24/07/08

Toi et moi à jamais - Ann Brashares

Alice et sa soeur Riley passent l'été dans la maison familiale de Fire Island, près de New York. Sportive, vive et garçon manqué, Riley est maître sauveteur. Très différente, Alice est féminine, douce et brillante, elle prépare sa rentrée en fac de droit. Paul, l'ami d'enfance, revient après trois ans d'absence. Attirés l'un par l'autre, Paul et Alice vont avoir une liaison, dans le secret, mais Riley va les surprendre un soir. 

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Ann Brashares, auteur de la série Quatre filles et un jean, signe un bon gros mélo sentimental, cousu de fil blanc, voilà pour les défauts, mais alors qu'est-ce que j'ai aimé ! J'ai complètement mordu à l'hameçon, j'ai aimé cette histoire d'amitié et d'amour, j'étais toute vibrante d'émotions pour ce que vivaient les personnages, j'étais à leurs côtés, j'avais mon petit mouchoir dans la main, j'étais nouée par les révélations, et puis dégoûtée par certains choix, je ne comprenais pas qu'on puisse garder pour soi autant de souffrance, mazette j'étais à fond dedans, d'ailleurs, j'ai lu ce roman en une soirée parce que j'étais totalement mordue !

"L'amour peut-il durer toute une vie ? Peut-il passer indemne de l'enfance à l'âge adulte en survivant aux tourments et aux écueils de l'adolescence ? Est-il toujours le même à l'arrivée, simplement exprimé de façon différente ? Ou ces deux formes d'amour sont-elles radicalement étrangères et incompatibles ?"

Toi et moi à jamais - Ann Brashares

Gallimard, (juin) 2008 pour la traduction française - 335 pages - 13€

traduit de l'américain par Vanessa Rubio / titre vo : The last summer (of you and me)

Le site : http://toietmoiajamais.fr/

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23/07/08

La messagère de l'au-delà - Mary Hooper

Ce premier roman de l'anglaise Mary Hooper raconte l'histoire d'Anne Green, une jeune servante d'à peine seize ans qui fut condamnée à la pendaison pour infanticide. Basée sur des faits ayant existé, mais brodée pour parfaire l'intrigue romanesque, cette histoire n'en paraît que plus captivante.

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Par chapitres successifs, la parole est donnée à la jeune fille qui raconte son histoire. Nous sommes en 1650, dans l'Angleterre de Cromwell. Les lois sont rigides contre les moeurs légères, et à cette époque on évitait de comprendre le drame des enfants morts-nés ou nés prématurément. La science et la médecine étaient encore bien timides, mais audacieuses. Le corps d'Anne Green, par exemple, est confié à l'université pour y être disséqué. Cette autre partie de l'histoire est narrée par Robert, un étudiant sensible et timide qui souffre de bégaiement. C'est grâce à lui qu'un miracle va se produire : Anne Green ne serait pas morte.

Le drame de cette jeune fille, en plus d'être belle, est d'avoir été séduite par un gentilhomme, le petit-fils de la famille où elle travaille. Victime aussi de sa vanité et de sa naïveté, Anne va connaître le prix à payer avec un stoïcisme admirable. Elle a très vite compris que sa mort était la bienvenue pour taire le scandale qui pourrait empêcher l'union du jeune maître Geoffrey avec une demoiselle de grande fortune.

Plusieurs scènes sont remarquables dans ce roman (le procès, l'échafaud, l'accouchement...) et racontées sans verser dans le pathos délirant. Tout est feutré, distillant avec tact la note dramatique. On retrouve aussi le climat austère, la vindicte populaire et le puritanisme accablant qui mettent en exergue la grande solitude d'Anne. Dans le fond, c'est une jeune femme assez cruche, avec une bonté naturelle et pas un soupçon de mesquinerie. Ce n'est qu'une servante sans éducation et sans le sou, avec un charmant minois. Peut-être est-elle dupée par les belles paroles de ce coureur de jupons qu'est le petit-fils de Sir Thomas Read, toutefois son cas fait écho à d'autres détresses comme c'était souvent le fait en ce temps-là.

Et puis, j'ai beaucoup apprécié que ce roman aborde les premiers questionnements concernant l'infanticide, comme il était jugé dans ce 17ème siècle. De manière générale, de toute façon, La Messagère de l'au-delà sait nous surprendre par son intelligence et sa sensibilité. Mary Hooper a su habilement raconter une histoire émouvante, mais en toute sobriété. La puissance de ce récit se trouve dans le désoeuvrement que va connaître Anne Green et par les injustices dénoncées. Bref, c'est un roman historique avec une action dense et palpitante. A découvrir !

