03/03/11

Ciel voilé, brouillard. Faible visibilité.

Le_Caveau_deJe ne sais pas si vous connaissiez  Le mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti. C'est une histoire d'amour fou entre un agriculteur et une bibliothécaire. Tout les sépare, mais ils s'aiment et sont attirés l'un par l'autre, envers et contre tout. Ils vont rompre, se retrouver, impossible de s'oublier. Benny va vivre en couple avec une autre, Désirée veut un bébé. Et nous avons Le Caveau de famille ...

Ô ma douleur ! J'ai failli déprimer en lisant cette suite. Et pourtant, c'est facile de s'y retrouver, on parle de vie de couple, de vie de famille, de concessions et autres compromis qui vous flinguent, des envies et des manques, des frustrations qui s'accumulent et qui rendent le coeur lourd et amer... Mais qui a envie de lire ça ? Pas moi. 

240 pages qui me rappellent la vraie vie ou ce qu'on nous assomme dans les reportages tv - non merci ! Sans compter que je suis un peu contre les idées du roman... la vie de couple tue l'amour, la vie de famille l'enterre. Au secours ! Je ne sais pas vous dire à quel point ce bouquin m'a dérangée. J'en avais de plus en plus marre et j'étais pressée d'en finir.

Il faut dire aussi que j'avais totalement craqué pour Benny et Désirée, il y a cinq ans. J'avais espéré pour eux des lendemains meilleurs et des rêves impossibles à réaliser. Bref, je les voulais heureux. Je pensais qu'en bravant les barrières qui les enfermaient chacun de leur côté, ils seraient parvenus à être plus forts que tout. Il n'en est rien ! J'ai comme l'impression que ce roman, en plus du reste, veut me convaincre que les opposés s'attirent mais qu'ils ne peuvent pas être heureux. Hop, total échec.

Et puis ce n'est même pas drôle. C'était un point fort du précédent roman, mais là j'ai trouvé que c'était essentiellement acerbe et donc démoralisant. En somme, je suis déçue et très triste parce que c'est désormais l'image qu'il va me rester du couple de Benny et Désirée. Vision d'un couple qui partage le même toit, alors qu'ils sont devenus des étrangers l'un pour l'autre - bleh.

Le Caveau de Famille - Katarina Mazetti
Gaïa (2011) - 237 pages - 20€
traduit du suédois par Lena Grumbach

Voici des extraits :

Il y a la partie joyeuse et qui fait sourire ...

- Tu pourras faire ce que tu veux dans notre chambre, à part faire monter des messieurs ! ai-je dit.
J'avais encore à l'esprit le malaise qui s'était installé la dernière fois que je m'étais mis en tête d'égayer un peu la pièce.
- Si tu la veux entièrement blanche et sans rideaux avec un lit d'hôpital en tube d'acier pour toi, n'hésite pas ! Et une lampe de chevet, bien sûr, mais l'extinction des feux est à dix heures ! Tout ce que je demande, c'est de garder mes bonnes vieilles couvertures de cheval et mes oreillers crottés, et un petit tabouret dans un coin pour poser mes vêtements.
- Dix heures ? a-t-elle dit d'une voix assez pointue.
- Après tu liras avec une lampe de poche sous la couverture. Je me lève à cinq heures et demie, moi.
Elle pouffa.
- Tu sais, c'est comme ça que les livres sont les meilleurs !
Voyez, un petit nuage de perturbation qu'on a réussi à dissiper en bonne intelligence. C'était prometteur pour l'avenir. Ce qu'on est obligé de supporter, on peut tout aussi bien apprendre à l'aimer.

Et puis le reste...

