22/12/08

La Magie du bonheur - Kristin Hannah

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Présentation de l'éditeur
A l'approche de Noël, Joy, récemment divorcée et brouillée avec sa sœur, n'a pas le cœur à la fête. Sur un coup de tête, elle s'envole pour une destination inconnue, décidée à tout oublier le temps des vacances. Mais son avion s'écrase au milieu d'une forêt très dense. Par miracle, Joy échappe à la mort. Elle a alors le choix entre prévenir les siens qu'elle est en vie et s'offrir quelques jours pour souffler. Sa rencontre avec Bobby, un petit garçon qui habite avec son père le chalet dans lequel elle a trouvé refuge, va changer son destin...

Ce roman est avant tout le portrait d'une femme brisée, récemment divorcée, trahie par l'homme qu'elle aimait et qui la trompait avec sa soeur cadette. Noël s'annonce avec un goût amer, et Joy choisit de partir et d'oublier. Or son vol se crashe, elle en sort sans trop de peine mais préfère s'éloigner. Couper les ponts avec sa vie. Disparaître. Ne plus exister. Elle s'enfonce dans la forêt, arrive près d'un lac où se tient une auberge isolée. Elle y rencontre un garçon de 8 ans, Bobby, et son père Daniel. Ce couple aux ailes brisées va inspirer des sentiments multiples chez Joy, elle est émue par la détresse de l'enfant, perplexe face au caractère ténébreux de l'homme à l'accent irlandais et enfin elle est transportée par la présence fantôme de la maman défunte. C'est une aura qui se dégage, un feu de paille. Et on devine beaucoup de choses, pensant même pouvoir déjà écrire la fin. Mais non. La seconde partie s'annonce imprévisible, elle remet les pendules à l'heure. Et le roman se finit, sur une touche de magie... oui, oui le titre trouve bel et bien sa signification. La magie du bonheur ressemble à un téléfilm de l'après-midi, c'est juste distrayant dans le fond et pour la forme. On pourrait très bien s'en passer, si ce n'est que l'esprit de noël est dans les airs, que le besoin de romance doublée d'une histoire gentille et honnête feront pencher la balance vers le "pourquoi pas?". C'est le roman de l'instant, du moment. De la saison, aussi.

Presses de la cité, 2008 - 226 pages - 18,90€
traduit de l'anglais (USA) par Francine Siety

 

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21/12/08

L'âge d'ange - Anne Percin

41_bDDWyHPL__SS500_On ne sait pas qui nous raconte cette histoire, fille ou garçon, enfant ou vieillard... quelle importance. « Longtemps, je n'ai pas su. J'étais un ange, peut-être. Un ange qui attend la chute. » C'est plus tard, en avançant dans le roman, qu'on apprend plus exactement qui tient la plume. Afin d'être totalement neutre, j'opte bien volontiers pour le masculin, sans y voir là quelconque indice.

Cette histoire est en fait racontée des années plus tard, par rapport aux événements rapportés. Le narrateur était au lycée, timide, influençable, quasi transparent. C'était un élève appliqué, qui aimait le grec, et s'enfermait à la bibliothèque pour feuilleter un album sur les amours des dieux et des héros. Un jour, ce manuel est emprunté par un autre. Aussitôt c'est le brouillard, un mélange de frustration, de colère, d'incompréhension, de curiosité. Notre ange doit savoir qui - à part lui - nourrit cette même passion pour les mythes grecs. Est-ce possible ? Le sentiment naissant d'être moins exclusif commence à fleurir.

Et notre camarade rencontre alors Tadeusz, un étudiant d'origine polonaise, au physique d'apollon. On ne parle plus de coup de foudre, mais de choc... violent, qui fait trembler. Une forte connivence va se créer, tous deux deviennent inséparables. Mais en même temps leur relation cultive avec finesse l'androgynie. De quoi déroûter le lecteur.

