05/02/08

Partie de pêche au Yémen - Paul Torday

partie_de_pecheQue se passe-t-il dans la tête d'un scientifique britannique tout à fait comblé - sa femme vient de lui offrir une brosse à dents électrique pour leurs vingt ans de mariage - quand un cheik yéménite lui demande de construire une rivière climatisée afin qu'il s'adonne à son sport favori : la pêche au saumon ?

Ce Projet Saumon, auquel Dr Alfred Jones ne croit pas un instant, devient très vite un élément majeur que visent les hautes sphères politiques, lesquelles forcent ainsi notre scientifique débonnaire de plancher derechef sur le sujet. Il en va de la sécurité nationale, de l'image du Premier Ministre Anglais, de la science moderne et d'une campagne de communication valorisante, après le fiasco en Irak. Alfred Jones travaille donc en collaboration avec Harriet Chetwode-Talbot, qui sert d'agent de transition avec le Cheik Muhammad du Yémen.
Ce dernier est un saint homme, sincèrement passionné par la pêche au saumon. Ses intentions sont louables, car il veut permettre à son peuple de partager ce bonheur de pêcher et il est persuadé d'une bienveillance divine pour conduire ce projet jusqu'au bout.
Les mois sont longs, les questions nombreuses, les petites entourloupes dans les coulisses encore plus grouillantes, notamment celles orchestrées par Peter Maxwell, directeur de communication du bureau du PM, Mr. Jay Vent. La position officielle est d'être solidaire, sans trop paraître soutenir ni s'impliquer. Tout dépendra du résultat et des lauriers récoltés !

Cela force à sourire, les petites magouilles étant incroyablement associées à la nature humaine ! Le roman en démontre les rouages, les tracasseries bêtes et inutiles, les ambitions dévorantes et le déni d'informations pour éviter le scandale. A l'écart des ergotages pompeux, il y a notre scientifique, Fred Jones, qui vient d'être quitté par son épouse - exilée en Suisse pour remplacer un collège malade, puis mort. Mary est une économiste rompue et pleine de détermination, qui sacrifie sa vie personnelle pour sa réussite professionnelle. La séparation du couple vient miner notre scientifique, qui se consolera un temps auprès de la jeune Harriet, elle-même profondément déprimée par l'absence de son fiancé, en mission secrète dans le Moyen-Orient.

Construit à l'aide du journal intime d'Alfred, de courriels, de rapports d'enquêtes, d'entretiens, des lettres d'Harriet, et même d'un script pour le pilote d'une émission, le roman permet ainsi d'accélérer l'allure pour ne pas laisser le lecteur évanoui d'ennui à force de (trop) longues descriptions sur la pêche et le saumon.
L'histoire, elle, est cocasse, assez sarcastique. Elle dénonce plusieurs aspects de la folie des administrations, des possibilités surréalistes de l'argent et du pouvoir. Ce projet fou va toutefois permettre à un homme presque banal de connaître la notion du rêve et de l'amour, ce qui n'est pas rien !
Un roman qui a tout de la farce, de la comédie british assez pince-sans-rire, avec ses personnages flegmatiques, et au final ce bon divertissement cache aussi quelques notes aigres-douces. Pas mal, un roman à découvrir !

JC Lattès - 383 pages -  19.50 €

Traduit de l'anglais par Katia Holmes.  Titre vo : Salmon Fishing in the Yemen.

Lu par Molinia de Lectures-Club  & par Millepages (libraire)

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04/02/08

L'ange de pierre - Margaret Laurence

ange_de_pierreHagar Shipley est une vieille femme de près de 90 ans, qui perd un peu la tête et n'a plus la force de tenir debout sur ses jambes. Elle vit avec son fils Marvin et son épouse Doris dans sa propre maison, qu'elle a accepté de céder. Elle pense cependant qu'on cherche à la déposséder, car Marvin souhaiterait qu'elle se rende dans une maison de repos, où elle recevrait des soins adéquats. Or elle refuse absolument d'y mettre les pieds.
Chez elle, dans sa maison, elle se sent apaisée et confiante au milieu de ses objets et de ses souvenirs. Elle se rappelle ainsi la petite fille pleine de vie qu'elle était, l'étudiante appliquée et promise à un brillant avenir avant son brusque mariage avec Bram Shipley. C'était un assez bel homme, très grand, portant la barbe noire, il exerçait sur Hagar une attraction physique affolante. Pourtant ce type était un fermier de quatorze ans son aîné, veuf et père de deux filles, il était rustaud et grossier, et ne roulait pas sur l'or. Tout pour déplaire ! Et c'est contre l'avis de sa famille qu'Hagar se précipite dans ce mariage, complètement folle et irresponsable.
Le temps aura raison de sa jeunesse, de sa fraîcheur et de ses ambitions. C'était une demoiselle assez prout-prout qui enviait une ancienne copine, Lottie Drieser, d'avoir réussi ce qu'elle n'avait pu décrocher. Elle va nourrir en John, son deuxième fils, un espoir insensé, attendant de lui qu'il venge l'honneur de sa famille et reprenne le flambeau des Currie.
Mais l'ironie du destin voudra que la roue infernale ne cesse jamais de tourner, et à ce petit manège il sera toujours trop tard pour faire marche arrière...

