05/09/17

La Maison des hautes falaises, de Karen Viggers

la Maison des hautes falaisesKaren Viggers est un auteur que je souhaitais découvrir depuis un moment, car je prévoyais une lecture riche en évasion, à l'instar des romans de Victoria Hislop. Le changement d'air est bien au rendez-vous - direction un coin paumé d'Australie, au bord de l'océan - par contre, l'histoire réserve des émotions contradictoires. On fait en effet la connaissance de deux personnages qui traversent l'existence en léchant leurs plaies mais qui refusent de s'épancher pour mieux chasser leurs vieux démons. Ils préfèrent, au contraire, les bichonner et les garder sous le coude. D'un côté, Lex avait une brillante carrière d'animateur et une vie de couple épanouissante, jusqu'à la perte tragique de son enfant. La soupape de sécurité ayant explosé, l'homme a tout plaqué pour s'installer dans un village de pêcheurs, à l'abri des regards. Un jour, il croise la route de Callista, une artiste locale, qui mène une vie de bohème. Elle aussi possède un passé parsemé de zones d'ombres, qu'elle préserve jalousement. Ces deux-là ont un coup de foudre. Ils vivent l'instant présent sans peur du lendemain, mais ne dévoilent rien de leurs fantômes. C'est dit comme ça, mais au fond c'est carrément borderline, et toute l'histoire ne cessera d'en faire la démonstration. Les personnages eux-mêmes ont conscience de leurs “émotions bordéliques”. Ce sont tous deux des êtres fêlés, handicapés sentimentalement, paralysés par le lâcher prise. Et bon sang comme c'est lourd à absorber ! J'ai eu beaucoup, beaucoup de mal à suivre leurs dérives et à cerner leur valse des hésitations. Tout est trop compliqué et accablant. Malgré tous mes efforts, je n'ai pas su m'attacher à Lex et Callista. Leur histoire est longue et lente à se déployer -  trop d'atermoiements, aucune perspective rayonnante, et cerise sur le gâteau, une interminable séance de sauvetage de baleine en guise de dénouement ! Débroussaillez tout ça et vous obtenez un roman bien amer, un poil mélodramatique, sur fond de douce sérénade mélancolique... 

Valérie Marchant, lectrice pour Audiolib, sauve les meubles par son interprétation sensible et agréable à l'oreille. Car si le roman décline effectivement son ode à la nature et à l'océan, il manque cruellement de vigueur à nous transporter dans le parcours de vie des deux protagonistes. De la délicatesse, de la beauté et de la poésie... certes, mais l'envolée romanesque peine à décoller ! Une déception, donc.

©2016 / 2008 / 2017 Karen Viggers / Éditions les Escales, un département d'Edi8 / Audiolib. Traduit par Aude Carlier

(P)2017 Audiolib - Texte lu par Valérie Marchant (durée : 12h 39)

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04/09/17

Au fond de l'eau, de Paula Hawkins

Au fond de l'eauEn retournant s'installer dans la ville de son enfance, à Beckford, Nel avait pour ambition d'écrire un livre sur la légende du « bassin des noyées » - un bras de rivière où des jeunes femmes se donnent la mort dans des circonstances douteuses. Or, c'est finalement le corps de Nel qui va être repêché et c'est sa sœur Julia qui doit répondre aux questions de la police. Pourquoi n'a-t-elle pas voulu lui répondre le soir où celle-ci a cherché à la joindre désespérément ? Julia n'ose pas assumer sa lâcheté, et encore moins fouiller dans son passé pour remonter aux sources du confit. Pourtant, Lena, la fille de Nel, exige des explications et ne laisse aucun répit à Julia. Adolescente revêche et secrète, Lena porte déjà le deuil de sa meilleure amie, dont la disparition est survenue quelques mois plus tôt, au même endroit. De son côté, la police n'a pas de mot pour exprimer le choc de ces drames en cascade et ne souhaite guère alimenter les vieilles rumeurs. Aussi, l'enquête va-t-elle se dessiner lentement et ne pas constituer le point de mire de la lecture. C'est avant tout une ambiance qu'on appréhende, une ambiance énigmatique et étouffante, empreinte d'amertume, de non-dits et de malédiction. Il y a en effet toute une galerie de personnages qui vont intervenir dans le courant de l'intrigue, chacun exprimant son opinion, confiant avec parcimonie ses secrets, ce qui va permettre de dénouer progressivement les fils du canevas. Un procédé, ma foi, efficace, même si l'assemblage semble en apparence sinueux, tout est ajusté au centimètre près. Par contre, on n'y trouve pas une action échevelée, ni du suspense à foison, ici place à une tension psychologique redoutable, qui pique sournoisement. Ce deuxième roman de Paula Hawkins fait donc montre de subtilité et de délicatesse dans sa construction, son atmosphère et sa palette d'émotion, ce qui a eu le bonheur de me distraire. Je n'en espérais pas davantage - huis clos, cachotterie, mythe et vengeance. C'était tout bon.

