17/11/06

Mariage à l'indienne - Kavita Daswani

mariage___l_indienneAnju, 34 ans, n'est toujours pas mariée, au grand désespoir des ses parents. Car en Inde, le destin d'une fille est de prendre époux, dès l'âge de dix-sept ans. Anju a bien tenté de s'appliquer aux rites et bonnes leçons qui feront d'elle l'épouse délicieuse, modèle et recherchée de tout Bombay. Or, le temps passe, les copines se marient, les cousines plus jeunes aussi, et Anju demeure célibataire ! Elle nous livre donc son parcours, ou plutôt sa quête au mari, avec tout le côté grotesque, folklorique et "sacré" qu'une telle entreprise implique. Le choc des cultures, c'est clair !

Lecture définitivement plaisante, cocasse et pleine d'allégresse, mais aussi poignante, pitoyable et invraisemblable. Anju est le portrait d'une jeune femme finalement moderne, ancrée dans son éducation traditionnelle, mais tournée vers le modernisme. C'est en "Umrique" qu'elle décide de partir poursuivre des études et devenir indépendante. Un choix délicat à assumer. Car malgré tout, malgré les déboires, les désillusions, Anju veut toujours trouver un mari (pour plaire à ses parents et pour le respect de la tradition). Choix cornélien, être soi-même, se conformer aux désirs d'une société décalée, bref... Anju ne sera pas avare en confidences sur son parcours au "Mariage à l'indienne". Bémol pour la fin, complètement superficielle.

Livre de poche

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - Commentaires [7] - Permalien [#]


16/11/06

La prédiction - Alice Hoffman

prediction_laLa figure mythique des Amazones vous intéresse ? Alors, je vous conseille d'ouvrir ce livre. Il raconte le destin de Pluie, enfant né d'un viol, fille de la reine Alina, qui grandit loin du regard aimant de celle-ci. La vie des Amazones est celle d'une tribu qui se bat pour sa défense, qui a la haine des hommes, qui cultive une osmose avec le cheval, qui se nourrit du lait et de sa viande, qui se vêtit de sa peau, qui s'occupe des abeilles dont le miel couvre le visage des mortes et des filles qui vont franchir le cap, gagner en séduction pour conquérir le corps d'un prisonnier et procréer... Pluie grandit dans cette organisation qu'elle semble remettre en question, de son côté, à force d'observation et de réflexion. Sa mère ne pose pas le regard sur elle, a le désir d'un autre enfant pour en faire une véritable reine... et alors ? Pluie ne sait pas si elle souhaite perpétuer les traditions, elle est curieuse, intriguée sur la vie d'autres communautés, rencontre un jeune homme et commence à nourrir des sentiments qui ne sont pas du ressort des guerrières. Pluie expérimente la pitié et la compassion, est-ce absolument une honte ?

Sa vie et sa place au coeur de sa tribu vont évoluer. Les années passant, Pluie doit se plier aux règles du sang, du combat et de l'héritage. Sa vision est très honorable, car Pluie met de plus en plus en doute la nécessité de la guerre pour se préserver. Elle comprend aussi qu'elle devra prouver sa loyalité au sein de sa propre tribu... des combats, des preuves, encore et toujours. "La prédiction" d'Alice Hoffman en raconte l'histoire et le parcours initiatique d'une jeune fille livrée à son sort. Ce roman est classé chez la jeunesse, pourtant je déconseille au lectorat de moins de treize ans de s'y attarder. Le texte est brut, sans fioritures. Il livre dans les détails la sauvagerie des tribus qui s'affrontent, l'art de la guerre, la soif de pouvoir en dépit de tout. La sagesse de Pluie est édulcorée, la jeune fille fait également face à des choix cruciaux. Pourtant certaines prises de risques (de la part de l'auteur) ne sont pas totalement poussées jusqu'au bout, comme les rapports entre femmes et l'homosexualité. Certes Alice Hoffman ne fait pas dans la dentelle, son style est franc mais ensorcelant, comme le chant de la jeune Io (autre personnage au passé maudit). Bref, moi j'ai aimé la couverture du roman, j'ai cru une histoire plutôt sage mais finalement j'ai été stupéfaite et enthousiaste car ce roman ose et va au-delà de son étiquette !

