12/02/07

Infidélité(s) ~ Catherine Sagnier

Claire et Marc sont un couple marié depuis dix ans, les parents de jumeaux qui ont huit ans, ils mènent une vie routinière entre le travail, dodo et la maison. La lassitude s'est installée entre eux, plus aucune communication ne passe. Pour y échapper, Marc entretient une petite relation adultérine tandis que Claire s'égare dans des culbutations à la va-vite, des rencontres d'un soir, des coucheries d'une après-midi...
D'ailleurs, le côté sulfureux du roman repose véritablement sur la description de ces scènes très osées! D'emblée, le premier chapitre est à faire rougir tout lecteur un peu trop prude!!! Mais ce n'est pas un livre érotique, et Christine Sagnier n'est jamais vulgaire. Au-delà de ces passages olélé, l'auteur nous parle de deux personnes très ordinaires, qui nous ressemblent, aux vies d'une banalité qui nous interpelle presque.
C'est à vivement recommander !! une lecture audacieuse, coquine et très lucide sur la vie de couple !

février 2004

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Laissez-moi ~ Marcelle Sauvageot

Lisez ce petit livre de Marcelle Sauvageot, très court, mais vraiment bouleversant !.. "Laissez-moi", autrefois baptisé "commentaire", est le long récit d'une jeune femme, en cure de repos pour grave maladie, qui reçoit une lettre de son fiancé lui annonçant la rupture, mais d'une manière complètement insultante: "Je me marie avec une autre... que notre amitié demeure...". Ce livre c'est donc la longue réponse que la jeune femme souhaiterait lui donner. Et à travers son récit, elle revient sur cet homme, ce goujat, et sur les exigences de l'amour, l'emprise sur les femmes etc..
C'est très poignant, criant de vérité et de sensibilité. Ce récit a été rédigé dans les années 30 mais son contenu demeure d'actualité et nous interpelle encore aujourd'hui. On est d'autant plus touché, sachant que son auteur est décédée peu de temps après (des suites de sa maladie), au jeune âge de 34 ans. Encore un talent méconnu, fauché trop tôt !! (je pense aussi à Laurie Colwin).
Bref, n'hésitez plus à découvrir cette perle !!

février 2004

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Cet imperceptible mouvement ~ Aude

Beaucoup de poésie dans ce recueil de 13 nouvelles, beaucoup de petites choses presque anodines et qui vont à l'essentiel : droit au coeur du lecteur ! Aude est une plume épatante ! Elle manie les mots avec grâce, amour et facilité. La séduction est immédiate ! Même si l'auteur décide d'aborder des thèmes délicats comme l'enfermement dans une prison ou un camp de concentration, une maison de santé ou un sanatorium, les sentiments d'amour ou la mort, il y a une sensualité omniprésente !

Un homme se trouble de "l'odeur fraîche des savons, poudres et parfums" d'une femme, un autre perd tous ses moyens de grand photographe face au regard mystérieux et l'aura envirant d'une jeune adolescente, un autre entre carrément dans la passion !... Ici point de grivoiserie ni de vulgarité. Les choses, les émotions sont très palpables. Comme cette femme, en plein acte sexuel, ce qu'elle ressent, "point de quatuor à cordes pour masquer le vide ni de paravents chinois derrière lesquels se dissimuler".

Le style d'Aude est époustouflant ! Dès la première page, on se sent prise au piège ! Moi qui souhaitais connaître cette auteur depuis quelques temps, je suis comblée, complètement sous le charme. Entre ce livre et moi, l'osmose fut sacrée ! Je regrette juste de n'avoir pas pris davantage de temps pour le savourer, tant le livre est trop court et se lit trop vite : le drame de l'obsession ! Et pourtant, j'avais souhaité faire mien cet extrait : "Les phrases lues tournent en moi des jours entiers, cherchant une tanière chaude où s'installer pour y faire des petits. Ce livre m'ensemence. Je ne le dévorerai pas, sans rien en garder, comme je l'ai fait de tant d'autres, autrefois."

lu en février 2006

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11/02/07

Vous qui passez chez Clarabel ...

