05/09/16

Mémoire cachée, de Sebastian Fitzek

Mémoire cachée roman

Le point de départ de ce thriller évoque celui de La Mémoire dans la peau, de Robert Ludlum, mais aussi L’Armée des 12 singes, de Terry Gilliam. Un type se réveille dans Berlin, blessé et amnésique. Il ne sait plus qui il est (le nom Noah est tatoué dans sa paume droite). Il n’a aucune idée d’où il vient. Il ignore pourquoi il se trouve à Berlin mais comprend rapidement qu'il est en danger. Recueilli par Oscar, un sans-abri, il part avec lui en quête de son destin.

Au même moment, à Manille, un foyer de grippe se déclare, qui bientôt se transforme en pandémie. La planète entière est touchée. Les aéroports de New York sont placés en quarantaine. On compte les victimes par dizaines de milliers. Et la psychose s'installe. Un groupe d’extrémistes semble s'en frotter les mains, quand la question soudain se pose : Noah est-il complice ou victime ?

Le début de l'intrigue est redoutable : suspense, rythme, mystères et rebondissements font du roman un rendez-vous appréciable, qui surprend, qui accroche et qui tient en haleine. J'ai pendant longtemps été interpellée par les ressorts de l'histoire, dont l'intensité dramatique est remarquable (un héros frappé d'amnésie, des tueurs à ses trousses, une pandémie de grippe galopante = jackpot gagnant). 

Les événements s'enchaînent sur une cadence régulière et soutenue. Puis, l'ensemble s'essouffle et se noie en détails improbables, en explications lentes, longues et laborieuses. D'où une petite déception qui déteint sur l'enthousiasme d'entrée de jeu. Mauvais point aussi sur la place que prennent les rôles féminins dans l'intrigue : de simples potiches, sujettes à leurs troubles hormonaux. Pff.

La version audio est lue par Alexandre Donders, très bon dans sa lecture, son intonation des voix, son interprétation des rôles, veillant à ne pas se ridiculiser avec les voix féminines. Une lecture appréciable, qui aurait été plus percutante avec un dénouement moins abscons.

Traduit de l'allemand par Céline Maurice pour L'Archipel (2016).

>> Ce livre audio en exclusivité sur Audible - uniquement disponible en téléchargement.

Texte lu par Alexandre Donders (durée : 15h 41)

Mémoire cachée

 

 


02/09/16

Berezina, de Sylvain Tesson

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« Un vrai voyage, c’est quoi ?
– Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le mythe ; une dérive, un délire quoi, traversé d’Histoire, de géographie, irrigué de vodka, une glissade à la Kerouac, un truc qui nous laissera pantelants, le soir, en larmes sur le bord d’un fossé. Dans la fièvre…
– Ah ? fit-il.
– Cette année ce sont les deux cents ans de la Retraite de Russie, dis-je.
– Pas possible ! dit Gras.
– Pourquoi ne pas faire offrande de ces quatre mille kilomètres aux soldats de Napoléon ? »

 

Quelle formidable épopée racontée avec panache, émotion et passion ! C'est tout ce qu'inspire le récit fabuleux du road-trip de Sylvain Tesson sur un vieux side-car en compagnie de son ami Cédric Gras, de deux camarades russes et Thomas Goisque, l'ami photographe.

