10/03/07

Le prince pas charmant ~ Pascale Boisset

Qui a dit qu'une séparation se faisait forcément dans les larmes, la bataille et le désarroi à longueur de pages et de pages et de pages... ?
En lisant le roman de Pascale Moisset, vous changerez d'avis ! Le Prince Pas Charmant parle d'un couple qui se sépare, un couple qui a deux enfants très jeunes, un couple qui a du mal à se quitter, qui n'est pas sûr d'avoir pris la bonne décision, bref : un couple qui s'éloigne lentement, tout en douceur et en finesse, et qui part vers d'autres eaux... Et tout ça est raconté avec beaucoup d'humour, sous forme de très courts chapitres, intitulés de manière judicieuse et avec impertinence. Franchement, on sourit ! ça donne presque envie de se séparer, tellement l'épreuve est commentée avec justesse, sans apitoiement et de façon à dire: demain est un autre jour.
Si vous hésitez encore, si vous pensez que la couverture est niaise et révèle le niveau de sa littérature (hum..), détrompez-vous : l'écriture est vive et moderne, l'histoire est d'un esprit bon enfant, mais lucide, cocasse et sort de l'ordinaire.
Tableau d'une rupture qui vous redonne le moral !

mars 2004

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Psychose (1960)

psycho7Un vendredi après-midi, dans la ville de Phoenix. Dans une chambre d'hôtel, un couple d'amants se prélasse avant d'entamer une discussion plus sérieuse. La jeune femme est lasse de l'inertie de leur relation, elle souhaiterait hâter la chose, la rendre plus officielle, sortir du bourbier financier son compagnon, ne pas attendre les deux prochaines années pour espérer un mariage.
Marion est fatiguée, convaincue d'être la favorite du Malheur. Au boulot, elle obtient la confiance de son patron en recueillant 40.000 dollars versés par un nouveau client. Marion doit porter la somme à la banque.
La minute d'après, on la surprend dans sa chambre. Elle se change, elle remplit une valise, elle est fébrile. Gros plan de la caméra : l'enveloppe avec les 40.000 dollars est sur son couvre-lit.
Marion a dérobé l'argent, elle prend la fuite rejoindre son amant. Elle pense que cette somme d'argent inespérée pourra résoudre ses problèmes. En chemin, Marion ressasse ses pensées. Avant de quitter Phoenix, elle a été surprise par son patron qui la croyait alitée chez elle car elle s'était plainte d'une migraine et avait demandé à partir plus tôt.

psycho4Marion continue de paniquer. En route, elle croise un policier avec des lunettes noires. Elle est glacée d'effroi, décide ensuite de changer de voiture. Son comportement laisse perplexe le garagiste, le mécanicien et le policier. Le spectateur est scotché.
Dans la nuit, Marion décide de faire halte dans un motel. Elle y fait la rencontre de Norman Bates, un jeune homme élégant, séduisant, qui semble hélas subir la présence autoritaire de sa mère.

Marion est fatiguée et torturée par le poids de la culpabilité. Elle conclue qu'elle ferait mieux de rentrer et rendre l'argent. Soulagée, elle décide de prendre "une douche purificatrice"...

psycho5"Psycho" est le film de l'absolu, la référence du Maître Hitchcock. Tout le monde connaît la scène culte de la douche, tout le monde a déjà entendu le dénouement, mais il faut voir et revoir ce film. Le réalisateur a été très pointilleux sur sa construction en deux parties : d'abord la montée de l'adrénaline aux trousses de Marion, puis la vague de soupçons et d'inquiétudes avec la disparition des auteurs du début. Le scénario est taillé pour garantir les frissons, pour assurer le suspens grandissant.
Il faut taire l'essentiel pour assurer le succès de ce film. Et même si je le revois aujourd'hui pour la énième fois, perdant un peu de ce goût de soufre de la 1ère fois, je trouve que le film n'a pas perdu une miette de son but initial : filer la frousse, pousser au crescendo la cabale de Marion, interprétée par la fantastique Janet Leigh, et rebondir derechef avec une autre intrigue tout aussi flippante.
On doit aussi à Anthony Perkins d'apporter à cette atmosphère lugubre son jeu effarant et d'une grande virtuosité. Psycho6

A noter, pour finir, la présence de Pat Hitchcock (la fille d'Alfred & Alma !) qui joue la collègue de boulot de Marion Crane.

