09/09/07

L'histoire de l'amour ~ Nicole Krauss

Au début, l'histoire est simple, c'est celle de Leo Gursky, vieil homme de 80 ans et qui attend sa mort mais fait tout ce qu'il peut pour qu'on ne l'oublie pas et qu'il évite de trouver la mort dans la solitude. C'est un réfugié polonais qui a migré à New York après avoir réussi à se cacher des nazis durant la guerre. S'il a rejoint les Etats-Unis, c'est aussi pour retrouver son amour de jeunesse, la belle Alma.
Autre histoire dans le roman : une jeune adolescente de quatorze ans, prénommée Alma, découvre qu'elle tient son prénom des héroïnes d'un roman intitulé "L'histoire de l'amour". Ce livre était un cadeau d'amour de son père à sa mère, celui-ci étant mort la mère d'Alma vit recluse et reste fidèle au souvenir de son amour. La jeune Alma est étonnée de découvrir qu'un anonyme a écrit à sa mère pour qu'elle traduise ce roman écrit en espagnol, car le roman semble également beaucoup compter pour cet homme, qui se nomme Jacob Marcus.

A partir de là, les destinées ne vont pas cesser de se croiser, se rencontrer et de dessiner L'Histoire de l'amour. C'est, dans le fond, l'histoire du roman dans le roman. Et Nicole Krauss emprunte la voie labyrinthique pour traverser les mémoires et les histoires d'amour. Oui, c'est un roman qui parle d'amour, assez fou d'ailleurs. Cela convient à ce vieillard qui est tombé amoureux et c'est là toute sa vie, ou à cette jeune veuve détruite par la mort de son compagnon et qui se noie à petites doses, à un père pour son fils qu'il n'a jamais connu, à une adolescente qui veut redonner le sourire à sa maman et qui creuse des tranchées et qui cherche mais sans savoir exactement quoi... C'est un livre entier sur le sentiment amoureux, sur le droit à la mémoire, à la fidélité au-delà de la mort, au respect de la création littéraire. Ce roman de la new-yorkaise Nicole Krauss fait couler beaucoup d'encre dans les articles de cette rentrée littéraire et c'est totalement justifié ! D'abord il est écrit avec une maîtrise étourdissante, puis il est dense, foisonnant, respectueux et d'une très grande élégance. C'est un roman puissant et intelligent, qui ne perd jamais le fil de son histoire et qui repêche son lecteur en toute simplicité. Et hop qu'il nous emmène du côté de la Shoah, à New-York, en Israël ou au Chili, dans le coeur d'une adolescente ou d'un vieillard, et surtout au coeur d'un roman dont l'histoire nourrit L'Histoire de l'amour du début à la fin. Cela paraît brouillon à lire comme ça, mais c'est un roman 5 étoiles et qui est, en toute honnêteté, EPATANT !

septembre 2006

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08/09/07

Y'a personne (pour le ouikend !) ...

Mais je vous laisse entre de bonnes mains :

Is there a time for keeping a distance
A time to turn your eyes away
Is there a time for keeping your head down
For getting on with your day

Is there a time for kohl and lipstick
A time for cutting hair
Is there a time for high street shopping
To find the right dress to wear

Here she comes ...

[ Et une petite dernière pour la route ! ... ]

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La Pochothèque de la Rentrée ! En poche ! #7

A mettre dans son shaker :

(Noter La légende d'une servante de Paula Fox)

  • Chez J'ai Lu : La partie de cartes d'Adolf Shröder  (lu mais aimé moyen...)

(Noter Marie Antoinette d'Antonia Fraser  ;  Les grand-mères de Doris Lessing)

(Noter La nuit interdite de Thierry Serfaty ; Terre des oublis de Thu Huong Duong ; Une autobiographie d'Agatha Christie ; Nous sommes de Gila Lustiger ; Mes hommes de Malika Mokeddem)

(Noter La forêt des ombres de Franck Thilliez ; Les sirènes de Bagdad de Yasmina Khadra ; La serveuse était nouvelle de Dominique Fabre)

(Noter : L'été du sureau de Marie Chaix)

Pas trop le courage de rapporter mes avis sur les livres ci-dessus, alors j'ai renvoyé à quelques liens ... N'hésitez pas à compléter, donner d'autres idées ou apporter vos liens !  ;o))

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On fait le point ?

Ok - cela fait déjà quelques semaines que la grande foire littéraire bat son plein, bombardant les rayons des librairies d'encore plus de propositions chaque jour. Toujours plus de tentations, désolée, je le sais et m'en excuse à peine (car après tout, c'est pas ma faute !) .  ;o))

Alors un p'tit bilan sur les livres déjà lus et présentés entre ces murs roses ...

