19/10/06

Famille, tracas & Cie - Laurie Colwin

familles_tracasA quarante ans, Jane Louise est une jeune femme mariée à Teddy, homme secret et charmant, fils de divorcés et hanté par cette enfance bâclée. Jane Louise aussi n'est pas en reste concernant ses jeunes années, c'est pourquoi elle est bien décidée de s'épanouir dans le mariage. Or, très vite, des angoisses la gagnent, comme le poids de la famille, le sentiment de n'être pas celle qui convient pour Teddy, l'envie d'un enfant et son risque, et aussi son travail de graphiste dans une maison d'édition, son collègue Sven qui la harcèle, ou son amie Dita qui joue la carte de l'indifférence soudaine... En plus de l'amour infaillible de son mari, Jane Louise peut également compter sur sa meilleure amie Edie, autre spécimen en peine familiale !

Les romans de Laurie Colwin ont généralement des débuts bancals, à mon goût. Celui-ci ne déroge pas à la règle, quand j'éprouvais une certaine amertume sur l'orientation de "Famille, tracas & Cie". En fait, ce titre ne me plaît pas, il est trop hasardeux. En anglais, il s'intitulait "the big storm", terme beaucoup plus équivoque autour de l'implacation du mariage, de l'engagement, pour des jeunes gens fragilisés par leur passé. Et comme souvent chez L. Colwin, on s'embarque vers un ailleurs terriblement nostalgique (une Amérique des années fin70 - début 80, sur la côte bon chic bon genre du Massachussetts) et raffiné, distingué, comme l'écriture (les week-ends à la campagne, la veillée de Noël, le goût de chiner...). Car en fait dans ce roman, il ne se passe pas grand-chose au final, juste une belle histoire, "une vie merveilleuse", sans soubresauts, où juste un aperçu, vite avorté. Ce roman est bien lisse, un peu trop pour certains. Il est également totalement focalisé sur le personnage de Jane Louise, surtout vers la fin, au détriment de son mari Teddy. Mais dans l'ensemble, il y a de très pertinentes réflexions qui ont eu écho chez moi (la place de la belle-famille, la maternité, le travail, la tentation...) et pour résumer grosso-modo j'ai aimé, un peu et beaucoup. Pas mon favori, mais accro du style Colwin !

Autrement

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Frank et Billy - Laurie Colwin

Frank_et_BillyRoman absolument minimaliste qui traite d'une liaison adultérine de manière feutrée: point de broderies sur les acrobaties sexuelles ou les entourloupes aux conjoints respectifs. "Frank et Billy" sont deux êtres que tout opposait, qu'une rencontre impromptue a ébloui le parcours réciproque. Ils entament une relation comme un film français, beaucoup de dialogue, d'humour et d'amour sincère. Chacun va pourtant porter différement le poids de ce secret : coupable ou inconscient, le couple va être conduit à la déroute et fatalement se séparer.
Absolument intimiste, absolument délicieux, ce roman de Laurie Colwin est une pépite. A lire dans le confort douillet d'une bonne couette, par exemple.

Autrement

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Drôles d'oiseaux - Laurie Colwin

drole_d_oiseauxPréalablement publiées dans des journaux ou magazines dans les années 70, certaines nouvelles de Laurie Colwin ont refait surface, suite au succès phénoménal de "Une vie merveilleuse". On (re)découvrait une auteur, hélas disparue prématurément en 1992. Donc "Drôles d'oiseaux" est un impertinent cocktail d'hommes et de femmes trop réfléchis, trop insouciants, trop exigeants. Ils veulent l'amour, un mari, une existence stable et puis rencontrent un élément nouveau, entretiennent parfois une histoire adultérine, s'en mordent les doigts ou s'exilent en Ecosse... En bref, tous ces hommes et femmes sont terriblement actuels ! Avec un style vif, l'auteur dessinait ses semblables sans ambages et sans tricherie.

