31/08/09

lectures du mois #8

Grande révélation, ce 31 août est la date-anniversaire de mon mariage ! des noces de laine... fichtre ! ^-^

La fin du mois signifie le temps du bilan, ce mois-ci j'ai donc aimé :

  • 2316932043_1Mon enfant de Berlin [#], d'Anne Wiazemsky

  • Bonheur fantôme  [#], d'Anne Percin

  • Bleu de Rose  [#], par Marie Chartres

  • Cinq jours par mois dans la peau d'un garçon  [#], de Lauren MacLaughlin

  • Blue Cerise [#], par Cécile Roumiguière, Maryvonne Rippert, Sigrid Baffert & Jean-Michel Payet

  • Némésis, tome 1 [#], de Catherine MacPhail

  • Quand mon frère reviendra [#], d'Isabelle Collombat

  • Une année étrangère [#], de Brigitte Giraud

  • Succubus Blues [#], de Richelle Mead

Verdict : un joli mois de lecture, sous un beau soleil, et beaucoup de sérénité chez moi, c'est rare, il faut le préciser ! J'aborde la rentrée avec un moral costaud mais des idées nouvelles, un besoin de vivoter, de toucher d'autres étoiles, d'envisager des lectures différentes, de rester curieuse, de n'en faire qu'à ma tête.
Ah non, finalement rien ne change !

 

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30/08/09

Journal de Mac Lir ~ Jean-François Chabas

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2008 - 110 pages - 8,50€

Journal_de_Mac_LirCe petit roman nous offre encore une histoire profonde et touchante, où l'on découvre une autre notion d'amour et de dévouement à petite échelle, d'une hauteur de onze ans. Liam O'Donnell est le Fils d'Océan, Mac Lir en gaélique. Il est seul avec son père, perdu dans le désert australien, au bord de l'océan (justement) d'où il guette les va-et-vient d'un requin et d'une tortue.
Son journal s'ouvre sur le jour de son anniversaire, personne n'a pensé à lui, il se sent désespéré et délaissé, son père ne fait que dormir, pleurer, gémir et refuse de s'alimenter. Quel drame a frappé ses deux êtres, qui vivent coupés du reste du monde ? Où sont la mère et la petite soeur, qui reviennent souvent sous la plume du jeune narrateur ?
Toute l'émotion du roman est tendue jusqu'à la dernière page, lorsque la vérité éclate, lorsque le narrateur n'en peut plus de survivre, lorsque ce petit garçon est fatigué et choisit de lancer un défi au hasard. Ce courage, ou cette folie, va débloquer toute l'intrigue, et bien d'autres choses encore. C'est une délivrance inespérée, mais fort attendue. Car avant cela la lecture avait atteint un degré d'intensité particulièrement  crispant, à suivre le train-train de Mac Lir, son chagrin, sa tentative de raconter comment son père et lui ont atterri dans cette misère, son sentiment aussi de devoir aider son père qui plonge et sombre vers le bas, bref l'histoire se veut tendre et mélancolique, mystérieuse et poignante.
Il faut accepter d'être emporté par le rythme, celui des vagues, de la douleur et de la tragédie pour enfin saisir la petite lueur d'espoir et de rédemption. Parce que, même si ce court roman est empreint de spleen, il ne s'avoue jamais déprimant. Il commet, bien au contraire, l'impudence de vous attendrir.
110 pages belles, très belles. Tout pour plaire.

-> avait également été lu par Gaelle

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28/08/09

Les secrets de Faith Green ~ Jean-François Chabas

Casterman junior, 1998 et 2006 (pour la présente édition) - 153 pages - 8,50€
illustré par Christophe Blain

Dans la série, découvrons Jean-François Chabas, j'opte pour un roman qui a reçu quatorze prix, dont le fameux Tam-Tam Je Bouquine : Les Secrets de Faith Green serait-il un GRAND MOMENT de littérature pour la jeunesse ?
Oui, pour les amateurs d'aventure, dès 10 ans.
Non, pour les vieux qui ont dépassé la barre des 30 ans. C'est mon cas.