Le roman est une valse lente et hypnotique, au coeur de laquelle tourbillonne la vie d'Hagar qui se débat contre ses souvenirs et contre le temps qui passe ; elle n'est pas sénile, elle se rappelle encore très bien, malgré les signes, et force toutes les portes pour la conduire vers son histoire passée. Lui prouver le contraire ne sert strictement à rien, Hagar a peu conscience de ses erreurs et n'adopte nullement le repenti ! Car Hagar Shipley affirme un tempérament bien trempé, qui cache ses faiblesses et refuse les larmes, houspille ses proches au lieu de s'ouvrir à eux pour lui confier ses peurs. « L'orgueil a été ma folie, et la peur le démon qui m'a poussée. Seule, toujours, et jamais libre, car mes chaînes étaient en moi, se sont déployées hors de moi et ont entravé tous ceux qui m'étaient proches. »
Au passé, se mélange un présent tout aussi réel, et qui dévoile une Hagar plus faible et fragile qu'on ne le pensait. Elle mène plusieurs combats, contre elle-même aussi. C'est très émouvant, vraiment bouleversant. J'ai même retenu quelques larmes sur les dernières pages, tellement ce portrait de femme a su me toucher. 

« L'ange de pierre » est le premier livre du Cycle de Manawaka (ville fictive se situant dans le Manitoba, au Canada). Margaret Laurence était sincèrement un brillant écrivain, pour le constater n'hésitez pas à lire aussi « Une divine plaisanterie » (roman paru en 2006).

Joelle Losfeld - 318 pages.  21.00 €

Traduit de l'anglais (Canada) par Sophie Bastide-Foltz. Titre vo : The Stone Angel.

« L'ange de pierre » vient d'être adapté pour le cinéma par la réalisatrice Kari Skogland.

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03/02/08

si tu n'existais pas & l'amour vache

si_tu_n_existais_pasSa maman, Alice, est folle... de Joe Dassin. Elle connaît toutes ses chansons par coeur. Lui, Fredo, est fan de Mac Spitte (comprenez Mark Spitz, le champion de natation). Tous les jours, il s'entraîne dans sa baignoire et compte jusqu'à combien il peut rester sous l'eau sans respirer.
Tout ça vous enlève quelques soucis de la vie. Parce que la vie, la vraie, n'est pas drôle. Alice est un peu folle (pour de vrai), elle cherche un homme, ou un père, qui pourrait remplacer celui qui a disparu. Elle veut le faire pour son fils, mais Fredo préférerait que sa maman, si jolie, soit un peu plus rangée, raisonnable, prévisible. Vous en connaissez beaucoup qui se rendent à des funérailles pour pleurnicher sur le défunt et provoquer un mini scandale auprès de l'épouse, des enfants et des proches ? Résultat : une bousculade, une maman au fond d'un trou et un tailleur en lambeaux. Pour le jour de la rentrée, c'est pas top !
A l'école, il y a les copains, Nono et ses vacheries, Bien-Bien le prof qui croit en son potentiel de champion, et les cours de piscine, où Fredo devient une étoile filante ! La classe.
Et puis les ennuis, toujours, reviennent et vous emportent une maman qui est partie à Rio. Comme dans la chanson de Claude François. Les copines d'Alice sont là, Mado qui aime le jaune canari et Michel Sardou à en mourir (de plaisir) et la jolie Lulu, une gosse de 20 ans qui a un corps de déesse, mais un amant marié.
Ce roman vous en raconte des belles et des pas mûres, avec des clins d'oeil aux artistes délicieusement kitsches des années 60. Bien sûr, derrière le ton badin, l'histoire est plus amère car c'est un portrait délicat d'un fils sans père et d'une femme qui cherche à se caser à tout prix (mais qui finit par se casser les dents). L'histoire est racontée par un Fredo qu'on adore, et qui n'a pas sa langue dans sa poche, il est flanqué d'une maman foldingue, qui reste très touchante ! Un mélange d'humour, de doute et de tendresse : un beau, bon roman attachant !

Si tu n'existais pas, Williams Crépin.

Editions Thierry Magnier - 169 pages -  8.50 €

Encore un peu d'amour, mais de façon plus vache !

amour_vacheRachel Corenblit, découverte avec son premier roman Shalom Salam maintenant, propose de décliner en 8 courtes leçons la façon d'aimer de jeunes ados d'aujourd'hui. On peut s'imaginer une approche facile et légère (pourquoi je suis la seule à ne pas avoir de petit copain, pourquoi personne ne m'embrasse jamais ...), la lecture nous ouvre finalement les portes vers des histoires plus touchantes.