Je suis curieuse. Curieuse de connaître qui me lit, qui passe en ces lieux... Qui êtes-vous ? Il n'y a paarsenic01s que ceux qui laissent des commentaires. Il y a les fidèles, les anonymes, les timides, les discrets, et puis qui encore ? Dites-moi. Parlez-moi de vous, je veux vous connaître. Pourquoi venez-vous ? Que lisez-vous ? Venez-vous souvent ? Avez-vous une fréquence ?

J'aime l'idée d'une bulle dans laquelle je me sens à l'aise, bien au chaud, en sécurité et apaisée. Alors même si vous ne voulez pas déballer votre histoire en public, voici mon mail : clarabel76@yahoo.fr . Je veux tout savoir de vous !  :)

(Oui, c'est un billet de  Tatiana qui m'a soufflé cette idée à mon tour...)

Illustration : Arsenic & Vieilles dentelles - film de Frank Capra avec Cary Grant et Priscilla Lane.

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J'ai mis ceci...

Do I attract you?
Do I repulse you with my queasy smile?
Am I too dirty?
Am I too flirty?
Do I like what you like?

I could be wholesome
I could be loathsome
I guess Im a little bit shy
Why dont you like me?
Why dont you like me without making me try?

I try to be like Grace Kelly
But all her looks were too sad
So I try a little Freddie
I've gone identity mad!

Mika / grace kelly

Mais la plus connue est celle-ci :

relax, take it easy  (après ça, vous passerez une bonne journée !)

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10/02/07

Tu as mis quoi dans ta platine ?

Nous en saurons plus demain ! ...

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52 ou la seconde vie - Geneviève Brisac

52_seconde_vieC'est foisonnant, ce livre ! On y retrouve les personnages fétiches de Geneviève Brisac : Nouk, Berg, Melissa Scholtès (la pédiatre), Norbert, Carlotta Donizetti et on y croise Zénon Elytis, les soeurs Rosa et Akka, Mona, Retsinè et son fils Nils.
Leurs petites aventures défilent en 3,4 pages en une comédie douce-amère qui s'étend sur plus de 300 pages.
En fait, le livre "52 ou la seconde vie" pourrait se lire en une année, car Geneviève Brisac a décidé d'écrire 52 histoires, une pour chaque semaine de l'année !
Il y en a des très légères, des cocasses, des mordantes, des chutes vertigineuses. Et il y a aussi ces semblants d'instants de vie, des clichés de notre quotidien, des observations sur les fumeurs, le vote, le football, la maternité, sur Marguerite Duras aussi !

D'habitude, les romans où l'on suit le personnage de Nouk sont beaucoup plus attachants, et l'expérience du recueil de nouvelles ("Pour qui vous prenez-vous") avait eu un effet déstabilisant, de quoi rendre perplexe.
On pourrait penser que c'est une nouvelle fois le dilemme, car on se rapproche du recueil de nouvelles avec ces 52 scènes variables, et pourtant l'impression est dépassée. C'est d'ailleurs l'étiquette "roman" qui est apposée sous le titre en couverture. Et vous constaterez la nuance, en appréciant ce tempo frétillant, changeant. Jamais l'ennui ne pointe, on garde toujours nos personnages, avec leurs délires, leurs folies, leurs phobies, et jamais on ne s'enfonce dans la lassitude ou le danger de la répétition. C'est sans cesse vif et impertinent !

