09/09/08

Oh, Roméo - Merete Pryds Helle

 

Ce sont deux amants d'aujourd'hui, dans la ville de Copenhague, ils se prénomment Roméo et Juliette et ce n'est pas fait exprès. Tout les oppose : elle est la fille du futur maire, issu du parti national ; il est immigré iranien, réfugié politique et installé avec sa famille de sang mais pas d'esprit, comme il dit. Il est chauffeur de taxi, elle est thésarde en médecine légale. Ils ont 30 ans, ils pensaient ne jamais connaître le véritable amour et leur rencontre a tout sauvé.

On ne réécrit pas une tragédie, dans le sens où on ne modifie pas la fin de cette histoire. Cela pourrait être handicapant, mais c'est tout le contraire. On savoure d'avance cette courte aventure, qu'on souhaite passionnelle, fusionnelle, totale et dévastatrice. Cela la rend encore plus précieuse ! On aimerait que Juliette et Roméo conjuguent leurs différences et démontrent à leur entourage la débilité de s'affronter sur des questions raciales. Les nationalistes sont particulièrement virulents dans ce Danemark de l'année 2005, avec en rappel de fond l'affaire des caricatures qui a mis le feu au poudre.

On reste dans le domaine du drame passionnel, en dépit des questions soulevées sur l'intégration, l'immigration et le racisme. L'auteur ne s'est pas contenté de décalquer la pièce de Shakespeare, elle a su insuffler une éloquence enflammée et musicale, une forme moderne (au lieu d'écrire dans son Journal, Juliette s'adresse à son blog). C'est un court roman qui rend hommage aux amours intemporelles, aux passions qui ne meurent jamais, enfin bref c'est divin !

traduit du danois par Catherine Lise Dubost

Gaïa, septembre 2008 - 187 pages - 19€

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08/09/08

L'obligation du sentiment - Philippe Honoré

Jeanne et Louis Maisne forment un couple uni et respecté. Elle gère plusieurs pharmacies, lui est avocat. Ils mènent une vie calme et tranquille, sans une ombre au tableau. Cela va peut-être changer...

Depuis dix ans, leur fils Martin a quitté le foyer sans donner de nouvelles. Aujourd'hui il leur adresse une lettre dans laquelle il propose une entretevue entre deux vols, dans un aéroport. Pourquoi ? Aussitôt Louis a des sueurs froides, c'est sûr, le rejeton tient sa revanche. Que s'est-il passé au moment de son départ, alors que Martin était un ado de quinze ans. Il revient en les accusant, ce n'est pas possible autrement.

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Ce que j'ai apprécié, dès l'ouverture de l'histoire, c'est l'atmosphère qui ressemble à une intrigue policière et qui a donc servi de traitement pour démêler le secret de cette famille. Le procédé est également intelligent, car plusieurs parties composent le récit et apportent ainsi un éclairage sans cesse différent, qui fait presque étendre la responsabilité. La portée du mystère est elle-même assez hallucinante, je n'en dévoile pas la nature mais vous noterez alors combien le titre prend un sens tout à fait percutant.

En somme, j'ai beaucoup aimé ce roman qui a su me captiver, me nouer l'estomac, me mettre k-o aussi. J'étais toute disposée à découvrir ce que cachait cette famille modèle, pour m'apercevoir aussi que les bourreaux et les victimes ont tous des rôles interchangeables. Cette lecture fait froid dans le dos, mais c'est appréciable malgré le malaise qui pointe.

L'obligation du sentiment

Arléa, septembre 2008 - 122 pages - 15€

 

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07/09/08

Le fiancé de la lune - Eric Genetet

On ne tombe pas de haut avec ce livre : il est court (124 pages), agrémenté de 40 chapitres aérés et d'une intrigue guère originale mais qui fera pleurer dans les chaumières. C'est l'histoire d'un amour, rapide, fulgurant, poignant et bref. Arno approche de la quarantaine, il a parcouru le monde entier pour son boulot, ne s'est jamais attaché à une femme jusqu'à sa rencontre avec Giannina, une jeune chanteuse de jazz. Cela s'approche du coup de foudre, mais nos deux prétendants ne vont pas se jeter dans les bras de l'autre tout de suite, car l'homme doit repartir, régler ses affaires et éprouver ce qu'il ressent pour cette femme. C'est tout nouveau et ça n'a pas de nom.

