04/07/09

Mes vacances sans Edgar ~ Claire Julliard

mes_vacances_sans_edgarLes vacances aux Mansardes, la maison de campagne de la famille Maladier, s'annoncent mal, très mal. Atroces, comme disent les soeurs Alice et Mélanie. Accusées de trop manger, elles affichent des kilos en trop qui dégoûtent Annabelle, longiligne et rigoureuse, mais au tempérament mal trempé dans l'acide. Charlotte a suivi la petite troupe, s'est greffée au noyau familial qui compte également Emilien et Julius. Or, tous les cinq ont le mal d'Edgar, le cousin qui vit une success story entre Paris et Saint Tropez, heureux chanteur à la mode, détenteur du fameux tube de l'été. Edgar n'a donc pas tenu sa promesse, il ne se joindra pas au groupe pour l'été et son absence pèse sur l'atmosphère rendue électrique.
Charlotte, la narratrice, est mélancolique malgré elle. Elle avait une histoire secrète avec Edgar, une amourette qui n'a pas supporté le monde du showbiz, néanmoins elle préfère taire ses frustrations et jongle entre les cousins pour calmer les chaudes humeurs et les échanges de noms d'oiseaux.
Et puis Edgar débarque, et avec lui un mini cyclone qui va tout mettre sens dessus dessous.
L'histoire montre un groupe en souffrance, enfermé dans sa fascination pour un garçon en apparence formidable, mais en dedans moins extraordinaire. Son arrivée à l'improviste va propulser des émotions trop longtemps enfouies, va aussi permettre d'ôter des oeillères chez ces adolescents dégingandés et indolents. Le rythme du roman m'est apparu mou, dans le bon sens. Tous s'ennuient, guettent, épient et tendent l'oreille vers le retour du guerrier. A un moment la narratrice évoque sa lecture d'un roman de Françoise Sagan, Le garde du coeur, et justement je me faisais la réflexion que la prose de Claire Julliard s'y approchait magnifiquement.
Hélas, dès lors que le bel Edgar fait son apparition, l'histoire devient beaucoup moins intéressante. Tout y passe : la célébrité soudaine, la musique commerciale, le star-system, les dérives... L'ensemble m'a semblé trop cousu de clichés. J'ai beaucoup moins apprécié et j'ai préféré vite boucler ma lecture qui ne me correspondait plus du tout. Plus dans la bonne tranche d'âge, dirons-nous.
A conseiller aux ados, dès 12-13 ans. Ou plus. Ou moins. Je ne sais pas ! ;)

Medium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 146 pages - 9,00€

illustration de couverture : Franck Juery      

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lectures du mois #6

en juin, mois qui a filé plus vite que l'éclair, j'ai aimé ...

chagrin_du_roi_mort      un_amour_prodigue

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03/07/09

En poche ! #27

Le secret ~ Frédéric Lenoir

« Emilie fut la seule à remarquer que son fils avait dans le regard quelque chose de nouveau, d'indéchiffrable, une lumière impalpable qui lui rappelait ce bonheur intérieur qu'elle-même ressentait lorsqu'elle allait visiter son propre secret. Elle sut que Pierre taisait l'essentiel, mais elle resta silencieuse. »

le_secretPierre Morin est un jeune homme élevé seul par sa mère, garçon atypique car rêveur, secret et pur. Il apprécie davantage être en communion avec la nature, les fleurs, les animaux qu'au milieu des hommes. A part la fille du cafetier, la jolie Pauline, dont il est secrètement amoureux... Un jour, lors d'une chute contre le pied d'un saule pleureur, il perd connaissance, est porté disparu pendant deux jours et est retrouvé dans cette posture, mais avec une lueur étrange et nouvelle dans les yeux. Pierre possède désormais un secret ! Lequel ? Les gens pensent de lui qu'il est simple d'esprit, fou, idiot. Mais lorsqu'il hérite inopinément d'une grande bastide et de plusieurs hectares de terres, il devient aussitôt la coqueluche du village, le nouveau bon parti pour toutes les filles à marier, Pauline compris.

