06/08/08

Edimbourg Express - Alexander McCall Smith

J'avais bien aimé le tome 1, sans sauter au plafond.
En lisant le deuxième tome je me rends compte, finalement, que je m'étais beaucoup attachée à cette communauté du 44 Scotland Street.
Cette fois-ci, ce n'est pas Bruce Anderson qui nous agace, mais Irene Pollock. La maman de Bertie, cinq ans trois-quart, est une femme abusive, qui nourrit des ambitions démesurées pour son fils. Ce dernier ne rêve que d'une chose : être un enfant comme les autres, pouvoir jouer au rugby, arrêter de porter du rose et sa salopette framboise, qu'il aimerait troquer contre un jean par exemple.
Ses entretiens avec le Dr Fairbairn l'ennuient, et le garçon a l'intime conviction d'être le lien de transition entre cet homme et sa mère, qui seraient secrètement amoureux l'un de l'autre.
Heureusement, Stuart, le père, se charge de s'impliquer dans l'éducation de son fils et devient un contre-poids fort appréciable (la virée à Glasgow, pour récupérer le véhicule oublié depuis des mois, est mémorable !).

Qu'en est-il de Bruce, alors ? Notre ancien expert immobilier se lance dans une nouvelle carrière et décide d'ouvrir une "vinothèque" grâce au fonds d'investissement d'un copain d'école. L'arrivée d'une fiancée va faire tanguer la barque et la suite de l'entreprise s'annonce particulièrement "poilante" !

Sa colocataire, Pat, va renconter un séduisant barman, Peter, grâce à Domenica. Mais le gros problème est de savoir si oui ou non ce jeune homme est gay. Autre révélation le concernant : c'est un nudiste, et Pat est cordialement invitée à se joindre à un pique-nique dans les jardins de Moray Place pour son "initiation". Osera-t-elle se jeter à l'eau ? Ce serait pour elle l'occasion de "grandir", de s'afficher et s'affirmer. De cerner ce qu'elle désire, dans la vie. Elle vient déjà d'annoncer à son père qu'elle abandonnait St Andrews pour l'université d'Edimbourg.
Un bon début, qui soulage ce papa anxieux...

A la galerie Something Special, Matthew cherche toujours un sens à sa vie. Il s'aperçoit que son père, Gordon, ne s'embarrasse pas d'en profiter et lui présente sa nouvelle fiancée, Janis, qui n'est pas au goût du fiston.
Et la vie continue à Scotland Street, avec son lot de bonnes nouvelles et de rebondissements surprenants (Bruce, encore et toujours !).

A noter qu'un troisième livre est déjà publié en Angleterre, qui donne la parole à ce cher Bertie. Cette suite est évidemment attendue avec une gentille expectative. Ce n'est peut-être pas ma lecture préférée, mais j'éprouve une grande amitié pour tous les personnages (principaux et secondaires) de cette chronique sans prétention, et qui dépayse du climat californien (la série d'Armistead Maupin) pour la contrée écossaise ! Et puis un certain retournement de situation, en fin de ce tome 2, ne peut qu'inciter à découvrir cette suite !
A déguster, donc.... avec plaisir.

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Editions 10/18, 2008 pour la traduction française - 430 pages - 14€

traduit de l'anglais par Elisabeth Kern

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05/08/08

Sépulcre - Kate Mosse

Résumé du livre
Octobre 1891 : la jeune Léonie Vernier et son frère quittent Paris pour le Domaine de la Cade, à quelques kilomètres de Carcassonne. Dans les bois qui entourent la maison isolée, Léonie tombe sur les vestiges d'un sépulcre wisigoth. Un mystère sans âge s'ouvre à elle, dont les traces sont écrites dans le sang. Tandis qu'elle pénètre peu à peu dans les strates du passé, elle découvre l'existence d'un jeu de tarot unique, dont on dit qu'il détient le pouvoir de vie et de mort.

