09/04/10

Les bonnes maisons sont celles qui absorbent les joies, les peines, les disputes, les réconciliations, les souvenirs ...

si_on_rentraitLa maison, lieu de rêverie, de fantasme, de jalousie, refuge, port ou tempête, la maison parle de ses habitants, ce qu'ils sont ou qu'ils aimeraient être. Objet de convoitises, il s'y tisse bien des amours et bien des haines.
Un Noël particulier, une invitée encombrante, un voisin impossible, des héritiers cupides, des propriétaires branchés déco, voici une série de nouvelles nostalgique, féroce, drôle, dont le point commun est d'avoir pour pivot une maison.
Si on rentrait... à la maison, ce recueil évoque, avec humour, des situations bien connues de chacun d'entre nous : héritage, partage, souvenirs d'enfance, secret de famille... (quatrième de couverture)

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de nouvelles et cela me fait toujours plaisir de *tomber* sur un recueil dont la qualité m'enchante du début à la fin.  Ici, place à des histoires courtes, saissantes, drôles ou dramatiques. Place à des histoires où la maison occupe une place importante - une maison familiale, remplie de souvenirs, une maison anonyme ou un gîte de bienvenue. Autour, s'orchestrent des vies avec des personnages qui nous sont proches, qui nous ressemblent. Souvent j'ai été surprise, j'ai éclaté de rire ou j'ai eu la petite boule au ventre (très peu, j'avoue). Le propre de ce recueil est plus de nous séduire, de nous toucher. L'une des plus belles histoires s'intitule Maison de famille. Elle raconte le poids des secrets et du passé, la sensation d'étouffement d'une femme, une allemande mariée à un français. Longtemps elle a fait peu de cas de ses origines, mais un Noël en famille a tout bouleversé, a renvoyé les uns et les autres vers le miroir de la vérité - bonne ou pas bonne à dire. Comment confronter les idées de certains avec la réalité des autres, comment assumer des héritages qui pèsent trois fois le poids d'un homme ? ... De belles idées sont donc suggérées, un beau portrait de femme aussi est mis à jour. Cette nouvelle termine le recueil et c'est un bonheur de tourner la dernière page sur ce sentiment de félicité.

Ceci ne doit pas vous enfermer dans l'illusion que la gravité règne en force dans ces histoires, bien au contraire. On trouve aussi de la légèreté, de l'humour et de la cocasserie. De l'exagération aussi. Toutes les nouvelles ne sont pas égales, j'ai été plus sensible à certaines qu'à d'autres. Mais je garde un beau souvenir de bien-être et de qualité de ce recueil. Un instant partagé avec pudeur et douceur. Pas facile à partager, je le conçois, et j'ai fait du mieux que je pouvais... Ma lecture a été une affaire d'émotions intimes, c'est tellement bon quand ça vous arrive. Cela ne se raconte pas.

Si on rentrait ~ Véronique M. Le Normand
éditions thierry magnier, 2010 - 107 pages - 16€

 

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08/04/10

Je me présente : Big Foot, seulement depuis trois jours, parce que jusque-là je m'appelais Odette !

ODETTE_OU_LES_TRIBULATIONS_D_UNE_PIGEONNEOdette ou les tribulations d'une pigeonne est un roman absolument irrésistible !
Lu d'une traite, témoin de grands éclats de rire et de sourires attendris, ce livre se veut frais, drôle, attachant, sérieux et généreux. C'est beaucoup et pas du tout prétentieux, car la barre est tenue haute, la dragée aussi. Je ne vous raconte pas les nombreux passages qui m'ont donné du baume au coeur, j'étais souvent poilée de suivre les élucubrations de cette pigeonne rebaptisée Big Foot par une fillette qui vient de lui sauver la vie et qui s'imagine qu'elle est de sexe masculin, avant de rectifier et de songer qu'elle est en fait un pigeon homosexuel...
Bref Odette est une pigeonne au rythme de vie plutôt pépère, mais sa rencontre avec Clara va la catapulter vers une brillante carrière de pigeon-voyageur. Sa mission : retrouver la grand-mère de l'enfant. Mamie Pomme séjourne en effet dans un établissement où Clara n'a pas le droit de se rendre. Et pour cause : sa mamie souffre de la maladie de la petite bulle qui, en atteignant son cerveau, lui fait carrément perdre la tête. Clara ne le sait pas encore, Odette le découvre avec des yeux ahuris, notre pigeonne s'est engagée dans une galère, pense-t-elle, mais c'est plus fort qu'elle et elle va s'investir auprès de la grand-mère et de la petite-fille en les aidant à être le trait d'union d'une relation très forte.
Comment trouver les mots qui expliquent sans faire peur ?
Sans le savoir, ce roman a fait tilt. Il répond aussi à une autre question abordée dans le roman d'Agnès de Lestrade, Mon coeur n'oublie jamais. Donc, oui on peut parler de la vérité, de toute la vérité, avec les plus jeunes, aborder les sujets qui fâchent, dire les choses sans peur et sans maladresse car les enfants ne sont pas des demeurés non plus !
Grâce à Odette la pigeonne, qui est la narratrice de l'histoire, tout nous apparaît plus simple, plus vrai, plus poétique et plus drôle, sans dénaturer l'importance de la maladie.