A_l_abri_de_rienarlington_parkCe_que_dit_LiliCeinture_jaunecimetiere_des_poupeesentre_mes_mainset_toujours_en_eteEtherHors_JeuIl_ne_vous_restela_chienne_de_ma_viele_chat_dans_la_gorgele_contemplateurle_crocodile_rouilleLe_dernier_frereLes_bois_dormantsmatantemmaNo_et_moiOn_s_y_feraparadis_andalousPavillon_noirprivilege_des_reveursstagiaire_amoureuxthis_is_not_a_love_songTom_est_mort

Quel souk ! ... Et dire que ce n'est pas fini : encore de belles choses dans mes tiroirs pour vous servir !  ;o))

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07/09/07

16, rue d'Avelghem ~ Xavier Houssin

Quel merveilleux écrivain, ce Xavier Houssin ! Déjà j'étais sous le charme avec "La ballade de Lola", premier roman bouleversant sur la disparition d'une fillette sur le chemin d'école. Avec "16 rue d'Avelghem" l'auteur renoue avec la sensibilité. Suite à la destruction du quartier de son enfance, le narrateur fait revivre cette maison d'un quartier de Roubaix, là où ses parents et leurs nombreux enfants ont emménagé jusqu'à la fin. La fin d'une vie, merveilleusement et à juste dose racontée. Beaucoup de pudeur, d'émotion fine. En des phrases courtes, presque lancées à la mitraillette, l'histoire découle son tapis rouge et met en scène un couple de gens ordinaires dans un quartier des corons près des usines de textile. C'est tout un pan de vie, toute une époque qui revoit jour. La vie de cette famille, les Lapierre, est bouleversante par ses petits riens et ses ordinaires qui font un grand tout. On tourne les pages, avide de connaître davantage de leurs vies. Les joies, les peines, les doutes, les peurs.
C'est très beau. C'est hélas très court mais ce livre s'inscrit dans la lignée des beaux petits romans inoubliables.

septembre 2004

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Cette nuit-là ~ Isabelle Minière

La très grande particularité de "Cette nuit-là" est la narration en " Tu " de bout en bout du roman. Grande audace ! L'auteur use cette forme pour interpeller l'héroïne, Lisa, victime d'un mari violent. Car Lisa est mariée à Clément, un homme charmant, aux boucles dorées, un homme très intelligent, aimé et respecté de tous. Un homme irréprochable. Sauf que cet homme-là a deux faces : un côté pile pour la ville, et un côté face pour son foyer. Clément n'est plus Clément, il devient un individu au regard noir, qui jette des éclairs et annonce l'orage. Un homme redoutable. Qui ne lève pas la main sur Lisa, non. Sa perversion va plus loin : il use des mots, il retourne les accusations, il insinue que c'est sa faute à elle, qu'elle le rend aggressif par sa faute. Lui est juste un peu coléreux. Sans plus. Alors, Lisa ? Coupable, responsable, victime consentante ?..
Isabelle Minière en dénoue tous les rouages, livre une spirale infernale. L'homme marié ne peut disposer de son épouse comme d'un objet. Abuser d'elle sans son consentement. C'est voler. C'est violer ! L'auteur fait mouche en déployant l'esprit retors du pervers contre la vulnérabilité de la jeune femme. Se taire, c'est consentir. La coupable, c'est elle. Elle ne peut priver d'un père à son enfant. Etc...
"Cette nuit-là" est remarquable : la mécanique de la manipulation mentale est saisissante d'effroi. C'est écoeurant, mais hélas si réel. Cette lecture est dérangeante, certes, mais ça existe. Et pis voilà.

septembre 2004

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Le jeûne et le festin ~ Anita Desai

C'est un roman d'Anita Desai que j'avais beaucoup apprécié au moment où je l'avais lu (il y a deux ans). L'histoire d'une Inde enfermée dans ses traditions et ses castes, ses rêves de mariages, seules issues pour les filles, surtout si elles sont belles et gracieuses. Mais cela ne surpassera jamais la suprématie masculine, surtout si l'héritier mâle, tant désiré, arrive enfin dans la famille ! Tout lui est servi sur un plateau d'argent : caprices, cadeaux et ouverture sur le monde. Le roman se compose donc en deux parties : la première où l'on voit la difficulté des filles, les traditions pour marier celles-ci et la préférence aux garçons.. Dans la deuxième, on se retrouve en Amérique, le fils est parti étudier mais l'auteur, à travers sa merveilleuse plume, laisse transparaître son mal d'être, sa déprime et sa mélancolie. Aussi sa conviction intime d'être dépaysé, inadapté et déraciné. C'est un très bon roman, "Le jeûne et le festin", l'un des meilleurs de cette auteur, Anita Desai. Elle possède ce talent rare d'être dérisoire dans son récit, même si celui-ci est dramatique et pathétique. Anita Desai mêle l'humour à la dérision et n'hésite pas à parquer ses personnages dans des situations aberrantes. Une très belle plume.