Octobre 2007 : Meredith Martin arpente la région de Carcassonne sur les traces de Debussy, afin d'écrire sa biographie. Mais elle cherche aussi la clef de ses propres origines. Armée d'une partition à la mélodie entêtante et d'une photo jaunie, elle est plongée malgré elle dans un mystère remontant à plus d'un siècle, où le destin d'une jeune fille disparue par une nuit funeste se mêle à une tragique histoire d'amour, poursuivie par la folie vengeresse.

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Construit sur un chassé-croisé temporel, ce roman permet ainsi d'alterner deux ambiances, deux portraits de femmes et d'inscrire grâce à des chapitres courts et entraînants une plongée au coeur des diableries, tarots et autres superstitions (comment ne pas mordre à l'hameçon ?!). Ce n'est pas un secret de polichinelle de prétendre que Léonie Vernier et Meredith Martin suivent toutes deux les mêmes traces... mais dans quel but ? Je vous laisse la surprise !

J'ai particulièrement été happée par l'ambiance très 19ème siècle de Léonie et sa famille : entre Paris et le Sud-Ouest de la France, l'ambiance est délicieusement surannée mais inquiétante. Ombres menaçantes, croyances persistantes, sciences occultes et drames passionnels... je cautionne ! Je reconnais, cependant, que le roman est empesé de quelques longueurs, concernant les explications sur le tarot, certes nécessaires à l'intrigue, mais qui coupent un peu le rythme par la même occasion. Ceci n'est qu'un détail, car ce pavé historique et ésotérique se lit d'une traite.

Edition JC Lattès, (juin) 2008 pour la traduction française - 630 pages - 22,50€

traduit de l'anglais par Valérie Rosier et Denyse Beaulieu

A été également lu par Cuné

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04/08/08

44 Scotland Street - Alexander McCall Smith

Une adresse : 44 Scotland Street. Pat Macgregor, vingt ans, a choisi d'y élire domicile le temps d'une nouvelle année sabbatique. Son colocataire se nomme Bruce Anderson, un expert en immobilier qui a une grande passion... pour sa petite personne. Un temps, Pat se sent attirée par lui et croit tomber amoureuse.

Dans la galerie d'art où elle travaille, la jeune fille pense découvrir un tableau du peintre Peploe, qui pourrait s'évaluer à quelques milliers d'euro. Elle informe son patron, Matthew, un fils à papa qui manque d'initiatives, et se voit confier l'oeuvre qu'elle cache dans son appartement. C'est alors que notre Bruce tout-puissant choisit d'en faire don lors d'une cérémonie organisée par son patron et son épouse, où il doit faire la connaissance de leur fille, Lizzie.

Au 44 Scotland Street, on trouve aussi Bertie, un génie de cinq ans, qui joue du saxophone et parle l'italien comme sa poche. Sa mère, Irene, lui fait rencontrer le Dr Fairbairn qu'elle trouve particulièrement intéressant.
Et pour finir, Domenica, la voisine excentrique d'une soixantaine d'années, prend sous son aile Pat et lui confie quelques secrets du quartier.

Exquise chronique écossaise, publiée sous forme de feuilleton à l'origine, ce livre du "papa" de Mma Precious Ramotswe n'égale pourtant pas la pertinence des comédies façon Friends (je m'abstiens d'évoquer Maupin, que je n'ai pas lu!). Cela se lit facilement, ce n'est pas insupportable mais il manque le truc en plus. Personnellement je suis restée sur ma faim.
Cela ne m'empêchera pas de lire le deuxième tome, pour rester informée du devenir de tous les personnages, auxquels on s'attache forcément !

