16/05/17

Le Diable de la Tamise, d'Annelie Wendeberg

EN POCHE ! Sherlock Holmes fait la rencontre de l'étrange Dr Kronberg...

le diable de la tamise

Au cours de l'été 1889, le Dr Anton Kronberg, bactériologiste de renom, est appelé pour confirmer les traces suspicieuses de choléra sur une victime retrouvée morte dans la Tamise. Sur place, il y fait la rencontre de l'excentrique Sherlock Holmes, personnage nerveux et insupportable, qui lui inspire aussitôt une aversion épidermique. Il faut dire que le détective a mis à jour le secret inavouable de Kronberg en une poignée de mains et un simple coup d'œil. Anton Kronberg est en vérité une femme, Anna. Originaire d'Allemagne, où les études de médecine sont interdites aux femmes, puis exilée à Harvard, pour enfin exercer ses talents à Londres, Kronberg dupe son entourage depuis de longues années, mais au prix d'une incroyable mise en scène entourée de mille précautions. Elle a également choisi de vivre dans un quartier misérable, où elle tombe le masque et redevient Anna, infirmière à la coupe de cheveux peu conventionnelle, qui se faufile dans le dédale des rues puantes et crasseuses pour retrouver son amant, un crocheteur irlandais, et pour soigner les plus malchanceux. Son quotidien n'est pas sans risques, Anna en a conscience, malgré un moral d'acier et un tempérament de feu, elle redoute la découverte de sa vraie nature et de finir en prison. En attendant, notre affaire de macchabée va prendre un nouveau tournant pour remonter la piste d'un étrange réseau de trafics humains, sous couvert de servir les besoins de la science (un vaccin contre le tétanos), avec les dérives inhérentes aux ambitions dévorantes.

Le duo formé par Sherlock Holmes, à qui l'on prête une posture effacée et pleine de retenue, et le Dr Kronger, figure autrement plus complexe à cerner, est franchement détonnant ! Ces deux-là jouent un drôle de jeu entre attirance et répulsion, besoin de bousculer l'autre et prouver qui est le meilleur, un concours d'ego assez pesant au démarrage, car les deux parties se jaugent et font grincer des dents. Que d'arrogance !! Puis, ça se tasse car l'histoire finit par les convaincre que l'union fait la force, qu'une femme peut être aussi subtile et intelligente qu'un homme, qu'il y aura toujours l'inégalable Irene Adler, et désormais Anna Kronberg, remarquable pour son habileté au déguisement et sa vivacité d'esprit ! Toutefois, la perspective d'un trouble amoureux a failli me perdre. Pensez donc... Un mythe se meurt ! “Ses lèvres avaient la douceur de la soie. Tout à coup, mon cœur si peu raisonnable quitta ma poitrine pour aller s'installer dans la sienne. Je me demandais s'il avait remarqué le poids supplémentaire.” Huhuhu.

Mis à part ces petits détails, le livre se lit vite et bien. L'intrigue criminelle n'est pas époustouflante, mais reproduit efficacement une ambiance, un contexte, des enjeux médicaux etc. Bon point pour le décor. Je ne suis pas convaincue par l'esquisse des personnages, mais je reste curieuse de la suite de leurs aventures, ce roman étant le premier d'une trilogie. Cf. La dernière expérience, Presses de la Cité (2017).

10x18 Grands Détectives, 2017 - Trad. par Mélanie Blanc-Jouveaux (The Devil's Grin)


Meurtriers sans visage, de Henning Mankell

meurtriersUn matin d'hiver, en pleine campagne suédoise, un couple de paysans retraités est sauvagement assassiné dans leur ferme isolée. Seul détail incongru, le meurtrier a nourri le cheval avant de quitter les lieux. Kurt Wallander est perplexe. Sur son lit d'hôpital, l'épouse à l'agonie a murmuré avant de s'éteindre le mot “étranger” aux enquêteurs. L'information ayant hélas fuité, la presse se répand en propos acrimonieux et une flambée de violence se déclenche dans les rues d'Ystad, visant notamment le camp de réfugiés et les demandeurs d'asile.

L'inspecteur Wallander doit échapper aux raccourcis et ne pas tomber dans le piège des conclusions hâtives. Toutefois, notre homme est également préoccupé sur un plan personnel - il a 42 ans, sa femme vient de le quitter, sa fille refuse de le voir, son père fait des crises de démence sénile. La pression pèse sur ses épaules, Kurt est au bout du rouleau. Il se distingue pourtant par sa ténacité, refusant de rendre les armes, cherchant dans les moindres détails une réponse aux nombreuses interrogations qui entourent le meurtre des Lövgren, fouillant au passage dans leur passé, déterrant de vieux secrets de famille, dépouillant des coïncidences, débusquant les crapules... Il ne laissera rien au hasard.

