthousiasme du début a finalement été un peu douché.

J'ai donc apprécié la forme globale, la perspective d'une lecture de pure distraction, au rythme entraînant, même si son contenu n'a pas éveillé chez moi un vif intérêt. Olivier Prémel livre également une très bonne performance, vigoureuse et convaincante, qui rend l'écoute scotchante. L'univers de Nicolas Beuglet est lui aussi imprégné de nombreuses influences - on pense à Dan Brown, mais aussi à Bernard Minier - de quoi séduire les amateurs du genre. À défaut d'être originale, la lecture est finalement addictive.

Texte lu par Olivier Prémel (durée : 13h 51) - ©2016 XO Éditions (P)2017 Audiolib


Posté par clarabel76 à 08:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

26/06/17

Tu ne perds rien pour attendre, de Janis Otsiemi

Tu ne perds rien pour attendre

Encore une excellente révélation tirée du label Sang Neuf des éditions Plon - le roman de Janis Otsiemi surprend par son efficacité, son intrigue bien ficelée, sa peinture du Gabon, son système judiciaire en toute impunité et ses révélations douces-amères...

Jean-Marc Ossavou est lieutenant de police à la Sûreté urbaine. Il traque les voyous, les violeurs, les criminels que la PJ a tendance à oublier, par désœuvrement ou surplus de boulot. Lui ne renonce jamais et traque jusqu'au boutisme la réponse aux affaires non résolues. Un soir, en rentrant chez lui, il croise sur la route une très belle femme, Svetlana, qui vient de terminer son service de serveuse au casino et qui cherche à rentrer chez elle. Notre homme la conduit jusqu'à sa porte, tente de discuter avec elle, mais Svetlana est assez évasive et secrète. Le lendemain, il se présente à nouveau devant sa maison, et tombe sur sa mère éplorée de chagrin - sa fille est morte, assassinée deux ans plus tôt. Ne sachant pourquoi son fantôme lui est apparu, Jean-Marc se décide néanmoins à relancer l'enquête et démasquer le coupable impuni. L'affaire est tortueuse, empesée par une omerta, mais notre flic ne lâche rien et n'hésite pas à enfoncer des portes ouvertes.

J'ai facilement lu ce roman d'une traite, il faut dire aussi que tout se prête à concourir à son bon déroulement - une intrigue passionnante, un cadre exotique fascinant, des crimes bien moches, qui soulignent aussi toute la vulnérabilité des femmes dans cette société gabonaise à deux vitesses. Les personnages sont des baroudeurs au cœur tendre, et même si les présentations sont assez succinctes, elles offrent une perspective de retrouvailles non négligeables. Du moins, je croise les doigts pour rencarder cette brigade dans de prochaines enquêtes, après tout ? Très bonne découverte, à la fois classique et riche en suspense, également la promesse d'une évasion d'un exotisme renversant.

SANG NEUF - 2017

 

Posté par clarabel76 à 08:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Un bref moment d'héroïsme, de Cédric Fabre

Un bref moment d'heroismeAncien reporter-photographe de guerre, Grégoire Lang a tout plaqué après avoir été témoin du drame de trop en Afrique. Replié à Marseille, où il vivote en participant à des combats clandestins, il a coutume de se mêler à des manifestations pour semer la pagaille par des méthodes musclées, et tente en parallèle de panser ses plaies auprès d'Old Mo, le père de son amoureuse décédée sur une plage en Tunisie.

Débarque un jour Awa, qui ravive les souvenirs du passé avec douleur. Elle a aujourd'hui un service à lui demander -  qu'il lui ramène son fils Arsène, placé dans une famille d'accueil. Lang obéit sans réfléchir, mais entend se servir du garçon pour convaincre Old Mo de ne pas mettre fin à ses jours. Dès lors, la vie de Lang va amorcer un changement de cap... avec en toile de fond du chaos, des non-dits, du chantage, de la baston, des fantômes.

On sait, dès le départ, où l'on met les pieds. L'ambiance est électrique, lourde, violente et insoutenable, mais on pressent une lecture extrêmement bonne et percutante. Et on ne se trompe pas. Ce roman - qui inaugure la nouvelle collection des éditions Plon, consacrée au roman noir - nous impressionne par son ton, sa maîtrise, son langage, sa tenue de route. J'ai vibré de la tête aux pieds en tournant les pages du livre, un vrai électrochoc, et ça m'a vachement plu. C'est brut de décoffrage, sombre, amer et incisif. Un roman nerveux et prenant. 

