29/10/06

La petite musique du Dimanche

... Tous les avions sont passés sans me voir
A l’horizon le ciel est noir
Quand les histoires se terminent mal et qu’on les ramasse
Y a des silences et des souvenirs qui laissent des traces.
Lentement je refais surface
Fin de l’hiver une histoire qui s’efface,
Doucement je remplis l’espace
Quand je vois la mer je ne bois plus la tasse,
C’est comme ça que j’oublie
Qu’c’est toi qui m’a volé ma vie
Quelquefois je m’ennuie
Alors j’vais danser sous la pluie
Du lundi au dimanche mise à nu
Mes jours sont des nuits blanches.

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28/10/06

La Femme en vert - Arnaldur Indridason

femme_en_vert.. Mais quoi ? Je croyais la suprématie anglosaxone indétrônable dans le registre polar et policier, mais non ! La bibliothèque nordique est capable de sérieusement remettre en question les plus plates données, essayez donc avec l'islandais Arnaldur Indridason. Quelques clés pour réussir : des personnages au look ordinaire, aux tourments universels, des hommes et des femmes accablés par la vicissitude quotidienne... Le commissaire Erlendur et son équipe, les inspecteurs Elinborg et Sigurdur Oli, sont appelés sur une enquête d'ossements retrouvés sur un terrain vague. Le squelette doit bien être enterré là depuis soixante ans, les policiers doivent remonter les pistes, fouiller le passé et retrouver les locataires d'une maison d'été. L'équipe va travailler en terrain boueux, car va s'ajouter une histoire spectrale d'un drame conjugal : une femme battue par son mari, sous les regards effarés de leurs enfants. De l'autre côté, Erlendur est également confronté à sa propre défaite quand il reçoit le coup de fil de sa fille, qui appelle au secours.

On secoue le shaker et on obtient un cocktail subtil, qui dépasse la simple qualification de "roman policier", avec une intrigue en béton, qui joue avec nos nerfs, et cette bouleversante confession d'une famille qui vit le drame de la violence conjugale n'est pas en reste pour nous tordre le coeur. Là j'avoue être complètement conquise (hmm, touchée...) par ce livre, les personnages, et l'ambiance islandaise, très âpre. Les voyages dans le temps épicent le récit, lui donnent un regain d'intérêt et l'ensemble est prodigieux. Honnêtement, un très bon moment de lecture !

Métailé

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26/10/06

Autoportrait en vert - Marie NDiaye

autoportrait_en_vertDécembre 2003. La Garonne menace de déborder de son nid, les habitants sont dans l'attente. Il faut attendre et surveiller. Alors, la narratrice se penche sur ses souvenirs de "femmes en vert" : une jeune femme en short, une femme nichée sous un bananier dans la cour de sa ferme, une ancienne meilleure amie désormais mariée à son père, sa propre mère et une petite fille prénommée Bella, une pendue qui hante la mémoire de son mari et sa nouvelle épouse... Pourquoi sont-elles toutes à la croisée de son chemin ? Pourquoi tout ce vert ?.. Et quelle est cette chose noire et rapide que son entourage aperçoit, mais qu'elle ne voit pas, si ce n'est qu'elle ressent les frissons l'envahir ?

"Autoportrait en vert" de Marie NDiaye n'est pas un devoir d'introspection, ce n'est pas une sincère autobiographie. La narratrice exerce plutôt un travail de conscience entre elle et la couleur verte qu'elle trouve chez les femmes. Elles sont là, quelque part, la preuve de sa propre originalité, elles ornent ses pensées, sa vie souterraine, la boostant pour traverser calmement ces moments d'hébétude, d'ennui profond, de langueur désemparante. Elles sont là, "à la fois êtres réels et figures littéraires sans lesquelles l'âpreté de l'existence me semble racler peau et chair jusqu'à l'os". Mais c'est une histoire complexe et paradoxale, avec des ombres fantomatiques qui traînent leurs chaines dans son récit. Cela n'empêche de se sentir désemparé et perplexe, mais Marie NDiaye est capable d'écrire la plus inepte histoire avec une grâce incomparable (attention, "autoportrait en vert" n'est pas inepte!) - c'est tout bonnement impossible de s'en passer !

Folio

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L'été - René Frégni

l__t_Tous les matins, Paul prépare sa terrasse pour son restaurant "Le Petit Farci" qu'il gère avec son ami Tony. C'est bientôt l'été dans ce pays du sud de la France, baignée par le soleil, le calme et l'arrivée imminente des touristes. Un jour sur la plage, Paul croise une jeune femme brune très belle et mystérieuse qui écrit sur un cahier. Il l'aborde, est séduit par son charme et l'invite à lui rendre visite dans son restaurant. Elle viendra, une semaine après. Paul n'espérait plus cette vision idyllique, contient ses émois et commence avec cette beauté fatale une amitié pudique, en attendant de passer à l'acte, sous la demande subite de cette femme.

