07/03/08

Rouge abattoir - Gilda Piersanti

rouge_abattoir_1Le quartier chic et paisible de Testaccio à Rome est de nouveau frappé par un crime horrible : le corps d'une jeune femme mutilée a été retrouvé dans son appartement. Il s'agit d'une troisième victime dans ce petit coin branché de Rome, la presse pense aussitôt à un serial-killer, mais le commissaire D'Innocenzo refuse cette hypothèse. Pour l'heure, il doit accepter l'arrivée d'une super flic, l'inspecteur principal Mariella De Luca, pour l'aider à boucler cette enquête qui met à cran les grosses têtes haut placées.

Mariella est une jeune femme efficace, qui va aussitôt mettre le pied à l'étrier et entrer dans le vif du sujet. Elle fait la connaissance de Tecla Tittoni, une caissière de cinéma, et de son frère Alberto, qui est le projectionniste. Ce couple lui laisse une impression étrange, le garçon est un coureur de jupons, la fille est hautement détestée dans tout le village. De plus, ils semblent avoir tous deux connu les victimes de Testaccio. Alors, de manière peu orthodoxe, Mariella va procéder à une enquête sur le terrain, passant outre les règles d'usage, en s'invitant chez les Tittoni ou en appréhendant un autre individu louche lors de ses promenades nocturnes, et en solitaire.

C'est un roman policier qui appartient à ce genre qui nous plonge dans une intrigue correcte et qui nous fait pénétrer dans l'intimité des personnages. Ici, nous apprenons à mieux connaître l'inspecteur Mariella De Luca et ses nouveaux collègues, surtout parce que Rouge Abattoir appartient à la série des Saisons Meurtrières (trois titres suivent) et que nous allons ainsi pouvoir suivre l'évolution de toute la clique. L'auteur Gilda Piersanti est italienne mais vit en France depuis vingt ans, c'est en français qu'elle a écrit son texte mais situe son action dans la Ville Eternelle. Cadre superbe et fascinant, Rome est ensevelie sous la neige et apporte cette atmosphère frileuse et angoissante, nécessaire à l'intrigue. Celle-ci, assez hasardeuse en cours de lecture, après un début fracassant, connaît un sursaut de rebondissements dans les derniers chapitres. Belle entrée en matière, pour une série qui s'avoue convaincante !

Editions Le Passage, 2003 /

rouge_abattoirPocket, 2008. - 277 pages.

La série des Saisons Meurtrières comporte :

  • Rouge abattoir (2003)

  • Vert Palatino (2005)

  • Bleu Catacombes (2007)

  • Jaune Caravage (2008)

 

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06/03/08

L'alchimiste assassiné - Fidelis Morgan

alchimiste_assassinePerruque déplumée de guingois, visage barbouillé d'une épaisse couche de fards commençant à dégouliner, lady Anastasia Ashby de la Zouche, baronne Penge, comtesse de Clapham, est en prison pour dettes, et pas pour la première fois. Elle doit à son droguiste la peccadille de six shillings, et le misérable a eu la témérité de l'assigner en justice. Les temps ont changé depuis l'intronisation de Guillaume d'Orange, venu de Hollande instaurer la monarchie parlementaire ; la société anglaise est devenue de plus en plus obsédée par l'argent, le profit et la richesse, même Madame la comtesse, âgée de soixante ans, a dû se lancer sur le marché du travail pour survivre. Après une courte carrière dans l'écriture de tragédies héroïques, sous le nom de plume du Galant Ethéré, lady Ashby a ensuite choisi de se tourner vers le journalisme, glanant des bribes de cancans fielleux ou rédigeant des diatribes contre les charlatans, les dernières modes, les nouvelles pièces. Sa mauvaise fortune voulut que le jour où le recouvreur de dettes vint frapper à sa porte, la comtesse se trouvait entre deux contrats. Sa bourse était par conséquent des plus plates.

Qu'elle n'est pas la surprise de lady Ashby de la Zouche, lorsque dans la prison de Fleet, elle tombe nez à nez avec une drôlesse prénommée Alphiew, son ancienne suivante qui disparut sans prévenir avec son argenterie et Monsieur le comte, bien des années auparavant ! Son sang ne fait qu'un tour, elle bondit sur l'ingrate et demande des comptes, mais Alphiew parvient à s'échapper de Fleet, récupérant le contrat en or promis à la comtesse par Monsieur Cue, responsable de presse. La jeune fille n'est pourtant pas mauvaise, puisqu'elle va parvenir à obtenir la libération de sa bienfaitrice, se disculper des accusations injustifées, proposer une collaboration contre le gîte et le couvert à Anglesey House, l'hôtel particulier de German Street, dans les quartiers chics. La façade est galante, or l'intérieur fait peine à voir. Seul Godfrey, l'ancien palefrenier, un misérable vieux coquin, est resté au service de la dame, même après que le cheval fut vendu, et qu'il n'y eut plus eu d'argent pour les payer !

