06/03/07

Caïn & Adèle - Régis Descott

cain___adeleCe deuxième roman de Régis Descott est dans la ligne directe de son "Pavillon 38", thriller époustouflant qui plonge le lecteur dans les méandres du milieu psychiatrique et du tueur en série. Cela se passe en France, le personnage principal est le docteur Suzanne Lohmann qui a découvert, en pistant l'Anaconda, qu'elle était attirée vers les sombres abîmes de la folie humaine.

C'est son métier, c'est ainsi. Elle a quitté son poste à l'hôpital des malades difficiles pour ouvrir son propre cabinet. Elle est encore marquée par les douloureux événements qui ont été liés à l'enquête précédente, forte d'avoir contribué à l'arrestation de ce tueur en série, non sans avoir payé son propre tribut. Elle est désormais seule avec ses deux filles, tentant de renouer des rapports plus apaisants, malgré les cicatrices encore importantes.

Un jour, Suzanne est accrochée par une voiture de sport. Un homme l'aborde, l'invite chez lui et elle le suit. Abel Frontera est un individu au charme inquiétant, pourtant Suzanne est séduite. De toute façon, elle n'a guère le temps de s'épancher : une nouvelle série de crimes atroces appliqués selon le même rite barbare monte à la surface, suivie de peu par l'annonce d'une évasion, celle de l'Anaconda. Suzanne est menacée.

En tant qu'expert psycho-criminologique, le docteur Lohmann va participer aux enquêtes, de même qu'elle tente de faire front dans son rôle de mère et d'entretenir un semblant de vie sentimentale. Sans oublier non plus qu'elle vient de recevoir la visite troublante d'une femme "étrange" dans son cabinet, qui lui fait des confidences tout aussi douteuses.

L'histoire se voit donc partagée entre de multiples intrigues, qu'on estime ficelées, et qui plonge non seulement l'héroïne mais aussi le lecteur au bord du précipice. La tension est palpable, grossie au fil des chapitres. Les éléments s'enchaînent, la course du tueur fou se poursuit à perdre haleine, les scènes de crimes sont frappées du sceau de l'infamie. Le scénario est efficace, glaçant mais redoutable. On s'y engouffre avec une affligeante fascination chevillée au corps. Impossible de relâcher la pression. C'est tenace !

Avec "Caïn et Adèle", thriller au coeur du transsexualisme et de la gémellité, Régis Descott livre une version moderne et hallucinante du mythe biblique de Caïn et Abel. J'ajouterai aussi que l'auteur parvient, à s'y méprendre, à se glisser dans la peau de Suzanne Lohmann, lui offrant une dimension altruiste et vulnérable. C'est très souvent observé avec minutie, la psychologie devenant un atout imparable pour démêler les fils de cet imbroglio macabre. Enfin bref, ce livre sera le compagnon de vos nuits blanches !

JC Lattès - 327 pages  (2007)

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05/03/07

La première marche - Isabelle Minière

premiere_marcheCela commence par une histoire de photographie. La petite demande à sa mère un cliché d'elle pour une surprise à l'école, elle l'obtient et se réfugie sur une marche de l'escalier pour admirer et embrasser cette photo, à l'abri des regards noirs et de la voix dure. Oui, la mère n'est pas commode, elle est parfois gentille, mais elle est très sévère.
C'est bien simple, la petite ne sait plus comment s'y prendre pour attirer un sourire, une amabilité, une tendresse. Quand survient le passage de l'orange, cadeau du ciel, la petite est au bord de tomber en apoplexie. C'est dire !...

Le temps passe, mollement. La petite est exaspérée des mimiques de son petit frère, le mignon de la famille, qui fait diversion avec ses singeries, et pourtant ce n'est pas assez aux yeux de la petite. De toute façon, personne ne la voit. Elle est si discrète, si timide, elle en devient invisible ! Seule la mère ne l'oublie pas, elle rouspète à pas d'heure, lui inflige des robes au tissu qui gratte, lui coupe ses longues boucles pour chasser les noeuds définitivement, s'emporte après cette femme médecin qui la prend pour une incapable, râle sur sa fille qui fait ses comédies pour dormir, des cauchemars ? quels cauchemars ?!
Décidément, le quotidien de cette petite n'est pas bercée par les cajoleries. Au contraire, elle se sent incomprise, soucieuse, on dit aussi d'elle qu'elle est boudeuse. Parce qu'elle aime se réfugier sur les marches de l'escalier, où elle prend le temps de réfléchir, de mettre tout en place dans sa tête, de jouer avec sa poupée, bref "à partir du moment où l'on s'installe sur une marche d'escalier, on boude peut-être automatiquement, sans s'en apercevoir. Peut-être... ?".