Psychose, film d'A. Hitchcock (1960) - avec Janet Leigh, Anthony Perkins, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam ... Titre vo : Psycho.

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Fenêtre sur Cour (1954)

Fenetre2Greenwich Village, appartement au 2ème étage. Un homme fait la sieste, sa jambe gauche dans le plâtre. C'est un reporter-photographe. D'être coincé chez lui le rend nerveux, et ça l'ennuie. Il passe le temps à regarder par la fenêtre ses voisins. Progressivement, il s'y attache : la danseuse sexy, le compositeur de musique, la vieille fille solitaire, le couple sur son balcon, les jeunes mariés...
Une nuit, Jeffries est réveillé par un cri de femme. Effrayant. Pourtant, aucun signe dans le voisinage.
Au petit jour, il se surprend à observer son voisin d'en face, sa femme qui passait ses journées au lit semble absente. L'homme a un comportement étrange. Il sort la nuit sous une averse orageuse en allant et venant avec des valises. Il enveloppe une scie, emballe tous les vêtements de son épouse dans une grosse malle.
Jeffries songe à un meurtre. Il en parle à son infirmière, à sa fiancée (la ravissante Lisa interprétée par Grace Kelly) et à un détective mais tous le déboutent. Et puis il est critiqué pour son voyeurisme déplacé. C'est une grave atteinte à la vie privée d'autrui.
fenetre6Et pourtant, le dénommé Thorwald est inquiétant. A bien l'observer, oui, Lisa pense que la théorie de Jeffries est plausible !

Pendant presque deux heures, on assiste auprès du personnage de James Stewart à espionner son voisinage, à suivre ses regards, à partager ses pensées, à trembler pour lui.
Hitchcock a restitué un plateau de tournage à la hauteur de ses ambitions. Ce Greenwich Village façon années 50, on y croit, on s'y sent comme chez soi, on swingue en écoutant du jazz, on butine en prenant un bain de soleil, on se regarde de coin, derrière son volet, même si chaque appartement affiche sans pudeur son intérieur. Peut-on blâmer James Stewart de prendre ses jumelles (puis son appareil photo avec zoom hyper puissant) pour tromper son ennui ?
fenetre8Comme le souligne Hitchcock, nous sommes tous des observateurs, ce n'est point un défaut, cela dépasse la curiosité. Sa technique pour "Fenêtre sur Cour" impliquait la théorie : "Le cinéaste n'est pas censé dire les choses. Il est censé les montrer." Et il faut reconnaître ce génie, Hitch sait nous raconter une histoire, il nous captive, il badine avec un peu de sentiments (la bluette entre Jeffries et Lisa), mais surtout il introduit le doute, l'angoisse et exploite le voyeurisme pour déjouer un meurtrier potentiel.

C'est du grand Art ! "Fenêtre sur Cour" comporte plusieurs éléments qui sont aujourd'hui décortiqués, analysés, référencés, etc. Une recherche sur le net vous en donnera tout le poids, c'est flagrant. Ce film figure parmi les oeuvres majeures de son réalisateur, notamment parce que l'histoire est du jamais-vu, parce que les acteurs Lonelyhearts1sont étonnants, parce que l'ambiance mêle l'insouciance et la tension suspecte...

A noter aussi la lecture du roman de Sébastien Ortiz  "Mademoiselle Coeur Solitaire" (Gallimard) qui donne une vraie vie à un personnage secondaire de ce voisinage, Miss Lonely Hearts ! Très bon roman !

