10/03/17

Jamais deux sans toi, de Jojo Moyes

Jamais deux sans toiSi ce roman n'avait pas été de Jojo Moyes, j'aurais probablement passé mon chemin. Une nana qui se débat seule pour subvenir à ses besoins, femme de ménage, deux enfants à charge... Très peu pour moi les histoires de misère sociale où les revers s'enfilent comme des perles sur un collier. Et heureusement que le hasard a bien fait les choses, car j'ai énormément apprécié cette lecture qui a su détourner les pièges pour se lancer dans une belle aventure humaine !

Jess ne connaît Ed Nichols qu'à travers son boulot. Elle fait le ménage chez lui mais ne l'a jamais rencontré, sauf un soir au bar où elle le ramasse complètement bourré et le dépose en taxi. Elle ignore tout de ses déboires (Ed est accusé de délit d'initié et risque de perdre son entreprise) car elle a déjà beaucoup à se préoccuper de son côté. Maman d'une fillette surdouée, Tanzie, dix ans, Jess doit trouver une somme considérable pour l'inscrire dans une école privée adaptée à son niveau. Elle décide alors de se rendre jusqu'en Écosse pour que l'enfant participe à une olympiade de mathématiques. Seulement, elle ne dispose que d'une vieille Rolls, non assurée, qui appartient à Marty (son mari dépressif, qui est retourné se soigner chez sa mère). Elle n'a pas un sou en poche, mais embarque sa fille, son beau-fils Nicky et le gros chien Norman dans cette épopée saugrenue. Pour ne pas manquer, la voiture est arrêtée par la police... et c'est là qu'intervient Ed Nichols. Sans raison, sans réfléchir, il invite l'équipe de bras cassés dans sa berline rutilante pour un road-trip cocasse et fabuleux. Si, si... Cette coalition improbable va finalement s'avérer pittoresque, comique et burlesque. Parce que la fillette est malade en voiture, le chauffeur doit amorcer une vitesse indécente et emprunter les routes de campagne. Le voyage prend donc plus de temps que prévu, mais cela a du bon car ils ont tous des problèmes à découdre. Ce n'est pas dit que le miracle va s'accomplir, seulement l'optimisme est de mise et est parfaitement communicatif ! 

J'ai finalement pris un plaisir fou à participer à cette virée de la dernière chance, au cours de laquelle toutes les frustrations, les angoisses et les interrogations vont être mises à plat. Jess, capitaine d'un navire en déroute, est une héroïne assez extraordinaire... même si trop naïve et passive, à bien y regarder. À côté, Ed aussi se trouve à la croisée des chemins, contraint de revoir sa façon de penser et de vivre. En se rendant jusqu'en Écosse, il envisage ainsi de rendre visite à sa famille qu'il a perdue de vue à force de se consacrer à sa carrière. Tant de non-dits, de silences et de regrets.... Mais n'imaginez pas une histoire amère ou désabusée ! C'est au contraire un hymne à l'espoir, à la solidarité, à la chance et au droit au bonheur. Et ça fait un bien fou de lire tout ça, sans chichis, sans morale et sans guimauve trop sucrée. Le roman est juste ce qu'il faut de frais, de romantique et de spontané. Une bonne surprise, lue par Emilie Ramet de sa voix douce, claire et agréable à l'écoute. 

>> Ce livre audio en version intégrale est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

©2015 Milady (P)2017 Hardigan

Jamais deux sans toi | Livre audio

 

Traduit par Alix Paupy [The One Plus One]

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09/03/17

Tout pour se déplaire, de Jen Klein

Tout pour se déplaireChic, encore une lecture qui met en joie et de bonne humeur ! Le roman de Jen Klein a pour lui de nous embarquer dans son histoire sans prétention, mais où les sentiments sont vrais, sincères et spontanés, en plus d'avoir une bande-son à la fois tonitruante et dégoulinante de guimauve... N'en jetez plus, l'aventure s'annonce piquante, drôle et savoureuse !