les_secrets_de_faith_greenJ'ai pourtant bien aimé, la lecture est agréable, le style sans défaut, la narration fluide, et l'évidente facilité de créer des personnages attachants s'impose à nous. Point.
L'histoire raconte comment une arrière grand-mère acariâtre et un gamin de douze ans vont nouer une incroyable connivence grâce à la lecture de journaux intimes.
Faith Green a 88 ans et décide de quitter sa maison dans la forêt du Montana pour finir ses vieux jours à Brooklyn chez Mickey et ses parents. Comble du comble, le garçon doit partager sa chambre avec la vieille bique !
La cohabitation est catastrophique. Personne ne supporte Faith qui le leur rend bien. Mickey a très envie de la renvoyer dans le premier car en partance pour l'Ouest, jusqu'à ce qu'il découvre trois gros cahiers rouges qui sont en fait les journaux de Faith. Et là, stupeur, il découvre une jeune fille de douze ans ... en 1922 ! C'était une époque insensée, durant laquelle son aïeule a connu un  destin comme jamais il n'aurait pu imaginer. Immédiatement Mickey se passionne pour le récit débordant de suspense, de contrebande, de criminels, de règlements de compte (nous sommes en pleine prohibition, les gangsters sont légion !). Cette jeune Faith lui plaît infiniment, c'est même incroyable de penser qu'il s'agit de la même Faith Green ! Le contraste est énorme, d'abord déstabilisant, puis Mickey s'avoue heureux car il apprécie de plus en plus son ancêtre.
Les lecteurs qui aiment les aventures historiques, avec des gentils qui sont en fait des méchants, mais qui ont un coeur d'or, et des méchants avec une gueule d'ange, alors qu'ils sont totalement pourris de l'intérieur, vont donc se régaler avec ce livre !
J'ai trouvé passionnant de plonger dans le passé de la vieille dame, essentiellement focalisé sur la période des années 20 aux USA, de cerner ce qui a rendu Faith Green aussi amère et sèche avec son entourage.
Le développement de l'histoire est prévisible, mais très intéressant.

 

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Les mille ruses du renard volant ~ Jean-François Chabas

Casterman Feeling, 2009 - 83 pages - 7,00€
illustré par David Sala

les_mille_rusesJ'attribue le prix d'excellence à ce roman, rien que pour sa couverture. Et comme l'a fait remarquer ma fille, cette rouquine me rappelle quelqu'un... Mais poussons plus loin le bouchon, dépassons le bout de notre nez pour plonger dans l'histoire que nous raconte Jean-François Chabas.
J'étais très excitée de lire ce roman, en fait. Je suis tombée en amour avec les Monts de l'Eléphant, c'est dire combien j'espère être enchantée par la prose de cet auteur, livre après livre.
Bon, cette fois, l'émotion sera moins forte. Moins d'emballement au programme, trop d'attente aussi, probablement.
Pourtant cette histoire d'amour qui lie un père à sa fille a tout pour me plaire, elle ne m'a d'ailleurs pas laissée insensible.
Présentation : Waldo a divorcé de son épouse américaine, Dorothy, et est retourné vivre dans son pays, au Canada, en abandonnant malgré lui sa petite fille, Lillian. A vingt ans, cette dernière s'engage dans le corps des US Marines pour financer ses études. Peu de temps après, elle est envoyée en Irak. Vous imaginez l'angoisse ET la colère du papa... Tout va s'amplifier lorsque Lillian est blessée par une roquette, le cerveau endommagé, elle est rapatriée d'urgence, limite cantonnée légume vivant dans un hôpital militaire.
Lillian a perdu la mémoire, elle se comporte comme une petite fille qui réapprend toute la vie, avec une spontanéité effarante. Sa mère choisira de la placer dans une institution spécialisée, au grand dam de Waldo qui vitupère, cogne, explose de colère et se voit expulsé du territoire américain pour sa conduite !
Ce roman très court se lit facilement, il possède de nombreuses qualités et il dénonce des vérités qui ont besoin d'être répétées, cela n'empêchera pas le monde de tourner, et la bêtise humaine sera toujours aussi flagrante !
Ce qui demeure très beau et touchant dans cette histoire concerne l'amour du papa - Waldo est prêt à tout perdre, à renverser des montagnes, à boire des tasses d'eau pour sauver son enfant. Il s'en veut d'avoir été écarté de son éducation lorsqu'elle était enfant, le fait de la retrouver avec sa peau neuve lui offre une seconde chance. C'est sûr que c'est dur, Lillian ne réfléchit pas aux conséquences et n'a pas la notion du danger. Et puis il n'est pas idiot non plus, il ne saute pas de joie de savoir sa fille blessée à vie, traumatisée par cette fichue guerre-bidon et c'est effroyable d'en arriver là.
Voilà en gros tout ce que nous propose ce roman... des instants de douceur, de patience, d'injustice et de fureur. Et au bout du tunnel, l'espoir. Le regard rempli d'étoiles. Le sourire aux lèvres. La joie sur le visage.
Bah si c'est pas beau tout ça...