La Messagère de l'au-delà - Mary Hooper

Editions du Panama, (mars) 2008 pour la traduction française - 268 pages - 15€

traduit de l'anglais par Fanny Ladd et Patricia Duez

 

D'autres avis : A été lu par Gawou et Ys

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22/07/08

Les Chroniques de Pont-aux-Rats - Tome 1 : Au Bonheur des Monstres

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Par une nuit de pleine lune, une silhouette se faufile de sous une plaque d'égout et s'envole aussitôt vers les toits des maisons. Avec son bonnet-casque et ses ailes mécaniques, jamais on ne soupçonnerait qu'il s'agit d'un petit garçon. On le connaît sous le prénom d'Arthur, il vit seul avec son Bon-Papa dans le monde de l'En-dessous. Il profite souvent du soir tombant pour aller à la cueillette, autrement dit chercher quelques victuailles dans les jardins du Dessus.

Mais cette mission va prendre un tour particulier, Arthur sera témoin d'une chasse aux Fromages sauvages, qui est pourtant devenue une activité prohibée. Poussé par sa curiosité et guidé par la prudence, le garçon suit de loin ce remue-ménage mais est surpris par Grapnard et sa clique. La bande lui confisque ses ailes et fonce sur lui pour le mettre sous les verroux, mais l'enfant parvient à s'échapper et trouve refuge chez Willbury Chipott, avocat de la couronne, en retraite. Ce dernier vit entouré de bricoliaux, de choutrognes et autres fifrelins.

Peut-être faut-il ouvrir une parenthèse pour présenter cette étrange cité qu'est Pont-aux-Rats... Un monde imaginaire, peuplé de créatures aussi loufoques que des vaches aquatiques, des blaireaux courvites, des lapinelles et des rats qui oeuvrent à bord de la Laverie Automatique Ratipontaine. Il existe aussi un monde souterrain où se cachent Arthur et Bon-Papa, mais où s'organisent des travaux d'entretien sur les canalisations et autres tâches maraîchères...

Depuis le Grand Krach Fromager, la chasse aux fromages sauvages est donc formellement proscrite, entraînant la dissolution de la Guilde Fromagère Ratipontaine. Tout cela est bien obscur et il semblerait que Grapnard combine quelques vilains tours pour contourner les règles établies. Arthur et son nouvel ami Mr Chipott découvrent avec horreur que toutes les plaques d'égout ont été condamnées avec de la forte glu. Il se passe vraiment de drôles de choses à Pont-aux-Rats, avec notamment des disparitions, des enlèvements et des mascarades à la barbe du peuple nigaud (Madame Froufrou et sa mode de Parii). Cela devient plus qu'inquiétant quand Mr Chipott constate avec tristesse que ses fidèles compagnons sont tous portés disparus, avec une maison mise à sac.

Ce sont 540 pages du même registre que nous offre Alan Snow, auteur totalement déjanté - si l'on se base sur le contenu de cette brique jaune !  Auteur, mais illustrateur de renom, car Alan Snow fournit son texte d'une centaine d'illustrations qui allège l'impression de lecture. Le jeune lecteur sera happé par l'ambiance et aura maille à quitter cet univers farfelu. La folle du logis a sorti ses plus belles parures pour s'étaler de long en large et en travers dans ce premier tome. On ne se lasse pas de tourner les pages, impatient de découvrir ce que nous réserve le chapitre suivant. Et c'est hallucinant la somme d'imagination que nous sert l'auteur, ce n'est jamais redondant ou gavant, il n'y a pas de surenchère non plus, et c'est encore moins débile. C'est un joyeux fourre-tout, avec un côté rétro qui pourrait laisser penser que l'histoire se passe au 19ème siècle... mais un autre détail nous rattrape et nous fait revoir nos calculs élémentaires.

Finalement, il faut se laisser porter par ce livre, aussi beau et chouette à l'intérieur qu'à l'extérieur, original par son contenu (et pas seulement), bien écrit et traduit, étourdissant par sa fantaisie et son lot d'aventures. On ne s'ennuie pas, on rigole beaucoup et on devient forcément curieux de ce que l'auteur peut nous réserver à l'avenir !

Les Chroniques de Pont-aux-Rats, tome 1 : Au Bonheur des Monstres - Alan Snow

Editions Nathan, (mars) 2008 pour la traduction - 540 pages. 19,50€

traduit de l'anglais par Rose-Marie Vassallo

Le site : http://www.nathan.fr/chroniquesdepontauxrats/ (avec le premier chapitre à découvrir)

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(aperçu)

Pour acheter :

 

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21/07/08

Les Cavaliers des Lumières : Le règne de la Barbarie *

Si seulement sa mère n'avait pas eu cet accident, peut-être Théo ne se serait jamais intéressée à ce jeu maudit. Pour effectuer son travail de deuil l'adolescente a choisi de couper tout contact avec l'extérieur, de ne plus parler à personne, de rompre avec ses amis. Elle vit désormais dans sa bulle, accrochée à un jeu online où elle s'est révélée prodigieuse, atteignant le niveau 5, comme quatre autre joueurs dans le monde. C'est exceptionnel, et Théo n'en est pas peu fière.