Il y a beaucoup de pointillés dans l'histoire de la petite, beaucoup de questions sans réponses, d'anecdotes qui glacent le sang, de petits riens sur la routine familiale qui est stérile et figée comme du marbre. "La petite voudrait se sauver de cette enfance, interminable. C'est son espoir, c'est sa prière, c'est une lumière qui brille dans le noir, très éloignée, accrochant le regard, vous maintenant debout, vous protégeant du pire, c'est une promesse : toute enfance finit un jour."
En attendant, il faut se contenter de palliatifs et croire que le miracle surviendra. Oui, de manière totalement imprévisible, la voix sonore peut résonner, les tac-tac-tac sur le plancher peuvent marteler de plus belle, la petite va gagner "son billet, valable à vie, pour voyager dans d'autres vies". Formidable sauf-conduit ! La fin réconcilie l'impression morose d'une enfance pas toujours rose, d'une petite mal dans sa peau, en quête d'une caresse ou d'un mot gentil. Isabelle Minière ne taille pas la pierre avec rogne, elle évite les pièges du misérabilisme et trace un portrait criant de tendresse foulée au corps. Le fait que ce soit la petite qui raconte son histoire fait de "La première marche" un roman moins lourd et compassé sur le sujet de l'enfance tristounette et privée d'affection. C'est délicat et éclairé, au bout du compte.

Le Dilettante - 2007 - 188 pages

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Isabelle Minière en romans

Bon, j'avais promis de faire un "topo" sur les romans d'Isabelle Minière à l'occasion de la parution de son nouveau roman "La première marche"... Voici donc quelques points de repère.

cette_nuit_laLa très grande particularité de "Cette nuit-là" est la narration en " Tu " de bout en bout du roman. Grande audace ! L'auteur use cette forme pour interpeller l'héroïne, Lisa, victime d'un mari violent. Car Lisa est mariée à Clément, homme charmant, aux boucles dorées, très intelligent, aimé et respecté de tous. Un homme irréprochable. Sauf que cet homme-là a deux faces : un côté pile pour la ville, et un côté face pour son foyer. Clément n'est plus Clément, il devient un individu au regard noir, qui jette des éclairs et annonce l'orage. Un homme redoutable. Qui ne lève pas la main sur Lisa, non. Sa perversion va plus loin : il use des mots, il retourne les accusations, il insinue que c'est sa faute à elle, qu'elle le rend aggressif par sa faute. Lui est juste un peu coléreux. Sans plus. Alors, Lisa ? Coupable, responsable, victime consentante ?..
Isabelle Minière en dénoue tous les rouages, livre une spirale infernale. L'homme marié ne peut disposer de son épouse comme d'un objet. Abuser d'elle sans son consentement. C'est voler. C'est violer ! L'auteur fait mouche en déployant l'esprit retors du pervers contre la vulnérabilité de la jeune femme. Se taire, c'est consentir. La coupable, c'est elle. Elle ne peut priver d'un père à son enfant. Etc... "Cette nuit-là" est remarquable : la mécanique de la manipulation mentale est saisissante d'effroi. C'est écoeurant, mais hélas si réel. Cette lecture est dérangeante, certes, mais ça existe.   Le dilettante, 2004

