22/02/09

Une famille aux petits oignons - Jean-Philippe Arrou-Vignod

La nostalgie aurait-elle le vent en poupe ? Oui, je pense ! Quelques exemples : les albums par Dupuy-Berberian (Comment c'était avant), Mes années 70 par Claudine Desmarteau ou les ouvrages d'Armelle Leroy (La Saga de la Bibliothèque Rose) etc.

Une autre confirmation : les histoires des Jean-Quelque-Chose.

9782070622658

« Les gens n'arrivent pas à croire qu'on est juste une famille, pas une colonie des vacances ni une troupe de sosies échappés d'un cirque.
Six frères, ce n'est déjà pas courant. Mais six Jean-Quelque-Chose, ça frise le livre des records. Comme on a tous les oreilles décollées et un épi sur la tête, papa, qui n'est pas très physionomiste, a trouvé un truc imparable : nous ranger par ordre alphabétique, comme dans un répertoire.
Il y a Jean-A., onze ans, alias Jean-Ai Marre parce qu'il râle tout le temps.
Moi, c'est Jean-B., alias Jean-Bon parce que je suis un peu rondouillard.
(...)
Dans la chambre des moyens, il y a Jean-C., sept ans, nom de code Jean-C-Rien parce que c'est le distrait de la bande.
Il y a aussi Jean-D., cinq ans, surnommé Jean-Dégâts, avec qui Jean-C. a inondé deux fois l'appartement depuis qu'on habite à Cherbourg.
Les petits, c'est Jean-E., trois ans, alias Zean-Euh parce qu'il a un cheveu sur la langue, et le bébé Jean-F., alias Jean-Fracas, qui n'a encore qu'un an et pas beaucoup de cheveux sur la tête.
»

Une famille aux petits oignons reprend toutes les histoires des Jean-Quelque-Chose parues séparément : L'omelette au sucre ; Le camembert volant ; La soupe de poissons rouges ; avec en bonus, une histoire inédite : Des vacances en chocolat.

Toutes ces histoires sont fraîches, pleines d'humour, empreintes d'une douceur nostalgique de la fin des années 60, à décrire la vie d'une famille nombreuse, qui habite Cherbourg avant de déménager pour Toulon. Il y a 6 enfants dans cette maison, 6 garçons (dans le premier livre, la maman est enceinte et tout le monde s'imagine déjà accueillir une petite fille dans la tribu !). Il y a une multitude d'anecdotes de la vie de tous les jours, entre les castagnes, les fessées déculottées, les parties de cache-cache, les vacances à la campagne, la piscine municipale, les cousins Fougasse, le mystère de François Archampault (son père est-il un espion qui risque sa peau tous les jours ?)... Il n'y a pas la télévision dans cette maison (au grand dam de l'aîné des Jean, qui se cache dans les toilettes, avec une paire de jumelles, pour observer chez un voisin les épisodes de Rintintin !). A la place, la fatrie s'occupe en jouant à des jeux de société (le monopoly, le 1000 bornes...), ou en créant un club de détectives privés (on sent la très forte influence du Club des Cinq !!!).

Je ne sais pas comment un jeune lecteur de 10 ans d'aujourd'hui percevra ce genre d'histoire, mais moi j'aime beaucoup. 32 ans, cinquième fille d'une famille nombreuse (avec que des filles, en plus !), je n'ai pas connu la même période (fin des années 60) mais je suis touchée quelque part par ces histoires où s'enfilent les anecdotes comme autant de perles sur un collier. Tout me semble bon, tout me rappelle un peu ma propre jeunesse... J'attends encore un ou deux ans avant de pouvoir confier ce livre à ma fille, et j'espère qu'elle comprendra. (Déjà je râle énormément de répondre à ses questions, du style : les années 80, c'est vieux !!!!!).

En somme, je recommande ce livre comme Au pays de mes histoires, le recueil de Michael Morpurgo. C'est une lecture indispensable, sans âge, qu'on prend plaisir à lire et relire, et qu'on garde sous le coude pour les périodes de blues ou de bobos à l'âme. C'est tout à fait l'antidote en matière de lecture qui vous redonne le sourire !

Bonne lecture ! 

On peut consulter en ligne un chapitre du livre.

