17/01/08

L'homme que l'on prenait pour un autre - Joël Egloff

joel_egloff_hommeLe narrateur a un gros inconvénient : son visage est commun et n'importe qui dans la rue est persuadé de le connaître ou de l'avoir déjà rencontré. Notre homme collectionne, bien malgré lui, les étiquettes et les identités, il n'y comprend rien, et en dépit de ses nombreux efforts, il s'enfonce  et endosse les parures.

Les altercations commencent très tôt, avec le facteur qui lui remet un courrier qui ne lui appartient pas, ensuite il découvre que ce sont des lettres d'amour, des déclarations belles à faire fantasmer et il se prête à rêver un instant à cette douce inconnue, qui pleure son amour perdu... Puis il se trompe d'étage et se trouve nez-à-nez avec une épouse et ses deux enfants ! Ou il est pris pour un ancien gangster, se fait passer à tabac en pleine rue et ne trouve plus l'adresse de son cordonnier. Un dimanche sur deux, notre homme se rend à Mourmelon visiter une vieille tante dans une pension pour personnes âgées. Elle pourrait le raccrocher à sa réalité, mais elle-même vit dans sa bulle, tout en sucrant ses fraises et en attendant l'arrivée des Américains. Un jour, elle aussi disparaît, ou alors c'est lui qui ne la retrouve plus ?

C'est ainsi que ça se passe, dans le roman de Joël Egloff les identités sont floues, les défenses passives et les repères égarés. A l'instar du personnage central, le lecteur s'y balade en étant incrédule et perplexe. L'aventure rocambolesque de cet homme peine à adhérer toute compréhension, le bizarre colle aux doigts et pourtant jamais l'envie d'abandonner le roman ne vient nous effleurer. Et pourquoi ? Tout simplement parce que c'est superbement écrit ! Joël Egloff a le don, le talent et le sens des mots au centimètre près. Il a recours à sa poésie particulière et à l'humour noir pour dresser le portrait de ce Monsieur Tout-le-Monde, un brin pathétique, mais touchant à ne rien pouvoir retenir entre ses filets. Alors tout coule, et 200 pages défilent...

Buchet Chastel - 202 pages.  17.90 €

Illustration de couverture : Anne Bénoliel-Defréville

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16/01/08

Manga-maniac !

Mea Culpa aux lecteurs du mercredi qui espéraient trouver les lectures du jour par Miss C. , mais je tenais absolument à ouvrir une digne et grande parenthèse pour mon récent hobby, celui trouvé dans la lecture dévorante de mangas !

Il faut vous en reparler, vous en louer le bien fou que ce genre apporte et vous faire mordre à ce truc bizarroïde. Ce sont des petits livres, de format poche, qui se lisent à l'envers (de droite et gauche). On dirait des BDs de poche, mais les illustrations sont en noir et blanc, et les couvertures décrochent très souvent la palme du kitsch, du mauvais goût et de la nunucherie annoncée !!! Ok pour tout ça, mais moi j'adore.

Aïe ! dans mon empressement, je risque de laisser entendre que le manga est un genre cruche et débile, une lecture pour midinette et qui ne casse pas trois pattes à un canard. Que nenni !!!! Parce que dans le manga (je laisse aux spécialistes l'honneur de décliner les x qualifications de cette classe...), il y a aussi du lourd, du suspense, en plus des trucs à la guimauve, il y a du léger et de quoi ouvrir grand les vannes pour pleurnicher, enfin bref c'est comme pour la littérature, y'en a pour tous les goûts ! 

Je vais vous parler d'entrée de jeu de mon préféré, de mon chouchou, une série découverte sur le net, servie par une couverture absolument superbe (pour une fois, tiens, ça change !) et par une histoire à faire tomber à la renverse. Je parle bien sûr d' Emma ! Pour une première mise en bouche, j'en parlais déjà là !

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Cette série possède plusieurs ingrédients pour séduire un public essentiellement féminin : cela parle d'une jeune soubrette, Emma, qui vit et travaille pour le compte d'une ancienne gouvernante dans cette Angleterre victorienne. Un jour, elle rencontre un jeune homme qui a été l'élève de cette Mrs Kelly Stowner et c'est le coup de foudre. Enfin, point trop d'emballement non plus ! Notre petit gars est pataud et réservé, assez gentleman et donc consciencieux qu'il est de condition supérieure, alors pas d'affolement. De même, Emma a aussi pris en compte qu'elle n'était qu'une domestique et qu'elle devait rester à sa place.

Ce serait bien gentiment romanesque, mais pas folichon si on en restait là. Alors, pour pimenter la bluette, il se passe une avalanche de coups de théâtre : Emma perd sa protectrice, elle doit quitter Londres mais cherche à avertir William. Nos deux chéris se loupent et vont tourner une nouvelle page à leur histoire. Emma va travailler chez une famille d'origine allemande qui vit dans le Yorkshire, à Haworth - hiiiii ! les Brontës, toujours dans mon coeur ... - et William va être de toutes les sorties mondaines et rencontre une jeune lady, Eleanor. Celle-ci est folle de lui et espère qu'une prochaine demande en mariage viendra l'effleurer...

Vous dire ce qu'il se passe ensuite serait impardonnable, alors je peux tout juste insinuer que c'est une torture honteuse de la part de l'auteur d'avoir osé ce qu'elle a osé ! ! ! ! (Lisez, vous comprendrez !) Cette série est en 7 tomes, tout n'est pas encore disponible en français, et donc il faut faire preuve d'une patience exemplaire (et incorrecte) pour connaître la suite ! Le summum du scénario tourne autour de l'histoire d'un amour impossible, une gentille bluette pour ravir les plus fleurs bleues d'entre nous, c'est terriblement romanesque, mais drôle aussi. Il y a une poignée de personnages secondaires qui sont tout aussi attachants et viennent se greffer à l'intrigue pour la relever (je pense à Eleanor, au meilleur ami de William venu tout droit des Indes, et aussi à Hank qui travaille avec Emma dans sa nouvelle famille ...). Cela ouvre une perspective de rebondissements et c'est tout bonnement excitant ! 

