24/02/07

Arsenic et vieilles dentelles (1944)

arsenic_3Abby et Martha Brewster, deux charmantes vieilles dames, ont une étrange habitude. Pour éviter une vieillesse douloureuse aux hommes âgés dont elles font la connaissance, elles leur font boire un mélange redoutable de baies de sureau, d'arsenic, de strychnine et de cyanide. Elles ont ainsi plusieurs "délivrances" à leur actif.
Leur neveu Mortimer découvre avec horreur cette pratique et décide avec l'énergie du désespoir de boucler au plus vite cette affaire qui va prendre des allures de cauchemars rocambolesques ! Car, deux inconnus s'invitent chez les vieilles tantes, eux-mêmes redoutables meurtriers venus régler des comptes avec cette famille de cinglés !

Oui, la folie est omniprésente chez Capra et même Cary Grant tente de sauver la mise en s'ébrouant de gauche à droite pour faire interner les siens et regagner la paix. Toutefois, les aléas s'accumulant, notre homme donne l'impression de plonger de plus en plus dans l'hystérie et l'aliénation ! C'est de famille, vous dis-je ! Entre le pendant du Président Roosevelt, les petites vieilles qu'un coup d'arsenic sert de remontant, et le sosie de Boris Karloff (interprète de Frankenstein), Mortimer veut gardarnenik_5er la tête froide (peine perdue), sauver son récent mariage, mais ne cesse d'enchaîner des combines toujours plus grosses et embarrasantes les unes que les autres...

Première et unique comédie burlesque de Frank Capra, "Arsenic et vieilles dentelles" est une adaptation d'une pièce de théâtre (on le devine rien que par ce huit-clos où l'essentiel de l'intrigue papillonne). L'histoire est un mélange désopilant entre la cocasserie, l'humour noir et un semblant de terreur (registre dans lequel le personnage de Jonathan Brewster prend une part déterminante !).
Cary Grant accumule les pitreries et les scènes extravagantes, il déploie une grandiloquence dans ses gestes et ses mimiques. Son charme et ses talents comiques font le reste. Parmi les grands moments du film, on se rappelle la scène où il se fait piéger par Jonathan et son complice, finissant saucissonné sur sa chaise, ou lorsqu'il sonne la charge à la place de Teddy.

arsenic_5Dans ce film, l'acteur parfait son style loufoque, le personnage étant de plus en plus contaminé par la démence des autres protagonistes. Cary Grant exulte, communique son enthousiasme, au risque parfois de tomber dans une surenchère. Le scénario offre sans cesse un nouveau renversement, mettant en péril la synergie de base. Mais Non ! Rien ne peut entâcher le plaisir que procure la famille Brewster en cette soirée d'Halloween. La liesse est de mise : autant la folie est contagieuse sur l'écran, autant le ravissement se lit sur le visage du spectateur ! Parfaite comédie à l'humour macabre... à savourer sans retenue !

Panama, nous voilà !

Arsenic & Vieilles dentelles, film de Frank Capra (1944) - avec Cary Grant, Priscilla Lane, Raymont Massey, Edward Everett, Peter Lorre, Josephine Hull, Jean Adair... Titre vo : Arsenic & Old Lace.

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La corde (1948)

corde_7Le crime est un art et l'apanage de l'élite, seuls les inférieurs sont les victimes. C'est selon ce précepte de Nietzsche, enseigné par leur professeur de philosophie, Rupert Cadell, que deux étudiants, Brandon et Philip, vont étrangler un troisième larron, David, pour tester cette théorie. Flippant ? oui. On assiste à ce crime commis avec une froideur et une exemption totale de conscience, puis à la mise en scène du crime parfait où le corps est déposé dans un coffre sur lequel un buffet sera tenu à l'occasion d'une petite soirée d'adieu (les deux garçons partent à la campagne...). Ils ont réuni quelques proches, dont la petite amie de David, ses parents et leur professeur - Brandon est excité à l'idée de jouer sous son nez ce drame en trois actes !

