11/04/08

Spirit Lake - Sylvie Brien

spirit_lakeMai 1915. Un adolescent grelotte au fin fond d'une infirmerie, délirant entre la vie et la mort. Trois mois plus tôt, ce garçon, Peter, débarquait avec son frère Iwan et leur grand-mère sur le territoire canadien. Ce sont des réfugiés austro-hongrois, d'origine ukrainienne, qui ont choisi l'exil au Canada, mais seront dès leur arrivée arrêtés et emprisonnés dans des camps de détention, au large des plaines du nord, à Spirit Lake. C'est un no-man's land de glace, où cohabitent des baraques de bois et la vie à la dure dans un cadre désertique, cerclé de barbelés. Peter n'a que quatorze ans et va devoir subir la privation, le froid, la faim, l'humiliation et l'épuisement. Il est enrôlé pour devenir un interprète pour un militaire soupçonné de pratiquer du marché noir, cette mise en confidence mettra soudainement les jours de Peter en grave danger. Son frère Iwan est tombé amoureux d'une jolie pianiste, Tatjina. Il a décidé de se sauver mais devient à son tour le pion du jeu machiavélique du redoutable Wotton. Les conditions de vie à Spirit Lake n'avaient pas besoin de souffrir davantage de vicissitudes de la part d'êtres retors, Peter s'en rend compte. Le garçon va tomber malade, être envoyé à l'infirmerie où, dans sa somnolence, il voit le fantôme de sa grand-mère à son chevet, persuadé alors que ses propres jours sont comptés !

Spirit Lake ouvre un chapitre nébuleux de l'histoire canadienne sur les camps de détention des réfugiés de la Triple-Alliance, entrés clandestinement sur le territoire du Canada. Ces hommes, ces femmes et ces enfants, de simples civils, ont été considérés comme ennemis de l'Empire britannique et ont été emprisonnés dans des camps, dont Spirit Lake fut l'un des plus rudes (par sa situation géographique et par ses règles drastiques). Ce roman suit un jeune garçon de quatorze ans, qui s'attire les foudres d'un capitaine de l'armée canadienne, entêté et buté.  Car Peter n'a pas sa place à Spirit Lake, un site davantage destiné aux hommes les plus endurants, il faudra pourtant qu'il s'accroche. Heureusement, dans cette misère, l'adolescent va découvrir la force des liens affectifs sur lesquels il pourra s'appuyer pour se sortir des situations les plus difficiles.

C'est un roman singulièrement admirable, une superbe leçon de vie, qui donne matière à s'apitoyer, trembler et s'émouvoir. L'histoire est d'ailleurs construite de façon binaire, jonglant entre le présent et le passé pour ménager un suspense permanent. Aujourd'hui il ne reste rien de ces camps de détention, alors peut-être ce roman pourra cultiver la mémoire des disparus et des opprimés de cette époque compliquée. De plus, Spirit Lake fait appel au fantastique, l'endroit étant un lac sacré cher aux Amérindiens, et ce genre n'est pas usité ici à des fins inutiles !

Sylvie Brien est également l'auteur de la série des Enquêtes de Vipérine Maltais

Spirit Lake, de Sylvie Brien

Gallimard jeunesse, coll. Scripto, 2008 - 237 pages - 9.50 €

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10/04/08

Comment j'ai marié ma mère - Coleen Murtagh Paratore

comment_j_ai_marie_ma_mereWilla Havisham dévore les classiques littéraires et les chocolats à la cerise ! À chaque anniversaire, elle formule le voeu que sa mère, Stella, organisatrice de mariages, trouve elle-même un mari. Mais, jusqu'à présent, ce souhait ne s'est pas réalisé. Dès que Stella a une aventure un peu sérieuse, elle déménage... En douze ans, elles ont habité dans différentes villes de la côte Est. Aujourd'hui, elles vivent à Cape Cod, et Willa s'y sent vraiment bien : elle voudrait y rester éternellement. Surtout que, ô miracle, sa mère apprécie particulièrement Sam, leur voisin, poète à ses heures, et accessoirement craquant... Cette fois-ci, Willa parviendra-t-elle à convaincre sa mère de se marier ? Auront-elles enfin une vie un peu calme et rangée ?