La liberté étant une chose précieuse, la survie en est une autre. Lady Ashby et Alphiew comprennent que l'argent manque et acceptent avec empressement la proposition d'une femme mystérieuse, bien vêtue et élégante, portant capuche pour dissimuler son identité. Il s'agit en fait d'une dénommée Mme Wilson, qui soupçonne son époux, Beau, de lui être infidèle. Elle embauche la comtesse et sa suivante pour espionner les faits et gestes du mari présumé volage. Malheur ! cette mission, finalement pas si anodine, plonge nos deux donzelles dans un fichu pétrin ! Lady Ashby est prise sur le fait : la cheville foulée d'être tombée sur le corps de Beau Wilson, le bustier et les gants dégoulinants du sang de la victime ! Accusée de meurtre, la comtesse est arrêtée et envoyée en prison. Alphiew se sauve mais n'abandonne pas sa maîtresse, pour elle l'enquête doit continuer !

Quelle aventure truculente ! Fidelis Morgan a lancé une série fort sympathique, surtout portée par son duo de personnages atypiques et attachants, Lady Ashby de la Zouche et Alphiew. L'une est fantasque et un peu folle, l'autre n'a pas de culture mais percute en moins de deux, bref elles n'en perdent pas une miette dans ce Londres puant et mystérieux, à courir à toute berzingue, dans les ruelles sombres et dans le quartier d'Alsatia, où vivent tous les criminels à l'abri des poursuites de la loi, se rendent chez les apothicaires, et rusent auprès d'Isaac Newton en personne pour chercher le moindre indice et démasquer le coupable. Ce sont deux tornades, perruques de traviole, le teint un peu défraîchi, mais fortes en culot, pétillantes et toujours pleines d'allant. Elles nous entraînent dans une foisonnante et palpitante pochade libertine, qui fait revivre toute la trivialité londonienne du XVIIème siècle.

Labyrinthes, 460 pages. Traduit de l'anglais par Denyse Beaulieu.

A aussi été lu par Chimère

  • Existe aussi :  Les reines rivales (Labyrinthes, 2007)

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05/03/08

Jane Austen et le révérend - Stephanie Barron

jane_austen_et_reverendQuittant Bath pour la ville de Lyme, la famille Austen est victime en chemin d'un accident qui blesse gravement Cassandra, la soeur de Jane. Cette dernière s'arme de courage et se rend vers la propriété la plus proche, High Down Grange, réputée pour être peu hospitalière. Et effectivement, le propriétaire des lieux, Geoffrey Sidmouth est rustique, bourru, agacé par cette arrivée à l'improviste. Il consent toutefois à venir en aide à Jane et sa famille et les héberge quelques jours chez lui. L'activité dans cette maison est intriguante, et éveille quelques interrogations chez Jane. Il y a d'abord la cousine du gentilhomme, Séraphine LeFèvre, une beauté éthérée un brin mystérieuse, qui est originaire de France. Assez effacée, elle sort peu de la maison ou se promène la nuit avec une lanterne de forme curieuse et vêtue d'une pèlerine rouge.

Le contact avec Sidmouth ne s'est pas fait sans mal, mais Jane a su lui tenir tête et peut-être cela a-t-il influencé dans l'attitude du gentleman pour les jours suivants. Galant et guindé, il adopte un port assez froid, tout en se montrant très prévenant auprès de Jane et sa famille. C'est lui qui débauche le médecin, Mr Dagliesh, pour soigner Cassandra, lui qui conduira les Austen chez Mr Crawford sur son site de fouilles, et pourtant le ton badin semble faux dans le coeur de Jane (qui ne peut s'empêcher de palpiter un peu plus fort). Elle se méfie de l'homme, donnant foi aux ragots qui courent à son sujet. On murmure un tas de choses à Lyme, sur un prétendu Révérend et sa clique, sur la demoiselle Séraphine et sur des activités illégales livrées la nuit sur la plage. Jane a aussi fait la connaissance du capitaine Fielding, qui lui confie instantanément ses soupçons sur Sidmouth qu'il juge être le Révérend, un pilier de la contrebande entre la France et l'Angleterre.