Nouk vit avec Berg mais doute de leur amour. Melissa est terrorisée par les mariages et vivre avec Norbert l'angoisse tout autant que gérer deux femmes de ménage. Carlotta aime un homme à distance, qui lui parle sans cesse d'un cerf-volant et d'une ficelle, et lui envoie un colis qui soulève la curiosité de ses collègues de travail. Retsinè est tétanisée par son rôle de mère, s'interroge sur l'avenir de son fils et peste d'être 13 à table, chiffre maudit ! Mais les filles en rient au café, autour d'une tasse de thé blanc, a las cinco de la tarde, et pointent le doigt sur un tract de Cambridge : The advantages of being a woman artist.
Comme toujours, on reconnaît l'esprit intuitif de Geneviève Brisac, sa fausse légèreté, son humour dévastateur, son regard acéré, ses rêves, ses envies de contes enchantés (et désenchantés), ses influences marquées pour Virginia Woolf, son érudition et son penchant vers une littérature anglo-saxonne fort honorable. Quand on connaît l'auteur, il n'y a aucun doute sur l'intérêt de ce nouveau livre : c'est indispensable. Pour ceux que ça séduit, n'hésitez pas aussi à piocher dans ses précédents romans, parus en poche, pour vous familiariser avec son univers.

L'Olivier

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09/02/07

Ecrivain (en 10 leçons) - Philippe Ségur

ecrivain_en_10_leconsAprès une vocation manquée dans la carrière de super-héros, Phil décide, à 11 ans, de devenir écrivain, sous l'oeil admiratif de sa maman. Phil, lui, veut surtout épater Sylvie Guilbert, lui mettant sous le nez ses premiers écrits publiés dans un magazine, mais la demoiselle est pincée.
Le temps passant, Phil s'échine à écrire tous les jours, prenant en grippe le téléphone, élément parasite pour sa concentration. Il y croit absolument à son destin de génie littéraire.
Il a bien raison, son manuscrit sous le bras, il attend les réponses des plus illustres éditeurs. Quand viendra enfin la réponse salvatrice, l'épopée n'est pas terminée pour autant. La valse où se côtoient la presse, les salons du livre, la télévision, les prix littéraires, les lecteurs et le succès entame son pas de danse enivrant.

Phil Dechine, double littéraire de Philippe Ségur ? En toute franchise, on y pense, on suppose qu'il y a du vécu dans ce portrait, mais qu'importe le vrai du faux, il faut absolument admirer l'auto-dérision de l'auteur.
Disons-le sans emphase : on se marre comme des malades ! Phil Dechine est le type ordinaire qui croit en son potentiel, on n'en doute pas, lui non plus, ses rêves de gloire, ses délires sur fond de répliques cinématographiques, et son cynisme alimentent la fabrique à rire. C'est absolument irrésistible !
Il y a beaucoup d'humour, une manière éhontée de brosser le candidat écrivain bouffi de suffisance, les lauriers de la gloire étant la récompense immanquable. Dans ce livre, on découvre les revers sordides de l'édition, les 10 leçons de Philippe Ségur ne sont pas une farce, c'est à contre-emploi de l'éthique lisse et consensuelle de l'écrivain débutant, doué mais pataud.
"Si vous envisagez sérieusement d'écrire un livre, il faut que vous sachiez qu'ensuite, rien ne sera plus pareil. C'est très important d'en avoir conscience avant de commencer. Après, il sera trop tard pour regretter. Il sera trop tard pour vous plaindre. Votre destin sera scellé."
Sérieux, vous avez dit sérieux ?! Coups tordus attendus, causticité bien aimée, un livre à dévorer !

Buchet Chastel

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08/02/07

Geneviève Brisac en romans

brisac_genevieveParce que Geneviève Brisac vient (enfin!) de publier son nouveau livre pour adultes (oui, c'est également un auteur pour la jeunesse et une éminente traductrice) : 52, ou la seconde vie (L'Olivier), il est temps de faire un peu le point sur cette plume et cet univers qui me touchent particulièrement.

Ma rencontre a eu lieu suite à la critique élogieuse de Flo sur Les soeurs Delicata, le charme commençait déjà à s'opérer, j'étais intriguée, attirée par cette atmosphère qui détonnait de mes lectures habituelles. Je le sentais, oui, je le savais : j'allais succomber.

Je ne vais pas parler en détails de sa vie, de sa bio, etc. Il existe le site de l'auteur pour en savoir plus.

Moi je m'intéresse à ses écrits. Ses romans, ses albums pour la jeunesse, ses essais, sa passion pour Virginia Woolf, sa culture anglo-saxonne, véritable mine pour découvrir des auteurs comme Flannery O'Connor, et son énergie à défendre l'étiquette de la littérature féminine.