(...) je n'aurais pas échangé la Crevette même contre Julia Roberts. Elle est toujours mon amour impossible, ma Crevette désespérante dans ses savates qui font cloc cloc, du vomi de bébé sur l'épaule et des cheveux tellement emmêlés qu'on dirait qu'elle s'est coiffée avec un pétard... Elle ne s'est jamais mise en quatre pour son apparence avant, ce n'est pas avec notre mariage qu'elle a commencé, pourrait-on dire. L'autre jour quand elle s'est fâchée tout rouge seulement parce que je suis entré dans la cuisine chercher des tenailles, elle a même commencé à délirer sur de la thérapie familiale, alors je me suis dit que là, tu rêves ma petite Crevette, si je t'ai prise dans la barque, je te mènerai à bon port, même si je dois t'amarrer au banc de nage. Et d'ailleurs, comment tu trouverais le temps d'aller chez un thérapeute, toi qui te plains de ne même pas avoir le temps d'aller au cinéma ?
- Je me demande si tu m'as jamais aimée, a-t-elle reniflé quand je me suis permis quelques commentaires sur son planning ce jour-là. En tout cas, il est évident que tu ne m'aimes plus. Tu ne me vois que comme une stagiaire incapable qui serait en apprentissage chez toi.
Comment ça, "aimée", qu'est-ce qu'elle veut dire ? Les femmes parlent d'amour et se rappellent les anniversaires de mariage et la Saint-Valentin et elles se pendent à votre cou et demandent si vous les aimez. Bengt-Goran, lui, il a acheté de nouvelles jantes à Violette et moi, putain, j'ai quand même construit la véranda !
Je crois qu'il en va de l'amour des hommes comme de l'infarctus des femmes. Il n'est jamais détecté, parce qu'il a de tout autres symptômes ! 

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02/03/11

Les yeux aux ciel

IMG_2623C'est l'histoire d'une famille qui se retrouve pour l'anniversaire du patriarche. Quelques jours dans la grande demeure près d'une plage bretonne. Un par un, les enfants, devenus à leur tour des parents, arrivent avec leurs valises trop lourdes. Des valises qu'ils videront au compte-goutte, mais pas pour plomber l'ambiance. C'est incroyable ce que quelques jours passés ensemble vont finalement déclencher chez les uns et les autres.
Achille, l'aîné issu d'un premier mariage, reproche à son père d'avoir été délaissé et confié à l'éducation rigide de sa mère. Il n'aurait pourtant suffi d'un seul geste pour qu'il plaque tout et se réfugie dans le cocon créé par Marianne, la nouvelle épouse de Noé.
Et pourtant, Marianne est une femme sèche et peu maternelle. Excentrique à ses heures. Elle a lancé de gros travaux pour restaurer la maison. Petit à petit, tous les souvenirs s'effacent. C'est un bien pour un mal, car trente ans plus tôt, un drame a eu lieu. Et cette absence pèse encore.
Merlin, l'éternel vagabond, en est encore fortement marqué. Il cherche continuellement à se racheter. Sa conduite passée lui vaut toujours la méfiance et les sarcasmes de ses proches. Il a par exemple confié sa fille, Scarlett, à ses parents. Aujourd'hui il aimerait la "reprendre", mais cette déchirure est mal vécue.
Lena, la soeur aînée, s'estime malheureuse et au bout du rouleau. Sa vie d'épouse et de mère ne l'enchante plus. Elle se sent éteinte. Stella, la cadette, est spectatrice de son vague à l'âme, mais n'ose pas l'aborder pour l'encourager à davantage de confidences. Elle-même n'est pas venue le coeur léger, elle aussi a peur de grandir et ne se retrouve plus dans sa relation actuelle.
Et ainsi, mis bout à bout, les histoires de cette famille nous touchent et nous prennent par la main. Il règne une belle et délicate ambiance, sous ce climat breton, ensoleillé et ronronnant. C'est doux, réconfortant. Un nid douillet, même si les fantômes font leur sieste. Il n'y a pas de portes qui claquent, pas de révélations qui font mal, pas de gifles qui sifflent dans l'air. C'est davantage dans l'introspection que les membres de cette famille vont se bousculer, et personnellement cela m'a vraiment plu.
J'ai beaucoup aimé cette ambiance que j'ai trouvée chaleureuse et tendre, même derrière le dépit et l'amertume. C'est un roman sur les secrets de famille qui ne revendique aucune prétention, et je l'aime pour ça.

Les yeux au ciel - Karine Reysset
Editions de l'Olivier (2011) - 190 pages - 17€
EN LIBRAIRIE LE 3 MARS.

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Birth Marked : Rebelle

RAPPEL : la sortie en VF du roman de Caragh M. O'Brien, parce qu'il est bon et fort, parce que je l'aime et parce que j'y pense encore, parce qu'il ne fait pas beaucoup de bruit, parce qu'il mériterait de s'imposer.