Alzheimer. On dirait le nom d'un général des armées ou un gros mot dans une langue étrangère mais en fait c'est comme un ver dans une pomme, qui grignote tout sur son passage, jusqu'au trognon !
Dans le cas de Mamie Pomme, le ver mange sa mémoire petit à petit et il n'y a rien qui puisse l'arrêter. A en croire papa, un jour elle ne se souviendra de rien, ni de lui, ni de moi... et un jour encore plus loin, elle oubliera même de respirer !
Il dit que c'est très triste de la voir quand elle a des crises d'oubli et que c'est pour cette raison qu'il n'a rien voulu me dire... pour m'éviter d'avoir de la peine.

(...) Je trouve ça plus que nul, parce que Mamie Pomme et moi, on s'aime tellement fort, que rien que de se voir, on a tous les souvenirs qui nous reviennent en tête ! Mais papa dit que c'est plus compliqué que cela. C'est marrant quand les adultes restent sur leurs positions, ils les légitiment toujours par : "c'est plus compliqué que ça !" comme si j'étais trop débile pour comprendre ! Moi ce que j'en dis, c'est qu'il se trompe et que Mamie Pomme aussi se trompe et que si papa ne veut pas m'emmener la voir, je continuerai à lui écrire parce que mes lettres l'obligent à se souvenir et que ça rend plus difficile le chemin de cette saleté de bestiole qui lui mâchouille le cerveau et que personne, pas même les médecins, ne peut se rendre compte de tout l'amour qu'il y a entre elle et moi ... Et qu'elle m'a toujours dit que c'était une force et qu'avec ce cadeau-là, on pouvait tout affronter...

Cet extrait n'est qu'un petit aperçu, assez vague, il ne rend même pas compte de l'humour qui est très présent dans le récit. Car Odette est une pigeonne qui vous réconcilie avec l'espèce volatile, vous ne regarderez plus les pigeons du même oeil, croyez-moi ... Et les lois de la physique vous apparaîtront également d'une autre extrême nécessité (dans un sens).

Le roman se conclut sur le manifeste des personnages imaginaires - une dernière petite lubie d'Odette qui règle ses comptes avec Mamz'elle Je-sais-tout (l'auteur).

Odette ou les tribulations d'une pigeonne ~ Lili Pissenlit
illustré par Marie-Claire Roux
éditions MiC_MaC (2009) - 138 pages -  7,50€

avait été conseillé par Gawou (merci !)

 

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Tall Jack, emmène-moi.

IMGP7348A lire comme ça, l'incantation semble sortir d'un film d'horreur ! Et c'est presque cela.
Tall Jack, emmène-moi. Ou Malice, la bd maudite. Ce sont des mythes, passés sous le manteau, qui évoquent un univers proche de la légende urbaine. Malice n'existerait que dans les rêves les plus fous, et Tall Jack ne serait qu'une farce pondue un matin par un petit plaisantin.
Oui, d'accord. Mais tout ceci excite l'imagination et fait naître une véritable légende.
Aussi, lorsque Luke met la main sur LA bd interdite - Malice - son sang ne fait qu'un tour. Il continue d'enfreindre les règles en la lisant - des planches où règne une atmosphère étrange et horrible - et il met en scène le rituel pour appeler Tall Jack. Ce soir-là, dans sa maison plongée dans l'obscurité, rien ne se passe. Néanmoins, Luke est rongé par la peur et les doutes. Ses amis, Seth et Kady, se font du souci et apprennent très vite pourquoi. Mais trop tard, car Luke disparaît sans laisser de traces.
L'enquête commence - Seth va retrouver la librairie où son ami Luke a plongé en enfer, puis va accomplir le cérémonial maudit tandis que Kady servira d'agent sur le terrain.