Fenêtre sur Cour, film d'A. Hitchcock (1954) - avec James Stewart, Grace Kelly, Thelma Ritter, Raymond Burr, Wendell Corey, Judith Evelyn... Titre vo : Rear Window.

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09/03/07

Le livre du Temps, Tome 1 : La pierre sculptée - Guillaume Prévost

livre_du_temps_1Samuel Faulkner vit chez ses grand-parents depuis la mort de sa mère, il y a 3 ans. Son père Allan, surnommé “le prototype de l'original”, a ouvert une librairie de livres anciens dans un quartier plus reculé de la ville. Quand dix jours passent sans avoir la moindre de ses nouvelles, Sam commence à s'inquiéter. Il se rend alors jusqu'à la librairie et découvre dans la cave une étrange statuette avec des jetons autour. Il touche à tout, puis ressent une sensation de chaleur... L'instant d'après, il se retrouve sur l'île d'Iona en l'an 800, chez une communauté de moines. L'aventure n'en finit pas. Et de chapitre en chapitre, Sam voyage dans le temps, débarque dans des situations épineuses. Il n'a toujours pas trouvé son père et tente malgré tout de rentrer chez lui. 

Ce tome 1 d'une saga absolument passionnante est une introduction fort habile et enthousiasmante. On y fait la rencontre d'un adolescent taciturne qui deviendra le héros d'aventures incroyables. Intrépide et futé, Samuel Faulkner se dévoile au fil des épisodes, à travers une épopée jubilatoire. On passe du Moyen-Age à l'Egypte ancienne sans moufter, puis retour dans le présent avant de reprendre l'enquête. C'est passionnant. Même le livre en lui-même est esthétiquement parfait, il se présente comme un grimoire, avec une couverture cartonnée et une jaquette étonnante. Ce début de trilogie est plus que prometteur ! 

Gallimard Jeunesse, 237 pages (2006)

  • Clin d'oeil : « Sam essaya de rassembler ses maigres connaissances sur l'alchimie : il avait entendu parler de la pierre philosophale - merci Harry Potter - , de la fabrication de l'or à partir du plomb ou du mercure - il ne se souvenait plus - et puis c'était tout. Il faudrait y aller à l'instinct... »

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08/03/07

Les fantômes de Century - Sarah Singleton

centuryDans un manoir grisâtre, deux soeurs coulent dans une molle torpeur, aux journées toutes rythmées selon le même rituel, sous la coupelle acariâtre de leur gouvernante Galatée.
Mercy et Charity commencent à s'ennuyer. Un jour, Mercy a vu une femme prise dans les glaces et a couru prévenir sa jeune soeur. Cela signifie certainement quelque chose, à ceci près qu'une autre étrange circonstance était survenue peu de temps auparavant, quand Mercy avait trouvé un perce-neige sur son oreiller.
En fait, Mercy voit des fantômes. C'est une particularité qui n'est pas exceptionnelle dans sa famille. Les Verga viennent d'Italie, ils se sont installés en Angleterre, et aujourd'hui Mercy et Charity sont seules avec leur père Trajan. Aussi bizarre que cela puisse paraître les jeunes filles n'ont plus le moindre souvenir de leur mère Thécla.

Un autre jour, Mercy croise un homme près de la chapelle. Il se prénomme Claudius et lui demande son aide. Selon lui, seule Mercy est capable de les sortir de ce sommeil où ils sont tous cloués depuis une éternité, et en perçant ce mystère Mercy pourra également ... revoir sa mère !
La jeune fille est troublée, mais elle décide de fouiller les couloirs plongés dans les ténèbres de Century. Leur manoir est poussiéreux et renferme des couloirs qui la plongent dans des voyages à travers le temps. Apprenant l'initiative de sa fille, Trajan tente de la dissuader de débusquer cette fausse vérité promise par Claudius. Or, ce dernier a aussi affirmé que le père de Mercy tiendrait des propos mensongers.
Qui croire ? Pour Mercy, le chemin vers "la lumière" s'annonce houleux, rebondissant et prometteur de délicieux frissons.