Quand tous deux se rendent compte du lien invisible qui s'est tissé entre eux, à l'épreuve du temps et de la distance, c'est sûr que ça rappelle fatalement la grosse histoire d'amour. On s'aime, on ne se quitte plus, on partage le même toit et on fait un enfant. Cette fusion fait peur aussi et Arno n'est jamais sûr de lui. Mais le destin va lui sonner les cloches pour lui rappeler l'amour éphémère, la préciosité de l'instant présent et l'injonction qu'il faut toujours aller au bout de ses rêves.

Laissez-vous emporter entre deux mélodies - La chanson des vieux amants et la voix d'Ella Fitzgerald qui hante les pages de ce roman. L'histoire, un peu lyrique dans son écriture, saura vous toucher par sa simplicité et sa fatalité. C'est beau, émouvant, inexorable. Je vous invite à tenter l'aventure et encourager ce premier roman à la jolie couverture.

Editions Héloïse d'Ormesson, août 2008 - 124 pages - 15€

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06/09/08

Pourquoi pas le silence - Blanche de Richemont

Paul a quinze ans, c'est un garçon doué, intelligent, qui aime la philosophie et la poésie. Il est beau, avec des boucles blondes, affublé d'un physique athlétique. C'est un adolescent qui se sait exceptionnel et qui cherche à atteindre la perfection, confortée par une famille - à ses yeux - sensationnelle. Paul a tout pour être heureux, mais ce n'est pas le cas. Trop conscient de sa différence, il traîne un spleen rasoir pour son meilleur ami Florent et casse-pieds selon sa soeur, Lou. Tous deux l'encouragent à déclarer sa flamme à Camille, la plus jolie fille de l'école, qui est raide dingue de lui et n'attend qu'un signe de sa part.

Mais le garçon ne veut pas, il ne peut pas. Il refuse la banalité et ne se suffit pas à lui-même. Le combat intérieur que Paul se livre est cruel, très paradoxal, il est tantôt partagé entre le don de sa personne et effrayé par la facilité avec laquelle on tombe dans la généralité. Ses sentiments pour Camille sont ambigus, il est touché par sa beauté, ému par les sensations qu'elle fait naître en lui mais dégoûté par sa propre mascarade.

"On est simple quand on aime. Je ne sais pas aimer. Je prends trop de place en moi. Je ne la quitte pas, mais je suis déjà parti. Elle ne me retient pas, c'est pour ça que je reste."

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Paul est un adolescent compliqué, rempli d'états d'âme. Peut-être. Mais son histoire nous fait plutôt réfléchir sur la délicate fonction que représente l'adolescence, passage obligatoire avant de devenir adulte. Le roman nous demande un peu de considérer ce cap difficile où il faut à la fois appréhender son corps, son rapport avec les autres, son bon vouloir, son désir d'être accepté pour ce qu'on est, son refus de rentrer dans le rang. A quinze ans, on est lâche et on se plie trop facilement à l'attente des autres, on veut de l'amour mais on a du mal à l'exprimer, le contenir. Parfois ça déborde et ce trop-plein nous submerge.

Mais qu'arrive-t-il dans la tête d'un garçon qui, malgré tous ses efforts, n'arrive pas à faire semblant, à être comme les autres et qui se sent continuellement un étranger ? La plume délicate de Blanche de Richemont nous livre cette torture mentale, cet état de désespoir et d'espérance sans cesse en conflit. Au début c'est grinçant, limite agaçant. Ne serait-ce point du caprice qu'on perçoit chez Paul ? Hélas non. Même si le roman n'est pas bien épais (122 pages), il évolue facilement et fait comprendre ce que vit l'adolescent, son mal-être et le drame personnel qu'il s'inflige (son cousin Max, qui avait tout pour lui, est mort à l'âge de 30 ans, au sommet de sa gloire).