Ce roman veut faire état de l'esprit de confusion qui traverse l'adolescence, l'identité flottante dans laquelle parfois on se berce, par pêché d'attention, d'ennui, de solitude, « cette période indéterminée où je ne savais pas qui j'étais ». Les deux héros du livre vivent une belle histoire d'amour et d'amitié, et seront malgré eux les pantins d'un drame orchestré par la bêtise humaine. Car les oppositions sont constantes, par les origines sociales notamment. L'ange a des parents très riches, habite un quartier calme et en sécurité, tandis que Tadeusz fréquente la banlieue, la pauvreté, l'immigration. La violence urbaine gronde, explose,  « il n'y a pas de justice possible, dès lors qu'on accepte la misère. Et que les forts ne sont forts que parce qu'ils laissent les faibles s'entre-tuer. »

Ce roman n'est pas léger, contrairement à ce que j'ai pu lire dernièrement sur le thème de l'adolescence, mais ce n'est pas une lecture moribonde non plus. Le ton grave qu'adopte le narrateur reflète aussi cette sensation de perte, d'errance et d'impuissance. De la tristesse, non il n'en est pas question. On ne saute pas au plafond, après avoir tourné la dernière page, mais on sent une richesse nous gagner. On se fait la réflexion que la société est hypocrite, mesquine et bien mal-pensante. Et l'injustice règne de part en part...

Je ne sais pas comment dire, mais j'ai été touchée par ce roman. Ce n'est pas simple, mais c'est fort.

Ecole des Loisirs, coll. Medium - 2008 - 127 pages / 8€

l'avis de Thomas Savary, sur le site de Citrouille

http://annepercin.blogspot.com/

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19/12/08

L'adolescence, parlons-en... encore !

51KEwGJY36L__SS500_J'ai mis du temps avant de comprendre ce que représentait la couverture du roman Zarbi d'Hélène Vignal ! L'indice est révélé en bout de course, de façon impromptue, car j'ai regardé à deux fois ce truc que j'associais à de la nourriture asiatique. Mais peut-être suis-je la seule à qui la vue me joue des tours...

Passons, cela n'est pas important. Zarbi, lui, est un roman passionnant. C'est l'histoire d'une famille, le couple et ses deux enfants. Les parents se chamaillent souvent, n'ont pas trop de temps et sont dépassés par la crise d'adolescence de leur fils aîné, Landry. La situation est présentée et vécue par Dina, la cadette qui a dix ans. Elle pense comprendre, mais ne cerne pas toutes les subtilités, toutefois elle n'est pas idiote et n'est plus un bébé. Comme elle dit. Souvent son analyse vaut tous les discours des adultes réunis, car elle a l'oeil vif, un humour en béton et un tempérament de feu.

« Mon manteau sur le dos, debout devant eux, je mange mon pain aux raisins en les regardant. C'est étonnant comme on est tous devenus laids dans cette famille. Avant on était plutôt beaux et on rigolait bien, on faisait du pain perdu aux goûters et des câlins ou des séances de chatouilles assez souvent. Certains jours, on se piquait des fous rires tous les quatre en jouant au Uno ou à La bonne paye.
Maintenant si l'un d'entre nous rigole, les trois autres font bien attention de ne pas rire en même temps pour ne surtout pas avoir l'air complice. Il faut sans arrêt faire attention avec qui on est d'accord parce que ça peut dégénérer très vite. Landry peut m'accuser de collaborer avec les parents ; comme je peux perdre la confiance de mes parents si j'ai des secrets avec Landry : et si je dis à ma mère que mon père a attrapé Landry par les cheveux, mon père peut m'en vouloir et ma mère en vouloir à mon père ; ou si Landry rigole avec moi, les parents peuvent croire qu'il est d'accord avec la vie de famille, ce qui serait une catastrophe pour lui ; ou si je suis trop copine avec ma mère, elle va croire que je suis toujours d'accord avec elle, ce qui est faux, parce que je la trouve parfois assez nulle. Tout est donc très compliqué ; du coup, pour être sûr de ne pas faire d'erreurs, à la maison personne ne rigole avec personne et on évite de trop se regarder pour ne pas créer des malentendus.
»

Pas facile d'avoir un ado à la maison, c'est ce que je pense après lecture. Mais il faut bien gérer la situation, malgré les prises de tête, les disputes, les conflits et le mur d'incompréhension qui monte toujours plus haut et de toutes parts. L'histoire a l'intelligence de ne pas s'embourber, d'adopter le ton juste et de ne pas oublier l'humour pour aborder ce cap difficile, et surtout le point de vue est délivré de la part d'une petite fille, qui elle-même se cherche, se pose des questions et grandit. Ce n'est pas facile non plus, mais Hélène Vignal sait trouver un équilibre. Elle montre la complexité, elle ne donne pas de solution miracle (ou disons que c'est facile car fictif). Son roman se termine bien, et c'est même un très bon moment à passer car cela frise plus souvent l'ironie que la déprime !