« C’est drôle une famille de huit…on manque de place, on se donne des coups de coude, on voudrait être fils unique ou orphelin, sans personne pour vous mettre ses pieds dans la figure ou vous expédier séance tenante aux Enfants de troupe…Mais quand l’un d’entre nous n’est pas là, c’est comme un jeu de Sept familles lorsqu’il manque une carte : tout paraît bizarre, faussé, comme si la carte perdue avait rendu tout le jeu inutile. »

Gallimard jeunesse, 2009 - 330 pages - 13,50€
illustrations de Dominique Corbasson


Loin - En poche ! #21

Loin, Victoria Lancelotta

9782264046666R1Un soir dans un bar, Martha rencontre Edward avec qui elle dit oui à tout et tout de suite. Toutefois Martha fausse le jeu : elle boit, elle le suit sans protester et ne prétend finalement pas être elle-même. Ne rien dire du fond de ses pensées. Aussi, quand elle quitte Baltimore pour une petite ville en Floride, elle part sans dire au revoir. Accord tacite (selon elle). Quelques temps après, Martha apprend qu'Edward sort avec Carly, sa soeur cadette. Cette nouvelle réveille des fêlures, datant depuis l'enfance et l'adolescence, et qui pourraient expliquer ces fuites en avant. Martha, enfin seule, repue de cet isolement, veut démêler le vrai du faux, comprendre ce qui cloche chez elle.
A force d'affirmer qu'elle n'attendait rien de lui, qu'elle avait coutume de dire trop facilement oui à tout, qu'elle était constamment insatisfaite, Martha doit admettre qu'une mécanique secrète est en panne. Pourquoi les autres, et pas elle ? Pourquoi les mêmes qui ont trente ans se marient, vivent en lotissement dans une banlieue cossue, mais toujours pas elle ? Il faut dire, aussi, qu'il n'y a pas ce désir, non aucun désir chez elle, d'y parvenir un tant soit peu.
Pour comprendre davantage Martha, il faut donc aller plus "Loin". C'est ce que suggère l'auteur Victoria Lancelotta dans ce premier roman serré, exigeant et riche de subtilités. Il y a aussi une part du désir chez cette jeune femme, juste suggérée pour ne pas le décrire en termes graveleux, comme pourrait le supposer son comportement. Martha est étrange et inquiétante. Mais c'est tout de même une histoire mélancolique et amère qu'elle raconte, avec un froid cynisme et un humour presque vain. Elle nous le sert sur un plateau, c'est comme ça, pas autrement, acceptez-le ou non. Moi j'ai été scotchée.
Victoria Lancelotta est aussi l'auteur d'un recueil de nouvelles, En ce bas monde (publié chez Phébus et 10-18), acclamé par la critique, qui n'hésite pas à la comparer à Raymond Carver ou encore à Kaye Gibbons. C'est un auteur américain que j'apprécie beaucoup ! Une vraie découverte.

(Roman lu en décembre 2005)

Phébus, 2004 /  10-18, 2009 - 288 pages - 7,90€
traduit de l'anglais (USA) par Bruno Boudard

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21/02/09

^ l'artiste du moment ^

emily_loizeau_mondino2

... hop, vous ne connaissiez pas encore Emily Loizeau ? Ou peut-être aviez-vous déjà entendu son premier album, A l'autre bout du monde ?  ("un enchan­tement poétique aux couleurs roses et noires de l'enfance" dit l'express !) (et moi je dis que c'est simplement très, très bon et que ce serait dommage de passer à côté !)

De même, il ne serait pas de bon ton de refuser l'invitation de la demoiselle, née de mère britannique et de père français, dans son Pays Sauvage !  On y croise une princesse et un crapaud, une femme à barbe et le coeur d'un géant. Ecoutez, c'est coloré et il y a du beau monde aux côtés de l'Artiste !

Sister, par exemple, est une chanson sublime ! Elle me donne des frissons sur tout le corps...

Lecteur ci-dessous, dans un post à part... parce que ça coince dans le même billet. Moi, pas comprendre ! ://

Credit photo : JB Mondino

   

Concert privé France Inter : http://www.dailymotion.com/video/x88x3a_concert-prive-emily-loizeau_music

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^ l'artiste du moment ^ (2)

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20/02/09

Vue Mer - Bernard du Boucheron

 

4190g_2B6N9TL__SS500_L’histoire se passe à Cala Porcx, misérable bourgade de pêcheurs, entourée de montagnes presque infranchissables. Tout n'est que misère, puanteur, accablement et archaïsme.