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Editions 10/18, 2007 pour la traduction française - 412 pages - 14€

traduit de l'anglais par Elisabeth Kern

Poche, juin 2008 - 7€

Le site : http://www.44scotlandstreet.co.uk/

L'avis (enthousiaste) d'Amanda & de Miss Alfie

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02/08/08

Crime au Moulin vert - Kerry Greenwood

La nouvelle enquête de Phryne Fisher commence dans un dancing, au Moulin vert, où un assassinat vient d'être commis lors d'un marathon de danse. C'est son cavalier, Charles Freeman, qui est le principal suspect de l'affaire. Mais la mère de celui-ci, "rien qu'évanouissements et sels en apparence, mais de l'acide prussique pur au-dessous", supplie Phryne de prouver le contraire. Or, il faut d'abord mettre la main sur le fuyard ; le soir du crime, sitôt aperçu le cadavre, Charles s'est porté pâle et a prétexté se rafraîchir aux toilettes avant de prendre la poudre d'escampette.
Dans ce nouveau volume, Phryne va s'étourdir de jazz (dans les bras d'un joueur de banjo) et s'envoler à bord de son intrépide Gipsy Moth pour le bush australien. Folle ambiance d'un côté, milieu âpre et plus aventurier pour la suite... C'est la cinquième enquête de Phryne Fisher, exubérante et fantasque, amoureuse inaccomplie mais croqueuse d'hommes. C'est vrai que cette série mérite son intérêt par sa peinture exceptionnelle - ambiance des années folles à Melbourne - et par son héroïne attachante et pleine de punch. L'intrigue policière est charmante, l'impression de lecture légère, féminine et tourbillonnante.
Je suis définitivement accro !

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Editions 10/18, juillet 2008 (pour la traduction française) - 280 pages

traduit de l'anglais par Pascale Haas

Les autres titres de la série

  1. Cocaïne et tralala

  2. Trafic de haut vol

  3. Un train pour Ballarat

  4. Phryne et les anarchistes

01/08/08

Spellman & Associés - Lisa Lutz

C'est une lecture toute guillerette, d'une famille particulièrement déjantée que nous propose Lisa Lutz. C'est sympa à lire, assez divertissant, pas forcément drôle (comme le stipule Lauren Weisberger, en couverture) mais ce n'est pas désagréable. Tout à fait rafraîchissant par cet été caniculaire... 

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Izzy Spellman, célibataire de vingt-huit ans, détective privée comme toute sa famille (à l'exception du fils aîné), vient de tomber amoureuse de Daniel, un charmant dentiste. Sur un coup de tête, elle lui ment sur son métier mais se trouve coincée lorsque son chéri souhaite rencontrer sa famille, laquelle n'est pas banale du tout. Les parents, Albert et Olivia, oscillent entre le laxisme et la réprimande pour modèles d'éducation, David, le fils, a choisi de faire des études et travaille dans un cabinet d'avocats, Rae, la petite dernière, est passée maître dans l'art du chantage, et l'oncle Ray, qu'on croyait condamné par son cancer et qui a miraculeusement survécu, ne jure plus que par l'alcool et les week-ends en tapis pour se venger de la vie. Entre Rae et lui, la guerre est pompeusement déclarée.

Bref, la rencontre ne se passe pas bien du tout, on s'en doute, et Izzy décide de rendre sa licence de détective. C'est décidé, elle quitte la boite familiale. Mais pour solde de tout compte, elle doit se charger d'un dernier dossier, l'affaire Snow, qui remonte à une dizaine d'années plus tôt et qui renvoie à la disparition d'un jeune garçon. 

Cette comédie policière réunit toutes les clefs de la réussite : des personnages extravagants, des aventures farfelues, des règlements de compte, en famille, pour pimenter un peu l'intrigue, sans oublier la petite touche sentimentale, avec les déboires d'Izzy, la narratrice de l'histoire. C'est de la littérature légère, sans équivoque, vite lue (et vite oubliée), mais idéale le temps d'un été !

