24/03/18

En attendant Monsieur Bellivier, de Britta Röstlund

En attendant monsieur Bellivier

Étonnant chassé-croisé dans les rues de Paris ! Boulevard des Batignolles, l'épicerie de Mancebo devient le nouveau point d'observation des faits et gestes de Ted Baker, un écrivain d'origine américaine, soupçonné d'infidélité par son épouse. Un jour, celle-ci propose à Mancebo de le surveiller durant ses absences et de lui transmettre ses rapports confidentiels dans un bocal d'olives. Notre homme accepte, mais signe pour un complet chahut de son existence tranquille - filatures loupées, migraines et intimidations. Plus Mancebo fouille la vie de l'écrivain, plus il s'interroge sur ceux qui l'entourent. Sa femme, son fils, son cousin et son épouse ne le reconnaissent plus, mais Mancebo doit taire son nouveau rôle de détective.
De son côté, Helena est journaliste, mais souffre de dépression et de surménage. Attablée dans un café, un inconnu l'aborde en lui demandant si elle attend Monsieur Bellivier. Elle répond oui, sans réfléchir. Puis l'accompagne dans une tour de La Défense, dans un bureau désert, et se poste seule face à un ordinateur. Elle doit ainsi transférer à M. Bellivier des mails indescriptibles. Ne pas adresser la parole aux autres employés. Et rentrer chez elle, avec un gros bouquet de fleurs. Intriguée par cette étrange mission, Helena suit pourtant les consignes à la lettre mais finit par prendre les fleurs en grippe. Elle cherche donc à s'en débarrasser et les dépose dans un cimetière juif... au grand mécontentement d'un vieux monsieur qui la sermonne avant de s'effondrer sous ses yeux.
J'ai été agréablement surprise par ce roman, qui raconte deux histoires assez farfelues, dont on attend longtemps l'impact ou le lien invisible, même si ce n'est finalement qu'un détail car on s'embarque dans leurs aventures avec un ahurissement permanent. C'est tout en finesse, en élégance et avec humour aussi que Mancebo et Helena évoluent, alimentant la lecture de leurs anecdotes truculentes. Parfois le rythme pêche un peu, le roman perd de sa fraîcheur et s'encroûte légèrement, pour finalement se ressaisir avec panache et livrer un dénouement tout aussi cocasse. J'ai alterné les émotions, entre curiosité et attendrissement, perplexité et étonnement, mais j'ai globalement ressenti beaucoup d'attachement à accompagner les personnages dans cette lecture aux épisodes improbables. Le roman aussi nous plonge dans les rues de Paris avec une authenticité rayonnante, et c'est tout à l'honneur de son auteur, Britta Röstlund, une suédoise résidant en France depuis 17 ans. Son regard est empreint d'admiration et d'amour, et cela se ressent. Très jolie rencontre !

JC Lattès, 2018 - traduit par Esther Sermage & Isabelle Piette

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« Mancebo secoue la tête. Il fait chaud, mais des glaçons dans le pastis, il ne faut pas exagérer. »

 

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21/03/18

Trois baisers, de Katherine Pancol

Trois baisersBim bam boum, ils sont de retour ! Ils s'étalent sur 845 pages, prennent leurs aises pendant 20 heures, se livrent et se confessent, jouent, trichent et s'éparpillent... Les Plissonnier-Cortès, Valenti, Grobz, Courtois, Dupin et compagnie nous font tourner la tête et toujours battre le cœur, au cours d'une lecture passionnante et ô combien réconfortante.

Cela ressemble à une réunion familiale au sommet. Une convocation générale pour prendre des nouvelles des uns et des autres - Hortense prépare sa première grande collection avec un défilé sensationnel au Plaza, comprend la notion de désir dans un escalier du Fouquet's et harcèle Junior de questions sur son grand peut-être, Zoé s'interroge sur son avenir, carmélite ou actionnaire, elle chancèle, le cœur palpitant, comme sa maman Joséphine, qui panique de n'être plus aimée, éternellement sotte et fragile, Gary arpente les trottoirs de New York et est sidéré face à un vin français, foudroyé par la révélation, Calypso s'endort pour cent ans, Stella retrousse ses manches, lave à coup de javel les souvenirs meurtris, Adrian rêve en grand, Tom tombe amoureux, Ray Valenti brille de mille feux, Fernande s'envole pour Mexico, Henriette et Elena font des affaires...