Après une fâcherie avec son père, qui s'inquiète (à juste titre), Théo est privée d'ordinateur jusqu'à nouvel ordre. L'ado doit remonter la barre et obtenir des résultats scolaires plus brillants. Elle s'aperçoit alors de sa terrible addiction au jeu et passe outre l'interdiction paternelle en se connectant en cachette. Là, un soir, elle surprend des scènes qu'elle n'aurait pas dû voir. Mais elle s'imagine aussitôt qu'il s'agit d'un léger bug, ce n'est pas méchant et ne porte pas à conséquences. Erreur !

Les jours suivants, d'étranges événements surviennent dans la vraie vie de Théo. Sont-ce des hallucinations, des alarmes (trop de jeu, des neurones embrouillés)... ? Elle décide alors de se connecter sur le site du jeu et contacte les autres joueurs du niveau 5. Bizarrement, ces derniers partagent les mêmes doutes : la terrible armée des Barbarians est-elle sortie de la sphère ludique et virtuelle pour s'immiscer dans leur monde ? !

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Je vous laisse découvrir ce qu'est exactement le jeu d'héroïc fantasy (les Barbarians Killers) qui est devenu la principale nourriture de notre jeune Théodora. C'est un monde étrange, menacé par des forces obscures, et les cinq meilleurs joueurs mondiaux se verront attribuer le titre honorifique des cavaliers des lumières, avec pour charge de protéger, de combattre et de résister. De longues descriptions s'ensuivent, mêlées au récit par les terrifiantes menaces qui frappent le Monde Nouveau (ainsi est appelée l'humble société dans laquelle nous vivons !).

Préparez-vous à quelques surprises de taille, car la vicissitude de ces créatures sournoises s'attaquent à toutes les personnes qui cherchent à aider Théo et les Barbarians ne mettent pas de gants pour dissuader et faire peser la menace !!! Leurs armes sont redoutables, car le commun des mortels ne voit pas la même chose que Théo, qui se retrouve ainsi isolée, incomprise et totalement déboussolée. Elle seule détient la preuve que les Barbarians s'incarnent sur Terre avec pour mission d'éliminer tous les Cavaliers.

Après son père, c'est son ancien meilleur ami qui est touché, puis des camarades de chambrée. Accident de voiture, incendie volontaire, bain de sang... la liste ne finit pas de s'allonger. Théo choisit de partir sur l'ile de Wight, dans un manoir austère, de style victorien. Elle aura recours à la bonne vieille méthode de compulser des livres dans une bibliothèque pour ses recherches avant le grand rendez-vous avec ses pairs. Car Théo a découvert qu'elle pouvait s'introduire en personne dans le jeu et franchir la frontière séparant l'irréel du réel... Incroyable !

Mêlant la quête épique, le tourbillon fantastique et le souffle d'aventure, ce roman brasse moults références et légendes pour alimenter son intrigue haute en couleurs. C'est entraînant, aidé de quelques pauses bénéfiques dans le coeur de l'action, mais le suspense est toujours entretenu à un train d'enfer. Le climat de terreur rampante par la menace des Barbarians est bougrement efficace, on s'accroche, on guette et on attend au tournant la suite de l'épopée...

Un deuxième volume va paraître courant Novembre 2008 (la série est en cinq tomes). Ce livre porte la signature de deux auteurs fort remarqués pour leurs romans policiers : Brigite Aubert et Gisèle Cavali.

Les Cavaliers des Lumières, Le règne de la barbarie * - Aubert & Cavali

Plon, mai 2008 - Coll. Jeunesse / Heroïc - 300 pages. 13€

A également été lu par Marie

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20/07/08

L'été solitaire - Elizabeth von Arnim

Début mai, Elizabeth annonce à son mari, l'Homme de Colère, son intention de rester seule durant l'été "afin de retrouver les racines mêmes de la vie". Bougon, l'homme discrédite ce projet mais l'accepte par respect pour sa douce. Il parie intérieurement que son épouse ne pourra se plier à pareille restriction et finira par craquer lorsque la pluie et l'ennui la gagneront.

Les mois passent et Elizabeth se prélasse dans le calme et la pureté de son jardin, respirant les bonnes odeurs, se délectant de la lecture de ses auteurs fétiches. La jeune comtesse savoure le bonheur de son jardin allemand, car en fait, ce journal est la suite d'un titre précédemment paru (Elizabeth et son jardin allemand).

Dans la vraie vie, Elizabeth est mariée à un aristocrate prussien rencontré en Italie et s'installe avec lui à Berlin. Cinq ans plus tard, le couple emménage à la campagne où la comtesse se découvre une vraie passion pour la vie rurale et le jardin. Elle commencera à écrire et publiera anonymement son premier ouvrage où elle confie ses réflexions sur "la rudesse de cette Allemagne du nord et ses tentatives de création d'un jardin à l'anglaise".