Editions Albin Michel, 2007 / Livre de Poche, 2008 - 440 pages

traduit de l'anglais (USA) par Françoise du Sorbier

Un deuxième livre vient de paraître : Les Spellman se déchaînent (Albin Michel, juin 2008)

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31/07/08

Le coeur cousu - Carole Martinez

Aux confins de toute civilisation, Santavela est un village du Sud de l'Espagne où la population, qui aime les habits noirs et les processions religieuses, foule ce terrain poussiéreux en cancanant à gorge déployée. Les histoires de bonnes femmes sont légion dans cette contrée, les mêmes que cultivent Frasquita et sa mère (le premier sang, le Carême de l'initiation, la boîte aux secrets qu'il faut enterrer pour découvrir son trésor...), que de lubies douces et tendres, moqueuses mais attachantes !  Très vite, la jeune fille se découvre un don dès que ses doigts touchent une aiguille et du fil : Frasquita coud et communique son talent de magicienne. Ou de sorcière. Dans ces contrées reculées, on ne sait jamais...

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Mariée à seize ans, Frasquita va pénétrer un foyer gentil mais pas folichon, avec un mari qui perd la boule après la naissance du premier enfant, Anita. José devient coq, il s'enferme dans le poulailler et n'en bouge plus. Lui, le forgeron, n'a plus toute sa tête dès que sa femme accouche... et que des filles ! Frasquita implore les sagesses, Blanca et Maria, autrement dit les femmes qui aident, pour lui trouver des décoctions miraculeuses qui lui donneront un fils. Et un soir de lune rousse, Frasquita avale et fait ses prières, neuf mois plus tard Pedro el Rojo pousse ses cris de braillard... c'est un rouquin ! (Les villageois se défoulent...)

Ce sont des cocasseries de la sorte qui sévissent dans cette saga familiale. Du pas banal, du poilant, des racontars, les splendeurs et décadences chevillés au corps de Frasquita Carasco. L'histoire est racontée par la dernière de la famille, Soledad. Elle possède une grâce qui fait tournebouler la tête des garçons, mais la belle ne peut choisir de prétendant et en fait état à son aînée. A sa naissance, sa mère a lu sa solitude à venir. Ni donner, ni recevoir, jamais elle ne saura. Soledad. Le soir venu, forte de sa constation, la jeune femme prend un cahier et une plume pour écrire l'histoire de sa mère : "Il me faut t'écrire pour que tu disparaisses, pour que tout puisse se fondre au désert, pour que nous dormions enfin, immobiles et sereins, sans craindre de perdre de vue ta silhouette déchirée par le vent, le soleil et les pierres du chemin. (...) Il me faut te tuer pour parvenir à mourir... enfin."

Revenons à nos moutons. Frasquita a été jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs. Elle craque pour l'inconnu et choisit de tout quitter, la voilà condamnée à l'errance à travers l'Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang, suivie de ses marmots eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels... Et l'histoire continue de rouler sur le sol rocailleux, de s'ébrouer tel un troupeau de chevaux sauvages. Farouche et indomptable, ce roman l'est totalement. D'ailleurs, son contenu va au-delà du romanesque, c'est plus flamboyant, grandiloquent. Une fresque familiale avec ses joies et ses peines, des chapitres courts mais magiques, car on ne m'enlevera pas l'idée qu'un petit génie a mis sa touche dans ce livre-là... Chaque personnage aurait mérité un livre à lui tout seul, tant leur destinée est à chaque fois époustouflante.

Il y a aussi du conte, de la fable, des légendes... On y croise un ogre, un homme qui sent l'olive, un bébé lumineux (ou solaire), des femmes qui aident, une prostituée au grand coeur, un chien jaune et un coq rouge (j'en oublie). C'est aussi un livre qui parle des mères (et des filles), de la transmission, du sang, des prières. C'est fou, sensuel, pittoresque, paré de mille couleurs, éclatant de poésie, violent. C'est long, mais bon.