On y croise une belle-mère qui fait meuh, mais finalement elle n'est pas si vilaine ni si vache que ça. On tient la main d'un père qui n'en finit pas de mourir depuis un an, et ça coûte et ça dure, mais à quoi ça sert de pleurer ? On donne des ailes à un garçon un peu tordu et qui n'a jamais eu de chance dans sa vie scolaire, parce qu'il n'est pas comme tout le monde. On se trouve à côté d'une ado prise dans l'engrenage du TOC et qui se frotte les mains jusqu'au sang pour se guérir du mal en elle. Et on découvre aussi le combat d'une maman pour sa fille atteinte d'un cancer, ou la fugue d'une soeur et ses frères pour échapper à des agissements horribles sous le regard noyé (de larmes ou de pluie) d'un gendarme empathique.

Bref tout ceci en quelques 120 pages, avec un peu de confiture sur une tartine, et cela vous donne beaucoup de noblesse à l'art d'aimer (un peu vache) ; des situations souvent difficiles, des jeunes blessés, touchés ou écoeurés, mais qui ne manquent jamais d'humour (un peu noir et grinçant)... On se cherche, on ne se trouve pas, mais il n'en reste pas moins beaucoup de vivacité et d'esprit dans tout cela !

« C'est d'amour dont je te cause. L'amour qui remplit et qui fait son boulot. Tordre les coeurs. Raccourcir l'âme. Essorer la volonté. Tombe pas amoureuse, poulette, c'est ce que je disais à ta maman quand elle avait ton âge. Laisse-les chavirer, tous, mais reste à bord du navire. Contrôle la direction du vent. Et si tu tombes à l'eau, pense à respirer.
- Tu te rends compte, papi, tu brises tout mon romantisme, elle disait.
- Va, poucette, vaut mieux être cul que culcul.
»

L'amour vache - Rachel Corenblit.

Le Rouergue, coll. doAdo. 122 pages. 7.50 €  

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02/02/08

Seizon life

Pour changer de nos lectures romanesques et pour midinettes patentées, voici une trilogie dans le genre policier et dramatique :

SeizonLife1  SeizonLife2  SeizonLife3

Synopsis : Takeda n'a plus que six mois à vivre avant que le cancer ne le ronge... Pour s'épargner une lente agonie, il décide de se suicider. Mais juste au moment où il s'apprête à se pendre, le téléphone sonne : la police a retrouvé le corps de sa fille unique, disparue il y a plus de quatorze ans. Au Japon, la prescription pour un meurtre est fixée à quinze ans, il reste à peine six mois à Takeda pour retrouver et faire condamner l'assassin de sa fille.

Les auteurs ont cherché à mettre la pression, vous ne trouvez pas ? Il y a cet incroyable hasard : six mois pour vivre, six mois pour retrouver un assassin, et le faire payer du meurtre de sa fille. Et six mois, c'est court ! Qu'à cela ne tienne, le scénario de cette série est tenace et a décidé de jouer avec les nerfs.

Takeda est un homme en fin de vie, condamné par la maladie, le même cancer qui avait emporté son épouse quelques années plus tôt. Désabusé, il se rend compte qu'il est passé à côté de l'essentiel pour privilégier une carrière professionnelle. Il est trop tard pour rattraper ses erreurs, jusqu'à ce coup de fil de la police qui va le pousser à donner au restant de ses jours un sens unique : venger sa fille.

Et aussitôt l'enquête nous embarque, Takeda décide de fouiller dans les affaires de Sawako et de revenir quatorze ans en arrière, suivre ses traces, refaire le parcours des derniers jours précédant sa disparition. Il essaie de renouer avec les anciens camarades de l'adolescente, d'éplucher les photos et ses efforts commencent à payer car les indices viennent peu à peu s'embriquer, tel des morceaux de puzzle.

Au début, Takeda était seul à jouer le détective éploré. La police se gaussait de lui, et puis un homme a su être touché par les motivations de cet homme. C'est l'inspecteur Murai. Tous les deux vont remonter une piste incroyable, pensant presque toucher le but, avant de perdre leurs illusions. Et puis, autre coup de théâtre, et ça repart à cent à l'heure.

Pour ça, on ne peut pas reprocher à l'histoire de ronronner au coin du feu, attendant que les pages défilent et occupent le lecteur. C'est très, très rythmé ! Au début l'enquête piétine, quoi de plus normal ? Puis il y a une avancée subite, qui peut paraître 'trop facile' , mais qui donne du piment et de l'intérêt à l'ensemble. Comment ne pas se passionner ?! L'histoire aurait pu sembler moribonde et démoralisante, elle se révèle stupéfiante. La poussée d'adrénaline qu'elle nous fait vivre est là, bien ancrée. Parce que nos enquêteurs progressent, mais le temps aussi défile. Et on tombe vraiment dans un compte à rebours infernal. Le summum revient au tome 3, celui qui met un point d'orgue, celui qui annonce la sentence. Et dans tout cela, autre point incroyable, c'est la tension psychologique qui se crée. La corde est raide, tendue plus que raide, elle vous menace de péter à la figure en moins d'une seconde. Pfiou !