Fielding, qui se dit à la solde des Douanes, voudrait démasquer ce brigand et remporter ainsi la bataille sourde qui gronde entre Sidmouth et lui, dans laquelle Séraphine joue un rôle important. Aucun des concernés n'est prêt à dévoiler le fond du problème, au nom de l'Honneur, mais Jane est bien décidée à mener jusqu'au bout sa petite enquête toute personnelle. Il lui est impossible de réfléchir autrement, incapable de terminer son manuscrit en cours (Les Watsons). Alors la jeune femme use de son sens de la répartie, de sa capacité de jugement et de sa perspicacité toute féminine pour écouter, questionner, sonder, allant même jouer les héroïnes à la Mrs Ann Radcliffe en errant le soir sur le Cobb ou dans une caverne isolée sur la plage...

jane_austen_et_le_reverend_2Que dire sur ce roman d'une Austenite convaincue, passionnée au point d'imprégner son récit du style de son idole (sans parvenir à l'égaler, on s'en doute), mais travaillant avec soin ce souci du détail, de la formule et du contexte avec un aplomb remarquable ?! Stephanie Barron est réellement parvenue à faire illusion, surtout durant les premiers chapitres de son histoire. Elle dépeint une Jane Austen vive, intelligente, pointilleuse et sensible au charme d'un gentleman inquiétant et fort séduisant par toute cette part de mystère qui l'entoure ! Je me dois de reconnaître avoir beaucoup pensé que c'était tout de même drôlement romanesque, dans le fond. Le gentleman arrogant, réputé mauvais bougre, suspecté d'être le fameux contrebandier qui sévit sur la côte, et qui fait battre le coeur de notre demoiselle... l'action où se mêlent le goût du sel marin, les tempêtes, la chasse entre les troupes des Dragons et les bandits en pleine nuit, et une héroïne au coeur de l'intrigue, cheveux au vent, et une séduction qui connaît son acmé !... Il ne faut surtout pas se méprendre, ce genre de roman n'est pas un pastiche de l'oeuvre de Jane Austen. L'écrivain est ici utilisé en tant que personnage principal, et Stephanie Barron a beaucoup respecté la personnalité de la dame, bien cadré le décor, beaucoup lu les biographies et a su baliser son sujet. C'est un zéro faute sur cet aspect, et personnellement j'ai beaucoup apprécié cette part d'imagination. On ne pourra reprocher à Mrs Barron d'avoir spolié Jane Austen, ni d'avoir fait affront au personnage. Et il me semble, alors, que lire les enquêtes de Jane Austen par Stephanie Barron n'est qu'une simple invitation au divertissement littéraire et historique, dans une ambiance élégante et racée, avec une enquête pas extraordinaire, mais tout à fait potable (saluons que le couperet ne tombe qu'au dernier chapitre, et pas un soupçon avant !). Pour toutes ces raisons, j'ai été séduite et je suis prête à poursuivre cette belle lancée.

A signaler, cependant, que ce tome n'est pas le premier de la série, il s'agit en fait de Jane Austen à Scargrave Manor, paru étrangement l'année d'après en France. L'auteur y fait quelques allusions dans ce livre, et c'est bien dommage ce léger couac. Il faut donc considérer, à ce jour, l'ordre de publication en France des oeuvres de Stephanie Barron, comme suit :

  1. Jane Austen à Scargrave Manor  (1998)

  2. Jane Austen et le révérend   (1997)

  3. Jane Austen et l'Arlequin  (2000)

  4. Jane Austen à Canterbury  (2001)

  5. Jane Austen et la sorcière du Derbyshire  (2003)

  6. Jane Austen et le prisonnier de Wool House  (2006)

  7. Jane Austen et les fantômes de Netley  (2007)

  8. Jane Austen et l'héritage du comte  (2008)

* Les dates de publication correspondent aux sorties françaises.

Labyrinthes - 400 pages - Traduit de l'anglais par Corinne Bourbeillon.

Le site de l'auteur : http://www.stephaniebarron.com

04/03/08

Les portes du sommeil - Fabrice Bourland

portes_du_sommeilDeux ans après leur premier exploit rencontré dans Le fantôme de Baker Street, les détectives Singleton et Trelawnay ont choisi de faire une pause entre deux enquêtes. Andrew se rend à Paris pour résoudre l'étrange mystère qui plane autour du suicide - présumé - de Gérard de Nerval. Là, il est approché par le commissaire Fourier de la Sûreté Nationale sous prétexte d'une affaire débusquée par un journaliste qui a fait le rapport entre la récente mort du marquis de Brindillac et celle du poète Pierre Ducros survenue quelques mois plus tôt. Tout deux ont été emportés dans leur sommeil, avec un masque d'effroi sur le visage. Ces deux cas ont, de même, en commun d'avoir croisé sur leur chemin un singulier bougre au regard sidérant. L'individu se couvre de postiches et de patronymes différents, difficile de mettre la main dessus.