Sylvia est troublante, étonnante et tourne la tête de Paul. Elle lui apprend qu'elle partage sa vie avec un artiste fou qui menace de tuer son amant (Paul) et de mettre fin aux jours de Sylvia. Elle est attachée à "ce loup", ne veut pas le quitter et confie ses angoisses à Paul. L'homme devient jaloux, ne dort plus de ses nuits, abandonne son boulot, surveille Sylvia pour la protéger et la débarraser de son compagnon... Et puis, les choses se passent tout autrement.

"L'été" de René Frégni est une histoire d'amour tragique, une passion dévorante d'un homme pour une femme à la séduction destructice. L'été de Paul va être celui des nuits sans sommeil, des délires les plus insensés, d'une plongée sans fin dans l'alcool, les souffrances et le machiavélisme. Sylvia est une femme superbe, avec ses blessures secrètes. Elle recherche chez les hommes bien plus qu'un regard concupiscent. Dans "L'été", on assiste donc à un théâtre de drames intimes dont les cartes s'abattent en coulisses, c'est un cruel et sombre duel entre une femme fatale et un homme désespéré par son amour. Ce roman, très bien écrit, est poignant. Surtout dans son dénouement.

Folio

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Les Guerres du Miroir, Alice en exil (T.1) - Frank Beddor

 

alyssAu cours du 7ème anniversaire de la princesse Alyss, un soulèvement conduit par Redd, la soeur de la reine Geneviève, amène au massacre du couple royal et force la fillette à fuir en traversant le miroir. Elle débarque dans l'Angleterre du 19ème siècle dans un orphelinat misérable où la famille Liddell vient l'adopter et l'emmener à Oxford. Là l'enfant grandira en se détachant de son passé, persuadée d'avoir été abandonnée, trahie et incomprise, surtout depuis la récente parution d'un livre sordide inspiré de ses confidences au Révérend Dodgson.

A près de vingt ans, Alyss a décidé de se marier avec le Prince Leopold d'Angleterre... mais c'est sans savoir le profond gouffre dans lequel est plongé son royaume, où un groupe de résistants, les Alyssiens, tentent de combattre l'Imagination Noire de la reine Redd, espérant le retour de leur princesse, un jour prochain. C'est le Chapelier Madigan qui est chargé de retrouver Alyss pour la ramener chez elle et sauver le Pays des Merveilles.

Ce 1er tome de la trilogie des Guerres du Miroir est une brillante idée et une aventure passionnante, qui s'inspire de la fameuse Alice du livre de Carrol, mais qui l'exploite de manière plus sombre. C'est effectivement une histoire de guerre dans cette saga de Frank Beddor avec soif de vengeance, réglements de compte et armée de résistance. On est honnêtement très, très loin de Lewis Carrol, et ce n'est pas un manque de respect pour l'oeuvre originale.

A chacun d'ouvrir son esprit, de rencontrer cette autre Alyss, princesse perdue de son Pays des Merveilles, en compagnie de personnages récurrents, comme le Chapelier Madigan, le précepteur Bibwit Harte, le général Doppelgänger, la Tour Blanche et le farouche Dodge Anders. En décor, on croise la Chenille Bleue, les Figures, un Gouinouk, des Jabberwocky, le Chat assassin à la botte de Redd et des soldats-cartes. "Coupez-leur la tête" ! est le cri démoniaque de la redoutable Redd. C'est par ces détails qu'on croise le "spectre" de l'original, mais sans quoi, on oublie très vite et on est complètement captivé par cet épisode, "Alice en exil".

Destiné à un public adolescent, ce livre peut ravir un public plus large, sachant qu'il prendra entre les mains un récit plus obscur, plus sanguinolent, plus romanesque aussi. L'histoire entre Alyss et Dodge Anders ne manque pas d'étincelles... Ne vous fiez pas à l'illusion guerrière, cette trilogie est également une reconstruction de soi et un hymne à l'imagination, le personnage d'Alyss est fin, délicat, très sensible. Son aventure promet monts et merveilles ! 

Bayard Jeunesse - 352 pages - Traduit par Sidonie van den Dries * 15,90 €

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25/10/06

Nip / Tuk Saison 2

Le début de cette saison 2 frise la catastrophe, honnêtement j'ai trouvé les trois premiers épisodes complètement nuls, à plonger encore une fois et trop facilement dans des scènes gratuites de sexe et de névrose. Bof ! J'attends mieux des Drs McNamara et Troy qui ont enfin fêté leurs 40 ans. Pour cela, grosse remise en question pour ces messieurs, à propos du temps qui passe et de leur pouvoir de séduction qui se fane lentement...