En bonus, le format audio offre également un casting de choix, avec pas moins de cinq comédiens pour donner du corps à ce roman polyphonique et ainsi parfaire une mise en scène aux petits oignons. Cette multiplication des rôles est tout à l'avantage du roman ! En effet, chacun apporte sa propre sensibilité au personnage qu'il joue, non seulement cela évite les cafouillages ou les confusions, mais cela offre une identification plus claire, une vision personnelle et une proposition distincte selon l'expérience des uns et des autres. On avance ainsi plus aisément dans l'écoute, en plus de donner l'illusion d'une performance théâtrale, ce qui est quelque part excitant. Le tout est aussi d'une grande sobriété, au vu du cadre dramatique, on baigne dans un contexte grave et poignant. On n'en espérait pas moins d'Audiolib, qui avait déjà proposé une excellente interprétation de La fille du train par son choix des trois actrices. “Au fond de l'eau” se révèle un très bon titre, et une très bonne écoute, au service d'une histoire ordinaire et néanmoins fascinante.

©2017 Paula Hawkins / Sonatine Éditions pour la traduction française

(P)2017 Audiolib / Texte lu par : Julien ChateletMarie-Eve DufresneClémentine DomptailIngrid DonnadieuLola Naymark (durée : 11 h 07)

La terre brûlée (L'Épreuve 2), de James Dashner & lu par Adrien Larmande

L'epreuve la terre bruléeAprès le final inattendu du Labyrinthe (L'Épreuve 1), j'étais curieuse de connaître la direction qu'allait prendre la série. Aussi n'avais-je absolument rien anticipé quant au contenu de ce deuxième tome et l'ai-je entamé avec beaucoup d'espérance.

Le roman s'ouvre pourtant sur une perspective assez glaçante, avec des personnages dans une situation qui rappelle du déjà-vu, d'où ma crainte d'avoir la répétition du même cauchemar. Heureusement, l'histoire bascule. Et les esprits sont de nouveau brouillés, les enjeux relancés, les vies confrontées à de nouvelles épreuves qui ne dévoilent rien du but ultime. Thomas comprend que leur liberté fraîchement acquise n'est qu'un leurre et qu'ils sont toujours en sursis. Face à la menace d'un virus mortel, ils doivent donc quitter leur laboratoire et regagner la surface de la terre. La réalité y est cependant effroyable - le monde est ravagé par une chaleur caniculaire, la nature est cramée, seuls quelques gangs survivent mais sont souvent en proie à une folie meurtrière. C'est dans ce chaos sans nom que Thomas et ses camarades vont avancer et prendre connaissance des rôles qui leur ont été attribués pour tester leurs aptitudes. Ils vont également découvrir qu'ils sont en compétition contre un groupe de filles, qui compte maintenant Teresa parmi leurs rangs, et qu'elles ont pour principale mission d'éliminer Thomas. 