L'idée du film est venue d'une pièce d'un dramaturge anglais, Patrick Hamilton. Hitchcock, qui tournait là son 1er film en couleur, a adopté la technique de filmer sur un seul plateau et sous forme d'action continue (mais avec des bobines de dix minutes). L'aspect final est réussi, de mon point de vue. Cela donne un compromis intéressant entre le cinéma et le théâtre, avec ce huit-clos à vous glacer le sang. Chaque détail est scrupuleux, comme Brandon qui range la corde dans le tiroir de la cuisine avec un sourire pervers, ou la bonne qui débarrasse la vaisselle en fin de repas et dépouille le "buffet" sans se presser, poussant d'un cran supérieur la tension, très proche du masochisme.

corde_9En filmant en ouverture la scène de strangulation, Hitchcock décide de jouer avec le suspense sur un autre aspect. On ne se pose plus la question : "comment s'explique le retard de David ?" mais plutôt "va-t-on deviner le crime atroce des deux étudiants ?". Pour cela, le personnage joué par James Stewart prend une envergure considérable. Cary Grant avait été pressenti pour ce rôle avant d'être attribué à Stewart, une décision jugée discutable car l'acteur n'était plus désormais une valeur sûre au box-office. Et pourtant, j'ai trouvé qu'il incarnait le coupable implicite de cette barbarie, après tout c'est lui le responsable, c'est lui le professeur qui a enseigné de tels propos incohérents...

Son entrée en scène est saluée par la musique de Poulenc, le temps d'un flottement. James Stewart laisse tomber les sous-entendus du prof homosexuel ayant eu une liaison avec un des étudiants (comme l'impliquait la pièce anglaise) et décide de jouer un enquêteur, soucieux des signes, des indices, intrigué par l'absence de David, attentif à l'extrême nervosité des deux hôtes, où l'un affiche une arrogance déplacée et l'autre boit outrageusement. Quand il commence à constituer le puzzle en grand, il est effrayé d'avoir été à l'origine d'une interprétation aussi angoissante et condamnable. Hitchcock dirige avec plaisir ce jeu qui sera repris quelques années plus tard par les créateurs de Columbo.

corde_5Il faut absolument redécouvrir ce film du réalisateur anglais, véritable monument cité désormais comme une référence par de nombreux cinéastes, alors même que Hitchcock qualifiait de "truc" ce film époustouflant.

"La Corde" s'attaque avec cynisme et humour à la pédanterie qu'arbore une certaine classe qui se juge supérieure à une autre, et qui se conclue par un remarquable affrontement psychologique entre Stewart et le duo Granger/Dall

La corde, film d'Alfred Hitchcock (1948) avec James Stewart, John Dall & Farley Granger. Titre vo : The Rope.

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23/02/07

The secret life of bees ~ Sue Monk Kidd

Lily Owens a quatorze ans et vit avec son père dans une ferme fruitière à Sylvan, coin perdu de Caroline du Sud. La vie n'est pas douce pour la jeune fille, son père est rude et brutal, sa mère est morte depuis dix ans et T-Ray, son paternel, lui fait porter la responsabilité de cette mort. Un poids trop lourd pour Lily qui décide de fuir la maison le jour de son quatorzième anniversaire. Avec elle, il y a Rosaleen, sa nounou Noire, jetée en prison pour avoir craché sur des types blancs alors qu'elle allait s'inscrire sur les listes électorales.
Car l'histoire se passe en 1964, dans cette Amérique du Sud qui accepte très mal la décision du Président Johnson d'avoir signé les Civil Rights Acts. Les tensions raciales croissent, les injustices pleuvent et le parcours pour les Noirs d'être acceptés comme étant l'égal du Blanc s'annonce long, périlleux et douloureux.

Bref, Lily décide d'aller à Tiburon, petite ville de Caroline. Sa mère elle-même était partie s'y réfugier dans le passé, la jeune fille pense ainsi découvrir des indices sur celle-ci pour lever le voile sur les secrets de famille. A Tiburon, elle arrive chez les soeurs Boatwright. Elles sont apicultrices, Noires et vivent dans une maison rose.
Mais Lily n'a pas le courage de dire la vérité sur ses motivations et se trouve ainsi très vite adoptée par les Boatwright qui ne posent aucune question. L'été passe, elle rencontre un garçon, Zach, et commence à percer quelques mystères sur sa maman. Mais très vite, de nouveaux drames vont éclater, des injustices, des chagrins, des trahisons. Toute la petite communauté des soeurs Boatwright aura bien besoin du recours de la Black Mary pour venir en aide aux âmes égarées.