Par ce livre, je découvre un auteur - Blanche de Richemont - à travers une histoire sensible et quasi universelle (on a tous eu quinze ans et connu son lot d'atermoiements !). J'ai été profondément touchée, réceptive au désarroi de ce garçon et perturbée par la fin (inéluctable ?). Il s'agit d'un premier roman, je vous le conseille.      

 

 

 

Pourquoi Pas le Silence

Robert Laffont, août 2008 - 122 pages - 14€

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05/09/08

A Mélie, sans mélo - Barbara Constantine

 

C'est l'été. Mélie, soixante-douze ans, se fait une joie d'accueillir sa petite-fille Clara, dix ans. Elle n'a cure de ses résultats d'analyse et dévie la conversation téléphonique de son médecin, Gérard, sur le plaquage d'Odile, son épouse qui batifole dans les bras d'un bel Hidalgo. C'est Fanette, la fille de Mélie, qui rigole de cette déconfiture (on devine alors qu'elle fut le cinq-à-sept de Gérard) et ne tarde pas à mettre son grain de sel, mais d'une manière qu'on découvrira plus tard...

Deux mois s'annoncent, peut-être teintés d'ennui. Clara a fichu en l'air sa Playstation, la barbe. Et puis pas moyen d'utiliser la voiture, toujours en panne - Marcel, le garagiste en retraite, peste et rage contre l'entêtement de Mélie qui veut réparer cette vieille guimbarde au lieu d'acheter un nouveau véhicule. En attendant, pour tout déplacement, ce sera donc vélomoteur et bicyclette, de bon matin et sur les chemins escarpés. Très vite, Clara y prend goût, s'adonne à quelques rituels (le pipi dans les buissons). Qui a parlé d'ennui, déjà ? Ah oui, sa mère : en fait, Fanette déprime un peu. Elle a cru rencontrer un nouvel amoureux, mais cette liaison a pris l'eau. Comme c'est souvent le cas.

Du haut de ses dix ans, Clara écoute, fait sa philosophe ou sa conseillère des coeurs brisés, c'est une fillette étonnante. Elle-même a un chéri - Antoine, qui lui écrit de longues lettres et se languit chez ses grand-parents, où il s'ennuie comme un rat mort. Peut-être Mélie pourrait l'accueillir pour un temps ? C'est vrai que chez Mélie on se sent bien, c'est un refuge des âmes seules, des sentiments qu'on croyait fanés et qui reprennent de la couleur, c'est aussi chez Mélie qu'on sent son coeur rebattre à cent à l'heure. L'amour, toujours et encore...

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Il n'y a pas de mélo chez Mélie, ni chez Barbara Constantine. Les lecteurs ayant apprécié son premier roman, Allumer le chat, vont retrouver strictement la même recette avec son deuxième livre. Par contre, ne croyez pas que ce soit du copier-coller non plus. On retrouve la verve savoureuse, la peinture truculente de destinées qui se mêlent et s'emmêlent pour notre plus grand plaisir, et cette passion de croquer des personnages attachants. On pourrait presque inventer le terme et parler de touche Constantine !

Certes, Allumer le chat avait bénéficié de l'effet de surprise. A Mélie, sans mélo est un roman qui nous étonne moins, mais il nous sert la même facétie, sans le côté pétillant qui nous faisait nous pourlécher dans le premier cas. Cela reste une lecture agréable, enjouée (presque une lecture d'été, d'ailleurs !) et qui pourrait booster tout moral en berne !