Tout paraît très confus à expliquer, mais l'univers de Malice est proprement sombre, mystérieux et envoûtant. Je comprends la fascination qu'elle exerce sur les adolescents, alors qu'elle est à double tranchant. Malice est un monde parallèle d'où on ne revient jamais complètement indemne. Si seulement on en revient... Car il faut survivre contre les abominations lancées par Tall Jack. Le pire, on le découvre grâce à un procédé ingénieux, c'est de lire en direct sur les planches de bande dessinée le funeste destin que vivent ceux qui ont franchi la limite. De découvrir donc ce qui est arrivé à Luke et ce que va connaître Seth à son tour.

Palpitations assurées !

Quand j'évoque un procédé ingénieux, c'est en rapport avec l'esthétisme de l'ouvrage. Un petit prodige à lui tout seul ! La couverture, d'un beau rouge sanglant, montre en relief le redoutable personnage de Tall Jack. A l'intérieur, le roman flirte avec des pages de bande dessinée. Au sens le plus strict, le lecteur est donc véritablement plongé dans l'histoire. Cette mise en scène participe activement à capturer l'intérêt et à nous condamner à lire jusqu'au bout cette histoire de fantasy sombre et terrifiante. A conseiller aux jeunes amateurs d'histoires à sensations.

le site : http://www.malice-lelivre.com/

Malice ~ Chris Wooding
illustration de Dan Chernett
traduit de l'anglais par Faustina Fiore
Casterman, 2009 - 410 pages - 14,95€

La suite RAVAGE devrait paraître au printemps 2010. La série est en deux tomes.

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07/04/10

Quoi ? Vous la verriez s'établir dans le métier ? Me faire concurrence ?

Sous l'irritation, l'humour pointe.
" Elle en serait  bien capable.
- Eh ! faites-lui donc fumer le cigare, tant que vous y êtes ! "
Sherlock rit de bon coeur à présent.
" Ma parole, vous oubliez que notre jeune soeur n'est qu'une enfant. Egarée, certes, mais une enfant. Croyez-moi, vous lui prêtez dix fois trop de suite dans les idées. Vous extravaguez, mon cher Mycroft, vous extravaguez. "

enola_holmes_4Dans ce quatrième volume de la série, Enola Holmes renoue avec une ancienne connaissance, croisée dans L'affaire Lady Alistair, à savoir la jeune Cécily qui avait été enlevée et droguée. Aujourd'hui la demoiselle n'apparaît pas dans de meilleures dispositions puisque, escortée par deux duègnes aux manières peu charitables, la jeune fille est engoncée dans une toilette qui entrave le moindre de ses mouvements. Elle croise, par la grâce du saint esprit, Enola dans les toilettes publiques et parvient à lui communiquer sa détresse. Du moins, faudra-t-il quelques heures de patience et de savante réflexion à notre apprentie détective avant de comprendre le message caché de sa jeune amie. Dans quel guépier Cécily Alistair s'est-elle donc encore fourrée, bien malgré elle ? Pourquoi sa mère, lady Theodora, ne répond à aucun message et ne reçoit aucune visite ? Que cache cette famille qui, pour mieux parader au devant de la bonne société, n'hésiterait pas à compromettre la naïveté d'une jeune fille moralement abîmée car sérieusement secouée par des troubles de la personnalité ?