Traduit de l'anglais (USA) par Hélène Bury

IMG_2615Birth Marked nous plonge dans une ambiance sombre, poussiéreuse, amère et inquiétante. C'est l'histoire de Gaia Stone, seize ans. Elle a suivi l'exemple de sa mère en devenant sage-femme. A son tour, elle aide les femmes à accoucher et prend leurs bébés pour les confier à l'Enclave. C'est son devoir. Elle est jeune et déjà mature pour son âge, pourtant elle ne remet pas en question le principe du bien et du mal. Elle a deux frères aînés qui vivent derrière les murs, au coeur de la cité plus riche et prospère, loin de Wharfton où vit la population plus modeste. Sa mère lui a appris à tatouer chaque bébé en leur mémoire, tout en offrant une tasse de thé aux parturientes. Et ainsi va la vie.

Puis, un soir, en rentrant chez elle, Gaia découvre le Sergent Grey venu lui annoncer l'arrestation de ses parents. Ils seraient suspectés de trahison, la jeune fille tente de défendre leur honneur et refuse de se plier à l'interrogatoire. Ses soucis ne font que commencer, mais qu'importe, il est temps d'agir et Gaia décide de franchir clandestinement le Mur.

La suite de l'histoire ne cesse de surprendre, de secouer, de terrifier et d'abasourdir. C'est lourd, c'est fort mais c'est bon. Il y a à la fois un calme apparent et un suspense tendu au cordeau, l'action ne manque pas, de plus il n'est pas rare de tomber sur des rebondissements au détour d'une page. L'auteur a su cultiver une tension permanente, c'est captivant.

Gaia elle-même est une héroïne attachante, qui manque totalement de confiance en elle. Une cicatrice mange une partie de son visage, depuis toujours elle a enduré les réflexions, les regards et les moqueries. Elle se sent monstrueuse, aussi elle s'est réfugiée dans son travail, solitaire et malheureuse, pour ne plus y penser. Espoir vain. En débarquant au coeur de l'Enclave, elle attire aussitôt l'attention. Son physique, d'abord. Et aussi ses choix de vie et de survie. Gaia Stone devient une héroïne, à l'image d'une Katniss Everdeen, car sans le savoir, sans le vouloir, elle va représenter l'espoir et devenir un symbole d'insoumission.

J'ai aimé aussi la romance, pudique et balbutiante, qui naît au fil des chapitres. Pour une fois, le coup de foudre ne s'impose pas. Les deux personnages sont face à face, ils ne se comprennent pas et parfois se déçoivent, toutefois le lien existe, se tisse doucement mais sûrement. D'ailleurs, les dernières pages nous renvoient cruellement à nos foyers, en nous plombant le coeur. Quelle déchirure. La suite - en VO - est annoncée pour NOVEMBRE 2011. Il semblerait que l'édition française suivra de près, avec une probable parution du tome 2 cet automne, en plus du titre déjà  révélé (et c'est tout un programme) : Bannie !

A noter : l'édition française avec son ruban autour du roman - une très chouette idée !

Birth Marked : Rebelle - Caragh O'Brien
Mango (2011) - 397 pages - 18€
traduit de l'anglais (USA) par Hélène Bury

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01/03/11

Teaser Tuesday #9

Tuesdayteaser- Ils ont remis ça. On n'a rien de mieux à faire maintenant que d'aller se coucher. En tout cas, moi, j'y vais, me dit Matthieu en traversant le couloir.
Il a raison, ils n'ont même pas allumé de feu dans la cheminée comme ils nous l'avaient promis, et comme ils le font souvent, le vendredi soir.
Je suis au bout du couloir, devant la glace accrochée contre la porte des toilettes. J'y reconnais le clown que notre père a fabriqué et qui trône sur la petite table verte, et, suspendu au mur, le tableau que notre mère aime bien, il s'appelle L'attente et m'a toujours plu. Il montre une femme accoudée à sa fenêtre donnant sur un canal à Venise.
Matthieu est parti se coucher sans se laver, je ne me laverai pas non plus. Dans la glace, j'aperçois maman qui avale ses comprimés. Oui, il y a encore eu de l'eau dans le gaz avec papa.
On n'est pas des oiseaux - Gisèle Bienne

Vous vous souvenez de ce que vous faisiez, vous, pas plus tard que lundi dernier, vers sept heures trente-deux du matin ?
Eh bien moi, oui. Sans imaginer une seconde dans quoi je m'engageais (pauvre andouille que j'étais), je venais tout simplement d'ouvrir les yeux sur le premier jour de la semaine du paon.
A la recherche du paon perdu - Angélique Villeneuve