Parce que leurs mères sont copines de fac et ont conclu ensemble un accord pour leurs enfants, sans même leur demander leur avis, June et Oliver font donc route tous les matins pour se rendre au lycée. La jeune fille appréhende cette intimité forcée car elle imagine un garçon fidèle aux archétypes du genre sportif, populaire et désinvolte. Elle le met aussitôt au pas, arguant que cette dernière année au lycée est insipide et futile, car la vraie vie ne commence qu'après. Oliver prétend le contraire et cherche à lui démontrer les aspects positifs de leur passage au lycée. Ils mettent ainsi en jeu les titres de leur playlist du matin, chacun pouvant l'enrichir s'il obtient l'argument irréfutable. Car, autre point de discorde, June et Oliver ont des goûts musicaux diamétralement opposés. Là aussi, la guerre est déclarée... avec sourires malicieux et étoiles dans les yeux.

On s'attend à une romance cousue de fil blanc, sauf que c'est bien mieux, car c'est avant tout l'histoire d'une complicité, d'une découverte et d'une ouverture. June est par exemple obstinée, revêche et prétentieuse. Elle qui se prétend au-dessus de la mêlée a pourtant tendance à cataloguer hâtivement ce qu'elle mésestime. À l'inverse, Oliver est un garçon adorable, charmant et différent de son image superficielle. C'est entendu, ils vont rapidement déposer les armes pour discuter tout naturellement de musique, de famille, d'amitié et d'amour. En vrai, ils sont tous deux engagés dans une relation officielle (lui avec la pom-pom girl fétiche de l'école, bien entendu) mais on sent déjà une June fébrile sur le sujet (durant l'été, séparée temporairement de son copain, elle a embrassé un autre type en vacances). Et on réalise ainsi qu'elle n'est qu'une carapace en toc et qu'elle a beaucoup, beaucoup de zones d'ombre à éclaircir ! Tout se goupille à merveille, sans situation saugrenue, sans tension inutile ou autres malentendus lourdingues. C'est une délicieuse friandise à déguster sans culpabiliser. C'est bon, doux, réconfortant et craquant à souhait. J'ai passé un très, très bon moment. ♥

Gallimard Jeunesse, coll. Scripto - Trad. Marie Hermet [Shuffle, Repeat] - 2017

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08/03/17

Moi et les Aquaboys, de Nat Luurtsema

Moi et les AquaboysDésespérée d'avoir loupé sa sélection pour participer au stage d'entraînement intensif permettant de rejoindre l'équipe olympique de natation, Lou Brown n'a pas d'autre choix que de retourner au lycée, sans sa meilleure amie Hannah, plus chanceuse ou meilleure qu'elle. Pour la première fois, Louisa fait face à ses camarades et découvre une jungle hostile et inhospitalière où elle n'a carrément pas sa place. Son seul refuge, à part la bibliothèque, reste la piscine dans laquelle elle avait coutume de s'entraîner... avant son cuisant échec. Humiliée, déprimée et déboussolée, Lou plonge une dernière fois dans le bassin... et fait face à trois garçons au moment de remonter à la surface. Les yeux éberlués, fixés sur elle, ils lui proposent de devenir leur coach pour leur numéro de danse aquatique en vue de le présenter à une émission TV qui déniche les jeunes talents. Désabusée, Louisa tope dans leurs mains et se lance dans ce projet complètement dingue mais follement amusant !

Car j'ai ri, qu'est-ce que j'ai ri à la lecture de ce roman à l'humour british extrêmement savoureux ! On y découvre une héroïne attachante, asociale et dégingandée, maniant le sarcasme avec un naturel désarmant mais résolue à mener jusqu'au bout sa mission pour redonner du pep's à sa vie monotone. Or, rien ne va se dérouler comme elle le souhaiterait. C'est, au contraire, une avalanche de catastrophes et de déconvenues qui vont ponctuer les séances d'entraînement et les exhibitions publiques. Et c'est justement cette perpétuelle dérision qui rend la lecture si plaisante. On s'amuse à partager les heurts et bonheurs de ce quatuor déjanté, qui déjoue aussi tous les pronostics. L'enthousiasme est de mise et il est tout simplement communicatif. Ajoutez, en plus, des rôles secondaires aussi insolites, dont des familles qui partent délivrer des âmes en peine au péril de leur vie et au cours d'escapade nocturne mouvementée ! Gloussements de dinde assurés... Je n'imaginais pas à quel point le contenu de ce livre allait être aussi réjouissant. Un pur bonheur. J'ai adoré du début à la fin, je voulais me fondre dans la vie de Louisa Brown et retenir ce vent de folie douce qui chamboule à ravir leur routine. L'inspiration de Nat Luurtsema, comédienne anglaise particulièrement douée, est franchement exemplaire. Je voudrais lire tout le temps des romans aussi pétillants, frais et délirants que celui-ci. Une suite serait fortement envisagée, chic ! ☺