Enhardie par ce succès, Elizabeth von Arnim offrira une suite à cette chronique... gentille, contemplative et assez sentencieuse, toute imprégnée d'un luthérianisme rigide qui pèse sur toute la vie sociale (un missionnaire lui rappelle sinistrement qu'elle habite dans la Vallée des Larmes et qu'elle aura, tôt ou tard, son lot de malheurs pour fouetter sa béatitude présente...). Brrr.

J'ai été un peu déçue par ce livre, je n'ai pas retrouvé le peps savouré dans Avril Enchanté par exemple (et que je conseille plus fortement!). Cela reste toutefois l'appréciation d'un style élégant et guindé, joliment poétique, que j'aimerais comparer à la touche anglaise, mais non. Elizabeth von Arnim demeure un auteur à découvrir coûte que coûte !

L'été solitaire

Salvy éditeur, 1991 pour la traduction française / 10-18, 1997

traduit de l'anglais par François DUPUIGRENET-DESROUSSILLES

A été lu par Nanne, plus sensible à cette contemplation

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18/07/08

Tokyo - Mo Hayder

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Qui est Grey ? Derrière la façade de l'étudiante anglaise, qui a tout plaqué pour venir à Tokyo et rencontrer un homme censé la renseigner sur un sujet qu'elle bûche depuis neuf ans, sept mois et une dizaine de jours, qui est-elle ? De prime abord, Grey est une jeune femme mystérieuse, mal fagotée, les cheveux plaqués derrière les oreilles, obnubilée par la guerre en Chine et le massacre de Nankin par l'armée japonaise. Sans argent ni bagages, Grey accepte d'être hébergée chez Jason, dans une vieille bicoque délabrée, et trouve un emploi d'hôtesse dans un club privé, le Some like it hot.

Ce ne sont pas ses charmes qu'elle offre, mais sa compagnie, sa serviabilité à servir des verres, allumer des cigarettes et faire la conversation pour égayer des messieurs venus se distraire. Cela fait passer le temps, car elle espère toujours que son professeur Shi Chongming change d'avis et accepte de la revoir pour négocier ce qu'elle attend de lui. C'est alors que celui-ci fait volte-face et propose de monnayer le précieux film qu'elle brûle d'avoir contre un autre objet de sa convoitise. Objet non identifié, bien sûr. Chongming sait d'avance que Grey parviendra à mettre la main dessus, mais où ? Dans l'antre de l'enfer. Elle doit se faufiler chez un redoutable yakuza, client du Some Like It Hot, un dénommé Junzo Fuyuki, bloqué dans son fauteuil roulant et toujours affublé de sa Nurse, une personne étrange au physique tout aussi impressionnant.

Entre-temps, se mêle le récit d'un journal intime rapportant le sinistre désastre de l'automne 1937 à Nankin. C'est dans ce sombre décorum qu'on s'enfonce en retenant tantôt un hoquet de dégoût ou en haussant les sourcils de stupéfaction. Le livre peut mériter toutes les appelations, il n'en demeure pas moins bluffant. Accroché aux basques de la jeune héroïne, on découvre les travers d'un Tokyo malsain, où fleurent la transgression, la perversité et la sensualité. Et croyez-le ou non, mais impossible de décrocher !

Cette histoire est fascinante, derrière son goût de l'interdit et de l'horreur. Je ne vous cache pas qu'au début j'ai eu un peu de mal, j'étais dégoûtée, non pas par l'atmosphère poisseuse, mais plutôt par la personnalité complexe de Grey. Son jeu d'effarouchée est inquiétant, limite agaçant. (On comprend mieux après de longs, longs chapitres, mais en attendant il faut serrer les dents.) J'ai craint aussi le pire avec l'introduction de la pègre nippone, du club privé (la propriétaire a remporté toute ma sympathie, derrière sa pâle imitation de Marilyn), des locataires russes dans la grande maison abandonnée, et "du pas de deux sophistiqué" avec Jason (personnage encore plus tordu que Grey !). Or, finalement, tout se place plutôt bien, comme des morceaux de puzzle.

J'ai été séduite par Tokyo, mais j'admets que c'est un roman qui peut déconcerter. Sa violence sournoise gronde longtemps avant de nous exploser dans les dernières pages, et les révélations de cette intrigue nouée sont assommantes. C'est tout à fait le genre de lecture qui ne nous épargne pas... (à lire, donc !)       

 

Tokyo

Presses de la Cité, 2005 - traduit par Hubert Tézenas

Pocket, 2007 - 475 pages.

Je me rappelle combien Tatiana avait été scotchée par ce livre...

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17/07/08

Le temps n'est rien - Audrey Niffenegger

"Claire, très peu de personnes rencontrent l'âme soeur à l'âge de six ans. Du coup, il faut bien passer le temps d'une façon ou d'une autre." Mais une année dans la vie d'Henry ne ressemble pas du tout à celle du commun des mortels ; la première fois qu'il rencontre Claire, elle a six ans et lui trente-six. Dans leur présent, il en a vingt-huit et elle vingt ans. Il est bibliothécaire, elle étudiante avant de devenir artiste. Cette incroyable histoire d'amour trouve son explication dans le fait que Henry est un voyageur dans le temps. Ce n'est pas un conte à dormir debout, le phénomène s'explique... mais en attendant Claire passe toute sa vie à attendre Henry. Vous vous imaginez pareille dévotion ? Et pourtant, c'est possible.