soupirantCe livre est drôle ! Oui, malgré son thème d'abord presque morbide (un père qui se meurt), on sourit beaucoup au soliloque de la narratrice, sans prénom, si ce n'est celui qu'on a décidé de lui coller : Elodie. Parce qu'elle est née le même jour qu'une jeune fille morte, elle a instantanément été prise sous l'aile de son employeuse, quitte à la couvrir de cadeaux - toutes les affaires de la jeune défunte !
Bref, c'est une histoire où on s'intéresse de près aux morts. D'abord, prenons place autour de cette famille presque éplorée d'assister aux énièmes soupirs d'agonie du patriarche, suite à son déjeuner d'anniversaire. Car le problème, c'est que toute la famille n'est pas nouvelle de ces crises de "va-t-il bientôt mourir, ou pas ?". Donc, à la longue, ça plombe un peu toute cette assistance : la mère qui radote et s'invente des souvenirs, le frère qui compte les soupirs du mourant, la soeur aînée qui songe au sens de la vie, de l'argent, de l'amour etc. et la narratrice, sans identité définitive, silencieuse, butée dans un manque de sensibilité qui heurte sa mère. Mais silencieuse, elle ne l'est qu'en apparence car dans ses pensées elle ne cesse de parler, de raconter sa vie et celle de sa famille. Et il n'y va pas avec le dos de la cuiller ! Elle n'épargne personne ! Elle adopte volontairement un ton drôlatique, cynique et auto-dérisoire qui fait merveilleusement mouche. On adore, ou pas. C'est sûrement un roman qu'on parcourt d'une traite et qu'on ne regrette pas d'avoir parcouru ! 
JC Lattes, 2001

couple_ordinaire_2Ce n'est sans doute pas utile de revenir sur Un couple ordinaire dont j'évoquais la sortie en poche dans ce billet . Mais la couverture mérite le coup d'oeil, donc je la glisse... Le dilettante, 2005.

J'espère que ce petit tour d'horizon vous permettra de mieux cerner cet écrivain. Son univers est finalement varié. C'est étonnant comme elle parvient à se renouveller roman après roman, jamais elle ne s'enferme dans un créneau. Et à chaque fois, c'est très intéressant ! (Il me reste deux autres livres à découvrir encore.)

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04/03/07

L'ombre d'un doute (1943)

shadow_9Le film s'ouvre sur un plan d'un homme allongé sur son lit, quelque part dans le New Jersey. Cet individu est prévenu d'être suivi par deux autres hommes. Qui sont-ils ? Que lui veulent-ils ? On continue de suivre notre type qui envoie un télégraphe de la part d'Oncle Charlie annonçant son arrivée imminente.

Au même moment, dans une maison cossue d'une banlieue moyenne de Santa Rosa, en Californie, une jeune fille rêvasse sur son lit. Elle s'ennuie. Quand soudainement, l'idée lui vient de prévenir son Oncle Charlie de leur rendre visite pour égayer leur quotidien.

La coincidence est troublante et ne fait que commencer. Car dans ce film, Hitchcock a décidé d'emmêler de très près les faits et causes de la coincidence et du hasard, notamment entre la nièce Charlotte et son oncle Charles. Tous deux se surnomment Charlie. L'homme est accueilli avec effervescence dans cette famille, son arrivée comble de bonheur la jeune fille. Pourtant certains signes troublants commencent à apparaître. La petite dernière, Anne, semble plus au fait de l'opacité de son oncle. Il leur cache quelque chose, mais qui peut prendre au sérieux une gamine qui babille à tout rompre ?
shadow_6La tête pensante de la famille, c'est Charlotte. Elle est radieuse, éblouie, séduite par son oncle. Quand le doute commence aussi à la gagner, le scénario du film monte encore d'un cran. La tension enfle, le doute est de moins en moins permis.
On murmure qu'un criminel est en fuite, recherché pour avoir étranglé des veuves richissimes. S'agit-il de l'oncle Charlie ? est-il ce criminel pourchassé ? Un couple d'inspecteurs aborde Charlotte pour lui mettre leur sort entre ses mains.

"L'ombre d'un doute" prend alors les tournures d'un drame psychologique latent. La jeune fille retire ses oeillères, pourtant elle ne peut admettre de dénoncer son oncle. Un adage d'Oscar Wilde dit : "On ne peut tuer que ce qu'on aime". Hitchcock s'en est inspiré. Il démontre avec son habileté coutumière que les rouages de la suspicion sont pris en étau par le poids de la dénonciation, la lourde responsabilité de faire face à la vérité.
shadow_3Quand les deux Charlie se trouvent face à face, prêts à découdre l'un de l'autre, le spectateur devine qu'il finira le film à bout de souffle. Deux Charlie dans une même maison, c'est beaucoup trop. Il faut en supprimer un !

"L'ombre d'un doute" est présenté comme le film préféré de son réalisateur. Et il faut admettre que la puissance du scénario est bluffante, sous la façade d'une famille modèle, au coeur d'une petite ville tranquille, le drame est possible. Un criminel peut s'y nicher. Joseph Cotten, qui interprète l'oncle Charlie, a su jouer cette ambivalence et pousser le paradoxe de sa personnalité séduisante et inquiétante à un point innommable. Sa performance est l'une des pièces maîtresses de la réussite du film ! 