Gallimard Jeunesse, trad. Emmanuelle Casse-Castric [Girl Out of Water], 2016

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07/03/17

Pêle-Mêle : Voilà l'hiver - Odile ? - Bob l'artiste

voilà lhiver

Même si, techniquement, l'hiver est en train de se faufiler vers la porte de sortie, cet album de Pauline Kalioujny nous rappelle tous ces instants précieux qui rendent cette saison réconfortante. Oubliez le froid, les journées courtes, la neige et l'atmosphère plus sombre et inquiétante... Puisez les ressources cachées pour élever l'hiver à un art de vivre exemplaire.

Et donc, “Voilà l'hiver” est une invitation à s'emmitoufler dans sa doudoune ou sous la couette, à glisser sur la neige en éclatant de rire, à avaler de bons repas pour prendre des forces ou à se blottir dans sa bulle en attendant l'arrivée de sa majesté la reine des glaces... “Voilà l'hiver” est une lecture magique, qui rend aussi la saison hivernale magique !

Avec ses pages cartonnées, son graphisme délicat et son air épuré, cet album réalisé en linogravure impressionne par sa clarté et son élégance. Le texte est truffé de petites surprises à découvrir, entre charme, douceur et poésie. L'ensemble fait bon ménage et touche en plein cœur le public séduit par cet exercice de style très réussi ! Vive le cocooning. 

Voilà l'hiver, de Pauline Kalioujny

Seuil Jeunesse, 2017

 

odile

Odile est une petite fille qui râle tout le temps... Elle n'a pas envie d'enfiler son écharpe, pas envie de marcher, pas envie de ranger sa chambre... Odile n'est jamais contente. Malgré tout, ses parents multiplient les efforts pour la distraire et lui proposent de se rendre en ville pour visiter le nouveau musée zoologique. Sur place, la fillette regarde avec perplexité le crocodile. Pas très spectaculaire, pense-t-elle... Sur ce, elle lui chatouille le museau. Et la bestiole la gobe aussitôt.

Gardien, parents, visiteurs sont tous éplorés. Quel scandale. Quel malheur. Enfin, rassurez-vous, glisse une voix sortie de nulle part. Odile est en vie, installée confortablement dans le ventre de la bête. Elle y a trouvé des bocaux, une couverture chaude et  un coussin moelleux. Odile n'a pas envie de partir, elle a enfin trouvé la paix ! Ses parents peuvent convoquer médecin, vétérinaire, psychologue, spéléologue et magicien, la jeune Odile ne veut pas déloger de son antre.

Résignée, sa famille rentre finalement à la maison avec le crocodile et leur fille en crise. Quelques jours plus tard, l'arrivée du cirque risque bien de bouleverser à nouveau leur vie déjà fortement perturbée... Odile n'est plus à une frasque près !

Quelle histoire abracadabrante ! Les enfants vont s'esclaffer à la lecture de cette aventure originale, où une fillette est avalée par un crocodile et décide de rester au chaud en faisant une cure de cornichons. C'est complètement dingue et farfelu. Et source de fous rires assurés.

Les parents noteront au passage les savoureux détails dans les illustrations de Marie Dorléans, son graphisme soigné et raffiné, ses éléments charmants, sa décoration d'inspiration vintage et délicieusement décalée... Du bonheur pour les mirettes ! :)

Odile ? de Marie Dorléans

Seuil Jeunesse, 2017

 

Bob lartiste

Bob est un oiseau quelconque, avec de longues pattes fines, que ses camarades trouvent trop maigres et affreuses. Blessé par leurs moqueries, Bob cherche une solution, en se goinfrant pour prendre du poids, en faisant du sport pour prendre du muscle, en se couvrant de vêtements pour camoufler ses imperfections... Mais au final, Bob se sent ridicule et triste.

Il se rend alors dans une galerie d'art, où Bob a enfin l'inspiration de sa vie ! De retour chez lui, il tente une expérience assez risquée, puisqu'il se met à peindre son bec à la façon des artistes peintres, un jour pour Matisse, un jour pour Pollock, etc. Le subterfuge est une réussite !