-> à lire aussi, l'avis de Gaelle

 

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27/08/09

Bleu de Rose ~ Marie Chartres

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 125 pages - 8,50€

bleu_de_roseAttention, coup de coeur.
Ce roman est une pépite de douceur, de sensibilité, de tendresse, de silence, de fantaisie, de larmes, de questions, de doutes, de sursis, de maladresse, de bêtises, d'émotions, de poésie, de colère, d'impuissance, de mort qui plane, d'injustice, de rires, de mouchoirs, de bleu et de Rose.

Rose est une narratrice attachante, douée, accablée de chagrin parce que son frère Nathan est malade, atteint de mucoviscidose. La mort est là, toute proche. C'est triste, c'est sûr. Cela fait peur, c'est vrai. Mais surtout, ça gronde de rage et de désespoir.
Malgré tout, Rose se montre touchante de fragilité, elle a dans le coeur et dans la tête des réflexions qui font d'elle une personne remarquable. Il faut lire les sous-titres de son récit, c'est drôle, spirituel, plein de bon sens :
Le mot placé entre esplanade et esprit dans le dictionnaire est interdit de séjour chez nous - Les pantalons de maman sont la cause de tous nos problèmes - La vie est si rapide que ma tête en reste vide - Les adolescents ont trop de mains et parfois trop de boutons - Sous mes paupières existe un monde magique.
Et j'en passe.
Ce livre, en fait, est truffé de bons mots, de mots justes, de phrases qui font schebam pow blop wizz. Et tant mieux, cela permet d'éviter le pathos inutile. Ce n'est pas parce que le sujet est triste qu'il faut rendre l'histoire pesante et au bord du gouffre.
Tout ceci tient du prodige, ou du miracle. Vous sentez les araignées sur les poumons, vous les voyez tisser leur vilaine toile, mais vous apercevez aussi la touche de bleu en plein milieu du coeur.
J'ai beaucoup aimé ce roman, j'ai du mal à trouver les mots qui seraient à la hauteur de son talent. J'ai aimé sa touche de fantaisie, sa note de sensibilité. Les deux, ensemble. Je me suis sentie aussi tellement proche de Rose, une jeune fille toute emmêlée avec ses noeuds partout dans le corps. La Miss France des filles bizarres, avec l'écharpe en soie bleue sur laquelle est brodé en lettres d'or Folle à lier - Ne pas toucher.
Il s'agit du tout premier roman de Marie Chartres et j'ai hâte de lire les prochains ! Gros, gros potentiel droit devant. Ça fait du bien !

 

Un roman « avec de la camomille et une petite molécule qui fera tout briller. »

 

 

*-*-*-*-*-*

Ce roman figure parmi la sélection du prix des lecteurs 2010 organisé par la Médiathèque Louis Aragon , la Bibliothèque départementale de la Sarthe, l’Association "La 25e Heure du Livre", en savoir plus en cliquant ici.