Zarbi, d'Hélène Vignal
Ed. du Rouergue, 2008 - 155 pages - 8,50€

 

 

 

Dans le même registe, je vous rappelle le roman d'Estelle Lépine, Demain l'année prochaine (Seuil jeunesse), qui raconte aussi la crise d'adolescence vue par la petite soeur dans une famille qui ressemble de plus en plus à un navire qui prend l'eau. A conseiller dès 10-11 ans.

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51oCz0M5GEL__SS500_Petite bouffée de fraîcheur avec Une saison Rimbaud, d'Emmanuel Arnaud (l'auteur du très hilarant Les trilingues). Je me tourne les pouces en reprenant la présentation de l'éditeur, parce qu'elle le vaut bien :

Vous êtes en vacances dans une tour de béton pourrie en Espagne. C'est la Toussaint. Vos parents hésitent entre une soirée paëlla et le match de foot à la télé. Vous vous ennuyez, comme vous vous ennuyez le reste de l'année au lycée avec votre copine, avec vos potes. Vous vivez une vie moyennement intéressante, une vie grise. Alors vous ouvrez un livre un peu par hasard. Ce livre, c'est Les Illuminations de Rimbaud. Soudain quelque chose vous arrive. Comme l'explosion d'une météorite, mais à l'intérieur. Un truc d'enfer. Une révélation. Vous regardez autour de vous. Rien n'a changé. Vous avez toujours le livre entre les mains. Brusquement, vous comprenez : la vraie vie est ailleurs.

Ne vous est-il jamais arrivé de tomber en extase par la faute d'un livre ou d'une lecture ? Moi, oui. Je connais cet air de zombie, ce sourire niais, le regard de quasi-fluorescence, cette petite bulle qui enfle, vous enveloppe et vous coupe du reste du monde. Alexandre a eu le choc avec Rimbaud, il en perd pied, sa petite amie, son ami Atonk qui le pousse à s'ouvrir, à faire du moderne (du slam, du rap...) car, selon lui, cet état extatique est mauvais. Pas sain. Invivable. Personne ne peut comprendre, sauf Alexandre. C'est une affaire personnelle, « c'est la seule chose qui vaille la peine qu'on vive pour ». Un tel cri d'amour littéraire, ça ne peut m'échapper. Et j'ai aimé, j'ai souri, j'ai pensé que c'était un vrai moteur pour dynamiser un moral en berne, pour motiver les mauvaises troupes, pour guider et pour tendre la main. C'est montrer aussi l'adolescence sous un autre jour, plus rêveur, plus passionné et la touche d'humour de la part d'Emmanuel Arnaud finit de boucler la boucle.

Une saison Rimbaud, d'Emmanuel Arnaud
Ed. du rouergue, 2008 - 109 pages - 7€

18/12/08

Petites bulles de bonheur

J'aime quand tout se remet en place dans ma vie, en douceur et avec efficacité. Peut-être l'année 2008 va enfin m'accorder un peu de répit pour les quelques jours qui restent ? Qui sait. Je l'espère de tout coeur. Mes soucis matériels se règlent, mes bleus à l'âme ont trouvé leur pansement et mes pannes de lecture sont maintenant écartées. Ou bien je vais franchement mieux, ou bien je ne tombe que sur des livres qui sont divins et me rendent un grand service !

I feel light, c'est sûr !!!

 

 

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31kJVPvI2qL__SS500_Milana, 14 ans, s'est longtemps considérée heureuse et fière d'être indépendante et de pouvoir se débrouiller seule comme une grande. Toutefois, une semaine de vacances va tout bousculer car elle s'aperçoit soudain du bonheur procuré d'être cajolée, dorlottée, couvée... comme un poussin. Alors elle se questionne, non sa mère n'est pas une mère poule, elle a pour discours qu'il faut être prêt pour la guerre de la vie, drôle d'idée quand on a 14 ans et pas le sentiment d'avoir connu de galère, juste faire son lit, vider le lave-vaisselle, prendre ses rendez-vous chez le médecin. Être blindée pour le reste à venir n'est finalement pas si confortable, et Milana choisit d'entrer en grève et de retourner en enfance. Mais sa meilleure amie lui rappelle qu'elle fait fausse route : être poussin ne signifie pas régresser et virer paresseuse. C'est compliqué de grandir !