Oui, vous avez bien lu : dans ce roman destiné à la jeunesse (mais pas seulement, moi je vous le dis !), on y croise un manoir plongé dans la pénombre, un temps infini, des fantômes, de la sorcellerie, une jeune héroïne fougueuse, bref des ingrédients qui rappellent la sacro-sainte recette des romans victoriens, dont Wilkie Collins en tête de liste !
Honnêtement, l'histoire est palpitante. Au départ, l'histoire commence de nos jours. Un antiquaire fait la trouvaille dans un grenier d'un manuscrit intitulé "Century" rédigé par Mercy Galliena Verga, 1890.
L'instant d'après, le lecteur plonge dans un autre temps, une autre dimension. Qu'on puisse y adhérer ou non revient à discuter des goûts et couleurs des uns et des autres, mais il faut absolument saluer un point de réussite des "Fantômes de Century" pour son ambiance. C'est complètement abouti, on y croit, on s'y laisse absorber. C'est passionnant !
Ce roman a été couronné "Meilleur livre pour la jeunesse" en Grande-Bretagne.

Plon jeunesse, 282 pages (2007). Trad. par Myriam Borel.

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07/03/07

Les beaux jours ~ Jean Christophe Millois

Les Beaux Jours est un roman à double voix entre père et fils. L'un est éleveur de chiens et chauffeur de car scolaire, l'autre est un adolescent en crise. A tour de rôle, ils prennent la parole pour commenter leur vie qui nous sonne presque insipide, glauque et misérable. Tous ont le mal de parler d'amour et de comprendre l'autre, ou alors trop tard... les gestes d'affection sont des claques pour masquer l'angoisse. Mais le père est lui aussi un fils qui se souvient de son enfance assez péniblement, il s'en veut de ne pas être un "bon fils" pour son père qui est désormais veuf. Quand le drame les frappe, tout ce monde sera hébété mais la parole ne découlera pas pour autant...
Franck, l'adolescent, vivote avec son loser de copain: ils fument, boivent, vadrouillent dans une vieille voiture pour draguer des filles. Au bord de l'échec scolaire, il se pose toutes ses questions qu'on a à l'âge de dix-sept ans. Ses parents ont divorcé, sa mère est une ombre et son père un mur. Il est l'héritier d'un tempérament impulsif mais pas mauvais.
Oui, les femmes sont de passage: entre la tante qui se soucie de tous ces garçons en oubliant presque de penser à elle, une mère transparente, une soeur solidaire mais distante, et la nouvelle fiancée du père...
Les Beaux Jours est un roman masculin, qui parle de la difficulté d'être un père et un fils. L'écriture est sobre et classique. Jean-Christophe signe un premier roman déroutant mais bougrement attachant.

mars 2004

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Les poupées lisent aussi !

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IMGP3323Lulu est une petite fille bien décidée. Pour la quarantième fois, elle demande à ses parents un chien, et pour la quarantième fois ils lui opposent un "non!" ferme et définitif. Par contre, ils décident de lui offrir un chien... en peluche. Un compromis qui n'est pas du tout du goût de la demoiselle ! De colère, elle envoie balader l'animal à l'autre bout de sa chambre.

Or, dans la nuit, une voix la réveille. Quel n'est pas son étonnement quand elle s'aperçoit qu'il s'agit de son Harry l'animal en peluche qui jappe pour de vrai. Non, Lulu n'y croit pas. Alors Harry décide de lui parler ! Encore plus improbable. Lulu conteste le fait qu'il prétend être un vrai chien, elle est sûre et certaine qu'il n'est qu'un animal en peluche. La preuve : Harry refuse les biscuits pour chien qu'elle lui propose (il préfère dévorer les petits pains ronds). Non, vraiment pas normal !