Voilà un livre à recommander pour les pré-ados, et les lecteurs dès 9-10 ans ! C'est trèèès léger, assez drôle, délicieusement saupoudré de références à la littérature, à la poésie (cf. le tiercé gagnant de Willa, en dernière page). Le scénario est cousu de fil blanc, et ça raconte le défi que se lance une gamine de 13 ans qui n'a jamais connu son père (mort le lendemain de ses noces) et qui fait le voeu, à chaque anniversaire, de trouver chaussure au pied de sa mère. En fait, l'histoire va davantage s'intéresser à la relation particulière et tendue qui existe entre Willa et Stella, pourquoi cette dernière se transforme en statut de pierre dès que les choses prennent un tour sérieux et pourquoi Willa se lève par nuit (et en cachette) pour ajouter le treizième ingrédient, si nécessaire à la bonne tenue des mariages organisés par sa mère. Confiez ce livre à vos filles, elles en seront ravies !

Comment j'ai marié ma mère, par Coleen Murtagh Paratore

Bayard jeunesse, coll. Millezime, 2008 - 216 pages - 10,90 €

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Joëlle Touati.

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09/04/08

(sueurs froides et boules de coton)

Tu es un grand lecteur, essentiellement un amateur de livres qui procurent des sensations fortes, des histoires qui font peur, celles qui nouent l'estomac et donnent des sueurs froides ? Mais tu commences à être blasé, lassé de toutes ces histoires que tu ingurgites et qui te t'arrachent plus le moindre haussement de sourcils ? Je te conseille donc de suivre l'histoire de Monstro, un garçon qui est dans le même cas que toi. Mais en réalité, Monstro se prénomme Julien.

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Tous les mercredis, Julien se rend à la bibliothèque municipale où il confie son désarroi à madame Pages. Elle choisit alors de lui parler d'un livre interdit, jugé un peu spécial, mais on dit que... et il paraît que... Impossible d'en savoir plus, la bibliothécaire est toute pâle. Elle l'invite dans les coulisses de l'immense bibliothèque auprès du spécialiste des livres rares, monsieur Codex, puis auprès de l'archiviste, monsieur Crypto. Pour mettre la main sur le fameux livre d'en bas, il faut traverser un lac et rencontrer le gardien Monstro (lui aussi !) qui a une drôle de tête... Finalement toutes ces curieuses péripéties ont éreinté l'excitation de notre jeune lecteur, Julien n'a plus trop envie d'en savoir plus. Et quand il se trouve devant LE livre d'En Bas, il ne sait plus ce qu'il veut, sauf que les lecteurs sont libres de leur choix !

Le Livre d'En Bas est un livre qui raconte une vraie histoire, captivante et assez frissonnante, du genre à bien titiller la curiosité du lecteur. C'est un livre qui permet aussi d'enfoncer les portes souvent closes des bibliothèques et de percer l'envers du décor ! L'histoire en elle-même ne fait pas la morale, surtout sur le choix du jeune lecteur qui ne lit que des histoires à faire peur (chacun ses goûts, je pense ?) car elle se termine sur une note positive : la lecture est un bienfait, nécessaire. Petit bémol dans ce livre : les illustrations ne me transportent pas, mais elles n'en sont pas moins fournies en détails qui font des clins d'oeil ! (Tintin et le chien Milou, par exemple)

Le Livre d'En Bas - Pierre Touron

Balivernes Editions, 2008. 13 €

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Dans une banlieue toute grise, le narrateur se morfond dans son appartement, car tout est triste dehors, pas un éclair de couleur, pas âme qui vive. Tout change avec l'arrivée dans sa vie d'une tourterelle... L'oiseau vient chaque jour toquer à sa fenêtre, se nourrit des mets préparés par le garçon puis vient pondre ses oeufs, dans la jardinière, d'où vont éclore deux petits duvets gris et blancs. Au début, ses copains se moquent de lui, puis la classe est épatée. La tourterelle et ses petits vont finir par s'envoler et ne plus revenir, mais ils laissent place à une envie contagieuse de remplir les jardinières des balcons. Les murs gris de la cité vont se colorer et le bitume va laisser place à un square avec des arbres, des fleurs, de la pelouse.