Eh oui, ce deuxième tome est riche en émotion et en suspense ! J'ai beaucoup apprécié retrouver le format audio pour explorer cette série. C'est toujours Adrien Larmande, autrement dit la voix française de Thomas (Dylan O'Brien), qui lit le roman de James Dashner, et ce avec une grande efficacité. On plonge immédiatement dans l'ambiance, on partage les doutes et les interrogations, on se perd dans le dédale des péripéties et on absorbe le choc des trahisons avec stoïcisme. C'est diablement bien fait, avec un potentiel addictif insoupçonné. De quoi attiser le désir de lire le troisième tome au plus vite !

©2010 / 2013 James Dashner / Éditions Pocket Jeunesse, Univers Poche. Traduit par Guillaume Fournier

(P)2017 Audiolib - Texte lu par Adrien Larmande, la voix française de Thomas au cinéma. Durée : 9h 12

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01/09/17

Jusqu'à l'impensable, de Michael Connelly

Jusqu'à l'impensableÀ force de tirer sur la corde, en usant de méthodes arbitraires pour résoudre ses petites enquêtes, Harry Bosch a été poussé à la retraite, avec un sérieux  blâme à la clef. Profitant de cette période de flottement, son demi-frère, l'avocat Mickey Haller, lui demande de remplacer son enquêteur au pied levé, suite à un étrange accident de moto. Haller a besoin de lui pour prouver l'innocence de son client, accusé d'un crime qu'il jure n'avoir pas commis. Forcément, Bosch fait la grimace - ce n'est pas éthique de soutenir la défense après des années passées au LAPD. S'il franchit la ligne jaune, il n'y aura plus de retour possible. Bosch n'étant toutefois plus à une contradiction près accepte de rencontrer Da Quan Foster, puis de jeter un œil à son dossier avant de farfouiller à droite et à gauche. Très vite, notre amateur de jazz et de justice flairera un parfum douteux autour de cette affaire qui fait bizarrement tomber les suspects, les enquêteurs et les rares témoins... 

Encore un très bon épisode de la série, laquelle s'apprécie à sa juste valeur, et davantage si l'on suit chronologiquement la parution des romans ! Bosch s'embarque donc dans une énième enquête semée de coups fourrés et de révélations sordides, selon un schéma classique mais conduit avec efficacité. J'ai beaucoup aimé. Ce sont presque 12 heures qui défilent dans nos oreilles, à écouter le comédien Jacques Chaussepied, lequel incarne désormais un Bosch à jamais cabochard et allergique à toute forme de corruption. Un rendez-vous qui ne déçoit pas les attentes, et qui me laisse dans l'expectative d'une prochaine collaboration entre les deux frangins. Une combinaison toujours réjouissante.

©2015 / 2017 Hieronymus, Inc. / Avec l'accord de Little, Brown and Company, Inc. / Calmann-Lévy. Traduit par Robert Pépin

(P)2017 Audiolib - Texte lu par Jacques Chaussepied (durée : 11h 50)

 

La maison du péril, d'Agatha Christie

La Maison du péril

Hercule Poirot vient de prendre sa retraite et réchauffe ses vieux os dans la station balnéaire de St Loo, sur la côte de Cornouailles, en compagnie de son fidèle Hastings. Pas loin de sombrer dans la mélancolie, Poirot accorde finalement un vif intérêt à sa rencontre avec la fraîche et pétillante Nick Buckley.
Par son allure moderne et décalée, ses manières décomplexées, elle divertit notre ami en racontant, autour d'un cocktail, qu'elle vit dans une vieille bicoque hantée, autrement nommée “la maison du péril”. Bavarde et insouciante, elle leur explique avoir échappé par trois fois à d'étranges pépins - un tableau qui se décroche et tombe sur son lit, un rocher qui dévale une falaise pour s'écraser à deux pas, et les freins de sa voiture qui lâchent inopinément...
Quelle chance inouïe, songe Hercule Poirot, jusqu'à ce qu'il ramasse le feutre mou de la jeune femme, soufflé par le vent, et qu'il remarque un petit trou net et bien rond. La trace d'une balle perdue. Une fois encore, Nick vient d'échapper à la mort. Sous la moustache du détective.
Ses petites cellules grises sont dans tous leurs états. Il est temps pour Hercule de reprendre du service et de s'inviter dans cette symbolique maison !

