07/05/07

Je préfère la comédie ~ Ariane Gardel

Le dernier roman d'Ariane Gardel est une pépite à manier avec précaution : petit, frêle, fragile et bourré de sensibilité. "Je préfère la comédie" met en scène une jeune adolescente rêveuse et lucide, mystérieuse et blessée. Elle emménage dans un nouvel appartement tout blanc avec son père, sa soeur est en Amérique, ses frères vivent entre amis, et sa mère... Absente, l'ombre de la maman plane telle un peau de chagrin sur la collègienne. Désemparée, mal fagotée, avec des résultats scolaires médiocres, la jeune héroïne du roman vit dans son univers à elle: le cinéma, les vieux films, les acteurs américains des années 50, et le théâtre, la comédie. Ses lectures, sont des pièces de Marivaux ou Giraudoux. Tandis que ses camarades scotchent des posters de Tom Cruise dans leur chambre, elle découpe les jolies photos en noir et blanc des acteurs de son magazine de cinéma. Dans son walk-man, elle écoute les chansons de Peau d'Ane. Elle visionne Happy Days à la tv... bref : portrait d'une adolescente décalée, mal dans ses baskets, une Charlotte Gainsbourg version "La petite voleuse", avec ses jeans, son pull marin et ses baskets blanches.
Véritablement attendrissant, "Je préfère la comédie" est un petit roman qui se lit d'une traite. L'écriture parle de l'adolescence sans niaiserie. L'auteur, comédienne de formation, dessert ses chapitres de citations, brode ses dialogues façon échanges théatrales et glisse des extraits de pièces qui dépoussière quelques bons vieux classiques. La jeunesse n'est pas perdue : la petite Anne du roman d'Ariane Gardel nous en livre un portrait haut en couleurs, et d'une rare délicatesse !

mai 2004

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Le garçon et la mer - Kirsty Gunn

garcon_et_merWard est un adolescent de 15 ans, différent de ses camarades, des autres et de son père, le célèbre MacFarlane, grand surfeur loué par toute une génération.
Quelque chose cloche chez Ward, mais impossible de mettre un nom dessus. C'est un sentiment d'isolement et d'incompatibilité. La mer le fascine et le rebute. Son père lui est étranger, ses regards, ses mots sont autant de balles lancées contre un mur.
Ward n'est pas un surfeur chevronné.
Avec ses amis, il détonne également. C'est un solitaire, et seul son meilleur ami Alex parvient à le traîner chez Beth qui organise une fête en l'absence de ses parents.
Ici dans ce roman, Kirsty Gunn ne décide pas de traiter de l'adolescence et du choix de la décalcomanie envers un père qui rassemble tous les suffrages de popularité. Pour être dans la norme, en gros.
C'est une lecture qui se goûte au rythme de la mer, ses ressacs, son bruissement, son mystère et son envoûtement. L'atmosphère est languide, accablante et flottante.
Prédire un malheur, pourquoi pas ? Comprendre un peu mieux cet adolescent dissemblable face à une figure paternelle "aux yeux de revolver" ?... Tout est très étrange et le sentiment d'appréciation se situe entre les lignes de cette histoire courte. Kirsty Gunn, une nouvelle fois, enchante et trouble. L'eau est encore présente (cf. son 1er roman "Pluie"), de même que les histoires familiales un peu brumeuses et qui donnent un ton impénétrable à l'histoire.
La mer a une importance capitale, sa description est précieuse et contribue au pouvoir de ce livre.
Pour mieux poursuivre la découverte d'un auteur étonnant.

Christian Bourgois, 260 pages / Mars 2007.

J'ai relevé ceci : Trop tard, c'est fait. C'est arrivé comme à chaque fois, la mention du nom de son père. Alors ça pourrait aussi bien être son père, ça pourrait aussi bien être lui qui se tient là. Comme s'il n'y avait que lui qui comptait, ses mots pour parler de l'eau, les mots que Ward lui-même a fini par employer, transformant l'aventure en un récit comme en raconterait son père, un récit factuel, il possède ce genre de pouvoir. C'est exactement ça. La façon dont son père parle de la mer, disons, pour la maîtriser, et Ward qui écoute, et maintenant regarde-le, il fait la même chose. Les autres qui demandent tout le temps : "Et ton père, qu'est-ce qu'il en pense ?" quand ils hésitent à sortir en mer. "Et ton père, il a vu l'eau dont tu parles, Ward ? Qu'est-ce qu'il dit" Si bien que Ward est obligé de scruter de nouveau l'océan, mais à la manière de son père. Si bien que quand il s'y résigne, quand il contemple de nouveau la mer, la vue qu'il a devant lui n'est plus la sienne, cette vue-là s'est envolée, et c'est la journée telle que l'a prévue son père qui se déploie maintenant devant lui. (...)
Mais vous savez quoi ? Et après ? Ce ne sont que des informations, des mots, une fois de plus, ça oui, mais rien de nouveau, et son père a le chic pour ça... Donner aux mots plus d'éclat que nécessaire. Alors n'accorde pas trop d'importance à ce que peut dire cet homme.