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Lorsqu'on découvre cette histoire, sur papier, on se surprend à vibrer et partager les mêmes émotions que nos deux protagonistes. Ce n'est pas gagné, pour autant, entre les passages longuets, le scénario abracadabrantesque, le sent-bon à la guimauve, le tout sur 500 pages, il faut un scénario en béton pour nous accrocher. Et j'ai tout gobé ! Cette version moderne (et de très loin revisitée) du mythe d'Ulysse et Pénélope est aussi un hymne à l'amour intemporel. Cela fait deux ans que je souhaitais lire ce livre, que j'avais commencé en anglais, et maintenant que c'est chose faite, je peine à en parler convenablement.

D'abord, il ne se passe pas beaucoup de choses dans ce livre, à part suivre le fil invisible que tissent Claire et Henry à travers les sauts dans le temps. C'est aussi le propos du roman : comment vivre l'instant présent, lorsque votre amoureux connaît déjà le passé et le futur ? Et comment supporter cette frustration qu'implique l'absence de votre moitié, les soirs de Noël en famille, le jour de votre mariage ou au moment d'accoucher ? Tout est possible, rien n'est rattrapable... le temps file, mais le temps n'est rien.

Voilà comment on ressort de cette lecture : on peine à y croire, puis on mord à pleines dents, et on s'étonne de tout lire d'une traite (500 pages, ce n'est pas rien!). Ce livre vous enveloppe dans une bulle, hors du temps. L'aventure de Claire et Henry promet toute une gamme d'émotions : on rit, on râle, on frémit, on s'émeut et on pleurniche. Oui vraiment, c'est une très belle histoire. (Et encore un très bon conseil pour vos lectures de vacances !)

Lily n'a pas tout compris ; l'autre Lilly a été déçue ; Jules et Karine ont eu la gorge nouée...

Editions Michel Lafon, 2005 pour la traduction française - J'ai Lu, 2006.  520 pages.

traduit de l'américain par Nathalie Besse et Jean-Pascal Bernard.

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16/07/08

Le plaisir de dire non - Sylvie Del Cotto

Arrière-salle du Café des Parieurs à Jouy-en-Josas, soirée déguisée sur le thème des héros populaires : il y a là un Superman ventripotent, un Zorro bien éméché, une Janis Joplin avec un faux pétard, un Tarzan suant à grosses gouttes qui enlace une Cléopâtre aux cheveux grisonnants. Tout ce beau monde s’élance sur la piste pour danser un madison bien aligné, tous ensemble. Quand ils enchaînent sur La Macarena, c’en est trop pour Fantômette, alias Billy. Elle se réfugie dans les toilettes et fait un point sur sa drôle de vie : elle déteste passer une soirée seule chez elle, voilà pourquoi elle se retrouve dans des soirées improbables, à devoir supporter des plans drague à deux balles…
Souvent, elle surfe sur Patetic.com où elle fait des rencontres plus ou moins cocasses. Elle voit régulièrement Antoine qui, lui, fait semblant de croire qu’il ne la connaît pas, passe la nuit avec elle et s’empresse de l’oublier.
Billy ne veut surtout pas grandir, juste s’amuser…
Et dire non à tout ce qui l’embête, la carrière, les fiançailles, les cheveux gris. Tiens, voilà encore Antoine, l’amant amnésique. À lui aussi, elle dit non. Jusqu’à quand
?

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Le Plaisir de dire non est le genre de lecture idéale pour les vacances : une héroïne drôle, à qui les aventures cocasses et sentimentales ne manquent pas. C'est une célibataire de 31 ans, elle s'appelle Billy et travaille comme pigiste dans un magazine people où elle s'occupe de la rubrique Courrier des lecteurs. Loin d'être farouche, elle aime les rencontres et les contacts virtuels sur le site Patetic.com où elle a justement fait la connaissance d'Antoine, le bel amnésique (chaque jour il l'approche, semble ne jamais la reconnaître, il la retrouve le soir et l'oublie le lendemain).

Billy a une incapacité chronique de dire non, elle suit donc sans conviction Sabine, la copine boulet rencontrée pendant les vacances, et collectionne les fiestas en banlieue, les mauvais plans en rase campagne ou les week-ends avortés sur la côte normande. Billy la tornade dissimule sa peur panique de s'engager dans ce tourbillon d'activités complètement stériles.