En gros, les histoires se nouent, s'emmêlent, se tendent et éclatent dans un joyeux bordel. Ça fait des étincelles et ça crépite ! La communion est sacrée. Ce que le public ressent est lié à ce que vivent les personnages. Les espoirs, les envies, les doutes, les peurs, les sombres pensées. On partage tout, on rit, on tremble, on pleurniche, on hurle, on inspire, on cherche le staccato, on gratte les tickets de tombola, on regarde les Oscars à la télé, on reçoit des trempes, on se rebiffe, on ouvre des livres, on fait ses courses, on danse sur du Cloclo. C'est tout bon. Pas forcément intense et palpitant. Mais on se sent bien. Et puis, on a clairement nos préférences (Hortense ! Gary !), nos attentes et nos impatiences, on relève les transitions, les creux, les flous, les fièvres (euh... Junior ? du grand d'importe quoi !). On a conscience que le gros navire, parfois, tangue et s'égare, tout en adoptant un rythme de croisière agréable et délassant. En tout cas, j'ai pris place à bord, en frétillant de bonheur, et j'ai beaucoup aimé mon voyage !

Marie Ève Dufresne est également indissociable à mon plaisir de lecture. Son interprétation est impeccable, élégante, mesurée et enveloppante. J'aime infiniment. Sa voix fait aussi partie du succès de la saga - un rendez-vous incontournable avec mon autre tribu, une famille de papier où toutes les personnalités s'incarnent et forment un ensemble attachant. C'est difficile de les abandonner ! ☺

©2017 Éditions Albin Michel (P)2018 Audiolib (durée : 20h env.)

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« Partons dans un baiser pour un monde inconnu. » Alfred de Musset

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Les jumelles, de Claire Douglas

les jumelles

Dévastée par la mort tragique de sa sœur jumelle, dont elle porte la lourde responsabilité, selon elle, Abbi part s'installer à Bath où elle rencontre Beatrice et son frère Ben. Eux aussi sont jumeaux et inséparables. Ils vivent dans une grande demeure bourgeoise, où cohabitent d'autres artistes en herbe, et proposent à Abbi de se joindre à eux. Celle-ci est aimantée par le couple, d'abord par Beatrice qui ressemble physiquement à sa sœur, puis par Ben dont la beauté la trouble et lui donne des palpitations dans le ventre. L'entente idyllique ne va pourtant guère durer. Une étrange attirance se tisse au sein du trio et on ne sait plus bien qui en tire les ficelles - Beatrice met son frère en garde contre le comportement paranoïaque de Abbi, laquelle est convaincue d'être poussée à bout pour paraître folle aux yeux de Ben, tiraillé entre sa loyauté familiale et son béguin amoureux. En clair, c'est très ambigu, très flou, totalement déroutant. L'auteur brouille les pistes et nous plonge dans un terrible imbroglio où la manipulation s'impose comme maître d'orchestre. Résultat, on doute tout le temps, on accuse tout le monde, on se cogne la tête contre le mur. On slalome d'une pensée à l'autre et on ne sait plus sur quel pied danser. L'histoire a des effets perfides et inquiétants... jusqu'à la fin ! Certaines révélations détonnent, comme si le roman voulait montrer la relation gémellaire comme une sombre affaire de dépendance. C'est tordu et étouffant, ça aurait pu creuser plus loin et gratouiller la dernière couche de vernis qui sauve les maigres apparences. Du moins, cela se lit vite et bien. Le suspense est au taquet, même si les personnages sont tous extrêmement agaçants et le dénouement discutable. Je referme néanmoins le livre sur une note positive et agréablement surprise.