Dans ce cloaque infernal s’épanouit, fleur poussée sur du fumier, la jeune Almira, convoitée par tous les hommes et qui ne cède à aucun. Elle dit aimer le Crieur, un pauvre hère qui n'a plus toutes ses dents et qui sent, pour ne pas appartenir à Onofrio, fou d'elle, de sa beauté et prêt à pardonner son effronterie. Elle a seize ans, des jambes fines, et vit avec sa duègne de tante. Le mariage sera célébré, en une mise en scène macabre. « Elle était en noir, le front ceint d'une couronne de ronces en fleur. Un peu de sang perlait à la racine du nez. » Mais Almira n'a pas abdiqué. Son imagination pour ne pas consommer ce mariage sera diabolique. 

Jusqu’au jour où Cala-Porcx est attaquée par des pirates, qui s’emparent des maigres biens des pêcheurs et de la belle Almira. Le drame se noue alors entre Onofrio, prêt à tout pour récupérer sa belle, et un mystérieux navigateur vêtu de blanc.

La fin du roman montre Cala Porcx devenue station touristique, vendue à prix d'or par les escrocs immobiliers, car la réalité est bien amère, cauchemardesque pour les vacanciers. C'est le cas de la famille Von qu'on suit dans sa découverte du terrain, le moral sapé. On y retrouve aussi une jeune Almira, son mari Onofrio et un étranger vêtu de blanc, Isaac l'Ange. Autres temps, autres moeurs mais enfer comparable.

Alléchant résumé qui, pourtant, n'apporte pas beaucoup l'espoir promis.
C'est âpre, crasseux et dur comme du roc. A Cala Porcx, on ne porte pas de chaussures, on marche pieds nus sur la rocaille. On n'envie pas les riches car il n'y en a pas. Les mariages ressemblent à des funérailles. Il n'y a pas d'amour dans les unions. Les femmes ont la bouche ouverte pour vendre le produit de la pêche, sans quoi leur place est de se tenir debout derrière l'homme. Ombre discrète. Seule la belle Almira resplendit dans ce bourbier, mais sa beauté ne fait qu'aggraver son cas. Car ce que nous raconte ce roman, derrière son décor de damnation, c'est bien un drame passionnel. Un homme épris devient fou de jalousie d'être trompé par l'objet de ses désirs...
C'est aussi une histoire sur la folie des hommes, au coeur de l'enfer, écrit sans mépris mais avec beaucoup d'amertume. Cela devient progressivement un vrai calvaire, un peu étouffant, car trop rude. Sans espoir. Juste, apocalyptique.

Gallimard, 2009 - 213 pages - 17,50€ 

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19/02/09

Au couvent des Petites Fleurs - Indu Sundaresan

51mtJCkbv_L__SS500_Ce sont la grâce et l'élégance qui se reflètent principalement à la lecture des neuf nouvelles qui composent le livre d'Indu Sundaresan. L'exercice est toujours périlleux, en 30 pages l'auteur doit réussir à capter l'attention du lecteur sans louvoyer. Il faut éviter les pièges - les personnages plats, la voix insipide et l'intrigue molle. En postface, l'auteur donne d'ailleurs une très bonne définition de la nouvelle : « Une nouvelle s'accomode plus facilement de la folie et de l'excentricité qu'un roman - où ce serait épuisant. Les romans, en effet, ont besoin de pauses, de respirations. Dans une nouvelle, la pause survient après coup, une fois l'histoire lue et reléguée dans un coin de la mémoire, quand on a le temps d'y repenser. »

C'est tout à fait exact. J'ai pu une nouvelle fois constater avoir été sensible, sur le long terme, à certaines histoires de ce recueil. "Trois secondes et demie" raconte le drame d'un couple uni par un amour incomparable dont la vie sera bouleversée par la naissance d'un fils, mais cet enfant les déçoit car il se montre colérique et violent, qu'importe, le couple va tout lui donner, jusqu'à se saigner aux quatre veines, en seront-ils récompensés ?  "L'épouse fidèle" dénonce une pratique pourtant illégale, celle du sati, qui consiste à sacrifier la jeune épousée sur le bûcher de son mari défunt. L'histoire est rapportée d'après le témoignage d'un journaliste, qui tentera le tout pour le tout afin d'interférer dans cette décision. "Le feu" voit le retour d'une jeune femme de trente ans, partie depuis dix ans en Amérique, au chevet de sa grand-mère mourante. C'est l'occasion de régler une affaire de famille, un drame épouvantable qui n'appelle aucun pardon. "L'enfant non désiré" raconte la honte et la douleur d'un vieil homme, alors que sa fille cadette a eu un enfant hors mariage.

