24/09/12

Fin d'un champion

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J'avais lu et bien aimé le premier tome de la série avec Lily Bard, sans toutefois sauter au plafond, parce qu'il faut bien admettre que l'héroïne aux idées noires plombe un peu l'ambiance générale. Heureusement ce deuxième rendez-vous révèle un potentiel nouveau et non dénué de charme, même si les évènements à Shakespeare ne sont toujours pas sujets à la plaisanterie.

Tout commence par la mort inexpliquée d'un champion de body-building, Del Packard, dans la salle de sports de son ami, et ancien amant, Marshall Sedaka. Lily, accessoirement femme de ménage et premier témoin sur les lieux du crime, pressent que de vieilles histoires vont remonter à la surface, en particulier l'affaire d'une agression contre un Noir, Darnell Glass. Un climat de suspicion et de haine raciale commence alors à s'immiscer dans les rues de la petite ville, ça en devient vite dérangeant et perturbant, surtout lorsqu'on réalise que telle ou telle personne serait impliquée dans une milice secrète aux activités extrémistes plus que douteuses. Et c'est tout le paradoxe de l'existence de Lily : elle ne rêve que de tranquillité, fait ses ménages en toute discrétion, et elle est toujours là au mauvais endroit, au mauvais moment, à fréquenter les mauvaises personnes.

Un nouvel arrivant, Jack Leeds, sème aussi la confusion dans ses pensées. Le personnage est encore trouble, mais... il y a matière à creuser ! Dans l'ensemble, la sensation d'une lecture sombre et pesante est toujours d'actualité (le sujet sur le racisme est lourd, mais traité avec un aplomb certain qui fait honneur à Charlaine Harris). On ne doit pas taire les drames intimes et mesquins des petites villes américaines, l'auteur met les pieds dans le plat et entraîne ses personnages sans tergiverser. Elle les malmène, mais elle les fait avancer, elle ne perd pas de temps avec la tendresse, le romantisme, ici les gestes sont brusques et maladroits, du coup les personnages ont tellement d'états d'âme qu'on en oublierait presque qu'un type est mort à la page 10. Enfin bref, j'ai été davantage séduite par cette nouvelle approche et compte bien m'installer plus longtemps à Shakespeare, Arkansas.

Fin d'un Champion (Lily Bard #2) - Charlaine Harris
J'ai Lu, 2012 - traduit par Tiphaine  Scheuer

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21/09/12

"J'ai aimé si fort toute ma vie que j'ai sans doute vécu au-dessus de mes moyens."

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C'est la beauté du titre qui m'a donné envie de découvrir ce roman, et dès le départ j'ai été séduite parce qu'il s'agissait d'un roman épistolaire, tout en élégance et tendresse. Zika et Joseph sont mariés depuis cinquante-six ans mais ont été séparés par la force des choses : devant suivre un traitement pour son coeur à Paris, Zika est hébergée chez leur fille Isabelle, sauf que son appartement trop petit ne pouvait accueillir le couple. Joseph a dû se résoudre à partir chez leur fils Gauthier.

L'un comme l'autre vivent très douloureusement la séparation, et ce sont de longues lettres empreintes d'affection et de déclarations enflammées qu'ils s'envoient. C'est beau, à plus de soixante-dix ans, d'être aussi éloquent, démonstratif, voire jaloux et boudeur, concernant leur relation. Bon, tout ne se passe pas très bien à distance : la cohabitation entre Zika et Isabelle est pénible, elle connaît des heures difficiles, la fille ne cesse d'abreuver sa mère de reproches, jusqu'au clash de trop. De son côté, Joseph est le témoin impassible du naufrage du couple de son fils. Là aussi, les soucis des autres vont submerger notre couple d'amoureux.

A force, Zika s'interroge sur l'inconséquence de ses enfants, lesquels accaparent toujours leur attention, au lieu de se préoccuper des problèmes de leurs parents. Car Zika persiste à songer que c'est à leur tour de veiller sur eux, Joseph et elle ont fait leur temps, rempli leur rôle, ce serait un juste retour des choses. Au fur et à mesure qu'on avance dans cette correspondance, on réalise le malaise, on le ressent pleinement, toute la poésie du début a cessé de paraître et il m'a semblé que d'autres sentiments prenaient place. Je n'étais plus sûre de m'en satisfaire, soudainement cela me dérangeait. La faute à un amour trop exclusif, à l'égoïsme du couple, à cette bulle qui a fini d'étouffer au lieu de protéger ? Ce roman trop délicat aura eu raison de mes émotions, mais il incite à réfléchir.