HarperCollins Poche, 2018 - traduit par Florence Guillemat-Szarvas [The Sisters]

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20/03/18

La loge noire, de Jean-Pierre Croquet

la loge noire

Suite au décès d'un éminent collectionneur de livres anciens, tous ses précieux trésors sont répartis entre plusieurs bouquinistes. L'un d'eux a pourtant le nez fin et repère un exemplaire rare de la Kabbala Denudata, un ouvrage essentiel dans la tradition occulte. Aleister Crowley, dit le Mage Noir, le convoite et charge un courtier du nom de Mark Bowen pour lui livrer. Hélas, en débarquant dans la librairie, Bowen tombe sur un cadavre et est surpris les mains ensanglantées. Désigné suspect idéal, il préfère fuir et se cacher. Mais l'engrenage infernal est en place, trop tard pour le rouquin désormais pourchassé, surveillé et enlevé de part et d'autre. Tous se bousculent pour lui mettre la main dessus. On croise ainsi des anarchistes, des espions allemands, des francs-maçons, des sociétés secrètes, des révolutionnaires irlandais... et un inspecteur déterminé à ne pas lâcher le morceau. Robert Adey est un homme brisé, depuis la mort de sa femme, il vit seul avec sa fille mais consacre toute son énergie à son travail d'enquêteur. Et il ne se résout pas aux conclusions hâtives sur Mark Bowen, auquel on attribue la paternité de l'Égorgeur, autrement dit le sanguinaire qui assassine sauvagement des prostituées à Londres. L'homme refuse de rentrer dans le rang et part en roue libre, au grand dam de son supérieur.
Que de rythme et de rebondissements au cours de cette lecture ! C'est ce qui m'a principalement interpellée, durant 300 pages, l'histoire charge la donne avec sa galerie de personnages, son intrigue rondement ficelée, ses coups de poing, sa mise en scène tapageuse et son sens de la dramaturgie. Ce roman se lit vraiment très vite. L'ambiance est intriguante - quartiers populaires, pubs mal famés, salons occultes, bibliothèques ou beaux hôtels élégants - le contexte politique particulièrement tendu - printemps 1914 - et les guest stars illustres - Churchill ou Conan Doyle. On sent le souci de bien faire, les détails abondent, l'écriture est ingénieuse, l'émotion est au rendez-vous, au même  titre que l'action et le suspense. C'est pas mal du tout et cela me fait penser à la brillante collection Grands détectives chez 10-18 ! 

L'Archipel, coll. Suspense, 2017


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19/03/18

Un traître à Kensington Palace, d'Anne Perry

UN TRAÎTRE À KENSINGTON PALACEJ'aime beaucoup Anne Perry - dont je lis sans déroger toutes les parutions spéciales pour les fêtes de Noël - par contre j'ai accusé beaucoup de retard dans sa célèbre série du couple Charlotte et Thomas Pitt, dont voici le 32ème volume ! Ahem. Je tiens donc à saluer l'initiative des éditions Thélème qui proposent la version audio du titre. Pourquoi celui-ci, et pas le tout premier - L'étrangleur de Cater Street ? J'avoue que cela m'échappe, mais je n'ai pourtant pas boudé mon plaisir. Si je peux enfin recoller les wagons éparpillés et suivre cette série par livre audio, ce serait pour moi une formidable aubaine ! Un autre titre est d'ailleurs annoncé pour avril 2018, soit L'attentat de Lancaster Gate (n°31), qui confirme le choix de publier la série à rebours. Un détail discutable, malgré tout.

La vie de Thomas Pitt a grandement évolué depuis ses débuts dans L'étrangleur de Cater Street, et près de vingt ans ont passé quand on le retrouve dans Un traître à Kensington Palace ! Marquée par son veuvage et la vieillesse, la Reine Victoria convoque Thomas dans ses appartements privés pour évoquer la mort de son ami John Halbert, dont le corps a été repêché dans la Serpentine. Si l'enquête policière a conclu à une noyade accidentelle, la Reine souhaite en avoir le cœur net et demande à Pitt de dissiper ses soupçons. Ses rapports avec son fils Edouard ne sont pas au beau fixe, le Prince semblant s'attirer des amitiés à controverse, il revient à Thomas d'enquêter en toute discrétion pour éviter l'incident diplomatique. La mission est tendue, car Thomas est livré à lui-même et ne peut se confier à personne. Son épouse Charlotte ressent toute sa frustration mais va parvenir, avec sa vivacité légendaire et la complicité de sa sœur Emily, à aiguiller habilement les démarches de son mari.