C'est suite à un salon du livre basé en Russie que notre trio un peu fou lance ce projet de rentrer à Paris en suivant les traces des troupes napoléoniennes. Treize jours pour tenir un pari insensé à rouler sur des routes enneigées, par un froid de canard et couvrir la retraite de l’Empereur sur plus de quatre mille kilomètres. L'auteur nous entraîne dans une épopée carnavalesque et réjouissante, entre soif d'histoire et hommage bouleversant. On replonge dans des chapitres oubliés, on revit les batailles enfiévrées et on imagine la détresse de ces Français en déroute, leur lutte acharnée et leur désespoir face à des stratégies militaires proche du suicide. On éprouve aussi un formidable élan d'admiration pour les Grognards qui n'ont rien lâché et ont tout donné jusqu'au bout, malgré les conditions rudes, malgré le froid, la faim et malgré la fuite de Napoléon qui a précipité son retour à Paris en solo. Le moral des troupes est au plus bas, mais ces hommes se démènent pour sauver l'honneur. Une notion au sujet de laquelle l'auteur débat, tout en s'interrogeant sur l'héroïsme et notre capacité aujourd'hui à nous sacrifier pour la nation. Une cause hélas décotée. Il compare alors le génie de Napoléon qui avait réussi à imposer son rêve par le verbe, à étourdir les hommes, à les enthousiasmer et à les associer à son projet. « Il avait raconté quelque chose aux hommes et les hommes avaient eu envie d'entendre une fable, de la croire réalisable. Les hommes sont prêts à tout pour peu qu'on les exalte et que le conteur ait du talent. »

J'ai beaucoup aimé partager cette aventure, en alternant les pages du roman aux épisodes lus à voix haute par Franck Desmedt pour Audiolib. Le comédien livre une performance vivante et captivante, nous donnant l'illusion d'être à bord du side-car (ou presque) et d'être au cœur du récit. C'est passionnant, à dévorer en une bouchée tant on se sent porté par le feu de l'action. Une expérience où le sublime flirte avec le grotesque. Unique. Et fascinant.

 

Texte lu par Franck Desmedt pour Audiolib (durée : 4h 51) - Juillet 2015

Repris en poche chez Folio / Mars 2016

 

Cédric Gras, en bon baroudeur, a également fait l'écho de son récit de voyage à travers la Russie d'Extrême-Orient dans L'hiver aux trousses (Folio, 2016). 

Rien à voir avec les Grognards et Napoléon ! Il s'agit d'une autre quête fabuleuse et folle, qui consiste à partir à “la chasse aux feuilles rouges”. Soit, accompagner l'automne par tous les moyens possible (à pied, en camion, sur des canots ou à bord de remorqueur). Ainsi, des contrées polaires à la mer du Japon, ses pas ont foulé des parcelles méconnues de cette Russie du Pacifique. Une lecture totalement dépaysante ! 

 

La Grande nageuse, d'Olivier Frébourg

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Originaire de Quiberon, où le narrateur a passé son enfance à faire de la voile et fantasmer sur la belle Gaëlle avec ses copains, le jeune homme a pris le large en intégrant l'école navale, revenant le temps de rares week-ends ou durant les vacances. Il recroise ainsi Marion, la fille de son béguin de jeunesse. Tous deux sortent ensemble et évoquent leur passion commune pour les grands espaces, les horizons perdus et l'océan. Marion est une nageuse exigeante, lui passe tout son temps à peindre ou esquisser des croquis.

De leur attirance réciproque, va naître une histoire d'amour pudique et émouvante. Le couple va s'envoler vers de nouveaux paradis terrestres, s'absorber dans leur violon d'Ingres respectif et composer leur destinée entre sensualité et délicatesse. La fascination du narrateur pour sa femme est troublante, poignante. Elle tient compte des aléas de la vie, de ses absences répétées à vivre en mer et mener ses missions, des liens de la famille, du cercle qui s'agrandit, des ambitions, des voyages et des silences toujours plus conséquents.

C'est un roman que j'imaginais pas loin d'être voluptueux mais que j'ai finalement découvert en mode contemplatif et distant, à l'instar d'un tableau exécuté par un peintre habité, soucieux de renvoyer une image noble, alors que toute perception artistique reste subjective. On y devine ainsi la nuance parfaite, le détail jamais laissé au hasard, l'ombre tracée à la loupe et le coup de crayon qu'on lâche la main légère et gracieuse. Peu de spontanéité, mais une précision tirée au cordeau.