Cette histoire est vraie ! Sandrine Lhomme raconte la genèse avec quelques clichés suivis de légendes, la rapportera à Lenia Major qui s'en inspirera pour écrire Devant chez moi. C'est un album qui respire le printemps, le renouveau, l'envie d'air frais, les couleurs. Les illustrations de Sandrine Lhomme savent très bien apporter cette touche lumineuse.

Devant chez moi, Lenia Major (à la plume) & Sandrine Lhomme (peintre en ciel bleu)

Balivernes éditions, 2008. 13€

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08/04/08

Rita et Machin, nos amis pour la vie !

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Ce sont deux nouvelles histoires qui arrivent pour ce printemps 2008 où l'on retrouve avec un grand bonheur le couple impossible de la petite Rita, cheftaine dans l'âme, et son chien inséparable, Machin, paresseux et effronté.

A la piscine, Machin a choisi de se glisser incognito pour barboter dans le grand bassin, sous l'oeil bigleux de la maîtresse d'école. On recroise notre très cher Bob-Edouard (rencontré dans L'invité) qui lance un défi à Machin : faire la course. Et pour impressionner davantage la foule en liesse, notre ami à quatre pattes choisit de sauter du plongeoir olympique (mais attention au slip !).

Dans la cachette de Rita et Machin, l'album nous met dans la confidence de ce Haut Lieu tenu secret : une cabane à outils vermoulue tout au fond du jardin. C'est l'espace de jeu idéal pour s'adonner à "On dit que"... on serait dans un igloo, perdus sur la banquise, ou on serait à bord d'une écuelle volante, combattant un bombardement de météorites, perdus dans l'espace, ou bien aussi on serait plongés dans notre sous-marin de poche, se défendant d'une attaque de puces géantes, perdus sous la mer ! Bref, autant de jeux captivants qui vous font oublier l'heure du repas !

Quelques points à savoir et/ou rappeller sur Rita & Machin :

  • C'est LA petite série qui monte !

  • Les histoires se suivent, ne se ressemblent pas et mettent toujours en scène un duo insolent et désopilant, créé par un duo de talent (Jean-Philippe Arrou-Vignod & Olivier Tallec)

  • Rita et Machin sont deux personnages irrésistibles, proches des enfants par leurs attitudes et leurs aventures, dans une série malicieuse qui séduit les petits comme les grands !

  • Et pour les yeux, l'identité graphique est forte, aidée d'un style épuré et minimaliste...

  • Ce sont les 9ème et 10ème titres de la série.

En conclusion, adoptez-les de toute urgence !!!

Rita & Machin - à la piscine - La cachette

Jean-Philippe Arrou-Vignod (texte) & Olivier Tallec (illustrations)

Gallimard jeunesse, Avril 2008. 5,90 €

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Mes Premières Fois - Claire Loup

mes_premieres_foisJulie vient de décrocher le bac et s'apprête à passer un été rempli d'insouciance avec sa meilleure amie Lola, et du petit ami de celle-ci. Au gré des grands et petits événements estivaux, Julie fait aussi le point et se remémore ses premières fois marquantes, en tant que jeune adolescente. Cela passe par le premier examen scolaire (le Brevet), le premier petit ami et le premier baiser échangé, à la première visite chez les gynéco, les premières vacances sans les parents, la première cuite ou le premier chagrin d'amour. Joies et déboires d'une jeunesse dorée, actuelle et désinvolte.