L'intrigue policière est basique, on suit un Thomas Pitt confronté à sa conscience et forcé d'éprouver les limites de sa loyauté, d'où ce sentiment d'un homme tiraillé tout au long de son affaire, mais l'évasion historique est irréprochable (l'époque victorienne et son tableau sociétal). C'est la grande force de la série, en plus des personnages et de la satisfaction de les retrouver, livre après livre. La lecture audio faite par Frédérique Dufour pour les éd. Thélème est sobre et épurée (sans réalisation sonore). Cela peut déconcerter au début - le texte est livré dans son jus, sans artifice. La simplicité a du bon aussi !

10/18 Collection Grands Détectives (2017) / traduit par Florence Bertrand

(P)2016 Éditions Thélème. Lu par Frédérique Dufour. Durée : 9h env. -- Téléchargeable sur Audible

Couverture de Un traître à Kensington Palace

 

Le mot de l'auteur 

La série Pitt démarre en 1879 – le décor idéal d’un roman policier. Entre faste et misère, optimisme et désespoir, rien n’est plus romanesque que ces somptueux costumes, l’éclairage au gaz, les fiacres ou des empreintes dans la brume… Et puis, l’envie, la crainte, l’espérance, la disgrâce et l’avidité restent entièrement semblables hier ou aujourd’hui. Comme, malheureusement, les maux de cette société victorienne. Avec la famille Pitt nous explorons autant la pittoresque histoire de Londres que les vies singulières, les liens, ou encore les triomphes et les désastres de ses membres.

ANNE PERRY


Partir, de Tina Seskis

PartirEmily Coleman est, en apparence, une jeune femme comblée - elle vit dans un charmant cottage à Manchester, auprès d'un mari prévenant. Leur bonheur a été scellé par la naissance d'un adorable bambin. Et pourtant, un matin, Emily quitte subrepticement la maison et prend le train pour Londres pour ne plus rentrer, plus donner de nouvelles. En gros, elle disparaît. Plaque tout. Sans explication.
Elle s'installe en colocation dans une grande maison bordélique et change d'identité pour devenir Cat Brown. Elle se présente comme une femme fragile, sans histoire ou décidée à ne rien livrer de son passé. Elle rencontre Angel, une croupière sexy, qui ne pose aucune question et la prend sous son aile. Le temps passe et Cat se reconstruit une nouvelle vie.
Le lecteur n'est cependant pas dupe de la situation et découvre en filigrane le lourd secret de la jeune femme. Emily a notamment une sœur jumelle, Caroline, dont les nombreuses frasques ont éclaboussé la famille. La relation entre elles a longtemps été bancale. Mais c'est loin d'être une simple histoire de jalousie, de rancœur ou de haine qui se raconte, car c'est un long processus de frustration et de culpabilité qui amène à comprendre le pourquoi du comment. 
Au final, je ressors de cette lecture passablement déçue et perplexe. J'ai tout lu d'une traite, et pourtant je n'ai pas trouvé l'intrigue très subtile ni passionnante. Au lieu d'un bon suspense psychologique fignolé, on suit des parcours de vies dramatiques, avec une Emily en souffrance et déterminée à toucher le fond, sans oublier Caroline, Frances, Ben ou Andrew en victimes collatérales. Seulement, c'est triste à lire, un peu plat et limite improbable (cf. la rencontre avec Robbie). La construction paraît lourde et artificielle, en plus des rebondissements exagérés. Et je n'ai pas du tout accroché à l'explication finale.
Soupirs, soupirs, soupirs. Et grosse frustration en refermant ce roman. La lecture n'est pas mauvaise, mais pourquoi avoir accolé le terme thriller au titre et à la couverture... C'est totalement usurpé ! J'en attendais davantage, même si cela reste un passe-temps correct le temps d'un trajet.