Gallimard Scripto

Posté par clarabel76 à 18:36:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,

Les porteurs de glace ~ Anna Enquist

La chape de plomb ne tarde pas à s'abattre sur la lecture de "Les porteurs de glace" ! Anna Enquist, grande prêtresse dans l'art de distiller une analyse psychologique de l'angoisse, du manque, de l'attente !.. J'ai ouvert ce roman en me sentant complètement démunie : le couple de Lou et Nico est aux antipodes, l'une tente de poursuivre ses cours et de dompter son jardin sablonneux, l'autre part en vrille dans une nouvelle orientation de sa carrière professionnelle. Un silence s'abat dans le couple, qui est perceptible dès le début. Une maison en bord de mer, dont on ne perçoit jamais les échos de la mer ou des mouettes. Juste des battements de coeur d'une femme qui souffre en silence. Car dans ce couple, il y a le poids énorme et envahissant de l'absence d'un enfant - Maj. Partie, disparue, égarée... Tous deux ont refusé d'en parler mais la chambre de l'enfant est toujours là, intacte, avec les livres scolaires, l'équipement de hockey, les chaussons de danse, etc. Le couple s'éloigne et se rapproche dangereusement du précipice. L'issue, fatale, parviendra-t-elle à les réconcilier, à exorciser les chagrins étouffés ou à balayer ce silence trop pesant ? "Les porteurs de glace" est un roman qui glace le coeur (et le sang) tant l'écriture et l'ambiance sont solennelles. Ecrit d'une main de maître, ce livre se lit à un rythme qui s'emballe progressivement. Il s'inscrit dans la lignée des romans psychologiques, dont Renate Dorrestein est également douée, des histoires implacables mais profondes et touchantes.

lu en novembre 2004

Posté par clarabel76 à 14:01:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

La soupe de Kafka - Mark Crick

soupe_de_kafkaDe la bonne soupe, des oeufs à l'estragon, un coq au vin, du gâteau au chocolat ou un clafoutis grand-mère... oui d'accord, mais n'est-ce qu'un simple livre de recettes composé par un Londonien créatif, ancien étudiant du lycée Condorcet ? Non, bien entendu ce n'est pas qu'un simple livre de recettes, c'est beaucoup plus croustillant.

Ce sont en fait 16 recettes à la manière de grands écrivains, pas leurs trucs et astuces, mais une idée plus grandiose : écrire des pastiches littéraires sous forme de recettes, et des vraies recettes originales, en reproduisant la touche de chacun (thèmes, obsessions, atmosphères). Mark Crick prend donc son plume "à la manière de" Chandler, Jane Austen, Kafka, Proust, Steinbeck, Virginia Woolf, Chaucer ou Irvine Welsh... (pour ne citer qu'eux). L'anglais s'est complètement mis dans la peau de ces auteurs, il a concocté ses petits textes, en partant du principe qu'il présentait également une recette, et le texte s'envole, sort de sa casserole et embaume le lecteur pour le mettre dans le bain de l'écrivain dont la recette est faite "à la façon de". Ingénieux, époustouflant et remarquable. On dévore littéralement cette Soupe de Kafka ! De plus, chaque texte s'accompagne d'une illustration ou d'une photo en forme de pastiche (encore!), des oeuvres de Mark Crick qui cette fois s'est amusé à créer à la manière de Warhol, Hockney, Matisse, etc.