"Drôles d'oiseaux" est un recueil composé de huit histoires, dites d'amour. Je préfère cette appelation au lieu de "nouvelles" car les huit histoires sont davantage des "romans courts". Laurie Colwin parle de choses très ordinaires, et l'une des grandes richesses de ce livre vient de la personnalité des héros et héroïnes. Les filles sont souvent des étudiantes brillantes et spirituelles, le théâtre de leurs premières fois se passant sur le campus de l'université. Les hommes sont pour la plupart assez effacés, compliqués, niais et nul doute qu'ils puissent être aisément roulés dans la farine ! Sauf lorsqu'ils se réveillent et se montrent de redoutables prédateurs !.. Certaines histoires sont très attachantes, comme "La vie en lunettes roses", "Une retraite en Ecosse" ou "La Grosse Prune". Des histoires de sentiments, d'addiction, de fugue ou d'oppression, c'est très souvent cynique, parfois morbide, glauque ou déconcertant ("Le bourgeon noir" par exemple). Mais au-delà de toute tentative d'analyse, il y a forcément une grande intelligence derrière ces "Drôles d'oiseaux" ! L'écriture de Laurie Colwin est douée, et sa perspicacité fait mouche, malgré certains paragraphes un peu extravagants.

Autrement

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Une vie merveilleuse - Laurie Colwin

Une_vie_merveilleuseGuido est amoureux d'Holly;  son cousin Vincent aime Misty. Chacun se marie, habite un joli appartement, vit dans le meilleur des mondes... Car en fin de compte, le but de tous dans la vie est de trouver sa moitié et d'être heureux jusqu'à la fin de ses jours !? Tout à fait normal, donc, que ces quatre là ont également ce leitmotiv d'entretenir la flamme, de s'engager et d'avoir la vie rêvée des anges. Pas facile, on le sait, de cultiver son jardin dans l'harmonie éternelle. Il y a les petits couacs de la vie courante, des sentiments ennuyeux et ennuyants, comme la jalousie, le sentiment de n'être pas à la hauteur, la maternité, etc.

En fait, la plupart des anicroches de ces deux couples sonnent un peu d'ordre puéril, très souvent. Cela prête à sourire, mais pourtant cette Vie Merveilleuse contée par Laurie Colwin m'embarque et tend à espèrer que l'existence peut être si simple, l'Amour si élémentaire et enfantin. J'ai beaucoup aimé ce petit monde, les personnages croqués avec intelligence, les jeunes femmes (Holly et Misty) sont spirituelles, têtues, lunatiques et boudeuses. Vincent et Guido sont parfois de pauvres nigauds qui ne comprennent rien à la sacro sainte psychologie féminine.. Quelle douce illusion, quel confortable cocon. "Une vie merveilleuse" parvient à exprimer les sentiments compliqués de l'amour, comme la peur de s'engager, de s'affranchir, de se livrer en toute transparence, de devenir vulnérable, de communiquer et préserver son indépendance. L'ensemble peut paraître niais pour certains, peu crédible, mais je pense qu'il faut surtout ouvrir les bras au bien-être qu'offre ce roman : un réconfort et l'illusion d'y croire, le temps de le lire !

Autrement

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18/10/06

Mercredi, jour des enfants

IMGP2423Mémoire de griot est un livre CD où petits et grands sont invités à voyager, au gré des quatre contes, sur les rives de fleuves majestueux, au coeur de forêts denses et sombres, au-dessus des prairies sauvages de la savane...

Ce livre CD présente quelques thèmes aussi variés que l'exclusion, la recherche de la vérité, l'amitié... Et ce sont tantôt les hommes qui nous tiennent en haleine, tantôt les animaux.

Comme il l'a appris de ses ancêtres, ce griot jalonne ses histoires de mélodies qu'il interprète sur le disque avec des instruments traditionnels comme la Sanza et le Gongoma, le Kamele-N'Goni, le M'Bolon, et par des instruments de percussion comme le Djembé et les Tambours d'eau.  Quand il chante, c'est en Soninké, le dialecte de ses origines. (notes de l'éditeur)

Mémoire de griot rassemble les contes de Siré Camara, avec des illustrations d'Anne Boscher. Quatre histoires dans le livre : Les trois frères / La chèvre et la Hyène / Pourquoi la grenouille a les yeux exorbités et les fesses plates ? / La dame du fleuve.