J'ai été séduite par cette jolie couverture d'Audrey Charissoux et j'ai plongé les deux mains devant dans ce roman pour la jeunesse qui me promettait plusieurs heures de détente. J'avoue, les premières pages me faisaient doucement rigoler, je me revoyais souvent ci ou là, peut-être parce que nous avons toutes eu le même souffle de pensée devant les 27 premières fois présentées dans ce livre par Claire Loup (jeune auteur, qui signe là son premier roman), et ce malgré les écarts de génération. (Je n'ai plus quatorze, quinze ans !!! Mais ça n'empêche pas !) Donc, j'ai pris grand plaisir à parcourir ce roman, tout en lui reconnaissant des défauts mineurs (il est futile, léger, assez mièvre et puéril) ; néanmoins cela ne m'a jamais rebuté ni donné envie de jeter mon livre par la fenêtre. Loin de là. Avec cette lecture, j'ai pu constater que l'âge est plus qu'un chiffre, c'est un état d'esprit !

Bref, c'est mon constat à 30 ans passés, aucune sévérité et point de cynisme de ma part, j'ai lu ce livre d'une traite et je l'ai apprécié purement et simplement ! C'est frais, très drôle, c'est aussi un éclairage intéressant pour les petites jeunes d'aujourd'hui qui vont l'ouvrir et pourront s'en servir comme un guide (là j'extrapole) pour déculpabiliser, décomplexer et/ou déstresser. Et puis l'histoire de Julie est fichtrement bien ancrée dans son époque, avec une aisance remarquable. La demoiselle nous livre plusieurs chapitres de son expérience d'ado, dans un cadre propret et idyllique (citadine, à Paris, famille relativement aisée et hyper cool) et cela pourra accentuer la part romanesque de cet ouvrage rose ! Bon pour se relaxer et rigoler. Claire Loup se révèle un auteur plein de promesses.

Mes Premières Fois, par Claire Loup

Plon jeunesse, 2008 - 248 pages - 13€

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07/04/08

Le coeur à la renverse - Robert Bigot

coeur_a_la_renverseDans le petit bourg de Taverny, au nord-ouest de Paris, Colin Clarisse, seize ans, grandit dans le milieu paysan, au coeur des vignes, dans la pure tradition familiale. Le garçon a le béguin pour sa jeune voisine, son amie d'enfance Toinette. Il espère en faire sa mie un jour, quand sans comprendre il est tourneboulé par l'arrivée de la demoiselle Delbos, Fleur de son prénom, jolie comme un coeur, et appartenant au milieu  bourgeois. C'est-y pas possible qu'une fille comme elle lui fasse les yeux doux, pense-t-il. Et pourtant, Fleur est hardie et entreprenante, au grand dam de Toinette qui souffre de jalousie, au point de commettre un acte désespéré, le soir du bal de la Saint-Jean.

Les choses vont changer entre nos amis, Colin a le coeur à la renverse, écrit-il. Il aime d'amour profond sa Toinette, bouleversé par le drame qui la frappe, mais il est attiré par Fleur, si différente de son milieu. Dans le même temps, nous sommes en 1787 et le milieu paysan crève de plus en plus de faim, étranglé par les taxes et la somme de privilèges que s'octroie le Prince de Conti, et d'autres notables. L'heure des doléances va sonner, les assemblées brouillonnes se réunissent pour clamer leur colère, mais la honte aussi les frappe (à cause de l'illettrisme, par exemple).