Autour de lui, on admire son audace, on loue son originalité, on trouve son allure follement classe... C'est un vrai succès. Les médisants ont oublié ses défauts et focalisent désormais leur attention sur le positif de son look !

“Bob l'Artiste” est donc un album doublement remarquable, d'abord dans le traitement de l'image de soi et du fait d'assumer sa différence, puis dans l'approche artistique, en glissant en toute innocence des références dans le récit, de quoi familiariser les enfants à l'art en assimilant plaisir et culture. La lecture inspire beaucoup de réflexions, tout en étant abordée avec humour et dérision. Un très joli album, étonnant et efficace.

Bob l'Artiste, de Marion Deuchars

Trad. Justine Duhard / Seuil Jeunesse, 2017

 

06/03/17

Pêle-Mêle : Ce que Zoé préfère - Cachés dans la jungle - Oh ! si j'avais un dinosaure

ce que zoe prefere

Zoé a huit ans et collectionne des pense-bêtes de toutes les couleurs qu'elle sème partout dans sa chambre. Car Zoé a la manie des petites listes, elle recense ainsi ses meilleurs amis, ses animaux favoris, les métiers qu'elle voudrait faire plus tard, les choses qui lui font peur, ses plus beaux rêves ou ses jouets préférés... Zoé dévoile ainsi ses émotions, ses secrets, ses passions, entre la tristesse d'avoir été trahie par sa meilleure amie, les papillons dans le ventre après avoir reçu un bisou d'un copain, la complicité mère et fille au moment du coucher, les vacances à la mer, les cabanes avec les cousins, les cocottes en papier ou les grosses bulles de chewing-gum, sans oublier la première crêpe qu'on retourne dans la poêle.

L'univers de Zoé est un cocon douillet et chaleureux, qui sent bon l'enfance, l'insouciance, le bonheur et la gourmandise. L'album est infiniment joyeux, léger et poétique. Ses illustrations et ses couleurs pastel rendent sa lecture attendrissante et pétillante ! C'est adorable. Et cela déculpabilise les maniaques des listes... de tous les âges ! 

Ce que Zoé préfère, de Marine Tasso & Séverine Assous

Actes Sud junior, 2017

 

caches dans la jungle

Dans la série des albums “Cherche & Trouve”, Peggy Nille nous propose de nous évader dans la jungle, à travers dix paysages spectaculaires, richement colorés et aux détails foisonnants. Au milieu de ces fastueux décors, le lecteur doit retrouver vingt animaux soigneusement planqués au milieu de la végétation luxuriante. On doit ainsi débusquer le léopard fainéant, le serpent siffleur, le rhinocéros farceur, les flamants amoureux, l'alligator rusé, la tortue rêveuse, le caméléon aimable ou le poisson volant. La présentation est déjà follement amusante, en apposant un adjectif à chaque bestiole, le casting n'en paraît que plus cocasse ! La lecture stimule avec pertinence le sens de l'observation de l'enfant, à travers cette plongée éblouissante et franchement excitante ! Un album aux couleurs éclatantes et aux détails fascinants.

Cachés dans la jungle, de Peggy Nille

Actes Sud junior, 2017

 

oh si javais un dinosaure

Quel enfant n'a jamais rêvé d'avoir pour compagnon un animal EXTRAordinaire ?! Mieux qu'un chien ou un chat, moins banal qu'un poisson, plus excitant qu'un hamster ou une souris. J'ai nommé, le dinosaure. Une sacrée bestiole, aussi grande qu'une maison. Ce serait incroyable de se rendre à l'école sur son dos, d'apprendre ensemble l'alphabet, de barboter dans le bassin, de courir dans la rue, de dormir ensemble après avoir lu une histoire...

Un album pétillant, par son graphisme coloré et son humour déjanté, qui nous entraîne dans l'imaginaire d'une héroïne adorable. Une lecture fantasque et facétieuse, qui fera glousser les enfants, en plus de les faire rêver ! À noter : en couverture, l'effet peau de dinosaure qui donne un aperçu du bonheur. ;-)