Cette affaire du « Sommeil qui tue » prend un pas dans l'étrange, car Andrew Singleton est lui-même frappé de rêves hallucinatoires où une jeune femme blonde, à la beauté extraordinaire, lui communique des messages de prudence et des conseils sur l'enquête à tenir. Avec son acolyte James Trelawney, il s'embarque donc à bord de l'Orient-Express pour la destination de Vienne, où nos deux détectives espèrent comprendre la signification des Portes du sommeil, évoquées lors d'une réunion de la Société Métapsychique à Paris.

Le surnaturel rejoint vite les ficelles de cette enquête, qui me semble plus étoffée que dans Le fantôme de Baker Street, mais à la rigueur ceci n'est qu'un détail auquel j'attache très peu d'importance ! J'aime tellement l'ambiance de cette série policière, où la littérature sert d'indices pour démêler les faits crapuleux. Ici nous croisons le surréalisme avec André Breton à la terrasse du Café de la place Blanche, et nous approchons Gérard de Nerval au sommet de la tour Saint-Jacques. Si le spiritualisme était à l'honneur dans le 1er tome, il s'agira davantage de la signification des rêves dans ce livre. C'est prenant, très bien écrit, le tout dans une ambiance des années 30 merveilleusement repeinte, on s'y croirait ! Une fantastique invitation, que je vous engage à découvrir !

10-18, coll. Grands Détectives, 250 pages.

A lire : interview de Fabrice Bourland

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03/03/08

Le fantôme de Baker Street - Fabrice Bourland

fantome_de_baker_streetNous sommes à Londres en 1932. Andrew Singleton et son ami James Trelawney ont quitté le nouveau continent pour s'installer dans la capitale anglaise en espérant faire prospérer leur agence de détectives. Ils résident à Montague Street, qui était aussi la première adresse fictive de Sherlock Holmes. D'ailleurs, l'animal semble leur servir de bon samaritain, car les voilà vite honorés de la visite de lady Conan Doyle, la veuve de l'illustre écrivain, qui vient requérir leur service pour démasquer une affaire douteuse dans le quartier de Baker Street. Depuis que la municipalité a attribué le n°221 à la maison du major Hipwood, le salon du premier étage semble hanté. Les amateurs de séances spirites y voient là l'interpellation de l'esprit du détective, qui chercherait à exister au-delà de la mort de son créateur.

Lady Conan Doyle est bien perplexe. En revenant sur la nuit précédant la mort de sir Arthur, elle se rappelle certains faits étranges et attire l'attention des apprentis détectives sur une série de meurtres qui frappent les bas quartiers de Londres et qui ne semblent pas connaître d'accalmie. Forte de la réputation du paternel d'Andrew Singleton, éminent conseiller en spiritisme outre-atlantique, lady Conan Doyle confie à nos férus d'enquêtes à la Sherlock Holmes l'occasion de mettre la main à la pâte.

Et en effet, l'influence est grande car l'enquête se dessine sur les pas de l'écrivain et de son fin limier ! Singleton et Trelawney vont se rendre au 221 Baker Street, assister à une séance de spiritisme, se rendre compte par leurs propres yeux de l'improbable situation dans laquelle ils se trouvent confontrés ! Singleton, grand passionné de littérature, réalise également que la série de meurtres lui rappelle des faits survenus ... dans les oeuvres romanesque ! Il semblerait alors que des héros fictifs soient en libération et courent dans les rues de Londres, des personnages aussi redoutables que Jack l'éventreur, Dracula, Mr Hyde ou Dorian Gray !

Bizarre, bizarre ? Que vous ayez les deux pieds ancrés sur le sol ferme n'y changera rien, ce roman de Fabrice Bourland va vous transporter au-delà des limites du réel. Amateurs de fantômes ou de Sherlock Holmes, vous en aurez tout votre soûl ! Le livre est formidablement renseigné, truffé d'indices et de références à la littérature victorienne, c'est une plongée superbe et réaliste, dans un Londres des années 1930 et qui flirtent sans vergogne avec l'époque des monstres sacrés du genre policier (Conan Doyle, Wilkie Collins, H.G. Wells, Stevenson, etc.). C'est un délicieux cocktail qui mélange la littérature dans le roman, avec moult détails savants, et le fil rouge du Grand détective (toutefois, l'enquête n'est pas transcendante, mais on s'en moque !). Tout est dans l'esprit, dans l'atmosphère ... ça s'apprécie ainsi, et moi j'ai adoré !

10 - 18, coll. Grands Détectives. 245 pages.