A Mélie, sans mélo

Calmann Lévy, août 2008 - 245 pages - 14,90€

L'avis de Cathulu

entretien vidéo avec Michel Field, sur Bibliosurf

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04/09/08

Qui touche à mon corps je le tue - Valentine Goby

C'est une histoire qui ne laisse pas deviner sa violence, et pourtant son thème est lourd, dangereux, sulfureux : les faiseuses d'anges. Valentine Goby a choisi d'en toucher quelques mots, avec sa grâce exemplaire et son allure sophistiquée. Elle ne crache pas les mots, elle les couche sur papier. Avec délicatesse. Elle bichonne ses personnages, qui sont trois : Marie G. qui attend sa condamnation, Lucie L. qui a avorté et Henri D. le bourreau "qui n'existe que les matins d'exécution par le dégoût des autres et l'horreur qu'il inspire".

C'est par ellipse que l'auteur procède en cherchant à élargir le procès muet qui tient lieu dans l'esprit de l'opinion publique. Elle glisse sa plume d'un caractère à l'autre, sans frémir ni flancher. Elle se met dans la peau de "la blanchisseuse des corps", celle qui "gomme les taches disgracieuses, au point de passage entre la vie et la mort" ou elle fait corps avec celle qui a été "faible ou juste pas avertie", celle qui a voulu ce rapt d'elle-même. Chaque personnage porte sa croix, on le soupçonne et l'apprend au fur et à mesure. Cette histoire n'est d'ailleurs pas sans rappeler le film de Chabrol, Une Affaire de femmes, que je vous recommande également.

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Ce qui ressort de ce livre, c'est son intensité. C'est vibrant d'émotion, certains passages flirtent avec la rage, l'impuissance et la frustration. On retrouve d'ailleurs la même écriture éprouvée dans L'échappée, son précédent roman. Une nouvelle fois, donc, Valentine Goby se penche sur la destinée des femmes, durant la guerre. Après celles condamnées pour avoir reçu et/ou donné du plaisir durant cette époque mouvementée, voici les faiseuses d'anges qui connaîtront une sentence sans appel sous le gouvernement de Vichy. On graciait des pédophiles, mais on envoyait à la guillotine celles qui voulaient se substituer à la décision divine (sic) !

Valentine Goby ne verse jamais dans le pathos, elle expose des éventualités, brise les tabous et elle montre les silences, les injustices. Il y a aussi un refus de la fatalité derrière les personnages, et un aspect froid et clinique chez Henri D. qui parfois donne des frissons - mais l'homme est humain, on découvre ses failles et cela ne nous laisse pas indifférent. Les deux femmes sont également touchantes, à leur façon. Ce ne sont pas des criminelles, mais elles ont posé pour la postérité avec ce statut. C'est glaçant et c'est fort. On ne peut demeurer insensible à ce genre de lecture.

"(...) faut-il cesser de penser, de sentir, ou bien cette torture en vaut la peine parce qu'à la fin, peut-être, il y a une promesse de bonheur, ce que j'entrevois du bonheur, une sorte de plénitude où coexistent mon corps ma voix ma tête dans une seule enveloppe palpitante, et tout bat en même temps ? Ai-je raison de vouloir ? D'espérer ?"

Gallimard, août 2008 - 137 pages - 13,90€

 

 

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03/09/08

Dans la tête de Shéhérazade - Stéphanie Janicot

Shéhérazade Halshani a trente ans, elle est l'animatrice d'un talk-show à succès et prépare une nouvelle émission qui porte sur l'adolescence et les rêves de devenir écrivain. Cela la ramène quinze ans en arrière, lors de son entrée en seconde, au lycée Louis-le-Grand qu'elle intègre pour un programme de section internationale arabe. Elève gauche et manquant de confiance en elle, elle est aussitôt éblouie par Aubin et Sophie. Lui est blond, superbe, timide et attiré par les garçons ; elle est le rejeton de parents qui ne se supportent plus, petite, forte et pas très jolie.

La jeune fille d'origine marocaine, qui a grandi dans le cinquième arrondissement, avec son père patron de bistrot, va aussitôt être fascinée par ces deux camarades riches d'une culture littéraire qu'elle n'a pas. Shéhérazade se sent profondément en marge des gens qu'elle fréquente, au lycée ou dans sa famille (elle se rend tous les dimanches dans la famille de son père manger du couscous). Elle ne se sent appartenir à aucun "clan", mais fait tout pour que ses nouveaux amis l'acceptent.