"The secret life of bees" est franchement un roman attachant, où l'on plonge dans un univers microscopique, une communauté de femmes noires, toutes plus attachantes les unes que les autres, dévouées et spirituelles, communiquant leur passion, des soeurs solidaires, aimantes et maternelles envers la jeune Lily. Celle-ci est tour à tour touchante, agaçante, sensible avec ses secrets, ses mensonges et ses rancoeurs.
Soudain, quand on ferme le roman, on se sent triste et abandonné. Il devient presque impossible de faire comme si Lily, Rosaleen, August, June, May, Mabelee, Queenie, Violet, Cressie, Lunelle et Sugar-Girl n'étaient que des êtres en papier ! Leur monde a été le nôtre, en plus de 300 pages, et avait le goût de miel, d'abeilles et de royauté mystique ! "I loved the idea of bees having a secret life, just like the one I was living" déclare l'adolescente. Car oui, c'est magique, ensorcellant et mielleux !

lu en février 2005

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Psst, chers lecteurs...

Ceci est juste une annonce : je prends la poudre d'escampette dès ce soir jusqu'à lundi ... Je ne vous abandonne pas, j'ai posté quelques billets pour compenser mon absence ! hihihi. Par contre, je suis muette, bouche cousue et ne répondrai aux messages qu'à mon retour !..

funny_face_3

Hasta Luego, la compagnie !

Illustration : Audrey Hepburn & Fred Astaire dans "Funny Face"

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La vie voyageuse - Maylis de Kerangal

la_vie_voyageuseAriane travaille pour la revue L'Archiviste, spécialisée dans la recherche généalogique ("La généalogie est un vice que j'ai dans le sang depuis l'enfance..."). Elle enquête sur le puzzle des origines d'autrui, jusqu'au jour où sa tante Jeanne la charge de retrouver l'éphémère et secret amour de sa jeunesse guindée. Ariane s'embarque dans "une vie voyageuse" qui la conduira à Barcelone, à Vals-les-Bains et au Havre... en route, elle voit remonter à la surface un autre mirage sentimental, la figure de Marc, son amour perdu, évadé, son fantôme parti en mer, dont elle espère secrètement le retour, malgré la rupture.

Ce livre est une quête intime et familiale. Avec son goût des archives et des registres poussiéreux, Ariane semble préférer la vie fantasmée à la quête du terrain. C'est extraordinaire de sa part d'accepter la mission de sa tante, peut-être y voit-elle sans l'admettre la possibilité d'affronter ses chimères.
J'aime beaucoup ce qu'en dit la note d'éditeur : "Maylis de Kerangal a écrit un livre d'aventures de l'intime. Elle nous fait partager une errance identitaire qui évoque la géographie sentimentale de certains films d'Antonioni"... Cela correspond à la virgule près aux émotions ressenties de cette lecture. C'est profond, avec une touche personnelle, aux trousses d'une personnalité fragile et délicate.
Je suis définitivement conquise par le style de Maylis de Kerangal, déjà apprécié dans des récentes parutions ("Ni fleurs ni couronnes", "Dans les rapides"). C'est une écriture qui mêle le secret aux souvenirs, dans son histoire de "la vie voyageuse" elle unie le présent au passé, elle enclave les moments d'aujourd'hui et d'hier, les spectres d'Ignacio Torres, de Marc et de la tante Jeanne... Ariane roule vers l'inconnu, fait des rencontres, frissonne, s'évanouit, se perd mais, paradoxalement, elle prend pied dans la réalité. Enfin, pourrait-on conclure.
Bref, c'est très bon, une valeur de plus en plus sûre !

Verticales - 159 pages - 2003

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22/02/07

Le procès (1962)

le_proces_5Lorsque Joseph K se réveille ce matin là, un inspecteur de police se trouve dans sa chambre. Sans savoir de quoi on l'accuse, le voilà maintenant en état d'arrestation. Tout le monde, la police, ses collègues de bureau, ses amis, sa famille, ses ennemis, l'accusent. Après l'incompréhension, où il essaye de se disculper, Joseph K bien qu'étant innocent, se met à développer un sentiment de culpabilité.