Cherche-Midi, 2015 - traduit par Florianne Vidal

Repris en poche chez Pocket (2016)

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17/03/18

Merci pour les souvenirs, de Cecelia Ahern

merci pour les souvenirs audible

J'étais ravie de découvrir un nouveau titre de Cecelia Ahern dans le catalogue d'Audible, nouvelle promesse d'une lecture feel-good, avec 12 heures d'une histoire abracadabrante, mais qui vise surtout à raconter une course-poursuite farfelue, entre Dublin et Londres, tout en évoquant la vie à travers ses drames et ses bonheurs les plus élémentaires.

Enceinte de quatre mois, Joyce Conway fait une chute dans les escaliers. Hospitalisée d'urgence, elle perd son enfant mais doit la vie sauve à une transfusion sanguine. Son père, accroché à son chevet, est soulagé. Toutefois, sa fille ressort de cette expérience meurtrie et métamorphosée. Exit son mariage, sa vie d'avant, Joyce retourne dans sa maison d'enfance et prend conscience d'un fait étrange - elle possède les souvenirs d'un autre.
Justin Hitchcock, américain expatrié à Londres, est de passage à Dublin pour donner une conférence quand il rencontre une femme médecin l'incitant à donner son sang. Après quoi, il croise à plusieurs reprises une jeune femme blonde, à la coupe de Peter Pan, sans se douter qu'elle le piste également pour comprendre quel lien étrange les pousse l'un vers l'autre.

Grosse frustration, au final, pour ce titre où les deux personnages ne font que se tourner autour pendant toute la durée du livre et ne se rencontrent qu'à la toute dernière heure. Je ne m'y attendais pas du tout, d'où ma déception. Par contre, gros big-up pour les personnages hyper sympathiques - sauf exception pour Justin, au caractère mollasson et indécis. Même la grande rencontre finale est décevante, eu égard à l'attente infernale subie pendant 12 heures ! J'ai, d'ailleurs, davantage craqué pour le couple formé par Joyce et son papa - un duo bancal mais attendrissant et tellement drôle à suivre dans leurs nombreuses péripéties. 

Je ne sors pas totalement conquise par cette lecture, qui reste une expérience en demi-teinte en raison de la mise en scène trop diluée, mais l'interprétation de Marine Royer est toujours réjouissante à écouter ! ☺

©2008 / 2010 Cecelia Ahern / Flammarion. Traduit de l'anglais (Irlande) par Maryse Leynaud

(P)2018 Audible Studios. Texte lu par Marine Royer. Durée : 12h env.

 

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16/03/18

La course au bonheur, de Maggie Lehrman

La course au bonheurTraumatisée par la mort tragique de ses parents, dans l'incendie de leur maison, la jeune Ari Madrigal a recours à un sort d'oubli, prodigué par une hékamiste. Dix ans plus tard, c'est son petit ami, Win, qu'elle perd dans un accident de voiture. Anéantie par la douleur, elle fait encore appel aux sorts de l'hékamiste sans avertir ses proches. Le charme opère, mais Ari ne veut pas paraître insensible et donne le change en faisant semblant d'être meurtrie dans sa chair, donc muette et désirant vivre dans sa bulle, loin de tous. Toutefois, pratiquer un sort d'hékamiste engage aussi des effets secondaires. Pour Ari, c'est son corps qui ne répond plus. Quand on est une grande danseuse, admise à une académie prestigieuse de New York, c'est le ciel qui s'effondre sur la tête. À Cape Cod, tous se connaissent depuis l'enfance mais se drapent dans des secrets qui distillent un poison invisible et propagent un mal sournois, hélas à l'origine d'une série de conséquences dramatiques. Avant de mourir, Win avait un urgent besoin d'argent liquide, son meilleur ami Markos a surpris le commerce douteux de sa mère, Kay a fait appel à un sort d'ancrage pour s'attacher ses copines, Diana et Ari ne peuvent plus quitter l'île sans courir un danger, Echo fait du chantage par désespoir, Cal Waters est fidèle à sa réputation de don juan... Tous sont donc enrôlés dans un feuilleton tragique, au charme hypnotisant et vénéneux. Dès les premières pages, j'ai été envoûtée par l'ambiance pleine de mystères et de suspense. On sent le poids des larmes, des événements graves, des non-dits, des remords et des regrets. Cela peut paraître lourd et étouffant, alors qu'en fait c'est captivant. L'auteur a réussi à orchestrer son histoire en faisant planer le doute mais en alimentant constamment la donne par des détails infimes et néanmoins percutants. J'ai plongé mon nez dans les 420 pages du roman, intriguée par les révélations qui allaient en découdre. D'ailleurs, la surprise est totale jusqu'à la toute dernière page ! Un premier roman très habile, passionnant et bouleversant. 