IMGP3325Vexé comme un pou, Harry décide de rentrer chez lui ... en France ! Ok, dit Lulu, je t'accompagne. (Non ?? - eh bien ouiii, je vous dis !). Lulu a beau dire, a beau faire, même à Paris elle n'a pas changé et son caractère de petite peste refait surface. Jusqu'à un coup de théâtre sous forme de klaxon retentissant et plongeon dans la Seine... là Lulu doit admettre qu'elle tient à son Harry et que c'est SON chien à elle et personne d'autre.

Mais les parents, eux, y voient-ils autre chose qu'une petite fille endormie avec dans les bras son jouet préféré ? S'ils savaient...

Honnêtement, ça ne vous rappelle rien ? Oui, un certain couple infernal déjà évoqué par Miss C. ...

Et c'est vrai que Lulu et son chien peluche Harry nous rappelle une histoire d'amitié envers et contre tout, en dépit du IMGP3328caractère insupportable et capricieux de l'une, du flegme de l'autre... Harry et Lulu est une histoire incroyablement drôle et très pertinente. Qu'importe que la petite fille soit un tantinet impossible, elle parvient aussi à nous toucher. Et puis, c'est son histoire aussi. Sa façon à elle de nous inviter dans son imaginaire, dans son rêve...

Mais l'enfant y croit complètement à ce chien qui parle, qui se comporte en gentleman, qui emmène sa jeune maîtresse jusqu'à Paris pour la convaincre qu'il est ce qu'il prétend être. Oui, petits et grands n'ont qu'à bien s'accrocher et faire une place à ce couple attendrissant, qui deviendra inséparable, après une suite d'aventures surprenantes et comiques.

L'histoire d'Arthur Yorinks est servie à merveille par les illustrations de Martin Matje. Encore un album coup de coeur de Miss C.  Publié chez Gallimard jeunesse, 1999.

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06/03/07

Caïn & Adèle - Régis Descott

cain___adeleCe deuxième roman de Régis Descott est dans la ligne directe de son "Pavillon 38", thriller époustouflant qui plonge le lecteur dans les méandres du milieu psychiatrique et du tueur en série. Cela se passe en France, le personnage principal est le docteur Suzanne Lohmann qui a découvert, en pistant l'Anaconda, qu'elle était attirée vers les sombres abîmes de la folie humaine.

C'est son métier, c'est ainsi. Elle a quitté son poste à l'hôpital des malades difficiles pour ouvrir son propre cabinet. Elle est encore marquée par les douloureux événements qui ont été liés à l'enquête précédente, forte d'avoir contribué à l'arrestation de ce tueur en série, non sans avoir payé son propre tribut. Elle est désormais seule avec ses deux filles, tentant de renouer des rapports plus apaisants, malgré les cicatrices encore importantes.

Un jour, Suzanne est accrochée par une voiture de sport. Un homme l'aborde, l'invite chez lui et elle le suit. Abel Frontera est un individu au charme inquiétant, pourtant Suzanne est séduite. De toute façon, elle n'a guère le temps de s'épancher : une nouvelle série de crimes atroces appliqués selon le même rite barbare monte à la surface, suivie de peu par l'annonce d'une évasion, celle de l'Anaconda. Suzanne est menacée.

En tant qu'expert psycho-criminologique, le docteur Lohmann va participer aux enquêtes, de même qu'elle tente de faire front dans son rôle de mère et d'entretenir un semblant de vie sentimentale. Sans oublier non plus qu'elle vient de recevoir la visite troublante d'une femme "étrange" dans son cabinet, qui lui fait des confidences tout aussi douteuses.

L'histoire se voit donc partagée entre de multiples intrigues, qu'on estime ficelées, et qui plonge non seulement l'héroïne mais aussi le lecteur au bord du précipice. La tension est palpable, grossie au fil des chapitres. Les éléments s'enchaînent, la course du tueur fou se poursuit à perdre haleine, les scènes de crimes sont frappées du sceau de l'infamie. Le scénario est efficace, glaçant mais redoutable. On s'y engouffre avec une affligeante fascination chevillée au corps. Impossible de relâcher la pression. C'est tenace !

