13/11/06

107 ans - Diastème

107_ansBon honnêtement, au début tout lecteur (non adolescent) pensera s'être trompé de livre, car le héros, Simon, est un ado qui parle de ses problèmes en employant des expressions débiles, souvent limites à supporter. Et puis finalement, ça le fait... Ce ton juvénile, arrogant, moqueur, délirant et comique donne du charme au récit, auquel on s'accroche.

Simon est désespéré, il est fou amoureux d'une jeune fille, Lucie, qui ne veut plus le voir. Impossible pour lui de faire comme si. Il est fou de cette fille et refuse de l'oublier, il décide donc de la traquer. Simon devient aussi fou de jalousie, complètement obsédé par sa belle qui l'ignore. Un comportement dérangeant, qu'on parvient difficilement à blâmer. Un comble ! 

« 107 ans » est aussi une expression populaire pour exprimer une attente trèèèès longue. Un bon indice pour imaginer l'orientation de l'intrigue. Diastème, l'auteur, a bercé mon adolescence en écrivant ses brèves dans le magazine "20 ans". J'ai naturellement beaucoup apprécié retrouver son humour, son insolence, sa folie douce chez cet adulescent avant l'heure... 

Points

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12/11/06

J'ai nom sans bruit - Isabelle Jarry

j_ai_nomLa narratrice quitte Paris en auto-stop et part se réfugier à la campagne, dans une petite maison où elle a coulé des jours idylliques avec son compagnon, Philippe. Cet homme est mort et la jeune femme se sent désormais démunie avec leur fille, Nisa. D'ailleurs l'enfant a été confié aux soins d'une assistante sociale, après la chute de la mère qui s'est retrouvée dans la rue. Elle pense regagner sa dignité perdue à la campagne, où elle va faire communion avec la nature, rencontrer un viticulteur et s'enfermer dans un silence de plus en plus désarmant. Car au-delà du matériel et de l'affectif, la narratrice a également perdu le coeur même de son intimité. Elle était poète, mais elle a perdu l'usage des mots. Il faut à tout prix qu'elle redevienne "elle", il lui faut récupérer sa fille et aussi reprendre le sens des mots. "J'ai nom sans bruit" est donc le roman de ce combat, écrit avec sobriété et émotion. Un roman fort et farouche, à découvrir si ce n'est pas déjà fait !

Folio

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Enregistrements pirates - Philippe Delerm

enregistrements_pirates"Enregistrements pirates" est un diaporama d'instants saisis sur le vif, des polaroïds qui matraquent les petits riens de la vie alentour. Et il s'en passe des choses sans qu'on s'en aperçoive : une personne qui promène son chien, les messages texto délivrés par téléphone portable, les rappels interminables au chanteur qui ne cesse d'aller et venir des coulisses à la scène, la lettre d'une étudiante suédoise, un graffiti planté sur un mur ou des jonquilles sur le quai. Etc...
"Enregistrements pirates" est un recueil de textes qui s'ouvre et se ferme avec un clin d'oeil aux peintures de Pietro Longhi. Pirate de l'instantané, Philippe Delerm démontre une nouvelle fois son talent des textes concis, qui font mouche et touchent le public - imparable.

Folio

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Je m'appelle Elisabeth - Anne Wiazemsky

je_m_appelle"Je m'appelle Elisabeth", c'est l'histoire de Betty, douze ans, la petite dernière d'une famille de cinq enfants. Son père est directeur d'un hôpital psychiatrique et la famille vit dans une villa au-delà du mur qui sépare l'enceinte de l'hôpital. Le roman débute avec le départ de sa soeur préférée qui rentre en pensionnat, se pliant là à la sacro-sainte tradition familiale. Betty est seule, un peu déprimée et persécutée par deux frères cruels. Un jour, elle fait une rencontre peu banale : un homme sans âge et sans intellect, un malade de l'hôpital de son père, un homme qui a fui. Betty décide de le cacher et d'en faire son secret, elle veut "apprivoiser son fou". Et effectivement, quelque chose entre eux se passe... Ok, ce n'est pas palpitant mais honnêtement l'histoire est admirablement écrite. C'est là tout le talent d'Anne Wiazemsky qui décrit d'une façon très personnelle le monde de l'enfance (déjà prouvée dans "Sept garçons"). A bas la fausse innocence, l'enfance se nourrit de sentiments troubles, obsessionnels et exclusifs. Tout ce que j'aime ! (Cette histoire va être adaptée sur grand écran.)