Ainsi, sur fond de premiers troubles révolutionnaires, l'histoire d'amour tendre et tragique se dessine, contée en grande partie par Colin lui-même, avec ses manières de langague, précise-t-il. C'est un roman sensible, tantôt émouvant, aussi drôle, mais bouleversant dans son ensemble, avec le contexte historique en filigrane. Il est planté dans le milieu paysan, qui tire la langue car les temps sont durs, la rogne est de plus en plus puissante. Nous ne sommes pas loin de Paris non plus, on y aperçoit même le long panache d'une fumée grise en fin de roman. Et la relation noueuse et conflictuelle entre Colin, Toinette et Fleur apporte sa touche émotionnelle, avec son soupçon d'intrigues, de roublardise et de trahison. Cela se lit très vite, et qu'on ne me dise plus littérature jeunesse, littérature mineure ou mais pourquoi tu lis de la littérature POUR la jeunesse, parce que ce roman-là n'est pas QUE pour la jeunesse ! C'est fort, captivant, avec quelques rebondissements, bref on se passionne pour cette communauté de Taverny, pour Colin et ses élans du coeur. Vraiment très, très bien !

Le coeur à la renverse, Robert Bigot

Seuil Jeunesse, coll. Karactère(s). 198 pages, 9€

Editions du Seuil, 2008

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05/04/08

(L'un sans l'autre, c'est un incendie)

... Vous avez saisi, c'est fusionnel
L'un a ses idées, et l'autre ses ailes ...

Je vous abandonne, à bientôt les lecteurs !

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04/04/08

Incantation - Alice Hoffman

incantationNous sommes dans un petit village d'Espagne, au XVIème siècle. L'histoire commence par un bûcher élevé sur la Plaza où sont lâchées des tonnes de livres appartenant à des Juifs. Un vieil homme portant un manteau avec un cercle rouge assiste à la scène, impuissant. Deux autres jeunes filles sont également spectatrices de ce sacrilège, deux meilleures amies, Estrella et Catalina. Unies depuis toujours, presque semblables avec leurs longs cheveux noirs, elles se donnent du Corbeau et Corneille pour souder leur amitié. Mais les temps changent, un vent mauvais souffle et les demoiselles, qui ont seize ans, commencent à ressentir leurs premiers émois amoureux.

Et c'est ce détail qui aura son importance, car la jalousie va ronger le coeur de Catalina qui, pour se venger de l'inclination d'Estrella pour son cousin, va la dénoncer aux grands prêtres, sur crédit d'un lourd secret que semble cacher sa famille. L'heure du déchirement, de la trahison et de l'effondrement va sonner. 

Si nos vies sont des rivières, pourquoi s'étonner que les changements qui les affectent ne nous soient perceptibles qu'une fois rendus en pleine mer ? Il arrive un jour où, balayant du regard ce qui nous entoure, nous constatons que plus rien n'est pareil, pas même notre visage. (...) J'ai traversé les mers pour me rendre dans une contrée où je n'aurais jamais imaginé me rendre un jour. Je suis devenue quelqu'un dont je n'avais pas idée. Un secret. Un rêve. C'est ce que je suis, corps et âme. Brûlez-moi. Noyez-moi. Mentez-moi. Je demeurerai celle que je suis.

Ce court roman pour la jeunesse est un exemple remarquable de la persécution contre un peuple. L'histoire traite ici de l'Inquisition qui sévit dans l'Espagne du XVIème siècle. Le propos est rapporté par Estrella de Madrigal, une adolescente qui avait grandi sans se poser de questions, subissant l'indifférence de son grand-père et le silence méprisant de sa grand-mère, adorant sa mère qui possède une grande beauté et le don de guérir par les plantes. Les récents événements qui frappent leur petit contrée d'Encaleflora vont lui ouvrir les portails de son rêve. Estrella va apprendre qu'elle est une marrane, une juive convertie au christianisme, ce qui est bien pire que le simple fait d'être de la juderia. Le roman est pudique, sobre, assez poignant face à l'escalade de violence et d'injustice, mais il est aussi le portrait admirable d'une jeune fille courageuse, qui choisira de témoigner pour protéger la Vie. Sois toi-même et ton âme sera sauvée. Un devoir de mémoire, à découvrir.

Incantation, d'Alice Hoffman. Traduit de l'anglais par Catherine Gibert.

