25/07/07

Liu et le vieux dragon, tome 1 - Carole Wilkinson

liu_et_le_vieux_dragonDans la Chine impériale de 141 av. JC, la petite Liu, 11 ans, vit près du palais de l'empereur aux services du gardien des dragons royaux, Maître Lan, à Huangling. Hélas, l'enfant est maltraitée et trime comme une malheureuse pour remédier à l'inefficacité de son maître, ivrogne et paresseux.
Par conséquence, les dragons meurent les uns après les autres. Maître Lan tente de masquer son incapacité jusqu'à la venue à l'improviste de l'empereur. Or, Liu découvre que l'empereur lui-même cherche également à se débarrasser des dragons et comprend qu'il a convoqué le chasseur Diao pour liquider les bêtes.
Liu décide alors de sauver le dernier dragon en vie et s'enfuit avec lui. Peu à peu, elle va apprendre à communiquer avec la bête, nommée Danzi, qui confie à la fillette la mission urgente de rejoindre l'Océan pour sauver les créatures légendaires menacées de disparition...
Une longue épopée attend notre jeune héroïne. Petite fille chétive, vivant sous le joug d'un Maître cruel, ne sachant ni lire ni compter, Liu va gagner la connaissance, en plus de l'amitié, auprès de Danzi.
Leur chemin vers l'Océan est semé d'embûches, de rencontres inquiétantes ou bienheureuses... bref la route s'annonce longue, difficile car Danzi s'affaiblit de plus en plus, au gré de ses métamorphoses et du pouvoir de la Pierre magique qui décline.

Le début de l'histoire est un peu lent à décoller, de quoi rendre perplexe tout lecteur plongé dans ce roman de 512 pages ! Et pourtant, la suite s'annonce enthousiasmante. Elle combine à merveille l'esprit de l'aventure à l'amitié, de la Chine impériale à la légende des dragons, de l'apprentissage de la philosophie à la quête du "qi"... De nombreux termes en rapport à la culture chinoise composent ce récit, donnant un poids considérable à la recherche historique, mais jamais emphatique.
C'est vrai que le côté "dragonkeeper" peut rappeler le succès d'Eragon, mais cette fois l'histoire concerne une petite fille peu téméraire, tremblante de peur et qui, pourtant, n'hésite pas à se lancer dans cette aventure fabuleuse. Le cadre de la Chine impériale offre aussi un dépaysement total. Le mélange d'Histoire et du fantastique finit de planter le clou et d'offrir une série en deux tomes qui mérite aussi qu'on s'y intéresse...
En somme, lecture divertissante, dépaysante et riche en profondeur !

Bayard jeunesse, coll. Estampille - 512 pages - Mai 2007 . Traduit de l'australien par Maïca Sanconie.

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16/07/07

Vive les vacances !

... De quoi donner le goût du sable, de la mer et du soleil ... Bullez en toute tranquillité, ce sont les vacances !

melrose_et_croc_plageNouveau tome de la série classique de Melrose et Croc, le chien jaune et le petit crocodile vert : ce tome saisonnier est fidèle à l'image colorée, pleine de tendresse et d'amitié que l'histoire dégage. Petit Croc vert a un peu le blues, son ami Melrose cherche à le dérider en jouant à "qui est-ce qui est ... " , des devinettes pour redonner le sourire ! Joliment distrayant, idéal pour les plus jeunes lecteurs ... album qui met à l'honneur l'amitié !   Gallimard jeunesse

 

rita_machin_plageImpossible également de ne pas évoquer nos compères inséparables : Rita et Machin, eux aussi passent la journée à la plage. Ils nous promettent de bien belles aventures épatantes et sympathiques. Nos deux coquins ne s'entendent pas sur leur programme du jour, pourtant ils sont incapables de rester éloignés l'un de l'autre. Toujours drôle, espiègle et incontournable ... un livre à lire à pas d'âge !!!  Gallimard jeunesse

 

les_heros_en_vacancesEt un petit dernier pour la route : Les héros en vacances . Il s'agit d'un carnet de bord qui trace jour après jour, de juillet à août, ce que font les héros en vacances. Au menu : beaucoup d'humour et de facétie, des personnages peu ordinaires, des illustrations délirantes. Cette lecture aussi s'adresse à un très large public, à ne pas hésiter !