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06/05/07

Week-end de chasse à la mère ~ Geneviève Brisac

C'est drôle, effectivement, mais pas dans le sens premier qu'on l'entend : l'humour de Geneviève Brisac est davantage cynique et gribouillé. "Week-end de chasse à la mère" est la suite de "Voir les jardins de Babylone", mais il a été publié d'abord, peut-être c'est une suite sans en être une concrètement. Dans ce roman, en fait, on retrouve avec bonheur les personnages principaux : Nouk, une maman paumée, décalée et limite un peu folle, son fils Eugenio, petit garçon exigent, ogre, lucide, intelligent et vorace. Tous deux vivent trop à deux, alimentent une relation étouffante que l'entourage juge anormal et mauvais pour la mère et l'enfant.
Nouk, elle, écoute les exigences de son fils qui, la veille de Noël, ordonne à sa mère de leur organiser une fête "différente", non plus un tête-à-tête mère/fils qui le gonfle. Alors, à deux, ils vont organiser quelques jours de délire complet : l'achat d'un vrai sapin de Noël, un réveillon au Bon Marché, la rencontre d'un type qui a de Tchekov le prénom d'Anton, l'enterrement saugrenu du canari Eve, des vacances en bord de mer en Bretagne, etc... Mais Eugenio n'est pas satisfait. Même les blagues potaches sur la reine Elisabeth le laissent de marbre, alors Nouk se pose des questions. Et si son amie Martha avait raison ?.. si l'eau était finalement trop grise et impossible à peindre ?.. Et qui disait cela : je marche des cailloux dans les poches ?..
Là, Geneviève Brisac prend véritablement plaisir à broder autour du sujet de la relation maternelle, la relation filiale, l'amour vautour, l'enfant roi, etc. C'est parfaitement jubilatoire, pour l'écrivain de l'avoir écrit, d'avoir exploser son délire, et donc pour le lecteur, de ricaner, de déchanter, etc. Un roman comme j'aime !

lu en mai 2005

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In demand

texas / in demand

avec alan rickman !!!  * les paupières papillonnent !! *

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Souriez, la vie est belle !

Alors oui : ce soir, certains vont être ravis, d'autres vont pleurer. Mais comme je refuse d'évoquer la Politique entre ces murs roses, je veux juste hausser les épaules ... car après tout, la vie reste belle !

Mettez le volume à fond !!!!!

martin solveig / rejection

Dansez maintenant !

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04/05/07

Allez, pour rire !

Ils sont marrants cette année
C'est difficile de deviner dès la rentrée
Lequel se fera arrêter pour les scoots qu'il aura piqué
Lequel sera incarcéré pour avoir trop dealé

Moi en bon prof, chuis préparé
Un peu de maths et de français, du Kick-boxing du Karaté
Tant pis pour la géographie ce qu'ils connaissent de l'Italie
C'est juste vaguement les spaghetti et Rocco Sifredi

Le programme de cette année
En français faudrait arriver à lire tout un livre en entier
Mais même Dan Brown et Marc Lévy y a plus d'cent mots d'vocabulaire
On sera toujours à lire la préface même après l'hiver

Et mon voisin en me voyant me dira
"Bandes de fainéants, alors vous êtes déjà rentré, vous savez pas c'que c'est d'bosser, avec vos semaines de 20h, vous bossez bien moins qu'un facteur, et dire que je paye pour vos congés, et pis vous êtes même pas bronzé !"
Vite les copies à corriger, 2/3 Prozac, 8 cafés,
Mais j'l'entends quand même dire d'en bas
"Et j'compte même pas la sécurité d'l'emploi".