{ Vous hésitez toujours, alors faites-vous une autre idée en découvrant des extraits, directement sur le site de l'éditeur ICI ! }   

de Kaoru Mori, éditeur : Kurokawa.  6.90 € le volume. (Manga adolescente fille : Shojo / Sunjung manhwa) 

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La série suivante, en fait, me faisait de l'oeil depuis très longtemps car c'était suite à un billet paru sur les Roses de Décembre, par Miss Holly, que j'avais souhaité découvrir cette ténébreuse histoire. Encore une fois, cela se passe dans une Angleterre du 19ème siècle, le personnage central est un être désespéré et hanté par ses démons, il se nomme Comte Cain Hargreaves. Au fil des intrigues, on découvre qu'il possède un passé lourd et terrible, fruit d'un viol incestueux, enfant mal traité, il a assisté au suicide de sa véritable mère rendue folle et échappé à sa propre mort par empoisonnement. Pour se venger, Cain cherche à supprimer son père mais ce dernier le maudit et le condamne à vivre le restant de ses jours seul et sans amour.

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Petite éclaircie dans ce lourd chapitre avec les retrouvailles d'une petite demi-soeur, née des amours du père avec une servante... La jeune Maryweather n'a pas eu la vie rose non plus et a été poussée dans la prostitution pour subvenir à ses besoins ; le bonheur sera de courte durée car la mort est sans conteste la meilleure compagne du Comte Cain !  (Enfin je m'emballe, car ceci est un apéritif servi trop vite et il vaut mieux reprendre au début, doucement et scrupuleusement, pour bien comprendre et ne pas se laisser guider par quelques relents de suspicion ! rhaaa...)

Cain est également surnommé le Comte des Poisons, et le fait que ces substances mortelles soient très présentes dans les affaires criminelles et les histoires fumeuses de la famille Hargreaves compte beaucoup dans la trame. De plus, Cain découvre l'existence d'une organisation criminelle soi-disant scientifique, responsable d'expériences ignobles sur des cobayes humains : Delilah. Mais ce qu'il lui faut encore découvrir, c'est pourquoi certains de ses membres semblent lui en vouloir personnellement...

Brrr.... je vois d'ici les frissons rien qu'à vous savoir lire ces quelques lignes. Vous faites bien de trembler, car cette série de Kaori Yuki est un sommet d'ambiance gothique où jouent des personnages torturés, marqués par le sceau du Destin qui les chemine tout droit vers la Mort ! ... C'est totalement noir et pesant, à vous donner mal au crâne. (Chose personnellement vécue !) On s'échappe des bluettes sentimentales avec cette série incroyablement maîtrisée, mais servie par un vrai fouillis d'illustrations, c'est un point aussi sensible de ce shôjo. C'est sombre et romantique, enfiévré et oppressant. La lecture n'apporte pas d'échappatoire, elle vous comprime et vous étouffe. Cependant, cela reste superbement captivant !

A tester - pour ceux et celles allergiques aux histoires burlesques et nunuches !

La série est composée en 13 volumes divisés en 5 parties (La Juliette oubliée, L'éclosion, Kafka, La marque du bélier rouge (en deux tomes), puis God child créé six ans plus tard, décliné en 8 volumes.) )

En lire + : Le site Poison .  Editions Tonkam, 5.00 € le volume.

 

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Passons maintenant à une bonne tranche de rigolade avec Yotsuba & ...

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Cette étrange petite fille aux cheveux verts est un bonheur de naïveté et de dynamisme. Elle vient d'emménager avec son père dans une nouvelle ville qu'elle découvre avec étonnement, les yeux grand ouverts sur ce milieu tout neuf et stupéfiant, du genre à se demander à quoi sert une balançoire ou une climatisation (et se soucier du réchauffement de la planète) ! La maison voisine est celle de la famille Ayase où vivent trois soeurs, Asagi, Fuuka et Ena. Chacune d'elles va s'attacher à la petite Yotsuba, l'une par sa beauté, l'autre par son amitié et la troisième par sa passion du dessin. La première rencontre avec Fuuka, par exemple, est un moment très drôle car la jeune fille, qui cherche à rendre service, fait finalement la course après la fillette, laquelle s'est souvenue qu'il ne fallait surtout pas qu'elle parle ou suive un inconnu dans la rue !

Ces moments tendres et hilarants croquent Yotsuba dans son quotidien et nous la montrent comme étant une petite fille unique et époustouflante. Peu à peu, la vie se dessine, les personnages s'enrichissent de contours plus sûrs et affirmés. Les trois filles Ayase apportent un plus - côté charme et amitié. Et puis il y a aussi ce petit truc concernant Yotsuba, qui est-elle, d'où vient-elle, qui sont ses parents (on découvre rapidement qu'elle a été adoptée) et cela ne pourra que pimenter cette série pétillante et très rafraîchissante !

Pour rire de bon coeur ! ...

de Kiyohiko Azuma - édité chez Kurokawa.  7.50 € le volume.  (Série en cours au Japon, donc je ne sais pas le nombre de volumes ... )    

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J'en viens doucement à ce bonbon qui ne paie pas de mine au commencement, et puis qui finit par vous attraper dans ses filets en vous rendant complètement accro ! Honey & Clover est une série découverte dans les archives d'Au Pays d'Ori, je ne savais pas ce qui m'attendait, mais cela me tentait.

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Cette histoire concerne des étudiants en arts plastiques qui vont partager leurs coups de blues, leurs éclats de rire, leurs instants d'amitié dans une succession de chapitres où l'action ni l'intrigue n'occupent le haut du pavé. Ce sont des moments uniques, drôlissimes et émouvants, des éclats purs de grande tendresse ou de détresse. On y trouve essentiellement des triangles amoureux, le tout à la sauce sentiments - humour - quiproquos. Un régal !