A été également lu par Lou et Charlie Bobine

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02/03/08

Peines perdues - Emmanuelle Peslerbe

peines_perduesUn homme atteint de la maladie d'Alzheimer est retrouvé mort chez lui. C'est sa fille Ghislaine qui découvre le corps. Le commissaire Jean Brisson conclue à un assassinat et met le doigt sur l'appartement fermé à double tour. La liste des suspects se réduit, et très vite il porte son intérêt sur les deux soeurs Boudard. Trop d'amnésie, trop d'ambiguité dans les emplois du temps, trop de propreté sur les lieux du crime... Le commissaire Brisson a décidé de serrer la vis, mais comment faire craquer ces deux carpes complètement muettes ?
Après une entrée en matière très conforme au genre du polar, l'ambiance qui était judicieusement sombre et oppressante finit par tomber dans le glauque. Et ça s'enfonce un peu plus, vers une issue complètement prévisible. Bien dommage d'avoir lâché la bride en cours de route ! Ce roman s'annonçait assez intriguant.

Editions du Rouergue, coll. La Brune - 116 pages. 12 €

Du même auteur : Un bras dedans, un bras dehors

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01/03/08

Le joli mois de mars !

Que de belles choses pour ce mois de mars ! Cela annonce le printemps, bientôt le temps d'enlever les peaux mortes et de casser nos tirelires pour succomber aux formidables tentations.

la_consolante

Quatre ans après Ensemble c'est tout, Anna Gavalda revient avec une bonne petite brique rouge de 630 pages et des lecteurs impatients font déjà la queue au portillon (de leur librairie) pour ne pas louper cet événement !

Livre à paraître le 11 mars !

( A noter que la couverture a été dessinée par la dame en personne...)

Pour connaître l'histoire, il y a soit l'option 'effet de surprise', soit le résumé sur le site de l'éditeur (le dilettante) ... au choix ! - Moi je mise sur la surprise. -

valse_lente_des_tortuesVous aviez craqué pour les personnages de Katherine Pancol dans Les yeux jaunes des crocodiles, vous allez les retrouver dans un nouvel ouvrage - une bonne grosse brique bleue - de 650 pages encore !!! C'est le mois des folies, le mois des pagivores ! Fichtre.

Après les crocodiles, place aux tortues ... Elles vous promettent une tendresse authentique, souvent désopilante, parfois sombre, mais toujours poignante, une trame virevoltante, une vivacité contagieuse ...  ça promet !

Disponible dès le 3 mars (et même avant ... ! car il est déjà dispo dans certaines crèmeries !!! ).

Un peu de BD maintenant, avec l'incontournable Manu Larcenet et son 4ème tome de la série Un Combat Ordinaire.

combat_ordinaire_5Présentation de l'éditeur
Le chantier naval ferme, Marco est devenu père, sa mère apprend à vivre seule, un homme meurt dans la campagne, un journaliste craque. A partir de petites choses, de moments rares, de tristesses banales, Manu Larcenet continue de dresser le portrait d'un homme ordinaire, imparfait en lequel chacun d'entre nous reconnaît l'un des siens. Planter des clous, dernier tome du Combat Ordinaire, clos, magnifiquement l'une des plus belles réussites de la bande dessinée contemporaine.

Si vous ne connaissiez pas encore, il faut s'y mettre. Que vous n'aimiez pas trop la BD, ok. Cette série vous fera changer d'avis, cependant ... :o) Il s'agit, de plus, du dernier tome qui conclue une plus que belle et grande réussite de la bande dessinée contemporaine (à mon tour de planter et d'enfoncer le clou !). N'est-ce pas Tamara ?

A paraître début mars.

Petite cerise sur le gâteau, pour finir ...

treizieme_conteLe Treizième Conte, roman découvert et fort apprécié dès l'ouverture de l'année 2007, va enfin être disponible en poche - chez Pocket aux environs du 20 mars !

Présentation de l'éditeur
Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l'écart du mond, s'est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination. Aujourd'hui âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l'extraordinaire existence qui fut la sienne. Sa lettre à sa biographe Margaret Lea est une injonction : elle l'invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l'imaginaire ; et elle ne croit pas au récit de Vida. Les deux femmes confrontent les fantômes qui participent de leur histoire et qui vont les aider à cerner leur propre vérité. Dans la veine du célèbre Rebecca de Daphné Du Maurier, ce roman mystérieux et envoûtant est à la fois un conte gothique où il est question de maisons hantées et de sœurs jumelles au destin funeste, et une ode à la magie des livres.

( A souhaiter que la couverture soit aussi belle en poche ! )

Et ne pas oublier le nouveau livre de Karine Fougeray  « Ker Violette » disponible depuis fin février ... 