Gallimard jeunesse, Coll. Scripto. 160 pages. 8€

2006 pour le texte, 2008 pour la traduction.

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03/04/08

Nord et Sud - Elizabeth Gaskell

Après la série de la BBC, le livre...

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Bien que j'avais déjà vu la série, très bien adaptée de la BBC, j'ai plongé de tout coeur dans le roman d'Elizabeth Gaskell, reprenant plaisir à découvrir les scènes cruciales, y relevant les nuances, les charmes et savourant les détails qui approfondissent les images. De plus, jamais je n'ai pu me décoller de l'esprit la figure de Richard Armitage, l'interprète de John Thornton. C'est l'acteur idéal pour incarner cet être intransigeant, redoutable en affaires, et qui pourtant devient le héros romantique par excellence depuis sa rencontre avec la jeune Margaret Hale.

Dans le livre, la demoiselle a vécu neuf années à Londres auprès de sa tante et de sa cousine Edith, qui vient de se marier au Capitaine Lennox. Margaret a repoussé les avances du beau-frère, Henry, malgré l'entente cordiale qui les unissait. La jeune fille est rentrée à Helstone, chez ses parents, où elle n'y passera que quelques mois lorsque son père fait l'annonce mortifiante de tout abandonner pour débuter une nouvelle vie dans le nord de l'Angleterre, à Milton, une cité industrielle. La famille subit un revers pénible, les contraignant à revoir leur train de vie, emménageant dans un quartier reculé et dans une maison humble. Et pourtant, Margaret affiche une superbe hautaine et dédaigneuse, un port de reine qui laisse supposer d'elle un dégoût profond pour la localité où elle réside désormais. De même, ses discours sur le commerce, les manufacturiers et l'économie font désordre et piquent John Thornton, lui-même parvenu à son niveau par la sueur de son front. L'homme est partagé entre son agacement et son attirance pour la jeune femme. Il est persuadé de ne pas être à sa hauteur, et Margaret semble disposée à lui faire ressentir son infériorité.

C'est de la pure inconscience, parce qu'il ne faudrait pas méjuger miss Hale en la traitant de bêcheuse. Certes, les premiers chapitres du roman ne lui donnent pas le beau rôle. Son maintien altier s'associe à une maladresse et une naïveté consternantes. Cela s'explique tout bonnement car elle est fille de pasteur, originaire d'une région totalement ancrée sur le savoir-vivre et l'éducation, et elle découvre à Milton des ambitions différentes. Elle est choquée, assez nigaude dans ses rapports avec la famille Higgins, ou se lance au cou de Thornton quand éclate l'émeute des grévistes, bref c'est une oie blanche qui a pour excuse d'agir selon une certaine dignité, assumant trop brutalement une charge héritée par l'inertie de ses deux parents. Depuis leur arrivée dans le Darkshire, Mrs Hale se plaint, elle est souffreteuse. Mr Hale a vite abdiqué devant l'amoncellement des tâches ordinaires, et se réfugie dans l'étude, les livres et ses leçons privées. A ceci, vient s'ajouter leur secret de famille, bien tu, bien protégé : Frederick, fils aîné et chéri, est en exil forcé en Espagne, menacé de Cour Martiale pour une sombre affaire de mutinerie, à laquelle la jeune Margaret n'a jamais eu voix au chapitre.

La trame se tisse par monts et par vaux, car Mrs Gaskell a résolu de moudre le romanesque à la conscience sociale. J'ai déjà répèté combien ce roman était l'histoire d'une confrontation entre le Sud, paisible, rural et conservateur, et le Nord, industriel, énergique et âpre, en plus d'être cette histoire sentimentale entre Margaret Hale et John Thornton, tout deux engoncés dans leurs préjugés et leur orgueil, représentant implicitant les deux partis. Ce grand Classique de la littérature anglaise, qui redonne toutes ses lettres de noblesse à l'injustement oubliée Mrs Gaskell, est un chef d'oeuvre de maîtrise et de perception. On y trouve, aussi, une analyse psychologique subtile et beaucoup d'humour (notamment dans la scène finale). La description de la condition ouvrière, avec ses misères et ses passions, est aussi compatissante que bien documentée. L'auteur évoque notamment le rôle que les syndicats commencent à jouer et surprend par l'acuité avec laquelle sont perçus les rapports de pouvoir (ce qui stupéfie encore le lecteur moderne, tant la critique semble toujours d'actualité !).