Sélection du PRIX DES LECTEURS 2010

BLONDEL Jean-Philippe – Au rebond / Actes Sud Junior
BONDOUX Anne-Laure - Le temps des miracles / Bayard jeunesse (Millézime)
BORDAGE Pierre – Ceux qui sauront / Flammarion (Ukronie)
CHABAS Jean-François – Saia / Ecole des loisirs (Médium)
CHARTRES Marie – Bleu de Rose / Ecole des loisirs (Médium)
COLEMAN Michael – Barjo / Ed. du Rouergue (DoAdo noir)
FONTENAILLE Elise – Chasseur d’orages / Ed. du Rouergue (DoAdo)
HONAKER Michel - Le département du diable / Flammarion (Tribal)
MAZARD Claire – De chaque côté des cimes / Seuil (Karactère(s))
PERCIN Anne – L’âge d’ange / Ecole des loisirs (Médium)

Un simple coup d'oeil et je peux vous affirmer que cette sélection est excellente ! (J'en ai lu quelques-uns, tous de très bons souvenirs !)

Le prix des lecteurs 2009 avait été attribué au roman Be Safe de Xavier-Laurent Petit.  (cf la lecture de Laure)

 

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Moi sauvage ~ Isabelle Rossignol

Médium de L'école des Loisirs, 2009 - 150 pages - 9,00€

moi_sauvageLéa a loupé sa dernière année scolaire, ses parents ont adopté la mesure d'urgence en l'inscrivant dans une école privée et huppée. C'est la catastrophe pour l'adolescente, issue de la banlieue populaire, et la rentrée lui confirme toutes ses craintes. Des bourges, que des bourges. Jugement implacable. En tête, le beau gosse qui n'arrête pas de relever sa mèche en regardant la plèbe autour de lui, d'un air tellement frimeur. Sur lui, ce sont mille euros de fringues qui suffiraient à nourrir un village africain.

Et la mauvaise foi, elle connaît ? Léa se plante en agressant mentalement ce garçon, car Vincent est charmant. Il tente de l'intégrer auprès de ses camarades, il est gentil, à l'écoute, il cherche à la sortir de son désarroi et la mettre à l'aise dans ses baskets. De son côté, la demoiselle fait sa mauvaise tête, remontée par sa copine Rania, experte en discours antisocial-tu-perds-ton-sang-froid. Léa ne sait plus dans quel camp elle se situe. Comble de tout, en rentrant chez elle le vendredi soir, elle a horriblement honte de son père, qu'elle trouve subitement moche et plouc. C'est la crise !

Le roman n'est pas mauvais, il est même trèsintéressant, le problème c'est que la narratrice est particulièrement imbuvable. Léa est une pauvre fille paumée, on lui offre le monde sur un plateau, ou disons une chance de s'en sortir, et la nana choisit de casser la baraque. En clair, elle va fuguer. Tout au long du roman elle ne cesse d'avoir une attitude capricieuse et agaçante, je n'en pouvais plus de la supporter, mais oui, je sais, j'ai passé l'âge, je suis une ^adulte responsable^ maintenant, et j'oublie de me mettre dans la peau de cette fille, car tout est là : les sautes d'humeur, la haine crachée à la face du monde, l'ennui et l'envie de mourir, la peur collée au ventre, les jugements à l'emporte-pièce, la révolte à deux sous, la vérité qu'on n'affronte pas, la honte à admettre, car derrière tout ceci se cache le besoin de redevenir une petite fille à protéger.
Il en aura fallu du temps pour qu'elle comprenne ! Mais que vous voulez-vous, c'est compliqué de grandir...

(A me voir aussi exaspérée, c'est dire le potentiel du livre : il est très, très bien écrit et il a parfaitement su cerner les tourments de l'âge ingrat !)

 

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26/08/09

Mon enfant de Berlin ~ Anne Wiazemsky

Gallimard, 2009 - 250 pages - 17,50€

J'ai aimé d'amour ce roman, impossible à expliquer pourquoi, comment, c'est arrivé comme ça, un amour immense qui a gonflé, gonflé... Bonheur absolu. 

mon_enfant_de_berlin

Ce livre raconte l'histoire de Claire Mauriac, ambulancière à la Croix-Rouge française durant la 2nde guerre mondiale. Elle a vingt-sept ans, c'est une très belle femme, issue de la classe bourgeoise et catholique, fille de l'illustre écrivain.