C'lui aux lunettes, c'est mon surdoué
Il sait écrire son nom sans fautes, il sait compter, wow !
Bah, c'est pas mal pour un 3ème, il faut savoir s'en contenter
C'est clair qu'un intello pareil, il va se faire racketter

35 élèves, cette année,
J'leur ai d'mandé c'qu'ils voulaient faire comme métier
J'ai 10 Zidane, 15 Amel Bent et 9 Bouba,
Un original qui veut faire vigile et avocat.
Il a dû voir chez Courbet
Que c'était pas mal d'être avocat si jamais t'allais en prison.
Ils croient tous qu'ils auront leur brevet en regardant l'Île de la Tentation
Merci pour tout ce que fait pour eux la télévision.

Et mon voisin, le même qu'hier, me dira :
"Bande de fonctionnaires, alors vous êtes déjà rentré, vous savez pas ce que c'est de bosser, avec vos semaines de 20 heures, vous bossez moins qu'un contrôleur, et dire que je paie pour mon gamin, il a redoublé son CE1"
Vite les bulletins à remplir, 2/3 Prozac, et 8 kirs,
Mais j'l'entends quand même dire d'en bas
"Et j'compte même pas la sécurité d'l'emploi".

Les directives du ministère
Nous imposent d'faire des réunions plus régulières
On en fait même pour planifier les prochaines réunions
Ou pour décider de c'qu'on peut donner sans risques comme sanctions

Car fini les notes, de temps en temps
Faut juste leur envoyer des sms d'encouragement
L'évaluation c'est pas toi qui la fais, eux y't'disent si t'es cool.
J'préfère quand même qu'ils me donnent des notes plutôt que des coups de boule

Impossible de les faire redoubler
Les pauvres chéris faut surtout pas les perturber
Les programmes faut les simplifier y a trop d'leçons ça les assomme
Ils ont même proposé de donner le bac avec la prochaine Playstation

Et mon voisin, vous l'connaissez, me dira
"Bande de surpayés, vous foutez rien de la journée, vous devez pas être fatigué, avec vos s'maines de 20 heures, vous bossez bien moins qu'un chômeur, et pis pas d'chef et pas d'rend'ment, c'est pas pour c'que vous faites vraiment"
Vite les parents à rencontrer, 2/3 Prozac, 8 Grand Marnier

Et vu leur investissement, l'année prochaine ira pas en s'arrangeant
Faudra p't'être songer à les adopter
Venir le matin, le soir les coucher
Et p't'être dormir à leur place pour qu'ils restent éveillés en classe

La prof de gym n'est pas venue, s'est faite agresser dans la rue, mais bon ils l'avaient avertie, ils veulent pas d'sport avant midi, ils peuvent d'jà pas fumer en classe, et ça déjà c'est dégueulasse,
Entre chaque cours une bière et un joint, c'est quand même pas de gros besoins...

Cette fois-ci c'est décidé, mes gosses iront dans le privé, j'ai beau r'garder à deux fois, j'la vois pas tant qu'ça, la sécurité d'l'emploi.

Les Fatals Picards / la sécurité de l'emploi   

** Pour écouter la chanson, cliquez ici ! **

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Le dîner des ex ~ Tatiana de Rosnay

Encore un très beau roman écrit par Tatiana de Rosnay, "Le dîner des ex" confirme le talent de l'auteur. Magnifique ode à la musique et son influence sur notre vie, sur la similitude avec les relations amoureuses, "Le dîner des ex" se centralise autour de la célèbre chef d'orchestre Margaux. A la veille de son quarantième anniversaire, elle décide d'inviter trois principaux ex-hommes de sa vie pour un repas intime. Une idée dont les véritables motivations ne seront pas analysées, toutefois la jeune femme s'épanche dans une longue lettre adressée à son premier amant, Max, aujourd'hui décédé. Dans ce long texte que constitue le roman, elle lui parle d'elle et de ses amours, ses rencontres avec ses trois hommes les plus importants et glisse quelques anecdotes actuelles (des concerts à préparer, la rencontre d'un homme...).
Chaque histoire amoureuse est associée à un cantate qui illustre l'essentiel de chaque passion: Max, plus âgé, chef d'orchestre renommé, lui apprend l'amour; Manuel, homme marié et incorrigible séducteur, lui révélera la volupté; et Pierre, celui qu'elle épousera, lui donnera un fils. Tous ces hommes ont fait de Margaux la femme qu'elle est aujourd'hui. Elle l'avoue et le reconnaît. Est-ce pour cette raison qu'elle compte les réunir autour d'une table?.. pour les remercier?..
En épitaphe, l'auteur a glissé cette citation de Denise Bombardier: "L'histoire d'une femme, c'est avant tout l'histoire des hommes qui jalonnent sa vie." A Margaux de raconter leurs histoires pour dessiner la sienne.