C'est très bon, très respectueux et bluffant de concordance, de quoi perdre la tête ! Le mot de la fin, façon Chaucer : "Vous nous avez présenté un délice, Expert que vous êtes en art culinaire, Et votre prestation avait bel air. Bien sûr, ami, les astuces de traiteurs Ont été déjà dites par nos prédécesseurs Mais le style du diseur est la vraie création Alors qu'on oubliera sa profession." - Et toc !

Flammarion

Posté par clarabel76 à 11:36:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]

15/11/06

Vanity Fair

Grand classique de la littérature anglaise, "Vanity Fair" est le chef d'oeuvre de William Thackeray, dans lequel il raconte l'ascension d'une jeune arriviste sans le sou, Rebecca/Becky Sharp, dans la bonne société de ce début du 19ème siècle. Brillante, intelligente et futée, Becky va réussir à forger sa place (mariage, fortune, succès) mais à quel prix !?... Car au fil du temps, on découvre le dur combat pour "sauver les apparences" et maintenir à tout prix ce statut de vie facile. Sauf qu'en ce 19ème siècle, on tolère difficilement la réussite fulgurante et jalouse l'ambition féminine ! A ce propos, j'ai trouvé une certaine ressemblance avec un autre personnage de la littérature, Scarlett O'Hara, dont la volontée absolue de réussir avait surpassé tous les scrupules et toute bienséance. (Une certaine scène dans ce film me rappelle d'ailleurs un moment crucial de GWTW.)

Reese Witherspoon incarne le personnage inclassable de Becky Sharp avec brio, élégance et malice. Grâce à la réalisation exotique et colorée de Mira Nair, le rôle atteint une ampleur flamboyante, avec la dose de décadence justement dosée dans le parcours de l'intriguante. Car le film dure longtemps, plus de deux heures, mais passionne instantanément. Surtout si vous affectionnez les films d'époque, en costume, dans une Angleterre du 19ème pudibonde, avec ses salons secrets pour laisser place à la débauche ! Aux côtés de l'actrice, il y a un joli tableau de faire-valoir, comme Bob Hoskins (assez drôle) ou Gabriel Byrne (glacialement séduisant). Bref, ce film prend des couleurs chaudes et chaleureuses (sa réalisatrice est indienne) qui font un tapis rouge incontestable pour la "terrible" Becky Sharp ! A découvrir, ou voir, sans rechigner ! Et à lire, ensuite... (Pitié, faites abstraction de cette déplorable couverture et du mauvais goût de la "traduction" du titre...) !

vu en février 2006

Posté par clarabel76 à 17:27:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Villes éternelles - Claudine Le Tourneur d'Ison & Jean Alexis Pougatch

villes_eternellesVingt villes dont le nom évoque des doux rêves à votre oreille... Envie de partir, de rêvasser, de découvrir ou voyager dans son fauteuil... C'est possible. Possible aussi de suivre les traces de Claudine Le Tourneur d'Ison, grâce à l'initiative de Jean-Alexis Pougatch, ancien grand voyageur et qui aujourd'hui préside Compagnies du monde, l'agence de voyages qu'il a créée voilà une dizaine d'années. Tous deux ont lancé le projet de présenter les villes mythiques et en faire un livre, l'un orchestre la mise en scène, l'autre a la langue pour raconter ses escapades. Depuis Lahore à Jérusalem, en passant par Santa Fe, Hiroshima, Calcutta et Macao, pour atterrir en destination finale à Boukhara, ce livre fait le tour du monde.

Les visites aux traces de Claudine Le Tourneur d'Ison n'ont pas une logique systématique, certes historique à la base, mais elles sont avant tout guidées par l'instinct d'une voyageuse et d'une femme qui garde ses yeux ouverts sur ce qui l'entoure. Jamais les ouvrages de tourisme ne vous ouvriront de telles portes ! Car parfois (et très souvent) nos pas empruntent ceux d'autres écrivains, ou en rapport à d'autres lectures. Deux exemples : à Chicago, on plonge dans "Les Mandarins" de Simone de Beauvoir, où l'écrivain est parti rejoindre son amant Nelson Algren dans les années 50. A Savannah, l'histoire de "Minuit dans le jardin du Bien et du Mal" de John Berendt (adaptation au cinéma par Clint Eastwood), imprègne la ville, la voyageuse et le lecteur...