Voilà l'histoire bien connue de cette adaptation du roman de Kafka. Une sombre plongée dans les méandres du sytème, où on décide d'accuser n'importe qui de n'importe quoi... La société apparaît complètement déshumanisée, de même que les personnages. Pourtant, au centre de tout, le personnage de Joseph K refuse de sombrer dans le désespoir, au contraire il est actif, il cherche à comprendre. Car voilà le problème, jamais on ne lui dit de quel crime il est accusé. Joseph K est accablé par le poids de la machine judiciaire, presque dans l'incapacité d'assurer sa défense, il ploie, pris au piège.

le_proces_6Orson Welles a déjà tourné son fameux Citizen Kane qui n'a pas rencontré le succès souhaité, ce qui se reproduira du reste avec l'ensemble de ses films ! Incompris, le réalisateur ? Il faut en fait avouer que son cinéma brouille toutes les pistes de l'imaginable et ne trouve l'explication qu'à la suite d'une longue réflexion, démonstration et de numéros de haute voltige. Pas facile... "Le procès" est une fable onirique et absurbe, filmé avec un certain esthétisme (pour qui aime la sobriété et le dénuement), mais c'est un film fataliste et pessimiste.

Fort de son projet, Welles ne tarde pas à dénicher un casting d'exception en engageant Anthony Perkins, jeune acteur révélé deux ans plus tôt pour son rôle dans "Psychose", pour le rôle principal. A ses côtés, on trouve des acteurs venants de tous pays. Ainsi, Romy Schneider, Jeanne Moreau, Suzanne Flon, Elsa Martinelli participent au film. Pour compléter le casting, Orson Welles s'occtroie le rôle de l'avocat de Joseph K. La légende veut que ce soit Romy Schneider qui lui ait soufflé cette idée...

le_proces"Le procès" ne lui offre que 10 jours de tournage, mais ils compteront pour elle au nombre de ses titres de gloire. Elle y affirme une nouvelle fois ses talents de comédienne, le visage nu, sans maquillage. Nous sommes en 1962, sa carrière en France peine à décoller. L'actrice collectionne les collaborations de prestige, et pourtant il lui faudra attendre la rencontre avec Sautet pour que tout démarre, enfin.

Oeuvre classique dans l'absolu, "Le procès" n'en reste pas moins un film difficile à appréhender, glacial et cérébral. C'est un époustouflant exercice de style, mais il n'est pas scandaleux de reconnaître qu'on reste un peu en marge, soulignant les mérites du génie d'Orson Welles, mais bon... On touche là au vrai cinéma d'auteur, en majuscules.

Le procès, film d'Orson Welles (1962) avec Anthony Perkins, Jeanne Moreau, Elsa Martinelli, Suzanne Flon, Madeleine Robinson, Romy Schneider, Orson Welles. Titre vo : The trial.

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Monsieur Ladmiral va bientôt mourir ~ Pierre Post

Paru en 1945, "Monsieur Ladmiral va bientôt mourir" est un roman avant-gardiste célébré par son auteur, Pierre Bost, décrit comme un "peintre de l'âme", à l'instar de Proust. Peintre, son personnage central, Monsieur Ladmiral, l'est également, mais retiré en pleine campagne, désormais veuf, âgé de soixante-seize ans, clamant à tue-tête qu'il va bientôt mourir. Et donc, chaque dimanche, il reçoit la sacro-sainte visite de son fils Gonzague, rebaptisé Edouard depuis son mariage avec la très plate Marie-Thérèse, parents de trois enfants. Ce rituel gonfle un peu Monsieur Ladmiral, car rien ne transige aux règles strictes de Gonzague, s'appliquant à ne jamais laisser seul son vieux père. Or, celui-ci ne peut s'empêcher de railler en pensée ce loyalisme un peu surfait. Lui, en fait, souhaiterait recevoir davantage la visite de sa fille chérie, Irène, l'opposée de son frère ! Autoritaire, fantasque et décidée, la jeune femme est un coup de vent. Elle tient boutique à Paris, vit seule, entretient quelques liaisons secrètes... et pourtant Monsieur Ladmiral l'adore !