L'histoire : Pendant l'été, les héros eux aussi sont en vacances. Mais ce que l'on sait moins, c'est que le Père Noël, lui, travaille pendant que ses rennes Ange et Simon se prélassent au Pouldu. Guillaume Tell fait un stage de tir à l'art à Saclay ; quant au Capitaine Némo, il plane en deltaplane. Roméo part en trecking sauvage dans l'Himalaya, sur les chaudes recommandations de Juliette... Et si vous vous trouvez à la Rochelle aux alentours du 29 juillet, vous pourrez peut-être croiser le chat botté, en tongs.  Gallimard jeunesse, coll. Giboulées

 

Princesse_princesseL'auteur Rémi Chaurand a notamment publié Princesse Princesse, un livre qui va faire tordre de rire vos petites filles ! Cette histoire de princesse qui part en stage pour devenir reine est absolument désopilante, bien entendu on survole les questions d'étiquette, de protocole, de diplomatie, etc. Mais jamais rien de ronflant, que du joyeux ! Et également, ce n'est jamais prout-prout ! Bien loin de là ! Il y a une incroyable tonicité, et beaucoup de liberté et d'audace affichées dans le style.
Cet ouvrage se présente sous la forme d'un livre de poche, cela donnera à vos enfants l'impression de lire un roman comme les grands ! Pour lire seul dès 7 ans. Mais les plus jeunes pourront écouter cette histoire et se régaler tant l'idée est très, très drôle !   [ Casterman ]

Robin a illustré un texte de Vincent Cuvellier Le grand secret, album disponible chez Gallimard jeunesse, coll. Giboulées.

 

15/07/07

Le sacre de l'enfant mort ~ Jean Luc Seigle

J'ai eu du mal à entrer dans le roman : trop austère, trop figé. Je trouvais le personnage central, le peintre David, résolument lugubre. Parce que le style était du genre "aérien", j'ai tourné les pages pour finalement être surprise d'intérêt et d'engouement pour ce texte ! On ne s'attache pas seulement, en fin de compte, aux tergiversations du peintre. Exilé à Bruxelles après des déboires dans ses implications politiques, David laisse derrière lui un tableau d'une grande ampleur : "Le sacre de Napoléon". Mais dans son exil les remords l'assaillent, sous forme de pleurs d'enfant qui fredonnent incessamment dans sa tête. Que signifient-ils ? Et pourquoi ses pensées reviennent-elles sans cesse au Sacre ? Quelle était réellement la portée du tableau et de ses protagonistes ?.. C'est ce qu'au fil des pages on découvre, on apprend patiemment. A cela s'accompagne une autre figure : Marguerite, l'épouse de David. Marguerite est laide, elle a vécu dans l'ombre du peintre, a déroulé un tapis rouge pour parfaire son travail, jouait le rôle de la cuisinière, de la repriseuse, ordonnant une maison impeccable, aux armoires rangées, et sacrifiant aussi son rôle de mère, aux bons soins d'une gouvernante. Bref, Marguerite a fait le sacrifice d'elle-même pour cet homme qu'aujourd'hui elle tend à ne plus supporter, à être dégoûtée. A lui en vouloir au point de chercher vengeance ! Un dialogue de sourds semble s'installer entre les deux époux, et l'auteur le fait partager au lecteur. Du coup, peut-on adresser plus de reproches à l'un qu'à l'autre ? Pas évident. On oscille facilement entre la compassion, la révolte, la solidarité ou la fascination. Je crois que l'image dorée des deux époux, qu'ils ont soigneusement tenté d'élaborer pour faire bonne figure, tend à se craqueller au fil des pages. La fin est fatalement tragique, dans la logique des choses. Mais le roman, finalement, n'est pas juge : nulle condamnation ou sentence ne se profile. L'auteur préfère lever le voile sur les mystères d'une création avec les tourments, les tempêtes et les flots que cela soulève. Pas d'autre mot : c'est fascinant !