J'avoue avoir été sous la coupe des mêmes pouvoirs de séduction ressentie par la romancière et auteur de ce livre de voyages et de merveilles. Car sans bouger de son fauteuil, les parfums vous attrapent, vous enrobent et vous enivrent (l'Inde est très forte pour cet attrait). Vient aussi la fascination pour l'horreur (Macao, l'enfer du jeu), pour le tragique (Hiroshima), pour les rencontres improbables (la belle Rita, professeur de français, à Irkoutsk), pour la gloire passée (Pondichéry), pour les légendes et les mythes (Carthage et la Villa Didon), pour la fin du monde (Usushaia, la ville australe), pour le rêve (Valparaiso, tout simplement), et enfin redécouvrir Alexandrie et finir à Boukhara la lointaine, la secrète, la pieuse... Le livre s'accompagne d'un carnet d'orientation, pour guider vos choix et vous décider à partir pour de bon. De belles propositions en perspective, une belle découverte (pour le livre) et à mettre au pluriel pour ces "Villes Eternelles" : en rêver, les découvrir. Pour tous les goûts, très honnêtement.

Robert Laffont

  • Claudine Le Tourneur d'Ison avait précédemment publié un roman sur le Pakistan et un quartier des femmes mis en lumière par un peintre, Chanwaz : Hira Mandi (Albin Michel).

Posté par clarabel76 à 11:37:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Mercredi, jour des enfants

Bon, aujourd'hui Miss C. est absente pour la journée (école, anniversaire d'un copain, goûter, etc etc..). Elle ne rentrera pas à la maison avant ce soir !..Un comble.. à seulement six ans, elle s'émancipe déjà !?!!! Y'a plus de respect.

IMGP2590

Donc c'est Maman qui s'y colle pour vous présenter un petit livre pour les enfants, un titre pour les petits et les grands : L'histoire qu'on lit au bord du lit de Sylvia Plath (oui je sais, je n'en sors plus !). Mais si vous ne connaissiez pas ce petit livre, je vous invite à piocher dans les casiers "rupture de stock" de vos librairies ou sites d'occasion car ce livre enchante l'enfant et son parent pour plusieurs raisons...

D'abord, l'édition est bilingue ! A gauche, le texte original et à droite, la traduction par Beatrice Vierne... Chouette ! Le public peut s'élargir, d'un coup, d'un seul. Ensuite, le texte est écrit en vers parce que (rappelons-le) Sylvia Plath était avant tout une grande poétesse. Et enfin, les dessins sont de Rotraut Susanne Berner, des illustrations facétieuses, colorées et oniriques.. le jeune lecteur aura ses yeux qui vont rouler comme des billes !

Mais de quoi parle ce livre ? Du lit. Saviez-vous que tous les Lits sont très différents, A une place ou deux, ça dépend. Lits d'enfants ou bercelonnettes, Lits géants ou Lits à roulettes. La plupart des gens, je suppose, Dans leur Lit dorment ou se reposent, Mais les meilleurs Lits, croyez m'en, Sont beaucoup plus intéressants ! Ce ne sont pas tout simplement de ces petits Lits bêtes et blancs, où l'on vous borde bien serré, Le marchand de sable est passé -