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Le joli mois de mars (bis) !

Parmi les autres nouveautés dans la pochothèque, il faut noter ...

  • Dans l'or du temps, de Claudie Gallay (Babel) : C'est l'histoire d'une famille qui passe ses vacances d'été sur la côte normande. Tranquillement. Un jour l'homme fait la rencontre d'une vieille dame, Alice, qui habite une belle et dans_l_or_du_tempsgrande maison non loin de là. Un peu mystérieuse, Alice accueille les allers et venues de l'homme parfois sèchement, parfois dans le silence, mais toujours avec courtoisie. Une passion va les unir, celle de la culture des indiens Hopi. Car dans les années 40, Alice et son père ont parcouru le désert d'Arizona et fait l'acquisition de bien étranges masques et statuettes. Elle lui raconte toute cette histoire, aussi celle d'André Breton, également réfugié aux Etats-Unis à la même époque. Merveilleuse écriture que celle de Claudie Gallay, déja relevée dans son précédent roman Seule Venise. Il faut découvrir cet écrivain, c'est un univers à part, qui se renouvelle sans cesse. Ici, ce sont des vacances qui ont le goût sâlé des larmes, de la vieillesse et de la mort. Le roman est complètement déboussolant, bouleversant servi par un titre qu'on doit à Breton lui-même...

  • Le théâtre des rêves, de Bernard Foglino (10-18) : Baptiste Flamini, le narrateur, aide les collectionneurs à theatre_des_revesdénicher les perles rares. Il réunit les articles les plus saugrenus, mais une mission d'abord anodine va finalement le conduire à explorer des zones fort sombres, voir redoutables. Flamini devra fouiller plus loin qu'il ne le pensait. Entre le Paris 9ème et quelque part en Normandie, près de Sainte-Mère-Eglise, l'histoire mêle les rencontres depuis un mage, un esprit africain, et un ancien commentateur sportif qui oeuvre dans le lieu-dit sacré, le Théâtre des Rêves, un bistro d'aficionados de football - celui de l'âge d'or, c'est-à-dire tout ce qui s'est passé avant 1970. "Le théâtre des rêves" est le premier roman de Bernard Foglino et crée une bien agréable surprise : le ton général est enchanteur, il balance le lecteur dans des contrées fantaisistes. Le genre est à la fois policier, risque-tout et gouailleur. Le héros partage son quotidien entre un écrivain manchot et un travesti tordu - jolie palette de personnages ! Enquête captivante + personnages déconcertants = un ensemble tout bonnement jubilatoire. A tenter.

  • Babel Noir ressort de ses tiroirs deux romans de Michèle Lesbre : Que la nuit demeure & Une simple chute . Avis aux amateurs ! (Je pense à Lily et Amanda ...)

  • Dickens, barbe à papa : Et autres nourritures délectables, de Philippe Delerm (Folio) : Toujours dans ce livre il est question de petits textes, d'instantanés de l'existence, centrés essentiellement autour des plaisirs de la nodickens_barbe_a_papaurriture, des sensations du boire, du manger et du plaisir des livres ! Si vous appréciez les plaisirs simples, les plaisirs des papilles, les mots coulants, sans ronds-de-jambe ni révérences, eh bien fondez dans ce recueil. Chaque séquence apporte une satisfaction toute personnelle, même si la qualité de certains est décevante par rapport à d'autres, beaucoup plus aboutis, recherchés. Toutefois Philippe Delerm nous pond lui aussi des "nourritures délectables", du genre : "C'est l'envie des autres qu'on envie" ou "Quelle image de soi faut-il donner sur table basse ?", et j'en passe ... "On dévore les livres, ou bien les livres vous dévorent. C'est une drogue effrayante et douce, un séduisant voyage. On peut aussi manger la vie. Alors plus tard, peut-être, on en fera des livres." -

  • L'histoire de l'amour, de Nicole Krauss (Folio) : Oui, c'est un roman qui parle d'amour, assez fou d'ailleurs. C'est histoire_de_l_amourun livre entier sur le sentiment amoureux, sur le droit à la mémoire, à la fidélité au-delà de la mort, au respect de la création littéraire. Ce roman de la new-yorkaise Nicole Krauss est écrit avec une maîtrise étourdissante, il est dense, foisonnant, respectueux et d'une très grande élégance. C'est un roman puissant et intelligent, qui ne perd jamais le fil de son histoire et qui repêche son lecteur en toute simplicité. Et hop qu'il nous emmène du côté de la Shoah, à New-York, en Israël ou au Chili, dans le coeur d'une adolescente ou d'un vieillard, et surtout au coeur d'un roman dont l'histoire alimente l'histoire de l'amour du début à la fin. Cela paraît brouillon à lire comme ça, mais c'est un roman 5 étoiles et qui est, en toute honnêteté, EPATANT !