Le vase où meurt cette verveine, par Frédérique Martin
Belfond, 2012

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20/09/12

★☆ Le Calme de la Nuit ★☆

Une petite histoire avant de se glisser sous la couette et d'éteindre la lumière ?

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Je vous recommande la lecture de cet album, aux couleurs magnifiques et au texte si doux et poétique comme une berceuse. La nuit tombe sur un paysage de campagne. Les animaux s'en vont couvrir leurs petits. La chouette, sur sa branche, contemple ce petit monde. La lune brille, scintillante dans ce ciel couleur d'encre. Et le vent souffle dans les feuilles, murmurant un ffff... en guise de bonne nuit. Fermez les paupières, les mauvais esprits ont été chassés, vous pouvez dormir en toute tranquillité. Belle nuit à tous ! 

La nuit se remplit de rêves.

Le Calme de la nuit, par Virginie Aladjidi, Caroline Pellissier & Emmanuelle Tchoukriel
éd. Thierry Magnier, 2012

"Once you read something, you can't erase it from your brain."

Quand les autres s'endorment et plongent dans leurs rêves, le cauchemar de Janie commence.
 
WAKE 

De quoi sont faits nos rêves ? Que se passerait-il si quelqu’un pouvait entrer dans ces histoires folles qui agitent nos nuits ?
Depuis qu’elle a cinq ans, Janie Hannagan porte un lourd secret : quand les autres s’endorment près d’elle, elle perd connaissance pour être entraînée dans leurs songes. Témoin de leurs terreurs nocturnes, elle voudrait les aider mais comment faire ? Elle est là, au coeur de leur intimité la plus profonde, mais ils ne semblent pas la voir… Et quand elle se réveille, il ne lui reste qu’une sensation de gêne coupable qu’elle ne peut partager avec personne.
En se confiant à Cabel, Janie croit trouver l’âme soeur et espère sortir de sa solitude. Mais ses rêves, à lui, se révèlent si troubles et inquiétants… A-t-elle fait le bon choix en choisissant ce garçon-là ?

Je vais vite oublier ce rendez-vous loupé et abandonner Janie à ses rêves, parce que je n'ai vraiment pas accroché à son histoire. Problème d'écriture, un texte au présent, impression d'être prise pour une simplette, une histoire qui ne casse pas trois pattes à un canard, des personnages sans éclat, sans charisme, et soudain l'envie de ne pas perdre son temps, de penser à tous ces autres livres qui attendent... Là je dis STOP ! Impression désagréable d'une lecture médiocre.

Wake, par Lisa McMann
La Martinière J. (2012) - traduit par Raphaële Eschenbrenner

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Et, comme le soleil dans son enfer polaire, Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

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Dans une vallée encaissée des Pyrénées, au petit matin d'une journée glaciale de décembre, les ouvriers d'une centrale hydroélectrique découvrent le corps sans tête d'un cheval, accroché à la falaise. 
Ce même jour une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée. 
Le commandant Servaz, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier l'enquête la plus étrange de toute sa carrière.
Prix du meilleur roman francophone au Festival polar de Cognac

« Cette vallée était d'une beauté terrassante, qui transit Servaz.
Une atmosphère de conte de fées.
C'était bien ça : une version moderne et adulte des sinistres contes de fées de son enfance. Car, au fond de cette vallée et de cette forêt blanche, songea-t-il en frissonnant, c'étaient bien des ogres qui les attendaient. »

L'intrigue est habile et perverse, mais redoutablement longue. Comptez pour l'édition poche 730 pages ! C'est beaucoup trop. Je ne pense pas qu'il en fallait autant pour planter le décor, s'insinuer dans la vie des personnages, suivre des pistes, se perdre, avoir des soupçons, éparpiller des petits cailloux, en avoir les poches lourdes, se dire que l'ambiance est austère, fascinante, glaçante... C'est tout le mérite de cette plongée en enfer, une sensation étourdissante, un vrai coup de bluff. Il faut néanmoins avaler un récit consistant et beaucoup trop copieux pour atteindre le nirvana. Du coup, je sors de cette lecture, dont j'avais trop espéré, un peu déconfite.