Elle a pourtant le souci de faire oublier son pedigree et voudrait qu'on l'apprécie pour elle. Nous sommes en septembre 44 et depuis quelques mois la jeune femme a le blues. Son boulot à la Croix-Rouge lui plaît, elle n'entend plus rentrer à Paris mais ses fiançailles avec Patrice, prisonnier en Allemagne, l'étouffent.

Entre les lettres qu'elle envoie à ses parents et les extraits de son journal intime, se dessine un portrait en finesse d'une jeune femme en plein épanouissement, elle qui était une petite fille gâtée, choyée, dorlottée, se découvre délivrée des convenances depuis sa récente émancipation.

C'est seulement en partant pour Berlin qu'elle prendra la pleine mesure de son envol, lorsqu'elle fera la rencontre du prince russe, Yvan Wiazemsky, réfugié politique et expulsé de son pays depuis la révolution. Wia est un homme charmant, plein d'entrain, extraverti et drôle, il affiche très rapidement son amour pour Claire. Un tel empressement ferait fuir la plus prude des jeunes filles, mais Claire n'est plus cette jouvencelle parisienne, ou juste un peu. Très attachée à sa famille, elle continue d'écrire des lettres nunuches pour s'attacher le consentement de ses parents, qui jugent sévèrement sa récente toquade.

Le temps file, on parle d'amour, mais pas seulement. Car dans la foulée on suit les activités de la fière équipe du 96 Kurfürstendamm (Rolanne, Mistou, Plumette, Olga, Leon de Rosen...). Ils sont jeunes, ils vivent à Berlin les plus belles années de leur vie, les plus intenses. Ils ont le désir fou d'oublier les souffrances de la guerre, d'aider les autres. Rechercher les personnes disparues, les retrouver, les sauver devient un idéal à la hauteur de leurs exigences. D'office, le lecteur les adopte. Il les aime d'une amitié forte et indéfectible.

Et puis il y a cet amour entre Claire et Wia. « Un amour qui nous éblouissait, qui rejaillissait sur nous et qui nous soudait tous ensemble. Quelque chose qui nous rendait incroyablement heureux et solidaires de leur bonheur. ». Cette romance au coeur d'un quotidien plus morose devient la touche qui illumine le texte. Tout ce qui a trait à la guerre et ses conséquences ne s'avère pas barbant ou rédhibitoire. Bien loin de là. C'est un ensemble. Le lecteur se sent immédiatement intégré à l'histoire, et particulièrement à l'équipe du 96 Kurfürstendamm, comme s'il partageait leur routine, leur mission, leurs heures de gloire, de faiblesse. C'est totalement prenant.

Mon enfant de Berlin est une parenthèse enchantée, l'histoire d'un amour fou vécu à un moment incrusté dans le temps, la solidarité d'un groupe et leur amitié soudée dans la communion d'une même vocation - aider les autres, oublier les heures sombres. C'est un très, très beau roman, le cadeau d'une fille pour ses parents, car c'est elle, Anne, l'enfant de Berlin. Livre après livre, elle nous raconte son incroyable destin romanesque, sans déballage impudique, et c'est tout bonnement admirable.
J'aime infiniment.

Ce billet est dédié à Alice.

Nota Bene :

Comme une ombre bienveillante, on retrouve bien évidemment la figure paternelle. Oui, celle de François Mauriac. J'ai notamment aimé cette petite phrase, chuchotée avec tendresse, débordante de complicité : « Je suis content que tu l'épouses, lui saura te rendre heureuse. C'est que tu es difficile, ma petite fille, très difficile... »   

 

 