Ce roman date de 1991 mais nous explose en pleine figure par son sujet - racisme et xénophobie, traitement des réfugiés, politique de sourds, une population en pleine dérive. Quel triste constat. Il s'agit également de la première enquête de l'inspecteur Wallander, personnage récurrent de la série policière de Henning Mankell, un anti-héros dépressif et déprimant, trop souvent exposé à la réalité douce-amère de la société suédoise et aux façades faussement lisses de ses contemporains. Un flic terriblement humain, avec ses failles, ses défauts, ses hésitations. On est loin du mythe de l'enquêteur aguerri !

Pour une raison que j'ignore, l'édition audio n'est accessible qu'aujourd'hui - Les Chiens de Riga remontant à 2009. C'est Marc-Henri Boisse qui nous embobine de sa voix rauque dans une interprétation sommaire, où l'on retrouve nos repères, un décor de désolation, le froid, la violence sous-jacente, la colère ronronnante, les bas instincts, le désœuvrement... C'est peut-être affaire de goût, mais je préfère lire Mankell durant la saison hivernale, car j'ai eu un peu de mal à me transposer dans son histoire alors que je baignais dans un contexte insouciant et ensoleillé. Mais le comédien fait le job, et puis c'est une valeur sûre, un bon classique du roman policier à la sauce nordique !

Texte interprété par Marc-Henri Boisse (durée : 9h 26) pour Sixtrid, 2017

Trad. Philippe Bouquet pour Christian Bourgois éditeur

 

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15/05/17

La Femme d'En Haut, de Claire Messud

La Femme d'en hautNora Eldridge a quarante-deux ans, elle est institutrice, célibataire, sans enfant, sans histoire. C'est la Femme d'En Haut. La voisine discrète et bienveillante, celle qui ne sort jamais des clous. La femme effacée, à la vie muette de désespoir.

L'arrivée en classe de son nouvel élève Reza va, sans prévenir, chambouler son quotidien. Ce garçon instinctivement la touche. Ses origines étrangères et son anglais bredouillé maladroitement lui attirent hélas les moqueries et les brimades de ses camarades, ce qui insupporte Nora. Elle prend fait et cause pour lui et fait ainsi la rencontre de sa mère Sirena. Celle-ci est belle, incandescente et fantasque. C'est une artiste, à la carrière florissante en Europe, son mari Skandar est un universitaire mondialement réputé, charmant, érudit et prévenant. Nora tombe sous le charme de la famille Shahid. C'est tout à la fois une histoire d'envie, de désir, de jalousie. Et de frustration.

Car Nora a passé quarante années à refouler ses élans. Élevée sous la coupe d'une mère possessive, et abusive, Nora a accepté de renoncer à ses ambitions. Elle qui rêvait d'être artiste voit en Sirena une projection de son hypothétique trajectoire. Sa compagnie va alors la libérer de ses entraves, la pousser à exprimer sa fibre créatrice. Vivre dans l'ombre de Sirena exalte les sens de Nora. De plus, elle adore Reza et se surprend à imaginer une vie de couple auprès d'un homme comme Skandar. Absolument troublant et confondant de sensualité. Du moins, aucune limite ne sera franchie.

Et c'est tout le pouvoir du livre. De se glisser dans la peau de Nora, de suivre ses pensées tortueuses et d'emprunter les méandres de ses contradictions. C'est un portrait absolument réussi, fort, incroyable, grinçant, poignant. Où ne perce nulle trace d'apitoiement, mais une profonde colère. Elle seule en connaît la cause, elle seule est également responsable de cette furie prête à déborder. La tension psychologique est explosive à la lecture de cette démonstration habitée d'espoirs fous et de fracassantes désillusions, avec en sus une âpreté du ton fatalement saisissante. 

Trad. de l'anglais (États-Unis) par France Camus-Pichon [The Woman Upstairs]

Collection Folio (n° 6104), Gallimard / 2016

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L’intérêt de l’enfant, de Ian McEwan

 

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Fiona Maye est juge aux affaires familiales, totalement dévouée à sa carrière, prompte à ressasser régulièrement les affaires les plus conflictuelles de sa carrière. Décrite comme étant “divinement hautaine, diaboliquement intelligente”, Fiona s'affiche comme étant une femme inaccessible et sûre d'elle. Sa vie de couple en a pourtant souffert, car aujourd'hui son mari Ralph exprime sa lassitude et son désir d'une aventure extraconjugale. Fiona tombe des nues et manifeste sa colère avec froideur.