Oh ! si j'avais un dinosaure, de Gabbt Dawnay & Alex Barrow

Actes Sud junior, 2017 

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C.r.a.s.h., Tome 2 : Iceberg tropical, de PoiPoi & Hervé Bourhis

crash

Après un premier épisode réjouissant, cf. Tsunami City, dans lequel nous faisions connaissance avec les habitants de Towerville et ses super-héros obligés de faire amende honorable pour leurs nombreux débordements qui chamboulaient leur quotidien, le jeune Edouard Kemicol, fils du célèbre industriel millionnaire, avait créé dans le secret une école réservée aux enfants dotés de capacités hors-normes et avait su tenir tête à son père, dont les plans retors avaient mis la ville sens dessus dessous. Cette fois, la folie légendaire de l'homme refait surface, depuis qu'il est entré en possession du météostick, un gadget capable de faire la pluie et le beau temps en un simple clic. Comble de l'ironie, c'est le robot-clône d'Edouard qui lui a remis cette géniale invention... et qui va également le conduire dans les coulisses du C.R.A.S.H. sans rencontrer la moindre résistance. Quel micmac. Le fils Kemicol s'éparpille pour réparer ses erreurs, tandis que Lazare, l'homme ailé, part aussitôt en mission avec la Barbe humaine pour arrêter leur ennemi et affronter les plus incroyables intempéries (froid glacial, chaleur tropicale...). Interdiction est donnée à la jolie Lucida et ses élèves de les suivre. C'est sans compter sur l'entêtement des jeunes troupes... 

Quelle aventure trépidante ! On ne s'ennuie pas à la lecture de cette série au divertissement assuré. L'histoire est drôle, riche en rebondissements, les répliques font mouche et les personnages ne manquent pas de piquant non plus. La sérénade amoureuse entre Lucida et Lazare prête à sourire, les maladresses d'Edouard ponctuent affectueusement l'action et la figure du méchant est tout simplement extravagante. L'ensemble fait bon ménage, dans des décors colorés et modernes qui donnent à la lecture une belle dynamique. C'est fun, c'est rythmé, c'est cocasse et c'est fantaisiste. La recette du deuxième épisode est aussi goûteuse et savoureuse que sa mise en bouche ! Pour moi, cette série en bande dessinée a de quoi ravir les plus jeunes en leur faisant passer un très bon moment ! ☺

Casterman, février 2017

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04/03/17

Astrid Bromure, T.3 : Comment épingler l'Enfant sauvage, de Fabrice Parme

Astrid Bromure 3

Désespérée d'être fille unique, Astrid Bromure entend à la radio une émission sur les enfants sauvages qui vivraient dans la jungle, quelque part au Gabokonga, soit 10700 kilomètres à vol de zeppelin, pour environ 6 jours de voyage. La fillette parvient à convaincre ses parents de s'y rendre, notamment pour y dénicher des plantes exotiques rarissimes. En avant, l'aventure ! Celle-ci s'annonce non seulement dépaysante, mais particulièrement pimentée et savoureuse. En effet, dès leur arrivée, la famille Bromure découvre les subtilités des coutumes locales, sa population indigène et son fameux enfant sauvage ! Astrid est folle de joie et se lance à sa poursuite, tandis que le reste de la troupe a maille à partir avec la tribu Taba-Tobo. C'est sans compter sur l'art culinaire, ses épices, ses aromates et ses secrets, qu'on négocie autour du feu en attendant le festin. Ce séjour tord définitivement le cou aux idées préconçues et réserve de savoureuses séquences, particulièrement cocasses ! De son côté, Astrid aussi fera l'apprentissage de la langue des oiseaux et s'attachera à l'histoire du garçon sauvage en rêvant de l'adopter. Mais qui souhaiterait grandir sous serre, quand le monde s'offre à vos pieds ? Ce troisième épisode des aventures d'Astrid Bromure est tout à la fois drôle, tendre, facétieux, pertinent et mystérieux ! Il combine l'élégance, la légèreté et la fantaisie avec talent et simplicité. De toute façon, la série est fabuleuse sur toute la ligne. Si vous aimez l'ambiance old school, avec une héroïne curieuse et intrépide, de l'humour savamment dosé, c'est à découvrir sans attendre. ♥