Alléchée par cette très sympathique quatrième de couverture, je me suis jetée à l'eau en espérant passer un moment de lecture totalement dépaysant. Pari réussi. Ok, le roman n'est pas parfait, mais ce n'est pas grave. On retient surtout la sensation survoltée d'une aventure désopilante et très drôle. La narratrice, alias Billy, est une jeune femme excentrique, elle aime discuter le soir avec son miroir à faces (où en fait elle a collé les photographies de Mireille Dumas, Raymond Devos et les Bee Gees). Véritable bout-en-train qui ne manque jamais de souffle, Billy est une héroïne qu'on suit donc avec joie. Avec elle, découvrez le plaisir de dire OUI !

Le plaisir de dire non - Sylvie Del Cotto

Calmann-lévy, mars 2008 - 265 pages. 

Autre particularité du roman, sa bande originale : 

 

15/07/08

(lectures de vacances - 3)

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Qu'est-ce que j'ai été déçue par ce livre ! Au menu, on trouve sept nouvelles, aussitôt précisées comme étant caustiques, féroces et intraitables avec le dogme de l'apparence, le féminisme et le poids de la société qui influence l'estime de soi. Et franchement je n'y crois pas aux critiques, "On se tient les côtes. Ces femmes sont drôles, tordues, actuelles." (Madame Figaro) "A lire pour se réconcilier avec sa cellulite." (Biba)... Ah bon ? Autant le dire de suite : non je n'ai pas ri. J'ai plutôt senti combien ces histoires étaient tristes, sans appel et pitoyables pour les êtres mis en scène.

Au choix : dans une société du futur, dirigée par le bistouri, le Botox et la silicone, les hommes pleurent d'être de plus en plus privés du moelleux de la femme ; aux élections présidentielles, une femme a décroché le poste suprême et décide d'ouvrir des maisons closes pour femmes respectables ; une épouse devient l'objet sexuel mis au centre des contrats à négocier par son mari et son patron ; un anniversaire de mariage met à plat les coucheries des uns et des autres ; une femme au foyer a choisi de briser l'habitude en couchant à droite et à gauche avec le postier, le boulanger, le boucher etc.

Je suis passée totalement à côté. Je n'ai pas souri un instant, je me suis pratiquement ennuyée. J'ai trouvé les portraits de ces femmes pas loin d'être pathétiques, mais surtout ça m'a fichu un voile glacial sur tout le corps. Plus je lisais les nouvelles et plus je m'enfonçais dans une énorme tristesse. La vision du couple, par exemple, est terriblement amère, désespérante. Non désolée, ça ne prend pas avec moi...

Eloge de la cellulite et autres disgrâces - Dominique Dyens

Editions Héloïse d'Ormesson, 2006 - Livre de poche, 2008. 180 pages.

... sur un conseil de Laure ;o)

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Celui-ci est un roman, mais il est constitué de dix courtes histoires pré-publiées dans des magazines sous forme de nouvelles. Le tout assemblé se lit d'une traite, se cogne, se fait signe et se répète... c'est la règle. Mais ce n'est jamais redondant, au contraire. On souligne combien la mort du père, par exemple, a morcelé la vie des deux garçons, dont le narrateur, le cadet. Il y a eu un avant, et il y aura ensuite l'après, les restes, la vie qui tente de continuer...

Au centre, demeure cette figure céleste et sublime de la mère. Son nom, Maria Dolorosa. En espagnol, cela signifie la Mère des Chagrins. Coquette, féminine, la touche de Shalimar dans les airs, rêveuse, pointilleuse et secrète, cette femme est l'image même de la fascination pour le jeune garçon. Avec son nouveau copain du quartier, Denny, le fiston aimait se faufiler dans les placards de la mère et se pavaner avec ses toilettes. A onze ans, avec le décès brutal du père, le garçon reçoit une gifle cinglante quand ses cachotteries sont mises à jour... Tu seras un homme, mon fils. C'est la phrase qu'on peut lire entre les lignes, jamais noir sur blanc. La mère pressent, tremble et pourtant elle refuse de l'admettre. Promets de ne jamais devenir homosexuel, lui souffle-t-elle lorsqu'elle le surprend en train d'écouter des disques de Piaf.

Les derniers chapitres du livre concernent de loin en loin les souvenirs d'enfance, ciblent les deux fils devenus adultes. Davis va connaître une morte violente et prématurée, la mère va vieillir en perdant la tête et le narrateur, au centre, cherche à assumer son identité sexuelle, malgré les réminiscences d'une enfance encadrée de reproches, de non-dits et d'évidences tues :  "Je savais déjà , je suppose, que j'étais le fils de ma mère, tout comme Davis était le fils de notre père." Une nostalgie sourde résonne, un arrière goût de chagrin mêlé à un sentiment d'observation. Le narrateur partage avec le lecteur son portrait de famille et la peinture d'une époque (l'Amérique des années 50) avec tendresse et mélancolie. C'est joli, mais la fin est désolante et a gâché mon plaisir...