Très insidieusement dans le récit, on s'aperçoit avec délectation de l'ironie distillée avec ingéniosité ! Tour à tour confesseur des pensées de chacun, on partage l'acrimonie, la jalousie, les non-dits, les envies, on lit la lassitude, la reconnaissance inespérée, l'égoïsme de l'un et l'autre, le tout résumé de manière claire et définitive par la pensée des garçons (cf. page 27) ! Et puis le texte se ponctue sournoisement, les derniers mots de Monsieur Ladmiral sont féroces. Et de refermer ce petit livre, le sourire aux lèvres.(Bertrand Tavernier en a fait un film, sous le titre d' "Un dimanche à la campagne", en 1984.)

lu en février 2006

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Un amour de pluie (1973)

amour_de_pluieComme chaque année, Elizabeth et sa fille Cécile âgée de 15 ans passent leurs vacances à Vittel. Elizabeth fait la connaissance d'un étrange Italien, Giovanni dont elle tombe sous le charme, tandis que Cécile tombe amoureuse de Georges, l'apprenti cuisinier de l'hôtel.

Romy Schneider incarne cette femme de près de 40 ans, qui se sent seule et qui succombe à cette histoire éphémère mais passionnelle. C'est peut-être là sa dernière véritable histoire d'amour, elle s'y donne avec surprise, enthousiasme et ne mesure pas ses élans. Elle tente de préserver sa fille adolescente qui pourtant n'est pas dupe. Celle-ci s'est entichée d'un jeune homme de 17 ans et lui fait promettre de ne pas reproduire les amours de leurs aînés, de ne pas se mentir et d'être sincères. La fin brutale de la liaison de sa mère coupe court celle de l'adolescente, et pourtant ces deux-là semblent avoir gagné une nouvelle complicité durant cet été bien différent des précédents...

Toujours magistrale, superbe et resplendissante, Romy ne lésine pas sur ses efforts à interpréter Elizabeth. Le pari semblait risqué, car Romy sort du tournage du "Train" où elle a eu le coup de foudre pour JL Trintignant. En se présentant auprès de son grand ami Jean-Claude Brialy, réalisateur de cet Amour de Pluie, elle lui tombe dans les bras en pleurs. Coeur brisé, début de dépression, remise en doute perpétuelle... Romy entre dans une phase où l'incertitude la guette, rongée aussi par le temps qui passe, soucieuse de sa bamour_pluie_2eauté qui se fâne (et pourtant ! comme elle demeure belle, silhouette vêtue tout de blanc dans ce film, sauf exception une robe de soirée noire). Cette scène en robe noire la dévoile merveilleuse et pleine de grâce : elle a un peu trop bu, suit son amant et tourbillonne dans ses bras...

Parce que ce film bénéficie de la présence radieuse d'une Romy Schneider fidèle en amitié (Brialy et elle se sont croisés sur le tournage de "Christine"), "Un amour de pluie" gagne à être vu pour se ravir de son interprétation toujours juste, teintée de sensualité et de douceur. Pourtant, à bien y regarder, le film a une histoire peu consistante et les images commencent à dater. Le choix des partenaires n'est pas à la hauteur de la prestation de Romy Schneider (l'acteur italien, bof & la jeune adolescente, bêcheuse). Seule Suzanne Flon sauve la mise ! Il y a aussi une belle scène cocasse où le personnage de Romy rembarre avec espièglerie un dragueur joué par ... Brialy !

Un amour de pluie, film de Jean-Claude Brialy (1973) - avec Romy Schneider, Nino Castelnuovo, Mehdi, Bénédicte Bucher et Suzanne Flon.

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Une femme à sa fenêtre (1976)

une_femme_a_sa_fenetreRico et Margot Santorini ne s'aiment plus. Lui, play-boy vaguement diplomate, collectionne les aventures féminines; Margot, belle, riche, courtisée, est dans l'attente d'un grand amour. En cette année 1936, le monde décadent et sans âme de la grande bourgeoisie grecque n'offre guère d'occasions de vivre intensément comme le souhaiterait la romanesque Margot, qui cache sa véritable nature sous un masque de cynisme et de frivolité. Cette chaude nuit d'août au cours de laquelle, de sa fenêtre, Margot est le témoin d'une chasse à l'homme, va bouleverser la destinée de la jeune femme.