Milana invente alors un terme tout nouveau tout beau, et qui correspond à sa démarche : elle plonge directement dans l'adultance. En numéro 1 de sa liste, elle inscrit de partir visiter les soixante-seize châteaux au Luxembourg.  C'est plus qu'une initiation qui l'attend, c'est la rencontre avec elle-même, et d'autres surprises au tournant ! Toutefois, Milana pourra l'affirmer tout de go : « je comprends alors que je serai toujours là pour moi », c'est une certitude. Ce roman sur la quête d'identité peut être lu comme la remise en question d'une adolescente en pleine crise, mais c'est terriblement plus drôle, facétieux et intelligent. On oublie d'être agacée, on s'amuse davantage et on goûte avec bonheur au style virevoltant d'Audren. C'est farci de petites phrases qui font mouche, on s'en gave sans hésiter. Un régal. 

« Ma mère ne me protège pas. Elle m'élève. Elle m'aide à bien grandir. C'est le propre des mères, n'est-ce pas ? »

Puisque nous sommes toi, Audren
Ecole des loisirs, coll. Medium - 164 pages - 9€

l'avis de Gaëlle

 

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« Allongé dans le pré encore tout vibrant au soleil du jeune printemps, Paul regarde la cime du peuplier et les nuages, édredons frangés d'or, qui traversent un ciel d'un bleu à croire en ses rêves. »

51JTIuBP7SL__SS500_Apprendre à grandir, apprendre à accepter de laisser partir ce qu'on aime, apprendre tout court, toujours... L'amour en cage est ce petit roman qui vous dit tout, avec justesse, poésie, délicatesse et tendresse. Paul a onze ans, c'est un garçon de la terre, il vit à la ferme et il est fier de la tradition familiale. Au collège, pourtant, il comprend qu'être paysan passe pour une insulte. Il se renferme, puis se lie d'amitié avec Aïssatou qui arrive de Guinée. Elle est différente des autres, sa voix, son sourire, sa peau et ses baisers au goût de gingembre... C'est doux et velouté, comme un duvet d'oiseau.

Un jour, dans les champs, il trouve une petite pie qu'il décide d'apprivoiser. Mais plus le temps passe et plus Faranah manifeste le désir de voler toujours plus loin. Est-ce une preuve d'amour de retenir ce à quoi on tient, parce qu'on a peur, parce qu'on ne veut pas souffrir, parce qu'on prétend aimer, donc protéger ? Mais empêcher, ça n'est pas de l'amour. « Tu la perdras encore plus si tu l'empêches d'être libre... » C'est un avertissement, un signal qu'il ne faut pas mélanger l'amour et la liberté. Aimer, c'est aider. C'est pousser. C'est faire quitter le nid. C'est donner des ailes. L'amour ne se met pas en cage.

Voici l'exemple concret qu'un roman peut simplement, en 90 pages, raconter une histoire capable de déclencher un grand impact émotionnel. Absolument magnifique.   

« Dès ta naissance, je savais que tu partirais, toutes les mères le savent. Elles l'acceptent, elles s'y préparent, c'est dans l'ordre des choses que les enfants ouvrent leurs ailes... »

L'amour en cage, Maryvonne Rippert
Seuil jeunesse, coll. Chapitre - 90 pages - 7,50€
A partir de 10 ans.

Illustration couverture : Olivier Tallec

 

 

l'avis de gaëlle !

 

Lend me yours wings and teach me how to fly.
Show me when it rains, the place you go to hide.
And the curtains draw again and bow - another day ends.
The leaves applaud the wind.

17/12/08

quand le sentiment... (s'en mêle ou s'emmêle)

Je pense que lorsqu'on n'a pas trop le temps de lire, ou pas trop l'envie non plus de se plonger dans une histoire qui s'éternise sur une centaine de pages, je conseille de piquer du nez dans un recueil de nouvelles, parce que c'est court, c'est bien écrit, c'est le vertige de la chute et c'est aussi indiqué à des jeunes lecteurs, dans un créneau collège et plus.

51l1JThlBeL__SS500_Les 6 nouvelles de ce recueil de Hubert Ben Kemoun sont centrées sur le sentiment... sujet très large ! On y aborde forcément l'amour, un thème central et porteur, et surtout on trouve qu'on n'est jamais trop sérieux lorsqu'on a dix-sept ans (et avant aussi, et après n'en parlons pas !). C'est la petite moralité à en tirer après lecture de ce livre. Du moins, en ce qui me concerne. J'ai lu avec recul ces histoires mettant généralement en scène des adolescents qui vivent leur première histoire amoureuse et qui mettent un point d'honneur à ne rien bâcler, comme si leur vie en dépendait. A lire comme ça, c'est fichtrement drôle et cocasse. Il faut le prendre ainsi, surtout dans "Mélodie mélodrame", qui raconte la passion naissante et tourbillonnante d'un jeune couple, prêt à tous les sacrifices (piercing ou tatouage, pour ne rien nommer), et la passion s'éteint aussi vite qu'elle a pris feu. Ce n'est heureusement pas la fin du monde, mais je reconnais qu'à treize ou quatorze ans la démesure est souvent chevillée au corps adolescent !