(Lien Video Click )

L'ombre d'un doute, film d'A. Hitchcock (1943) - avec Joseph Cotten, Teresa Wright, Henry Travers, Patricia Collinge, Hume Cronyn, MacDonald Carey. Titre vo : Shadow of a Doubt. 

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Caresse de rouge ~ Eric Fottorino

Vraiment ce livre a pesé sur mon coeur, je l'ai senti si lourd !!! Pourtant l'histoire n'est pas un étalage d'émotions morbides ou exacerbées, non... Toute la beauté de cette histoire est justement la justesse des sentiments contenus, la pudeur du narrateur et la bouleversante confession de cet homme qu'on devine déchiré, écorché à jamais. J'ai lu ce livre d'une traite, pourtant je devais m'en échapper car j'étais bouleversée page après page. Pourquoi je me laisse emportée par tous ces mots? après tout, ce n'est qu'un roman ! Et bien, sans doute la grande force d'Eric Fottorino est d'inclure son lecteur dans l'histoire de Félix, responsable d'une agence d'assurances, homme sans histoires et sans relief. D'abord on plonge dans ce livre qui s'ouvre sur l'incendie d'un appartement où vivaient seuls une jeune femme et son fils de huit ans. Mais ces deux personnes ont disparu et tous les propos farfelus courent à leur encontre. Félix s'intéresse étrangement à cette affaire, de manière presque obsessionnelle. On suppose qu'on va le suivre dans son enquête. Et bien non. Au détour d'un chapitre, on apprend le drame de cet homme et lentement on s'immerse dans son histoire. Félix devient un être non plus de papier, il nous apparaît cruellement vivant, même si au fond de lui on sait qu'il se consume à petit feu... S'ouvre sa bouleversante confession du papa qui a élevé son petit garçon pendant deux années, loin d'une maman qui avait volontairement pris son envol dès que l'enfant serait en âge de marcher. On lit cet homme dévoué, qui en fait trop pour son garçon -- et se le voit reprocher. Mais en fait-on trop pour un petit bonhomme qui nous regarde avec des yeux d'amoureux et qui réclame tous les soirs sa maman ??? je ne pense pas.
Ce livre nous transporte, nous bouleverse, nous écorche. Sa lecture nous transperce et nous marque pendant longtemps. Merci pour cette belle lecture, monsieur Fottorino.

mars 2004

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Mais qui a tué Harry ? (1955)

Dans une forêt au large d'une petite bourgade dans le Vermont, un coup de feu retentit. Deux minutes plus tard, un jeune garçon tombe nez à nez avec le cadavre d'un homme en costume gris. Il court prévenir sa maman.

Harry_1

Entre-temps, un braconnier fait la même découverte, en étant persuadé que c'est lui le meurtrier de cet individu prénommé Harry (un courrier à son nom est retrouvé dans une poche). En entendant les pas accourir vers lui, il se cache derrière un arbre et découvre le petit Tony avec sa maman, laquelle a une bien étrange réaction : "oh chouette, la Providence est avec nous ! nous voilà débarrassés de Harry !"...
harry_2Allons donc. Le capitaine Wiles, témoin malgré lui, s'en veut d'avoir tué l'inconnu mais décide de dissimuler le corps. Une nouvelle fois, il est surpris par Miss Gravely. Point surprise ni ulcérée, elle propose même au Capitaine de venir prendre une tasse de thé chez elle.
Bien étrange bourgade.. non ?
On continue de croiser d'autres phénomènes de foire : un artiste peintre, Sam Marlowe, qui ne vend pas une croûte et fait le croquis du mort en écoutant la confession du capitaine Wiles. Il décide de l'aider afin de séduire la toute mignonne Jennifer, maman du petit Tony, avec laquelle Marlowe va en apprendre de bien belles. Encore une fois !