Ce quatrième tome se lit d'une traite ! J'ai déjà fait l'éloge de ses nombreuses qualités, je le dis, je le répète, cette série de Nancy Springer est une lecture précieuse et quasi indispensable, pas seulement pour les fans de Sherlock Holmes, mais aussi pour les amateurs d'intrigues policières sur toile historique. L'ambiance est, contrairement aux histoires de Conan Doyle, beaucoup plus féminine. Portée par la narration de la petite soeur fictive du grand détective, la série décrit l'injuste condition du sexe dit faible. Depuis la disparition mystérieuse de sa mère, Enola a refusé le tutorat de son aîné, Mycroft, qui pensait l'enfermer dans une école pour jeunes filles de bonne famille où elle y apprendrait les arts domestiques dans l'attente de son prochain mariage. Las, Enola a hérité de sa suffragiste de mère un tempérament rebelle et affirmé. Elle vit de ses propres moyens, travaillant dans un cabinet spécialisé en recherches, se camoufle sous des déguisements et se joue même de ses propres frères en leur passant sous le nez sans qu'ils comprennent le subterfuge. Une nouvelle fois, dans Le secret de l'éventail, Enola se trouve face à Sherlock, avec lequel elle brûle d'envie de tisser un quelconque lien affectif mais la confiance n'est pas de mise chez les Holmes !

Les enquêtes d'Enola Holmes : Le Secret de l'éventail ~ Nancy Springer
Nathan, 2009 - 220 pages - 13,50€
traduit de l'anglais par Rose-Marie Vassallo
illustration couverture : Raphaël Gauthey

Si vous ne connaissiez pas encore, n'hésitez pas à découvrir le premier tome - disponible en format poche - La double disparition.

A paraître (dès le 15 avril) : Tome 5 - L'énigme du message perdu. enola_holmes5
Et aussi : Tome 2 : L'affaire Lady Alistair en format poche.

La série se termine sur un 6° tome - The Case of the Gypsy Goodbye -  qui sort en mai 2010 aux USA.

Pour se consoler de la fin prochaine de cette série, peut-être le lecteur trouvera-t-il un réconfort en apprenant la traduction française de The Agency (Le pendentif de Jade, tome 1) par Y.S. Lee.

The_Agency__A_Spy_in_the_HouseRescued from the gallows in 1850s London, young orphan (and thief) Mary Quinn is surprised to be offered a singular education, instruction in fine manners — and an unusual vocation. Miss Scrimshaw’s Academy for Girls is a cover for an all-female investigative unit called The Agency, and at seventeen, Mary is about to put her training to the test. Assuming the guise of a lady’s companion, she must infiltrate a rich merchant’s home in hopes of tracing his missing cargo ships. But the household is full of dangerous deceptions, and there is no one to trust — or is there? Packed with action and suspense, banter and romance, and evoking the gritty backstreets of Victorian London, this breezy mystery debuts a daring young detective who lives by her wits while uncovering secrets — including those of her own past. 

parution en France : le 12 mai 2010 chez Nathan.

 

ceux qui aiment l'étrange et l'extraordinaire doivent les chercher dans la vie

(elle est toujours plus surprenante que l'imagination la plus débridée)

les_aventures_de_sherlock_holmesParce que mes retrouvailles avec Singleton et Trelawnay m'ont quelque part redonné le goût de puiser à la source, et parce que j'aime tout simplement la couverture, la création graphique et la mise en page de cette édition, je me suis donc replongée dans 6 des aventures de Sherlock Holmes.

Un pur régal. Prenez par exemple la première histoire : La Ligue des rouquins. Un prêteur sur gages, Jabez Wilson, est récemment devenu membre d'un club privé pour personnes à la chevelure flamboyante. Contre une très bonne rémunération à la semaine, l'homme doit rester dans un bureau à recopier une encyclopédie. Brutalement, tout s'arrête avec la dissolution de la ligue, mais sans aucune explication. Notre homme se sent soudain le dindon d'une farce et désire connaître le fin mot de l'histoire.

Le ton est drôle, classique mais pas fâné. La traduction de Stéphanie Benson a su rester fidèle, tout en apportant un dynamisme appréciable et élégant. C'est bon de retrouver le flegme du détective, couplé à la contemplation naïve et admirative de son acolyte. Il y a de l'humour et un certain cynisme, une arrogance aussi - Sherlock est un homme torturé et perpétuellement insatisfait. Dans l'enquête de L'homme à la lèvre tordue, il avoue à mi-mots être la victime de ses propres faiblesses (la cocaïne et l'opium).