"Sotte en auteur" est l'histoire d'une amitié et d'un secret vieux de quinze ans, quand le destin vient soudain refrapper à la porte, en un constat mi-navrant et mi-burlesque. C'est léger, c'est facile et c'est limpide. On passe à l'histoire suivante, "Cadeau de nuit", qui est plus glaçante. Une animatrice radio reçoit l'appel d'un individu qui lui raconte le départ de sa compagne, et le monologue plonge lentement dans le glauque. Un soupçon de frisson se glisse dans la mécanique ! Et on retrouve nos chers ados, en proie aux feux de leur passion, dans "Malo coeur", un élève aux résultats passables change du tout au tout et passe de longues heures au cdi pour réviser sa grammaire et ses classiques, dans le but d'éblouir la première de la classe, Bettina, qui fait battre son coeur.

Ici, l'amour est associé à la tristesse, à la trahison, à la perte. Les histoires d'amour finissent mal en général, mais d'après Hubert Ben Kemoun il n'est pas utile d'en pleurer, mais juste d'en rire ! Oui, tout à fait. Le ton abordé dans les nouvelles est purement humoristique, il dédramatise les situations tordues (seule exception, peut-être, avec "Cadeau de nuit"). L'ambiance générale est bien d'apaiser et de recoller les coeurs brisés en mille morceaux, la solution proposée serait de sourire, car comme dit Scarlett, demain est un autre jour !

Quand le sentiment - Hubert Ben Kemoun
Ed. thierry magnier, 2008 - 170 pages - 9,50€
(achevé d'imprimer sans guimauve !)

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Mais qui est Hubert Ben Kemoun ? Cet auteur prolixe publie plus d'un livre par an, il s'adresse à tous les âges, brasse tous les genres littéraires, des romans aux pièces de théâtre. Il rédige des scénarios pour la TV, des dramatiques et des feuilletons pour Radio France. Il mélange  l'humour au frisson. Le roman policier est le domaine qu'il préfère. Il conçoit ses livres comme des parcours d'apprentissage. Il aime jouer avec les mots et invente des grilles de mots croisés pour la presse. Bref c'est un caméléon ! (Et c'est tant mieux!)

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Voici enfin une très bonne idée cadeau pour vos enfants, Ton livre à écrire par le même Hubert Ben Kemoun. Vos chérubins sont de grands curieux ? Ils posent des questions sur la façon dont naît une histoire, sur comment on écrit un livre, ou sur pourquoi on pense ceci et on écrit cela, et pourquoi on écrit d'abord, comment tous ces ingrédients mélangés donnent une histoire qu'on aime, et pourquoi le livre devient l'élément indispensable dans sa vie de jeune lecteur... 

Cet ouvrage se veut donc guide et conseil, il prend la main de l'enfant et l'aide à se lancer dans l'aventure du livre, mais avant tout il parle d'écriture, d'imagination, d'idée et d'astuce. C'est très bien pensé, merveilleusement illustré par Robin, c'est un ensemble instructif et ludique. Ma fille de 8 ans ne jure que par lui !   

61ny5OIIKFL__SS400_Présentation de l'éditeur
Attention, ce livre n'est pas comme les autres. Il n'attend que toi, ta plume et ton imagination pour devenir ton œuvre, pour devenir unique... Pour toi, Hubert Ben Kemoun a planté un décor, créé des personnages et imaginé des situations. La suite t'appartient : à toi de faire vivre ces personnages pendant toute une journée. Bienvenue sur la place des Plumes, désormais c'est toi l'auteur !

Par Hubert Ben Kemoun
Illustrations de Robin
Nathan jeunesse, 15,90€

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16/12/08

Êtes-vous passés à côté de...

La pelouse de camomille, de Mary Wesley ?