Dans cette histoire qui se passe au coeur d'un village d'un autre siècle, l'auteur dépeint essentiellemnt les cupidités, les avidités et les perfidies qui naissent chez le commun des mortels. La figure de Pierre Morin semble la seule à s'élever au-dessus du lot. Devenu la cible des pires calculs, victime de toutes les bassesses inimaginables chez l'homme, Pierre préserve un secret qui exacerbe les passions. Frédéric Lenoir maîtrise le jeu du début à la fin, mais s'affale aux dernières pages. L'issue apparaît soudainement bien décevante alors que le lecteur avait été tenu en haleine jusque-là. Cela fait l'effet de trouver une mouche dans sa soupe, après de succulentes lampées. Très frustrant, donc.

(lu en février 2006)

Livre de Poche, 4,50€

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7 jours à River Falls ~ Alexis Aubenque

7_jours_river_falls

Ce thriller à la sauce américaine a en fait été écrit par un libraire français. L'action se passe dans une petite ville près de Seattle, mettant en scène un shérif, une profileuse et des étudiants de bonne famille, tous très beaux, intelligents et branchés.

Même si personnellement j'ai moyennement accroché à cette lecture, lui trouvant un air de feuilleton sans grande originalité, je peux comprendre qu'il parvienne à séduire un lectorat avide de sensations. A River Falls, les corps de deux étudiantes ont été retrouvés, portant des traces de sévices et autres tortures. Le shérif Logan est assisté d'une profileuse du FBI, Jessica Hurley, qui est aussi son ancienne petite amie. La fin se révèle assez riche en rebondissements.

Un deuxième livre vient de paraître, Un automne à River Falls, avant le troisième opus qui bouclera cette trilogie.

(lu en août 2008)

Livre de Poche, 6,95€

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Sortilèges de dentelle ~ Brunonia Barry

 

sortileges_de_dentelleTowner, trente-deux ans, vit seule en Californie lorsqu'elle reçoit un appel de sa famille de Salem qui lui apprend la mystérieuse disparition de sa grand-tante Eva. N'écoutant que son affection envers cette femme qu'elle aimait plus que tout, Towner retourne à Yellow Dog Island qu'elle s'était jurée de quitter à jamais. Quinze ans auparavant, Towner a perdu sa soeur jumelle, Lindley. Elle s'est toujours sentie responsable de cette mort, notamment parce qu'elle est comme toutes les femmes de la famille Whitney capable de lire l'avenir dans la dentelle. A l'instar de sa grand-tante Eva. Pourquoi n'ont-elles pu la sauver ? C'est un mystère parmi d'autres que ce retour aux sources va forcément chercher à soulever.

J'espérais un instant de lecture plus passionnant, j'avoue, je me suis vaguement ennuyée par moments. Je crois que le roman est trop long, avec une centaine de pages en moins j'aurais jugé l'impact plus percutant. L'idée de baser l'histoire à Salem était intéressante, on y découvre un folklore particulier, qui sort des sentiers battus, et contre lequel la ville cherche d'ailleurs à s'imposer en se taillant une nouvelle réputation (or, dur d'effacer des siècles d'histoire !). Les personnages sont des originaux difficiles à cerner, mais ce ne sont pas des tordus. Il ne faut pas non plus s'attendre à une intrigue policière poussée, la disparition d'Eva trouve une explication. C'est finalement sur la personnalité de la narratrice - Towner Whitney - que repose tout le roman. En vrai, elle se prénomme Sophya, elle est folle et elle ment tout le temps. Voilà le programme des festivités annoncé en préambule.

Donc, nous avons : un joli titre (en v-o, on parle de The Lace reader), une couverture réussie, un cadre excitant, des personnages profonds, une intrigue entrelacée à des secrets de famille, une communauté en autarcie. En gros, je pense que c'est un roman intéressant, avec des lacunes et des bonnes choses. Je lui souhaite une seconde chance en format poche pour conquérir un plus large lectorat. Il le mériterait...