Une mise en scène impeccable, une galerie de personnages insondables, de l'élégance, du mystère et de l'enfumage... Je raffole des ambiances désuètes, encore plus lorsqu'elles sont au service d'une intrigue habilement troussée, à la tension psychologique avant-gardiste, à la construction complexe et au dénouement insoupçonné.
Un très bon Agatha Christie, dans lequel Hercule Poirot brille par son éternelle suffisance et par sa clairvoyance qu'il récupère in extremis ! Classique, inlassable.

Éditions du Masque / 2015 - Traduction (entièrement révisée) de Robert Nobret 

 


31/08/17

Bilan du mois : Août 2017 ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

 Très peu de temps à consacrer au blog depuis le mois de juillet, et peut-être moins d'envie aussi... Il y a eu des retrouvailles en famille, des tonnes d'activités pour remplir la tête et chasser les idées noires, un chagrin qui persiste, un moral au plus bas. Tellement de souvenirs, des images qui se bousculent. Cœur en miettes et grosse déprime. Mise au vert d'urgence tout le mois d'août. Beaucoup, beaucoup de lectures pour combler les journées. Cacher ses larmes derrière ses lunettes de soleil. Se planquer aussi derrière son casque et écouter son iPod bardé de livres audio. Se perdre, flâner, boire et grignoter, faire des projets, rêver puis se taire. Rentrer à la maison et renouer avec ses fantômes. Never forget.

Vinyl

Les rares lectures chroniquées sur le blog, fin août. Mais que du bon ! 

☼ Pas de pot pour la jardinière (Agatha Raisin 3) de M.C Beaton [#]

☼ Le Jardin Blanc, de Stephanie Barron [#]

☼ Le parfum des fraises sauvages, d'Angela Thirkell [#]

☼ Le cercle de Farthing, de Jo Walton [#]

 

 

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Le cercle de Farthing, de Jo Walton

Le cercle de FarthingEn épousant David Khan, son amant juif, la ravissante Lucy Eversley brise les tabous de son entourage et provoque LE scandale de la saison. Ses parents ne lui pardonnent pas cet affront, alors que leur nom est auréolé d'une gloire politique, puisque huit ans plus tôt, les membres du cercle de Farthing, auquel ils appartiennent, ont convenu d'un traité de paix avec l'Allemagne et Hitler.
Malgré tout, le calme semble revenir au beau fixe et Lucy est conviée à passer le weekend au domaine Eversley, en compagnie d'une poignée d'amis issus de la gentry. Son époux David se retient de bondir face aux petites mesquineries et autres provocations des invités, affichant sans complexe leur antisémitisme galopant.
La tension monte d'un cran lorsqu'un des convives est retrouvé assassiné dans sa chambre, une étoile jaune plantée sur son cadavre. Tous les soupçons se portent sur le mari de Lucy, qui le défend bec et ongles. Entre en scène l'inspecteur Carmichael, dont l'enquête s'annonce sineuse et ardue.
Son introduction dans le sérail fermé de l'aristocratie fait débat, chacun se drapant dans ses états de service pour se défiler et se laver de toute responsabilité. L'identité du criminel ne fait aucun doute, même la famille Eversley blâme stoïquement cette éventualité.
Dans ce décor de faux-semblants, de rancœur et de vengeance, l'auteur tisse sa trame avec élégance et adresse. Le cadre uchronique est certes esquissé, mais sert à dépeindre une Angleterre en lutte avec elle-même, débordée par des courants politiques qu'une paix alternative n'a finalement guère résolu d'étouffer.
C'est donc dans ce contexte tantôt raffiné, tantôt fielleux, qu'on se glisse pour découvrir une histoire classique mais captivante. J'ai infiniment apprécié le style guindé et délicat de Jo Walton, l'ambiance sophistiquée du domaine Eversley, où l'on perçoit les mensonges, les troubles et les non-dits. C'est bien ficelé, bien mené.
Au final, le roman peut surprendre, par son inspiration historique, où l'on envisage une issue différente pour l'Angleterre dans le tournant de la guerre, et qui se préoccupe à raconter une intrigue criminelle traditionnelle, se déroulant en vase clos et distillant quelques pistes en devenir. La lecture est inattendue, pertinente et conduite avec habileté, sans soubresauts inutiles. Le deuxième titre de la trilogie du Subtil changement - Hamlet au paradis - paraît prochainement en Folio. 