51qQohQdBqL__SS400_Comme chaque été, les cinq neveux de Richard et d'Helena se retrouvent en Cornouailles. C'est le temps des jeux, de l'insouciance, le goût de toutes les audaces, au bord de la falaise ou sur la pelouse de camomille, sans autre souci que les tourments de l'amour qui vous rongent une jeunesse.
La petite Sophy donnerait sa vie pour Oliver qui, lui, est fou de Calypso, si belle et si lointaine. Elle a toujours juré d'épouser un homme riche sans amour, elle jettera son dévolu sur Hector, politicien ayant le double de son âge. Car pour mieux pimenter cette belle saga familiale, il faut d'office préciser que l'action se passe durant l'été 1939. La guerre va être déclarée et amène un couple de réfugiés juifs, Max et Monika, chez le pasteur du coin. C'est un éminent pianiste, un brin cavaleur et beau parleur. Il va faire chavirer le coeur d'Helena, pourtant mariée mais ennuyée par sa vie recluse auprès de Richard, son second mari unijambiste. Elle partira à Londres, sans crainte des bombardements, vivre une passion tumultueuse auprès de son musicien juif.

C'est bien ce qui est également très surprenant dans ce roman où la trame ne chôme pas, sans cesse rebondissante et étonnante. Ce n'est pas parce que c'est la guerre que nos personnages vont s'endormir sur leurs lauriers, bien au contraire ! "Nous avons tous vécu intensément. Nous avons fait des choses que nous n'aurions jamais faites autrement. Ce fut une période très heureuse. (...) Tout était exacerbé, surtout l'amour."
Effectivement les passions sont ravageuses !

Ce roman n'est pas une bluette sentimentale. Il fourmille plutôt de vivacité, d'esprit, de dialogues mordants, de personnages flamboyants et uniques en leur genre. Mais ils sont à contre-courant de l'image idyllique des êtres parfaits, car ils sont tous fragiles, odieux, égoïstes et héroïques à leurs heures. Et ce, en dépit des circonstances ! Qu'importe les liens du mariage, l'âge, l'enfant à naître, les bombardements ou la guerre, tout simplement...

L'anglaise Mary Wesley nous offre ainsi une lecture passionnante. En plus de 400 pages, jamais la cadence ne s'essouffle. On ne stagne pas durant l'été 1939, le scénario évolue, voyage dans le temps et nous conduit même sans nous y attendre cinquante ans plus tard ! Je pense aussi que le succès de ce livre repose sur le style fringant et truffé de badinage que nous propose l'auteur. J'ai passé des heures de lecture absolument délicieuses ! Je vous conseille vivement de vous y plonger également !

Ce livre a été publié en français chez Flammarion en 1991, puis en format poche "J'ai Lu". Bravo aux éditions Héloïse d'Ormesson de remettre Mary Wesley au goût du jour ! (D'autres publications sont à prévoir.)

Editions H. d'Ormesson, juin 2008 - 430 pages - 22€
traduit de l'anglais par Samuel Sfez

15/12/08

La relieuse du gué - Anne Delaflotte Mehdevi

41k7NdKuDjL__SS500_« Cyrano, que je vous prévienne, est mon "androthérapie". Il ne me quitte jamais. J'ai plusieurs éditions de la pièce de Rostand, et toujours une à l'atelier et une à côté de mon lit. J'ouvre le soir le livre de la pièce au hasard. Je lis quelques pages et je m'endors. Mais je ne l'aime pas qu'au lit. J'ai abusé de lui dans bien d'autres circonstances comme lorsque je passais mes examens. Je l'avais tout le temps dans ma poche tel un gri-gri. Je l'ouvrais en attendant les épreuves ou ne l'ouvrais pas. Mais il était là. »

Mathilde, devenue relieuse après une courte carrière de diplomate au Quai d'Orsay, a ouvert son atelier à Montlaudun en Gironde. Elle occupe ses journées à coudre, à coller, à fignoler, à respirer les livres, c'est une passion léguée par son grand-père qui s'est endormi sous un châtaigner. Un matin de très bonne heure, on tambourine à sa porte qui s'ouvre sur un beau jeune homme, un brin mystérieux. Il lui confie un épais ouvrage qu'il viendra récupérer dans quelques jours. C'est urgent, c'est important et c'est secret. Avant de partir, l'homme a un malaise, sa beauté et son aura énigmatique intriguent Mathilde, mais elle le laisse partir sans le questionner davantage. Quelques jours après, elle apprend sa mort brutale.
L'apparition de cet individu reste obsédante pour la relieuse, qui s'interroge sur l'identité de l'inconnu, cherche à percer l'importance qu'il daignait accorder à l'ouvrage, lequel repose désormais entre ses mains, dans son atelier. Mais cette histoire commence à susciter un intérêt un peu trop vif de la part des habitants de cette petite ville, des rumeurs se propagent, des tensions naissent, une enquête a été ouverte. Mathilde elle-même a décidé de retrouver la famille du défunt et de restituer le livre ancien, en pensant ainsi accomplir les désirs de l'homme sans nom.