Glacé, par Bernard Minier  (Pocket, 2012 )

 

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19/09/12

Toc-toc, le revoilà !

Appel à une danse de la joie pour tous les fans de l'inspecteur Lapou ! Voici sa nouvelle enquête : la ciboulette hachée menue. 

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Je ne me lasse pas de l'humour de cette série et je suis totalement admirative du flegme de notre grand détective. Au programme : un massacre dans le potager, des légumes sous le choc, une invitation privée à une salade-party, un docteur gonflé du genou, une ciboulette revêche et rebelle, un peu tête de linotte aussi, une coccinelle très coquette, un ver tout raplapla et une madame Lapou ultra amoureuse... Miam, miam ! Bénédicte Guettier sait nous régaler. 

La ciboulette hachée menue (une enquête de l'inspecteur Lapou) par Bénédicte Guettier (Gallimard jeunesse, coll. Giboulées, 2012) 

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18/09/12

Tico et les ailes d'or

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Être différent, c’est parfois une souffrance. Tico le petit oiseau était né sans ailes. Il pouvait sautiller et chanter, mais pas voler comme ses amis. Il rêvait d’avoir une paire d’ailes dorées… Et voilà qu’un beau jour, l’oiseau génie exauce son voeu ! Mais être différent peut s’avérer une chance, à condition d’être généreux. Dans un premier temps, tous les anciens amis de Tico l’ont fui car ils le prenaient pour un crâneur. C’était mal le connaître : avec chacune de ses plumes, il va faire des heureux !

UN CONTE TRES CLASSIQUE, MAIS MERVEILLEUSEMENT ILLUSTRé.  

Tico et les ailes d'or, par Leo Lionni (Ecole des Loisirs, 2012)

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Une maison n'est jamais tranquille dans l'obscurité pour ceux qui écoutent intensément.

Jonna vit dans un orphelinat et n'a qu'un rêve : être adoptée par une jolie maman coiffée en chignon et un gentil papa aux souliers vernis. Or, un jour, déboule une vieille voiture déglinguée, d'où surgissent deux jambes poilues à moitié couvertes par un jean miteux, puis un torse velu, et enfin une grosse tête noire en forme de poire avec un sourire idiot. C'est un gorille ! La directrice ne laissera jamais cette espèce de guenon crasseuse adopter un enfant, Jonna en est sûre. Et pourtant, horreur ! C'est elle que la gorille choisit...

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C'est une histoire totalement hallucinante, révélée par ce roman à la jolie couverture illustrée par Arnaud Boutin, et dont le titre aux accents excentriques ne fait pas de doute sur la question. Mais il faut dépasser les premières impressions et en apprendre plus sur Jonna et sa maman gorille, qui vivent sur un terrain convoité par la mairie, et qui sont confrontées aux bêtises et aux jugements des autres. 

La fillette aussi va changer d'état d'esprit, car au départ elle n'était pas fière d'avoir été choisie par cette maman hors du commun, elle avait peur et honte de se promener en sa compagnie. Finalement une tendre complicité va naître entre elles. Elles vont apprendre à mieux se connaître, à discuter, partager leurs désirs, leurs rêves et leurs peines. 

"Les choses ne sont pas toujours ce qu'elles semblent être." écrit Jonna, à la fin.
En effet, son histoire se pose comme un rappel à l'ordre : il faut combattre les préjugés, avoir droit à la différence, s'accepter, se tolérer, ne pas juger. Il faut dénoncer la méchanceté et l'ignorance, afficher sa fantaisie, revendiquer sa part du bonheur. Cette lecture en apparence futile et légère se révèle donc beaucoup plus profonde et pertinente dans sa réflexion.
Une découverte attendrissante et faussement cocasse
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Ma mère est un gorille (et alors ?), par Frida Nilsson 
Bayard jeunesse, 2011 - traduit du suédois par Ludivine Verbeke

Voilà une nouvelle série pour les juniors : Esprit, es-tu là ? Ce premier tome est une lecture bien gentille, autour d'une héroïne, Kate, qui se découvre médium, comme sa mère, le jour de ses 13 ans. Au collège, elle se frite avec la fille la plus populaire mais devient copine avec une nouvelle venue, Jac, qui se trimballe partout avec son violoncelle (son boulet, dit-elle). Elle aussi a un secret, et comme par hasard, tout est lié par des fils invisibles. L'issue peut sembler placide, il ne faut pas s'attendre à de grands frissons, mais le suspense tient la route et titille notre curiosité jusqu'au bout. Cette série sans prétention a de beaux atouts pour séduire les plus jeunes (à partir de 10 ans). Elle mêle habilement vie quotidienne, fantastique, humour et suspense.