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25/08/09

Dix petits indiens ~ Sherman Alexie

10_18 , 2009 - 276 pages - 7,90€
traduit de l'anglais (USA) par Michel Lederer

dix_petits_indiensJ'aime beaucoup l'écriture de Sherman Alexie, je m'en suis aperçue en lisant son roman pour la jeunesse, Le premier qui pleure a perdu. Depuis, je n'avais pas renouvellé l'expérience même si je m'étais promis de ne pas en rester là. Ainsi, nos retrouvailles ont eu lieu sous le signe d'un recueil de nouvelles, Dix petits indiens. Neuf textes au compteur, pas seulement des petits bouts d'histoire jetés sur le tapis, non, ce sont des récits qui s'installent dans le temps, et qui donnent envie d'en avoir un peu plus, parce que le format de la nouvelle est adéquat pour picorer, mais c'est aussi terriblement frustrant pour qui s'attache et se retrouve le bec dans l'eau quand le point final arrive.
Bref, ce que j'aime chez Sherman Alexie c'est son style alerte, écriture fluide, sans fioritures, un ton humoristique, à la limite du sarcasme, l'auteur a un jugement implacable sur la société, et notamment sur la communauté indienne, il ne baigne pas dans le sentimentalisme et ne joue pas sur la corde sensible, laquelle voudrait qu'on s'apitoie sur ce peuple qui en a bavé dans le passé. Alexie n'y va pas avec le dos de la cuiller, et selon lui l'indien est aussi coupable de son état dépressif, de sa tendance à l'alcoolisme ou sa trop grande facilité à s'apitoyer sur son triste sort. Indien ou blanc, après tout, c'est le même combat pour survivre dans la jungle (hostile et urbaine !).
Comme bon nombre de lecteurs, j'ai beaucoup apprécié le premier texte de ce recueil, Moteur de recherche. C'est l'histoire d'une étudiante d'origine Spokane qui découvre dans les rayons de la bibliothèque universitaire un livre de poésie signé d'un auteur indien, totalement inconnu. Un Spokane ignoré de sa propre communauté ! ? Comment est-ce possible ? Corliss décide de partir à sa recherche. A noter que tous les amoureux des livres et la lecture y savoureront des passages qui leur parleront sans équivoque !
Un petit extrait, en passant, qui explique toute l'histoire de l'identité indienne résumée en quelques lignes : 
« Corliss n'ignorait pas combien les Indiens sont obsédés par l'authenticité. Colonisés, exterminés, exilés, les Indiens avaient forgé leur identité en interrogeant l'identité des autres Indiens. Remplis de haine de soi et de doute, ils avaient fait de leurs tribus des sectes nationalistes. Mais peut-on nous reprocher notre folie ? se demandait Corliss. Nous sommes des gens exilés par d'autres exilés, par des puritains, des pèlerins, des protestants et tous ces autres cinglés de Blancs jetés hors de cette Europe plus cinglée encore. Nous qui étions jadis indigènes en ce pays, nous devons immigrer dans sa culture. »
Ce livre est un bon recueil truffé d'autodérision, de grands éclats et des petitesses attachés à notre société, avec des histoires drôles et dramatiques. J'ai bien aimé !

Sherman Alexie est un magicien de la langue et un virtuose de la narration, annonce Florence Lorrain sur Atout-Livre.