Pour souffler un peu, les auteurs ont donc peaufiné le portrait du père, mettant l'accent sur son chagrin et son désespoir. Alors non ! ne croyez pas que ça va pleurer dans les chaumières, nous en sommes bien loin. Ce scénario montre intelligemment qu'on peut traiter du chagrin et du deuil insurmontable sans forcément chercher à vous arracher toutes les larmes de votre corps. Ne me taxez pas de coeur de pierre, car j'ai retenu quelques hoquets et j'ai vraiment ressenti la souffrance de cet homme, trouvant toute légitimité à son désir de vengeance. Il y a des scènes, et des passages, qui ne laissent pas de marbre. Mais c'est un tout, coincé dans une belle enveloppe. Car Seizon life est un ensemble redoutable et efficace, une brillante enquête criminelle (avec de bonnes grosses ficelles, mais bon...), enrichi de personnages attachants (un père tiraillé entre la douleur et la haine, un coupable admirable de sang-froid...). C'est une lecture qui vous mène par le bout du nez, qui vous enchaîne et vous laisse à bout de souffle ! ...  Waouh ! 

Seizon life, par Nobuyuki Fukumoto & Kaiji Kawaguchi - Panini Comics. 8.95 € le volume (Série terminée, en 3 tomes)

J'adresse un grand merci à mon capitaine Benoit pour ce judicieux conseil !

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01/02/08

Pourquoi nous amassons des livres que nous n'avons pas (toujours) le temps de lire...

la_maison_en_papierPrésentation de l'éditeur
Ce très joli récit est une fable sur le pouvoir et la fascination des livres, un conte initiatique où le passage de la ligne d’ombre se fait non sur un bateau mais à travers le voyage réel et dramatique entre deux continents d’un roman de Conrad recouvert d’une croûte de ciment.
Un Argentin, professeur à l’Université de Cambridge, est nommé au poste de Bluma Lennon, morte renversée par une voiture alors qu’elle venait d’acheter un exemplaire des poèmes d’Emily Dickinson. C’est lui qui ouvre le paquet adressé à Bluma, posté en Uruguay, sans mention d’expéditeur et dont le contenu l’intrigue : un exemplaire de La ligne d’ombre, rongé par l’humidité et portant des traces de ciment et de mortier sur la couverture, la tranche et les pages. Comme il doit se rendre en Argentine, le narrateur emporte le livre, et de Buenos Aires prend le bateau pour l’Uruguay afin de retrouver le propriétaire du livre et de l’informer du décès de son destinataire. Là, un libraire d’ancien et un ami lui racontent l’étrange histoire de Carlos Brauer, bibliophile, collectionneur, disparu sans laisser d’adresse, mais dont les traces demeurent sur une plage désolée, inhabitée, battue par les vents et l’océan. De plus en plus intrigué par cette étrange histoire, effrayé aussi par le pouvoir que semblaient exercer les livres sur leur propriétaire, le narrateur se rend sur la côte de Rocha où il découvrira le mystère de La ligne d’ombre et, bien sûr, le lien qui unissait Bluma Lennon et Carlos Brauer.

« Au printemps de l'année 1998, Bluma Lennon venait d'acheter dans une librairie de Soho un exemplaire ancien des Poèmes d'Emily Dickinson quand, arrivée au deuxième sonnet, au premier coin de rue, elle a été renversée par une voiture. »

« La maison en papier » est un joli titre pour symboliser l'invasion des livres dans la vie d'un bibliophile, mais le roman raconte aussi une histoire abracadabrante, à propos d'un homme, d'une femme et d'un livre (« La ligne d'ombre » de Joseph Conrad). ** Cf. la présentation de l'éditeur pour en savoir plus sur l'histoire, très bien résumée. **
Ce roman de Carlos Maria Dominguez est une magnifique plongée dans l'univers des lecteurs compulsifs, sur le pouvoir et la fascination des livres, leur influence grandissante et même dangereuse, une immersion dans le monde des amoureux des livres, des passionnés frappés d'une maladie, d'une soif d'exploration et/ou d'un besoin de conquête. « La maison en papier » est d'une magnificence rare, cultivée et précieuse. L'auteur, lui-même critique littéraire, déballe sa passion livresque et ne cache pas les travers d'une telle passion. Attention, les livres sont dangereux, disait la grand-mère du narrateur, dès qu'il avait le nez plongé dans un ouvrage. Oui, le livre est un objet à manipuler avec précaution. C'est une bombe à retardement, prudence !
« La maison en papier » raconte tout ça avec des mots bien choisis et prudemment mesurés. Il y a beaucoup de très beaux passages sur les livres, les bibliothèques et ce que décèlent leurs contenus, la magie des mots et des ouvrages reliés ... A lire, et relire indéfiniment. Un très beau roman.

Seuil, 112 pages.  13.00 €

Je dédie ce petit billet à tous les amoureux des livres, que nous sommes, acheteurs compulsifs (aussi) et aux aventuriers des challenges qui fleurissent à gogo !!!! ...