La brochette de personnages s'entoure de caractères atypiques et attachants : il y a d'abord Takemoto, un jeune naïf qui regarde la vie et réfléchit beaucoup au lieu d'agir ; il partage un appartement avec Mayama, un étudiant de dernière année, celui-ci a fait la rencontre d'une jolie veuve dont il est tombé amoureux, mais sa dévotion pour la mémoire de l'être perdu paralyse quiconque à se lancer dans une déclaration enflammée ! ... Dans cette joyeuse bande, comptons aussi sur Morita, un huluberlu champion toutes catégories, talenteux mais explosif, il est capable du meilleur comme du pire. Seule la petite Hagumi, nièce du professeur Hanamoto, parvient à le toucher et lui faire perdre tous ses moyens. Cette dernière est une étudiante de 19 ans, qui n'en paraît pas 12, bourrée de talent et qui vit dans sa bulle. Autre touche féminine : Yamada, au coup de pied assassin. Elle est amoureuse de Mayama, qui l'ignore mais la respecte beaucoup. (sic)

Ces chassés-croisés amoureux vont donc alimenter notre série (qui comporte 10 volumes ! Actuellement six tomes sont disponibles en français.) et proposent une jolie alternance entre la sensibilité et l'humour à outrance. Dans ce manga, on retrouve le trait typique de la goutte d'exclamation, des yeux énormes, d'une bouche distendue qui sont la marque du burlesque ; mais cela apporte le peps revigorant pour savourer ce délice de miel sans les piqûres d'abeille. Je pensais au début que c'était sympa, c'est tout, mais de fil en aiguille j'étais pliée de rire et je découvrais la suite de leurs aventures sentimentales avec impatience ! ... En cette fin du tome 4, un personnage est parti et un nouveau prétendant vient mettre son grain de sel pour séduire une jolie demoiselle !

A suivre avec plaisir !   

de Umino Chica - Edité chez mangakana, coll. Kana. 6.25 € le volume. Série en 10 volumes / genre shôjo pour ados & adultes

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les_petites_fraises_1Héroïnes adorables et craquantes, les petites fraises sont quatre filles de 11 à 16 ans (deux soeurs, une amie d'enfance et une voisine) qui ne sont finalement pas des petits anges bien sages, bien loin de là ! Avec son emballage mignon, la série cache bien son jeu car les petites fraises démontrent qu'il faut se méfier des minois charmants !

A la tête du groupe, on trouve Nobué, lycéenne de 16 ans, qui a pour vilain défaut de fumer du matin au soir, malgré sa volonté d'arrêter. (Il semble que la suite des volumes expliquera le pourquoi de sa dépendance !) Nobué mène à la baguette sa petite soeur, Chika, qui a 12 ans, et son amie d'enfance, Miu, qui vit dans la maison d'à côté mais passe tout son temps chez la famille Itô (à noter, on ne voit jamais les parents !). Pas très loin, habite Matsuri qui n'a que 11 ans, les cheveux blancs à la racine, et une fâcheuse tendance à larmoyer facilement.

En fait, il ne se passe pas grand-chose dans les petites fraises. Aucun fil conducteur, aucune intrigue vibrante. C'est juste le quotidien raconté sans fioritures de quatre fillettes un peu pestes qui passent leur temps entre l'ennui, les devoirs et les défis à deux balles. Elles ont toutes les quatre leurs caractéristiques (l'une est la cheftaine autoritaire, l'autre la timorée, une autre plus timide et la dernière chahutée).  Petit bémol : au début ce n'est vraiment pas facile de s'y retrouver car elles se ressemblent quasiment toutes !

Ceci ne semblant guère engageant, ce serait pourtant une erreur de ne pas s'y plonger car, malgré tout, les petites fraises sont envoûtantes et assez attachantes (parce qu'elles sont tordues). Leurs histoires léthargiques ont un charme subtil, nimbé d'humour. Ce n'est pas un must, mais j'ai bien envie de lire les quatre tomes suivants !

Créé par Barasui - édité par Kurokawa -  6.90 € le volume (série en 5 tomes).

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Prochaines lectures : les tomes 5 & 6 de Honey and Clover ;  le premier volume de Monster pour ne pas mourir idiote ;  et d'autres pépites ! ...

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14/01/08

Les derniers Indiens - Marie Hélène Lafon

derniers_indiens« Les Santoire vivaient sur une île, ils étaient les derniers Indiens, la mère le disait chaque fois que l'on passait en voiture devant les panneaux d'information touristique du Parc régional des volcans d'Auvergne, on est les derniers Indiens. » Ils ne sont plus que deux, désormais, à vivre dans la maison familiale, Marie et son frère Jean. La mère est décédée, laissant un trou béant. Elle était tout, directive et intransigeante, menait le foyer à la baguette, et ne voyait que par Pierre, l'aîné. Ce dernier n'était pas du même moule, il aimait partir, vivre et menait une vie en dehors du cocon. Un jour, il est revenu et s'est éteint doucement, épuisé par la maladie.

La maison des Santoire est une demeure remplie de fantômes et de spectres, une maison de souvenirs qui écrasent et engloutissent les vivants. « Les morts étaient dans la maison, dans ses murs et dans son air, ils respiraient avec les vivants, à leur côté, ils avaient leurs aises, leurs usages, même les morts de peu de conséquence, comme le père. Tous habitaient, demeuraient, ceux que l'on avait connus et les autres, nombreux et patients, à leur place, sans acrimonie, et c'était simple de glisser avec eux d'une heure à l'autre chaque jour. On n'avait plus de tristesse comme on avait eu pour Pierre à en être déchirés de folie en attendant la suite, c'était derrière, la tristesse les larmes chaudes la peur. On restait, on, les deux, avec les choses formidables qui grouillaient silencieusement et proprement dans l'ombre des pièces fermées. »

Marie vit aujourd'hui dans l'attente de l'instant où les voisins d'en face, les Lavigne, viendront et prendront tout. C'étaient des incapables, selon la mère, des brutaux en agriculture, mais ils sont devenus « plus gros, plus visibles, plus enviables et plus enviés ». Toutefois, un malheur les a frappés avec le meurtre de l'Alice, la drôlette de la famille. Et ce crime est resté irrésolu.

Ce qui fascine le personnage de Marie intrigue le lecteur, bien forcé de suivre les pensées de cette femme, et de connaître son monde à travers son regard. Le milieu est reculé, agricole et rural. Le cadre familial est sec comme du bois ; la figure de la mère est omniprésente, omnisciente. Longtemps Marie s'est tue pour suivre les préceptes de celle-ci, maintenant elle se permet des entorses aux règles de la mère, elle agit à sa guise et commence même à nourrir quelques rancunes, en plus des regrets. « Marie comprenait que ses propres ruminations répondaient à celles de la mère, étaient du même sang, faisaient pendant, muettes, gratuites, incongrues. »

Marie-Hélène Lafon nous plonge une nouvelle fois dans une ambiance âpre, mais pas douloureuse, un peu inquiétante et sourde au progrès (et aux modes). Cette façon de raconter l'histoire est son empreinte, et cela ne cesse de me séduire à chaque fois !