Je vais vous raconter ce qui m'est arrivé quand j'avais treize ans. C'est une chose que je n'oublierai jamais, à croire que cette histoire m'a pris au collet. Cela peut paraître étrange, mais je sens encore ses mains sur moi, et cette impression est si précise que je suis même capable de dire qu'elles sont gantées.
Tant que cette histoire restera secrète, elle me retiendra prisonnier. Aujourd'hui, en écrivant, je commence à éprouver un léger soulagement. Les "mains" de l'histoire sont toujours sur moi, mais un "doigt" a relâché sa pression, comme pour me promettre que, lorsque j'aurai terminé, je serai libre.
Tout a commencé par une odeur de purée de pommes de terre.
Le livre sauvage - Juan Villoro

Sur l'écran, comme dans ma tête, les images sont mélangées. Depuis la surface du volcan, s'écoule un long magma incandescent. J'ouvre un oeil et défilent tous azimuts des cargos assommés de marchandises, des manchots empereurs et des astronautes.
Je tends l'oreille mais les mots n'ont pas de sens.
C'est une bouillie ininterrompue.

Je change de chaîne, et déjà ils en parlent.
Ils n'ont qu'un mot à la bouche : l'accident.
Entre deux rafales - Arnaud Tiercelin

Il m'a dit : "Tu vas aller faire un tour chez les fous, ça va t'apprendre à vivre !"
Parce que les spécialistes sont là pour ça. Ils ont la formation pour formater, en douceur et en cachets aussi. La chimie des molécules pour rétablir les connexions, le droit chemin des sentiments. Alors il m'a dit : "Va chez le psy !" En consultation pour ado en perdition. Ado paumé, à la ramasse, ado en panne, panne de sourire et panne d'amour. Ado cliché, ado fourre-tout.
Contre courants - Richard Couaillet

Pêle-mêle Clarabel #24

Enfin des nouveaux Zig Zag !

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J'étais curieuse de lire le roman de Rachel Corenblit, Ceux qui n'aiment pas lire. Parce que c'est un fait tellement répandu, il ne faudrait pas l'oublier. Imaginez un groupe d'enfants - ceux du club qui n'aiment pas lire - qui lance leur propre révolution en mettant à sac la bibliothèque. Ce qu'ils revendiquent ? D'être libres de lire ou de ne pas lire. De lire seulement s'ils en ont envie et ce qu'ils désirent, pas ce qu'on leur dicte. C'est tellement vrai, le roman rappelle des paroles grinçantes - il faut lire des classiques pour être cultivé (au secours !) - et malheureuses qui s'échappent trop souvent des bouches des adultes. Les enfants n'en peuvent plus, ils se sentent transparents, il est temps d'agir et de faire réagir.
Globalement, ce roman n'apporte rien de neuf et c'est même une pitié de devoir toujours répéter l'un des messages qu'il véhicule, comme de devoir batailler contre de vieilles idées préconçues concernant la jeunesse et les livres... tout ça m'épuise. Alors, que retenir ? La couverture est flippante, mais ça fait partie de son charme. L'histoire est folle, complètement folle. Elle ne m'a, toutefois, pas complètement séduite. Cependant, j'espère de tout coeur que le message sera entendu - un enfant a le droit de ne pas aimer lire, ce n'est pas une honte. (Mais pas besoin de se livrer au vandalisme non plus !)

Ceux qui n'aiment pas lire - Rachel Corenblit
Illustrations de Julie Colombet
Rouergue, coll. Zig Zag (2011) - 6€

Petite bulle de fraîcheur avec le roman de Thomas Gornet ! J'ai beaucoup aimé l'histoire de Zouz, qui doit lutter contre sa surchage pondérale, comme l'a dit le docteur. Sa maman lui concocte donc un programme pour chaque mercredi en diversifiant les activités sportives ! L'angoisse. Zouz déteste le sport !
Chaque expérience est pour le lecteur un grand moment d'humour, mais attention, on ne se moque pas non plus ! On devine le calvaire de Zouz, on le partage, on compatit. Et sa mère qui s'entête et s'acharne à trouver LE sport qui lui conviendrait le mieux... c'est désolant pour le garçon. Or, Zouz ne cherche pas à susciter la pitié, il a un don pour l'auto-dérision qui force l'admiration. Et en même temps, il ne cache pas sa détresse. C'est sur cette belle ambiguité qu'il devra composer et tirer profit, en trouvant l'activité du mercredi où il s'épanouira ENFIN !
Ce petit roman est vraiment génial, il est drôle, un peu ironique (dans le bon sens) et donne franchement envie de connaître Zouz pour de vrai. J'ai également beaucoup aimé les illustrations de Clothilde Delacroix !