L'histoire s'enchaîne de la sorte. A partir d'un cadavre, l'intrigue se tisse sur savoir qui a tué Harry, qui est-il et pourquoi est-il mort. Que faisait-il là, aussi ? Le mobile est forcément entre les mains des quatre personnages, on découvre au fil des minutes des révélations toutes plus surprenantes les unes que les autres.
Jusqu'où cela mène-t-il ?!
harry_4A noter aussi le corps du mort est baladé de gauche à droite, enterré, déterré, planqué dans une baignoire etc etc ... Lui aussi n'en finit pas de voir du pays ! Et pourtant, c'est justement là qu'on s'amuse, qu'on savoure cet humour noir et macabre, particulièrement subtil. Hitchcock avait cette volonté de réaliser un film inattendu. Avec "The trouble with Harry", il n'y a point de suspense, point de psychologie, point d'héroïne froide et fatale, non rien de tout ça.
D'abord, aucune star hollywoodienne. Shirley MacLaine est encore débutante, elle est rousse, un peu déjantée et délurée, elle apporte sincèrement cette touche de fantaisie si nécessaire au film. Combinée au jeu des acteurs, la musique de Bernard Herrmann habille le film comme une seconde peau. Tour à tour étrange et sautillante, c'est une pure réussite !
Il faut absolument rendre ses belles lettres de noblesse à ce film réalisé avec génie et une pointe de malice. La gaieté est présente dès les premières minutes du film. Ah non, pas pour vous ?.. eh bien, passez votre chemin !
"Well. The trouble with Harry is over."

Mais qui a tué Harry ? - film d'Alfred Hitchcock (1956) - avec Shirley MacLaine, Edmund Gwenn, John Forsythe, Mildred Natwick. Titre vo : The trouble with Harry. Adapté du roman de Jack Trevor Story.

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Encore un dimanche en musique ! -gare au message subliminal-

Explorateurs, exploratrices
De la troisième dimension
N'ayez pas peur
Si je me glisse
Dans votre imagination
Votre imagination...

monde virtuel / -M-

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03/03/07

La pochothèque du mois de Mars (En poche ! #3)

... Et une sélection de titres parus en format poche (idéal pour les budgets et pour trimballer dans son sac à main !) :

petite_trotteuseAnne est mystérieuse. Que fait-elle dans la vie ? Elle visite des maisons ! C'est sa trentième villa, elle se situe au bord de la mer, avec les volets clos et désertée de ses occupants. Avant de se rendre à son rendez-vous, Anne séjourne dans un hôtel tenu par une mère et sa fille, un couple attachant, entouré d'ombres également. Anne semble d'ailleurs être fascinée par leurs activités nocturnes, elle épie les silhouettes, les bruits et elle pense à des tas de choses. A l'hôtel elle rencontre également un homme qui laisse la porte de sa chambre toujours ouverte, où elle s'y faufile discrètement pour cerner le personnage. Et c'est finalement avec lui qu'elle va visiter la villa. En fait, Anne ne compte pas acheter de maison. Elle visite, demande à rester plusieurs heures seule pour s'imprégner des murs. Mais cela va au-delà, car aussitôt les souvenirs affluent, la nostalgie d'un passé - une enfance née avec la guerre, des parents éteints, absents, déjà partis... De son père mort, Anne a hérité une montre dont le tic-tac réveille des émotions assoupies et sonne un rappel vers le passé entouré de secrets, encore une fois. Ce sont ces résurgences, embriquées à l'instant présent, qui ponctuent cette histoire.
Il y a cette belle citation : "L'esprit des murs ressemble parfois à un miroir imaginaire où vacille le reflet éteint du passé". Elle résume en gros l'esprit du livre, elle aussi. "La petite trotteuse" est un roman intimiste, avis aux amateurs. L'ambiance est ouatée, sucrée, pleine d'arcanes, de pas feutrés, de suppositions, de questions et de longues interrogations sur la personnalité d'un père, d'une mère et de soi-même au milieu de ces spectres. Ceci est un beau roman qui me passionne, tout personnellement.  La petite trotteuse, Michèle Lesbre (folio)

 