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31/01/08

En poche ! #12

C'est LE livre de poche à s'acheter les yeux fermés ! ... dit la fana de Marilyn. Je sais bien, je vous entends ! Pourquoi lire un bouquin sur cette blonde un peu bécasse et qui a déjà fait couler tant d'encre ! .. Bah oui, mais bon. Il le faut, c'est tout !

marilyn_folioEn janvier 1960, Marilyn entre pour la première fois dans le cabinet du Dr Ralph Greenson, c'est son quatrième analyste, l'actrice est dans un état psychique et physique délabré... La relation qui va s'établir entre Marilyn et Greenson va prendre un tour ambigu, complexe et trouble : une étrange relation de dépendance mutuelle, une liaison amoureuse sans sexe, une addiction réciproque... « Greenson et Marilyn étaient attachés par l'amour et la mort, mais ils n'avaient pas fait l'amour. Il leur restait à faire la mort. Ensemble ou chacun pour soi. ». Greenson a été la dernière personne à l'avoir vue vivante et le premier à l'avoir trouvée morte. Pourra-t-on jamais expliquer les événements étranges de la nuit du 4 au 5 août 1962, où Marilyn Monroe a trouvé la mort ? Non, jamais. Et d'ailleurs le livre de Michel Schneider n'est pas un énième ouvrage pour découvrir qui a tué Marilyn, mais pourquoi est-elle morte.

Le livre de Schneider, aussi bizarre que cela puisse paraître, est en fait un roman. Les personnages et les faits sont réels, les propos reproduits avec la plus stricte exactitude, et pourtant Schneider a pris le parti d'en faire « un roman ». Autre idée, l'auteur a décidé d'écrire un roman sur la blonde et le psychanalyste, sur les trente mois de leurs rapports, et sur les fameuses dernières séances de Marilyn, reprenant le principe du play / rewind des cassettes enregistrées.

Par dessus tout, Schneider a su me réconcilier avec l'image de Marilyn, entre les livres où on accuse trop et ceux où on ne dit pas assez, j'avoue m'être perdue dans des tonnes de considérations... bien souvent superflues. Le livre de Michel Schneider rend l'image d'un être mi-ange, mi-démon vis-à-vis de laquelle je ne suis pas fâchée. Il y a une grande intelligence dans le portrait dessiné des névroses de Marilyn et une grande objectivité dans la psychanalyse. Marilyn y croyait, fervente admiratrice de l'école freudienne, et pourtant Marilyn appartenait au monde de pacotilles qu'était Hollywood. Elle n'était pas la seule à être victime de ces deux systèmes parasités, on le découvre en lisant ce livre. C'est effectivement un « roman » riche, palpitant et lucide. Ne faisant aucune concession, la réalité apparaît crue et sincère, car oui il y a beaucoup d'honnêteté dans cette « Marilyn » et j'ai apprécié ce tableau, avec sa tendresse, sa voix, ses amitiés, ses amours et ses colères, ses trahisons et ses bêtises, ses courses vers le sexe, son besoin d'images... Il y a tout ça, en vrac : 530 pages de lecture lumineuse sur un sujet opaque et épineux.

{ C'est MA Marilyn, quoi ! }

Folio, 7.40 €

D'autres livres de Marilyn (un florilège...) :

marilyn_apparitionmarilyn_miroirmarilyn_derriere_miroiretc...

Et des films, aussi ...

affiche_bother_2   affiche_niagara   affiche_river_of_no_return   affiche_some_like_it_hot   etc ... 

(Plus d'infos, en cliquant sur les images.)      

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30/01/08

Premières (ou deuxièmes ?) lectures

Que dire, que faire ? Ma fille ne sera sans doute pas une grande lectrice comme son phénomène de mère, mais il n'est pas dit que je n'en faisais pas mon affaire ! Des piles de livres, elle disposera. Des envies de les lire, elle aura (ou pas). Tant pis, après tout !

En attendant, je lui trace peu à peu son chemin de dévoreuse de livres en mettant mon nez dans ce que les librairies nous proposent de beau (et de neuf !)...

akimbo_lionsAkimbo et les lions est un livre qui m'a personnellement beaucoup touchée. C'est le petit frère du roman de Kessel (Le Lion), que j'ai lu et adoré aussi. Dans Akimbo, on parle d'une rencontre entre un garçon et un lionceau, qui sera synonyme de grande amitié. Et puis un jour, l'enfant comprend que le lion doit regagner son environnement naturel, évoluer parmi les siens, dans la savane. La séparation est triste et émouvante. Et pourtant il se dégage du livre une grande sagesse et une fraîcheur tout à fait appréciable. Ceci est une belle leçon d'humanité, en somme.