Toutes ces histoires montrent bien l'importance de la caste et du rang à respecter, des traditions et coutumes à suivre, et le fossé entre les générations. Huit textes sur neuf se passent en Inde, ils sont à la fois tragiques, drôles, cocasses, tendres et émouvants. Mais c'est une lecture forte, et qui touche instantanément. Le titre du livre fait référence à la première histoire, "A l'abri sous la pluie", la narratrice a grandi dans un orphelinat qui s'appelait le Couvent des Petites Fleurs, elle a été adoptée par un couple d'américains et vingt-trois ans plus tard la jeune femme reçoit une lettre de la directrice qui lui parle de sa propre mère, de sa maladie et du fait qu'elle ne l'a jamais oubliée... Pour moi, c'est la nouvelle qui dégage le moins d'étincelles.

Lisez également "Le Key Club", un texte étonnant, un peu grinçant. C'est l'Inde chez les riches, une génération qui roule sur l'or et travaille pour s'occuper, part en Amérique en attendant d'être en âge de prendre un poste à responsabilités dans la boîte familiale, donc cette jeunesse dorée ouvre un club très particulier pour tuer le temps. Il y a cela, mais pas seulement. Lisez, vous verrez. On attend le moment où le couperet va tomber, on croise les doigts, on l'espère, et là...  ah ?

C'est très bon, tout ça. Lecture fort plaisante !

Michel Lafon, 2009 - 220 pages - 18€
traduit de l'anglais (USA) par Sylvie Cohen

# L'odalisque - Claire DiTerzi

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18/02/09

Finnigan et moi - Sonya Hartnett

finnigan_et_moiUn garçon de vingt ans est en train de mourir. Dans sa chambre, seul, il repense à son enfance, marquée par la rencontre avec Finnigan, un garçon sauvage, qui n'allait jamais à l'école, qui était libre comme l'air et qui faisait tout ce qu'il voulait. C'était un garçon mal élevé, mais fascinant. Anwell va aussitôt en faire son ami, accepter le pacte mi-ange, mi-démon proposé par Finnigan. Anwell se rebaptise Gabriel, comme l'archange. Il craint un peu Finnigan, il n'a pas tort car quelques mois plus tard, la ville de Mulyan est en feu. Des incendies se déclarent dans tous les coins, et Anwell sait pertinemment qu'il s'agit de l'oeuvre machiavélique de Finnigan. Mais impossible de révéler l'info à ses parents, ou à la police. Il se tait, il ne veut pas parler de Finnigan, à personne, c'est son secret même si Finnigan se révèle de plus en plus dangereux et incontrôlable.

C'est un roman sur l'enfance, sur les secrets et sur les drames qui s'enchaînent en un point de non-retour. L'histoire est admirablement bien écrite, racontée alternativement par Anwell et Finnigan. De son côté Sonya Hartnett joue avec dextérité sur la complexité des liens entre les garçons, et sur la personnalité de l'adolescent qui se meurt dans son lit. Quelque part, ce roman m'a rappelé ma récente lecture du Proscrit de Sadie Jones, surtout parce qu'il s'agit encore d'un enfant-martyr, pas tabassé ou violenté, mais incompris, humilié et mal-aimé. Les parents d'Anwell sont terriblement absents, vides, ternes et décevants. Ils sont maudits ou zinzins, comme dit la rumeur.

L'ambiance à Mulyan, petite ville australienne, y est dépeinte sans état d'âme, d'abord toute mielleuse et hypocrite, puis au fur et à mesure des faits du pyromane, les relations deviennent plus tendues, les voisins entre eux se lancent des regards suspicieux, ou alors les habitants cherchent à faire eux-mêmes la loi, créent des milices pour provoquer le coupable, ce qui l'excite davantage. C'est un roman sous pression, un brin mystérieux et fantastique, mais surtout hallucinant de page en page, lorsque les vérités se précisent et prennent une réalité déconcertante. La fin, d'ailleurs, est bouleversante. 

Peut être lu par des adolescents. Une lecture davantage poétique que pesante. 