Certes, la lecture possède de la prestance et une écriture raffinée, mais se trouve hélas dépourvue d'émotion. Je n'ai absolument pas été touchée par cette histoire d'amour ni par les personnages. Le roman apparaît trop guindé, trop froid, trop sur la réserve. La fin m'a à peine pincé le cœur et résulte après un attentisme frustrant. C'est donc sur un sentiment de déception que j'ai refermé ce livre, dont j'espérais une lecture beaucoup plus sensuelle et bouleversante. Dommage. 

Folio / Octobre 2015

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01/09/16

La Résurrection de Luther Grove, de Barry Gornell

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John et Laura Payne viennent d'acheter une vieille ferme au cœur d'un terrain immense dans la campagne écossaise. Après des mois de travaux, le couple peut enfin emménager avec leur petite Molly et se féliciter de leur bonne fortune. Le cadre est verdoyant, isolé et à l'abri du bruit de la ville. Ils ont la certitude de recommencer à zéro une vie jusque-là fébrile et fragile. Ils découvrent par la même occasion l'existence de leur voisin, Luther Grove, un type bourru, qui préfère la compagnie de ses abeilles à celle des humains. Il ne manifeste aucune politesse à l'encontre de John, venu le saluer avec toute sa suffisance de propriétaire fraîchement établi. Seule la petite Molly tend à dérider le bougre. Laura a bien conscience de la grossièreté de son époux et cherche à apaiser les tensions naissantes entre les deux hommes. Mais l'arrivée de Frank, le frère de John, va mettre de l'huile sur le feu et compliquer les rapports de voisinage. Laura ne supporte pas ce beau-frère vicieux et alcoolique, au comportement violent. Dès que John se trouve en sa compagnie, il se métamorphose en un individu lourd, moqueur et blessant. Les mots claquent, les mains se perdent et les esprits s'échauffent. C'est finalement chez Luther que Laura va trouver du réconfort autour d'une tasse de café. Derrière ses manières rustres, l'homme cache un chagrin insurmontable lié à un drame du passé. Pourtant, à aucun moment le roman ne laisse deviner la direction que va prendre l'histoire, si ce n'est à travers son atmosphère. D'abord sombre et inquiétante, celle-ci prend peu à peu des allures glauques et dérangeantes. On s'enfonce jusqu'au cou dans une intrigue empreinte de folie, de rage, de désespoir. Et ce n'est pas toujours aisé à supporter. J'ai tourné la dernière page avec soulagement et ressors contrariée par cette lecture... :/

Traduit par Nathalie Bru pour Mercure de France (The Healing of Luther Grove)

Repris en poche chez Folio Policier,  mai 2016

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Les Enquêtes de Mary Lester : Les Bruines de Lanester & Les Diamants de l'archiduc, de Jean Failler

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Mary Lester vient de décrocher son premier poste au commissariat de Lorient et anticipe la perspective d'enquêtes trépidantes. Las, la jeune femme est renvoyée dans son bureau, chargée de consigner des plaintes quelconques. Son capitaine n'est pas d'une grande ouverture d'esprit quant à la présence féminine dans ses bureaux. Mary ronge son frein et s'applique aux exigences administratives mais n'en espère pas moins un miracle quand on retrouve un clochard noyé dans le Scorff, puis quand une jeune épouse éplorée vient signaler la disparition de son compagnon. Deux affaires louches en moins de temps qu'il n'en faut pour dire chic. Mary est prête à bondir dans son Austin pour mener une enquête de terrain, seulement le capitaine Amédéo la rappelle à l'ordre en lui reprochant son impétuosité. 

Cette série dénichée par France Loisirs n'est pas une nouveauté, puisqu'elle existe depuis 2003 aux éditions du Palémon et compte déjà une quarantaine de titres au compteur ! En attendant d'atteindre de tels sommets, ce premier tome remet au goût du jour cette héroïne frondeuse et attachante, ainsi que ses enquêtes divertissantes qui nous font visiter des petits coins de Bretagne en toute simplicité. Cerise sur la galette, l'énigme du roman se révèle passionnante, à la fois bien ficelée et conduite avec dynamisme.   