Un dossier urgent va alors accaparer son attention. Un jeune garçon de dix-sept ans révolus, Adam Henry, est atteint d'une leucémie. Ses parents, témoins de Jéhovah, refusent tout traitement sanguin, au nom de leurs croyances. Les médecins s'alarment et ont saisi la justice pour trancher. Lorsqu'elle rencontre le jeune malade, Fiona est à la fois surprise et séduite par ce garçon sensé et sensible, amoureux des mots et de musique. Une longue discussion s'engage, avant de rendre le verdict...

Indéniablement, le roman questionne, le roman interroge, le roman interpose et interpelle. Il évoque ainsi l'intérêt de l'enfant, la valeur des libertés individuelles, la responsabilité humaine, celle du juge ou des parents, la volonté personnelle ou celle de la communauté... C'est extrêmement pointilleux, au risque de paraître lourd et assommant. En vrai, l'histoire n'a pas une grande portée émotionnelle, les personnages sont apathiques, l'affaire Adam Henry n'est qu'un diablotin surgissant de sa boîte. L'auteur tire son épingle du jeu en tissant une ambiance particulièrement oppressante et néanmoins fascinante, qui inspire autant de sentiments contradictoires. C'est un roman assez court, donc qui se lit rapidement, mais qui suscite une certaine perplexité. 

Collection Folio (n° 6299), Gallimard / 2017

Trad. de l'anglais par France Camus-Pichon [The Children Act]

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14/05/17

Ça peut pas faire de mal - Le roman français du XIXᵉ siècle : Balzac, Flaubert, Zola, Maupassant lus par Guillaume Gallienne

ça peut pas faire de malExcellente introduction aux classiques, aux romans réalistes, à l'émission sur France Inter et à l'art de la lecture en général... Ça peut pas faire de mal « conjugue le verbe lire à tous les temps, tous les styles et tous les genres, par la voix de Guillaume Gallienne, sur cette barque-bibliothèque sonore, timonier sur le fleuve sinueux de nos textes classiques ». Quel alléchant programme. 

J'ai ainsi savouré les 2 heures 30 offertes dans cette édition à écouter Guillaume Gallienne lire et commenter quatre grands romans français du XIXe siècle, soit Le Lys dans la valléeMadame BovaryL'Assommoir et Bel-Ami. La mise en scène est simple et immuable : introduction de l'ouvrage en bonne et due forme, puis lecture d'extraits ponctuant au mieux l'intrigue, que des commentaires judicieux vont entrecouper d'une note légère et pertinente.

Une parfaite découverte d'une émission intelligente, qui donne envie de lire et relire les classiques ! L'accompagnement au piano par Philippe Bianconi apporte une touche d'élégance à ce programme remarquable. La prestation de Guillaume Gallienne est évidemment d'une qualité irréprochable - diction et intonation soignées, voix inimitable. J'ai été totalement captivée. Ma lycéenne de fille, qui passe son Bac Français dans un mois, m'a d'ailleurs chipé ce livre audio et l'écoute avec ébahissement. Preuve que le comédien possède ce talent rare de redonner le goût des mots aux plus réfractaires ! ;-p

Coédition Gallimard / France Inter. Contient 2 CD audio. Durée d'écoute : env. 2 h 30

Collection Écoutez lire, Gallimard / 2017

 

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12/05/17

La part des nuages, de Thomas Vinau

LA PART DES NUAGESUn homme vit dans sa bulle, seul avec son fils. Lorsque celui-ci part chez sa mère, pour la garde alternée, la prise de conscience du vide et de la solitude est aussi brutale que désarçonnante.

Joseph, 37 ans, boit à même le goulot une bouteille de rosé et se vautre dans la petite piscine de son garçon. Seul, paumé, ravagé. Face aux étoiles dans le ciel, face au silence de la nuit, face à l'absence, face à la vacuité de son existence. Il se réfugie dans la cabane nichée dans les arbres, retourne à des instincts primitifs, ne se lave plus, nourrit son corps de cochonneries et d'alcool, vagabonde dans les rues de la ville avec Odile la tortue dans son sac à dos, discute avec un désœuvré qui lui raconte son parcours d'ancien charpentier, fait une sieste dans le parc municipal, console sa petite voisine en pleurs et proclame la rébellion par la flûte traversière... Et déjà, sonne l'heure des retrouvailles avec le fiston, en pleine forme, débordant de projets et d'idées. Joseph est lui aussi de nouveau ancré dans la vie et passe un grand coup de balai sur le sol encrassé de sa maison.