Le Serpent à Plumes, 2009 - 312 pages - 21€
traduit de l'anglais (Australie) par Bertrand Ferrier

# On the other side - The Strokes

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Finnigan et moi, roman de Sonya Hartnett

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Mi-ange, mi-démon

Un sale gosse - Jan Simoen

« Bon, les gars, on va se mettre d'accord... »

sale_gosseNathan, 16 ans, est conduit en salle d'interrogatoire par la police. Il est seul, face à un inspecteur, et doit s'expliquer sur ce qu'il s'est passé. On ne sait rien pour l'instant, le garçon est fermé comme une huître, il joue les durs. Il n'en est pas à son coup d'essai, c'est un sale gosse, gâté pourri par sa mère qui a été larguée par le père. Pour qu'elle évite de le gronder, Nathan a accepté le deal de passer deux soirées par semaine avec elle à regarder des séries policières à la télé. Nathan se croit fort, il ne lâche pas le morceau. Mais qu'est-il arrivé à Ella, son ex petite copine ? Le gamin jure son innocence, son monologue intérieur vient contredire ses paroles.

C'est dans cet étrange climat de tension et de suspicion que coule le récit. Nathan cultive l'ambiguité, il est mi-ange, mi-démon. Il aime se raconter des histoires, pour se rassurer. Toutefois cette séance de face-à-face avec l'inspecteur de police va l'ébranler, pour enfin modifier sa vision, pour le forcer une bonne fois pour toutes à se regarder dans le miroir. A voir et cerner qui il est vraiment. Et comprendre la teneur de ses actes.

Ce roman de Jan Simoen a obtenu le prix néerlandais du meilleur roman pour adolescents en 2008.

Dans le même registre, A la brocante du coeur de Robert Cormier.

Rouergue, coll. doAdo Noir - 155 pages - 8,50€
traduit du néerlandais par Josiane Bardon

l'avis de lirado

Playlist :
# Abba, The winner takes it all
# Arno, Dans les yeux de ma mère

***********

Ange ou démon ?  -  Michel Boucher

ange_demonC'est l'histoire d'un petit garçon qui prévient sa maman, désormais il sera un vrai petit diable. A lui les bêtises, les punitions, les gros mots etc.
Et puis la fin arrive et le petit garçon s'exclame : allez, c'est pour rire ! c'est tout l'inverse, on recommence l'histoire dans le sens contraire !
Et alors on reprend l'histoire de droite à gauche et l'histoire n'a plus du tout  le même sens.

Après son album, Le Sens de l'Amour (2008), Michel Boucher montre encore une fois que les mots ne sont pas à sens unique, qu'il peuvent signifier une chose et tout son contraire. La personnalité du petit garçon est tour à tour un ange ou un démon, ou un ange diabolique et un angélique démon ! Cela appuie fortement l'idée que rien n'est jamais ou tout blanc ou tout noir. C'est un ensemble de contradictions, comme la personnalité d'un enfant, sans cesse dans la bravade et dans la recherche. Car derrière tout ça, il s'agit bien d'une façon de se chercher, de s'affirmer et de forger son caractère.

Simple, drôle et surprenant ! Un joyeux méli-mélo de mots avec leur signification qui bouge tout le temps, selon l'utilisation qu'on leur donne.

Rouergue, 2009 - 11€

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17/02/09

La guerre des livres - Alain Grousset

618gLk_2BaRoL__SS500_Jeune pilote de la Sécession, Shadi atterrit en catastrophe sur Libel, la planète des livres, qui appartient à l'ennemi, la Confédération impériale. Pour le protéger, Angus, le conservateur de la bibliothèque, le fait passer pour son neveu. Le pot aux roses risque d'être découvert avec l'arrivée à l'improviste de l'empereur en personne. Que veut-il ? pourquoi est-il venu sur Libel ? En fait il a besoin d'Angus et de son savoir littéraire. Sa fille est gravement malade, et seule l'existence d'une plante rare pourrait lui sauver la vie. Il est suivi par une clique de chercheurs avec leurs outils numériques qui permettront de trouver l'ouvrage faisant référence à l'Emerantia. A la tête, se trouve Orfel, le maître-conservateur de l'empereur, accessoirement le vieil ennemi d'Angus et le papa de Thaïs, une jeune fille de quinze ans qui va charmer Shadi. Mais le garçon doit rester discret, ne pas éveiller les soupçons. Il a déjà à ses trousses un certain Wolther, un lieutenant de la sécurité impériale, résolu à lui tendre un piège et démasquer les combines de la bibliothèque des mondes.