Bien entendu, la relation orageuse entre les deux protagonistes rappelle merveilleusement le roman de Jane Austen, Pride & Prejudice, allant jusqu'à retrouver la même scène où Thornton se déclare tandis que Margaret l'éconduit ! Mais les deux écrivains ont résolument un ton et une touche à part, des objectifs propres - Jane Austen cultivait l'esprit, essentiel chez ses personnages qui évoluaient dans des sociétés qui paraissaient protégées, ou très éloignées de la misère alors que Mrs Gaskell la décryptait et l'introduisait dans ses trames romanesques. En bref, ce sont bien là deux auteurs incontournables, qui caractérisent à leur façon la puissance et la richesse de la littérature du 18ème anglais !

traduit de l'anglais, préfacé et annoté par Françoise du Sorbier.

500 pages. Fayard, 2005 pour la traduction française / 25€

A été également lu par Lilly , Emjy

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02/04/08

Réflexions sur la littérature jeunesse

les_seriesSelon Anne-Marie Pol, l'auteur de l'illustre série des Danse ! avec quarante titres au compteur, la série est un genre littéraire fort peu apprécié dans l'Hexagone, totalement méprisé par le milieu intellectuel, pédagogique, souvent décrié comme un sous-produit. Parce que quantité rime avec basse qualité, appel du gain, produit mercantile, et j'en passe, l'auteur a accepté de devenir une Miss Marple pour enquêter sur le phénomène, expliquer sa mauvaise presse et mieux comprendre la nécessité d'une série.

Car bien évidemment, la série est indispensable dans une vie de lecteur, pour ce dernier qui lit très peu et qui soudain s'accroche à une histoire et ses personnages récurrents. La série est un marche-pied pour l'appréciation d'une littérature au sens plus large, pour partir à la découverte d'autres livres, d'autres auteurs. Il y a un âge pour tout, écrit-elle au sujet de sa série qu'elle considère comme une lecture plaisir plutôt qu'un pensum culturel. J'hésite à faire ce raccourci terrible, mais il me semble qu'on touche là au sempiternel débat sur la littérature destinée à la jeunesse, déjà considérée comme un sous-genre, pauvre en qualité et indigne de réel intérêt. Alors pensez donc, une série ! Soit, un abattage d'ouvrages à la demande de l'éditeur, un contenu formaté selon des applications pour séduire un public visé, un simili travail à la chaîne pour gaver des lecteurs peu exigeants ! Oui je résume grossièrement, mais hélas la réalité n'est jamais bien loin.

Mais, n'est-ce pas là, finalement, un faux débat ? Après tout, pourquoi les séries ne seraient-elles pas, tout bêtement, constituées d'abord et avant tout de livres ? Livres, qui, comme toute littérature, pourraient s'avérer bons ou mauvais ?

En cinq chapitres fort bien documentés, Anne-Marie Pol va donc passer à la loupe ce qu'est une série, revenir aux sources du phénomène (et les références ne manquent pas ! Nous avons tous été nourris à la Bibliothèque Rose !), expliquer le potentiel caché d'une série, cerner la mesquinerie qui consiste à distinger le cycle, la trilogie (etc.) à une simple série ! Il semblerait que certains éditeurs soient un peu trop pointilleux sur ce point... Elle nous propose également une multitude d'exemples et de références, de quoi régaler nos chères têtes blondes. En gros, Anne-Marie Pol met le doigt sur un phénomène bien français, qui consisterait à pincer du nez face au populaire. La littérature (la bonne, la vraie) est sérieuse ou elle n'est pas. Elle ennuie parfois un peu ? Très bon signe ! La vie n'est pas drôle, mes chers enfants, la littérature non plus. Et, non contente d'être sérieuse, elle se prend au sérieux. (Hélas.) Ce n'est pas fini ! Le "plaire et toucher" de Boileau aurait-il été mis au rencart ? Ces deux verbes, en tout cas, le feraient taxer actuellement de "commercial" ou de "démago" (des adjectifs souvent attribués aux auteurs de séries), car les tenants de la littérature oublient qu'elle a mille visages.