Ce roman possède, en plus du charme, une odeur et un son. Il est très particulier, tant il voudrait être murmuré ou lu à voix basse. C'est l'impression qu'il me donne, à me sentir coincée dans la ruelle du gué, à croiser des personnalités fortes et originales, à suivre les pas de Mathilde la relieuse. Elle a fait de sa vie une quête pour le bonheur, dans la chaleur des livres qui chuchotent leurs secrets et qui confient leur intimité à ses mains habiles et délicates. Mathilde est une amoureuse, une contemplative. Scrupuleuse, soucieuse et discrète. La rencontre avec l'inconnu qui sent la fougère et la terre fraîche va bouleverser sa petite existence, jusque là bien remplie par Cyrano et ses répliques pleines de panache. Les voisins de la relieuse ont tous des personnalités éclatantes, parmi lesquelles Mathilde apparaît finalement un peu terne et effacée. La relieuse du gué est aussi un roman à l'écriture sensuelle, à l'ambiance chaleureuse et à l'intrigue qui est un judicieux mélange de légèreté et de mystère. Le début est très, très bon. La fin manque de sombrer dans une certaine lenteur, et/ou maladresse. Mais c'est sans importance. L'ensemble de la lecture procure un sentiment de douceur et c'est un roman vraiment très agréable à lire par temps d'hiver !

Gaïa, 2008 - 268 pages - 19€

« On peut lire Bergerac de Rostand comme on le fait d'une carte postale d'été, ou le dire haut, juste pour le rythme facile de la rime. On peut le lire pour rire, pour s'émouvoir, pour s'attarder sur le panache de son héros. Pour bien dormir, on peut prendre le soir, un dialogue au hasard, et faire une toilette de chat de l'esprit, juste avant de sombrer. On peut le prendre au petit déjeuner, pour se donner du coeur et une âme claire, juste une lampée avec son café. »

D'autres avis : Cathe , Cuné ...

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13/12/08

Mon amour kalachnikov - Sylvie Deshors

 

Ces mots là, ça parait trop simple, mais ils sont vrais et puis c'est mon histoire. C'est le refrain que pourrait reprendre Agathe, par cette froide nuit de novembre. Elle se retrouve dans la même rue où elle a été agressée, elle a été appelée pour un baby-sitting, se sent mal à l'aise dans cet appartement trop luxueux et croit reconnaître sur une photo le taré. Le lendemain matin, elle est réveillée par la police et apprend la mort du type. Suspectée, Agathe doit se défendre. Elle avertit son petit ami Gilan, lequel se met en colère 514OIqDidbL__SS500_et ne donne plus de nouvelles. La jeune fille est alors prise de doutes, sur elle, sur son agresseur, sur son copain et sur l'entourage de celui-ci. Et puis il y a cet enquêteur qui ne la lâche pas d'une semelle. Agathe commence à perdre pied et risque de commettre des erreurs à vouloir mener elle-même sa petite investigation. Il n'est pas bon fouiller dans les petits papiers de ceux qu'on aime, cela peut faire mal.

Et c'est vrai que ce roman est triste, mais c'est une tristesse qui est saine. C'est bon de lire un roman de cette qualité, où résonne le pas cahotique d'une jeune fille perdue dans ses repères. Le garçon qu'elle aime n'est plus qu'une silhouette floue, et puis il y a ce meurtre... La police imagine qu'elle est liée à un vol de bijoux, peut-être le mobile du crime, et il y a beaucoup de preuves contre elle, mais elle veut protéger son petit ami qu'elle soupçonne au fond d'elle. C'est un étau, un piège qui se referme, dans lequel elle joue le rôle du lièvre hypnotisé par les phares du chasseur. Elle se tait pour celui qu'elle aime, mais elle sent qu'il la fuit. Pourquoi ? L'intrigue est ainsi habilement tissée, simple et silencieuse. Il n'y a pas de clash, pas de fracas. Il y a certes de la violence et de la rage chez Agathe, mais une grande fragilité derrière cette carapace. On la suit jusqu'au bout et on partage ses larmes. Cela ne peut se finir autrement, car ce roman est terriblement humain. Il m'a personnellement fait beaucoup de bien.