Rue de Sèvres, Janvier 2017

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La vengeance du chat assassin, de Véronique Deiss, d'après Anne Fine

la vengeance du chat assassin

Le chat Tuffy est de retour dans une version bande dessinée de ses folles aventures ! Il s'agit déjà du troisième opus, et c'est toujours un régal de retrouver ce chat sassassin, doublé d'une mauvaise foi et d'un humour très sournois. Cette fois, la maman de la jeune Ellie annonce fièrement qu'elle se lance dans une carrière d'artiste ! Son sujet de prédilection n'est autre que le chat de la maison. Tuffy peste et enrage. Il n'apprécie pas du tout son portrait qui trône dans le salon. C'est décidé, sa vengeance sera acérée. Quelques coups de griffes par ci, par là... ni vu, ni connu. Mais la maman d'Ellie enchaîne les créations, avec de la poterie ! Son mari aussi fait grise mine et tente de corrompre Tuffy en l'incitant à quelques maladresses. Le chat n'est pas dupe et résiste fermement. Le duel entre les deux allergiques aux œuvres d'art est jalonné de coups bas, de sourires mielleux, de crevettes et de chantilly ! C'est franchement drôle et délicieusement féroce. Dans cet épisode, Tuffy ne se rend pas coupable de zigouiller les petites bestioles innocentes du voisinage, mais massacre avec un certain angélisme les créations qui piquent aux yeux en s'attachant le soutien de la famille. Pour le coup, Tuffy n'avait pas prévu d'être le héros du jour et se console du mieux qu'il peut. “J'ai peut-être perdu une manche, mais j'ai regagné notre champ de bataille !” Yes. Une lecture désopilante, aux illustrations pleines d'imagination et d'humour.  

Rue de Sèvres, février 2017

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03/03/17

La chair, de Rosa Montero

la chairRongée par la jalousie de croiser son amant et sa jeune épouse enceinte à l'opéra, Soledad s'offre les services d'un escort pour l'exhiber à son bras. Adam est jeune, beau, sexy. Il a la trentaine d'années, parle l'espagnol avec un accent russe et produit son effet en société. Soledad est comblée. À soixante ans, Soledad porte un soin attentif à sa silhouette et à son allure pour ne jamais paraître son âge. Elle refuse le temps qui passe, ne conçoit pas de mener une vie de couple ordinaire et avoue sans complexe préférer les hommes jeunes et beaux. Soledad aime l'amour et la passion, c'est son carburant. Jamais la solitude n'a eu d'emprise sur elle. Soledad s'épanouit dans son travail - elle organise des expositions insolites et a acquis une solide réputation dans son domaine, même si cela lui demande beaucoup d'énergie, de la créativité et du renouvellement perpétuel. Soucieuse de monter son nouveau projet sur les écrivains maudits, Soledad est pour la première fois confrontée à une concurrence farouche et déloyale (une archictecte plus jeune et ambitieuse, qui empiète sur son territoire). Elle n'entend pas s'y soumettre et rage de devoir prouver ses compétences. Insomniaque, Soledad ressasse les nombreuses références littéraires pour alimenter son expo (Burroughs, Philip K. Dick, Thomas Mann, Maupassant, etc.) tout en notant que son corps et sa tête sont entièrement accaparés par la passion naissante qu'exerce Adam sur elle.

Quel beau roman ! J'avais à peine lu les premières pages que j'étais déjà complètement envoûtée par l'écriture de Rosa Montero, touchée par le personnage de Soledad et intriguée par sa relation avec Adam. Une relation forcément toxique et obsessionnelle, mais décrite avec ludicité et réalisme. Soledad réprouve le rapport mercantile de son histoire avec Adam, mais cherche à entrevoir la sincérité du jeune homme dans ses gestes et ses paroles. Elle s'accroche à de douces illusions, vaguement désabusée, mais refuse la fatalité. Le roman évoque admirablement le combat de cette femme de soixante ans, seule et indépendante, qui résiste aux idéaux et à la morale ambiante. C'est un parcours non sans heurt, car au fil des pages on découvre une héroïne fragile et à fleur de peau, en lutte contre le temps et le destin. C'est à la fois touchant, livré sans fard, sans tricherie, mais c'est aussi truffé d'ironie, de dignité et de désir farouche. J'ai aimé la sensualité qui découle du récit, tout en élégance, sans détails sordides ou graveleux. De quoi retoquer certaines productions actuelles de très mauvais goût. Ici, Rosa Montero parle du corps, d'envie et d'appétit charnel avec raffinement et lyrisme (très belle traduction de Myriam Chirousse, au passage). C'est un roman d'une grande pudeur, et en même temps passionnant et authentique. Une lecture forte et vibrante d'émotions, pleinement enthousiasmante. 