Mercredi c'est sport - Thomas Gornet
illustrations de Clothilde Delacroix
Rouergue, coll. Zig Zag (2011) - 6,50€ 


28/02/11

Il était une fois un fringant jeune homme à marier...

IMG_2900Au départ, il faut rappeler la série Cranford, réalisée pour la BBC et adaptée de trois ouvrages de Mrs Gaskell, dont celui-ci. Les Confessions de Mr Harrison nous racontent, en seulement 140 pages, l'arrivée du jeune docteur à Duncombe, la ville jumelle de Cranford, où vivent majoritairement des veuves et des vieilles filles. Son statut de célibataire lui confère bien des égards, imaginez donc, c'est la course avec les coups de coude, les ronds de jambe empruntés, les bouches pincées et les mines contrites, un pur régal pour le lecteur qui savoure cet étalage de minauderie.
Mr Harrison, en plus d'être un médecin débutant qui doit faire ses preuves et combattre les clichés, use de tout son flegme et de toute la bienséance de son rang pour ne pas s'embourber dans des situations maladroites, en y parvenant difficilement - le contraire serait ennuyeux ! De plus, le jeune homme s'est entiché de la fille du clergyman, la seule qui ne se plie pas au jeu de la séduction ou qui cherche à tout prix à l'apercevoir, lui parler et passer du temps en sa compagnie, bataillant contre la horde des amazones qui veulent sa peau de célibataire !
C'est parfaitement cocasse. L'image faite des femmes de Duncombe n'est pas très flatteuse, mais il y a de l'affection derrière, qu'on se le dise. Les Miss Tomkinson ou Mrs Rose ne sont pas que désespérées, il ne faudrait pas les réduire à des hystériques en quête d'une situation, même si Mrs Gaskell dépeint là une triste et cruelle réalité. Ne nous leurrons pas.
C'est un court ouvrage, à la base publié sous forme de feuilleton (ceci pouvant expliquer les quelques impairs sans grande importance relevés ci ou là), qui a eu pour avantage de me replonger dans la délicieuse ambiance de Cranford. Tous mes souvenirs liés à cette série sont réapparus et le bonheur a été immédiat. Ce fut bien court, mais bien bon.

Les Confessions de Mr Harrison - Elizabeth Gaskell
L'Herne (2010) - 142 pages -15€
traduit de l'anglais par Béatrice Vierne

Lire le premier chapitre

babelio

 

 

Il n'est jamais trop tard pour découvrir CRANFORD !

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26/02/11

Rien qu'un jour de plus dans la vie d'un pauvre fou

IMG_2717Cela commence par la disparition d'une petite fille, puis plus rien.
Nous nous retrouvons près d'un lac, à Sponge, petite ville tranquille où il ne se passe jamais rien. C'est la coutume. Y vivent Alice et Jean-Alain, deux adolescents pas comme les autres, bientôt acteurs d'un drame qui risque de se retourner contre eux. En effet, Laura, treize ans, a disparu. La gendarmerie suspecte aussitôt Linlin, surnom donné à Jean-Alain parce qu'il lui manque quelques cases. Seul Nour, l'un des enquêteurs, va vouloir chercher la petite bête.
Que vous dire ? L'ambiance est pesante, le stress est palpable, et le malaise certain. Le fait de se glisser dans la peau des uns et des autres exacerbe le trouble ressenti. Impossible d'être étranger, de prendre du recul. Il y a un effet d'absorption à ce que vit la petite communauté de Sponge qui nous étourdit. Pas sûr d'en sortir indemne, même.
M. Nozière a l'air de distiller les secrets et les doutes derrière les jolies façades polies. Il a fait de Sponge le théâtre de toutes ses obsessions - et des nôtres, en conséquence. C'est fichtrement fascinant, parce que ce n'est pas lisse, parce que ça dérange et parce que c'est aussi ce que je recherche. J'ai lu ce livre en suffocant, j'avais envie de connaître le dénouement, et je me sentais liée au sort des personnages envers lesquels nos sentiments ne cessent d'évoluer.
C'est un roman policier qui colle au siège et qui provoque des sensations de gratouille. Je ne suis pas sûre de l'effet désiré, mais s'il comptait faire mal, s'il cherchait à réveiller le lecteur et s'il espérait que celui-ci ne puisse plus fermer les yeux sans songer à Elise, ou Freddy, ou Linlin, Nour, Alice... enfin bref, c'est réussi.