 

harraga"Harraga" signifie "brûleur de routes", celui qui part de son pays pour un ailleurs plus mirifique. L'harraga devient un exilé de son plein gré, qui quitte ainsi sa famille, sa ville ou son village. Les "harragas" sont prêts à tous les riques pour atteindre l'eldorado et fuir l'Algérie qui saigne, souffre et n'offre plus rien. Surtout plus de rêves. L'héroïne de ce roman en sait quelque chose, d'abord son frère Sofiane a tout quitté pour l'ouest et "brûler la route". Lui aussi est un harraga mais il ne donne aucune nouvelle, et est-ce un message la visite de Chérifa, une jeune fille de seize ans, enceinte jusqu'aux dents ? Sofiane l'envoie chez sa soeur pour qu'elle y soit protégé. Mais Lamia, elle, a trente-cinq ans, elle est docteur en pédiatrie, elle vit seule dans sa grande maison hantée par les fantômes du passé, et d'elle on peut facilement dire que c'est une vieille fille méchante, grincheuse et vilaine. Jalouse aussi de la pétulance de Chérifa qui déboule chez elle, chamboule ses habitudes et lui renvoie à la face sa cruelle solitude et le vide de son existence. Entre elles deux, la cohabitation est difficile, Lamia mène la vie dure mais finalement elle s'attache à la jeune fille. Sauf qu'un jour, celle-ci aussi part et ne donne plus de nouvelles !

Et il s'en passe encore dans ce foisonnant roman, mais je me garde d'en dire davantage! C'est exaltant, passionnant, ça raconte du vrai, du beau, du touchant et ça met en décor une Algérie réaliste, tenaillée par l'islam nouveau, ses rigueurs et ses inepties. J'ai du mal à croire qu'un homme puisse être l'auteur de pareil roman ! Boualem Sansal s'est mis dans la peau d'une femme "aigrie, intolérante, méchante, querelleuse, intempestive mais romantique" - Lamia est tout ça et à la fois elle reste attendrissante, touchante et attachante. Elle dit les choses vraies, elle est cynique et franche, drôle aussi. C'est un beau portrait de femme. Et puis, son amour pour sa maison fait aussi partie d'elle. Ses fantômes, son voisinage, sa solitude cultivée avec minutie et jalousie... C'est une femme complètement seule, abandonnée par ses parents, ses frères, sans nouvelles du seul survivant de la fatrie. Normal qu'elle s'accroche à la Chérifa comme à une bouée ! Il y a dans le roman un instinct de survie qui concerne les clandestins, mais aussi les femmes d'Algérie. "Harraga" rend une très honorable peinture à tout ce petit monde. De la poésie aussi teinte l'écriture de Boualem Sansal... Pour une première approche de l'univers de cet auteur, je suis éblouie, complètement séduite! Harraga, Boualem Sansal (folio)

 


 

 

 

couple_ordinaireBenjamin et Béatrice sont mariés et parents d'une petite Marion. Il est pharmacien, elle écrit des livres pour enfants. Un jour, en achetant une table basse pour le salon, l'esprit de Benjamin décroche - il se sent creux, vide à l'intérieur. Et du coup les rapports du couple se déglinguent. Ou plutôt le déclic a lieu : Benjamin ressent l'oppression que lui fait subir son épouse. Car sous des semblants de femme intelligente, belle et modèle, Béatrice se révèle totalitaire, tyrannique ! Dans son couple, elle agit en supérieur hiérarchique, use des larmes et du chantage pour faire vaciller son homme. De son côté, Benjamin est un type simple, pas mauvais, assez nonchalant et facile à vivre. Mais Béatrice en veut plus : une ascencion sociale, une vie sexuelle active, une communication permanente entre eux deux, l'affirmation de son compagnon. C'est trop pour un seul homme !

Attention : livre dangereux ! Cette histoire est un cliché de votre vie, de votre couple. Le portrait est effrayant d'authenticité, on a du mal à l'admettre. Il montre les détails du "couple ordinaire", dans son amour, sa lassitude, son quotidien et sa longévité. Toutefois, il faut reconnaître que le personnage de Béatrice est fort, poussé très loin dans les limites du supportable. Cette femme est démoniaque et machiavélique, mais elle accroche notre intérêt. L'auteur a réussi là un coup de maître (s'attacher à pareille harpie, du jamais vu !). A noter que ce roman n'est ni un guide de survie, ni une invitation au divorce - c'est une peinture actuelle, terrible, froide et fatale, dans laquelle on se retrouve, aussi bien chez la femme ou chez l'homme ! Et toc. Un couple ordinaire, Isabelle Minière (le livre de poche)

 


 

 