Folio

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La petite musique du dimanche

... Veuillez m'excuser mais la chanson du jour est dédiée à ma petite soeur ...

Je sais qu'elle me lit discrètement et sans se manifester.. ouah je le sais, tu es démasquée !!! ..

Ceci pour toi, ma grande :

Allez danse, danse, retourne-toi
Allez tourne, tourne, ne t’arrête pas
Allez partons vite, si tu veux bien, dès le jour
J’ai manqué d’air je m’en souviens,
Toutes ses années sans toi sans rien
Même mes chansons se baladaient le cœur lourd

... (comme je suis gentille, je l'offre à tous les lecteurs de passage !)...

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11/11/06

Samedi - Ian McEwan

samedi... Cela m'est difficile de le reconnaître, mais je n'ai pas aimé ce nouveau roman de Ian McEwan. Difficile pour moi d'admettre cet échec car j'apprécie beaucoup les histoires de cet écrivain, un auteur que je trouve admirable et dont le talent littéraire est d'emporter son lecteur dans des situations étouffantes et proches du délire obsessionnel... Pour "Samedi", j'ai eu le sentiment qu'il venait d'écrire son "Mrs Dalloway". Or je n'ai jamais aimé ce roman de Virginia Woolf, peinant à suivre les pérégrinations d'une dame élégante dans les rues de Londres... Ian McEwan vient de reproduire mon cauchemar avec son personnage Henry Perowne, un neurochirurgien réputé qui approche de ses cinquante ans et mène une vie merveilleuse : mariage heureux qui dure depuis vingt ans avec Rosalind, la femme qu'il aime et avec qui il a eu deux enfants, Theo, jeune musicien talentueux, et Daisy qui rentre de Paris suite à la prochaine publication de son recueil de poèmes. Ce samedi, il se réveille quelques heures avant l'aube et aperçoit par la fenêtre un avion en feu. Des bouffées d'angoisse le prennent, nous sommes en février 2003, les spectres du terrorisme sont dans les rues de toutes les capitales du monde.

Le roman raconte donc une journée dans la vie d'Henry Perowne, le 15 février 2003, plus exactement, un samedi comme les autres : câlins dans le lit conjugal, partie de squash avec un confrère anesthésiste, courses dans les beaux quartiers, visite à sa vieille mère dans un hospice de la banlieue et dîner en famille. Puis les clashes surgissent : un avion en feu, une manifestation contre la guerre en Irak, un banal accrochage et la violence qui s'introduit dans son foyer protégé. "Henry aura beau tenter de reprendre le fil de sa journée, ses vieux démons et le chaos du monde le rattraperont sans cesse durant ces vingt-quatre heures, au terme desquelles plus rien ne sera jamais comme avant." (quatrième de couverture).

Il faut attendre longtemps avant que ne surgisse l'action capitale, d'où mon amertume. En attendant, les nerfs sont mis à rude épreuve, on attend beaucoup, et on espére autant. J'ai donc une certaine déception avec ce roman, partout qualifié comme étant l'oeuvre où "le romancier parvient à la plénitude de son talent". La qualité est effectivement incomparable, mais l'intérêt lui se fait un peu mousser... Juste un peu dommage.