lu en septembre 2004

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Le cimetière des poupées - Mazarine Pingeot

cimetiere_des_poupees« ... mais qu'est-ce que vous savez des enfants, qu'est-ce que vous savez d'un ventre qui nourrit un foetus, qui le couvre, le cache, le protège, qu'est-ce que vous savez de la douleur de l'enfantement, quand les contractions t'empêchent de respirer mais que tu ne peux crier, sous peine d'attirer l'attention, et que tu es violette, cyanosée, que tes vaisseaux éclatent autour de tes yeux, sur ton front, que tes cheveux tombent, que le corps déchire ton vagin, que le sang se mêle à d'autres liquides plus laiteux, visqueux, mais que cette misère physique se mue en une joie limpide. Même si la joie doit s'arrêter là. Même si la douleur doit suivre. Neuf mois, un an presque, des semaines, des jours, sans que cette présence une seule fois ne se fasse oublier, ton corps responsable pour un autre, que tu ne dois plus malmener, que tu dois aimer pour que l'autre vive, croisse, dans le confort, cette confiance que tu es obligée, momentanément, de t'accorder, parce qu'il n'y a que toi, et lui, dans cette solitude enfermée des cocons à deux, d'où le monde est exclu. Comment voulez-vous après cela qu'il y ait séparation, que l'absence soudaine d'avenir pour l'un ne soit pas la perte de l'autre, qu'on ne meure pas à deux. Que cette mort ne soit pas pire que le suicide.
Infanticide. Votre mot, clinique, juridique, il ne m'est rien, ne décrit aucune réalité que j'ai vécue, ne concerne que vous, et mon deuil est infini quand le vôtre ne peut pas même commencer.
En moi il vivra toujours, pour vous il ne vivra jamais, et c'est mon privilège, mon unique privilège, que vous ne m'enlèverez pas. »


J'ai choisi cet extrait car il parvient à tracer les contours de la narratrice, accusée d'un crime, enfermée dans le bâtiment des femmes, et qui a commencé l'écriture d'un journal qu'elle adresse dans le vide, utilisant le "tu" pour citer son époux (qui aura peu de chances de lire cette confession).
Cet extrait dessine donc une femme sensée, accablée mais qui assume son acte. Il laisse apercevoir aussi la rage contenue, l'amertume et la volonté. Je pourrais encore citer d'autres passages tout aussi évocateurs, mais celui-ci ancre une vérité crue. Et bien entendu, sa lecture procure des frissons.
Sentiments de malaise, d'incertitude, de miséricorde, de pitié ou d'horreur. L'histoire, qui rappelle un fait d'actualités, est douloureuse. Elle n'explique pas ce qu'il s'est passé, ni comment. Le livre s'intéresse plutôt à dessiner la misère sentimentale du couple, à cerner la perpétuelle fustigation de la femme, mal dans sa peau, manquant d'amour dès l'enfance, bref déjà handicapée et assoiffée de reconnaissance.
Il y a donc des passages déplaisants, très secs et désarmants. La lucidité de la narratrice résonne comme une voix qu'on ne voudrait pas entendre, une parole dérangeante mais qui supplie qu'on l'écoute.
Ce livre ne cherche pas à comprendre, ni à donner d'explications. Il ne cherche pas à excuser, ni à pardonner. Il peut choquer, susciter un tolé de protestations. Justifié, ou pas ?
Le mieux est de faire sa propre opinion en le lisant. Non, ce n'est pas un intérêt malsain. Autant être au courant, "Le cimetière des poupées" ne livre aucun détail glauque ou étouffant. Par contre, le récit n'est pas exempt de chapitres plutôt répugnants, avec des paroles discutables.
Au coeur de son livre, Mazarine Pingeot n'en fait pas trop, avec simplement 155 pages, c'est tout à fait honorable. Toutefois, dans le même registre, j'ai préféré "Entre mes mains" d'Anne-Constance Vigier.