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On découvre assez vite que ce roman repose sur un drame qui est survenu dans leurs vies, durant cette année où ils étaient jeunes, conquérants et idiots. D'un côté, l'histoire parle de l'adolescence, de cette époque ingrate où on se sent tout le temps insatisfait. D'un autre, on aborde aussi la complexité de la génération des fils d'émigrés, ces enfants nés en France, totalement intégrés, mais pourtant en quête perpétuelle d'origines et de souches auxquelles s'accrocher.

Stéphanie Janicot est une vraie raconteuse d'histoires, elle possède ce talent de dresser un tableau et de le remplir avec des histoires de famille, d'amitiés et d'amours qui s'embriquent comme un jeu de Légo. Cela se finit toujours bien, malgré les coups de canif, et on sort toujours de ses romans avec un sentiment d'avoir passé un bon moment ; c'est gentil, simple et efficace.

Attention, il ne faut pas être allergique aux bons sentiments, mais cela ne signifie pas pour autant que le contenu est trop lisse, trop facile. Le seul reproche : quelques clichés, trop entendus. Mais ce n'est qu'un grain de sable !

Dans la tête de Shéhérazade

Albin Michel, août 2008 - 312 pages - 19,50€

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02/09/08

Val de Grâce - Colombe Schneck

Situé dans un quartier parisien, le Val de Grâce était un appartement cossu, le lieu magique de toute une enfance, une bulle d'un autre temps, où l'on se sentait coupé du reste du monde. C'était aussi un monde enchanteur, anarchique, où les enfants évoluaient dans un brouhaha constant, sous la coupe bienveillante de Madame Jacqueline, qui lavait, repassait, reprisait et rangeait, cuisinait de la mousse et de la crème au chocolat.

Un jour, elle disparaît et c'est une époque qui se finit. Le regard de l'enfance fait place à celui qui scrute, note les détails. Toute une vie passée à ne pas compter, à amasser, à obtenir tout ce qu'on désire. Tout un leurre pour masquer les rideaux qui s'usent, les couleurs qui fanent, les factures qui s'accumulent, le manque d'argent qui pointe.

Le Val de Grâce avait été érigé pour donner de l'illusion, une sorte de poudre aux yeux pour bercer les dodos des enfants. Offrir ce qu'il y a de plus beau, montrer que rien n'est impossible... A huit ans, dans sa robe jaune, la fillette rencontre Fred Astaire dans sa résidence de Bel Air pour danser comme dans Shall we dance. Pour vérifier la légende du Loch Ness, elle court en Ecosse et croise un jeune prince devant Buckingham Palace. A la boulangerie, c'était crédit illimité sur les confiseries et autres pâtisseries.

Ce furent vingt-trois années féériques et fantaisistes, et pourtant la narratrice a failli tout oublier. Car c'est de cet oubli que naît le roman, qui s'ouvre sur la maladie et la mort de la mère impliquant l'héritage déposé entre les mains des enfants.

" Un étranger ne pouvait comprendre que Val de Grâce était un monde enchanteur dont la valeur matérielle n'avait aucune importance. On ne pouvait le cambrioler. On ne nous servait pas des morceaux de courgette trop cuite, mais des trompes d'éléphant coupées en morceaux. "

En perdant sa mère, la jeune femme accepte d'enterrer le passé en libérant les souvenirs, elle se livre alors à un récit de confidences pudiques, émouvantes, drôles et attachantes. Pleinement consciente d'avoir appartenu à un rêve, elle reconnaît la part des mystères de Val de Grâce, où sa famille cherchait à servir du bonheur sur plateau et à camoufler les chagrins. On découvre que cette enfance pleine d'exubérance a été une vengeance personnelle des parents - réfugiés pendant la guerre - qui ont ainsi cherché à se construire des souvenirs, pour mieux oublier les leurs.

Ce roman, touché par la grâce, vous berce par sa simplicité, son trop-plein d'amour jamais mièvre, sa sensibilité et sa nostalgie vivifiante. 