Passons en revue ses romans :

les_filles__brisacLes filles : "Nouk a décidé de planifier la guerre. Elles minutent, avec Cora, quelques escarmouches légères. Si aucune jeune fille ne peut rester, si toutes elles fuient, ou meurent, il n'y en aura plus. Donc être atroces. A tout instant, invivables." L'esprit retors de Geneviève Brisac se met en branle : pour son premier roman l'auteur impose déjà ses personnages fétiches, à jamais présents dans le reste de ses romans. Pour "Les filles", Nouk, Cora et le Bébé sont de jeunes enfants redoutables. Elles ne veulent plus de nourrice, c'est décidé. Lorsque Pauline débarque un matin, ses heures sont comptées. Avant elle, il y avait eu Maryse qui était cruelle, cinglante et violente. Elle est partie, on dit d'elle qu'elle est morte juste après... mais Pauline n'en saura pas plus. Déjà l'ambiance est assez glaçante, les filles sont trop intelligentes, elles pensent beaucoup, s'expriment peu ou ont des mots terribles. Ce sont des coeurs de béton armé, surtout Nouk. La jeune fille a décidé de créer une symbiose avec Cora comme un couple de jumelles. Et puis tout va se fissurer : une mort atroce dans un square, une séparation, un deuil et la maladie ... bref le roman ne se contente pas de lapider la nurse, l'histoire est morbide dans l'ensemble. Geneviève Brisac signe son premier livre d'une plume très sèche, par mots hâchés, le rythme général est saccadé, parfois l'on croit à des phrases coupées net. Point à la ligne. C'est aussi ironique, cruel, parfois drôle et moqueur. (1ère entrée en scène d'un des personnages fétiches de G. Brisac : Nouk !).

Madame Placard : Grosse déception. C'est une vague histoire de terrier où se sont nichées Martha et ses filles, Evangéline et Bérénice. C'est Evangéline la narratrice du récit (lequel est complètement décousu et dérangeant). Sa soeur ne marche pas, c'est elle qui s'en occupe à longueur de journée car elle dit de Martha que c'est une mauvaise mère. Le père est parti, comme beaucoup d'autres hommes, car dehors c'est la guerre et les hommes sont tous partis au front. Mais de ce départ du père, la famille n'a pas su se relever, la mère s'est effondrée, rejetée, bafouée. Evangéline a séjourné à l'hôpital, rancunière, haineuse et nourrissant un complexe sentiment d'amour et d'amertume pour sa soeur. Un jour, dans le terrier jonché de piles de photos, de linge à repasser et de crasse indéfinissable, débarque un couple ! Un homme, mystérieux, une femme, belle, prénommée Dora. Ils deviennent les nouveaux parents de Bérénice, aux yeux d'Evangéline, qui se terre dans la cave, avec les poules. C'est une étrange histoire pleine d'allégories où Geneviève Brisac explore son terrain familier des relations entre soeurs, avec la mère, le père, bref des relations familiales. Cela flirte avec l'amour, la haine, la mesquinerie ou la jalousie, c'est très alambiqué, teinté d'humour noir et ce livre, confus et à tendance mystique, me laisse bougrement perplexe !

petitePetite : Nouk a 13 ans et décide de ne plus manger. "Petite" c'est toute cette histoire d'une adolescente intelligente et douée qui cesse de s'alimenter du jour au lendemain, l'histoire d'une anorexie qui empoisonne une existence et une vie de famille. Geneviève Brisac parle à travers la petite Nouk qui confie ses états d'âme, ses victoires, ses résolutions et ses angoisses. C' est une histoire poignante, détaillée et finement construite. L'auteur prend un soin particulier à décrire la maladie et sa perversité, à souligner que Nouk n'est pas folle ni méchante, qu'elle ne fait pas exprès, qu'elle ne veut pas torturer sa famille, ni se rendre intéressante. C'est un mal qui ronge le corps et l'ossature de la jeune fille, mais pas seulement. "Petite" en révèle toute l'étendue ... C'est joliment écrit, finement exprimé, surtout à travers la voix de la jeune Nouk de treize ans. Il est juste (un peu) dommage de hâter la fin, notamment avec le passage des années, ce qui rend la fin du roman un peu hoquetante. (Un des romans les plus connus, réédité en 2005 dans la collection Medium de L'école des Loisirs.)