Le Coeur Cousu - Carole Martinez (premier roman)

Gallimard, février 2007 - 430 pages - 23€

Couronné d'une floppée de récompenses et de prix (Ouest France Etonnants Voyageurs, Emmanuel Roblès, Renaudot des lycéens...)

Le livre est tellement bardé de titres qu'un ENORME bandeau rouge - de la taille du livre, en fait - le recouvre, comme suit (je trouve ça un peu laid, par contre) :

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Mais chapeau l'auteur !

 

 

Extrait :  Il arrive qu'on interrompe une promenade, oubliant même ce vers quoi l'on marchait, pour s'arrêter sur le bord de la route et se laisser absorber totalement par un détail. Un grain du paysage. Une tache sur la page. Un rien accroche notre regard et nous disperse soudain aux quatre vents, nous brise avant de nous reconstruire peu à peu. Alors la promenade se poursuit, le temps reprend son cours. Mais quelque chose est arrivé. Un papillon nous ébranle, nous fait chanceler, puis il repart. Peut-être emporte-t-il dans son vol une infime partie de nous, notre long regard posé sur ses ailes déployées. Alors, à la fois lourds et plus légers, nous reprenons notre chemin.

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30/07/08

Kivousavé - Béatrice Hammer

Kivousavé, est-ce le nom d'une princesse japonaise ? Ou est-ce cette mauvaise mère aux moeurs légères qui s'est carapatée en abandonnant son enfant de deux ans ? On ne la nomme plus, on dit d'elle qui-vous-savez... Faites le raccourci, dans la tête de la petite qui a onze ans, c'est une découverte comme un rai de lumière en pleine face.

Tiens donc, les copines de la grand-mère, autour du thé et des petits gâteaux, ont la langue bien pendue et laissent échapper que la mère n'est pas morte mais s'est fait la malle. Pour la gamine, persuadée d'être orpheline, c'est un coup bas. Elle voudrait bien savoir, mais la Vieille et le père se taisent et la tarabustent. Tais-toi, ce sont des choses que tu ne peux pas comprendre. Donc, pour se défouler, la fillette écrit un journal où elle s'adresse à Kivousavé, la mère icône de tant d'espoirs.

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La vie n'est pas toute rose pour l'enfant, coincée dans une maison entre un père qui ne dit rien et consent la loi implacable de la grand-mère, laquelle ne montre son affection que pour son chien. Les petites mesquineries volent autour de la table, au cours des repas pris dans le silence. L'enfant ressemble trop à la mère, c'est de la mauvaise graine. Grandir, sous ce regard qui vous rabaisse, est une plaie impossible à cautériser. Impossible aussi de trouver une oreille compatissante auprès de son père, il a des gestes et des paroles qui ne sont pas acceptables... La fillette pousse et devient adolescente, elle prend des formes mais reste bloquée avec son corps et ses émotions qu'elle ne sait pas contenir.

Le réconfort viendra de l'extérieur, une collègue du père, la meilleure amie d'école et la passion pour les mathématiques. Cela rappelle trop un autre parcours, peut-être suivi inconsciemment, mais la jeune fille entre dans le meilleur lycée de la ville et trouve un soutien inconditionnel auprès de son prof de maths. Dans son cahier, elle confie toujours à sa mère son rêve de la retrouver et son entêtement à vouloir savoir et comprendre : pourquoi est-elle partie ? pourquoi a-t-elle laissé son bébé de deux ans ?

Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire, est-ce que l'amour fou peut excuser les mensonges et autres omissions sous prétexte de protéger ? L'histoire court sur sept années qui voient évoluer une petite fille triste en une jeune femme qui ôte les couches de peau pour muer en une personne forte, sûre d'elle et déterminée. Son parcours est un peu cahotique, les tergiversations de la demoiselle sont le signe d'un manque de confiance en soi doublé d'une obstination redoutable. Cartésienne mais fragile, la jeune femme va-t-elle abattre toutes les cloisons qui l'entourent et l'étouffent ?