Casterman, 2018  - traduit par Antoine Pinchot {The cost of all things}

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15/03/18

Pêle-Mêle : Fergus est furieux - Le lion heureux - Mon père, avant, il était trop cool - Le Géant élégant

J00857

Fergus est un gentil petit dragon, qui a juste un peu de mal à canaliser sa colère. À la moindre contrariété, notre jeune ami sent que son museau fume et, pfiout ! un énorme crachat de feu jaillit de sa bouche. Oups. Il n'aime pas les brocolis, n'aime pas être le gardien de but, il n'aime pas attendre que les petits cakes de Monsieur Ours refroidissent, non, Fergus n'aime pas la frustration. Mais à la longue, c'est gênant. Le terrain de foot a grillé, le stand de pâtisserie est carbonisé, tous les jeux de ses copains sont réduits en cendres... En se confiant à sa maman, celle-ci lui confie une petite astuce pour gérer sa colère. Puis, tour à tour, ses proches lui racontent leur propre recette - compter jusqu'à dix, admirer le coucher de soleil, courir le plus vite possible. Bref, Fergus peut enfin apaiser le volcan qui bout en lui et - pourquoi pas - utiliser à bon escient toute cette énergie bouillonnante !

Un chouette album, qui traite avec humour des caprices et des crises de colère susceptibles de pénaliser la vie des jeunes enfants, et qui glisse de précieux conseils pour y remédier. Autre détail cocasse - Fergus a grillé la couverture de l'album... mais chut ! ☺ 

Fergus est furieux ! de Robert Starling

gallimard jeunesse, 2018 / trad. Marie Ollier

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J00868

C'est l'histoire d'un lion qui vit heureux dans un zoo. Tous les jours, il est comblé de croiser son petit  monde familier - le fils du gardien, l'instituteur ou la ménagère qui tricote sur le banc. Et tous le saluent en retour, d'un chaleureux “Bonjour, Lion Joyeux !”. Un jour, remarquant que la grille de sa cage n'est pas fermée, le lion décide de se rendre en ville pour honorer ses vieux camarades d'une petite visite de courtoisie. Seulement, sa venue n'inspire pas la réaction souhaitée - les badauds tombent dans les pommes ou fuient à toutes jambes. Bizarre, très bizarre. Les gens de cette ville n'ont pas fini de le surprendre ! D'ailleurs, quel spectacle préparent les pompiers, affairés et s'approchant à pas prudents dans sa direction ? Nul ne le sait. Le fils du gardien vient d'arriver - il est temps de rentrer au zoo ! ☺

Cette délicieuse histoire date en fait de 1954, et hormis son esthétisme vintage, sa lecture n'a guère pris de rides ! Le ton est plein d'humour, de rebondissements et de poésie. C'est absolument charmant. Un grand classique  à lire et relire.