Ce sont les crimes banals et quotidiens qui sont les plus incompréhensibles. Tout comme un visage banal est plus difficile à identifier. Mais dans cette affaire je vais devoir me montrer rapide.
- Qu'allez-vous faire ? demandai-je.
- Fumer, répondit-il. C'est un problème à trois pipes, et je vous demande d'éviter de m'adresser la parole pendant cinquante minutes.
Il s'installa dans son fauteuil, les genoux ramenés sous son menton pointu. Il resta ainsi, les yeux fermés, sa pipe d'argile noire tendue comme le bec d'un oiseau étrange. Je commençais à me dire qu'il s'était endormi, et j'étais sur le point de m'assoupir moi aussi. Soudain, il bondit sur ses pieds avec l'air d'un homme qui vient de prendre une décision. Il posa sa pipe sur la cheminée.
- Sarasate joue au Saint James ' Hall cet après-midi, annonça-t-il. Qu'en dites-vous, Watson ? Vos patients pourront-ils se passer de vous quelques heures ?
- Je n'ai rien à faire aujourd'hui. Ma clientèle n'est jamais très exigeante.
- Alors prenez votre chapeau et suivez-moi.

Conan Doyle a privilégié la logique et la déduction, ce qui ne néglige en rien l'action et les rebondissements. La recette ne tient pas du miracle mais elle a fait ses preuves, pour avoir inspiré d'autres auteurs et fait naître des séries de cet acabit. Les aventures de Sherlock Holmes ne sont pas inédites mais elles sont l'assurance d'une lecture pleine de succès et de plaisir.  Au sommaire : La Ligue des rouquins - L'homme à la lèvre tordue - Le Bandeau moucheté - Le Pouce de l'ingénieur - La Couronne de béryls - L'Interprète grec.

Ma vie est un effort constant pour m'évader de la banalité de l'existence.

A signaler aussi la série tv de 2000 / 2001 : Murder rooms qui met en scène le jeune Conan Doyle (Robin Laing) et son guide, le Pr Bell (Ian Richardson), lequel deviendra son modèle pour écrire le personnage de Sherlock Holmes. Il existe 5 épisodes de 50 minutes .

Les Aventures de Sherlock Holmes ~ Arthur Conan Doyle
Milan, coll. vient (presque) de paraître, 2010 - 220 pages - 9,50€
traduit de l'anglais par Stéphanie Benson

Un dossier de 6 pages accompagne la lecture de cet ouvrage.


06/04/10

Cette nuit-là, nous écoutâmes jusqu'au petit matin le Pr Rufus Aloysius Winwood deviser des mystères sublimes et redoutables ...

... de la nature en sirotant des verres de brandy additionnés de quelques gouttes d'eau de Dantzig.

diable_du_crystal_palaceCette série de Fabrice Bourland s'inscrit sous le patronage de Conan Doyle, ou je ne m'y connais pas. On y retrouve notre duo d'enquêteurs curieux et insatiables - Andrew Singleton et James Trelawney - de retour d'une énième résolution d'affaire qui prend généralement une tournure extraordinaire et fantastique. Des vacances s'imposent mais une jeune femme à la beauté éthérée s'introduit dans leur salon, le regard éploré et la mine aux abois, c'en est trop pour le petit coeur de Singleton qui s'empare du dossier de la disparition de son fiancé avec un zèle étourdissant. Frederic Beckford, entomologiste au British Museum, n'a donc plus donné signe de vie depuis une semaine. Sa fiancée a remarqué quelques signes d'agitation après la lecture d'un entrefilet dans le journal : un fait divers relatant un accident peu banal d'un taxi avec un tigre. Le chauffeur assure avoir renversé l'animal mais ne peut en apporter la preuve puisque le corps a aussitôt disparu. L'anecdote est encore plus troublante lorsque les détectives rencontrent le témoin qui décrit une créature ressemblant à un énorme chat aux dents longues. Singleton et Trelawney vont alors s'appuyer sur l'assistance et la science du Pr Winwood, un zoologiste réputé, qui leur fait découvrir le monde merveilleux des dossiers secrets de la zoologie.