Buchet Chastel - 208 pages.  13.90 €

Marie Hélène Lafon est également l'auteur de :  Le soir du chien (roman) ; Liturgie (nouvelles) ; Sur la photo (roman) ; Mo (roman) ; Organes (nouvelles).  Pour avoir tout lu et aimé, je vous la conseille vivement !   

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13/01/08

Les glorieuses résurrections - Alice Dekker

glorieuses_resurrectionsDans une clinique de Montana en Suisse, courant juin 1945, des femmes sont recueillies pour une longue convalescence, pénible et douloureuse, car ce sont toutes des rescapées des camps nazi. L'action est subventionnée par la Croix Rouge, encadrée par une équipe de médecins et d'infirmières dévoués à cette fonction pas facile.

Le roman se décompose comme un journal, écrit par l'un des médecins, narrateur consciencieux, investi d'une mission de grande écoute, et lui-même va vivre là une expérience unique, enrichissante mais aussi prête à l'ébranler, car plusieurs de ses certitudes vont être remises en cause, savamment, mais elles lui permettront de mieux mener à terme son travail. Et sur un plan personnel, cette étude lui ouvrira un plus large horizon et le conduira à entreprendre des choses nouvelles, oser franchir un autre cap et s'affranchir de son passé. Ce constat se vérifie au fil du temps, car il comprend que ses applications scientifiques sont parfois dépassées par la réalité, qu'il a face à lui des femmes dévastées et qui parfois ne trouvent qu'un peu de réconfort dans une séance de coiffure ! Toutefois, l'homme s'attache, malgré le protocole, et parmi toutes les patientes, il se rapproche d'Anne, une jeune fille de 24 ans, qui ne livre pas son histoire.

Dans cette clinique, on croise des réfugiées, des déportées, deux autrichiennes, une mère et sa fille, violemment prises à parti par le reste des femmes. On assiste à des départs, à des morts, dont une violente, et à des retrouvailles. On saisit quelques bribes sur les unes ou les autres, mais ce sont des morceaux volés au hasard, suite à des confessions arrachées sur le bout de la langue. L'émotion reste palpable !

Le livre se lit très vite, il n'est pas bien épais non plus, et il apporte un éclairage intelligent sur le traumatisme des déportées qui, en 1945, n'osaient pas livrer leurs témoignages mais portaient en elles des stigmates lourds et indélébiles. Les médecins de cette clinique pratiquent des placebos pour lutter contre les démons, et « ne pas laisser leurs souffrances les submerger ». Durant une année, le médecin nous raconte cette expérience admirable de glorieuses résurrections, à la manière d'un témoignage sobre et pudique, qui rend la lecture tout à fait intéressante !

Arléa, 130 pages.  15.00 €

Couverture : Albert Cos, A Zinal.

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12/01/08

Vous n'en aviez pas assez ? ...

Un nouveau point pour signaler d'autres sorties en poche !  (Pas besoin de dire merci ...)

vertes_lecturesMichel Tournier revisite les auteurs (et les classiques de la littérature jeunesse) qui ont enchanté son enfance : la comtesse de Ségur, Alphonse Daudet, Kipling, Jules Verne et Selma Lagerlöf. A ce sujet, voici un magnifique passage : « Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson de Selma Lagerlöf. Le livre est là sur mes genoux, splendide dans sa reliure de cuir. Je revois mon père me l'apportant, au retour de son travail, dans ma chambre, à Saint-Germain-en-Laye. C'était en 1932, j'avais donc neuf ans. (...) Ce livre fétiche ne m'a jamais quitté. Il a traversé déménagements, pillages et bombardements de la guerre, cambriolages et incendies de la paix. C'est le numéro 1 de ma bibliothèque. Par lui, en effet, je suis entré en littérature. J'ai pour la première fois découvert ce qu'était un grand texte et que si je faisais quelque chose de bien de ma vie, cela ressemblerait à ce livre. »
La lecture de ce petit livre s'accompagne aussi de références à des auteurs qui me sont totalement inconnus (Aldelbert von Chamisso, Henri Heine, Karl May, voleur et mythomane, autrement connu pour être celui qui lança le western choucroute !). Ce sont des moments saisis au vent, mais qui m'ont laissée assez insensible.
A vrai dire, Michel Tournier passe beaucoup de temps à discuter des auteurs en eux-mêmes au lieu de n'aborder que leur oeuvre et leur importance/influence dans sa vie de lecteur. Par plusieurs aspects, donc, j'ai été un peu déçue.

Cet essai demeure une érudition complète, qui s'ouvre sur la portée de la lecture orale, et va se conclure sur quelques robinsonnades et le pourquoi d'avoir réécrit une histoire déjà existante, inspirée par Defoe. « Mon idée de base était d'étudier en philosophe les effets de la solitude sur un homme. Après vingt années de vie sur une île déserte, que deviennent la mémoire, le langage, la vision du monde, la sexualité, etc., d'un homme ? Ensuite, je voulais réhabiliter Vendredi. Dans la plupart des robinsonnades, il est supprimé. Chez Defoe, c'est un sous-homme. Seul compte Robinson parce qu'il est blanc, chrétien et surtout anglais. Vendredi a tout à apprendre de lui. Dans mon roman, la supériorité de Robinson sur Vendredi ne cesse de s'effriter. Finalement c'est Vendredi qui mène le jeu et enseigne à Robinson comment on doit vivre sur une île déserte du Pacifique. » Une petite lecture précieuse, qu'on feuillette en prenant son temps.

Les vertes lectures - Michel Tournier. Folio, 5.10 €.  (lu en janvier 2008)

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gordonLondres, 1946 : Louisa, vingt-huit ans, rencontre dans un bar un homme aux yeux gris qu'elle va suivre chez lui, dans sa maison, où elle deviendra son amante brutalement sur le banc du jardin. Au cours des mois qui vont suivre, la liaison entre Louisa et "Gordon" va s'étirer sur le tempo sacré et incompréhensible du sexe, de la cruauté et la destruction. Ce que lui inflige cet homme est "insupportable", douloureux et en même temps il remplit la jeune femme de béatitude. Elle souffre, mais elle aime ça. Il la domine, mais elle semble se donner à plein corps, de son plein gré, "en esclavage".
Les scènes entre Louisa et Gordon ne manquent pas de perversion. C'est très choquant et révoltant. Impossible d'y comprendre goutte. Cet homme est plus âgé qu'elle, il est psychiatre et se régale à la questionner des heures sur sa chevelure (qu'elle porte longue), son passé amoureux (elle a été mariée), ou ses rêves. Louisa s'emporte, en vain car elle donne à chaque fois satisfaction. Elle plie, courbe l'échine. Il l'appelle "ma douce petite", même après l'avoir violé dans un quartier lugubre, comme si de rien n'était... Bref, c'est inqualifiable !