NB : JP Nozière a emprunté une phrase du roman de Tom Robbins, Comme la grenouille sur son nénuphar, pour le titre de son propre roman. Effet assuré !

Rien qu'un jour de plus dans la vie d'un pauvre fou - Jean Paul Nozière
Editions Thierry Magnier (2011) - 260 pages - 15,50€

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25/02/11

Pêle-mêle Clarabel #23

Ou comment dénicher de bons romans historiques pour les petites lectrices (la mienne, surtout)...

IMG_2631Eulalie de Potimaron est une charmante héroïne, délurée et intrépide, qui ignore tout des règles et qui doit donc se rendre à la Cour de Versailles pour y remédier et devenir une demoiselle accomplie. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Eulalie jure comme un charretier (Morbleu ou Ventre-Saint-Gris fleurissent régulièrement dans sa bouche), n'hésite pas à revêtir des habits de garçon pour parcourir librement les couloirs du château, se réfugie sous les combles et s'entraîne à l'épée (quitte à accepter un duel après s'être sentie insultée par un malotru), de plus elle ne se sépare jamais de son lapin, Ti-Tancrède. 
On ne s'ennuie pas à ses côtés ! Accessoirement, elle deviendra également l'intermédiaire des amours secrètes entre Marie-Louise et le Dauphin, cherchera à découvrir le secret d'un tableau qui parle ... et j'en passe.
Certes, le contenu est léger, mais l'intrigue est bien rythmée.
De même, bien qu'une telle personnalité soit peu probable pour l'époque, Eulalie de Potimaron est une héroïne pétillante qu'il est bien difficile de snober. D'autres aventures sont d'ailleurs prévues, toutes plus divertissantes et impensables. Toutefois, il est bon de souligner le travail apporté quant à la véracité historique, au-delà des fioritures romanesques, et qu'on croise sans moufter des figures aussi symboliques que Madame de Montespan, Mademoiselle, fille de Monsieur (frère du Roi), et le Dauphin en brossant une description habile et succincte à chaque fois.
Voilà une manière astucieuse d'apporter des données instructives tout en distrayant.

Les folles aventures d'Eulalie de Potimaron : A nous deux, Versailles ! - par Anne Sophie Silvestre
Illustrations d'Amélie Dufour
Flammarion (2010) - 150 pages - 12€
dès 10 ans !

IMG_2629Le succès des romans historiques pour jeunes lecteurs n'est pas à démentir, et le règne de Louis XIV et du faste versaillais ne cesse de nourrir les esprits et d'attiser les appétits jamais rassasiés !
Cette nouvelle série signée d'Arthur Ténor conjugue avec intelligence les faits véridiques et la part romanesque. Jean de Courçon est page à la Cour de Versailles (il est encore élève, plus précisément), il s'est entiché de Prunelle, la fille du jardinier, et ensemble ils vont tenter de mettre un terme aux actes de malveillance qui sévissent autour des fontaines du roi.
L'intrigue est enlevée, et de plus le ton est drôle, ce qui n'est pas pour me déplaire. On trouve des situations cocasses et d'autres qui tiennent en haleine - le suspense est entier, il y a pas mal de rebondissements et l'action ne faiblit jamais. La jolie romance entre Jean et Prunelle apporte également beaucoup de douceur et de sourire. Tout m'est franchement très sympathique. J'ai été séduite par l'intrigue, alors même que la couverture illustrée par Benjamin Lacombe me touchait déjà en plein coeur.  ♥

A L'Ecole des Pages du Roy Soleil : Sabotages en série à Versailles - Arthur Ténor
Seuil jeunesse (2011) - 206 pages - 10€
illustration et conception graphique de couverture : Benjamin Lacombe