Ce livre s'inscrit dans une série (il existe déjà Akimbo et les éléphants & Akimbo et les crocodiles). Ce sont les aventures d'un garçon qui vit en Afrique, dans une grande réserve naturelle. L'auteur n'est autre que Alexander McCall Smith, célèbre aussi pour ses intrigues policières avec Mma Ramotswe détective. Mais je ne suis pas d'accord avec ce que j'ai lu dans une critique : ceci n'est pas Le Club des cinq transporté dans la savane ! Akimbo est un petit garçon qui se trouve au coeur d'histoires palpitantes, mais ce ne sont pas des enquêtes policières.

A conseiller pour les 8 - 10 ans (et plus).

Akimbo et les lions - Alexander Mc Call Smith / illustré par Peter Bailey.

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adieu_chats_volantsEncore une autre série : Les chats volants (le premier tome, paru en 2005, avait obtenu le prix Tam-Tam). Ce sont donc, bel et bien, des chats qui peuvent voler (grâce aux ailes qu'ils ont sur le dos). Très honnêtement je ne trouve pas ça très beau, malgré le grand talent de S.D. Schindler qui s'exprime dans les décors, les personnages, etc. L'histoire est toutefois attachante : la petite Jane s'ennuie à la ferme où elle vit avec ses frères et soeurs. Elle veut plus de liberté, plus d'aventure. Alors elle décide partir en ville, où elle découvrira que les zêbres humains ont une curieuse façon de s'attacher l'affection des animaux extraordinaires.

L'histoire finit bien, tout rentre dans l'ordre et pas de la façon qu'on pensait ! Il existe déjà trois tomes, plus ce dernier nouvellement paru. A découvrir, donc, pour les enfants qui aiment les chats (et les histoires avec des chats).

Dès 7 - 8 ans.

Au revoir les chats volants - Ursula K. Le Guin / illustré par S.D. Schindler.

 

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chat_et_diablePreuve que la littérature jeunesse est une affaire de grands noms, aussi. Le chat et le diable a été écrit par l'illustre James Joyce pour son petit-fils, il y a plus de cinquante ans. L'histoire est à nouveau proposée aux jeunes lecteurs qui pourront savourer l'humour espiègle de ce diable qui scelle un pacte avec le maire de Beaugency pour l'aider à construire un pont qui traverse la Loire. En contrepartie, le maire accepte que la première personne qui passera le pont appartiendra au diable pour l'éternité. Malin, le maire va imaginer une petite combine, à la barbe du diable, qui s'en mord les doigts. Et ainsi naquit la légende selon laquelle les habitants de la ville sont appelés Les chats de Beaugency ! ...

Comment résister à cette histoire, qui est drôle et espiègle, et servie par de chouettes illustrations ? ! 

(Titre de la liste 2008 de l'Education nationale, cycle 2 (CP-CE1). )

Le chat et le diable - James Joyce / Illustré par Roger Blachon.

 

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Ce dernier titre, Le chat et le diable, convient davantage à une première lecture. Peu de texte, assez facile d'approche, des illustrations vives et chaleureuses, plus une histoire très drôle, tous les ingrédients sont réunis. Je réserve encore les deux premiers livres cités ci-dessus pour plus tard, dans quelques mois (dirons-nous).

La Miss C. vient pour l'heure de découvrir une toute nouvelle héroïne, qui est devenue une vraie copine. C'est Mademoiselle Zazie !

zazie_a_t_elle_un_zizi    zazie_veut_un_bebe

Zazie est une petite fille qui a toujours la pêche, qui n'a peur de rien et qui fait tourner maboule son meilleur ami Max. Cela promet de belles heures de lecture (et de relecture). Le texte est drôle, vif, intelligent. Les illustrations sont mignonnes et absolument craquantes !

Prochainement, nous parlerons du p'tit dernier : Les baisers de Mademoiselle Zazie.

(Merci Gawou pour la recommandation ! ... Très bon, ton karma ! ;o) )

29/01/08

Le goût des abricots secs - Gilles D. Perez

gout_des_abricots_secs« J'écris depuis le lieu d'une disparition. J'ai besoin de ce désert pour faire place à ce qui lentement affleure. La résidence est devenue une immense caisse de résonnance. Chacun de nous veille sur ses fantômes. La tâche est infinie. Mais chacun de nous, peut-être, aura sauvé quelque chose...
Je n'attends rien. Autrefois, anxieusement, j'attendais le sommeil. Et je m'étonnais de ne pas le trouver. On ne peut pas fuir l'absence. Il faut s'y colleter. C'est ce que j'essaie de faire. Manger l'absence de Véra. La prendre à pleine bouche. Attrape-moi si tu peux, m'avait-elle dit.
»