 

insecteLe court colle au style caustique et insolent de Claire Castillon. "Insecte" était son tout 1er recueil de nouvelles, avec 19 textes basés sur les rapports entre mère et fille. Un lien très vicieux, sulfureux et au goût amer. Se mêlent des sentiments divers : le copinage, la connivence, la confidence, et la haine, l'agacement, l'énervement, le dégoût !
Dès la première histoire, "J'avais dit une", l'ambiance est là. Une femme, très amoureuse de son mari, accepte de lui "faire" un enfant, mais un seul, et à condition que ce soit une fille. Or, elle accouche de jumelles !
Au fur et à mesure qu'on avance dans le livre, un autre électron se faufile sous les mauvais auspices de la maladie. Très vite, cela devient indissociable. Une fille est agacée du cancer de sa mère, une mère ne supporte plus sa fille "noeud-noeud", une autre gave son enfant de médicaments pour la rendre "super - opérationnelle", une fille place sa mère en institut, une autre attend le retour de sa progéniture pour mourir... On y perd son latin !
Claire Castillon pousse très loin dans les clichés mais, connaissant son univers, c'est imparable ! Elle est méchante, cruelle, injuste et mauvaise, mais quel plaisir à lire tout cela ! Claire Castillon a de plus le génie de la nouvelle avec un art de la chute fort honorable !  Insecte, Claire Castillon (le livre de poche)

 


 

sangliersDes sept nouvelles comprises dans "Les sangliers", j'ai halluciné en ouvrant la première page : "Le clignotant".. ou comment envisage-t-on de se faire "élire" par le futur/éventuel/potentiel embryon en tant que "bons parents". Du moins, je le pense, à moins que... Car c'est l'une des principales qualités de Véronique Bizot, elle écrit des petites histoires en apparence toutes simples, et pourtant elles donnent l'impression d'avoir la berlue. On n'y comprend pas à l'instant la portée, le lieu, les personnages, et leurs divagations. Cela donne à penser qu'on flotte en pleine quatrième dimension tellement le contenu des sept nouvelles est opaque, laisse perplexe et plombe l'entendement. "Pauline au téléphone" et "Danton" sont également deux bons crus du lot. Bref, déroûtant, déconcertant, d'une banale platitude et certaine amertume, et pourtant... l'ensemble surprend ! Aussi pour conclure, comme dirait l'auteur : "pour la fiction je ne crains personne" ! Les sangliers, Véronique Bizot (le livre de poche)

 


 

 

 

pres_du_corpsDans une villa en bord de mer, Daddy (le grand-père de 91 ans) vient de mourir. La famille est réunie pour une ultime fois, coincée dans cette grande maison aux volets fermés, en pleine canicule. C'est l'occasion pour le narrateur de se rappeler les bons moments passés dans ce lieu inoubliable, avec ses cousins, et de prendre ainsi conscience du poids que le temps trace en filant comme l'éclair... C'est un album de souvenirs qui se feuillette, en couleur sépia, dans une grande maison où d'autres corps explosent de vie dans la mer, à deux pas de là. "Près du corps" a l'odeur d'eau de cologne retrouvée au fond d'un placard, ou le bruissement du vent dans les arbres, des mots qui se chuchotent, des confessions qu'on dévoile une première et dernière fois. C'est un univers clos, un microcosme rempli de photos jaunies, de rires d'enfants et de sanglots étouffés.  Près du corps, Arnaud Guillon (pocket)

 


 

Ceci est juste une sélection de titres déjà lus... D'autres suivront dans le courant du mois. A signaler aussi que le mois de Mars salue la parution en poche d'autres très bons romans (occultés dans cette liste). A suivre !

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02/03/07

Le sourire de l'ange ~ Emilie Frèche

"L'opération consiste à coincer sa victime. La neutraliser. Le geste est délicat, le 'poisson' ne doit pas gigoter. Une fois l'individu bien calé -contre un mur ou une voiture-, il suffit de lui inciser les commissures des lèvres à l'aide d'un cutter. Les entailles n'ont pas besoin d'être larges, elles doivent être profondes. Le sang coule. L'ange entrevoit ce qu'il lui arrive, son visage se crispe. Il faut alors être rapide, efficace, tenir un demi-citron à portée de main. (...) Sur la chair à vif, de l'acide! L'ange hurle, déchire le silence, ouvre grand sa gueule... malheur à lui! "

