12/03/07

La nuit retient ses fantômes ~ Shashi Deshpande

Apprenant la mort de sa mère, Saru rentre chez elle, retrouve son père, après quelques quinze années d'absence, d'un départ houleux, fâché avec les siens. Parce que Saru s'est toujours sentie responsable de la mort de son jeune frère, noyé presque sous ses yeux à elle. Donc, responsable de sa mort, reponsable d'être toujours vivante, elle, au lieu du frère chéri. Saru a pris le parti de fuir cette maison où le silence et le ressentiment avaient pris place. Saru a fait des études de médecine, s'est réfugiée à Bombay, a rencontré Manohar, poète charmeur, mais de caste inférieure. Allant une nouvelle fois à l'encontre de sa famille, Saru va épouser Manu/Manohar, avoir deux enfants et devenir médecin, gagnant plus d'argent que son époux, confiné à un poste d'enseignant dans une université de seconde zone...

Shashi Deshpande constitue brique par brique un portrait de femme qui s'est fissuré au fil du temps, depuis une enfance saccagée et meurtrie. Saru représente cette nouvelle femme d'une Inde moderne, contemporaine, la figure d'une femme active, dans sa vie professionnelle et dans le cadre de son épanouissement personnel. Femme, avant tout. Mais son histoire montre combien il est difficile, toujours, de combiner son bien-être intime au paraître de la société, encline au traditionnel et à l'image de la virilité masculine. Saru se dessine d'un chapitre à l'autre, la femme qu'elle est devenue, réfugiée chez son père, traumatisée par son passé, désormais déboussolée dans sa vie de couple. Car les fantômes, la nuit, l'assaillent : il y a celui de son frère, de sa mère mais aussi de son époux, un individu méconnaissable au sein de la couche. Saru tente de panser ses multiples blessures, d'ouvrir un dialogue de sourds avec son père, de comprendre, d'être pardonnée... bref de trouver une voie qui la guidera vers la félicité. "La nuit retient ses fantômes" se révèle vraiment passionnant et montre l'Inde beaucoup plus proche, plus contemporaine et accessible. Loin de l'image traditionnelle et des clichés. Une belle découverte ! (un peu tardive, certes, le roman étant paru en 1980, en édition originale). 

lu en mars 2005

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Vacances indiennes ~ William Sutcliffe

Du bonheur, ce roman ! Frais, pétillant, drôle et cynique, il nous entraîne aux trousses d'un jeune anglais de 19 ans, Dave, parti trois mois en Inde, avec une compatriote, Liz... Mais avant tout ça, remontons les rouages de la machine : Dave a un meilleur ami, James, qui sort avec Liz. James part huit mois faire le tour du monde, Liz et Dave se rapprochent, deviennent intimes et se fâchent trois jours avant leur départ commun pour l'Inde. Laquelle aventure est particulièrement entreprenante pour Dave, typiquement flegmatique et sacarstique dans l'âme, loin d'être baroudeur de surcroît !

Bref, l'épopée en Inde ne va pas manquer de piquant pour ces deux personnages. Le dépaysement, l'isolement et la solitude se joindront parfois à l'excitation et la rencontre d'une culture différente, la chaleur accablante et les dérivés cosmiques du pays. Aussi ce roman présente de manière délirante les divagations des routards, tous rompus à la lecture du Lonely Planet par exemple, et le psychédélisme souvent stéréotypé, mais pas loin de la réalité, très probablement ! JETEZ-VOUS DESSUS !!! UNE BONNE CLAQUE !!!

lu en mars 2005

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Au bar de l'Univers - Benoît Luciani

au_bar_de_l_universIl y a de fortes chances que vous connaissiez Benoît Luciani, on le croise parmi les visiteurs de ce blog sous l'appellation : Ben FAPM Member.. FAPM, me suis-je dit ? Kéçako ?? Une secte ? Un mouvement de libération, de déclamation, de solidarité, de machintrucbidulechouette... ? Alors là je lui demande, Cher Benoît Luciani, c'est quoi FAPM ? ...

Sur ce, revenons à ce livre. Oui, ok. C'est un envoi de l'auteur, une demande gentille, délicate ... comme j'aime. Et pourtant je m'étais faite la promesse de résister aux appels des sirènes (mais je n'ai aucune volonté, je suis d'un naturel trop curieux ! !). Mais j'ai d'autres excuses aussi, et là on ne va pas s'étendre, car cela recule l'instant sacré où l'on parle du livre, enfin ! Alors voilà, j'ai reçu Au bar de l'Univers et déjà cela me plaisait. La couverture d'Yves Jamait est chaleureuse, cela vous invite à y entrer et pénétrer dans cet Univers qui s'annonce original et où le désoeuvrement est permis !