Folio SF (n° 572) / 2017 - Trad. par Luc Carissimo

 

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Mentir n'est pas trahir, d'Angela Huth

Mentir n'est pas trahirEntre banalité et pudeur des sentiments, la vie sentimentale de Gladwyn Purser n'offre aucune surprise. Marié depuis seize ans à Blithe, il mène une existence ordinaire, dans leur coquette maison de banlieue.
Un jour, tout bascule lorsqu'il rencontre Lara sur une route de campagne, alors qu'il rendait visite à sa mère. La jeune femme vient de se fouler la cheville en tombant de bicyclette. Gladwyn choisit alors de la conduire à l'hôpital et lui tient compagnie dans la salle d'attente. De fil en aiguille, une discussion se noue... mais Gladwyn omet de préciser qu'il est marié.
Ce premier acte manqué signera le début d'une longue succession de non-dits qu'il ne s'explique pas. En vrai, Gladwyn aime profondément sa femme et ne conçoit pas de la tromper, seulement l'attirance pour la délicate Lara est non négligeable. Notre homme va s'arracher les cheveux devant ce cas de conscience, puis céder à ses pulsions.
Il se lance maladroitement dans les affres d'une liaison clandestine, avec son lot de mensonges et de duperies. Ses rendez-vous en douce et autres combines sont involontairement cocasses, car ma foi, j'ai profondément détesté la couardise de notre bonhomme ! Est-on goujat lorsqu’on aime sincèrement deux femmes à la fois ? s'interroge l'éditeur. Je réponds, oui.
De son côté, Blithe inspire aussi de la  pitié et un certain agacement - personnage trop lisse, trop accommodant. Comment ne pas souhaiter la secouer et attendre une réaction de sa part ? Et patatras, le dénouement survient sans crier gare... facile, trop facile. Malgré la boule au ventre, l'empathie, etc. j'ai ressenti une pointe d'amertume à la lecture de cette solution trop arrangeante. 
Angela Huth est un écrivain que j'affectionne particulièrement, pour son style compassé, sa description d'un quotidien sous cloche, ses personnages mielleux - sauf exception pour un trublion dérangé, pouah ! Elle explore avec beaucoup de tact les frustrations et les déceptions de la vie conjugale, les vicissitudes de l'amour et des sentiments. Bref. Ses romans sont souvent de la même trempe, mais renferment beaucoup de charme et ce supplément d'âme à l'anglaise qui vaut ma totale adhérence.
Celui-ci n'est sans doute pas mon préféré, mais je lui concède une tendresse spécifique pour son aspect immuable à servir la même histoire sans déroger aux modes et autres influences éditoriales. Voilà.

Folio (n° 6190) / 2016 - Trad. par Anouk Neuhoff

[Deception Is So Easy]

 

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Le parfum des fraises sauvages, d'Angela Thirkell