"Est-on qu'on me pardonnera d'avoir été aimée à ce point ?" prévient la narratrice. A votre avis ?   

Val de Grâce

   Stock, août 2008 - 140 pages - 14,50€

Le pourquoi de Val de Grâce

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01/09/08

Les mille-vies - Delphine Coulin

 

 

C'est le dernier jour de tournage pour l'actrice Dorine M., qui incarne Emma - une femme mariée qui apprend la mort prochaine de son époux par un jeune médecin qui tombe amoureux d'elle. La préparation est longue, difficile. Elle cherche à s'imprégner de son personnage, mais depuis le matin, Dorine s'est réveillée en proie aux doutes et à ses sempiternelles angoisses. Aujourd'hui, forte d'une longue carrière derrière elle, Dorine M. se sent épuisée et lasse de ses "mille-vies". Elle ne le sait pas encore, mais son jeune partenaire lui fait comprendre qu'elle a perdu pied depuis longtemps, en confondant la fiction et la réalité. 

"Prodige d'être une actrice. Une mille-vies. Fantasme absolu de notre époque, où chacun court après le temps pour vivre le plus possible. Où tout est démultiplié."

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Ce sont vingt-quatre heures de la vie d'une actrice, une femme brillante, très belle et qui n'a peut-être pas envie de se poser.

Il y a beaucoup de pudeur dans ce roman. On sent une héroïne fragilisée, qui n'a pas été épargnée par la vie et qui a choisi une kyrielle d'identités imaginaires pour fuir d'autres fantômes. A travers ce portrait d'une actrice et d'une femme, avant tout, il y a aussi l'ombre de la vraie vie, celle d'une femme amoureuse, abandonnée. L'apprentissage de l'amour défunt. C'est si admirablement conduit, feutré et silencieux, dans un vrai décor, entre les MOTEUR. TOURNE. ACTION. CUT. On suit les mille-vies de Dorine M. avec une concentration mystique.

Les mille-vies

   Seuil, août 2008 - 157 pages - 15€

merci tout particulier à l'auteur...

Le pourquoi des Mille-Vies, par Delphine Coulin (entretien vidéo)

Delphine Coulin travaille pour le cinéma et la télévision. Elle a publié un roman, Les traces, et un recueil de nouvelles, Une seconde de plus, remarqués tant par la critique que par le public.

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31/08/08

(florilège de manga)

ça faisait un petit moment que je n'avais pas tapissé les murs de ce blog avec ma lecture de manga ! pourtant, je n'ai jamais lâché l'affaire et cela me passionne toujours autant !!!

allez hop... un petit passage en revue !

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Royal 17

Lumina est une riche héritière, chouchoutée et couvée par ses parents, sa gouvernante à tel point qu'elle se sent étouffée. Fiancée à Tarô, elle n'éprouve pour lui aucun sentiment et aspire à vivre un amour libre. Lors d'une fugue, elle croise au fastfood un type très beau et fort entreprenant. Elle découvre peu après qu'il s'agit de son garde du corps, embauché par ses parents. Côté pile, Allen est un vrai chevalier servant. Côté face, il réveille sa personnalité de fieffé don-juan et abuse de chaque instant d'intimité pour séduire Lumina.
Il y a des scènes très explicites dans cette histoire, ça peut interloquer mais l'histoire est séduisante et pourrait rappeler Shinobi Life - le glamour en moins. Les dessins ici ne sont pas toujours soignés, des détails rendraient presque laid le profil des personnages.
Par contre, je suis déçue car ce tome 1 est composé d'une autre histoire (assez nulle, c'est une jeune fille avec de gros seins qui devient la mannequin vedette d'un styliste de dessous féminins) et d'un micro feuilleton ridicule (la sorcière Melmo passe-partout, très bof !).

(Série finie en 3 tomes.)

NB : J'ai d'ailleurs lu les deux autres tomes et j'ai été fort déçue, notamment par le 3 !