  • Que la paix soit avec vous, de Serge Joncour (J'ai Lu) : C'est une impression de sursis qui règne dans le roman de que_la_paix_soit_avec_vousSerge Joncour, d'abord par l'aspect géopolitique avec la crise en Irak (l'histoire débute en novembre 2002) puis par la menace grandissante des promoteurs avides de racheter l'immeuble dans lequel loge le narrateur. Ce dernier est sans emploi, il loue un studio qui appartient à une autre, et il passe ses journées à regarder la télé. Un jour, il croit surprendre de la lumière et du remue-ménage chez son voisin, dans un appartement qui lui semblait inhabité depuis des années. Des petites investigations auprès d'une voisine vont titiller sa curiosité et évoquer des familles juives, déportées durant la guerre. Il lui faudra, cependant, encore du temps pour comprendre ce qu'est devenu son mystérieux voisin. L'idée de fantômes effleure l'esprit, aussi celle des murs témoins du passage du temps et de la vie de ses gens. Comme dans le roman de Sorj Chalandon (Une promesse), il y a l'esquisse du culte de l'absent pour préserver sa présence avant de faire le deuil. Un roman très plaisant à lire, agréable et distrayant.

  • La traversée de l'été, de Truman Capote (Le Livre de Poche) : L'héroïne de "La traversée de l'été" s'appelle Grady McNeil, elle a 17 ans et vit dans un appartement qui surplombe Central Park. Ses parents partent en croisière pour l'Europe mais Grady a décidé de passer l'été caniculaire à New York. Ce qu'elle ne mentionne pas c'est son béguin pour Clyde Manzer, un gardien de parking à Broadway, qu'elle fréquente depuis le mois d'avril en cachette. Avec lui, Grady vit des sensations jamais explorées jusqu'alors. Cependant, le garçon se découvtraversee_de_l_etere peu, se dévoile difficilement, sa famille, ses amis, ses amours figurent parmi son jardin secret qu'il n'ouvre pas à sa dulcinée. Or, il y a également Peter Bell, le meilleur ami de Grady, puis une mystérieuse Anne et une encombrante Rebecca...

    Eté incendiaire, ainsi aurait pu se nommer ce roman "inédit" de Truman Capote. On connaît son histoire : le manuscrit a été retrouvé dans les affaires d'un concierge, remarqué par Sotheby's avant d'être mis aux enchères. "Summer Crossing" (titre original) figure en fait comme l'un des premiers romans écrit par l'auteur, à un très jeune âge (il avait commencé son histoire vers 19 ans). C'est un projet qui a plus ou moins évolué et été entretenu pendant dix ans, pour finalement ne jamais voir le jour. Le manuscrit n'est d'ailleurs pas fini, mais les nombreuses notes de Capote ont permis de porter sa touche finale. Résultat ? C'est une histoire fraîche, pinçante et mesquine, ce n'est pas une oeuvre étourdissante de talent, elle révèle des défauts mineurs en partie à cause de la jeunesse de son auteur. Toutefois, elle annonce déjà des qualités à mûrir, les prémices de Breakfast at Tiffany's, un esprit pointilleux et rebelle, une volonté de chiffonner les données de la société de convenance, et aussi de parler de New York. Le personnage central, Grady McNeil, n'a pas l'étoffe d'une Holly Golightly, mais c'est également une héroïne en souffrance, un être fragile, secret et désespéré. Elle est fascinante, en un sens. Et cela aurait été fort intéressant que l'auteur travaille davantage sur ce projet, mais s'il y a renoncé c'est sans doute pour une raison ?

En vrac, à paraître :

jonathan_strange    societe_des_jeunes_pianistes

  • La fille du cannibale, de Rosa Montero (Points) : Si votre mari va aux toilettes dans un aéroport et disparaît, si ensuite vous recevez une demande de rançon venant d'une organisation terroriste et que vous êtes l'auteur d'une série de livres pour enfants dont le héros est Belinda la cocotte, que faire ? Pleurer d'abord puis décider de comprendre ce qui vous arrive. Et si la chance veut que vous rencontriez vos voisins de palier dont l'un se révèle être un vieil anarchiste octogénaire, ancien torero, compagnon de Durruti, dont les récits de la guerre d'Espagne vont former la toile de fond de vos soirées, et l'autre un garçon de 20 ans naïf et terriblement attirant, vous découvrez comme Lucia que vous ne tenez finalement pas tant que ça à ce mari disparu et qu'il est temps de donner un sens à votre vie. Un roman qui fouille dans plusieurs genres (initiatique, policier, suspense),  c'est assez drôle, avec des personnages haut en couleurs ! Le titre n'est pas le porte-drapeau d'un contenu gore ou terrifiant, loin de là ...