Sans prétention, j'ai mauvaise réputation... (d'après Brassens) La mauvaise réputation de la série = ignorance + préjugés. Qu'importe ! Anne-Marie Pol les débusque, les expose et les étudie pour mieux les démonter. Elle n'hésite pas non plus à épingler l'élitisme contre le grand public, soulève les anomalies contastées dans certaines classes. Quel dommage de complexer des lecteurs de bonne volonté en méprisant leurs lectures préférées ! Autant leur signaler qu'ils lisent du sous-produit bon pour des sous-lecteurs. (...) Les livres étudiés en classe, même s'ils sont magnifiques, sont abordés sous un angle qui n'amuse pas nécessairement le petit lecteur.

Bref, chacun cherche, confusément ou de façon délibérée, les livres qui peuvent lui faire du bien, à un moment ou à un autre de sa vie. Les livres jeunesse aident à grandir et donnent envie de vivre : respectons-les, ces passeurs, dans leur diversité. Série, collection, roman unique, trilogie ou recueil... quelle importance, au fond ? La culture n'est pas monolithique. Comme un arbre (ou un livre), elle est pleine de milliers de feuilles diverses. Laissons aux lecteurs le privilège de cueillir (ou d'ouvrir) les feuilles qui leur plaisent...

Les séries - Chronique d'un malentendu littéraire. Par Anne-Marie Pol

Editions du Sorbier, 140 pages. 2004.

** Livre-voyageur à l'initiative d'Emmyne. **

Son avis sur cet ouvrage !

J'en profite malicieusement pour glisser cette autre référence, en relation avec notre sujet sur les séries :

armelle_leroyL'histoire illustrée des livres qui ont bercé notre enfance, en complément à la Saga de la Bibliothèque Rose par la même Armelle Leroy (ouvrage évoqué ici !)

Propos : Qui se cachent derrière les pseudonymes de Caroline Quine ou du Lieutenant X, les auteurs d'« Alice » et de « Langelot » ? Pourquoi la comtesse de Ségur a-t-elle décidé de mettre par écrit les histoires qu'elle racontait à ses petits-enfants ? Qui était l'illustrateur de « Oui-Oui » ? Comment Alfred Hichcock est-il devenu un auteur de la Bibliothèque Verte ?

Armelle Leroy et Laurent Chollet retracent la passionnante histoire des Bibliothèque Rose et Verte. Ils reviennent en détail sur la création des deux collections, l'élaboration des scénarios, le choix des illustrateurs, l'évolution des séries ou encore sur la vie, la plupart du temps méconnue, des auteurs.

On y retrouvera les grands classiques : la comtesse de Ségur, Jules Verne, Charles Dickens, Jack London, Alexandre Dumas..., ainsi que les grandes séries, « Alice » de Caroline Quine, « Oui-Oui », « Le Club des Cinq », « Le Clan des Sept » d'Enid Blyton, « Fantômette » de Georges Chaulet, « Langelot » du Lieutenant X, « Les Six Compagnons » de Paul-Jacques Bonzon... Riche d'illustrations, d'archives inédites et d'anecdotes insolites, ce livre nous replonge dans l'univers aventureux, magique et merveilleux des premières lectures de notre jeunesse.

A posséder !!!

Editions Hors Collection, 2005. 19,90 €

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