Gallimard

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Le sang des valentines - Christian De Metter & Catel Muller

sang_des_valentines"Le sang des valentines" est un album très sombre et qui traite de la guerre 14-18 et des poilus. L'histoire rend merveilleusement hommage à leur sacrifice, à leur calvaire et au déchirement des êtres, entre les hommes prisonniers dans les tranchées ou par les ennemis, et les familles qui demeurent sans nouvelles des leurs. Il existait donc des Valentines, des bonnes âmes dévouées qui correspondaient avec ces hommes se sentant bien souvent seuls, abandonnés et pour qui ces quelques lignes représentaient un petit rayon de soleil dans leur gadoue environnante. Pour Augustin, les lettres de son épouse Geneviève ont su le ramener vivant au sortir des quatre années de tuerie. Il est pressé de rentrer, de la retrouver, un peu inquiet de n'avoir plus de nouvelles depuis quelques mois. L'histoire s'échelonne donc par actes de flashbacks pour expliquer l'histoire d'amour, les amitiés, la trahison, la solitude et les rencontres. La fin est absolument époustouflante - y aurait-il une suite ? C'est en tous les cas un album aux couleurs aussi sombres que son propos, aux traits flous, fous et coléreux, en pleine phase avec le propre de l'histoire. Une réalité complète, épurée et une forte sensibilité !

Casterman

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Mon père sera de retour pour les vendanges - Olivier Larizza

mon_pere_seraL'histoire est racontée par un enfant de dix ans : son père part au front, nous sommes le 1er août 1914. En partant, le père promet d'être de retour pour les vendanges. Mais hélas, le conflit s'enlise et l'absence va se creuser au fil des jours chez le jeune garçon et sa maman, qui attend son deuxième enfant. Cette histoire est magique car elle est racontée au travers des yeux d'un enfant. La guerre nous apparaît sous ses mots, une triste et cruelle vérité qu'il découvre en lisant les lettres de son père en cachette de sa mère. Et cette guerre est également l'occasion de dévoiler non seulement les âmes torturées, mais aussi les rencontres humaines que fait son père. C'est un homme plein de poésie, de philosophie et très attachant!.. D'un autre côté, on découvre la vie de ceux qui attendent et là c'est le jeune garçon qui est aux premières lignes. Fin et observateur, il guette sa jolie maman qui rencontre de plus en plus souvent un homme blond. Petit roman bourré de poésie, d'humour et d'émotions multiples. Très beau.

Pocket (ou Anne Carrière)

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10/11/06

Le champ de fraises - Renate Dorrestein

champ_de_fraises"Le champ de fraises" est une histoire très cruelle, dure et qui glace d'effroi. Dans une petite communauté, où parents et enfants ont poussé en même temps que leurs murs, la jolie Loes, intrépide et fantasque, avec ses petites couettes rousses, devient subitement le bouc-émissaire de ses anciens camarades de jeux. Pourquoi ? Sa mère est accusée d'avoir tué un homme. L'enfant se braque, porte un lourd secret (autour duquel flotte l'idée d'abus sexuel), mais elle est fermée comme une huître, elle ne parle plus. Ses copains décident de la "brusquer", un peu dans le but de se confier, de livrer les détails sur cette affaire. Mais plus l'enfant se braque, plus les autres se déchaînent.

C'est assez dur à lire, à imaginer, tous ces enfants de six ans, en bande organisée, mijotant des traquenards pour piéger l'une d'entre eux. Ancien bout-en-train du groupe, elle est désormais conspuée, méprisée et lynchée. Comment est-ce possible, à seulement six ans ? J'ai eu un peu de mal à me faire à cette idée... Ce ne sont que des enfants, mais ils semblent déjà bien machiavéliques, un peu trop réfléchis et attentifs aux événements de leur village. Tout devient facilement prétexte à mettre à part, passer à tabac. C'est cruel, très honnêtement. Mais le plus incroyable est que l'histoire semble se répéter, éternellement et inlassablement. L'horreur !

Le roman est composé en trois parties, qui suivent la petite Loes à des âges clés (six, douze et dix-huit ans). Et au fil des pages, l'énigme commence à s'éclaircir, comme le rôle des Luqueduc, deux hommes qui partagent la vie de Loes et sa maman. J'ai beaucoup aimé ces derniers, à travers leur présence, leur importance et leur place dans le rouage de toute l'intrigue. Je n'ai pu éviter un pincement au coeur vers la fin du roman ! (mais chut).