Le lion heureux, de Louise Fatio & Roger Duvoisin

gallimard jeunesse, 2018 pour la présente édition

traduction d'Anne Krief

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J00847

En voyant son papa vaquer à ses basses besognes domestiques (aspirateur, ménage, rangement), le garçon a bien du mal à l'imaginer autrement qu'en type sérieux et pas cool du tout. Ou alors, c'était avant... L'époque des tatouages, de la musique rock, des virées en moto et des équipées sauvages. Depuis sa naissance, son père n'est plus le même homme. Ou disons, l'enfant le voit à travers ses yeux d'enfant. Pour lui, être parent c'est forcément une image formatée, guindée, stéréotypée. C'est tout sauf cool. De toute façon, il ne faudrait pas qu'il sorte de ses prérogatives non plus... Qu'ils s'éclatent ensemble au parc, c'est super drôle mais ça ne doit pas déborder. Sinon, bonjour la honte ! ☺

Ah que c'est drôle et rafraîchissant à lire ! Quand vous devenez parent, c'est comme porter un nouveau costume qui vous fige à jamais dans un rôle. Être cool, c'était avant. C'est limite le choc de leur vie quand les mômes découvrent la jeunesse de leurs parents ! Partant de ce constat, Keith Negley offre une superbe perspective de lecture - fabuleuse et cocasse - où le regard de l'enfant est tour à tour perplexe et songeur, sondant chaque détail pour démasquer la vérité. J'ai beaucoup aimé le travail de superposition qui s'opère, dans la posture du père, entre avant et maintenant, un choix judicieux pour un résultat époustouflant ! Un album vraiment cool à découvrir en famille.

Mon père, avant, il était trop cool, par Keith Negley

gallimard jeunesse, hors série giboulées, 2018

trad. Cécile Hermellin

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J00858Georges le géant décide de devenir élégant et entre dans une boutique pour s'acheter une chemise, un pantalon, une ceinture, une cravate, des souliers et des chaussettes. Fier de sa prestance, il parade en ville et traverse les bois où vont se succéder ses amis éplorés. Ils ont tous des déboires à ne plus savoir quoi faire (un rhume, plus de toit, un bateau sans voile, du camping sans sac de couchage, un chemin boueux impossible à traverser...). Compatissant, Georges distribue un par un ses nouveaux habits pour les soulager. Et notre bon géant poursuit son chemin, à cloche-pied, chantonnant une ritournelle guillerette. Seulement, en bout de course, Georges n'a plus que son caleçon sur les fesses. Il se sent ridicule et il a froid.  Bref, il lui faut de nouveaux vêtements. Retour à la boutique, où il enfile sa bonne vieille tunique confortable et, youplaboum, notre géant élégant se sent le plus heureux du monde ! Pétris de gratitude, ses amis ne manqueront pas de lui offrir le cadeau suprême de l'élégance.

Fort de leur complicité, qui dure depuis 1993, le célèbre duo Julia Donaldson et Axel Scheffler propose un album débordant de générosité et d'humour, comme à leur habitude. La lecture est joyeuse et colorée. C'est simple mais efficace. Un petit régal pour les enfants.

Le Géant élégant, de Julia Donaldson & Axel Scheffler

gallimard jeunesse, 2018

traduit par Emmanuel Gros

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Pêle-Mêle : Les trois poules de Sonia - Quand tu seras grand - Pas de géant - Si petit

les trois poules de soniaSonia reçoit de son papa trois poussins dont elle doit s'occuper toute seule. La fillette prend immédiatement sa mission à cœur - en attendant de remettre à neuf le vieux poulailler, elle décide de les tenir au chaud dans une boîte en carton, les bichonne, les rassure. Chaque matin, elle nettoie leur espace, donne de la paille fraîche, distribue du maïs. Les trois poules grossissent, suivent la fillette à la trace et la comblent de fierté en lui donnant leurs premiers œufs. Mais un matin, Sonia se rend au poulailler et constate qu'il manque une poule, les deux autres sont recroquevillées sur leur poutre, effrayées. Un renard a fait une razzia en pleine nuit, l'enfant trouve que ce n'est pas juste et pleure dans les bras de son père. Celui-ci lui explique le cycle de la vie, le renard a probablement une famille à nourrir, il veille à s'assurer le bien-être de ses petits, etc. La pilule est amère pour Sonia, qui n'en organise pas moins des funérailles émouvantes pour sa poule sacrifiée. Heureusement, une autre surprise l'attend dans le poulailler et saura la consoler - si ce n'est la réconcilier avec le fameux cycle de la vie ! ☺