J'ai bien fait d'accepter. Oh non, je ne regrette pas du tout cette rencontre. Et c'est avec un enthousiasme sincère et désintéressé que je vous invite à vous procurer ce livre à votre tour. Vous allez m'en remercier ! ... Le hic, c'est que cette lecture est tellement enivrante et incroyable que j'en ai les mots soufflés !

Les mots étaient justes, sans fard, sans détour. Ils exprimaient la pensée exacte, sans artifice. Ils touchaient à chaque syllabe le creux de l'âme.

Oui, Benoît Luciani a la plume sympathique. Il nous présente en de brefs chapitres ses personnages : Hélène, Thomas, Laurence, Maryvonne, Michael, Jean-Baptiste, Marvyn, Manu... Ils ont entre 35 et 55 ans, sont un peu malmenés par la vie, mariés, célibataires, confus, déboussolés, virés, mais tous prêts à faire de ce jour un tremplin pour un lendemain différent. Par une étrange coincidence, ils se donnent tous rendez-vous au Bar de l'Univers le même soir. Leurs silhouettes se croisent, les mains se touchent, les regards s'effleurent... 3 petits tours et puis ça s'en va...

J'ai lu ce livre d'une traite, complètement saoule par ce flux de mots, par cette apparente facilité d'aligner des petites phrases, de créer avec une aisance étourdissante un esprit à ses personnages et de rendre vivant ce roman ! Oui, ceci est une invitation à courir rejoindre ce quartier du 17ème arrondissement pour poser ses fesses sur une banquette du Bar de l'Univers, saluer de la tête Marvyn qui sirote son whisky au bar, sourire aux retrouvailles émouvantes entre un père et une fille, frissonner d'entendre les éclats de voix de deux loups affamés et se demander comment cet autre homme va rebondir après l'annonce de sa compagne...

C'était bruyant comme d'habitude. Il aimait ça. Le bruit. Non, le brouhaha plutôt. Le flot des discussions qui se croisaient, se rencontraient, s'entrechoquaient. Les verres qui claquaient sur les tables, le cliquetis des briquets, le vrillement des pièces sur les marbres des tables. Les regards aussi vagabondaient d'un groupe à l'autre. On se touchait parfois des yeux. On se faisait des promesses impossibles, ou simplement on s'effleurait en se disant que peut-être... dans une autre circonstance.

Benoît Luciani a déjà écrit un 1er roman : Le bruit des hommes (qui me tente bien, désormais !). Et voici son site : Le bruit des hommes . Je vous recommande de lire cette chronique écrite par Christine Spadaccini - c'est diablement bien dit ! D'ailleurs, moi aussi j'ai eu la réflexion ben, dis donc, il a l'air bien ton bouquin, t'as pas levé la tête une seule fois!  Lisez donc, vous comprendrez ! ça fait l'effet d'une petit bulle euphorisante !!! Et c'est dommage que tout ça se termine, là... j'en veux encore un peu ! :)

Hugo roman, 190 pages (mars 2007).

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11/03/07

Les dimanches de Miss C, Rita et quelques chiens...

Le dimanche, vous faites quoi ?

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Miss C. et son chien ont décidé de consulter les aventures de leurs homologues en papier :

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Le problème, c'est que Rita s'ennuie et son chien Machin passe son temps à dormir. (Miss C. a le même souci !) Elle cherche par tous les moyens à l'entraîner dans des jeux nouveaux et originaux (dompteur de chien obus, coiffeuse, voleuse pourchassée par l'as des chiens policiers, princesse kidnappée par un monstre gluant, dinette de bonbons et cornichons). Mais Machin n'est pas drôle, il ne pense qu'à croiser les bras et ne rien faire du tout. Et puis la journée s'écoule, et voilà ! c'est malin... Une petite histoire qui fait très peur avant de s'endormir, et notre Machin n'a plus l'oeil qui se ferme !! 

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L'album d'Emmanuelle Teyras est une petite merveille de couleur ciel avec des pois blancs, c'est le cahier de vie d'Augustine (petite fille de 3 ans 1/2 qui a un chat du nom de Fernand, des parents, une copine Justine, un meilleur copain Oscar, des grands-parents, une baby-sitter et une maison à Paris). Les dimanches chez Augustine sont toujours l'occasion de faire des tas de choses que la famille n'a pas le temps de faire dans la semaine. Donc, le dimanche, ils vont au marché, invitent des amis, vont à la piscine, pique-niquent au parc, se promènent, font du vélo, cuisinent, vont au cirque, etc. Pas mal du tout, album très riche, coloré et joliment illustré. Miss C. adore !