l'avis d'elfe 

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23/08/09

Une année étrangère ~ Brigitte Giraud

Stock, 2009 - 208 pages - 17€

une_annee_etrangereJuste une précision avant de présenter ce roman de Brigitte Giraud, évitez de lire la quatrième de couverture qui raconte TOUT le roman. Je n'ai pas saisi le but...
Ensuite, si vous pouviez lire ce roman en écoutant en musique de fond Seventeen seconds de The Cure, ce serait parfait ! Totalement dans l'ambiance.
De quoi ça parle, donc ?
Laura, une française de 17 ans, part en Allemagne, dans la ville de Thomas Mann, en tant que jeune fille au pair. Elle est accueillie chez les Bergen, le couple et ses deux enfants. Tout semble extraordinairement calme et tranquille chez eux, ça repose et ça change. La française vient de quitter une famille brisée, à la maison l'atmosphère est étouffante, chacun se rejette la faute de la mort de Léo, le petit frère de Laura. Elle-même a beaucoup de mal à soulager sa peine, à exprimer la douleur de ce deuil brutal. Elle a préféré fuir et se plonge dans le quotidien d'une famille allemande, au mode de vie totalement opposé du sien.
Tout est lent, étrange sur le long terme. Laura se sent maladroite et encombrée de son inaptitude. Elle ne parle pas un allemand fluide, elle n'arrive pas à se faire comprendre ni à comprendre les autres. L'ennui s'installe, comme elle le décrit si bien, tout devient mélancolique et sans relief.
Tout doucement, Laura s'installe donc dans une routine, elle dépose la petite fille devant la navette scolaire, elle épluche des pommes de terre et cuisine des gratins dauphinois, elle se rend au supermarché ou à la bibliothèque, elle lit La Montagne magique de Thomas Mann, elle promène le chien tous les soirs, elle étend le linge, elle repasse. Le soir, elle écrit de longues lettres à son frère Simon.
Les échanges avec les Bergen restent rares et bredouillants. Toutefois, l'ordinaire de cette famille commence à se fissurer. Laura s'en rend compte, et c'est avec son consentement tacite qu'elle coule avec eux dans la tragédie qui va les frapper.
A croire que le malheur des autres va réveiller cette jeune fille endormie, anesthésiée par sa propre affliction.

Une année étrangère est un roman qui peut paraître bien amer et morose. Il ne faut toutefois pas s'arrêter à cette impression, l'histoire dresse le portrait d'une jeune fille vidée, passive, qui a largué les amarres et espère être détournée de son passé pour mieux supporter son présent.
Elle s'est coupée de tout - du noyau familial, de sa langue maternelle, de son rythme de vie, de son apparence aussi. Même son propre corps lui semble étranger.
C'est lent, c'est sombre, c'est étrange. Je ne vous dis pas le contraire.
Pourtant c'est aussi un livre intéressant, qui parle de la fin de l'adolescence, du passage vers l'âge adulte, avec coups et blessures, qui ne se voient pas forcément. Cela parle du déracinement, de la perte et de la douleur, on sent perpétuellement la frontière entre la vie et la mort à travers le récit de la narratrice, mais non, non, ce n'est pas du tout morbide, c'est juste le cheminement nécessaire pour sortir du deuil. Puiser le mal jusqu'à la racine (Laura va aller jusqu'à lire Mein Kampf).
Et il faut placer l'histoire dans un décor allemand, frappé par l'isolement, le ciel gris, le froid, la pluie pour comprendre qu'il règne dans ce livre un sentiment de dénuement en plus de la désolation.
Je conçois que tout ceci semble empreint de désespoir, et c'est vrai que ce n'est pas un livre très rigolo ni léger.
Toutefois je ne l'aurais loupé pour rien au monde, parce que j'aime les livres de Brigitte Giraud, avec des hauts et des bas, comme pour tous les auteurs que j'apprécie et que je suis fidèlement. Chaque rendez-vous n'est pas systématiquement gagnant, mais c'est aussi ce qui rend le challenge excitant.

lire les premières pages sur le site de L'Express

 

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22/08/09

non, non, l'été n'est pas fini !

encore une semaine, bon sang ! on s'y accroche avant de rentrer tête basse dans l'automne et avec ça la terriiiible reprise de l'école, qui implique son rythme contraignant des horaires à respecter, des devoirs du soir, des réveils du matin, des impôts à payer (sic), et des copines qu'on retrouve, des blablas interminables autour d'un café, des nouveaux projets à réaliser, des travaux qui voient enfin le bout du tunnel, pfiou... c'est chaque année la même rengaine, après le 15 août, je suis dans un état d'esprit qui touche le fond pour aussitôt rebondir et atteindre le nirvana, je suis lasse et impatiente à la fois, je ne sais pas, je devrais être habituée à la longue...

un petit de musique pour me consoler ^-^

 

petit passage en revue des lectures de cet été 2009, *programme de la Miss, 9 ans*, avec pour commencer :