L'auteur aussi a de l'humour, puisqu'elle se met en scène dans son propre roman, comme étant une journaliste “raz-de-marée” qui s'habille chez Zara et porte des Dr. Martens avec des roses brodées “quand bien même elle voulait s'habiller comme si elle était une jeunette” (p. 142). ☺

Traduit de l'espagnol par Myriam Chirousse pour les éditions Métailié, Janvier 2017

 

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La folle du logis, de Rosa Montero

la folle du logisÀ la base, Rosa Montero envisageait d'écrire un livre sur la littérature, la fiction et le métier d'écrivain en reconnaissant que cela manquait d'audace et d'originalité, mais c'est tout naturellement qu'elle a emprunté le chemin de la digression pour évoquer l'amour, la passion, l'enfance, les souvenirs, le féminisme, la féminité, la lecture, l'écriture, et forcément l'imagination, cette fameuse “folle du logis” selon Sainte Thérèse d'Avila.
Elle nous offre ainsi un ouvrage riche de réflexions pertinentes, cocasses et ironiques sur la vie des écrivains et sur ses propres expériences (plus ou moins fondées, comme le rappelle l'auteur en post-scriptum). Ainsi, ses nombreuses anecdotes sur son aventure avec M., l'acteur européen dont la carrière hollywoodienne est pleine ascension, sont fort probablement à prendre avec des pincettes, ou mieux vaut les recadrer dans un ensemble romanesque. Car Rosa Montero est bavarde, mais se refuse aux confessions sur l'oreiller. 
À l'inverse, les caprices de figures littéraires comme Goethe, Kipling, Philip K. Dick, Stevenson, Capote ou Calvino alimentent copieusement son texte et viennent éclairer ses théories sur les névroses et autres faiblesses de ses comparses, écrivains maudits ou vaniteux, éperdus de reconnaissance, persuadés d'être des éternels incompris, se débattant avec leurs démons et leurs ambitions, avides de compliments et pourtant méfiants envers les coups d'encensoir. En somme, c'est la jungle hostile et sauvage. 
C'est donc dans ce joyeux chaos d'idées, entre grandeur et décadence, que Rosa Montero trace son récit, sans prétention, mais avec un grain de lucidité féroce et jubilatoire. L'auteur peste contre le machisme ambiant, la jalousie et l'incompréhension, notamment à l'égard des épouses d'écrivains, dont Fanny Vandegrift, femme indépendante et farouche, qui bousculait Stevenson dans son travail en le forçant à revoir ses copies, mais qu'on accusait d'être une vieille sorcière, ou Sonia Tolstoï qu'on prétendait dérangée alors que c'était son mari la brute du foyer. 
L'écrivain est un être tourmenté, car écrire est une souffrance. Cela implique de se livrer aux autres, trahir son intimité, se dévoiler et se rendre vulnérable. Mais inventer demande aussi de l'énergie et de la désinhibition, d'où le casse-tête interminable qui se joue dans leur esprit dément ou limite schizophrène. Le rapprochement entre l'écriture, l'imagination et la folie coule donc de source. Ce sont trois pôles intrinsèquement liés, parmi lesquels cheminent les pensées de Rosa Montero en une démonstration de longue haleine. 
Au final, écrire demande aussi un engagement spirituel. S'extirper de sa coquille pour se confronter au monde, puis retourner dans sa “cellule” en toute humilité et accepter l'idée de la mort, ce contre quoi les écrivains lutteraient avec acharnement... Bref, ce petit bouquin remis au goût du jour dans un format poche (1ère édition en 2004) est savoureux et croustillant pour ses nombreuses interpellations et sa matière grise qui invite à cogiter ! L'humour de Rosa Montero est toujours aussi jouissif, son intelligence, sa verve, son ironie, ses caprices et ses mascarades ne sont pas non plus en reste. Un auteur à découvrir, si ce n'est pas déjà fait !  

 Traduit de l'espagnol par Bertille Hausberg [ La Loca de la Casa]

Éditions Métailié, coll. Suites, 2017

« Comment peut-on vivre sans lecture ? Cesser d'écrire, c'est peut-être la folie, le chaos, la souffrance mais cesser de lire, c'est la mort instantanée. Un monde privé de livres est un monde sans atmosphère, comme la planète Mars. Un univers impossible, inhabitable. Lire, c'est vivre une autre vie. »

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