Ce roman d'Edith Templeton est autobiographique. Paru en 1966, il a longtemps été sous le couvert de la censure. Pas étonnant ! Il faut s'accrocher pour venir à bout de cette histoire. Elle est glauque, un tantinet grotesque mais fatalement fascinante : qu'est-ce qui pousse ces amants à se déchirer de la sorte ? Le rapport de sadisme est impressionnant, décrit avec minutie. Le livre apporte aussi un témoignage sur une amoureuse contentée par la violence combinée à l'acte sexuel. Toutefois, on devine qu'un tel rapport ne peut gratifier ses auteurs, lesquels sont condamnés. A quoi ? La torture, la destruction... la mort ? Voilà un roman bien sulfureux, nébuleux et forcément dérangeant.

Gordon, d'Edith Templeton. 10-18, 8.50 €  (lu en novembre 2005)

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Où l'on raconte la mésaventure d'un homme qui a cherché à conquérir l'Amérique. Jérémy Sandre, ou Jerry Sanders, quitte une brillante carrière d'humoriste en France pour tenter sa chance à New York. Or, il devient la victime d'un enjeu géopolitique affligeant - l'entrée en guerre en Irak par les Etats-Unis, contre l'assentiment de la France. Bref, Jérémy est aussi un homme balourd et pataud, qui commet des impairs dans ce climat francophobe. Résultat : il se retrouve presque à la rue, sans cachet, sans spectacle, sans un sou et avec une fiancée qui se fait la malle.

Il faut également ajouter à son actif que l'homme doit gérer des dettes de jeu, des mensonges à sa famille, des conflits avec son ex-femme et la crise d'adolescente de sa fille. Trop pour un seul homme ? Non, car ce n'est pas tout. L'histoire débute en découvrant que Jérémy est emprisonné, accusé d'avoir tué un homme, et l'histoire du roman, c'est en quelque sorte sa déposition auprès de son avocat.

Ce que je retiens de ce livre ? Passionnant ! Intéressant, pétri d'humour, très dynamique - ce qui contraste avec le caractère pitoyable du héros. L'écriture est enlevée, on ne s'ennuie pas et les péripéties du personnage central ne cessent d'être pathétiques, dérisoires, mais finalement réjouissantes. Hélas, on se rit des malheurs d'un homme, et pourtant celui-ci a bien couru après ses misères ! Toutefois, il parvient, à l'aide d'habiles pirouettes, à renverser la tendance et se rendre attachant, héros malgré lui et victime d'un concours de circonstances malchanceuses. "Quand j'étais drôle" devient l'un des meilleurs romans de sa jeune auteur, Karine Tuil. Du plaisir, rien que du plaisir !

Quand j'étais drôle, de Karine Tuil - Le livre de poche, 6.50 €  (lu en septembre 2005)

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mereSolange Fasquelle dresse le portrait de deux soeurs, élevées par leur mère abandonnée par son mari (parti en Amérique, avec une nouvelle femme et un bébé). Nous sommes en 1961, dans la région lyonnaise, dans un cadre bourgeois très à cheval sur les principes d'éducation et de valeurs familiales (et morales). Les jeunes filles doivent trouver un bon parti, faire un riche mariage et prospérer dans le même cercle. Cependant, les demoiselles se rebiffent : l'aînée, Mélanie, se sauve le soir de ses 21 ans pour gagner Paris, et la seconde, Gisèle, persuadée d'être une ravissante idiote, fréquente un garçon et tombe accidentellement enceinte. On retrouve ensuite ces jeunes filles en 1968, puis en 1972, confrontées à l'évolution de la société et des moeurs, les forçant donc à appliquer quelques modifications dans leur mode de vie. Toutes deux ont en commun de grandir sous le joug de la mère, même mentalement. Cette dernière est impitoyable, acariâtre et leur révélera un secret familial qui sera terrible à supporter. 
Plutôt intéressant à lire au début, le roman s'encroûte vite dans les longueurs qui rendent la lecture lassante et interminable. Le portrait de cette Folcoche reste cependant attrayant pour toute l'horreur déployée !

Mère, de Solange Fasquelle - Le livre de poche, 6.50 €  (lu en mars 2004)

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mesdames_souriezQuand Louisa-Marie, vingt ans à peine, emménage à Paris pour y faire ses études, elle se dit que 80 m2 sur la place des Vosges, ça doit pouvoir se partager, même avec une presque centenaire. Hélas, ça prend plus de place qu'elle l'imaginait, une vieille, surtout si elle s'accroche à la vie de toutes ses griffes. Une vieille avec ses manies, ses culottes des Trente Glorieuses, son immonde cabot, sa messe télévisée à plein volume le dimanche matin, son aide à domicile. Quant à la jeune, qui pourrait supporter, ses irruptions à l'aube, son flegme, son insolence ? Égoïstes, jalouses, terrifiées par la vieillesse, inquisitrices, solitaires et privées de tendresse, ces deux femmes, bouleversantes, se ressemblent plus qu'il n'y paraît. Par 35 °C à l'ombre, lors d'un mémorable été caniculaire, dans un huis clos irrespirable, les relations s'enveniment. Excédée, à bout de nerfs, la jeune fille commence à caresser des rêves meurtriers. Il faudra bien que l'une des deux disparaisse.

"Mesdames, souriez" est le premier roman d'une franco-américaine de vingt-cinq ans. D'emblée je lui pardonne ses quelques facilités à dessiner une héroïne frivole et obsédée par son apparence et la maigreur de son corps (= Louisa Marie), à dresser le catalogue d'une tribu aux moeurs faciles et folâtres. Pour le portrait de la mémé, dit la Vieille, l'Antique et j'en passe, l'auteur s'attarde encore à quelques clichés un peu faciles, genre Tatie Danielle par excellence. Toutefois, impossible d'être insensible à l'humour que provoque ce face-à-face de deux antagonismes. J'ai été conquise par le rapport haine-amour entre les deux femmes, les abus, la vie impossible, la guerre des nerfs. Par équité certifiée, l'auteur a été généreuse avec l'une et l'autre pour inspirer autant d'amour, de tendresse, de respect et d'agacement. (Du moins, moi je l'ai ressenti comme ça !) Et j'ai dévoré les 200 pages d'une traite. L'envie de meurtre, justifiée ou pas, va-t-elle voir jour autrement que dans l'imagination débridée de Louisa Marie ? Pour le savoir, lisez ce livre !