weekend_de_chasseWeek-end de chasse à la mère : Dans ce roman, on retrouve avec bonheur Nouk, une maman paumée, décalée et limite un peu folle, et son fils Eugenio, petit garçon exigent, ogre, lucide, intelligent et vorace. Tous deux vivent trop l'un sur l'autre, alimentent une relation étouffante que l'entourage juge anormal et mauvais pour la mère et l'enfant. Nouk passe son temps à écouter les exigences de son fils qui, la veille de Noël, ordonne à sa mère de leur organiser une fête "différente", non plus un tête-à-tête mère/fils qui le gonfle. Au programme : l'achat d'un vrai sapin de Noël, un réveillon au Bon Marché, la rencontre d'un type qui a de Tchekov le prénom d'Anton, l'enterrement saugrenu du canari Eve, des vacances en bord de mer en Bretagne, etc... Mais Eugenio n'est pas satisfait. Même les blagues potaches sur la reine Elisabeth le laissent de marbre, alors Nouk se pose des questions. Et si son amie Martha avait raison ?.. si l'eau était finalement trop grise et impossible à peindre ?.. Et qui disait cela : je marche des cailloux dans les poches ?..  Là, Geneviève Brisac prend véritablement plaisir à broder autour du sujet de la relation maternelle, la relation filiale, l'amour vautour, l'enfant roi, etc. C'est parfaitement jubilatoire, pour l'écrivain de l'avoir écrit, d'avoir exploser son délire, et donc pour le lecteur, de ricaner, de déchanter, etc.  (Prix Femina 1996)

voir_les_jardinsVoir les jardins de Babylone : On retrouve Nouk qui approche de la trentaine, elle est maman d'un bébé (Eugenio) et vit avec Berg. L'histoire de Nouk démarre lorsqu'elle apprend qu'elle fait partie de l'échantillon pour une enquête sur la vie sexuelle des Françaises. D'abord réticente, Nouk va progressivement se confier et raconter ses premières amours, souvent catastrophiques, avortées ou saugrenues. Car Nouk a fait Mai 68, adhéré aux groupes féministes, revendiqué des changements radicaux, manifesté, rédigé des tracts etc.. Insidueusement, ses idées sont tout aussi provocantes, anti-bourgeoises: ne jamais déclamer son amour, être dans le doute perpétuel de trouver le bon amoureux, ne pas se marier, tout se dire dans le couple etc. Car au fil de ses aveux, Nouk va introspectivement analyser ses sentiments, sa vie et son amour pour Berg et au fil des chapitres l'amertume va poindre... Portrait sans complaisance d'une jeune femme, de sa vie amoureuse, de ses loupés, ses manques et ses incertitudes. Car Nouk est compliquée comme sa vie : est-elle une bonne mère, son bébé est-il idiot, Berg est-il l'homme de sa vie. S'ajoutent ses questions sur son implication au sein de son groupe des Adélaïdes, ses amitiés, sa vie alentour, etc. Texte grinçant et sarcastique, à compléter avec "Week-end de chasse à la mère".