Dans la deuxième enquête, Les Diamants de l'archiduc, Mary a pris du galon en rejoignant le commissariat de Quimper mais a juré de se tenir à carreau après ses débuts tumultueux. Elle croise au hasard de ses promenades un clochard goguenard qui va lui raconter en plusieurs épisodes les secrets du casse du siècle. La jeune femme est tenue en haleine et devient la dépositaire d'une confession aussi étonnante qu'invraisemblable. Notre héroïne prend une part moins active dans l'histoire mais la lecture n'en demeure pas moins plaisante, empreinte d'un charme désuet et enveloppée de bon air iodé. On devine pas loin le goût du cidre, du beurre salé et des galettes ! 

Une jolie série sans prétention, dégustée sur la route des vacances. 

France Loisirs, coll. Piment noir / Avril 2016


Le Commissaire Bordelli, de Marco Vichi

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Encore une découverte italienne avec ce roman de Marco Vichi dont la jolie couverture colorée annonce une rencontre attrayante et pleine de charme ! L'histoire nous plonge en plein été 1963 dans la ville de Florence. Le commissaire Bordelli se rend dans une somptueuse villa où une vieille dame est morte, étouffée par une violente crise d'asthme. Le policier émet cependant quelques réserves et obtient de l'autopsie la preuve d'un meurtre commis dans les règles de l'art. Il ne faudrait cependant pas s'attendre à une enquête fracassante, car notre commissaire est du genre débonnaire et mélancolique, souvent plongé dans ses souvenirs, préférant s'imprégner du crime avant d'en découdre les ficelles. Reposante, décalée avec son époque, la lecture possède cette désuétude délicate et attachante, piochant sans faillir dans les combines du cozy mystery pour nous envelopper dans sa bulle. L'intrigue s'applique à rassembler les indices et les suspects, puis à décortiquer les motivations et les mobiles de tous. Il y a très peu d'action, mais on ne s'ennuie pas car on se laisse porter par le mouvement nonchalant et l'ambiance chaleureuse et dépaysante. Les personnages aussi nous réservent leur part de mystères et de douces excentricités - entre Diotivede, le médecin légiste ; Dante, l'inventeur fou et génial ; Botta, le cambrioleur converti en cuisinier ; Rodrigo, le cousin effrayé par l'amour et Rosa, la prostituée au grand cœur. Bordelli lui-même n'est pas loin d'être le produit hybride du couple Maigret / Adamsberg ! Solitaire et désabusé, gourmand et bon vivant, notre homme file au volant de sa Coccinelle en ne laissant rien paraître de ses tourments personnels. La suite de ses aventures promet donc un rayonnement de bonheur littéraire à picorer pour son bon plaisir. 

Traduit de l'italien par Nathalie Bauer (Il commissario Bordelli) pour les éditions Philippe Rey

Repris en poche chez 10x18 / Mars 2016

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31/08/16

Bilan du mois : Août 2016 ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

Vintage countryside

Loin, déjà, les matinées paresseuses et tranquilles,
les après-midis à l'ombre du parasol,
les lectures piochées au hasard,
le silence, le vide, le repos...
Comme toujours, la saison des vacances nous berce d'illusions et de bien-être.  