Honnêtement, c'est un plaisir pour les yeux, c'est un bonheur pour les oreilles et c'est un exercice parfait pour les zygomatiques ! Mémoire de griot est un livre magnifique qui nous transporte au coeur de l'Afrique et de sa tradition orale. L'option CD est définitivement adoptée ! ...

  IMGP2473   Mémoire de griot - Siré Camara & Anne Boscher - Editions Points de Suspension

  • Ce livre a été découvert dans le cadre du Prix Zazieweb de la Petite Edition : Mémoire de Griot a remporté le 1er Prix en 2005.  Ici sa petite discussion ...

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Volvo Trucks - Erlend Loe

volvo_trucksDans "Volvo Trucks", on retrouve le personnage de Doppler, déjà rencontré dans "Naïf super" et "Doppler", deux précédents romans d'Erlend Loe. Toutefois, il n'est pas forcément indispensable d'avoir lu ces deux livres pour ouvrir ce troisième car on peut très bien s'y sentir à son aise. Après tout, l'auteur intervient sous forme d'apartés d'une longueur plus ou moins conséquente, mais à une cadence soutenue. Il s'immisce dans l'histoire avec aisance et humour, fait ses commentaires sur n'importe quel point qu'il juge important de préciser et d'expliquer plus intensivement. Ses incursions dans le récit sont nombreuses, surviennent sans crier gare et contribuent beaucoup à la verve de ce roman !

"Volvo trucks" met en scène la pétillante Marj Britt, 92 ans, veuve et fumeuse de hashich. Son mari était un ancien employé de chez Volvo Trucks et a été le principal créateur du modèle Globetrotter, cependant l'homme a été roulé dans la farine et s'est fait voler la vedette et les plans de cet engin. Dommage. Cependant, la maison qu'il occupe avec son épouse a elle-même été spoliée à son voisin, von Borring, un fondu de scoutisme, d'oiseaux et de nature. Un jour, sortant de sa forêt, débarque Doppler avec son fils Gregus et son élan Bongo. Ils arrivent chez Marj où ils vont se reposer, manger et se séparer. Car Gregus est déçu par son père, qui danse en fumant son hasch, et décide de rentrer chez sa mère à Oslo. L'élan aussi va prendre la poudre d'escampette. Mais Doppler continue de perdre ses idéaux en la compagnie de Marj Britt. Cette dernière va vouloir taquiner son voisin von Borring et charger Doppler d'une mission, mais rien ne se passe comme prévu. Doppler va rencontrer le scout et devenir l'élève de cet homme. Un vrai micmac ! C'est carrément débile, mais cocasse et loufoque. Tous les intervenants de ce roman sont singulièrement des bouffons. Il est cependant impossible de ne pas sourire à leurs délires et aventures, inévitable de s'attacher au badinage de ce narrateur / auteur. Car "Volvo Trucks" est un roman surprenant et original, nettement extravagant !

Gaia

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17/10/06

Secrets de famille - Louisa May Alcott

secrets_de_familleKate Snow est engagée comme gouvernante chez la famille Carruth pour prendre soin d'Elinor, une jeune fille affligée d'une maladie mentale (en fait, une dépression nerveuse doublée d'une profonde mélancolie). La famille Carruth est la cible d'une malédiction ancestrale : chaque héritier est persuadé d'être atteint de folie, pour remédier à cette tragédie les enfants s'interdisent de se marier. Or, Amy, la soeur d'Elinor, a justement entrepris d'épouser un certain Carroll, grand ami du redoutable Robert Steele, le mauvais esprit de la famille Carruth. Cet homme est une ombre menaçante sur la famille, il est omniprésent, s'arrogeant le droit d'imposer ses conditions chez ces infortunés, pris dans un étau, car Steele est le détenteur d'un secret, le confident d'une honte qui accable les Carruth.