Mesdames, souriez - de Jessica Nelson. Le livre de poche, 5.00 €  (lu en septembre 2005)

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cet_effrayant_besoinOrphelins de naissance, les personnages de Stéphanie Janicot sont en quête désespérée de se trouver une famille ou de se la créer, même avec des brics et des brocs. (Un peu comme dans le roman d'Anna Gavalda !) Au coeur de cette histoire assez flamboyante, il y a Santa qui a quitté l'Espagne pour s'installer à Paris où elle réside toujours, à près de trente-cinq ans, en étant serveuse dans un bar des Halles. Elle vient de rompre avec son amant et de cette rupture semblent affluer les pires souvenirs venant de son enfance et des traumatismes soulevés par le décès de son père, la mort de son demi-frère, la succession familiale et la mort de son chat.

Dans ce roman, on y croise donc des moitiés de frère et soeur, des fils illégitimes, des enfants perdus - bref, une famille bancale et qui cultive les secrets et les non-dits. Sur plusieurs décennies, la famille Albaràn dessine sa généalogie en effectuant des voyages dans le passé avec retour sur le présent, de manière incessante. Déstablisant au début, l'arbre prend vite ses racines car la lecture nous rend avide, curieux, poussé par le désir de savoir et d'adopter définitivement Santa, Gianluca, Marcantonio et même Colette ! Cela se lit très vite, un peu trop d'ailleurs, avec ce sentiment d'avoir touché une toile émouvante sur les rapports entre hommes, femmes, parents et enfants. En chacun de nous, le besoin de famille est « effrayant » mais peut s'offrir de mille façons. Un vrai cadeau, ce livre !

Cet effrayant besoin de famille, Stéphanie Janicot - Le livre de poche, 5.50 € (lu en avril 2006)

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11/01/08

Et mon coeur transparent - Véronique Ovaldé

et_mon_coeur_transparentLancelot Rubinstein a une enclume dans le ventre depuis l'annonce du décès accidentel de son épouse Irina. Effondré, l'homme découvre dans son malheur que sa femme n'était pas ce qu'elle prétendait être, et sa mort brutale le met face à tous ses mystères. Pour un type jaloux, qui avait tout quitté, première femme comprise, pour vivre le grand amour avec son double, l'émotion s'emballe, devient vrillante. En toute logique, notre homme se pose la question : Sait-on jamais avec qui l'on vit ? Connaît-on tout de la personne avec laquelle on partage le quotidien ?
Au fil du temps, Lancelot découvre que Irina a fini ses jours dans une voiture qui n'était pas la sienne, qu'elle se trouvait à un endroit où elle n'était sensée être, que son coffre était rempli d'objets étranges et que son père, Paco, n'est pas mort.
La découverte du vrai et du faux s'amoncelle et plonge le personnage dans un trou sans fond, de même le lecteur l'accompagne dans sa chute ! Il n'est pas facile du tout de suivre l'histoire abracadabrante inventée par Véronique Ovaldé. Souvent l'auteur reprend son habitude des chapitres alambiqués, troubles et truffés de points fantaisistes et absurdes. Tout esprit cartésien est largué ! Mais le point fort du livre - oui, il existe bel et bien - est justement cette étonnante écriture, audacieuse et pleine, intelligente et ronde, délirante et coquine. Là où le lecteur s'attend à un minimum de jugeotte, l'auteur décide de ne pas en découdre et propose une virée extravagante, complètement grotesque, mais suffisament captivante pour subjuguer et susciter la curiosité.
Qui était Irina Rubinstein ? Le roman est un peu construit comme une enquête, le chef de file ( = Lancelot, son compagnon) est complètement paumé, mais il va de l'avant et se rappelle les souvenirs de son idylle. C'est tantôt superbe et remarquable, tantôt gonflant et incompréhensible. C'est très bizarre, mais ça vaut le coup de tenter et d'y jeter un oeil !

Editions de l'Olivier - 232 pages.  18.00 €

Photographie : Love is in the air, Helen Bendon & Jo Lansley

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10/01/08

Le strip-tease de la femme invisible - Murielle Renault

strip_tease_femme_invisiblePetite et ronde, Mélanie a quinze ans et rencontre au lycée Fanny, une brindille criblée de piercings, mauvaise élève, mais formidable locomotive pour embarquer les kilos en trop et l'esprit maussade de Mélanie ! Toutes deux deviennent inséparables, et Mélanie sent un brin de confiance enfin la gagner, grâce à un relooking express. Peine perdue ?

A vingt-cinq ans, comme à quinze, Mélanie est toujours trop grosse et n'a pas de petit ami sérieux. Fanny l'incite à fréquenter un site de rencontres pour les femmes rondes, et peut-être Mélanie trouvera là son âme soeur. Qui sait ?

Dix nouvelles années s'écoulent, et Mélanie va se lancer dans une grande aventure : un programme de télé-réalité pour l'aider à perdre du poids et subir une chirurgie plastique. A elle, la vie de sylphide, les régimes drastiques et les calories à compter scrupuleusement. Pour le lecteur, nul doute que ce petit jeu est malsain et fait tomber notre héroïne dans une spirale dangereuse. Ainsi soit-il ?

La quête du poids idéal, l'obsession de l'apparence sont les deux chevrons qui maintiennent la jeune femme dans la course du paraître à tout prix. Assoiffée de reconnaissance, Mélanie a tout tenté auprès de ses proches ou des hommes de sa vie pour y trouver une étincelle de bonheur. Sans cesse, la jeune femme revient à la case Départ, laissant le malaise la ronger.