Bilan des quelques publications du mois d'Août sur ce blog : 

☼ Aimer trois fois par jour, de Fausto Brizzi  ♥♥♥♥

☼ Agatha Raisin enquête : La quiche fatale & Remède de cheval, de M.C. Beaton  ♥♥♥♥

Roland est mort, de Nicolas Robin  ♥♥♥♥

☼ La Méthode du crocodile, de Maurizio de Giovanni  ♥♥♥♥

☼ La Collectionneuse de boules à neige, de M. De Giovanni  ♥♥♥♥

☼ Tabou, de Casey Hill  ♥♥♥♥

☼ Le Camp, de Christophe Nicolas  ♥♥♥♥

☼ Vous prendrez bien un dessert ? de Sophie Henrionnet  ♥♥♥½

☼ Traqué, de Simon Lewis  ♥♥½

 

 Après une coupure bénéfique, le retour se fait en douceur...

Summer seaside

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La Méthode du crocodile & La Collectionneuse de boules à neige, de Maurizio De Giovanni

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Cette série policière à la sauce napolitaine figure parmi mes découvertes de l'été ! J'ai ainsi enchaîné avec beaucoup d'enthousiasme les deux premiers tomes, le troisième - disponible chez Fleuve Éditions - est en cours de lecture.

Giuseppe Lojacono est un homme fini. Inspecteur de police suspecté de magouilles mafieuses, l'homme a perdu son poste, son rang social et sa famille. Sa femme n'a pas supporté l'humiliation publique et a demandé le divorce, le privant aussi de son droit de garde en lui refusant tout contact avec sa fille. Lojacono a pourtant clamé son innocence, mais a été broyé par une machine infernale. Il vit depuis dans une petite ville napolitaine, coincé dans un bureau des plaintes, et passe son temps à jouer sur l'ordinateur. Un soir de garde, seul au commissariat, il reçoit un coup de fil signalant le meurtre d'un adolescent, abattu devant chez lui. Malgré l'interdiction, il se rend aussitôt sur les lieux et a le temps de noter deux, trois indices importants, dont des mouchoirs en papier trempés de larmes. Laura Piras, le substitut du procureur, est impressionnée par l'individu et réclame sa présence pour diriger l'enquête. 

Celle-ci révèlera une histoire poignante et dégoulinante de désespoir. Sans connaître son identité, on suit le tueur traquant ses victimes, patientant des heures durant et versant inévitablement des larmes de crocodile, d'où son pseudonyme. La lecture dévoile ainsi une personnalité troublante et attachante d'un criminel en quête de vengeance qu'il aura élaborée de longue haleine. L'atmosphère qui règne dans ce livre est donc pesante, mais son format court et son découpage bien ficelé rendent la lecture captivante. Impossible à lâcher.

Dans La Collectionneuse de boules à neige, l'inspecteur Lojacono obtient une promotion inespérée en intégrant la nouvelle équipe du commissariat Pizzofalcone, pourtant entaché par un scandale de corruption. Il rejoint ainsi une brochette d'outsiders, tous recrutés par le commissaire Gigi Palma, qui mise sur ces flics fêlés et meurtris pour réhabiliter le bureau menacé de fermeture. Entre rapidement en scène une affaire de meurtre, l'épouse d'un notable a été découverte assassinée dans son salon, le crâne fracassé par une boule à neige. Pour l'occasion, Lojacono retrouve la belle Laura Piras, qui en pince secrètement pour lui, mais n'oublie pas non plus ses rendez-vous quotidiens à la trattoria de Letizia, elle aussi entichée de notre policier au charme ténébreux. C'est en compagnie du jeune Marco Aragona qu'il va mener son enquête, passant au crible la vie du couple.  

L'intrigue criminelle est du genre ordinaire, mais laisse longtemps planer le doute quant à son dénouement. Il reste à la lecture une mise en place pertinente de ses nouveaux personnages, outre l'inspecteur Lojacono, le casting s'enrichit de personnalités insolites, calfeutrées dans ses secrets et ses non-dits, qui ouvrent ainsi le champ des possibles en promettant de nombreuses ramifications à la série. C'est frais, c'est moderne, ça ne piétine pas des heures et ça se renouvelle sans cesse. La dimension humaine est également très présente, ce qui assure du drame, de la sensibilité, de la vie, de l'humour, mais aussi de l'évasion et simplement de la distraction. Une série convaincante !  