Mais quel est donc ce secret ? Quelle véritable personnalité se cache derrière la figure farouche de Steele ? Et Kate Snow, petite bonne femme au caractère orgueilleux et décidé, quelle part cruciale va-t-elle s'accorder pour apporter la paix à Elinor et sa famille ? Car dans "Secrets de famille", il sera bien évidemment question de duplicité, d'amours naissantes, de tromperies et de drames en cascade. Louisa May Alcott a su diriger son histoire dans l'harmonie des romans sombres et oppressants, si le mot "harmonie" colle difficilement à cette idée... Mais Louisa May Alcott avait véritablement ce don pour la théâtralité, la tragédie en puissance et donnait à ses personnages féminins une tournure plus tapageuse que l'image de la blanche colombe, fragile des nerfs, et qui s'évanouissait au moindre mal. Dans "Secrets de famille", c'est Kate Snow qui tient la dragée haute. Elle n'est pourtant pas épargnée, car Louisa May Alcott ne la pare pas d'un halo totalement héroïque et salvateur. Sous la candeur, se cache forcément une fourberie en jupons... Encore un roman, injustement méconnu, de Louisa May Alcott à découvrir sans plus attendre !

Editions Interférences

  • Quelques jolis mots à propos de cette maison d'édition : " Si les lecteurs qui achètent nos livres font des découvertes et prennent plaisir à avoir entre les mains un objet conçu et fabriqué avec amour, nous n'en demandons pas plus ! "

 

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Les yeux de Lady Macbeth - Louisa May Alcott

les_yeux_de_lady_macbethMax Erdmann est un artiste peintre qui peine à terminer son tableau de Lady Macbeth. Il lui manque les yeux, impossible de trouver cette flamme, "le regard fixe, atone, mais non dénué d'intelligence de lady Macbeth dans son sommeil halluciné". Un jour au théâtre, il rencontre la troublante, fascinante mais non moins mystérieuse Mlle Agatha Eure. Aucun doute possible, c'est elle qu'il lui faut pour incarner "cette étrangeté inquiétante". Le temps passant, Max va être séduit et épouser cette jeune fille, ignorant qu'il signe là un pacte d'aliénation, proche de la soumission irréversible, d'une dépendance incontrôlable. Car cette Agatha Eure possède un talent caché, secret, qui mettra des chaînes au peintre, persuadé jusque là d'être marié à son Art.

Ce petit roman de Louisa May Alcott a bien failli tomber dans les oubliettes, heureusement des bonnes âmes ont entrepris de traduire et publier l'oeuvre, autrement qualifiée de méconnue, de l'auteur des "Quatre filles du Dr March". Cette passionnée de romans noirs et tragiques, de théâtre de Shakespeare, n'a pas hésité à braver l'interdit de l'époque en écrivant ce genre de littérature fantastique et morbide où les personnages ont des visions, se perdent dans la folie et sont victimes de machiavélisme exploité par le génie féminin. Car oui, Louisa May Alcott, même si elle devait publier cette littérature sous un pseudonyme, a toujours prétendu revendiquer la malicieuse puissance féminine, la rouerie de l'esprit des femmes, des magiciennes et des ensorceleuses qui, comme Agatha Eure, ruinent des êtres pour se venger de leur négligence après le mariage. Ce n'était pas qu'une convention, c'était une abnégation, un aller sans retour. Et pour ces admirables raisons, non dénuées d'espièglerie, il est absolument recommandé de lire ce livre un peu trop court, mais divin !

Editions Interférences

  • " Vous avez ici des romans, des airs nouveaux, un instrument, de la broderie et un chien, qui ne se formalise pas d'un silence morose ni d'une conversation insipide, que demander de plus ? Certainement pas un mari qui ait la tête ailleurs ? "

 

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Derrière le masque - Louisa May Alcott

derriere_le_masquePas facile d'imaginer que Louisa May Alcott pouvait être l'auteur d'autres romans que son très célèbre "Les quatre filles du docteur March" !.. Pourtant, l'auteur s'est essayée à d'autres histoires moins niaises et candides (en apparence), et sous pseudonyme, notamment avec "Derrière le masque". Louisa May Alcott était fondue de romans noirs, de théâtre et de romances glauques. Dans ce roman, elle met en scène Jean Muir, dix-neuf ans, blonde et fragile, qui traîne sa frêle silhouette maladive chez les Coventry pour devenir gouvernante de la famille. La jeune fille et ses secrets intriguent, en opposition à la figure indolente et narquoise du jeune héritier. Toutefois dès la fin du premier chapitre l'auteur n'hésite pas à dévoiler que Jean Muir est une intriguante ! Quels desseins, quelles noirceurs, quels mystères l'auréolent ? Tout reste à découvrir.