juillet 2004

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13/07/07

Elyon, tome 1 : Le Mystère des Monts Obscurs - Patrick Carman

Elyon_1L'édition jeunesse n'en finit pas de nous proposer telle nouvelle trilogie à découvrir de toute urgence, promettant son lot de mystères, d'actions, d'humour et de décors merveilleux...
Difficile de s'y retrouver dans cette profusion de choix ! Et à vrai dire, "Le mystère des Monts Obscurs" n'est déjà pas très attirant par sa couverture... Alors pour une fois, ne vous arrêtez pas sur ce détail !
J'ai personnellement été très surprise par cette histoire mettant en scène la jeune Alexa Daley, âgée de 12 ans, qui accompagne son père en visite dans la cité de Bridewell, comme chaque été.
Bridewell est une ville fortifiée, protégée par des remparts contre des forces menaçantes, car opaques, au-delà des forêts, des monts et des fleuves. Alexa n'a qu'un rêve : celui de découvrir ses secrets ! En suivant le chef de Bridewell, Warvold, dans sa promenade nocturne, l'adolescente espère récolter davantage de confidences de sa bouche, mais le vieil homme décède...
Un temps de flottement s'abat sur la cité, brusquement menacée par de potentielles invasions des autres sociétés. Mais Alexa ne s'en doute pas encore, son père et les responsables concernés la mettent à part, la jugeant trop jeune pour la politique.
Or, Alexa est l'Elue, celle qui doit succéder à Warvold dans une mission souterraine et ultra-confidentielle. Elle doit prendre le flambeau, crapahuter vers les Monts Obscurs, rencontrer un dénommé Darius, faire connaissance avec une communauté d'animaux et détenir le pouvoir de discuter avec eux grâce à une pierre magique...
Il faudra agir vite, car effectivement une attaque se prépare et menace Bridewell. De plus, un espion se cache parmi Alexa et ses proches.

Alors vous dire simplement que cette histoire est passionnante et qu'il ne faut pas hésiter à la lire serait un peu facile et guère convaincant. Donc, n'hésitons pas à broder en vantant les mérites de l'intrigue, les personnages bien brossés, l'imagination débordante (même s'il devient désormais de plus en plus difficile de surprendre le jeune lecteur dans ce créneau) et la rapidité avec laquelle on plonge dans ce récit qui est foncièrement captivant !!!
Outre la couverture peu reluisante et quelques tuyaux un peu faciles dans les rebondissements (avec des coincidences trop aisées), je ne discuterai pas davantage de l'intérêt à lire et découvrir ce premier tome de la série Elyon. D'autant plus que ce livre propose un début ET une fin, chose peu courante dans les trilogies... le lecteur n'étant pas aux abois à la page 320, mais assez pour attendre la suite avec impatience !
A découvrir !

320 pages - Bayard jeunesse - Octobre 2006 - Traduit de l'américain par Danièle Laruelle.

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12/07/07

Intrigue à l'Anglaise - Adrien Goetz

Intrigue_A_l_anglaiseFraîchement sortie de l'Ecole nationale du patrimoine, Pénélope Breuil est envoyée dans la ville de Bayeux pour assister la conservatrice en chef, Solange Fulgence. Pour cette spécialiste de l'Egypte copte, cette nomination tombe un peu à l'eau car Pénélope n'avoue pas une grande passion pour la fameuse Tapisserie de Bayeux.
Or, peu de temps après son arrivée, Solange est agressée. Un vol de biens précieux va s'ensuivre, et un étrange cafouillage va emmêler notre jeune conservatrice. Grâce la complicité de son ami Wandrille, dandy parisien, érudit et exalté en la matière, Pénélope va tenter de confondre cette intrigue selon laquelle trois mètres manquent à la Tapisserie de Bayeux.
Un journaliste local, Pierre Erard, subtilement séduit par la jeune femme, va aiguiller le couple dans leurs recherches, depuis la Normandie, sur les traces de Guillaume le Conquérant, jusqu'à Paris, à l'Hôtel Drouot et au Louvre, en passant par l'île de Varanville.
L'action se passe entre la fin Août 1997 et le mois d'Octobre. Dans la capitale française, la princesse Diana a trouvé la mort sous le tunnel de l'Alma en compagnie de son amant égyptien... Et si tout ceci n'était qu'une horrible coincidence ?
La machination semble avoir pris dans ses filets Pénélope, de plus en plus déconcertée par la tournure des éléments. Et l'action ne manque pas de surprendre, sertie par une foultitude d'indices et d'anecdotes historiques très pointues. A lire, l'ensemble se boit comme du petit lait ! C'est frais, intelligent, pétri d'humour et délicieusement captivant !
Mais bien entendu, ce roman n'est qu'une fantaisie historique créée par l'auteur. Adrien Goetz renoue avec son "Intrigue à l'Anglaise" au polar sur l'art avec un brio déjà prouvé grâce à "La dormeuse de Naples". Cette fois, le style est encore plus enlevé, la trame est fluide, bref amateurs de romans historiques ou de romans policiers, votre bonheur est tout trouvé !