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J'ai lu  Crown (quatre tomes) et j'avais bien aimé sur le coup. Cela changeait des histoires sentimentales et délicieusement grotesques ; là c'est davantage un mix de Nicky Larson & de princesse malgré elle devenue la cible d'une belle-mère décidée à la tuer pour garder son trône.

Donc, ok sur l'instant mais je m'aperçois que je ne suis pas pressée de lire la suite (le tome 5 est déjà paru) et ça ne me manque pas. Pourtant je suis du genre à réserver à l'avance... donc forcément un signe !

Pour info : Miharo, une jeune fille sans famille, est kidnappée par deux beaux gosses, en fait deux ex-mercenaires chargés de la protéger. Miharo est la princesse d'un royaume lointain, Regalia, héritière du trône, mais sa belle-mère a lancé à ses trousses une armée de tueurs. Son but, en plus de liquider celle qui risque de lui voler la place, est de s'emparer du Crown, un diamant rare, porté en pendentif par Miharo.
La jeune fille a donc deux gardes du corps à ses côtés, pas n'importe qui : il s'agit de son frère Ren et de son inséparable compagnon, Jake (Ray Muller). Ils ont des capacités à faire pâlir La ligue des Super Héros. Facilement ils déjouent tous les plans lancés par Fibula. Fingers in the nose.
D'autres personnages vont enrichir l'intrigue : Condor, un autre redoutable mercenaire, tombera fou amoureux de Miharo ; Angela, une tueuse à gages réputée pour sa passion des pierres précieuses.
Cette série est entraînante, drôle aussi, parfois émouvante (cf. le 3). On suit beaucoup les plans d'attaque et de défense, avant de prendre connaissance avec le passé des personnages. Mon seul reproche : souvent les "méchants" ont tendance à passer du côté des "bons" sans grande difficulté, c'est un peu trop lisse, trop entendu.

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La mélancolie de Sumiré

Je suis venue à ce titre uniquement parce qu'il s'agit d'une oeuvre de la mangaka de C'était Nous ! (une série que j'apprécie beaucoup) J'ignorais tout de l'histoire et je me suis lancée dans le vide. Pas déçue sur le coup, la couverture est jolie et donne le ton. L'histoire fait dangereusement penser à C'était Nous, et sans vouloir comparer, il y a un vieux réflexe qui revient au galop et nous force à relever certains détails.
Résultat, La Mélancolie de Sumiré récolte moins de points ! C'est l'histoire d'une fille qui tombe amoureuse d'un joueur de hockey, lequel est épris de son amie d'enfance. Celle-ci commence à le draguer, et dans le même temps Sumiré fait sa propre déclaration. Le garçon est alors partagé entre les deux, mais choisit son premier coup de coeur. Toutefois la porte n'est pas totalement fermée pour Sumiré et tous les espoirs sont permis.
Cela nous promet des scènes lentes, auréolées d'un charme évanescent. C'est typiquement la même recette que C'était Nous ! Ce qui cloche, ici, ce sont les personnages : ils sont pauvres, mous, incohérents, bref pas très attachants.
J'attends le deuxième tome, même si je devine l'issue de l'histoire.

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Desir C Max

Mio est une lycéenne qui travaille après les cours pour subvenir aux besoins de sa famille qui est pauvre (le père est décédé et la mère hospitalisée). Un soir, elle intervient dans une bagarre. L'un des protagonistes l'embrasse et lui donne de l'argent en lui annonçant qu'il l'achète. Le lendemain, l'ancien patron de son père, le richissime M. Jinnai, lui propose de venir travailler chez lui en tant que gouvernante. Mio découvre alors que le fils de la maison, qui est au lycée avec elle, n'est autre que le garçon qui l'a embrassée la veille.

Au début, la relation entre Mio et celui qu'on nomme Prince Jinnai est brutale. Elle le repousse tandis qu'il cherche à abuser d'elle. Elle ne le supporte pas et finit par lui demander pourquoi il s'obstine à la coller, alors qu'il remporte un succès fou auprès de toutes les filles. C'est ainsi qu'on perçoit un secret chez Jinnai, une lourde culpabilité. Mio aurait enfoui un profond traumatisme, Prince Jinnai semble lié à ce souvenir et sa façon de brusquer la jeune fille est faite dans l'intention de lui raviver la mémoire.