Le rouergue, doAdo noir - Novembre 2008 - 282 pages - 12,50€

Sylvie Deshors figure désormais parmi les auteurs que je vais suivre, après avoir déjà lu et aimé Anges de Berlin et Petit samouraï , c'est maintenant une conviction !

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12/12/08

(...)

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... absente, parce qu'au bout du rouleau. J'ai vécu mon jeudi noir. La coupe est pleine et je sens que tout file entre mes doigts. Et puis je ne retiens pas. Pas envie. Plus le courage. J'ai beaucoup pleuré ces derniers temps, aujourd'hui j'attends. Je sais que c'est énigmatique et un peu flippant à lire, mais ce petit mot est juste là pour me sentir moins seule au fond de mon trou. J'ai toujours rebondi après m'être bien ramassée. Pour l'heure j'écoute l'album d'un groupe écossais que je viens de découvrir : Glasvegas, et j'aime beaucoup. C'est complètement en rapport avec mon état d'esprit. Et puis je regarde "Angela 15 ans" en dvd. Et bonne nouvelle, dans ce vaste bourbier : j'ai repris goût à la lecture ! C'est bien.

Marilyn dans l'excellent "don't bother to knock"

*** merci à ma grande soeur pour l'envoi du cd qui va me remonter le moral ! ***
Et ne vous inquiétez pas, je vais bien !

 

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10/12/08

Le joli univers musical de Thomas F.

Ce n'est pas la première fois que je vous convie dans l'univers musical de Thomas Fersen par les images, et plus particulièrement grâce à une série de 3 albums qui s'ouvrait avec le très singulier Dugenou (se reporter ici, pour s'en souvenir).

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La belle aventure s'est poursuivie avec Croque : l'histoire d'un croque-mort mélancolique, qui aime les croque-monsieur, et qui mange comme quatre et boit comme un trou. Mais à côté du cimetière, il a son jardin secret où il a planté des pommes de terre, cela lui réchauffe le coeur, lorsque pendant un enterrement son estomac pleure et son ventre glougloute, il pense à son festin de pommes vapeur et à son court-bouillon. Et ainsi se boucle la complainte du croque...

Je n'me sens pas dans mon assiette,
Je vais rendre l'âme,
Quand je pense à mes paupiettes,
À mon croque-madame.
Ça fait trop longtemps qu'ça dure,
Je m'allonge un peu
Sur le tapis de verdure
Et je ferme les yeux.

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La série termine son voyage initiatique avec Les malheurs du lion... 

Au café, rêvait un lion. Devant sa consommation. Il voit venir une abeille vêtue d'un tailleur que raye le noir avec le soleil, une petite merveille. Elle grésille, elle bourdonne avec l'accent de Narbonne. Et gentiment elle butine un diabolo grenadine.

Allez, bourdonnez en chœur. C'est triste et poétique à la fois. C'est brouillon et mélodieux. Mais cela met bien en évidence la qualité quasi magique de la plume de l'artiste. Je ne connaissais pas bien Thomas Fersen, ou de loin. Depuis la découverte de ces petites galettes, j'ai poussé la porte de la curiosité pour pénétrer dans son monde joliment singulier. Je n'ai plus souhaité en sortir !

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D'ailleurs, son dernier album Trois petits tours est une invitation féérique et un cri d'amour... un peu désespéré et tristounet, mais pas déprimant. Je vous le conseille, et j'aime les petits mots de son éditeur qui le présente ainsi :

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On cherche toujours un responsable de la naissance de la nouvelle nouvelle nouvelle, etc, chanson française. Nul doute que Thomas Fersen, dès son premier bal (un Bal des oiseaux) y a été pour quelque chose. Il ne tient peut-être pas à endosser la paternité et de la vieille dame, et de ses jeunes collègues ; disons plutôt, alors, qu’il a renouvelé l’art mineur, y a glissé des folies, des fables, des noirceurs, des bêtes pas bêtes, des hommes bizarres, des femmes fatalement fatales, et des ukulélés. Lui a une préférence pour  le ukulélé soprano, qu’il juge teigneux. N’en concluons pas hâtivement que Fersen l’est également. Surprenant, en revanche, il ne cesse de l’être.

Dugenou, de Thomas Fersen & Elisabeth Eudes-Pascal
Croque, de Thomas Fersen &
Manon Gauthier
Les malheurs du lion, de Thomas Fersen & Bruce Roberts

Editions Les 400 Coups - 7,50€

Posté par clarabel76 à 18:15:00 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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