Calmann-lévy, 2009 - 375 pages - 18,90€
traduit de l'anglais (USA) par Jean-François Chaix

 

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02/07/09

La main de gloire ~ Jean Luc Bizien

la_main_de_gloireAyant beaucoup apprécié le volume précédent, La chambre mortuaire, je n'ai pas hésité à lire la suite des aventures de Sarah Englewood, jeune anglaise entrée au service de Simon Bloomberg, un aliéniste qui exerce son métier chez lui, dans sa maison-pyramide de la rue Mazarine, une sorte de cour des miracles, où il accueille ses patients avec lesquels il choisit de discuter pour mieux les guider vers la guérison. Cette méthode, pour l'époque, est absolument révolutionnaire et décriée par ses pairs !

Bref, de récents événements ont bouleversé la vie de Bloomberg (je maintiens le secret pour ceux qui n'ont pas lu le premier tome, car il s'agit d'éléments importants). L'homme est désormais apathique, et seul le dévouement de Sarah lui permet de ne pas sombrer dans une grave dépression. Tandis qu'à Paris l'exposition universelle bat son plein, les services de la Sûreté découvrent en pleine rue une main momifiée puis des cadavres en chaîne. Raoul Mesnard et Léonce Desnoyers sont sur les dents, il faut comprendre vite cet imbroglio macabre et prendre de court la presse. Pour cela, ils sollicitent le jugement éclairé de l'aliéniste Bloomberg, en dépit de sa léthargie consternante. Qui sait ? Un dossier peut en chasser un autre...

Ce deuxième livre confirme les qualités de cette série qui est riche, passionnante, avec des personnages complexes mais au charisme avéré. Il est nécessaire d'avoir lu le précédent roman pour bien comprendre celui-ci, lequel rassemble deux, trois points légèrement frustrants. Tout d'abord, dès les premiers chapitres, la part de documentation sur l'Expo de Paris est énorme, très importante, au risque de paraître trop didactique. L'intrigue policière est, par conséquence, plus en retrait et ne se déploie qu'à mi-parcours. Petite déception aussi de peu retrouver l'ambiance de la cour des miracles, si prenante et fascinante dans le livre précédent. A contrario, on croise des figures peu communes, comme Buffalo Bill, ou le magicien chinois Chung Ling Soo. Ce sont des détails infimes, car je le répète, cette série de JL Bizien est une formidable découverte !   

10/18 Grands Détectives, 2009 - 250 pages - 7,90€

Merci l'auteur ! Et vivement le prochain. ;o)

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01/07/09

Des livres à gagner pour les lecteurs du blog

Grâce aux éditions Gallimard jeunesse et Véronique, je vous offre la possibilité de gagner :

  • 5 romans  "Journal Intime de Georgia Nicolson" le_coup_passa_si_pres
  • Pour cela, voici 3 questions pour vous départager (merci de donner vos réponses par email : clarabel76@yahoo.fr )

    1. Comment se prénomme l'héroïne du roman de Mary Hooper, La maison du magicien ?
    2. Qui signe les illustrations de la série Bogueugueu de Béatrice Fontanel ?
    3. Combien de tomes de la série Georgia Nicolson de Louise Rennison sont actuellement disponibles en français ?

    Bonne chance à tous !

    Mon avis sur le roman ICI

    edit du 5 juillet :

    Les jeux sont faits !

    Le sort en a décidé - en fait, la blanche et innocente main de mademoiselle ma fille a effectué le tirage au sort - et les gagnants pour remporter un roman "Journal Intime de Georgia Nicolson" sont :  le_coup_passa_si_pres

    Cécile de Canelkili - Ludivine du Petit monde de Ludi - Ori du Pays d'Ori - Elfe de Côté lecture - Nanou de Rue du Siam

    (contactez-moi pour vos coordonnées, merci !)

    Les réponses aux questions étaient :

    1. Comment se prénomme l'héroïne du roman de Mary Hooper, La maison du magicien ?  LUCY
    2. Qui signe les illustrations de la série Bogueugueu de Béatrice Fontanel ?  MARC BOUTAVANT
    3. Combien de tomes de la série Georgia Nicolson de Louise Rennison sont actuellement disponibles en français ? 9

    Merci aux nombreux participants.