Clap de fin sur son évasion champêtre, une parenthèse poétique et extraordinaire, une robinsonnade au cœur de la routine, comme une envie de souffler, de penser, d'échapper au temps et aux autres. Une dérive riche de petits riens, nombreux et subtils. Des allégories poétiques écrites toutes en retenue. Cette part belle à la singularité, la lenteur et la contemplation est émouvante, même si elle ne suscite pas la même admiration que celle ressentie dans Ici ça va, un texte lumineux et éblouissant qui m'avait fait découvrir la jolie plume de Thomas Vinau. La part des nuages est un texte doux, qui se déguste à la petite cuillère, qui exalte les sens et qui invite à la tangente. Précieux. 

10x18 / 2017

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11/05/17

Agatha, es-tu là ? par Nicolas Perge & François Rivière

agatha es tu laS'inspirant de la mystérieuse disparition d'Agatha Christie, survenue le 3 décembre 1926, ce roman écrit à quatre mains déroule une histoire pour le moins inattendue et déstabilisante.

On découvre d'abord notre héroïne aux abois, réfugiée dans un hôtel à Harrogate sous un nom d'emprunt. Agatha apparaît plus groggy que jamais, déboussolée, déprimée, timorée... Bref. Elle ignore qu'une jeune journaliste intrépide, Alicia Weaver, est à ses trousses, ainsi que deux petites frappes aux méthodes peu orthodoxes, sans oublier le sémillant Arthur Conan Doyle, écrivain vieillissant, raillé publiquement pour sa passion pour le spiritisme. Que de monde, que de monde. L'intrigue s'attache ainsi à suivre tous ces personnages au gré d'une mise en scène impeccable et pertinente. C'est seulement au fil des chapitres que l'incongru s'impose, que l'invraisemblable s'installe. Des éléments viennent en effet troubler la belle mécanique et j'avoue avoir eu du mal à en accepter l'idée. C'est... inqualifiable. En somme, j'ai beaucoup aimé l'idée de départ du roman (associer en accroche les noms d'Agatha Christie et de Conan Doyle est très chic...). La description de l'époque et des lieux est authentique et palpable, j'avais le sentiment d'être sur place et d'évoluer au milieu du décor. C'est subtil, très raffiné. J'y étais donc sensible. Par contre, la conduite des événements m'a laissée perplexe. Les rencontres faites par Agatha au Swan Hydropathic Hotel viennent en effet bousculer la bonne coordination (tous des vautours!). C'est aussi soudain que brutal, sans liant, perturbant et inconfortable. Je ne pouvais concevoir que l'auteur du génial “Meurtre de Roger Ackroyd” tombe dans un tel traquenard, devienne une cible de choix, facile à manipuler ou à intimider. Le dénouement lui-même est hâtif, peu convaincant. 

Sans quoi, j'ai apprécié qu'on se penche sur le cas de Conan Doyle, lassé de son personnage de Sherlock Holmes, dépassé par la nouvelle vague des auteurs policiers qu'il découvre avec parcimonie, confiant ses états d'âme, ses doutes, ses absences... Il se pique d'intérêt pour ce fait divers et entend résoudre son mystère grâce au spiritisme. Il va d'ailleurs confier un gant de Mrs Christie à un médium, lequel va affirmer qu’elle est vivante et qu’elle ne va pas tarder à se montrer ! Cette anecdote est reprise dans le roman et pimente malicieusement l'enquête imaginée par Nicolas Perge et François Rivière. En gros, j'accuse le bandeau jaune du livre d'être trop réducteur et mensonger, car l'histoire nous entraîne dans une vaste ronde infernale où se mêlent des personnalités existantes ou fictives, toutes attirées par l'écrivain en déroute, laquelle donne une image d'elle peu glorieuse, veillant aussi à préserver ses secrets. C'est très loin de ce que j'avais imaginé ! Au final, le roman est bon, agréable à lire, mais ponctué de quelques zones de turbulence indélicates... Sans quoi, la lecture a le bon goût de nous faire voyager dans le temps. ☺

Éditions du Masque, 2017

10/05/17

Les Puissants #1 : Esclaves, de Vic James

Nouvelle série repérée sur le phénomène Wattpad et promise à enflammer l'imaginaire du lecteur. Nathan mise sur Vic James et nous projette dans une Angleterre alternative bien codifiée. Penchons-nous sur le sujet.

les puissantsPeu après l'anniversaire de la plus jeune de la fratrie, la famille Hadley s'engage auprès des puissants Jardine pour honorer leur contrat qui implique de donner dix ans de leur vie en esclavage à l'élite. Les Jardine occupent une position dominante dans la hiérarchie du pays qu'ils gouvernent selon des lois ancestrales, même si celles-ci ne cessent d'accroître les inégalités sociales.