Apolline en mer

IMG_2388Il s'agit du 3ème livre d'une série qui peut se lire sans ordre précis. Et franchement, je suis toujours aussi enchantée !
L'édition française n'a pas offert les lunettes des marais de M. Munroe (contrairement à l'édition originale, j'entends bien). Mais ce n'est pas plus mal car j'avais - personnellement - beaucoup de mal à décrypter les images cachées sur fond vert. Si l'occasion se présente, faites le test !
J'aime beaucoup cette série de Chris Riddell, c'est frais, drôle, inventif et invraisemblable. Cette fois, Apolline se rend en Norvège pour retrouver son meilleur ami qui s'est fait la malle. Il a plusieurs fois tenté d'attirer l'attention de la fillette, sauf qu'elle avait le nez plongé dans ses recueils de voyage, à la recherche d'une destination pour leurs prochaines vacances.
L'ami Munroe a tranché, il a plié bagage, le coeur lourd, et est retourné chez lui, à la quête de ses origines. Le plus suprenant, dans cette aventure, consiste avant tout à découvrir les moyens de locomotion pour nos héros avant de parvenir à leur but (à dos de baleine, sur des tortues ou entre les griffes d'un aigle des mers, mais aussi en sous-marin, en hydravion ou sur un radeau polynésien).
C'est un tome riche en rencontres toutes plus burlesques les unes que les autres. Il en ressort un vrai plaisir de lecture, c'est charmant et délirant ! Les illustrations sont toujours aussi soignées, elles complètent définitivement l'intrigue (les chapitres concernant M. Munroe sont, effectivement, sans paroles !).
C'est une série à conseiller pour les plus jeunes, et les moins jeunes. Je ne vous cache pas que je suis particulièrement fan d'Apolline et de Chris Riddell et ne peux que vous inciter à les connaître au plus vite ! Vous ne serez pas déçus du voyage.

Apolline en mer - Chris Riddell
Milan jeunesse (2011) - 175 pages - 11,50€
traduit de l'anglais par Amélie Sarn

Passons au test comparatif ! ;o)

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24/02/11

"Maman avait oublié de prévenir la nouvelle baby-sitter à propos du sous-sol."

IMG_2622Chloe Saunders voit des fantômes. Depuis son plus jeune âge, en fait. La puberté aidant, ses visions cauchemardesques reprennent, l'adolescente pense devenir folle, son père décide alors de l'interner à Lyle House, un centre qui accueille d'autres jeunes souffrant de troubles psychotiques. Le choc est rude mais Chloe est résolue à soigner son mal. Les pensionnaires qu'elle croise la font trembler, eux aussi ont leurs secrets et elle est curieuse d'en apprendre plus, même si cela risque de l'entraîner sur les chemins de la dissidence, jusqu'à mettre sa propre vie en péril !

L'histoire a du potentiel, et encore... à force de lire des romans de la catégorie YA Paranormal, les mêmes intrigues s'embrassent et se copient entre elles. C'est le risque. J'avais de bons échos concernant l'auteur, Kelley Armstrong, qui s'illustre avec sa série des Femmes de l'Autremonde, j'avais donc placé une confiance absolue dans Pouvoirs Obscurs. Hélas, j'ai été déçue. Je n'ai pas beaucoup apprécié ce premier tome, qui souffre de son leadership car l'histoire prend énormément de temps à se mettre en place. Par contre, l'ambiance de Lyle House est suffisamment glauque pour vous donner la chair de poule et cela n'est pas pour me déplaire. Cela donne un peu de piment.

Les personnages aussi ont peiné à me séduire - l'héroïne est banale et ennuyeuse. L'archétype des adolescentes empotées, qu'on a très envie de secouer. Or, dans l'ensemble, nos protagonistes sont tristement caricaturaux. C'est dommage. La fin connaît quelques soubresauts qui veulent sortir le lecteur de sa torpeur - ok, ce n'est pas fondamentalement mauvais, mais ça ne m'excitait pas davantage. Je suis sortie de ce roman lessivée et passablement déçue. Frustrée d'avoir trop espéré et d'en avoir si peu reçu. Nous verrons pour la suite, ce n'est pas gagné.

Pouvoirs Obscurs #1 : L'invocation - Kelley Armstrong
Castelmore (2011) - 375 pages - 12,90€
traduit de l'anglais (USA) par Olivia Bazin

Il s'agit d'une trilogie. L'éditeur français a privilégié une parution rapprochée des trois tomes puisque la suite paraîtra respectivement en mars et mai 2011.

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