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Nous, le dimanche, c'est bricolage. Vivement les beaux jours pour courir les vide-greniers ! Bon dimanche à tous...

Le dimanche de Rita & Machin, par Ph. Arrou-Vignod & O. Tallec (gallimard jeunesse) / Mes dimanches, par Emmanuelle Teyras (mango jeunesse)

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Eurovision, nous voilà !

France : 12 points ! ! !

les Fatals Picards / l'amour à la française

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10/03/07

La cinquième colonne (1942)

saboteur4Dans une usine de fabrique d'avions, deux employés interviennent pour éteindre un incendie criminel. Hélas, le meilleur ami de Barry Kane est tué et l'enquête tend à suspecter Kane d'être l'auteur de cet acte de sabotage.
Une chasse à l'homme commence. Barry décide de retrouver un certain Fry qui se trouvait sur les lieux du crime et qui a étrangement disparu depuis. Il se rend dans un ranch où il fait la connaissance de Charles Tobin. Il devient très vite évident que cet homme est la tête pensante d'un groupe de terroristes décidés à accomplir un sabordage à l'échelle nationale contre les Etats-Unis qui sont entrés en guerre après l'attaque de Pearl Harbor.
En chemin, Kane va rencontrer la délicieuse Patricia Martin qui prône de hautes idées de citoyenneté et de patriotisme à faire hérisser les poils sur les bras. Selon elle, Kane est présumé coupable, il faut le livrer à la police.

saboteur2Or, Hitchcock commence à distiller le doute en milieu de parcours. Il devient flou, Kane est-il réellement honnête ? n'a-t-il rien à se reprocher ? Non. C'est impossible d'effacer de sa mémoire le passage éclair de l'étrange Fry au regard froid et vil. On le croise à nouveau, du côté de New York, où Kane et Patricia le pourchassent. Une nouvelle menace pèse sur un navire américain, il faut compromettre la mission terroriste et démasquer Fry, Tobin et toute la clique.

Film d'espionnage, chasse à l'homme, complot d'une unité malfaisante planquée au coeur de l'Amérique vertueuse et forte de ses valeurs de défense nationale... Ce sont les thèmes chers d'Alfred Hitchcock qui sont exploités dans ce film. Le réalisateur n'hésitera pas à reprendre cette thématique dans des films plus percutants, avec des têtes d'affiche plus croustillantes que Robert Cummings et Priscilla Lane (que je trouve charmante, cependant !). saboteur1

"La cinquième colonne" peut se vanter d'offrir quelques scènes stupéfiantes, qu'on doit souvent à l'acteur Norman Lloyd qui incarne le perfide Fry. Rappelons donc la rencontre avec le pianiste aveugle, l'échappée belle en compagnie de la troupe de cirque, la scène de bal, la fierté déplacée de Fry dans son taxi après le plan du navire échoué, le final au sommet de la Statue de la Liberté...
Ces moments forts assurent au spectateur un coup de jus pour l'adrénaline. Pour moi, ce n'est pas l'un des meilleurs films du Maître, même s'il demeure indispensable et à voir sans aucun doute !

La cinquième colonne, film d'A. Hitchcock (1942) - avec Priscilla Lane, Robert Cummings, Otto Kruger, Norman Lloyd. Titre vo : Saboteur.

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Le prince pas charmant ~ Pascale Boisset

Qui a dit qu'une séparation se faisait forcément dans les larmes, la bataille et le désarroi à longueur de pages et de pages et de pages... ?
En lisant le roman de Pascale Moisset, vous changerez d'avis ! Le Prince Pas Charmant parle d'un couple qui se sépare, un couple qui a deux enfants très jeunes, un couple qui a du mal à se quitter, qui n'est pas sûr d'avoir pris la bonne décision, bref : un couple qui s'éloigne lentement, tout en douceur et en finesse, et qui part vers d'autres eaux... Et tout ça est raconté avec beaucoup d'humour, sous forme de très courts chapitres, intitulés de manière judicieuse et avec impertinence. Franchement, on sourit ! ça donne presque envie de se séparer, tellement l'épreuve est commentée avec justesse, sans apitoiement et de façon à dire: demain est un autre jour.
Si vous hésitez encore, si vous pensez que la couverture est niaise et révèle le niveau de sa littérature (hum..), détrompez-vous : l'écriture est vive et moderne, l'histoire est d'un esprit bon enfant, mais lucide, cocasse et sort de l'ordinaire.
Tableau d'une rupture qui vous redonne le moral !