Fidèle à sa réputation galopante, cette série nous entraîne donc vers une nouvelle aventure pour les amoureux de l'étrange et du fantastique. J'ai cru me perdre et friser l'ennui car le sujet abordé est original mais pas forcément ma tasse de thé, mais je suis une férue de cette série à la touche si délicieusement british, même si elle est écrite par un auteur français, qui se revendique un admirateur d'Edgar Poe, Jean Ray, Stevenson et Hoffmann. L'aura de Sherlock Holmes est également très présente ; Conan Doyle est d'ailleurs repris et cité dans le livre, à travers son Monde perdu ("C'était le diable en personne, tel que nous nous le figurions dans notre enfance.").

Donc, je me suis passionnée pour cette enquête, contre toute attente. J'apprécie l'humour et la vivacité du récit, la nature des personnages (on peut savourer la description morphologique de l'un d'eux "tout en rotondité"), Singleton et Trelawnay sont, pour leur part, assez stéréotypés et calqués sur d'autres référents (Sherlock et Watson) bien que leur personnalité fait aussi montre d'une extravagance appréciable et détachée. La finesse et la richesse de l'intrigue rendent définitivement la lecture délectable. C'est bien documenté, raconté sur un ton rythmé et passionnant, l'enquête connaît certains rebondissements plutôt étonnants. J'apprécie infiniment l'ambiance et mes retrouvailles avec Singleton et Trelawnay ont toujours le goût de trop peu. Vivement le prochain ! L'époque historique (nous sommes en 1936) se prête à d'autres trouvailles enthousiasmantes.

Le diable du Crystal Palace ~ Fabrice Bourland
Grands détectives - 10/18  (2010) - 275 pages - 7,00€

dans la même série : Le fantôme de Baker Street & Les portes du sommeil

 

 

tRICOT d'AMouR

tricot_damourJ'étais impatiente de relire un roman de Karin Serres, et la collection zigZag m'est très, très chère pour y avoir souvent trouvé des pépites et passé de jolis moments de lecture. J'ai donc accueilli Tricot d'amour avec beaucoup d'attente et d'impatience, je n'ai pas été déçue, j'ai adoré ce petit roman, adoré l'histoire, adoré les personnages et adoré les illustrations. (Ouf, il était temps de reprendre ma respiration.)

L'histoire, en quelques phrases, raconte la rencontre providentielle entre deux enfants souvent montrés du doigt par leurs camarades d'école - Kévin, le petit nouveau, porte des pulls tricotés en laine d'un goût douteux et Mira, au fond de la classe, est surnommée la tête à poux, même la maîtresse ne cesse de la gronder en lui collant des lignes à copier en punition. Las, les deux enfants ont pas mal d'atomes crochus mais une réalité saisit notre héroïne : Kévin est fils de boucher et Mira déteste la viande. Elle ne montre pas son aversion, elle n'ose pas, aussi lorsqu'elle est invitée chez lui, la demoiselle a le coeur au bord des lèvres. Va-t-elle oser franchir le seuil de la boutique ? Les visions d'horreur des animaux morts affichés sur les murs ou derrière les vitrines ne vont-elles pas lui faire tourner de l'oeil ? ...

Vite, vite, Mira se réfugie à l'étage supérieur où elle croise la petite grand-mère de Kévin, recroquevillée sur les coussins en train de dormir. Oui, c'est très, très touchant. C'est elle la grande tricoteuse de la maison. Elle qui offre à son petit-fils des pulls bariolés, originaux et éclatants, souvent sujets à la moquerie, mais Kévin assume. Pas seulement par bravoure, mais par amour. Quand le garçon sera porté absent pendant une semaine à l'école, Mira va s'inquiéter et trembler en écoutant les potins qui courent sur le boucher et sa famille. Juger sur l'apparence, dire et médire, bonjour radio potins ! Nous avons tous connu ça - les messes basses, les on-dit-que et les spéculations toutes plus dingues les unes que les autres. Quand on ne sait pas, on se tait. Hélas, dans la vie, même si on ne sait pas, on raconte n'importe quoi !