histoire_qu_on_litEt le voyage commence.. autour des fantasmes et des délires sur le lit tel qu'on l'aime, c'est-à-dire douillet, voyageur, pliant, casse-croûte, sous-marin ou tremplin. Ce lit est un lieu pour rêver, pour voyager, pour chavirer, dévorer, se balader, etc. Chaque page est une présentation encore plus folle et farfelue que la précédente. On s'embarque vers des destinations extraordinaires. De plus, le lit casse son image d'objet sage et fonctionnel (on y mange, on y dessine et danse avec les pieds couverts de boue, le chien le chat et la perruche ont droit de cité plutôt que les ours en peluche !). Du jamais vu mais l'idée plaît aux garnements ! (haem). Ainsi, "les deux yeux tournés vers l'azur", on compte les oiseaux, on pêche à la ligne, on fait les acrobates... Mais dites-moi, cela n'a rien de très sérieux ?! Et un petit voyage dans les nuages et les étoiles, par-dessus la lune magique jusqu'à Tombouctou en Afrique, vous découvrirez au passage si la Grande Ourse est en fromage, et pour peu que l'envie vous prenne restez donc une ou deux semaines. ;-)

Alors vous, quel lit vous arrange ? Spéciaux, bizarres, et plus qu'étranges, et pleins de surprises sans mélange - des lits de forme extravagante, des lits de taille surprenante, QUI NE SOIENT PAS TOUT SIMPLEMENT des ces petits Lits bêtes et blancs, où l'on vous borde bien serré, Le marchand de sable est passé !

Anatolia / Le Rocher  (1997)

Posté par clarabel76 à 10:30:00 - - Commentaires [9] - Permalien [#]

14/11/06

Equinoxe - Arnauld Pontier

equinoxeC'est la rage au ventre qui vous prend en lisant ce roman d'Arnauld Pontier, la même que celle qui fait rugir la jeune narratrice, Carine, clouée dans un fauteuil, à demi paralysée, les jambes mortes, le corps complètement mis en échec depuis l'accident qui a coûté la vie à son père. Elle vit désormais seule avec sa mère, leur dialogue de sourds nourrit ce texte du début à la fin. Carine ne peut pas parler, juste griffonner sur une ardoise, mais elle a cette haine dévorante vis-à-vis de sa génitrice. Celle-ci tente de se rassurer, d'accomplir ses gestes de bonne maman infirmière, mais la honte est plus forte, la culpabilité aussi.
La relation entre les deux est prédominante. C'est une relation d'amour et de haine, on ignore exactement ce que ressent la mère mais on devine son abattement. La jeune Carine laisse échapper des traces, des indices. Mais on ne sait qui plaindre dans l'affaire : Carine a cette violence particulière et compréhensible d'en vouloir à la terre entière d'être figée sur son fauteuil. Et puis la jeune fille crève et rêve d'amour, de rencontrer un homme, d'avoir sa dose de sexe, de revivre à nouveau par les yeux d'un autre...
C'est très fort. Le texte nous embarque dès les premières lignes, cela se lit très vite. La boule est au ventre. On tient la main de Carine, on reçoit ses griffes, ses crachats. On comprend qu'elle refuse la pitié. Et les passages sur la disparition de son père sont bouleversants; on conçoit qu'elle s'en veut de verser des larmes, qu'elle se venge sur sa mère et qu'elle ne lui pardonne pas ses méprises. C'est un roman qui n'est pas larmoyant, tout au contraire ! Il met en lumière le combat douloureux, l'ambivalence du handicap et l'auteur a ce double talent étourdissant car  il s'est glissé dans la peau d'une jeune fille, paralysée qui plus est ! J'ai vraiment reçu ce roman comme un coup de poing en plein coeur, coup de boule dans le ventre ! Lisez-le ! ! !

Actes Sud

Posté par clarabel76 à 16:11:22 - - Commentaires [16] - Permalien [#]

13/11/06

Déviances - Richard Montanari

deviancesPrésentation de l'éditeur
Kevin Byrne est un vétéran de la police criminelle de Philadelphie. Flic usé, détruit par ses années de service, il doit faire équipe avec Jessica Balzano, nouvelle venue dans le service, lorsqu'une adolescente fréquentant une école catholique de la ville est retrouvée violée et atrocement mutilée, les mains jointes dans un geste de prière. C'est le début d'un terrible voyage au cœur des ténèbres pour les deux flics qui, lancés sur la piste d'un tueur aussi terrifiant que machiavélique, devront affronter leurs propres démons, alors que la ville est prête à basculer dans la folie. Dans la lignée du Silence des agneaux et du Dalhia noir, Déviances, best-seller dans plus de dix pays, a imposé d'emblée Richard Montanari comme l'une des voix les plus puissantes et les plus sombres du thriller contemporain.