Julliard - 155 pages - Août 2007.

** Rentrée Littéraire 2007 **

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06/09/07

Aujourd'hui ~ Colette Fellous

La narratrice a décidé de prendre son temps, assise à sa table jaune, laissant les souvenirs guider sa plume, des moments précieux lui revenir en toute intimité, par vagues de douceur. Colette Fellous se rappelle ses 17 ans, en Tunisie, dans une grande maison blanche. A la veille de passer son Bac, elle se réveille et entend les cris et les tirs dans la rue, c'est le début d'une émeute, nous sommes en 1967. Suite à ces évènements, toute la famille de Colette va partir en France et s'y installer, un peu sous la loi du silence, de la soumission, de la passivité, comme pour son père. Quelques chapitres sont consacrés à la disparition de celui-ci, des moments forts et émouvants, qui s'accompagnent avec la parution d'un premier roman, l'entrée en écriture de la jeune fille. "Aujourd'hui" se veut un texte à fleur de peau, où la langue est belle, merveilleuse et auréolée d'une poésie raffinée. On y respire les odeurs de mimosa, on y goûte le thé à la menthe, le soleil, la nostalgie, et même quelques notes de Dalida et Jane Birkin... C'est magnifique !

septembre 2006

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Arlington Park - Rachel Cusk

arlington_parkArlington Park est une petite banlieue anglaise, ni trop chic ni trop ringarde, c'est un quartier tout ce qu'il y a de plus ordinaire, avec ses habitants tout aussi quelconques.

C'est la nuit, les rares passants rentrent chez eux, affrontant sans ciller la pluie torrentielle, lorsque Juliet Randall se réveille d'un cauchemar. Ce cafard qui faisait son nid dans ses cheveux lui semble l'image fantasmée de sa vie devenue impossible. Ancienne étudiante brillante, désormais mariée et mère de deux enfants, Juliet a le sentiment d'être assassinée à petits feux par son semblant d'existence. L'inertie de sa petite vie grotesque, entre son boulot de prof dans une école privée et la routine domestique, lui saute au visage, lui criant sauve-qui-peut de s'échapper d'une telle atonie.

Mais le roman de Rachel Cusk nous ouvre la porte des autres foyers d'Arlington Park, découvrant combien les femmes se sentent tout aussi passives et horrifiées de leur train-train. Ces femmes et mères au foyer, pas loin d'être désespérées, mesurent l'étendue de leur agonie en se rendant au centre commercial, ou autour d'une tasse de café, dans une cabine d'essayage ou chez le coiffeur. La vérité devient flagrante lors d'une discussion du club littéraire à propos des Hauts de Hurlevent ou au cours d'un repas organisé pour huit personnes.

Pas "Desperate Housewives" dans l'âme, de loin en loin, le roman est surtout le cliché d'un jour sur les propos de mères et d'épouses qui révisent leurs sacerdoces, en sachant combien les jours passent et se ressemblent, qu'elles n'y changeront rien car elles acceptent ce sort ! Si certains discours peuvent apparaître amers, ils ne sont pas non plus révolutionnaires. On voudrait donner au lecteur un nouveau phénomène à découvrir en passant à la loupe les femmes au foyer. Mais l'anglaise Rachel Cusk réussit là une étude espiègle, déviant sans heurts la lassitude, et copiant la Mrs Dalloway de Virginia Woolf pour décrypter la journée du lever au coucher de ces habitantes d'Arlington Park.

Il y a dans ce livre des portraits plutôt frappants de la psychologie de cinq femmes de cette banlieue. On y trouve d'emblée de l'amitié mielleuse, et fielleuse, de l'acrimonie, de la jalousie rongée, de la frustration sans honte, de la vengeance muette et de l'incompréhension la plus pure ! Et pour finir, de l'acceptation dans toute sa splendeur hypocrite, de cette vie passablement rangée, mollement menée mais pas si mauvaise que ça dans le fond ! Pas drôle et un peu acerbe, "Arlington Park" ne s'embarque cependant jamais dans la désespérance facile, ne rappelle pas du tout le feuilleton US à succès mais photographie avec justesse les consciences, visite les pensées de femmes qui approchent de la quarantaine et se permettent d'analyser leurs petites vies. Parce que le lisse aussi, ça existe ! Et Rachel Cusk nous montre les dessous d'un trompe-l'oeil presque familier.

Editions de l'Olivier - 290 pages - Août 2007. Traduit de l'anglais par Justine de Mazères.

** Rentrée Littéraire 2007 **

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