Traduit de l'italien par Jean-Luc Defromont pour Fleuve Editions

Repris chez 10x18 en juin 2014 & avril 2016

La Méthode du crocodile  La collectionneuse de boules à neige  Et l’obscurité fut

Le Camp, de Christophe Nicolas

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Cyril vient prêter main forte à son amie Flora qui emménage dans la maison de sa grand-mère dans un petit village du Languedoc. Marie, sa fiancée, doit les rejoindre le lendemain... sauf qu'au moment où elle débarque sur le quai de la gare, personne ne l'attend. Le boulanger itinérant accepte de la prendre en stop et c'est ensemble qu'ils découvrent un village mort, vidé de toute sa population. Que s'est-il passé ? Le lecteur, lui, le sait. Car au cours de la nuit, Cyril, Flora et tous les habitants de La Draille ont été déportés malgré eux dans un bunker, où ils se sont réveillés héberlués et dévastés par ce kidnapping. On imagine tout ce petit monde cloîtré dans un espace exigu, dans l'ignorance totale du pourquoi, du comment, et du après. Aussi, les nerfs sont à vif, les esprits s'échauffent, même s'il devient urgent d'imposer le calme pour comprendre au mieux leur situation et espérer y survivre sans trop de dégâts.

Ce roman est tout simplement incroyable ! On plonge littéralement dans une ambiance unique, sombre, inquiétante et très pesante. Une vraie réussite. On découvre ensuite une histoire qui dépasse l'entendement, mais qui est rondement menée et nous entraîne dans une spirale infernale, où se mêlent action, angoisse, suspense, événements proches du paranormal et aussi du thriller. Excitation garantie. Seul le dénouement pêche à nous embarquer totalement, eu égard à la tension psychologique qui n'a jamais faibli, la solution proposée apparaît tarabiscotée et quelque peu poussive. Mais ceci ne ménage nullement mon enthousiasme général. Une lecture que je recommande ! 

Fleuve Éditions / Coll. Outre Fleuve, Mars 2016

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30/08/16

Traqué, de Simon Lewis

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Jake et Will, deux étudiants anglais, ont choisi de s'octroyer une année sabbatique à travers le Sud-Est asiatique. L'un a échoué à ses examens, l'autre veut panser une peine de cœur. À mi-chemin entre la Chine et le Laos, ils décident de partir à l'aventure en suivant un dénommé Howard, du genre hippie hirsute, qui leur promet un site inconnu du grand public situé en pleine jungle. Baignades et rencontres avec des indigènes font aussi partie du programme. Alors que Jake est surexcité par leur expédition, Will boude dans son coin, plus méfiant et craintif que jamais. Son angoisse monte d'un cran lorsqu'il découvre qu'ils débarquent en plein carrefour stratégique où le trafic de teck, de jade, de drogues ou de réfugiés a régulièrement cours. Sous l'emprise d'un euphorisant, Jake plane totalement, prend son pied en plongeant cul nu dans l'eau et séduit une beauté locale. Will, par contre, rechigne à lâcher prise. Le retour à l'hôtel va hélas s'avérer particulièrement épique. De rencontres importunes en réactions fébriles et maladroites, la situation va dégénérer et placer nos globe-trotters en mauvaise posture. Après quoi, les coups fourrés vont s'enchaîner. La lecture bascule alors dans une surenchère de catastrophes et de violence avec un scénario gavé jusqu'à la surdose. Le rythme est vif, l'action intrépide, mais les personnages sont affligeants de sottise et agissent constamment de manière irréfléchie. C'est usant. Le roman promettait du dépaysement, des émotions fortes... à la fin, il devenait urgent de mettre un terme à cette folie ambiante ! 

Traduit par Julie Blanc pour les éditions Actes Sud / Coll. Actes Noirs, Mai 2015 (Border Run)

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