 

les_grandes_vacances

Les grandes vacances de Maja Celija est un album sans paroles, où l'histoire se passe dans une maison abandonnée le temps des vacances par ses habitants, elle est alors hantée par ceux et celles qui ornent les photographies, jour de délivrance oblige, ils vont profiter du foyer en toute liberté et vivre leurs vacances à fond avec juste les moyens du bord. Au programme : beaucoup d'imagination, jamais de soucis ! 
Un album qui n'appelle pas les grands discours, mais juste la force de l'imagination.
Très belles illustrations de l'italienne Maja Celija, où il flotte un petit air de nostalgie et une atmosphère onirique. A feuilleter longuement, et plusieurs fois. Ce ne sera jamais la même histoire !
(autrement, 2006 - 12,50€)

lete_ou_jai_grandi

L'été où j'ai grandi de Jo Hoestlandt est un parfait petit roman pour ma jeune Miss C. qui grandit. L'histoire se déroule en 1960, la narratrice a dix ans et elle passe toutes ses journées à la plage avec son petit frère, ou à bouquiner tranquille dans sa chambre. Le hic pour la demoiselle c'est ce slip de bain tricoté laine (hic), qui la cantonne au rang de petite fille, mais en entendant la remarque d'un adulte la fillette rougit et prend conscience de son corps, heureusement la maman intervient avec tact pour lui offrir ce maillot une pièce qui lui fera sentir la douceur de vivre et le bonheur de grandir !  (actes sud junior, 2006 - 6,00€)
illustré par Camille Jourdy

des_vacances_en_chocolat

Des vacances en chocolat de Jean-Philippe Arrou-Vignod est enfin disponible en folio junior puisqu'il était jusqu'à présent vendu avec l'édition spéciale, Une famille aux petits oignons, en texte inédit. L'histoire : Cet été, la famille des Jean-Quelque-Chose au grand complet part à l'Hôtel des Roches Rouges. Au programme, excursions à la mer avec le canoë et les chaussures en plastique qui donnent des ampoules, visite clandestine de l'hôtel à l'heure de la sieste, représentation exceptionnelle du grand cirque Pipolo, sans oublier te passage du tour de France... Et surtout, quelques cartes postales bien senties aux cousins Fougasse !
Plus besoin de clamer combien j'adore la famille des Jean Quelque-Chose et je trouve qu'il n'y a d'ailleurs pas d'âge pour apprécier leurs aventures !

Extrait : Chers cousins Fougasse,
On voulait vous remercier pour les vieux shorts déjà portés que vous nous avez envoyés. Ils nous boudinent juste un peu parce qu'on est plus costauds que vous, mais ça va. En échange, est-ce que vous voulez nos super tee-shirts rayés de La Famille Moderne ? On vous les donne avec plaisir, si maman est d'accord... A part ça, on est dans un hôtel trois étoiles avec frites à volonté. On fait du bateau, de la plongée, on va au cirque... Ah ! tiens, on a aussi rencontré Eddy Merckx et Poulidor. Dommage pour vous que le Tour de France passe trop loin de votre camping surchauffé. C'est vraiment pas de chance !
On vous embrasse très sincèrement.

(folio junior, 2009 - 4,00€)

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Cet été-là d'Arnaud Alméras illustré par Robin est une petite merveille ! L'histoire est simple, on suit deux amis qui se rencontent sur la plage et vont se revoir au fil du temps. Suivant les âges, les centres d'intérêt et les occupations évoluent, ce qui ne change pas ce sont les bagarres et les réconciliations, sans compter que ces deux-là ne se quitteront plus ! Mais ça, ils ne le savent pas encore. L'histoire possède ce charme délicat de raconter combien un être est précieux dans votre vie, sans que ça vous saute aux yeux, il est là, et c'est ce qui compte, mais il suffit d'une pécadille pour que la terre tremble et que les oeillères tombent. Je me comprends ! ^-^
J'ai déjà aperçu ce livre présenté de nombreuses fois sur d'autres sites / blogs, ce n'est plus une nouveauté, toutefois n'attendez plus pour le découvrir, car c'est tendre, doux, drôle, charmant, ça vous parlera obligatoirement !
(éditions sarbacane, 2009 - 12,00€)

et pour conclure, mais c'est juste un avant-goût pour une prochaine bafouille :

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^L'été de Garmann & La rue de Garmann par Stian Hole ^

bel fin d'été à tous !