Mon avis

Habile et réussi, le scénario tient en haleine, surtout grâce aux chapitres courts qui s'élèvent au nombre de 84 pour ce roman de 470 pages. Cadence soutenue, pour lecture foncièrement palpitante. Mise en scène diabolique, dirigée avec maestria. Bref, un pur thriller qui fait penser à un film, avec pour cadre la ville de Philadelphie, livrée aux bandes, aux pervers et au trafic de drogue.

On cerne mieux Kevin Byrne, le flic usé, qui écoute du blues le soir dans sa voiture, pour chasser ses vieux démons. Sa jeune partenaire Jessica Balzano livre également son propre combat de femme de tête, récemment séparée de son mari. Elle élève seule sa petite fille et voit son boulot empiéter sur sa vie personnelle. Terrible dilemme.

Le lecteur a toutes les cartes en main : des crimes horribles, un tueur fou et récidiviste, la police à ses trousses, des enquêteurs perplexes, eux-mêmes aux prises avec leurs propres « déviances », un décor misérable, qui concentre les pires ordures... Mais quel roman prenant, dans le sens qui prend aux tripes et vous empêche de fermer l'œil la nuit. Ce climat d'angoisse et d'incertitude est maintenu jusqu'au bout. Vraiment pas mal !

Le Cherche Midi

Posté par clarabel76 à 23:00:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : ,

Ainsi mentent les hommes - Kressmann Taylor

ainsi_mentent_les_hommesQuand j'ai commencé la lecture de ce livre de Kressmann Taylor, je m'attendais à de nouvelles illustrations de fourberie orchestrées par des enfants ou des jeunes adolescents, comme l'annonçait la quatrième de couverture. Un peu comme le recueil de Julie Orringer ("Comment respirer sous l'eau"). Mais finalement, non.

Dans la première nouvelle, par exemple, un jeune garçon est partagé entre le désir de plaire à son père, l'archétype du mâle qui trime toute la semaine pour élever un toit convenable pour sa famille, et celui de ne pas décevoir sa mère, douce, souriante, confiante et prophétesse sur les mystères de la nature, des poissons notamment. Dans la deuxième histoire, un gamin vit dans une ferme, dans un coin assez conservateur, ses parents sont des gens de la ville, diplômés de l'université, et pourtant ce garçon est le souffre-douleur de son professeur d'histoire, qui l'abreuve de sarcasmes au point de faire rugir une envie de meurtre et de violence.

La façon d'écrire chacune des histoires est limpide et sensible. Le portrait du couple Tevis (dans la 4ème nouvelle) est honnête et touche en plein coeur. A tout moment, on ressent beaucoup d'affection pour les protagonistes, trop souvent blessés par les affrontements, les "petites choses de la vie" (référence au personnage de  Stella Tennant dans "Mélancolie" dont l'histoire est douce, cruelle et ironique à la fois). Ces textes avaient été publiés dans les années 50, ceci pouvant certainement expliquer ce petit côté "charme désuet" dans sa peinture si parfaite de la société de l'époque. J'ai beaucoup aimé le portrait d'ouverture de l'épouse dans son potager sous l'oeil légèrement méprisant et agacé du mari, le "gouverneur du foyer" ! Aaaah, si cruel si pervers et pourtant si perspicace... Je n'ai qu'un mot à ajouter : lisez-le !

Le livre de poche

Posté par clarabel76 à 12:51:57 - - Commentaires [13] - Permalien [#]