"Le dîner des ex" est joliment écrit à travers la plume de l'héroïne tour à tour charmeuse, mutine, ambitieuse et libertine. Margaux porte ce roman sur ses frêles épaules : pari réussi. Son histoire nous emporte et nous touche.
Au cours du roman, une phrase glissée... "Il est des livres qu'on ne doit pas oser avant d'avoir dépassé quarante ans." L'âge du premier bilan... Mais n'attendez pas pour ouvrir ce roman. Sa douce mélodie vous atteindra et vous conviera à ce doux voyage en arrière, vers des amours tumultueuses, passionnelles et constructives. A chacun son dîner !

mai 2004

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Ceux qui vont mourir te saluent ~ Fred Vargas

Plaisante fut la lecture de mon premier Fred Vargas. Décidée à connaître cet auteur de policiers très en vogue, je me suis lancée avec "Ceux qui vont mourir te saluent". Efficace, élégant et détaché, le style de Vargas fait mouche. L'auteur réussit à nous entraîner vers des impasses avant de nous reconduire vers d'autres issues qui sèmeront le doute dans l'esprit du lecteur. N'est pas suspect le coupable désigné !..
Autre point fort: les personnages. Entre le trio déjanté des jeunes Claude, Tibère et Néron, le débonnaire inspecteur Richard Valence, la subliminale Laura Valhubert, le richelieu Lorenzo Vitelli, et la petit brochette d'électrons libres... Fred Vargas combine une formule qui marche. Dandysme, cynisme, meurtres, intrigue, suspense et dénouement presque blasé.
Rien n'est sensationnel dans ce roman policier, mais c'est très attachant. L'écriture est poétique, l'histoire basique, les héros malgré eux et l'analyse psychologique qui prévaut le crime sanguinolent, les coups de feu et autres poursuites infernales dans ces rues de Rome.
Convaincue, oui je le suis !

mai 2004

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Bienvenue à Blandings - PG Wodehouse

bienvenue_a_blandingsDans "Bienvenue à Blandings", on y trouve une succession d'hommes et de femmes qui se croisent sans se connaître, avant de se retrouver tous dans la même propriété et d'y partager quelques connivences dont, bien évidemment, seul le lecteur est au courant !
L'intrigue principale concerne la disparition d'un scarabée égyptien de la collection de Mr Peters, riche américain de passage à Londres, venu donner la main de sa jeune fille, Aline, au fils cadet du Lord Emsworth, Freddie. Or, Mr Peters a découvert avec horreur la disparition de sa pièce inestimable et soupçonne avec raison Lord Emsworth. Ce dernier, qui perd un peu la boule, pense au contraire qu'il s'agit d'un cadeau de son ami américain.
Pour éviter tout scandale qui compromettrait le mariage de son enfant, Peters décide donc d'engager un certain Ashe Marston, écrivaillon d'une série policière à quatre sous, le faisant passer pour son valet lors du séjour de la famille à Blandings, la propriété de Lord Emsworth.
On n'en reste pas là, car on y fera également la connaissance d'une jeune demoiselle sans le sou qu'une promesse de récompense de mille livres donne des ailes, d'un soupirant éploré et paré des atours d'un Superman, ce qui agace grandement la dulcinée de son coeur, et un certain majordome un peu trop zélé, vigilant mais doué de malchance.
Tout un joli monde policé, dépeint avec humour !
PG Wodehouse ne manque pas du tout de mordant et propose une cascade d'enchaînements réjouissants et de quiproquos en tout genre. Les dialogues sont piquants, la galerie des personnages est jubilatoire, bref on ne s'ennuie pas du tout !
La réputation de cet auteur démontre ici son large talent et confirme toutes les espérances. A lire absolument.

10-18 / 250 pages. Traduit de l'anglais par Anne-Marie Bouloch.