Très bon roman, sur les secrets de famille et l'épanouissement d'une petite fille qui manque d'amour, on retrouve dans l'écriture la "maturation", avec un style qui évolue comme l'héroïne. Le fil rouge est, certes, la quête de la mère mais pas seulement. Le roman soulève des sujets sensibles, comme les attouchements sexuels et le trauma sur le corps. C'est amené de façon sous-jacente, très intelligente, et on partage alors le dégoût de la narratrice, toute sa révolte et sa rage qui veulent exploser. Le temps aidant, elle va réussir à taper du poing sur la table, à louvoyer et tirer les vers du nez pour avoir SA vérité. Excellent.

Kivousavé - Béatrice Hammer

Editions du Rouergue, mars 2008 - 285 pages - 13,50€

Je n'ai pas trouvé que c'était une lecture qui ne s'adressait qu'à la "jeunesse" (dès 15ans), mais pouvait tout aussi bien convenir à un plus large public. D'ailleurs j'apprends que Béatrice Hammer avait déjà publié cette histoire sous le titre "La princesse japonaise" en 1995, pour les adultes, et a choisi de la proposer, dans une version révisée, pour les grands ados en 2008.

 

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29/07/08

Comme une mère - Karine Reysset

Deux femmes se croisent dans une maternité. Emilie est une jeune paumée de dix-huit ans qui va accoucher sous X. Judith est une femme mariée mais meurtrie par les nombreuses fausses couches. Toutes deux vont vivre une expérience bouleversante, à jamais traumatisante.

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Donnant tour à tour la voix aux deux protagonistes, le roman permet ainsi de mettre en parallèle leur désespoir, leur détresse et leur part sombre qui ne demande qu'à être enfouie. Ce sont deux portraits de femmes, deux écorchées vives qui se ressemblent au-delà de leurs différences. Elles manifestent, toutes deux, et à leur façon, le même besoin de materner, de cajôler, de s'affranchir des fantômes planqués dans les placards. Emilie a un lourd passé derrière elle, Judith a le corps blessé et vieilli par tant d'espoirs déçus. Le désoeuvrement peut s'expliquer, mais pas se pardonner. Jusqu'où peut-on prétendre agir par amour ? Le sacro saint instinct maternel, ici, est passé à la moulinette de manière à détrousser les idées reçues. Quel est-il ? Enfanter vous donne-t-il un droit ? Et que devient-on lorsqu'on vous refuse cet enfant ?

Un sujet douloureux court à travers les lignes de ce roman, c'est vrai que tout n'est pas drôle et qu'on y lit un puissant désarroi chez ces deux femmes. Comme à son habitude, Karine Reysset écrit une histoire à fleur de peau et d'émotion. Elle nous sert sur plateau toute l'empathie à ressentir pour Emilie et Judith et franchement ça marche. Lecture rapide, touchante mais pas larmoyante, cet ouvrage parle des démons qui vous engloutissent et des étincelles de bonheur pour reprendre du poil de la bête. J'ai trouvé que c'était tout à fait honnête et recommandable !

Comme une mère - Karine Reysset

Editions de l'Olivier, mars 2008 - 180 pages - 18€

D'autres avis : Amanda & Cathulu ; Laure ... toutes trois éblouies et marquées par cette histoire.

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28/07/08

Far-Ouest - Fanny Brucker

Ce livre et moi, c'est une histoire de je-t'aime-moi-non plus. Au début, bof je n'étais pas follement séduite, j'étais assez perplexe et je pensais que cela allait traîner en longueur. L'héroïne profite d'un héritage pour adopter un chien, un bâtard à la sale gueule, pas propre du tout et mauvais bougre qui boude sur le canapé ou se soulage sur le tapis marocain. Allons donc... Sixtine ne veut pas être découragée et guette le moindre soupçon de "vie" chez ce chien amorphe. L'étincelle va surgir, heureusement car je n'étais pas loin de désespérer au même titre que la jeune femme. Allait-on encore ingurgiter un nombre de pages conséquent sur la difficulté d'apprivoiser une âme en peine, surtout lorsqu'on est soi-même une "sauvage" libre d'attaches.