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29/02/08

Les fantômes du soir - Sébastien Doubinsky

fantomes_du_soirAvec une jolie couverture et une quatrième alléchante, me voilà plongée dans ce livre... pour lequel je m'enchante prématurément ! L'histoire est celle d'un écrivain de 52 ans, dont le 12ème roman figure sur la liste finale du Goncourt. Enfin les lauriers de la gloire ? Cela commence par un passage dans une émission pour la télévision, et c'est le fiasco. Le type s'écroule de son siège, en direct, impossible de sauver la face, de moucher l'animateur arrogant, qui exulte par la même occasion d'obtenir une séquence aussi pendable que dérisoire ! ... La nuit s'enfonce dans l'invraisemblable pour Paul Rubinstein, car en rentrant dans son appartement, il découvre Henry Miller, Lawrence Durrell et Blaise Cendrars assis dans son salon. Illusion d'optique, contre-coup d'un choc violent ou sombre conséquence d'une alcoolémie avancée ?
Parce que le roman va se résumer à cette errance inqualifiable, dans un Paris tantôt austère, tantôt envoûtant, c'est la sinistre complainte d'un écrivain à qui le succès sourit soudain, mais qui refuse de saisir sa chance. Pas avare de confidences, l'homme va nous raconter quelques jours de son incroyable fantasme littéraire. Un chant d'amour ironique à la littérature, qui guérit de tous les maux - selon l'éditeur.
Hélas, j'attendais plus ! Ce livre possède un charme certain, mais qui va s'oublier avec le temps...

Le Cherche Midi - 176 pages - 13 €

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28/02/08

Les Constellations du hasard - Valérie Boronad

constellations_hasardUn aspirant écrivain débarque à New York avec pour seul bagage son sac marin et une sacoche contenant son manuscrit. Son rêve américain est de rencontrer Paul Auster pour lui remettre son roman et tous ses espoirs d'être édité. Hélas, le garçon se fait voler ses papiers et manque devenir fou. Il erre dans la rue, rencontre un chien puis un vieil aveugle avec qui il fait le deal de mettre sur papier le livre qui court dans sa tête en échange du gîte et du couvert. Très vite, Luc prend en pleine figure toute la beauté de la prose du vieillard, de son parcours et de son histoire. Il s'appelle Alejandro Asturias, c'est un poète qui a quitté l'Europe au début des années 40, pour retrouver son grand amour prénommé Cécilia.

Luc ambitionne toujours de rencontrer Paul Auster et téléphone auprès des attachées de presse pour obtenir un entretien, puis met en place une lecture publique de l'oeuvre d'Alejandro, sous le prétendu parrainage de l'écrivain, et sans consultation du vieil homme. Celui-ci s'en moque, il sent ses jours toucher à leurs fins, pour seul conseil d'auteur à auteur il suggère à Luc d'apprendre à nager dans l'océan. Et Luc s'y emploie avec application !

C'est un rêve américain raconté avec toute la maladresse et l'espoir insensé d'un jeune homme plongé en état de grâce. Il a un mois pour boucler son pari, fait à lui-même. Peu à peu, on ressent toute l'influence de l'oeuvre de Paul Auster, « son Maître », dans cette histoire, mais sans toucher le génie de l'auteur. La copie est aisée, l'imitation impossible. Ce n'est pas une sentence implacable, c'est un constat et un encouragement. Car on ne peut écarter de son esprit les images de Mr Vertigo ou du jeune M.S. Fogg dans Moon Palace pour suivre l'étrange exploration de Luc Kervalec qui le mène sur la voie d'une quête intérieure. Il y a dans ce livre de Valérie Boronad tous les ingrédients austeriens, c'était d'ailleurs un projet audacieux, mais pas totalement abouti. La fin, par exemple, peut être excellente, mais carrément illusoire.

« Parce que drogué je l'étais, je dois bien l'avouer. J'étais complètement shooté, par elle pour commencer, par la longueur de ses jambes et son coeur à vif posé comme un fer rouge sur son visage, par le génie de son grand-père, par l'océan qui m'emportait, par l'écriture qui me faisait plonger tout au fond de moi-même en compagnie d'un poisson, descendant en apnée dans l'inconnu de son sillage. »

Belfond - 184 pages - 17 €

Merci Mathilde W. pour l'envoi !

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