Un bel album aux couleurs chaleureuses, qui invite à partager un petit bout de la vie à la ferme chez une famille aimante, où l'on donne libre cours à ses émotions et où on vit en parfaite harmonie avec la nature. C'est très doux et apaisant. Ajoutez la complicité qui se noue entre l'enfant et ses poules, c'est absolument charmant, mais pas naïf, car l'histoire rappelle la violence de la vie animale et sa chaîne alimentaire impitoyable. Un monde de brutes judicieusement édulcoré, ouf. Très joli album !

Les trois poules de Sonia, de Phoebe Wahl

éditions des éléphants, 2018 / traduit par Ilona Meyer

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Quand tu seras grand

Quand on devient parent, on ressent un lien invisible très fort avec ce petit être qui dépend désormais de nous. Cet enfant qu'on contemple avec amour et à qui on aimerait donner toutes les chances pour réussir dans la vie. On rendrait son quotidien plus beau, on lui offrirait des trésors et des exemples pour qu'il devienne à son tour une personne formidable, capable d'accomplir des choses merveilleuses (combattre l'injustice, partager, aider les autres, voyager et être curieux). On voudrait pour lui qu'il grandisse en étant audacieux, astucieux et généreux ! C'est donc un rêve pour tout parent, mais aussi un rôle à tenir, une ambition muette, une éducation de chaque instant, une transmission aussi qui se traduit dans chaque page de cet album aux teintes acidulées, aux illustrations ravissantes et à l'ambiance un brin rétro. Une lecture pleine de tendresse et de poésie, qui parle d'amour et d'admiration avec un grand A.

 Quand tu seras grand, d'Emily Winfield Martin

éditions des éléphants, 2018 / trad. Ilona Meyer

dédicace pour BB J. ♥

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Pas de géant

C'est avec une réelle anticipation, teintée de joie et d'excitation, que j'ai ouvert cet album, dont la couverture me promettait monts et merveilles, et hop ! j'ai enfilé un bonnet et des bottes pour suivre un petit bonhomme à la découverte de son jardin. Croyez-moi, l'aventure vaut le détour. Oh... Ce lieu est magique et enchanteur, source insoupçonnable d'activités bourdonnantes, là un combat féroce, ici une course folle, là-bas des monstres piquants, ci-contre une caravane en marche. Et toujours plus loin, des rivières et des forêts entières, une faune incroyable, des bruits étranges, des pas de géant et un spectacle dans le ciel époustouflant ! Admirez le travail, prenez le temps, posez-vous, contemplez chaque détail et souriez à la lecture de l'imagination débordante d'un jeune explorateur de l'extrême. C'est facétieux et saisissant - le graphisme verdoyant fait écarquiller les yeux de bonheur ! Remarquable. ☺

 

Pas de géant, par Anaïs Lambert

éditions des éléphants, 2018

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si petit

Dans la vie, on le sait, la taille est en réalité surfaite. Raser les pâquerettes ou flirter avec les étoiles ? Que nenni. En vrai, on ne mesure jamais le courage, l'amour, le talent ou les sentiments à une taille. Le girafon de cette histoire en fait l'expérience chaque jour et prend conscience qu'il n'est finalement pas si petit pour dénicher les meilleures cachettes, retrouver le chemin de la maison ou faire des tonnes de bêtises ! Après tout, ce n'est pas parce qu'on est petit qu'on ne peut pas aller loin. Si petit, si loin... C'est sur cette dualité que s'appuie le lecteur, qui avance à pas mesurés, tout en s'installant confortablement dans un décor épuré et visuellement simple pour accrocher le tout-petit (conseillé dès 18 mois). Il y a, de toute façon, une belle énergie qui se dégage de l'histoire, une intention modeste à embarquer son public à l'aide d'artifices sommaires mais cocasses. Là aussi, l'album est certes petit par sa taille mais grand par son potentiel ! Certifié conforme etc. ^-^

Si petit, de Florian Pigé

éditions HongFei, 2018 

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