    Et une bonne nouvelle en amenant une autre, je vous propose d'autres livres à gagner dans les jours à venir !

    A bientôt et bonne lecture.

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    Mesdemoiselles de la Vengeance ~ Florence Thinard

    mesdemoiselles_de_la_vengeanceRien ne prédestinait ces quatre femmes à se rencontrer et à unir leurs ambitions, si ce n'est cette commune soif de vengeance envers le même individu. Olympe d'Avremont est une baronne kidnappée qui ruse de mille roueries pour échapper aux convoitises du Commodore. Sylvine La Violette, la cuisinière, a choisi d'entrer au service du pirate pour lui faire payer les vies volées de son époux et de ses enfants. Agathe La Boissière, fière et redoutable fine lame, a juré de venger l'honneur de son père, quitte à perdre un peu plus de sa réputation en se comportant comme un garçon manqué. Nagîna, princesse du désert, porte un voile pour cacher son visage défiguré et compte bien remettre la main sur le diamant que lui a volé son ennemi. Le Commodore, donc, est l'homme à abattre. C'est un pirate rustre et violent, qui vit actuellement caché dans des grottes au pied des falaises de la Gironde, avec sa bande de malfrats stupides. Et c'est un revigorant roman d'aventures que nous propose Florence Thinard, un roman où se mêle le souffle de la piraterie dans un décor soigné, finement travaillé à force de recherches scrupuleuses pour mieux dépeindre l'époque et les lieux qui dépayseront le lecteur. Ambition hautement réussie ! C'est un roman historique luxuriant de détails, l'auteur nous renvoie à une adresse internet pour découvrir l'Hermione par exemple. A noter également que les personnages endossent ici des personnalités atypiques, qui se distinguent bien les unes des autres. En tête, le quatuor des femmes. Et même l'horrible Commodore montre un visage de pirate bien plus réaliste qu'un Jack Sparrow séduisant et sympathique.
    Ce roman captivera les lecteurs dès 14 ans qui apprécient les récits historiques truffés d'action, avec une pincée de mer et d'amitié pour pimenter le tout.
    Les illustrations sont signées François Place.

    Gallimard jeunesse, 2009 - 270 pages - 15€

    Colleen (14 ans) communique son enthousiasme sur le blog de La Soupe de l'espace.

    Le site de l'auteur : http://www.florencethinard.fr/Mesdemoiselles_de_la_Vengeance.html

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    Périgord noir ~ Louis Sanders

    perigord_noirDepuis ma récente lecture du roman de Myriam Chirousse, auréolée d'un enthousiasme démesuré, j'avais très envie de retourner dans le Périgord et, le hasard aidant, j'ai mis la main sur ce minuscule ouvrage de Louis Sanders, disponible dans l'excellente collection dirigée par Mikaël Ollivier. Périgord Noir est un recueil de nouvelles, avec au compteur 6 textes sans fioritures, dénués de tendresse et de gentillesse, de passion et autres élans romanesques. Ce sont donc des histoires périgourdines où s'invitent le crime ou la trahison dans la vie de tous les jours, avec des personnages à la frontière entre le bien et le mal. J'ai notamment aimé la nouvelle intitulée : Au revoir, mes amis. Le narrateur a longtemps passé des vacances chez un couple d'anglais qui a un pied-à-terre en Dordogne. Et brusquement, il ne reçoit plus aucune nouvelle d'eux et sept longues années passent. Lorsque l'occasion lui est offerte de retourner dans la maison de ses amis, le narrateur découvre un lieu abandonné, il rencontre les voisins qui tour à tour lui tendent une nouvelle pièce au puzzle. Et comme souvent dans cet exercice de la nouvelle, la fin tombe comme un couperet et laisse le lecteur cogiter dans son coin. C'est assez excitant d'imaginer ce qu'il va se passer ensuite, ou certains penseront que c'est frustrant. Bien évidemment je n'ai nullement prolongé une quelconque magie périgourdine, car Louis Sanders a pris une direction plus morbide. C'est agréable à lire, comme un en-cas qu'on picore sur le pouce.
    A réserver également aux lecteurs adolescents.