C'est un livre qu'on peut tout bonnement considérer comme un roman d'atmosphère, car cela se passe dans une résidence abandonnée par ses habitants, sous une pluie infernale et qui noie le jardin alentour. Seuls le narrateur et le vieil homme, son voisin, hantent encore les lieux de cet abri déserté. On y retrouve et partage des amours perdues, des notes de piano et des souvenirs de ce faste lointain. Le vieil homme pleure son épouse décédée, elle ne jouera plus pour lui 'Les Scènes d'enfant' de Schumann. Et le narrateur n'a plus que la collection de chapeaux pour se rappeler son grand amour, Véra.
Il y a une question qui revient sans cesse : où est passée Véra ?! La narration est si lente à dérouler le tapis rouge, c'est un style aussi, pas une critique négative. A première vue, j'avais jaugé ce petit roman de 90 pages et pensé le lire assez vite. Pas du tout ! Ce livre figure parmi les lectures qui demandent du temps, qui demandent à s'immerger jusqu'au cou, à se noyer dans les lignes. C'est très bien écrit, pas de doute, tout en élégance, laissant flotter dans les airs un goût suranné, délicieux.
C'est enfin un roman qui se passe en dehors de tout : du temps, des lieux, du moment, de l'action. « Le goût des abricots secs » est une lecture peu commune, qui vous imprègne de son aura, et puis qui vous abandonne sur ce constat. Il y a eu, il n'y a plus. Cet amour fou qu'ont connu les deux hommes a nourri leur échange, alimenté le roman de début à la fin, à cela se sont aussi mêlées des images de guerre, d'exil et de clandestinité. In fine, on referme le livre, mais on ne possède toujours pas la clef de ses mystères !

Le Rouergue - 95 pages -  10.00 €   (janvier 2008)

Fortement conseillé par Tatiana !

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28/01/08

Les empreintes du diable - John Burnside

empreintes_du_diable« Voilà bien longtemps, à Coldhaven, petit port de pêche sur la côte est de l'Écosse, les gens s'éveillèrent un matin dans l'obscurité de la mi-décembre pour découvrir non seulement que leurs maisons étaient ensevelies sous une couche de neige épaisse et irréelle comme il ne s'en voit qu'une ou deux fois par génération, mais aussi qu'une chose étrange s'était produite pendant leur sommeil, une chose dont ils ne purent rendre compte qu'au moyen de rumeurs et d'histoires qu'en honnêtes croyants, ils avaient honte de colporter, des histoires évoquant le diable, ou les esprits, des histoires reconnaissant à contre-coeur la présence dans le monde d'une puissance cachée que, la plupart du temps, ils préféraient ignorer. »
Ce qu'il s'est passé à Coldhaven, à cette époque, ce sont des traces de pas retrouvées dans la neige et qui ont été associées à des empreintes du diable ! Ceci place un peu le décor, car bien des décennies plus tard, c'est un fait divers dramatique qui frappe ce petit village écossais : Moira Birnie a mis fin à ses jours, et à celles de ses deux petits garçons, mais a laissé la vie sauve à sa fille aînée, Hazel. Pourquoi tant de pourquoi ? Il faut se pencher vers Mrs K, la femme de ménage du narrateur pour connaître le fin mot de ce drame. Non contente de paraître la copie conforme d'Ingrid Bergman, « tant de visage que de maintien », cette dame pratique en experte l'art du commérage.
« Ce qu'elle avait de particulier, c'est qu'elle n'était pas sûre de sa véracité. Comme Miss Marple, dans les romans d'Agatha Christie, elle attendait d'être en possession de tous les éléments, après quoi elle révélait le tout, dans ses moindres détails subtils et ironiques. »
Selon les informations de Mrs K, Moira avait décidé que son mari violent était le diable en personne !
Mais ce que Mrs K ignore, ou peut tout juste soupçonner, c'est qu'en épargnant la vie d'Hazel, Moira a provoqué un mini séisme dans l'esprit du narrateur. Il y a quinze ans, Michael Gardiner avait été le petit ami de Moira Kennedy et aujourd'hui il s'imagine qu'il pourrait être le père de l'adolescente. Cette prise de conscience est-elle avérée, oui ou non ? L'homme a vécu toute sa vie dans ce coin reculé, occupant désormais la maison de ses parents, il est marié à Amanda, qui a pris le parti de s'échapper le plus possible pour ne pas mourir d'ennui.
Un jour, Michael décide donc de retrouver Hazel et de l'emmener loin de Coldhaven. Ce n'est pas une escapade amoureuse, même si l'adolescente est belle, aguicheuse et intriguante. Il a entrepris cette fuite en avant plus pour se rassurer, pour trancher avec sa vie et pour se sortir de son inertie.
Mais je m'aperçois que c'est très réducteur de l'expliquer ainsi, car l'histoire montre que tout n'arrive pas sans rien, que le déclic provoqué tardivement est une suite logique à des événements antérieurs, survenus jusque dans l'enfance ! Alors qu'il n'était qu'un écolier, par exemple, Michael a été terrorisé par Malcolm Kennedy, le frère de Moira. Le roman ne serait-il qu'un concours de circonstances ?
Non plus.
C'est beaucoup plus ambivalent. Cela ressemble à un magma de pressentiment, de confusion et de crainte. Ce que ressent le narrateur est inscrit dans les terres de ce trou perdu d'Ecosse, fait partie intégrante des légendes et des mystères. Et toutes les questions qu'on soulève demeurent dans les airs, et ce n'est même pas grave de les laisser en suspens ! Après tout... Absorbée par l'atmosphère de Coldhaven, l'histoire s'inscrit à son tour dans les nombreux points de suspension.
Ecrit avec un sens aigu des sensations à vivre et ressentir, ce roman révèle une ambiance envoûtante, dans laquelle on s'y perd, et prouve que son auteur, John Burnside, est un grand écrivain poète !