De toute manière, les privilégiés, aussi nommés les Égaux, détiennent des Dons rares et précieux qui confortent leur suprématie. Après quoi, la caste ouvrière se plie à leurs exigences, souvent parquée dans la cité de Millmoor, où les conditions de vie sont rudes et implacables.

Au moment de prendre leur fonction, la famille Hadley a ainsi la désagréable surprise d'apprendre qu'un des leurs ne rejoindra pas le domaine de Kyneston. Une séparation injustifiée et annonciatrice d'une première onde de choc. Car la suite de l'histoire va propulser Abi, son frère Luke, leur petite sœur Daisy et leurs parents dans un maelström de conflits et de complots qui vont profondément chambouler la donne.

À Kyneston, la vie royale n'est pas exempte d'antagonismes larvés entre les frères - l'Héritier Gavar, Jenner et Silyen - et de nombreuses rivalités germent sous couvert d'ambitions dévorantes et parfois dévastatrices. Tandis qu'à Milmoor, les habitants s'organisent pour revendiquer leurs droits et entrent en rébellion contre les Égaux, le Chancelier Winterbourne Zelston fait sensation en voulant voter un acte contre l'esclavage !

La présentation peut sembler globalement fastidieuse, si ce n'est qu'elle ouvre les portes d'un univers riche, complexe et extrêmement élaboré. C'est tout un ensemble dense, aux ramifications multiples et rigoureuses, avec aussi un large éventail d'individus, qu'il faut donc appréhender. J'ai été particulièrement séduite et intriguée par ce monde assez original, qui se déploie au fil des chapitres. Certes, tout reste perfectible car je n'ai pas été sensible aux personnages, j'ai trouvé les interactions gauches et les rares sursauts romantiques assez vains. Par contre, j'ai aimé la trame politique, ses ressorts et ses arcanes. C'est beaucoup plus sombre, poignant et palpitant car l'histoire révèle aussi de nombreuses duperies, manipulations et autres trahisons chez les uns et les autres. L'ensemble m'a finalement bien plu, malgré certaines maladresses qui s'effaceront - j'espère - par la suite, car il faut élaguer cette sensation de fouillis...

 

Ce titre est également proposé en exclusivité par Audible Studios 

avec pour lecteur le formidable Julien Allouf (durée : 10h 24).

Esclaves (Les Puissants 1) | Livre audio

©2017 Nathan. Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Julie Lopez (P)2017 Audible Studios

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Chasseur de cyclones, de Christine Avel

CHASSEUR DE CYCLONESElise ne voit pas souvent sa maman, trop accaparée par son boulot et ses voyages à donner des conférences à travers le monde. Cette fois, changement de programme, elle lui propose de l'accompagner aux Bahamas où elles fêteront ensemble son quatorzième anniversaire. Pour lui tenir compagnie, sa mère a fait appel à son amie d'enfance, Léa, avec laquelle Elise ne s'entend plus beaucoup. L'adolescente l'a donc en travers de la gorge. Au lieu de se réjouir, de savourer cette escapade, Elise traîne les pieds et fait la moue. Elle est allergique à la piscine, au soleil, à l'air conditionné... Par contre, elle pourrait passer des heures à bouquiner ou prendre des photos. Cette passion lui vient de son père, auprès de qui elle a appris les bons gestes, les bons réflexes et adopté les préceptes - le Leica, c'est le mythe. Aussi, le jour où elle tombe sur un appareil dernier cri oublié au bord de la piscine, son cœur fait boum. Elise s'en saisit, le planque dans sa chambre, rêve des clichés qu'elle pourrait en tirer... puis culpabilise, fait des cauchemars et cherche à retrouver ses véritables propriétaires.