Lecture assez passionnante, qui se passe dans des temps futurs, mais surtout dans le monde des livres et qui  montre la suprématie du papier sur le numérique (l'ebook, en tête).  J'ai également apprécié les citations ouvrant chaque chapitre, sur le thème du livre et de la lecture à chaque fois.
L'histoire est captivante, elle ne laisse pas le moindre temps mort. Cela commence par des batailles dans l'espace, puis sur une traque, des complots, des trahisons et une course-poursuite dans les couloirs labyrinthiques de la bibliothèque. Peut-être quelques facilités dans l'intrigue viennent un peu frustrer le lecteur plus pointilleux, mais le roman a déjà rempli un premier contrat : histoire courte, prenante et truffée de messages concernant la liberté, la paix et l'apport précieux de la lecture dans la vie. 
Autre point important : il faut prendre soin des livres, car « le savoir appartient à toute l'humanité ».

Gallimard jeunesse, coll. Hors-piste, 2009
141 pages  /  8€

Illustrations de Manchu  

 

### By dream - Daniel Martin Moore

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Le Palais des Mirages - Hervé Jubert

palais_des_miragesSur cette sublime couverture de Shelly Wan, la petite fée qu'on aperçoit représente l'héroïne Clara Charpentier. Elle a quinze ans, c'est une reine de la voltige, qui manque un jour se rompre le cou au Palais des Mirages mais doit la vie sauve grâce à l'intervention d'un charmant ténor de la chorale d'Upsal, monsieur Lukas Sandström. Il faut également placer le contexte : nous sommes en plein Paris, en l'an 1900 et la grande Exposition universelle vient d'ouvrir ses portes. Des milliers de visiteurs sont attendus, des stands tous plus excentriques et beaux les uns que les autres rivalisent de grandeur et d'ambition. Mais la menace gronde, les risques d'attentats sont bien réels lorsqu'on aperçoit un groupe d'individus mettre au point un plan diabolique.

Clara elle-même a été la victime d'un sabotage et la demoiselle, fort intrépide, est décidée à retrouver ce soit-disant russe au crâne chauve et à la voix de castrat qui a usurpé l'identité d'un mécanicien. Sur son chemin, elle recroise son chevalier servant, le suédois Lukas S., galant mais un tantinet mystérieux, et de plus en plus fuyant. Toutefois, en dépit des règles de bienséance, Clara le poursuit sans relâche, elle l'invite même à rejoindre le Grenier des Poètes, adresse joliment poétique pour désigner l'appartement du grand-père carillonneur, Mérowak.

Véritable hymne aux rêves et aux mirages, aux spectacles de danse et de lumière, à la naissance du nouveau siècle, ce roman d'Hervé Jubert est une féérie, une fantasmagorie, une épopée rythmée dans un Paris qui revêt un costume splendide. Les descriptions de l'Exposition font illusion, on a le sentiment d'y être, et c'est franchement époustouflant ! L'aventure que va vivre Clara Charpentier, jeune héroïne de quinze ans qui rappelle Blanche Paichain (de la trilogie éponyme), alterne l'intrigue policière et l'aura fantastique sans jamais se culbuter ou laisser l'un écraser l'autre. C'est un ensemble, auquel vient s'ajouter des légendes et des récits de mythologie scandinave. Plus on avance dans le roman et plus on pénètre un monde étrange, parfois déroutant. J'ai été charmée, même si je dois admettre que cette lecture requiert une bonne dose de concentration et qu'elle demande, avec raison, du temps, de la patience et de l'adoration. Heureusement, j'en ai en stock ! Et puis, il est toujours appréciable de retrouver la plume d'Hervé Jubert, l'auteur n'a pas à rougir d'être à la fois créateur, idéaliste, virtuose et saltimbanque - je suis particulièrement fan ! Tout comme j'apprécie cette façon tendre et attachante de croquer ses personnages... un vrai régal !

Lecture brillante. A conseiller aux grands lecteurs.

Albin Michel, coll. Wiz, 2009 - 360 pages - 13,50€

le site de l'auteur : www.blanche-paichain.net

lire, relire, découvrir Blanche

 

un extrait pour s'en convaincre : « Ce que Clara avait été pour l'air, Loïe Fuller l'était pour le feu. Toutes deux étaient fées. Clara le comprit enfin.
On ne voyait le visage de Loïe qu'entre deux vagues ondulantes. Le corps était une flamme, une fleur, un papillon avant de redevenir cette boulotte souriante au nez fripon et à la fossette mutine. La danseuse avait inventé un mode d'expression qui transcendait l'âme humaine. Et pourtant, dans le civil, elle était si passe-partout... Pour la première fois, Clara sentit des picotements la saisir à la nuque lorsque le dernier mouvement, le plus étrange, celui qui se jouait dans la pénombre, s'acheva dans un silence stupéfait.
»

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