Métailié - 218 pages - 18.00 €  (Janvier 2008)

Traduit de l'anglais (Ecosse) par Catherine Richard.

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27/01/08

Les orphelins de Naja - Nathalie Le Gendre

orphelins_de_najaJ'ai beau cherché un qualificatif pour exprimer mon sentiment sur ce roman, je ne trouve pas mieux que le tout simple : « c'est fort » . J'étais préparée à une lecture un peu « coup de poing » , mais le résultat a dépassé toutes les attentes !
N'attendez plus : découvrez ce livre !!!
Le sujet peut paraître rebutant : nous sommes au XXIIIème siècle, sur une planète verte qui s'appelle Naja, où sont envoyés des millions d'enfants défavorisés, orphelins, délinquants, etc. La Terre a lancé un programme grandiloquent, mais qui fait froid dans le dos, « une Terre saine de corps et d'esprit » .
A vrai dire, on n'en finit pas de frissonner. L'histoire commence par un enlèvement, une petite fille de 3 ans, Ana, qui est la cadette du secrétaire général de l'OMPE (l'Organisation mondiale en charge du projet cité ci-dessus). Du jour au lendemain, l'enfant disparaît de la circulation. Aucune nouvelle.
Les années passent, et on retrouve cette petite fille dans un orphelinat sur Naja. Elle a 12 ans, se nomme Khisana et elle s'ennuie profondément. Elle a tout oublié de son passé et dépend aujourd'hui d'un tuteur, Hoel, son aîné de neuf ans.
Ce qu'on ignore au début, mais qu'on devine entre les lignes, c'est que la planète Naja est rongée jusqu'à l'os par un fléau dégoûtant. Des réseaux pédophiles ont noyé le système, et l'Eglise, qui contrôle cette station, a un rôle à jouer dans l'affaire. Il y a l'armée, aussi, présente sur Naja, et qui va mettre en place un service d'intervention spéciale pour infiltrer le milieu. Mais leurs procédés, autant le dire, ne sont guère très « catholiques ».
Pour en revenir, donc, à Khisana. La jeune fille souhaite quitter l'orphelinat à tout prix et suivre ces personnalités « haut placées » qui viennent rendre visite à la Mère Supérieure en choisissant les meilleurs éléments de l'établissement. Khisana veut être du nombre, mais Hoel refuse catégoriquement. Il essaie de lui expliquer, la jeune fille reste sourde, alors il décide d'employer les « grands moyens » .
Avis, de suite, à ceux et celles qui auraient entendu des échos, selon lesquels le roman pourrait être choquant pour les jeunes lecteurs : c'est totalement faux !
C'est certain que l'histoire aborde des thèmes fâcheux (l'abus sexuel, etc.) mais tout n'est qu'indiqué dans l'idée, dans l'esprit des lecteurs. Vous ne trouverez jamais de détails glauques et dérangeants dans le texte, jamais de gestes explicites et douteux. Jamais ! Vous montez seuls votre film dans votre tête, mais n'attendez pas du roman de vous livrer les fragments, les indications et autres accessoires.
Voilà, c'est dit. Je ne veux pas qu'on se perde dans ce livre pour des mauvaises raisons, ni qu'on n'envisage pas de le lire pour ces autres raisons !
Ce qu'il y a de tout à fait stupéfiant, c'est que « Les orphelins de Naja » est un roman captivant. Par son lot de chapitres courts, il impose de suite un rythme trépidant, qui ne laisse pas une miette de souffle au lecteur. C'est l'invitation immédiate à poursuivre une série d'événements grotesques et immondes (dans l'idée). Et c'est scotchant !
Khisana est l'un des personnages principaux, nous la retrouvons à l'âge de 17 ans, embringuée dans les services secrets. Sa mémoire a été nettoyée pour qu'elle puisse être opérationnelle, c'est une sorte de Nikita, moins sanguinaire. Elle a une beauté sauvage, qui fascine ceux qu'elle approche. Son caractère est tout aussi flamboyant, prêt à venir en aide aux plus démunis.
En tout point, le roman est une réussite pour l'intrigue, les personnages, l'action et l'écriture. Rien à dire. Par contre, est-ce une impression ou la fin aurait-elle été un tantinet polissée pour mieux coller aux attentes et ne pas trop chambouler les ligues bien pensantes ? Ceci n'est qu'un sentiment, parce que j'ai dévoré ces 200 pages d'une traite ! N'hésitez pas non plus !!!

Mango, coll. Autres Mondes - 202 pages - 9.00 € 

A partir de 14 ans.

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