Et c'est ce que ce petit roman nous montre en soulevant le coin du rideau. Jamais dévoiler, juste suggérer. J'ai trouvé l'histoire belle, touchante et attendrissante. J'ai aimé le petit Kévin, sa famille et sa grand-mère tricoteuse. J'ai ressenti un grand souffle de tendresse à travers les pages de ce livre. Texte et illustrations font forcément bon ménage. J'étais donc sous le charme... et j'aimerais, oui j'aimerais qu'un jour Karin Serres me propose aussi un roman plus long, un roman pour doAdo par exemple car son univers me plaît beaucoup.

Tricot d'amour ~ Karin Serres
illustrations de Mathieu Demore
zigZag du Rouergue, 2010 - 93 pages - 6€

J'aime aussi beaucoup les petites notes à la fin du livre, où l'auteur et l'illustrateur ajoutent leur grain de sel pour expliquer comment ils ont envisagé ce livre. Cette fois, Karin Serres explique ceci : 

Quel rapport entre l'amour du tricot et une boucherie ? Comment deux univers si différents peuvent-ils se croiser pour tricoter une histoire ensemble ? C'est le mystère de l'écriture, des histoires inventées. Quand j'écris, je suis comme une éponge, un insecte ou un extraterrestre plein d'antennes : tout ce qui me touche dans la vie, je le capte, je l'absorbe. Et ces milliers de détails se mélangent à l'intérieur de moi pour se recomposer à leur manière et faire naître des histoires qui sont à la fois totalement imaginaires ET reliées par eux à la vraie vie.

Ahlala... qu'est-ce que ça me parle !

 

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02/04/10

La formule magique, c'est pour cacher ma peur.

Ont été engloutis par la Miss, 9 ans 3/4 ...

la_soupe_aux_amandesLa maison de Ram est immense, plus grande que ça encore, c’est l’aéroport de Roissy. Depuis qu’il y vit avec sa maman, il en connaît tous les coins, beaucoup de ceux qui y travaillent aussi. Il faut chaque jour faire attention de ressembler aux voyageurs, à ceux qui sont en transit. Ram et sa mère sont des clandestins de l’aéroport, ils ne sont pas les seuls, et se retrouvent autour d’une soupe dans un hangar. La vie dans l’aéroport est aussi rythmée par les nombreux gestes de solidarité qui donnent de la couleur aux jours. (quatrième de couverture)

C'est un très joli texte de Sylvie Deshors, sur un sujet sensible et pas facile à décrire sans tomber dans les écueils. La réalité est pourtant là - la peur, les faux-semblants, les parties de cache-cache et les chiens des vigiles. Une maman et son petit garçon vivent dans un aéroport, ils n'ont pas de papiers. L'histoire ne dit pas pourquoi, comment et après. L'histoire montre surtout un enfant émerveillé par les couleurs, les odeurs, les rencontres, l'espérance et la beauté de la mère, qui retient un sourire crispé et serre souvent son poing à mener cette vie clandestine. Il ressort de cette lecture une bouffée d'espoir, un élan de solidarité ... et le goût d'une bonne soupe aux amandes, qui rend les gens heureux, le temps d'une parenthèse chaleureuse. Une lecture moelleuse, pas du tout mélancolique.

La soupe aux amandes ~ Sylvie Deshors

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ce_soir_laC'est un petit roman qui serre le coeur. Qui serre le coeur d'angoisse. C'est l'histoire d'un petit garçon qui accomplit tous les jours les gestes d'un grand. On devine la vie pas facile, les cordons de la bourse trop souvent sanglés, les courses au compte-goutte, les carrés de chocolat avalés entre deux tranches de pain pour le goûter, le ronronnement du ventre qui en voudrait plus, et puis le froid dans l'appartement, avec la serrure grippée à la porte d'entrée. Benjamin se débrouille comme un chef et ne se plaint pas. La mécanique est bien huilée. Après les devoirs, le garçon dresse la table et lit une bande-dessinée en attendant le retour de sa mère. Mais ce soir-là, sa maman Caroline est en retard. Les minutes défilent et tombent comme des pierres dans son estomac creux. C'est l'angoisse, la peur panique d'être abandonné. Et comme Benjamin, nous avons peur et nous attendons Caroline avec une impatience grandissante. Où es-tu, Caroline ? Le suspense s'intensifie. Au fil des pages, la lecture deviendrait presque insupportable car le lecteur a besoin de connaître la vérité. C'est ce qui rend la lecture saisissante, en nous faisant oublier le misérabilisme ambiant. Que d'émotions dans si peu de pages !