Cette histoire est donc celle d'un sauve-qui-peut, d'une pauvre fille intelligente, mais qui ne s'accepte pas dans son corps, et c'est la tentative désespérée de décrocher une timbale inaccessible. Ce reflet d'un mal moderne donne un peu la chair de poule, le lecteur en sera quitte pour accompagner Mélanie dans l'escalade vers l'enfer (boulimie et anorexie). Mais au lieu d'être accusateur et moraliste, le livre demeure léger, dévoilant la bêtise humaine (nutritionnistes et psys font chorus pour blâmer sans cesse la jeune femme), l'ineptie d'un programme tv qui cherche à modeler votre image selon un faux-semblant, et la quête absolue et maladive de la minceur. Bien avant de sombrer dans l'amertume, l'histoire se veut enlevée, délicieuse et vous donne le goût d'une tartiflette à faire saliver les papilles !

Le dilettante - 222 pages.  17.00 €  - Couverture : Alice Charbin.

A été lu par Gawou aussi !

Du même auteur, j'ai lu : 

enfin_la_verite

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09/01/08

banniere_lectures_de_miss_C

Aujourd'hui nous parlons de lectures qui ont une valeur particulière car elles ont été offertes par des personnes tout à fait extraordinaires - et très chères dans notre coeur.

D'abord, une histoire en chantant, une ritournelle dépaysante et poétique, un conte venu d'ailleurs pour ouvrir les horizons, bref une musique russe pour vous donner des couleurs (des joues toutes roses !) et l'envie de tourbillonner dans la maison !

musique_russeLe fils de l’Ours se marie. La petite renarde, Lissa Ivanovna, est invitée au mariage. Mais, au lieu d’être contente, elle se lamente… Quel cadeau va-t-elle apporter au mariage du fils de l’Ours ?
Ses matriochkas ? Les chevaux de sa troïka ? Son samovar et ses fines tasses à thé ? Le grand vent de la taïga ?

Entendez-vous déjà la poésie des mots ? Très sensible au son, j'ai dégusté cette belle chanson (ou cette histoire en musique) et j'ai fredonné avec la Miss la rengaine ... Emporte-moi, Lissa Ivanovna ! Vasmi miénia.

Un peu de russe, des illustrations follement attachantes, des instruments de musique atypiques (la jaleïka, des gousli, de l’accordéon et de la guitare à sept cordes) et vous obtenez votre billet pour un voyage enchanteur !

Pas bête, ce livre est aussi une approche pour découvrir la culture russe, à travers sa musique. Pour entendre un extrait, cliquez ici .

Une histoire de Claude Helft, racontée par Nathalie Nerval, mise en musique par Bielka, chanteuse russe populaire, et illustrée par Aurélia Fronty.

Merci mille fois Gawou (pour avoir garni la hotte du père noël) !

Gallimard - Mes premières découvertes de la musique. Cd audio de 20 min. A partir de 3 ans (et loin, loin, loin après !!!)

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Découvrons maintenant l'exception qui brise la sacro sainte règle selon laquelle les chats et les chiens ne font pas bon ménage ! ...

flixFlix raconte l'histoire d'un bébé chien qui naît de parents ... chats ! Il va vivre et grandir dans une ville réservée aux chats, mais son oncle (un chien) va lui montrer l'autre côté de la barrière, à Clébardville, où l'enfant ira à l'école et connaîtra une brillante carrière ... même de futur politicien ! Cela permettra ainsi de changer la donne et de bouleverser la carte établie : pour vivre heureux, vivons ensemble.

Cette histoire cocasse, mais qui dénonce l'ineptie de l'étiquette et du catalogage, tout en vilipendant le racisme et la violence qui se manifestent pour se protéger de l'étranger, ou de l'autre qui est différent, est donc une leçon à décrypter dans ses moindres détails (il faut chercher dans les illustrations les points qui font mouche, comme une maman chien qui se promène avec une belle écharpe en peau de chat autour du cou, ou l'esprit délicieusement lubrique, mais caché, du tonton de Flix ! ...).

C'est drôle mais pertinent. Je ne connaissais pas franchement Tomi Ungerer, sauf de réputation, mais Alice a su tracer un portrait  qui donnait envie. C'est le genre d'album qui me fait doucement rire, parce que ses lectures sont multiples, et puis l'esprit n'est pas lisse et semble refuser de tomber dans la facilité. Ce n'est pas un conte moralisateur, c'est bien au contraire facétieux. Et moi, ce mélange des genres, j'adore !

Nous te remercions infiniment, dear Alice, pour ce geste d'une gentillesse colossale !

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Un dernier petit chouchou pour la journée ...

femme_du_bouc_emissaireMaître Shkaf, l'instituteur, n'en peut plus. C'est l'été, il fait trop beau, les enfants refusent de travailler, ils chahutent et ne l'entendent plus, même quand il crie. Et puis, un jour d'orage, Maître Shkaf se met réellement en colère, parce que la classe persécute Michaël. Le maître tonne et menace, mais il voit que les enfants ne comprennent pas pourquoi il est si fâché. Alors il leur dit de sa voix douce et timide habituelle : Je vais vous raconter une histoire de Bouc Emissaire. L'histoire de l'unique Bouc Emissaire du Monde Entier - et de sa femme. C'est quoi, un bouc et misère ? dit Denis. Une histoire pour tous les gens intelligents. Une histoire tellement belle et enthousiasmante que les enfants veulent créer un club de Boucs Emissaires.

(Je reprends là la présentation de l'éditeur, qui est très bonne !)

Depuis longtemps, j'ai lu et savouré les histoires écrites par Agnès Desarthe, dans le domaine adulte pour commencer, et pour la jeunesse ensuite. Pour moi, c'est un régal de drôlerie, de finesse et d'intelligence.

Son histoire du bouc émissaire prend son envol quand le maître d'école pique une colère et propose à ses élèves son anecdote ; plus un bruit dans la classe, à part une mouche qui vole. L'effet est immédiat chez le lecteur (et je conseille encore une fois une lecture orale, tant la collection Mouche est propice à cet exercice !). La présentation du bouc émissaire est poilante, ce monstre d'égoïsme et d'orgueil a tout pour déplaire - bien évidemment, on l'adore ! - et sa petite femme chérie, dévouée et ménagère consciencieuse, n'est pas une petite chose, pâle et insignifiante. Elle dévoilera aussi tout son caractère, son tempérament et son talent !

L'histoire démontre qu'il est préférable de donner du bonheur pour chasser les misères, au lieu de s'enfoncer dans la colère et le défoulement ; à force de rire en lisant cette histoire, on oublie vite de cerner ce qu'est un bouc émissaire pour l'expliquer à l'enfant. Et en fait, on s'en moque complètement !