Grasset - 330 pages.  Avril 2007

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Juke-box (1)

Je le sais
Sa façon d'être à moi, parfois
Vous déplaît
Autour d'elle et moi le silence se fait
Mais elle est
Ma préférence à moi...

Oui, je sais
Cet air d'indifférence qui est
Sa défense
Vous fait souvent offense...

Mais quand elle est
Parmi mes amis de faïence
De faïence
Je sais sa défaillance...

Je le sais
On ne me croit pas fidèle à
Ce qu elle est
Et déjà vous parlez d'elle à
L'imparfait
Mais elle est
Ma préférence à moi...

Il faut le croire
Moi seul je sais quand elle a froid
Ses regards
Ne regardent que moi

Par hasard
Elle aime mon incertitude
Par hasard
J'aime sa solitude...

Il faut le croire
Moi seul je sais quand elle a froid
Ses regards
Ne regardent que moi

Par hasard
Elle aime mon incertitude
Par hasard
J'aime sa solitude...

Je le sais
Sa façon d'être à moi, parfois
Vous déplaît
Autour d'elle et moi le silence se fait
Mais elle est
Elle est ma chance à moi
Ma préférence à moi
Ma préférence à moi...

julien clerc / ma préférence


Alain Bashung - La nuit je mens
envoyé par Quarouble


Zazie - La dolce vita
envoyé par glam-slam


Dany Brillant - Histoire d'un amour
envoyé par Takinos

(non ! en fait je préfère la version de Dalida ... impossible à trouver ! :(( )


U2-With Or Without You
envoyé par barton71

(Pour moi, LA chanson !)

A suivre...

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11/07/07

Frances O'Roark Dowell

Accus_eDovey Coe a 12 ans et vit à Indian Creek en Caroline du Nord avec ses parents, sa soeur Caroline et son frère Amos, qui est sourd. Très proche des siens, la jeune fille a pourtant beaucoup de mal à accepter l'arrogance de Parnell Caraway, le beau gosse qui roule des mécaniques et prétend vouloir épouser Caroline Coe.
Selon Dovey, ce type est un fourbe, menteur et prétentieux. Ce serait la ruine de sa famille si Caroline acceptait d'épouser ce sale individu. De plus, sa soeur a toujours rêvé de partir étudier en ville pour une vie meilleure. Une chose qui ne semble pas du goût de ce Parnell... Et coup de théâtre, le jeune homme est retrouvé assassiné et c'est Dovey Coe qui est accusée de son meurtre.

A partir de cette histoire, le roman "Accusée !" adopte de suite une tournure captivante, à la fois peinture de moeurs, enquête policière et tableau d'une société assez rude et cerclée par des codes vieillots (nous sommes en 1928, en milieu montagnard et rural). C'est la jeune Dovey Coe qui prend la parole de bout en bout, de son franc-parler qui rend son aventure attachante.
Pourtant, on peut regretter aussi qu'elle tire autant la couverture à elle toute seule, qu'elle soit si perspicace du début à la fin et qu'elle semble endosser un rôle trop mature pour une fillette de 12 ans. Plus adulte que les adultes !
Mais il n'empêche que cette lecture demeure sympathique, divertissante. A conseiller dès 11 ans.

Accusée ! par Frances O'Roark Dowell - Bayard jeunesse - 215 pages  (illustration : François Roca)