Le fantôme de la bibliothèque, par Elizabeth Cody Kimmel
Bayard jeunesse, coll. Estampille, 2012 - traduit de l'américain par Anne Lauricella
illustration de couverture : Lucie Durbiano

D'un bond d'un seul et sans hésitations On se documente sur la navigation (...)

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Personne ne comprend ni pourquoi ni comment la bibliothèque Jacques-Prévert se retrouve à voguer sur l'océan. A bord, le directeur, la bibliothécaire, un prof de technologie, la 6èmeF au complet, et Saïd l'infernal, qui se trouvait là par hasard. C'est à partir de cette idée farfelue que Florence Thinard a imaginé une histoire dynamique et originale.
La survie va très vite s'organiser à bord de la bibliothèque flottante, les ouvrages dans les rayons vont servir de sources d'inspiration et autres guides pour nos rescapés. Il faut tout réapprendre : gérer la nourriture et la boisson, songer à protéger ses arrières et installer des tours de garde sur le toit.
Histoire improbable, certes, mais d'une naïveté charmante, cette lecture possède plus d'un tour dans son sac. Elle séduit, embarque son lecteur, fait partager la vie en communauté, ouvre l'esprit d'aventure et apprend à dépasser ses limites. Jules Verne et Michel Tournier font également partie du voyage, de quoi éveiller la curiosité.
On y lira aussi, entre les lignes, un joli hommage aux bibliothécaires et à leur dévouement sans bornes. Florence Thinard parvient à nous proposer une balade sympathique et dépaysante, avec un zest de fraîcheur hautement bénéfique. C'est follement surréaliste, mais ça fait toujours plaisir. Et puis ma fille était en 6èmeF, alors oui ça fait sourire encore plus.

Encore heureux qu'il ait fait beau, par Florence Thinard
éd. Thierry Magnier, 2012 - illustration de couverture : Barroux

* titre emprunté à une chanson des Frères Jacques 

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Humour, poésie et cirque ambulant !

Passage en format poche du roman de Jean-Claude Mourlevat, précédemment publié sous le titre : La prodigieuse aventure de Tillmann Ostergrimm.

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Suite à une dispute avec son père, Tillmann Ostergrimm se rend sur la place du village où a lieu la traditionnelle fête du Carnaval. Et là, miracle, le garçon se soulève de terre, sans raison apparente, il peut voler ! Un dénicheur de talents croise son chemin et le pousse à accepter de le suivre : le Cirque de Globus n'attend plus que lui. C'est leur fortune assurée.

Face à ses protestations, Tillmann sera emmené de force. Un long périple l'attend, au cours duquel il fait la rencontre de Lucia, la plus petite femme au monde. Leur arrivée à Globus n'est pas sans heurt non plus, puisque le directeur est un type revêche et tyrannique. Le cirque, lui, ne ressemble à rien du tout. Plus malheureux que jamais, Tillmann comprend qu'il doit s'en échapper.

S'enchaîne alors une autre aventure complètement folle, où l'on appréciera la générosité de Tillmann. Avec ses compagnons d'infortune, il va fonder une troupe de théâtre ambulant et parcourir du pays. Il fera l'expérience de l'amitié, de l'amour, mais aussi de la trahison. Sa maison lui manque de plus en plus. Lui qui refusait d'être tonnelier de père en fils va pleurer de joie sur le chemin du retour, il était trop bête, il a cru que la belle vie était ailleurs.

Ce petit roman, signé J-C Mourlevat, se veut une lecture cocasse et émouvante sur la destinée d'un garçon qui possède soudainement le don de voler (on n'explique pas pourquoi, ni comment, ce n'est pas ce qui compte finalement !). C'est une lecture légère et rigolote, surtout destinée pour les plus jeunes, car ce texte n'a pas la force romanesque du Combat d'hiver ou du Chagrin du roi mort.

Le garçon qui volait, par Jean-Claude Mourlevat
Folio junior, éd. 2012 - couverture : Jean-François Martin
illustrations : Marcelino Truong