Et effectivement cette histoire de manipulation féminine est intéressante et s'inscrit dans la grande tradition des romans noirs de la fin du 19ème siècle. Wilkie Collins est évoqué, mais "Derrière le masque" n'est pas un livre de référence, inoubliable. Sa lecture est charmante, gentillette. Le portrait du cercle bourgeois des Coventry est observé avec acuité, sans ironie, mais j'hésite à croire à une volonté de démontrer la vulnérabilité féminine qui décide de se venger de leur triste sort en la personne (symbolique) de Jean Muir ! La jeune femme garde des traits diaboliques (mais j'ai déjà remarqué que c'était une exigence chez L.M. Alcott, pour avoir lu un autre roman, "pour le meilleur et pour le pire"). "Derrière le masque" reste un roman de "second plan", pas un classique, juste une illustration légèrement floue d'une littérature de l'époque. A conseiller, cependant.

Editions Interférences

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16/10/06

La vérité et ses conséquences - Alison Lurie

alison_lurie"C'était par une très chaude matinée au beau milieu de l'été : après plus de seize ans de mariage, en voyant son mari à une quinzaine de mètres, Jane Mackenzie ne le reconnut pas." Non, Alan Mackenzie ne ressemble plus au séduisant professeur qu'elle a épousé, c'est désormais un homme courbé par la douleur, mal coiffé et qui a grossi. Depuis plus d'un an, Alan souffre d'un mal de dos qui le prive de tout déplacement et le cantonne dans un canapé où il geint et passe son temps à avaler des cacahuètes, de la glace, etc. Jane est devenue son soigneur, mais elle n'en peut plus. A force de ronger ses pensées amères, elle devient mesquine et haineuse.

A l'université où Jane et Alan travaillent, l'éminente Delia Delaney est invitée en résidence. C'est une célébrité, elle est belle et affriolante, réputée également capricieuse et imprévisible. Delia est accompagnée de son mari, Henry. Jane prend en grippe le couple, puis se surprend à accorder ses violons avec Henry. Delia souffre de migraines chroniques, la rendant encore plus exigeante. Tandis que Jane et Henry se trouvent des points communs, Delia se rapproche d'Alan qui tombe dans ses filets. Entre jeux de séduction, badinages, mensonges et vérités à demi avouées, les couples se mélangent. Mais, gare : le lézard rampe et chatouillera le dindon de la farce...

"La vérité et ses conséquences" est une comédie douce-amère sur les sempiternelles relations dans les universités américaines, dans le petit cadre fermé des intellectuels qui perdent leur foi, cherchent la notoriété, donnent des conférences et courent à perdre haleine pour fuir l'attachement trop intempestif des admirateurs. Au centre du roman d'Alison Lurie, on retient la figure magnifiquement agaçante de Delia Delaney, pompeuse et sexy, qui cartonne et détonne dans ce milieu coincé et huppé. Autre personnage intéressant : Alan Mackenzie, le pitre de service, bien malgré lui. Il se coltine des douleurs lombaires depuis 18 mois, et chaque passage dans le roman donne lieu à des séances de grimaces et pleurnicheries. Alison Lurie n'est pas complaisante, elle épingle un bon coup pour faire mal et le lecteur sourit. Le roman est, en somme, un rapide moment de lecture agréable, assez fidèle au style de l'écrivain. Quelques pages, vers la fin, auraient pu soulager l'histoire qui s'alourdit un petit peu. Sans quoi, bon point.

Rivages

  • "Sous les yeux d'un Alan incapable de l'arrêter, elle tira sa valise à roulettes sur le parquet, de la cuisine au couloir. Bientôt, il entendit la valise retomber lourdement sur chaque marche de l'escalier, et dans chaque rebond résonnaient l'ennui, le devoir et la morosité à venir."

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