Une_maison_un_jourMaddie a 12 ans et vit dans un Foyer pour enfants. En ce qui la concerne, ce qu'elle aime répéter sur son histoire, c'est qu'un fantôme lui a sauvé la vie quand elle était bébé. Aussi quand elle rencontre Murphy pour la première fois, elle s'empresse de lui dévoiler son secret.
Murphy est une jeune fille tout aussi épatante, plus extravertie, plus fascinante. Elle raconte des tas d'histoires extraordinaires, se dote de pouvoirs hallucinants, bref à côté d'elle les histoires de contes de fées ne semblent plus tout à fait irréelles.
Maddie s'attache, fait confiance, partage son secret en découvrant deux "scrapbooks" de sa confection : un livre des Maisons et un livres des Gens. A l'image de tous les enfants abandonnés, livrés à eux-mêmes, baladés dans les familles d'accueil, Maddie et ses amis, dont le petit Ricky, veulent une maison à eux. Et c'est Murphy qui leur donne à tous l'audace de lancer ce projet.
Créer sa propre famille, faire de ses rêves une réalité, s'inventer une vie différente... Maddie, Murphy, Ricky et les autres ont ceci en commun, ils veulent échapper à la réalité. Soit, ils mentent, enjolivent les faits, trahissent aussi. Mais ils demeurent attachants.
"Une maison, un jour" est un livre qui parle à la fois d'amitié, de complicité, de duperie et d'espoir. C'est un livre fait de croyances et d'espérances. Un livre honnête, sans états d'âme et qui communiquera aux jeunes lecteurs (dès 11 ans) beaucoup d'émotion, de douceur et un sentiment de bien-être. A conseiller !

Une maison, un jour par F. O'Roark Dowel - Bayard jeunesse - 190 pages. Traduit de l'américain par Marie Hélène Delval.

Illustration : Daphné Collignon

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09/07/07

Un auteur : Julianna Baggott

Comme elle respire

Un matin d'été 85, le père de Lissy, quinze ans, s'enfuit du domicile conjugal avec une employée de banque rousse. Cette escapade érotique ne durera qu'un mois, juste de quoi rendre la mère de Lissy cramoisie de honte. Du coup tout va être employé pour faire comme si. Comme si cet été ("de débauche de vérité") 1985 n'avait jamais existé. La narratrice (Lissy et quelques années en plus) va opérer un étrange rapprochement entre son parcours et celui de sa mère lors de cet épisode gravé dans sa mémoire. Car toutes deux ont un parcours quasi semblable. Lissy à trente ans est enceinte mais sa vie sentimentale est compliquée. Elle se souvient de ses quinze ans et de sa perte de virginité. Elle se rappelle aussi qu'avec sa mère elles étaient parties sur la route pour retrouver le père biologique de Lissy (et donc de découvrir que le papa en escapade extraconjugale n'est pas son vrai père) et ainsi retrouver un premier amour perdu. Toutes deux se forgent (ou reforgent) une identité amoureuse.

Un peu complexe à expliquer mais bien captivant à lire. Julianna Baggott dresse un portrait décapant de deux femmes à travers deux époques mais a le tour de force d'en souligner tout le parallélisme. Portrait aussi des années 70 que l'auteur n'hésite pas à écorcher et à remettre en question. Attention, second degré, dérision et ton décalé du début à la fin. De premier abord déconcertant mais passionnant en durée.

Miss America ne pleure jamais

Ce deuxième roman de Julianna Baggott relève du même principe narratif que son premier livre ("Comme elle respire") : portraits croisés d'une mère et de son enfant. Sauf que dans "Miss Amérique" la mère se confronte à son fils. Cela nous donne un passionnant roman, au plaisir égal à celui fourni pour le premier. Vraiment rien de surprenant. Le style est identique : ton décalé, second degré, dérision et humour blasé. Julianna Baggott a séduit avec "Comme elle respire", elle confirme son potentiel avec "Miss Amérique". A lire si vous appréciez la plume de Miss Baggott !

juillet 2004

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L'Officiante - Catherine Clémenson

L_officianteIl est difficile de se séparer d'une maison, encore plus de ses souvenirs. C'est le constat de la narratrice qui regarde de loin les visiteurs et potentiels acquéreurs de la grande maison héritée d'une tante, sur l'île de Noirmoutier. Chaque pièce étant associée à une personne, à une période essentielle dans la vie de la famille, la narratrice s'avoue décontenancée par l'intrusion d'inconnus sur ses plates-bandes. Mais il faut vendre, par manque de moyens pour entretenir cette immense propriété familiale.
Elle n'est pas parfaite, la propriétaire s'est toujours exercée à démontrer aux acheteurs les imperfections de sa maison. Mais cette fois-ci, le couple semble sous le charme, séduit aussi pour toutes ces précieuses aspérités. Il est donc l'heure de tourner la page, de faire le bilan, de ranger l'album de famille, "d'un ton sépia, toutes ces choses se sont mises à vibrer, faisant entendre leur chant suranné".
Charme indicible et fragile, récit à la fois intimiste et empreint d'un hymne pour le goût de l'ancien, de la nostalgie, ce doux murmure emporte le lecteur, sensible à cette poésie. Pas seulement tourné vers le passé, ce livre donne aussi de l'allant et chasse la mélancolie. Car "L'officiante" invite à se poser, à rêver, à penser...
Très joli.