La mère des chagrins - Richard McCann

Editions des Deux Terres, septembre 2006 pour la traduction française / Points, 2008

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Damour

Les avis de Lily & Cathulu

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Et si l'amour n'était qu'un rêve ? La question est posée, elle nourrit sept textes assez courts et dont l'autre point commun est de mettre en scène des personnages féminins. Elles se prénomment Harriet, Anna, Madame, Ellie Pearl et Rupe Pearle. Elles n'ont pas le même âge, ne sont pas issues du même rang social mais elles attendent toutes l'amour. Ce n'est pas un sentiment qui les sauve, parfois cela les plonge dans un profond désarroi, mais cela procure quelques pages de divertissement pour le lecteur impassible que nous sommes (ou que je suis, tout simplement).

Car hélas, ces sept histoires sont trop vites lues. C'est bien la première fois que je m'entends me plaindre d'un livre trop court ! En fait, ce qui frustre ici, c'est que j'ai l'impression qu'on a raclé les fonds de tiroir. Ce sont les derniers récits, inédits, de Kressmann Taylor. Je me rappelle avoir lu et beaucoup apprécié Ainsi mentent les hommes, son précédent recueil, sauf que les nouvelles me paraissaient plus consistantes. Ou peut-être aurait-il été plus judicieux de compiler les textes dans un seul ensemble.

Bref, je retiens de ce maigre butin une très bonne impression avec Ellie Pearle. Cette jeune fille a grandi dans les montagnes, un milieu rudimentaire et difficile pour les conditions féminines. Par le soutien de sa mère, elle est partie en ville suivre des leçons de dactylo, gagner son propre argent et s'élever coquettement. De retour chez les siens, pour une semaine de vacances, Ellie Pearle retrouve son ancien petit copain Tige Tagard, le fermier rustre par excellence, et voit là un conflit d'attirance - sa vie rêvée en ville ou ses amours passionnelles dans les montagnes. Personnellement, je pense que ce texte aurait pu nourrir un début de roman plutôt appétissant... Dommage.

Ainsi rêvent les femmes - Kressmann Taylor

Editions Autrement, 2006 pour la présente édition /  Livre de Poche, 2008

Nouvelles traduites de l'anglais (Etats-Unis) par Laurent Bury

Lu par Lilly (très enthousiaste) ; Laurence (déçue, comme moi)

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13/07/08

Old-fashioned, but delicious !

 

 

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Dans le quartier des Batignolles, le corps d'un petit vieux est retrouvé dans un bain de sang... La victime a juste eu le temps de griffonner les premières lettres du nom de l'assassin : il s'agit de son neveu, Monistrol. Ce dernier avoue aussitôt les faits, le juge et la police se frottent les mains de conclure une affaire aussi vite. Mais Méchinet, agent de sûreté, n'est pas du même avis. Il est secondé par Godeuil, un jeune officier de santé. La rencontre entre ces deux personnages n'est pas sans rappeler la paire sympathique de Sherlock Holmes et Docteur Watson, ou Hercule Poirot et le commissaire Japp.

Bref, Méchinet devine d'instinct que l'enquête ne fait que commencer. Il va rencontrer la blonde et délicieuse Mme Monistrol, trop belle pour être honnête, trop cupide, trop ambitieuse et trop rayonnante auprès d'un époux au physique peu attrayant. La dame a un alibi, le mari plaide coupable. Mais alors ? Les petites cellules grises de nos deux compères s'activent. Cette intrigue est rondement bien ficelée, classique et décrit un Paris du 19ème siècle guindé, suranné mais charmant.

Emile Gaboriau est un pionnier du roman policier français, auteur d'une oeuvre qu'on compare facilement à celle de l'anglais Wilkie Collins par exemple. Le petit vieux des Batignolles inaugure un cycle de nouvelles (l'histoire ne fait que 86 pages). Le texte est suivi de deux nouvelles qui composent Mariages d'amour : Monsieur JD de Saint Roch, ambassadeur matrimonial et Promesses de mariage.

Ces deux récits dénoncent la spéculation des sentiments humains et des mariages arrangés. Monsieur JD de Saint Roch est un brocanteur du mariage, comme il se décrit. Il embobine le fils d'un avoué, qui a déjà créé le scandale de démissionner de son poste d'ingénieur des Ponts et Chaussées, puis a su construire une honnête fortune à force de spéculations. L'entremise de petites lettres qui dénoncent, conspuent et colportent des vérités à demi cachées ou avouées va semer la zizanie dans le coeur des jeunes gens épris. Promesses de mariage permet à l'auteur de s'attaquer aux mariages arrangés qui sont encore monnaie courante sous le Second Empire. Gaboriau se livre ici à un anti-marivaudage féroce et réjouissant.

(Personnellement j'ai plutôt apprécié la première histoire, car on y perçoit bien le policier qui va ouvrir la voie à d'autres personnages ou influencer des futurs auteurs. Cf. Simenon et Maigret, encore un exemple.)