    Thierry Magnier, 2009 (achevé d'imprimer dans les bois) - 132 pages - 9,50€

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    30/06/09

    Journal 1918 - 1919 ~ Mireille Havet

    " Le monde entier vous tire par le milieu du ventre "
    Editions Claire Paulhan, 2003 - 256 pages - 20€

    mireille_havetJournal d'une jeune femme de vingt ans, Mireille Havet, personnalité hantée par la tendresse, l'amour, le désir etc.. Sans l'amour, elle n'est rien ! Et d'ailleurs, c'est vrai : elle s'ennuie, elle est mélancolique, triste, seule, ironique. Elle soupire sur ses amours malheureuses, en ce Paris des années 1918, presque à l'heure de l'Armistice, sur son lot de chagrins (la mort d'Apollinaire, par exemplaire), et la perte d'amis chers.

    Mais ce qui prédomine dans ce Journal, c'est fatalement ce besoin bestial d'amour, ce cri vers l'Autre, absolu, total, rageur. "Je désirais l'amour", écrit-elle, "l'amour est une espérance", mais Mireille aime souvent sans espoir. Ses amours sont vaines, de là à se poser la question : n'est-elle pas amoureuse de l'idée de l'amour ? - "J'arrive à croire que le meilleur de l'amour est l'imagination d'un amour parfait ou d'un amour ajourné par l'absence." - "Est-ce l'amour ? Un envoûtement, ou simplement la terrible crainte de l'ennui, d'une vie sans désir, sans caprices, d'une vie sans émotions sentimentales ? N'est-ce qu'un cramponnement désespéré à l'aventure tant cherchée ! ".

    Mireille Havet souffre d'oisiveté, en somme, elle s'ennuie donc soupire, scrute son nombril et re - soupire face au vaste désert de son champ sentimental ! C'est clair qu'on tourne en rond, que le cheval de bataille demeure le même du début à la fin et que ces incessantes lamentations peuvent tirer de gros gémissements d'ennui chez le lecteur. Que nenni. Et ce, grâce à la très belle prose de l'auteur. Quel style ! Quelle élégance ! Quelle sensualité et quelle suavité parent cette écriture coulante ! - "Une terrible, une animale, une dévorante sensualité est en moi, pesante et gluante jusqu'à mes doigts avides de se faire plus insinuants de caresses.." .

    Oui, Mireille Havet était une personnalité passionnée. Assoiffée de rencontres vraies, pas de "ces grues", mais "des vraies femmes, des femmes intelligentes". Souvent elle s'emballe, à tort, elle est déçue, trompée, donc morose et broyant des rêves noirs. Sûr, elle nourrit une haine des hommes, assez comique : "Les hommes, quelle cochonnerie." ! Alors, en écrivant son journal, elle fait tomber les masques, elle dépose et retrouve son moi profond, dépouillé des apparences trompeuses (les cheveux courts, les tenues de jeune homme etc.).

    On lui reproche cette vie de mondaine, dans laquelle elle tente de tromper son ennui et sa solitude - " S'amuser, hélas, en quoi cela consiste-t-il, boire du champagne, crier fort, rire en montrant ses dents afin que quelqu'un se trouble et vous désire". Certes, les complaintes de Mireille peuvent parfois lasser, mais après tout, l'écriture est aussi le garant d'une lecture éblouissante. Et comme le dit Mireille Havet, pour conclure : " Je suis là pour écrire ! Ne l'oublions pas ! ".

       mireille_havet_journal

    rejoindre les amis de Mireille Havet sur Facebook

    d'autres ouvrages ont paru : Journal 1919-1924 : Aller droit à l'enfer, par le chemin même qui le fait oublier (2005) et Journal 1924-1927 : C'était l'enfer et ses flammes et ses entailles (2008) - des livres rares, donc précieux !