SANG NEUF - 2017

Posté par clarabel76 à 08:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

23/06/17

La maison des reflets, de Camille Brissot

La maison des refletsDaniel, quinze ans, n'a jamais quitté l'enceinte du manoir Edelweiss, où il a grandi parmi les “reflets” de personnes décédées. Cette Maison du départ est une création de son grand-père Edouard, désormais sous la responsabilité de son père Petro, et dédiée aux familles désireuses de conserver une trace de leurs disparus, afin de mieux soulager leur peine et de guider leur deuil. Ce monde d'illusions a également façonné l'horizon du garçon, qui souhaite aujourd'hui se frotter à une autre vision et plonger pour de bon dans la réalité. C'est comme ça qu'il passe par-dessus le mur de la propriété pour parcourir la ville et se rendre à la fête foraine... où il croise la douce et angélique Violette, accompagnée de sa sœur jumelle Esther. Suite à cette brève rencontre, les deux jeunes gens vont s'écrire et évoquer ensemble leur étrange existence, car ils ont en commun d'avoir vécu dans une tour d'ivoire, qui les a tenu à distance du monde réel. Daniel n'a pas d'autres amis que trois “reflets”, Elliott, Mona et Matthias, une gouvernante, Mme Elia, s'occupe de son éducation, son père vit cloîtré dans son laboratoire, seulement perturbé par les visites d'une journaliste. Un mystère plane au-dessus de la Maison Edelweiss, et Daniel compte bien en découvrir la teneur ! Il informe ainsi Violette de l'avancée de ses investigations, sans entrer dans les détails, jusqu'au jour où la jeune fille ne donne plus de nouvelles, ce qui inquiète notre ami. Autre énigme à résoudre. Autre sujet de tergiversation. 

Ce roman dégage une atmosphère étrange, mais envoûtante, avec une intrigue au charme vaporeux absolument captivante, qui propose une réflexion pertinente sur la perte, le chagrin et le deuil après la mort d'un être cher. Peut-on atténuer la souffrance avec une illusion ? Maintenir le souvenir du défunt avec son enveloppe corporelle, ses mots, ses sourires, etc. Ce que propose la Maison du départ est donc un palliatif, qui dépasse toute déontologie, mais qui réconforte les plus affligés. Et puis le système privilégie la valeur humaine et émotionnelle, donc on ne se formalise pas de l'entreprise, on ne juge pas non plus. On sent aussi une profonde empathie chez Daniel, en plus de sa jeunesse, de sa candeur et de sa spontanéité. On l'accompagne dans son histoire, où il va peu à peu perdre ses œillères et s'affranchir des apparences trompeuses, lui qui a toujours baigné dans un univers cotonneux et surprotecteur. La lecture se révèle pleine d'émotion et de richesse. C'est à la fois pudique et bouleversant. Et d'une grande sensiblité. Forcément, cela m'a interpellée et touchée.

Syros, 2017

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

Parmi les vivants, Tome 1 : Abel, de Valie Le Gall & Alex Cousseau

Parmi les vivants AbelAbel, “ce garçon qui semble arriver de nulle part, et avancer sans savoir où”, surgit en plein été dans la routine languide de Vlad, Esther et Inoke. Les trois amis, en vacances, sont intrigués par son allure peu commune - il porte un long manteau noir, de grosses chaussures en cuir brun. Ses cheveux sont en bataille, son teint pâle. Il erre avec désinvolture, mais semble percer l'âme de notre trio d'un simple regard. En vérité, Abel cherche à récupérer un médaillon perdu chez Esther, ainsi qu'un reliquaire en forme de cœur que deux fripouilles lui ont chapardé tandis qu'il sommeillait sur un banc.

Les trois amis se lancent sans réfléchir dans cette traque, contre la promesse d'une confession aussi fascinante qu'improbable. Celle-ci va mettre à jour un drame romantique datant du XVIe siècle et une quête d'amour impossible au compte à rebours enclenché. Vlad, Inoke et Esther vont également perdre quelques plumes dans cette histoire - Vlad est secrètement amoureux d'Inoke mais n'ose pas avouer ses sentiments, Inoke aime s'isoler dans la ferme de son père et pleurer en silence la mort de sa mère, Esther n'est pas dupe et cherche à être l'élément catalyseur de ce vaste imbroglio.

Le roman invite à l'exploration en évoquant les amours contrariés, entre passé et présent, entre les vivants et les morts. Avec ses accents fantastiques distillés par petites touches discrètes, il installe une ambiance surannée et nous convie, au détour des chapitres, à partager des secrets, enquêter et fouiller, récolter des indices et percer des mystères... Le cadre estival apporte aussi de la fraîcheur, de l'humour et un grand souffle d'évasion pour chasser l'idée d'un univers trop abscons, mais au dénouement inattendu et surprenant. Ce roman possède un charme étrange et pénétrant, grâce à une histoire dont les nouveaux éclairages ne manqueront pas d'être démêlés par la suite, Parmi les vivants 2. Louise. Une lecture complètement décalée avec l'ordinaire.

Rouergue, coll. épik, 2017

 “ Sa bêtise rivalise avec celle d'une carotte qui aurait pour projet de s'installer dans un terrier de lapin. ”

 

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,