S'il n'est pas l'inventeur du genre, Emile Gaboriau a su incontestablement donner au genre policier ses premières lettres de noblesse. Et même créer un archétype de personnage débonnaire qui poursuit l'enquête sans trop avoir l'air de s'y intéresser, qui sait toujours où il va mais laisse tout le monde perplexe. La liste des personnages qui doivent à Gaboriau leur caractère propre est vaste, ici naît sans aucun doute aussi bien Holmes, nous l'avons dit, que Colombo, dont le faux-air ahuri est le meilleur piège à vérité. Et tout est ici, dans une langue savoureuse et simple, qui met le quotidien dans un roman et parvient à en faire toute une histoire.  Source : Boojum-mag.

Le petit vieux des Batignolles, et autres nouvelles - Emile Gaboriau

Editions du Masque, coll. Labyrinthes - 2008. 345 pages. 8€

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Lady Angatell et son époux reçoivent pour le week-end quelques amis dans leur splendide domaine du Vallon. Des amis, certes, mais toute cette petite communauté réussira-t-elle à cohabiter ? Voilà que Lucy Angatell commence à en douter. Et les domestiques eux-mêmes sont sens dessus dessous, rien n'est prêt pour le déjeuner alors qu'un invité de marque est sur le point d'arriver au château : le célèbre Hercule Poirot en personne. Son métier est de démasquer les assassins, mais il vient cette fois pour se reposer, du moins le croyait-il : le médecin, John Christow, est retrouvé tué par balles au bord de la piscine. Les soupçons se posent sur Gerda, l'épouse qu'on a retrouvée près du corps, le revolver dans une main. Or, les preuves font défaut.

Naturellement cette dernière avait toutes les raisons d'être jalouse (Christow collectionnait les conquêtes féminines), et la dévotion de l'une d'elles, qui dans l'ombre oeuvre pour masquer les indices, va compliquer l'enquête criminelle menée par notre cher Poirot. 

Ambiance serrée par ce huit-clos efficace où, très vite, on soupçonne tout le monde, Le Vallon échappe au genre du whodunit dont les règles sont ici un peu chamboulées. Agatha Christie s'attache à décrypter les personnages, les psychologies et distille une atmosphère mêlant l'intrigue amoureuse à la résolution de l'énigme policière. Ce titre de la très productive reine du crime est quelque peu méconnu, mais gagne à être découvert sans tarder !

Le Vallon a été adapté au cinéma par Pascal Bonitzer sous le titre Le grand alibi. (au cinéma le 30 avril 2008)

Le Vallon, d'Agatha Christie

Librairie des Champs Elysées, 1995 pour cette traduction

(traduit de l'anglais par Alexis Champon). titre vo : the hollow

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Joan Scudamore, anglaise d'une soixantaine d'années, est coincée dans un relais en plein désert, à la frontière turque, pour rentrer dans son pays. Elle vient de rendre visite à sa fille Barbara qui vit avec son époux à Bagdad. Dans cet endroit coupé de son petit monde confortable, Joan rencontre une ancienne amie d'école, Blanche Haggard. Celle-ci a toutefois subi les foudres du temps, devenant plus vulgaire, âgée et mal vêtue (selon les critères de la très respectable Mrs Scudamore). Très vite, on devine une suffisance chez cette femme, malgré la sympathie qu'elle nous inspire. On ne peut s'empêcher de pincer les lèvres et les narines : c'est une épouse dévouée, une mère accomplie, une femme exemplaire. Un peu trop ?

Car derrière cette façade trop lisse, on cherche les failles et les fêlures. Et c'est en voulant la taquiner, en lui prédisant d'être bloquée dans son relais à cause des pluies qui s'annoncent et du terrain impraticable pour les trains, que Blanche va provoquer son temps de réflexion. Or, elle soulève un point délicat : "si l'on n'avait rien d'autre à faire que penser à soi-même pendant plusieurs jours de suite, je me demande ce que l'on découvrirait..."

Totalement désoeuvrée, Joan va donc devenir "détective lancée sur la piste de sa propre vie passée" et soudainement ce voyage l'entraîne à éclaircir des contrées mises - dans son subconscient - en abîme. Cette femme s'enorgueillissait d'avoir réussi sa vie, quitte à regarder de haut Blanche Haggard en la méprisant. Elle va s'apercevoir qu'elle a occulté ses propres erreurs.

Sous le pseudonyme de Mary Westmacott, on retrouve Agatha Christie, auteur de ce roman d'introspection qui est aussi le monologue enfièvré d'une femme blessée par la vie. Ecrit en trois jours et trois nuits dans une sorte de transe, selon les dires de la grande dame, Loin de vous ce printemps dévoile un talent caché d'Agatha Christie, celui de broder sur un sujet autrement bateau qu'un indécrottable whodunit (genre très appréciable, sans nul doute). A noter pour vous en persuader !

Loin de vous ce printemps - Mary Westmacott (Agatha Christie)

Robert Laffont, 1951 pour la traduction - Livre de poche, 1990

roman traduit de l'anglais par H. de Sarbois - titre vo : absent in the spring.

Avait été conseillé par Patricia (dans sa cuisine rouge)



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