Avec "Caïn et Adèle", thriller au coeur du transsexualisme et de la gémellité, Régis Descott livre une version moderne et hallucinante du mythe biblique de Caïn et Abel. J'ajouterai aussi que l'auteur parvient, à s'y méprendre, à se glisser dans la peau de Suzanne Lohmann, lui offrant une dimension altruiste et vulnérable. C'est très souvent observé avec minutie, la psychologie devenant un atout imparable pour démêler les fils de cet imbroglio macabre. Enfin bref, ce livre sera le compagnon de vos nuits blanches !

JC Lattès - 327 pages  (2007)

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05/03/07

La première marche - Isabelle Minière

premiere_marcheCela commence par une histoire de photographie. La petite demande à sa mère un cliché d'elle pour une surprise à l'école, elle l'obtient et se réfugie sur une marche de l'escalier pour admirer et embrasser cette photo, à l'abri des regards noirs et de la voix dure. Oui, la mère n'est pas commode, elle est parfois gentille, mais elle est très sévère.
C'est bien simple, la petite ne sait plus comment s'y prendre pour attirer un sourire, une amabilité, une tendresse. Quand survient le passage de l'orange, cadeau du ciel, la petite est au bord de tomber en apoplexie. C'est dire !...

Le temps passe, mollement. La petite est exaspérée des mimiques de son petit frère, le mignon de la famille, qui fait diversion avec ses singeries, et pourtant ce n'est pas assez aux yeux de la petite. De toute façon, personne ne la voit. Elle est si discrète, si timide, elle en devient invisible ! Seule la mère ne l'oublie pas, elle rouspète à pas d'heure, lui inflige des robes au tissu qui gratte, lui coupe ses longues boucles pour chasser les noeuds définitivement, s'emporte après cette femme médecin qui la prend pour une incapable, râle sur sa fille qui fait ses comédies pour dormir, des cauchemars ? quels cauchemars ?!
Décidément, le quotidien de cette petite n'est pas bercée par les cajoleries. Au contraire, elle se sent incomprise, soucieuse, on dit aussi d'elle qu'elle est boudeuse. Parce qu'elle aime se réfugier sur les marches de l'escalier, où elle prend le temps de réfléchir, de mettre tout en place dans sa tête, de jouer avec sa poupée, bref "à partir du moment où l'on s'installe sur une marche d'escalier, on boude peut-être automatiquement, sans s'en apercevoir. Peut-être... ?".

Il y a beaucoup de pointillés dans l'histoire de la petite, beaucoup de questions sans réponses, d'anecdotes qui glacent le sang, de petits riens sur la routine familiale qui est stérile et figée comme du marbre. "La petite voudrait se sauver de cette enfance, interminable. C'est son espoir, c'est sa prière, c'est une lumière qui brille dans le noir, très éloignée, accrochant le regard, vous maintenant debout, vous protégeant du pire, c'est une promesse : toute enfance finit un jour."
En attendant, il faut se contenter de palliatifs et croire que le miracle surviendra. Oui, de manière totalement imprévisible, la voix sonore peut résonner, les tac-tac-tac sur le plancher peuvent marteler de plus belle, la petite va gagner "son billet, valable à vie, pour voyager dans d'autres vies". Formidable sauf-conduit ! La fin réconcilie l'impression morose d'une enfance pas toujours rose, d'une petite mal dans sa peau, en quête d'une caresse ou d'un mot gentil. Isabelle Minière ne taille pas la pierre avec rogne, elle évite les pièges du misérabilisme et trace un portrait criant de tendresse foulée au corps. Le fait que ce soit la petite qui raconte son histoire fait de "La première marche" un roman moins lourd et compassé sur le sujet de l'enfance tristounette et privée d'affection. C'est délicat et éclairé, au bout du compte.