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03/05/07

Mes Apprentissages - Colette

ApprentissagesPrésentation de l'éditeur
" On ne meurt que du premier homme", écrivait Colette en 1909, au moment de son divorce. Vingt-cinq ans plus tard, la blessure n'est pas encore refermée. Mes apprentissages (1936) en témoigne. Si elle se penche sur ses premières années de femme, raconte ses souvenirs de jeune épousée et évoque des personnalités du milieu journalistique et du monde littéraire auxquels elle fut très tôt liée, Colette dresse surtout un saisissant réquisitoire contre son premier mari, Henry Gauthier-Villars (1859-1931), dit Willy. Le portrait charge qu'elle a tracé dans ces pages fut ciselé avec un art si parfaitement maîtrisé que l'image qu'elle y donne de Willy marqua les lecteurs pendant plus de cinquante ans. II fallut attendre les années 1980 pour qu'on revînt à un jugement plus nuancé. Rarement cruauté fut plus séductrice...

Ou tout ce que Claudine n'a pas dit. Dans Mes Apprentissages, Colette revient donc sur son mariage avec Willy en révélant sa véritable face, son influence sur son travail et sa manipulation sur son caractère de jeune fille innocente. Le texte a été publié en 1936 et marqua immédiatement le public. Colette a excellé en se gardant d'être vile et mauvaise, gratuitement, elle a su être plus finaude, en déployant la nature trop paternaliste de son époux, ses combines derrière le succès de Claudine qu'il signait de son nom, ses liaisons extra-conjugales qu'une Colette jouvencelle découvre le coeur meurtri, et le modelage de la comédienne Polaire, façonnée pour être la jumelle de Colette, et qui interprète Claudine au théâtre.
colette_willyPar mots couvés, mais toujours rondement bien alignés, Colette avoue donc des années de frustration, d'humiliation, d'impuissance et d'incertitude. La vie à Paris l'ennuie, la rencontre des intellectuels l'enchante, un temps, puis la valse hésitante reprend. Colette se gardait d'être honnête avec sa mère Sido, qui se piquera pourtant d'apprendre que sa fille a coupé sa longue chevelure, "Tes cheveux ne t'appartenaient pas, ils étaient mon oeuvre, l'oeuvre de vingt ans de soins. Tu as disposé d'un dépôt précieux, que je t'avais confié..."
Et longtemps Colette va être prise en étau, entre son envie de fuir et l'évidence manifeste de ne pouvoir agir, avouer tout à sa mère et refuser de retourner auprès d'elle ... "Il faut comprendre aussi qu'un captif, animal ou homme, ne pense pas tout le temps à s'évader, en dépit des apparences, en dépit du va-et-vient derrière les barreaux, d'une certaine manière de lancer le regard très loin, à travers les murailles... Ce sont là des réflexes, imposés par l'habitude, par les dimensions de la geôle. Ouvrez la porte : presque toujours, au lieu du bond, de l'essor que vous attendez, la bête déconcertée s'immobilise, recule vers le fond de la cage."
Jamais de tableau noir, ni de trucage, juste une vérité épurée, cinglante et teintée de fraîcheur, de sorte qu'elle puisse conclure sur cette note "il me semble que par contraste le "han" d'effort, le cri de douleur y rendraient un son de fête, et je ne saurais m'y plaindre qu'avec un visage heureux".

" Aimais-je encore, pour demeurer malgré les signes, attendre, et encore attendre ? Le oui, le non que j'aventurerais ici me seraient suspects. Lorsqu'un amour est véritablement le premier, il est malaisé d'affirmer : à telle date, de tel forfait, il mourut. Le songe qui nous restitue, pendant le sommeil, un premier amour révolu, est le seul à rivaliser en ténacité avec le cauchemar qui poursuit adolescents et octogénaires, le songe de la rentrée au collège et de l'examen oral.

Un point est certain : l'homme extraordinaire que j'avais épousé détenait le don, exerçait la tactique d'occuper sans repos une pensée de femme, la pensée de plusieurs femmes, d'empreindre, de laisser, d'entretenir une trace qui ne se pût confondre avec d'autres traces. Celles du bonheur ne sont pas indélébiles... "

" En somme, j'apprenais à vivre. On apprend donc à vivre ? Oui, si c'est sans bonheur. La béatitude n'enseigne rien. Vivre sans bonheur, et n'en point dépérir, voilà une occupation, presque une profession. "

Fayard, 155 pages

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