pour_qui_vousPour qui vous prenez-vous : Le monde de Geneviève Brisac n'est pas édulcoré, tout est souvent sinistre et railleur. Ses personnages s'appellent Max, Gerbert, Melissa Scholtès, Mélinée ou Madame Archer. Ce sont des êtres qui souffrent (en silence), qui frisent la folie ou le désespoir. Ils témoignent d'une société qui vote l'inconscience, téléphone par mobile, part skier près d'un pays en guerre ou part un week-end à la campagne. Au fil des pages, la narratrice, aidée par l'auteur très en verve, regarde le monde et nous ouvre les yeux. Avec elle, on sent la honte de la puérilité, le trouble de la mort et on regarde ces oiseaux noirs de malheurs : les corbeaux. ("C'est l'un des animaux les plus proches de l'être humain. ça les rend intelligents, névrosés, cruels, intéressants, tendres aussi.") Le livre de Geneviève Brisac est tout ça aussi : tendre, violent, intelligent et attachant. La lecture n'en laisse pas moins perplexe mais "Pour qui vous prenez-vous?" recèle un charme indicible, un peu poète et beaucoup désespéré. "Dans l'eau, je me suis mise à pleurer sans crier gare. Des litres de larmes dans des litres d'eau. Les larmes faisaient des trous dans la mousse, comme des puits creusés par des puces de sable, par des lombics. Des tunnels de larmes pour aller nulle part."  (Recueil de 11 textes.)

Les soeurs Delicata :  Les soeurs Délicata sont Paloma, Evangéline, Clotharia, Esther, Nouk, Judith et Mo. Sept petites filles qui vivent dans un appartement "qui ressemble à un boa". L'histoire commence le 20 décembre. Nouk, la narratrice, parle de ses soeurs, des anges qu'elles confectionnent, de sa grand-mère (l'extravagante Grand-Mère Oiseau qui vit dans sa chambre, "sa grotte", et en sort parfumée, maquillée, accoutrée avec exubérance). Rencontres mystérieuses, disparition des uns et des autres, arrivée fracassante de la grand-mère Tchaïka, une Villa blindée et nimbée de secrets ... Que se passe-t-il chez les Délicata? Entre hallucinations et croyances, l'histoire des "Soeurs Délicata" plonge le lecteur dans un mystérieux conte à consonnance mystique, à la croisée des Contes Gothiques de Karen Blixen et des contes d'Andersen. L'ambiance est inquiétante, intéressante, palpitante et un rien gothique, le tout sur un mystère qui grossit, dans un univers à la fois onirique et surréaliste.

  • Les publications pour la jeunesse concernent surtout la série Olga, une petite fille très intelligente et complètement attachante, qui ne manque pas de répartie et à qui il arrive de bien sympathiques aventures, pleines d'humour et de facétie !  (Plus de titres en jeunesse sur son site)

Alors, je suis désolée pour la longueur du billet ! ...

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Les doigts écorchés - Sylvie Robic

doigts_ecorchesFévrier 2003, le narrateur suit un ami dans une petite salle parisienne où va se produire pour la première fois un groupe anglais de Sheffield, les bien-nommés Hoggboy. Pour lui, pas de doute, c'est le choc, le retour du rock, du punk, du dandysme déclassé, la seule véritable signature british, celle qui le ramène vers son adolescence.
Avec un groupe de potes, notre narrateur et son frère ont vu apparaître vers la fin des années 70 la déferlante du punk, avec Clash, Sex Pistols, tous les anti-Bowie qui clamaient en boutade "No more heroes".
Première griffe, adhésion totale, nos jeunes français vont se fondre dans ce moule, décider de s'investir pour fonder leur groupe, les Daisy Cutter, et puis bing ! Un vrai clash surgit dans leur existence déjantée.

Contrairement à la 1ère partie du livre, entièrement consacrée aux souvenirs, à la mélancolie et au choc de la découverte, la 2ème moitié des "Doigts écorchés" est franchement réjouissante, exaltante, euphorisante. Nous sommes les deux pieds dans l'année 2003, on suit notre narrateur qui rencontre les Hoggboy, part sur leurs traces à Sheffield, et s'ensuit la belle aventure du rock et du régime bière-cigarettes à travers un portrait authentique et sincère de la fraîcheur du courant actuel. Ebouriffant, à mes yeux.
J'ai très honnêtement savouré la fin du livre, alors que ce n'était pas franchement gagné au départ (morose, ambivalent, narration à la 2ème personne du singulier qui laisse perplexe..). Bref, cette immersion anglaise est un plaisir pur, dur, très rock'n roll, avec la touche élégante en plus !

Naïve

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