    à noter chez grasset une biographie par Emmanuelle Retaillaud-Bajac : Mireille Havet, l'enfant terrible (2008).

    (lu en juin 2005)

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    27/06/09

    Miel et vin ~ Myriam Chirousse

    Empoignant son édredon, Judith le serra si fort dans ses bras qu'il lui sembla que Charles était encore là, dans la tiédeur des draps, contre sa peau, au bout de ses ongles... Emergeant du sommeil comme un noyé refait surface, elle sentit croître en elle une douleur diffuse, comme si sa peau lui faisait mal, comme si ses yeux lui faisaient mal, comme si respirer  et sentir son coeur battre lui faisaient mal aussi. C'était une douleur indéfinissable tapie avec elle dans les limbes de la nuit, une vieille souffrance endormie depuis longtemps, un manque atroce, un arrachement, le mal des amputés qui n'ont plus que la moitié d'eux-mêmes pour aller par le monde et ressentent jour et nuit le néant de la part manquante... Elle se recroquevilla. Dans la confusion du réveil, elle le pressentit dès cet instant : plus rien ne serait comme avant.

    miel_et_vin

    Premier roman, certes... mais quel talent ! Nous sommes dans le Périgord, en 1773, lorsque Guillaume de Salerac, génial inventeur loufoque, découvre une petite fille dans les bois. Elle sera recueillie par sa soeur, Louison, et adoptée sous le nom de Judith de Monterlant. Ignorant tout de son passé, la demoiselle reçoit une éducation de jeune fille appliquée mais son caractère impétueux et frondeur la distingue de son rang. Judith a le goût de l'espace, de la liberté. S'échappant de la vigilance des adultes, elle s'envole à bord de l'aérostat de son oncle alors qu'elle n'est qu'une gamine et rencontre chez un voisin celui qui lui fera battre son coeur et perdre tout bon sens dans les années à venir. Charles de l'Eperai, héritier en titre, est également connu pour être un enfant maudit et un bâtard. Il a le coeur dur, le regard froid et le diable dans le ventre. Lorsque le couple se croise à nouveau, lors du mariage de la soeur de Judith, l'attirance est évidente, la passion palpable. Et pourtant, il faudra attendre la fin de l'été pour assouvir cette soif et cette faim qui les poussent l'un vers l'autre.

    C'est effectivement un grand roman sentimental et historique. Nous sommes en 1788, le peuple français est mécontent, les états généraux sont réunis. Judith a rejoint Paris avec son mari, mais son histoire avec Charles n'est bien évidemment pas terminée. Car c'est de cette passion que se nourrit l'intrigue et qui rend le lecteur dépendant, au point d'absorber sa lecture en ingurgitant page après page, sans hoqueter. Il en fallait bien - de l'amour, de la flamboyance, des éclats - pour attacher le lecteur à 544 pages, sans susciter de l'ennui. C'est un pari réussi, un roman passionnant, acquis dès les premiers chapitres. Impossible de s'en séparer. Et puis, le soleil aidant, les beaux jours et les vacances s'installant, il devient une prescription incontournable pour tuer le temps. S'il ne fallait en lire qu'un, dans vos bagages, glissez Miel et Vin. Parce que c'est un roman doux et sucré et piquant, gourmand et langoureux, avec des personnages aux destins inextricablement liés, par le secret de leurs origines et par cet amour fou qui les enchaîne. Ce n'est pas un roman mièvre ou trop long, avec des détails inutiles. Le romanesque est présent, très important, et l'amour a un pouvoir magique, troublant, envoûtant. Ce n'est pas du harlequin déguisé, c'est un bon gros roman captivant, qui ne vous lâche plus une fois la première page ouverte. A dévorer !

    Buchet Chastel, 2009 - 544 pages - 24,50€

    Feuilleter les premières pages

    Invitation à un pique-nique littéraire, en compagnie de Myriam Chirousse, le dimanche 28 juin 2009, dans le bois de Vincennes : confirmer ou non sa participation sur Facebook