Pourtant je suis une vraie dingue de chiens et j'étais disposée à me couler dans ce livre. Résultat, il m'a fallu 200 pages pour me rendre compte - enfin - que j'étais conquise et que j'avais une grande, grande tendresse pour Sixtine, son chien Dalton et Jeanne Diamond. Ah tiens, un nouveau personnage est entré en scène ? Oui, il s'agit de la soeur aînée, âgée de soixante ans, elle vient de perdre son mari richissime et a choisi, sur un coup de tête, de quitter New York pour gagner le pays de l'huître y soigner son alcoolisme, oups, non ... en fait, elle cherche sa soeur, Sixtine.

Cela fait bien quatre décennies que les frangines se sont quittées. Autant dire, une éternité. C'est bien simple, elles ne se connaissent pas. D'ailleurs, à force de parcourir la Charente Maritime pour mettre la main sur sa petite soeur, Jeanne fait quelques constatations : les villages sont petits et perdus, pas une carte routière ne les recense. Les rares amis de Sixtine sont étonnés d'apprendre l'existence de Jeanne et ne savent pas où elle a plié bagages (en fait, un van lui sert de sauve-qui-peut). Sixtine est une solitaire, qui loue des maisons à vendre et fait des petits boulots. C'est comme le furet, elle court, elle court, elle est passée par ici et elle repassera par là. Mais que fuit-elle ?

Jeanne et Sixtine vont-elles entrer en orbite, se télescoper ? Le roman va jouer sur cette attente, ce n'est pas le gros suspense du siècle, et pour patienter l'histoire nous apporte quelques miettes. Parce que vous ne voulez pas savoir pourquoi Jeanne recherche sa soeur, et quel âge a Sixtine, que s'est-il passé dans sa vie, et pourquoi a-t-elle choisi de rester libre et disponible, pour refuser la monotonie ? Et Jeanne aussi est une sacrée bonne femme, qu'on devine aisément fragile et blessée par le passé. Mais tout ça, il faudra du temps pour le comprendre...

Pour l'instant, on nous explique que pour l'une : Dalton était devenu un prétexte de bonheur. Ce que Sixtine n'aurait pas fait pour elle-même, elle le faisait pour Dalton. Et pour l'autre, elle n'avait pas spécialement envie de retrouver Sixtine, mais sa recherche lui donnait l'occasion de se distraire et d'apprendre à vivre, seule, pour elle-même.

Pfiou. Ne croyez pas que ce soit laborieux, au début peut-être, mais ensuite c'est du bonheur en barre ! Gratouillez la couche d'épaisseur et coulez tranquille. Lecture sensible, délicate et assez subtile... Le charme opère, je vous assure, il faut juste être patient ! (Et vous ne le regretterez pas !)    

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Far-Ouest, de Fanny Brucker (1er roman)

JC Lattès, janvier 2008 - 305 pages - 17€

D'autres avis : Cathulu et Cuné ont aimé, aussi (et vous donnent le goût des chouquettes!)

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26/07/08

Question de temps

Tous les "obsédés" de la lecture compatiront, sans aucun doute, à ce qui va suivre...

Henry Bemis est un amoureux des livres, un vrai. Cette passion n'est pas comprise par son entourage et lui vaut brimades, humiliations et autres harcèlements. Lire, c'est futile. Lire, c'est inepte. C'est une perte de temps. Alors, pour mieux savourer ce plaisir défendu, Henry se cache...   


Twilight Zone - Question de Temps 1/2
envoyé par m0r4d


Twilight Zone - Question de Temps 2/2
envoyé par m0r4d

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