Ce soir-là ~ Agnès Lacor

Petite Poche / Thierry Magnier (2010) - 5 € chaque livre de cette collection qui porte bien son nom : pratique pour glisser dans la poche, le livre a la taille d'une paume de la main.

 

Moi, dans la vie, je crois qu'on peut être vieux dans ses habits et encore tout neuf dans sa tête.

mon_coeur_noublie_jamaisLa maman d'Angèle est hospitalisée en urgence car, enceinte de six mois, elle sent son bébé manifester quelques signes de mécontentement. Le papa doit partir au boulot et ne peut pas s'occuper de sa grande fille. Du coup, elle est envoyée en vacances chez Mamia à la campagne. Angèle est folle de joie ! Sa grand-mère a été une brillante comédienne pleine de gaieté et de fantaisie. Désormais, elle coule une retraite paisible dans sa maison entourée de fleurs et d'arbres fruitiers, près d'un lac. Un petit paradis terrestre. Le séjour se déroule à merveille et Angèle oublie d'être tristounette, même si elle pense très souvent à sa maman et à son futur petit frère. Malgré tout, au fil des jours, Mamia n'a pas l'air dans son assiette. Sont-ce les nouveaux cheveux blancs dans sa coiffure ? Ou son air rêveur et égaré ? Angèle se fait du souci. Sa grand-mère souffre d'une maladie des mots qui s'envolent. Une maladie qui lui fait perdre la tête. La petite fille se retient d'être trop inquiète, jusqu'à cette fameuse promenade dans la montagne, à bout de souffle et sans but précis, il est temps d'aider Mamia.

Pardon, Angèle. Mais parfois je m'absente, murmure-t-elle.
Puis elle m'explique que les mots qui s'envolent sont parfois une maladie. Que c'est cruel d'être malade des mots quand on a vécu grâce à eux toute sa vie. Elle me dit qu'elle est fière de m'avoir connue quand elle n'avait pas encore de trous dans la tête et que ce ne serait pas pareil pour mon petit frère. Alors je lui réponds doucement en caressant ses cheveux blancs. Je lui dis que moi, je lui raconterai, au petit frère, la Mamia d'avant. Celle du lac, des pièces de théâtre, des parties de crapette et même de la soupe aux cerises vertes. Je dis aussi que, pour les mots, on l'aidera à les retenir et à les garder longtemps longtemps. Et que pour moi, elle sera toujours Mamia. Qu'elle ressemblera pour toujours aux fleurs qui ne parlent pas mais qui savent tout.
Le câlin de paix a duré jusqu'au coucher du soleil. Je ne voulais plus qu'il s'arrête parce que je savais bien qu'après, plus rien ne serait pareil.
Avant de partir, Mamia m'a entraîné sous un gros noyer :
- Tu vois, ces petites pousses pas mûres, eh bien c'est du muguet. C'est ton grand-père qui l'a planté pour moi. Pour que l'odeur me fasse toujours penser à lui. Tu sais, mon petit chat, je n'ai pas besoin de l'odeur du muguet pour penser à lui.
Du bout des doigts, j'ai caressé les tiges vertes et j'ai compris que l'amour habitait ailleurs que dans la mémoire.

Agnès de Lestrade évoque en douceur la maladie d'Alzheimer avec un regard enfantin, qui respire la fraîcheur mais ne tombe jamais dans la niaiserie. En toute légèreté mais avec sérieux, donc. A aucun moment la maladie et ses conséquences ne sont sous-estimées. Comme Angèle, on s'interroge, on doute et on s'inquiète. En même temps, le bonheur des vacances fait résonner une mélodie rassurante, le confort de vie est éclatant, on se sent bien, on chasse les idées noires. C'est une juste balance entre la drôlerie et la franche inquiétude. Encore un joli roman zigZag.

Mon coeur n'oublie jamais ~ Agnès de Lestrade / illustrations de Violaine Marlange
Rouergue, coll. zigZag, 2010 - 112 pages - 6,50€

 

01/04/10

ce soir !

M_concert

Posté par clarabel76 à 17:30:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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