mars 2004

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Psychose (1960)

psycho7Un vendredi après-midi, dans la ville de Phoenix. Dans une chambre d'hôtel, un couple d'amants se prélasse avant d'entamer une discussion plus sérieuse. La jeune femme est lasse de l'inertie de leur relation, elle souhaiterait hâter la chose, la rendre plus officielle, sortir du bourbier financier son compagnon, ne pas attendre les deux prochaines années pour espérer un mariage.
Marion est fatiguée, convaincue d'être la favorite du Malheur. Au boulot, elle obtient la confiance de son patron en recueillant 40.000 dollars versés par un nouveau client. Marion doit porter la somme à la banque.
La minute d'après, on la surprend dans sa chambre. Elle se change, elle remplit une valise, elle est fébrile. Gros plan de la caméra : l'enveloppe avec les 40.000 dollars est sur son couvre-lit.
Marion a dérobé l'argent, elle prend la fuite rejoindre son amant. Elle pense que cette somme d'argent inespérée pourra résoudre ses problèmes. En chemin, Marion ressasse ses pensées. Avant de quitter Phoenix, elle a été surprise par son patron qui la croyait alitée chez elle car elle s'était plainte d'une migraine et avait demandé à partir plus tôt.

psycho4Marion continue de paniquer. En route, elle croise un policier avec des lunettes noires. Elle est glacée d'effroi, décide ensuite de changer de voiture. Son comportement laisse perplexe le garagiste, le mécanicien et le policier. Le spectateur est scotché.
Dans la nuit, Marion décide de faire halte dans un motel. Elle y fait la rencontre de Norman Bates, un jeune homme élégant, séduisant, qui semble hélas subir la présence autoritaire de sa mère.

Marion est fatiguée et torturée par le poids de la culpabilité. Elle conclue qu'elle ferait mieux de rentrer et rendre l'argent. Soulagée, elle décide de prendre "une douche purificatrice"...

psycho5"Psycho" est le film de l'absolu, la référence du Maître Hitchcock. Tout le monde connaît la scène culte de la douche, tout le monde a déjà entendu le dénouement, mais il faut voir et revoir ce film. Le réalisateur a été très pointilleux sur sa construction en deux parties : d'abord la montée de l'adrénaline aux trousses de Marion, puis la vague de soupçons et d'inquiétudes avec la disparition des auteurs du début. Le scénario est taillé pour garantir les frissons, pour assurer le suspens grandissant.
Il faut taire l'essentiel pour assurer le succès de ce film. Et même si je le revois aujourd'hui pour la énième fois, perdant un peu de ce goût de soufre de la 1ère fois, je trouve que le film n'a pas perdu une miette de son but initial : filer la frousse, pousser au crescendo la cabale de Marion, interprétée par la fantastique Janet Leigh, et rebondir derechef avec une autre intrigue tout aussi flippante.
On doit aussi à Anthony Perkins d'apporter à cette atmosphère lugubre son jeu effarant et d'une grande virtuosité. Psycho6

A noter, pour finir, la présence de Pat Hitchcock (la fille d'Alfred & Alma !) qui joue la collègue de boulot de Marion Crane.

Psychose, film d'A. Hitchcock (1960) - avec Janet Leigh, Anthony Perkins, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam ... Titre vo : Psycho.

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Fenêtre sur Cour (1954)

Fenetre2Greenwich Village, appartement au 2ème étage. Un homme fait la sieste, sa jambe gauche dans le plâtre. C'est un reporter-photographe. D'être coincé chez lui le rend nerveux, et ça l'ennuie. Il passe le temps à regarder par la fenêtre ses voisins. Progressivement, il s'y attache : la danseuse sexy, le compositeur de musique, la vieille fille solitaire, le couple sur son balcon, les jeunes mariés...
Une nuit, Jeffries est réveillé par un cri de femme. Effrayant. Pourtant, aucun signe dans le voisinage.
Au petit jour, il se surprend à observer son voisin d'en face, sa femme qui passait ses journées au lit semble absente. L'homme a un comportement étrange. Il sort la nuit sous une averse orageuse en allant et venant avec des valises. Il enveloppe une scie, emballe tous les vêtements de son épouse dans une grosse malle.
Jeffries songe à un meurtre. Il en parle à son infirmière, à sa fiancée (la ravissante Lisa interprétée par Grace Kelly) et à un détective mais tous le déboutent. Et puis il est critiqué pour son voyeurisme déplacé. C'est une grave atteinte à la vie privée d'autrui.
fenetre6Et pourtant, le dénommé Thorwald est inquiétant. A bien l'observer, oui, Lisa pense que la théorie de Jeffries est plausible !