Loin d'être angélique, "Le sourire de l'ange" résume cette barbarie pratiquée dans la cité de la banlieue de Mulhouse, là où vient d'atterir Joseph Vidal, jeune adolescent orphelin de ses deux parents. Il débarque de Tel Aviv, il débarque chez son grand-père qu'il ne connaît pas. "Je savais qu'il était communiste, que sa femme était morte en couches, le laissant seul pour élever ma mère, qu'il vivait dans un coin de la France où il fait toujours froid." Ce grand-père qui a renié la mère de Joseph, laquelle a pris la fuite en Israël où elle s'est mariée et a fondé une famille. Et puis, ses parents meurent tragiquement, brusquement. Le jeune Joseph est envoyé en France. Premier pas dans un coin de France gris, glacial et impitoyable: une cité d'hlm prête à exploser, un petit univers où les conflits israelo-palestiniens exacerbent les passions et les castes, à en remplir tristement et platement les colonnes des faits divers.
Là, Joseph débarque, jeune juif, mais avant tout israélien dans la peau. Encore marqué par son déracinement, il entre au lycée sous une autre identité: Joseph devient Pierre, c'est mieux ainsi, pense son grand-père. Il fait la connaissance des jumeaux Mélik et Leila, tous deux musulmans, et sur un malentendu leur amitié se noue. Trop tard pour reculer, trop tard pour avouer, Joseph est pris au piège, il le pressent. "Un juif peut-il être ami avec un arabe?"
Lui veut y croire. Mais dans cette banlieue de l'est de la France, la communauté musulmane prend parti contre la communauté juive, responsable aujourd'hui des crimes atroces perpétrés en Palestine, "contre leurs frères". Le malaise va monter. Et l'amour aussi.
Leila et Joseph : une histoire impossible?...

Les événements vont enfler, la vague de haine va avaler toute cette communauté. Joseph expose les faits: la lente montée de l'antisémitisme en France, qu'on refuse d'admettre et de défendre, la révolte des immigrés musulmans contre le système qui a refusé l'intégration de leurs parents et qui demande à ces enfants aujourd'hui de faire partie du système. Les événements d'ailleurs qu'on transporte dans ces cités construites sur de la dynamite et qui, bien entendu, s'enflamment, lynchent et accusent les victimes d'hier transformés en bourreaux désormais...
Mais qu'en savent-ils tous, semble se poser Joseph. Lui transpose la réalité de Tel Aviv, témoin écorché et victime condamnée à l'avance. La réalité d'ici et de là-bas, c'est du pareil au même ?...

Emilie Frèche signe un roman grave et tragique, "un roman d'apprentissage qui éclaire un problème de société avec subtilité". En complément de vos manuels d'histoire, n'hésitez pas lire "Le sourire de l'ange". Emouvant, vrai et sensible.

mars 2004

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Dix Mille : Autobiographie d'un livre ~ Andrea Kerbaker

N'avez-vous jamais imaginé un livre avec une âme, des pensées et des réflexions ?.. Lisez "Dix mille" d'Andrea Kerbaker et vous regarderez vos livres différemment ! Dans ce livre trop court, un livre prend la parole, sur une étagère d'un bouquiniste, frissonnant à l'idée d'être en sursis car la libraire envoie les invendus "au pilon" ! Terrorisé de finir recyclé, emballage d'un médicament au pire, il prie ardemment qu'un Numéro Quatre ouvre la porte, glisse le doigt sur son étagère et s'empare de lui. Le Numéro Quatre, c'est l'éventuel propriétaire qui le sauvera de l'incinérateur ou de la décharge. Il aimerait bien une femme, ça le changerait... et de se souvenir des trois précédents propriétaires. Non sans quelque émotion, colère ou incompréhension.

"Dix mille" nous ouvre les portes vers un imaginaire jusque là encore vierge : la vie des livres, leur intimité, la connivence entre eux, les amitié avec Steinbeck ou Hemingway, le destin du livre qui sort de presse et atterrit dans la vitrine d'une librairie. Confiné dans un carton, prenant la poussière au fin fond de la boutique, ses pages jaunissant sur une étagère pour "acquisitions de seconde main", le livre raconte un parcours que le lecteur n'a pas conscience. En fermant donc ce petit livre, on lui caresse la couverture, un sourire aux lèvres et on le dépose dans un écrin de velours. Votre livre a des yeux, des oreilles ! votre livre est télépathe !

lu en mars 2005

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