LE PARFUM DES FRAISES SAUVAGESIl semblerait que le fil rouge de mon été se soit jalonné de petites préciosités anglaises, promptes à me propulser dans de délicates ambiances désuètes, qui n'ont pas été pour me déplaire. Dernière trouvaille : Angela Thirkell, petite-fille du peintre Edward Burne-Jones, cousine de Rudyard Kipling et filleule de J. M. Barrie. Excusez du peu.
Elle a su concocter, avec Wild Strawberries, un savoureux cocktail d'humour, d'insouciance et de joyeux badinage. L'histoire se passe dans les années 30, dans le domaine cossu de Rushwater, où la famille Leslie déploie une vive excentricité dans leur manière de vivre. Ici, tout paraît plus lisse, plus simple, plus facile. Les repas sont signalés d'un gong discret, servis avec célérité par le majordome, les enfants rechignent à avaler leur porridge, lady Emily disserte de longues minutes avant de prendre place dans l'église, mettant la patience du révérend au supplice, son époux ne s'embarrasse d'aucun détail domestique et veille à choisir scrupuleusement le nom de son bétail qui s'exporte en Argentine...
Dans ce fabuleux tohu-bohu, la jeune Mary Preston débarque pour passer l'été auprès de la famille de sa tante et tombe sous le charme de David, dont les prétentions artistiques n'éveillent plus chez ses proches qu'un vague intérêt feint. Mais la jeune femme est émoustillée par ses attentions (un paquet de fraises sauvages), ses balades au clair de lune ou ses virées à Londres. C'est assez pour étourdir notre oie blanche à l'âme si douce et romantique ! 
Ce tableau de famille est également rehaussé par une brochette de personnages secondaires, dont un certain flagorneur ou une famille française, lesquels sont épinglés avec cocasserie, pas loin d'une certaine férocité, tant leur bêtise est étalée dans toute sa splendeur, mais sans volonté de nuire.
Car l'ambiance générale est heureusement délectable et bienveillante. L'auteur s'applique à dépeindre une saison à la campagne, chez des jeunes gens aisés et oisifs, sans distiller un soupçon de manichéisme, juste dans le souci de partager une tranche de vie frivole et guillerette.
Le rendu fait mouche. Et on goûte avec délice aux nombreux ingrédients qui constituent cette comédie rafraîchissante et légère. C'est dégoulinant de charme vintage, et c'est tout bon !

10-18 Littérature étrangère / 2017 - Trad. par Florence Bertrand

 

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Le jardin blanc, de Stephanie Barron

LE JARDIN BLANCJo Bellamy, une jeune paysagiste américaine, est envoyée à Sissinghurst pour s'inspirer du célèbre Jardin Blanc, aménagé par Vita Sackville-West et son mari Harold Nicolson dans les années 30, afin d'en reproduire une copie pour une riche cliente new-yorkaise.
Sur place, Jo fait rapidement l'étonnante découverte d'un vieux journal intime, ayant probablement appartenu à son aïeul - la jeune femme n'ayant jamais caché ses motivations personnelles à se rendre dans le Kent, où son grand-père Jack a vécu et œuvré en tant que jardinier au château.
D'après les notes du journal, celui-ci aurait également croisé le chemin de Virginia Woolf, au cours du printemps 1941. Fait marquant, cette dernière se serait suicidée le 28 mars, du moins son corps n'a été retrouvé que trois semaines après sa disparition, d'où de folles spéculations quant au déroulement des événements durant ce laps de temps.
Et là, point de grand discours, mais un emballement total pour cette lecture excitante, pleine de pep's et de rebondissements, avec une galerie de personnages pittoresques et des aventures rocambolesques. J'ai franchement adoré. 
Entre clins d'œil romanesques, chausse-trappes et délires audacieux, j'ai pris un plaisir fou à me balader dans la verte campagne anglaise, foulant de magnifiques jardins, traquant aussi le spectre de la femme de lettres, auréolée de mystères. C'est prodigieux. Et puis, qu'importe les libertés prises, les raccourcis, les concomitances trop belles pour être crédibles... on plonge sans rechigner dans cette comédie érudite et enlevée, qui ébouriffe les sens et procure un vrai bonheur de lecture.
Un vif succès, pour les amoureux de littérature, de nature, d’amour et de suspense. ☺

10x18 Littérature étrangère / 2015 - Trad. par Isabelle D. Philippe

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