Et toujours coupable de donner envie, Alice en avait parlé dans un billet global pour présenter l'auteur. Tout comme elle, j'ai eu un vrai coup de coeur !!!

(Pour dire merci, c'est bis repetita ! ... )

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08/01/08

Biographie d'un inconnu - Fabrice Humbert

biographie« S'il me fallait fixer un début à cette histoire, dont les raisons profondes remontent sans doute bien plus loin, j'évoquerais cette marche, à l'aube, un jour de décembre, où le ciel sembla s'écraser sur moi. » Et s'il fallait imprimer une marque à ce roman, c'est bel et bien dans l'esprit de cette première phrase, celle qui ouvre le récit et lui donne toute sa profondeur.

C'est l'histoire de Thomas d'Entragues, quarante-deux ans, écrivaillon pour le compte d'anciens sportifs ou de restaurateurs qui se lancent dans l'autobiographie. Depuis vingt ans, Thomas écrit dans l'ombre, il se glisse dans la peau d'autrui et n'en tire aucune gloire, ni aucun mérite. Il sait qu'il n'est bon qu'à copier la vie des autres, car dans ses tiroirs dort un premier roman fastidieux, qui n'a jamais connu le succès.

Un jour, son éditeur lui demande de rencontrer Victor Dantès, un homme d'affaires au parcours incroyable, qui lui confie aussitôt une mission nébuleuse : écrire sur son fils, Paul Moreira-Dantès. Ce dernier a disparu, il est parti aux Etats-Unis pour adapter au cinéma le roman de Céline, "Voyage au bout de la nuit", mais n'a pas semblé connaître le triomphe escompté. Thomas part sur ses traces, rencontre les hommes et les femmes qui ont croisé le jeune homme, trace un portrait délicat d'un héritier silencieux et indiscernable. Et bien vite, Thomas d'Entragues ressent de la sympathie et une sincère connivence pour ce Paul Dantès.

L'histoire est racontée à la façon d'une enquête littéraire, un suivi pas-à-pas vers une silhouette assez floue. Le portrait qui se dessine n'est pas foncièrement charismatique, car Paul cultive les zones d'ombre aussi précieusement que ses secrets. Mais en bon lecteur, on ne quitte pas le biographe d'Entragues et on va plutôt s'attacher à sa quête de l'impossible, être conquis par ses propres découvertes, laissant de côté l'ange déchu et sa caméra omniprésente.

Le style de Fabrice Humbert dégage un charme hypnotique, mais un peu empâté par moments, ce qui alourdit un tantinet certains passages. Cependant l'ensemble offre une agréable lecture, une méditation claire et concise sur le rôle donné à sa vie, l'importance de l'engagement et la fuite en avant.

Le Passage - 176 pages.  15.00 €

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07/01/08

La faute à Mick Jagger - Cyril Montana

la_faute_a_mick_jagger« Il y avait déjà facile trois mois que je me disais qu'il fallait que j'aille la voir, ma mère. Ça fait partie des devoirs d'un fils. Ça m'a retourné le bide quand elle a commencé à me balancer ses histoires de la tête de Mick Jagger qui était entrée dans la sienne et qu'elle souffrait parce qu'elle était plus grosse. Elle m'avait aussi demandé si j'étais bien sûr que c'était elle qui me parlait. Hein dis-moi, c'est moi qui te parle là ou c'est Mick. À moitié accroupi sur mon petit tabouret en plastique bleu, je lui ai répondu que, oui, oui, c'était bien elle. Ah bon d'accord alors. Elle m'avait aussi demandé si je continuais à manger du jambon et si ça ne me semblait pas bizarre de manger l'esprit du cochon. Puis, elle s'était mise à parler toute seule en riant nerveusement. »

Tableau dressé : Simon est un hypersensible de 30 ans, qui encadre de moins en moins la folie de sa mère. Il est seul à supporter ce fardeau, les médecins se déclarent impuissants à la soigner, les hôteliers sont las d'accueillir ses expéditions répétées durant lesquelles elle ruine les baignoires avec ses algues et la gendarmerie a fini de la suivre dans les rues de Niort qu'elle parcourt avec son caddy. La situation n'est pas grave, mais désespérante ! Simon n'en peut plus de faire des allers et retours entre Paris et la province pour récupérer une mère fugueuse et rattraper ses bêtises. Lui-même a déjà fort à faire avec sa propre existence, son histoire d'amour avec Angelica le rendant suffisamment chèvre !

Enfant, Simon a grandi auprès de sa grand-mère, puis de son père, dans des maisons à la campagne où pullulaient des communautés de babas cool qui lui offraient une perspective d'avenir assez flippante. Et puis, un jour, son père a été vaincu par la maladie et Simon s'est de nouveau senti abandonné. Comment grandir, et se construire, entre une mère folle et un père décédé ? Pas facile, aussi Simon tente de piocher des solutions auprès d'un public conquis et rafraîchissant d'espoir - il fait la rencontre de Lucile, spontanée et drôle. Mais à force de « fuir le malheur avant qu'il ne nous trouve », Simon finit par patauger en plein marasme !

L'histoire du bagage héréditaire comme un boulet qu'on traîne toute sa vie est en gros le leitmotiv du roman, Cyril Montana conserve sa verve à briser la stylistique littéraire et n'offre rien de pompeux. Impertinent et culotté, son livre est une leçon de vie, telle une onde amère, où Simon enfant et jeune adulte comprend combien grandir est difficile, en traînant ses chaînes, en cherchant même à les collectionner ! Le sujet est un peu difficile, moins guilleret que les titres précédents (dans Malabar trip, et Carla on my mind), mais le rock'n roll is not dead, comme le prouve Angie qui se gave de saladiers de frites contre un peu d'amour. La lecture est sympathique, attachante parce que Cyril Montana possède une signature reconnaissable entre mille, et pourtant ce p'tit dernier manque un chouia de peps et m'accroche moins que les précédents. Mais n'hésitez pas à découvrir la griffe de cet auteur !

Le dilettante - 222 pages.  17.00 €

J'ai lu et aimé :  (cliquez sur les images pour retrouver mes commentaires)

malabar_trip  carla_on_my_mind

... bah tiens, il est branché, voici son myspace ...

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