Pendant presque deux heures, on assiste auprès du personnage de James Stewart à espionner son voisinage, à suivre ses regards, à partager ses pensées, à trembler pour lui.
Hitchcock a restitué un plateau de tournage à la hauteur de ses ambitions. Ce Greenwich Village façon années 50, on y croit, on s'y sent comme chez soi, on swingue en écoutant du jazz, on butine en prenant un bain de soleil, on se regarde de coin, derrière son volet, même si chaque appartement affiche sans pudeur son intérieur. Peut-on blâmer James Stewart de prendre ses jumelles (puis son appareil photo avec zoom hyper puissant) pour tromper son ennui ?
fenetre8Comme le souligne Hitchcock, nous sommes tous des observateurs, ce n'est point un défaut, cela dépasse la curiosité. Sa technique pour "Fenêtre sur Cour" impliquait la théorie : "Le cinéaste n'est pas censé dire les choses. Il est censé les montrer." Et il faut reconnaître ce génie, Hitch sait nous raconter une histoire, il nous captive, il badine avec un peu de sentiments (la bluette entre Jeffries et Lisa), mais surtout il introduit le doute, l'angoisse et exploite le voyeurisme pour déjouer un meurtrier potentiel.

C'est du grand Art ! "Fenêtre sur Cour" comporte plusieurs éléments qui sont aujourd'hui décortiqués, analysés, référencés, etc. Une recherche sur le net vous en donnera tout le poids, c'est flagrant. Ce film figure parmi les oeuvres majeures de son réalisateur, notamment parce que l'histoire est du jamais-vu, parce que les acteurs Lonelyhearts1sont étonnants, parce que l'ambiance mêle l'insouciance et la tension suspecte...

A noter aussi la lecture du roman de Sébastien Ortiz  "Mademoiselle Coeur Solitaire" (Gallimard) qui donne une vraie vie à un personnage secondaire de ce voisinage, Miss Lonely Hearts ! Très bon roman !

Fenêtre sur Cour, film d'A. Hitchcock (1954) - avec James Stewart, Grace Kelly, Thelma Ritter, Raymond Burr, Wendell Corey, Judith Evelyn... Titre vo : Rear Window.

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09/03/07

Le livre du Temps, Tome 1 : La pierre sculptée - Guillaume Prévost

livre_du_temps_1Samuel Faulkner vit chez ses grand-parents depuis la mort de sa mère, il y a 3 ans. Son père Allan, surnommé “le prototype de l'original”, a ouvert une librairie de livres anciens dans un quartier plus reculé de la ville. Quand dix jours passent sans avoir la moindre de ses nouvelles, Sam commence à s'inquiéter. Il se rend alors jusqu'à la librairie et découvre dans la cave une étrange statuette avec des jetons autour. Il touche à tout, puis ressent une sensation de chaleur... L'instant d'après, il se retrouve sur l'île d'Iona en l'an 800, chez une communauté de moines. L'aventure n'en finit pas. Et de chapitre en chapitre, Sam voyage dans le temps, débarque dans des situations épineuses. Il n'a toujours pas trouvé son père et tente malgré tout de rentrer chez lui. 

Ce tome 1 d'une saga absolument passionnante est une introduction fort habile et enthousiasmante. On y fait la rencontre d'un adolescent taciturne qui deviendra le héros d'aventures incroyables. Intrépide et futé, Samuel Faulkner se dévoile au fil des épisodes, à travers une épopée jubilatoire. On passe du Moyen-Age à l'Egypte ancienne sans moufter, puis retour dans le présent avant de reprendre l'enquête. C'est passionnant. Même le livre en lui-même est esthétiquement parfait, il se présente comme un grimoire, avec une couverture cartonnée et une jaquette étonnante. Ce début de trilogie est plus que prometteur ! 

Gallimard Jeunesse, 237 pages (2006)

  • Clin d'oeil : « Sam essaya de rassembler ses maigres connaissances sur l'alchimie : il avait entendu parler de la pierre philosophale - merci Harry Potter - , de la fabrication de l'or à partir du plomb ou du mercure - il ne se souvenait plus - et puis c'était tout. Il faudrait y aller à l'instinct... »

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