"Le champ de fraises" est un livre que je conseillerai davantage aux lecteurs qui connaissent déjà Renate Dorrestein, auteur de l'excellent et poignant "Un coeur de pierre". Ce nouveau roman est également très délicat pour les âmes sensibles, car il se plonge dans l'univers de l'enfance (terriblement cruel) et de drames et secrets familiaux. Avis aux amateurs !

Belfond

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09/11/06

Marilyn dernières séances - Michel Schneider

marilyn_5En janvier 1960, Marilyn entre pour la première fois dans le cabinet du Dr Ralph Greenson, c'est son quatrième analyste, l'actrice est dans un état psychique et physique délabré... La relation qui va s'établir entre Marilyn et Greenson va prendre un tour ambigu, complexe et trouble... une étrange relation de dépendance mutuelle, une liaison amoureuse sans sexe, une addiction réciproque... "Greenson et Marilyn étaient attachés par l'amour et la mort, mais ils n'avaient pas fait l'amour. Il leur restait à faire la mort. Ensemble ou chacun pour soi.". Greenson a été la dernière personne à l'avoir vue vivante et la première à l'avoir trouvée morte. Pourra-t-on jamais expliquer les événements étranges de la nuit du 4 au 5 août 1962, où Marilyn Monroe a trouvé la mort ? Non, jamais. Et d'ailleurs le livre de Michel Schneider n'est pas un énième ouvrage pour découvrir qui a tué Marilyn, mais pourquoi est-elle morte.

Le livre de Schneider, aussi bizarre que cela puisse paraître, est en fait un roman. Les personnages et les faits sont réels, les propos reproduits avec la plus stricte exactitude, et pourtant Schneider a pris le parti d'en faire "un roman". Belle idée, l'auteur a décidé d'écrire un roman sur la blonde et le psychanalyste, sur les trente mois de leurs rapports, et sur les fameuses dernières séances de Marilyn, avec play / rewind sur les cassettes enregistrées...

"Au fil du temps, l'espace qui séparait Greenson et Marilyn ne s'était pas comblé, mais il s'était en quelque sorte inversé. Ils avaient échangé leurs idéaux et chacun avait pris le symptôme de l'autre. L'analyste s'était laissé prendre dans une fascination croissante pour les films et pour sa propre image. Il évitait les patients et les colloques et passait son temps dans les couloirs de la 20th Century Fox. Marilyn parlait plus, et quand elle avait un interlocuteur à qui se fier, elle trouvait ses mots. Les images lui faisaient peur."

Schneider a su me réconcilier avec l'image de Marilyn, entre les livres où on accuse trop et ceux où on ne dit pas assez, j'avoue m'être perdue dans des tonnes de considérations... bien souvent superflues. Le livre de Michel Schneider rend l'image d'un être mi-ange, mi-démon vis-à-vis de laquelle je ne suis pas fâchée. Il y a une grande intelligencmarilyn_dernieres_seancese dans le portrait dessiné des névroses de Marilyn et une grande objectivité dans la psychanalyse. Marilyn y croyait, fervente admiratrice de l'école freudienne, et pourtant Marilyn appartenait au monde de pacotilles qu'était Hollywood. Elle n'était pas la seule à être victime de ces deux systèmes parasités, on le découvre en lisant ce livre... C'est un "roman" riche, palpitant et lucide. Sans concessions, la réalité crue et sincère, oui il y a beaucoup d'honnêteté dans cette "Marilyn" et j'ai apprécié ce tableau, avec sa tendresse, sa voix, ses amitiés, ses amours et ses colères, ses trahisons et ses bêtises, ses courses vers le sexe, son besoin d'images... Il y a tout ça, en vrac : 530 pages de lecture lumineuse sur un sujet opaque et épineux.

Grasset

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