En fond de décor, nous avons l'île paradisiaque des Bahamas, dans son écrin doré, protégé, chouchouté des hôtels de tourisme au confort quatre étoiles. C'est dans ce décor de rêve que s'invite la fameuse Teresa, un cyclone qui tourbillonne au large des côtes et dont la trajectoire va finalement dévier pour frapper leur cocon douillet. Toutefois, n'attendez pas de séquences émotionnelles d'une amplitude cataclysmique. Les vacanciers vont être quelque peu secoués (coupure d'électricité, sandwich à la Vache qui rit pour compenser...). Seule notre jeune Elise va se retrouver au cœur de la tourmente et ainsi croiser brièvement le chemin d'un garçon du coin qui lui vient en aide en l'invitant chez lui. Une façon de montrer le revers des cartes postales idylliques en rappelant les conditions de vie rudimentaires des habitants. 

La lecture n'en demeure pas moins légère, pimpante et juvénile. Elle dresse le portrait d'une jeune fille qui se sent injustement délaissée et mécontente, d'où l'image du cyclone, dont elle s'approprie « son souffle, sa colère » avant d'en sortir « essorée, la tête vide ». Au final, Elise retiendra de cette expérience de tempérer ses humeurs et de changer son regard sur le monde, non seulement pour capturer la photo parfaite, « la seule au bon moment et juste au bon endroit », mais aussi pour modifier son viseur sur son entourage. Une lecture pertinente sur l'adolescence, la famille, la photographie, les apparences trompeuses et la réalité en demi-teinte. Un bon moment qui fait voyager et réfléchir en même temps.

L'école des Loisirs, 2017 - illustration de couverture : Gabriel Gay

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09/05/17

Vieux, râleur et suicidaire - La vie selon Ove, de Fredrik Backman

Vieux, râleur et suicidaire La vie selon OveOve veut en finir avec la vie car il ne se remet pas de la mort de sa femme et ressasse avec amertume la perte de son boulot. Toute une carrière exemplaire balayée dans les orties... C'est inadmissible pour notre vieux monsieur, qui passe désormais son temps à faire le gendarme dans son lotissement, pour mieux cultiver sa réputation de grincheux, mais prépare minutieusement son prochain suicide. Sa tyrannie va pourtant être mise à mal par l'arrivée de nouveaux voisins, lesquels contreviennent à toutes les règles dès leur installation. Ove voit rouge et rouspète, mais se laisse envahir par cette famille décomplexée en embarquant, bon gré mal gré, dans leurs aventures rocambolesques. J'ai immédiatement ressenti un élan d'amour pour le personnage d'Ove, en apparence bourru et maniaque, alors qu'on se doute que c'est un monsieur fondamentalement bon, généreux, attentif aux autres, dévoué et compatissant. Or, notre homme s'en défend car il a longtemps connu un parcours fait d'injustices, de bêtises et de malhonnêtetés. De quoi le rendre bien méfiant et aigri au fil du temps. Sa rencontre avec la lumineuse Sonja aura suffi à lui mettre du baume au cœur... jusqu'à ce que le destin en décide autrement. Encore et toujours. Certes, on soupire, on sourit, on essuie aussi une petite larme au coin de l'œil mais on plonge dans une histoire bougrement passionnante. J'ai adoré partager un bout de chemin avec Ove, à écouter son histoire, à comprendre ses motivations, à cerner ses zones d'ombre. Car Ove est un être entier, qu'on apprend à découvrir chapitre après chapitre, et qui dépasse de loin la caricature. J'ai également été émue, sincèrement touchée par des passages, où je retenais mon souffle, j'avais la gorge nouée, je refusais toute éventualité d'une fin prématurée. Pour plusieurs raisons, la lecture est remarquable, notamment pour sa grande intensité émotionnelle, et parce qu'elle fait énormément sourire en même temps. L'histoire donne en plus l'aperçu d'une vie autrement plus forte, plus authentique et plus poignante, rien qu'en s'ouvrant aux autres et en lâchant prise. De bonnes ondes positives qui font un bien fou ! L'interprétation de Bernard Gabay pour Audible Studios fait humblement preuve d'une grande justesse et d'une grande sensibilité, comme c'est souvent le cas avec ce lecteur, cf. Ma grand-mère vous passe le bonjour qui avait déjà su me séduire, me parler, me toucher. Une formidable prouesse, une très belle réussite & une lecture aux mille couleurs. ♥

>> Une exclusivité Audible Studios (durée : 10h 12) uniquement disponible en téléchargement sur le site.

©2014 Presses de la Cité. Traduit du suédois par Laurence Mennerich (P)2015 Audible FR

Vieux, râleur et suicidaire | Livre audio

 

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