Adapté du roman de Pierre Drieu de La Rochelle, avec des dialogues signés de Jorge Semprun, "Une femme à sa fenêtre" est incontestablement un film "classique" dans le sens strict du terme. Ambiance, jeu des acteurs, histoire nonchalante, etc. Romy Schneider y balade sa silhouette gracile et non dénuée de sensualité, toujours impeccable et élégante, mais lointaine. Elle interprète une riche bourgeoise qui plonge dans la tourmente de l'Histoire pour suivre l'homme qu'elle aime, un révolutionnaire pétri du dogme marxiste (incarné par Victor Lanoux, trop bourru pour la circonstance).

Une nouvelle fois, Romy est très proche de son personnage de Margot. Les deux femmes se ressemblent jusqu'à parfois se confondre. Même caractère entier, même soif d'absolu, mêmes cicatrices indélébiles... Les paroles de Margot résonnent tel un écho chez Romy Schneider, seune_femme_a_sa_fenetre_2s rêves appellent son propre destin. Dans ce film, elle interprète également la fille de Margot qui retourne en Grèce sur les traces de ses parents pour connaître leur histoire. A ce propos, la mise en scène est impeccable, il y a des flash-backs, des allées et venues entre le passé et le présent. On comprend peu à peu ce qui pousse Romy Schneider à délaisser son mari, interprété par Umberto Orsini, pour tomber dans les bras de Victor Lanoux. La fin apporte vraiment une touche essentielle à l'histoire, lui donnant une profondeur qui avait tendance à faire défaut.

Car hélas, même si l'histoire sur le papier est terriblement passionnante, attirante et intriguante, sur la pellicule l'atmosphère manque un peu de cette flamboyance. Il y a un côté un peu trop précieux qui rend le film froid et statique. Voir, parfois embrouillé. Tout était pourtant réuni pour un film envoûtant, l'effet obtenu tient toujours par le jeu et la présence de Romy Schneider. Mais "Une femme à sa fenêtre" a des qualités et des défauts, heureusement les dernières notes du film s'emballent et raccrochent l'intérêt du spectateur. A noter aussi un pilier de choix, Philippe Noiret, à qui on ne peut décidément rien reprocher !

Une femme à sa fenêtre, film de Pierre Granier-Deferre (1976) avec Romy Schneider, Philippe Noiret, Victor Lanoux & Umberto Orsini.

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J'aide les taupes à traverser - Jean Louis Ughetto

j_aide_les_taupes_a_traverserJe ne me souviens plus pourquoi j'ai voulu lire ce livre, même si je reconnais au titre une accroche porteuse et qui invite à ouvrir cette galette brune sur le champ... Que peut cacher "J'aide les taupes à traverser" ? Des séquelles, pourquoi pas des nouvelles ?
J'aime beaucoup la définition de l'auteur : "Pour moi, la nouvelle est un genre littéraire à part entière pas un marchepied permettant d'accéder au roman. Le fait d'écrire des textes courts est un choix, la concision me paraît une vertu, d'ailleurs je ne sais pas faire long même pour une dédicace." Cela permet de rendre quelques lettres de noblesse à ce genre trop souvent boudé et à qui on reproche une légitime frustration !

Il y a donc 12 textes qui "traitent de l'adolescence ou de la maturité, des inventions du désir et ses multiples dérapages. Des personnages passent, hésitent, désorientés par la rudesse des rencontres et leur propre incapacité à décoder le regard d'autrui. Entre plaisir de la causticité et art de la concision, on retrouve les acteurs - sceptiques et crédules, cyniques et sentimentaux - de ces mini-drames, à jamais ancrés dans leurs contradictions." (4ème de couverture)

Il y a un petit goût fumeux derrière ces séquelles, une tendance à plonger dans le borderline, à filer un petit goût de bile au fond du palais. J'avoue, j'ai eu des doutes. J'ai aimé le style tonique, l'imagination fébrile et les coups de théâtre percutants, mais d'un autre côté quelques passages me donnaient la nausée... Un peu suspect, tout ça. Mais bon, c'est aussi une griffe qui fait son effet donc ce n'est pas mauvais dans le fond. Et ça promet même de susciter la curiosité !

La chambre d'échos

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