Seuil, 173 pages.  Mars 2005.

... Je te dis pas, Sathya, l'odeur des draps séchés en plein air ; on en a tant parlé dans les poèmes et les chansons d'auteurs disparus. Tant de corps ont été vivifiés de la sorte. Est-ce que tu connaîtras seulement les draps ? Dans les couettes on ne peut pas s'enrouler, on ne peut pas cacher ses larmes comme dans un grand mouchoir ni deviner comme sous la neige le paysage des corps, le pic du sexe des hommes et les contreforts en pente douce des seins des femmes. Ces beaux renflements que l'oeil caresse avant que la main n'entre en contact avec le linge fin, l'exquise fraîcheur du drap qui rendra plus délicieuses encore la surprise de la peau, sa chaleur, et la texture unique de son grain. Les couettes recouvrent tout d'une épaisse couche trop lourde et peu maniable.  (...)

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08/07/07

La femme de l'Allemand - Marie Sizun

La_femme_de_l_AllemandLa petite Marion a un double secret. D'un côté, on lui apprend que son père est un allemand aimé durant la guerre et mort lors de la campagne de Stalingrad. Elevée seule auprès de sa mère Fanny, rejetée par les siens, Marion grandit avec le poids des mystères.
L'autre zone d'ombre qui nimbe sa maman concerne la folie de celle-ci. Ce n'est qu'une trace fugace, un regard étrange, un sourire angoissant et des actes incongrus, répétés dans la nuit.
Car malgré tout, Marion et Fanny forment un couple qui est lié par les liens de l'amour, de la confiance, du dévouement et de la trahison. En grandissant, la petite fille va comprendre la folie de sa mère, autrement nommée "psychose maniaco-dépressive". Plusieurs fois, l'enfant va chercher à masquer les signes avant-coureurs, ne pas avertir les proches, taire la démence grandissante de sa mère.
Or, les années passant, il devient impossible d'endiguer le flux et le reflux de ces crises. Les séjours de Fanny à l'hôpital se répétent, les périodes d'accalmie sont de courte durée. Toujours plane la menace de la rechute.
Et puis, il y a ce père absent, ce père mort, l'Allemand. Son image permet à Marion de se consoler, de nourrir un espace de tendresse et d'affection pour échapper à ce qui la ronge de plus en plus. Pourtant, ce secret aussi va creuser un fossé déjà très profond entre l'enfant et sa mère, laquelle dit des choses tour à tour passionnantes ou terrifiantes. Comment la croire ? "Tu sais bien que cet amour-là, l'amour de Fanny, est une prison. Que si tu l'écoutes, il va t'enfermer. Pour toujours."

Non, ce n'est pas insurmontable. Cette admirable histoire d'amour filial n'a pas le poids du drame ni du délire. La névrose de Fanny devient en fait une douleur qui confine la concernée mais aussi l'enfant qui pousse en devinant petit à petit la souffrance de sa maman. Leur relation est ténue, elle peut embrigader, embarquer aussi bien l'une que l'autre. Il faut du détachement, de la rigueur, de la colère pour s'en défaire. Ce serait bien évidemment la meilleure solution, mais l'amour dans tout ça ? C'est ce qui sauve ce roman de tout marasme, de la lente coulée noire et plombante. Car il y a ce tutoiement en vigueur, d'un bout à l'autre, qui marque le pas de la fillette. Qui martèle son chemin de croix.
C'est un face-à-face poignant, impossible à briser. Le regard d'une fille sur sa mère, prise aux pièges de ses propres démons, une maman qui dérange. "Et tu la regardais avec un étonnement presque craintif, comme si, décidément, cette femme qui était ta mère était susceptible de toutes les métamorphoses, comme si elle était quelqu'un d'enchanté, ou d'enchanteur, comme si elle était un peu fée, ou un peu sorcière."
Ce livre a un charme inqualifiable.

Arléa, coll. 1er Mille - 242 pages.  Mars 2007

1er roman de l'auteur : Le père de la petite

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