Le Dilettante - 2007 - 188 pages

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Isabelle Minière en romans

Bon, j'avais promis de faire un "topo" sur les romans d'Isabelle Minière à l'occasion de la parution de son nouveau roman "La première marche"... Voici donc quelques points de repère.

cette_nuit_laLa très grande particularité de "Cette nuit-là" est la narration en " Tu " de bout en bout du roman. Grande audace ! L'auteur use cette forme pour interpeller l'héroïne, Lisa, victime d'un mari violent. Car Lisa est mariée à Clément, homme charmant, aux boucles dorées, très intelligent, aimé et respecté de tous. Un homme irréprochable. Sauf que cet homme-là a deux faces : un côté pile pour la ville, et un côté face pour son foyer. Clément n'est plus Clément, il devient un individu au regard noir, qui jette des éclairs et annonce l'orage. Un homme redoutable. Qui ne lève pas la main sur Lisa, non. Sa perversion va plus loin : il use des mots, il retourne les accusations, il insinue que c'est sa faute à elle, qu'elle le rend aggressif par sa faute. Lui est juste un peu coléreux. Sans plus. Alors, Lisa ? Coupable, responsable, victime consentante ?..
Isabelle Minière en dénoue tous les rouages, livre une spirale infernale. L'homme marié ne peut disposer de son épouse comme d'un objet. Abuser d'elle sans son consentement. C'est voler. C'est violer ! L'auteur fait mouche en déployant l'esprit retors du pervers contre la vulnérabilité de la jeune femme. Se taire, c'est consentir. La coupable, c'est elle. Elle ne peut priver d'un père à son enfant. Etc... "Cette nuit-là" est remarquable : la mécanique de la manipulation mentale est saisissante d'effroi. C'est écoeurant, mais hélas si réel. Cette lecture est dérangeante, certes, mais ça existe.   Le dilettante, 2004

soupirantCe livre est drôle ! Oui, malgré son thème d'abord presque morbide (un père qui se meurt), on sourit beaucoup au soliloque de la narratrice, sans prénom, si ce n'est celui qu'on a décidé de lui coller : Elodie. Parce qu'elle est née le même jour qu'une jeune fille morte, elle a instantanément été prise sous l'aile de son employeuse, quitte à la couvrir de cadeaux - toutes les affaires de la jeune défunte !
Bref, c'est une histoire où on s'intéresse de près aux morts. D'abord, prenons place autour de cette famille presque éplorée d'assister aux énièmes soupirs d'agonie du patriarche, suite à son déjeuner d'anniversaire. Car le problème, c'est que toute la famille n'est pas nouvelle de ces crises de "va-t-il bientôt mourir, ou pas ?". Donc, à la longue, ça plombe un peu toute cette assistance : la mère qui radote et s'invente des souvenirs, le frère qui compte les soupirs du mourant, la soeur aînée qui songe au sens de la vie, de l'argent, de l'amour etc. et la narratrice, sans identité définitive, silencieuse, butée dans un manque de sensibilité qui heurte sa mère. Mais silencieuse, elle ne l'est qu'en apparence car dans ses pensées elle ne cesse de parler, de raconter sa vie et celle de sa famille. Et il n'y va pas avec le dos de la cuiller ! Elle n'épargne personne ! Elle adopte volontairement un ton drôlatique, cynique et auto-dérisoire qui fait merveilleusement mouche. On adore, ou pas. C'est sûrement un roman qu'on parcourt d'une traite et qu'on ne regrette pas d'avoir parcouru ! 
JC Lattes, 2001

couple_ordinaire_2Ce n'est sans doute pas utile de revenir sur Un couple ordinaire dont j'évoquais la sortie en poche dans ce billet . Mais la couverture mérite le coup d'oeil, donc je la glisse... Le dilettante, 2005.

J'espère que ce petit tour d'horizon vous permettra de mieux cerner cet écrivain. Son univers est finalement varié. C'est étonnant comme elle parvient à se renouveller roman après roman, jamais elle ne s'enferme dans un créneau. Et à chaque fois, c'est très intéressant ! (Il me reste deux autres livres à découvrir encore.)

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