Heureusement l'histoire prend de l'ampleur, parce que le coup du "je t'aime moi non plus" n'allait pas tenir longtemps la route ! Il y a beaucoup de sensualité, de séduction et d'érotisme dans cette série (pour lecteur averti !). C'est assez chaud par moments. J'espère que l'intrigue, qu reste une version moderne et revisitée de Cendrillon, va s'étoffer grâce à l'intrusion de personnages secondaires (le jardinier et le petit frère). Toutefois, les dessins sont très beaux, Mio et le prince Jinnai forment un joli couple, convaincant. 

La série est en 7 tomes.

Edit après lecture du tome 3 :  Cela devient compliqué comme histoire ! J'ai failli abandonner en cours de route par la faute de ce qu'il se passe avec Hinata, le frère de Mio. D'abord on l'a connu comme détestant le Prince Jinnai, puis ce dernier a découvert son secret. Il décide de protéger Mio et son frère en les hébergeant chez lui. Hinata fait copain-copain avec son ennemi juré et fait croire à une attirance entre eux deux pour ébranler sa soeur. Oui, c'est tordu. Le Prince et Hinata, amoureux ? Mio perd un peu la boule (le lecteur aussi!). Quelques chapitres plus loin, Hinata a encore retourné sa casaque et jette son dévolu sur sa propre soeur ! Hmm, ça sent franchement le soufre ! Ce n'est pas facile de s'y retrouver, l'intrigue est un peu trop tirée par les cheveux. Et puis, autre chose qui me dérange, c'est cette contradiction chez Mio qui dit non aux assauts du Prince, alors que son corps dit oui. Un peu malsain, tout ça !

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Blood+

Blood+ était à l'origine une série télé animée, devenue une série manga.
Saya, une lycéenne ordinaire qui aime beaucoup manger, est amnésique depuis un an. Elle a été recueillie dans une famille où elle s'entend très bien avec Kai, la coqueluche du lycée, ancien joueur de base-ball devenu voyou en puissance. Or la réalité va bientôt la rattraper.
Car en coulisses, des personnages douteux ont l'air de s'intéresser au cas de Saya : il y a un jeune comte (vampire?) prénommé Charles, une équipe médicale, l'armée américaine et un violoncelliste qui prétend la connaître.
De scènes drôles en clash apocalyptique, l'histoire avance à tâtons. Saya va découvrir qui elle est, de manière violente. Les moments où surgissent les créatures monstreuses (des vampires peu glamour, ici) haussent d'un cran cette série qui cache bien son jeu.
Finalement l'intrigue bien ficelée promet d'autres aventures et des confrontations à venir, avec l'introduction de nouveaux caractères tout aussi inquiétants !

Série terminée, en cours de parution en France.

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(J'ai oublié le tome 2 de Blood+ dans un carton laissé chez mes parents ! Le tome 3 est déjà paru. Cela me fait penser que j'ai aussi oublié le tome 2 de la série Comme elles. Alors gros point d'interrogation sur cette série, qu'on a voulu présenter comme le pendant de Nana, et en fait c'est totalement à côté de la plaque ! J'ai lu le premier tome, mais je ne l'ai pas très bien compris. J'attends la suite pour juger.

De même, je déconseille fortement High School Girls - le premier tome est navrant ! C'est du cliché sur toute la ligne, et c'est assez obsédé dans le propos (je trouve). J'ai aussi été un peu désappointée par Red Garden. Pas trop aimé Diamond Head non plus. J'ai aussi été peu emballée par Honey Bitter, l'histoire ne m'a pas du tout marquée ! (je ne m'en souviens plus)

Mais le tome 4 du Sablier est prenant et vous laisse à cran - le cinquième doit paraître à la mi-novembre ! J'ai hâte.)

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*  C'est prouvé, non ?

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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