Sean et Julia avaient réussi à raccorder leur couple, pourtant en rencontrant la coach de vie Ava Moore la vie des McNamara va s'effondrer et plonger toute la famille dans la panique. Un drame est à l'horizon. De son côté, Christian veut absolument être le père du petit Wilbur, le fils de Gina. Mais la jeune femme est déséquilibrée et ruine toutes les chances du chirurgien. Christian va progressivement se racheter une conduite, devenir un homme plus raisonnable et à l'écoute de ses émotions. Avec Sean, il va être confontré aux victimes d'un violeur en série, surnommé le Découpeur.

La saison 2 se termine d'ailleurs sur l'angoisse, les larmes et l'horreur ! Ouf, la suite des épisodes a relevé le piètre niveau du début. Les scénaristes n'ont pas chômé et ont décidé de rendre à Julia McNamara la vie de plus en plus compliquée, de libérer la frustration de Sean et de sensibiliser le séducteur impénitent qu'est Christian. La saison gagne honnêtement en séquences dramatiques, plus les incontournables scènes "choc" des opérations de chirurgie esthétique (pas évidents à encaisser, mais soulagées par une bande musicale toujours impeccable).

Nip / Tuck est une série étonnante, plus riche qu'on ne le pense, bien au-delà de ses clichés érotiques et glamour. D'ailleurs, cette saison a accueilli quelques "special guest stars", comme Vanessa Redgrave (qui interprète la mère de Julia), Famke Janssen, Alec Baldwin et Rebecca Gayheart... A suivre avec attention !

vu en octobre 2006

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Mercredi, jour des enfants

pakita_fee_roussePakita est une fée rousse à lunettes, originaire de Normandie, ancienne institutrice et éternelle passionnée de théâtre. Un jour, la Reine des Fées décide de la convoquer pour lui confier des missions en compagnie de ses amis lutins. Tous partent dans un fantastique voyage au pays des contes, pour comprendre pourquoi les habitants du Pays du milieu de la mer sont devenus si méchants avec les étrangers. En chemin, Pakita et ses lutins vont rencontrer d'autres aventures, un soupçon de danger, des éclats de rire, des chansons et beaucoup de plaisir. Pour toute baguette magique, Pakita a effectivement ses chansons joyeuses et rythmées. Et une formule magique : flic, floc, et zut et pouic !  Ça pétille et ça bouge ! Ce livre est incroyable, il respire la bonne humeur, il apprend de belles leçons de courage et de tolérance. Il n'est pas livré avec le cd, c'est dommage, et d'ailleurs ce livre publié en 2002 n'a jamais donné de suite. Ma fille est une fan des albums de Pakita, qui existent en plusieurs volumes (quelques infos sur le Cd 1 ). Elle a naturellement succombé au livre de La Fée Rousse à Lunettes, qui n'est pas une adaptation du disque, cela va beaucoup plus loin. Je conseille de découvrir tout l'univers de Pakita... Un beau voyage au pays de la féerie et de l'amitié, où règnent gentillesse, respect et entrain. Cela me ramène au temps magique du Mystérieux Voyage de Marie Rose ... (nostalgiques, cliquez ici ! )   :-)

IMGP2487

(photo volontairement floue...)

  • Pakita La Fée Rousse à Lunettes est en spectacle à partir du 11 novembre 2006 au théâtre de la  Gaité Montparnasse à Paris.

Rageot Editeur

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24/10/06

Le roman d'Oxford - Javier Marias

 

le_roman_d_oxfordLe narrateur a quitté Madrid pour venir enseigner à l'université d'Oxford pendant deux ans. Quatre mois après son arrivée, il tombe sous le charme de Clare Bayes, une femme mariée, mère d'un garçon envoyé dans un pensionnat pour ses études. L'espagnol est dépassé par la vie à Oxford, par son ambiance, ses us et coutumes, comme les fameux "high tables" où tous les universitaires se rassemblent autour d'une table pour un repas pantagruélique, tous vêtus de leur toge, engoncés et guindés, cherchant dans l'alcool le dégrisement nécessaire pour chasser l'engourdissement et l'ennui.

La vie à Oxford apporte aussi son lot d'enthousiasme, l'homme se découvre une passion pour les vieux livres et fouillent toutes les librairies poussiéreuses pour dénicher les ouvrages de Machen et Gawsworth. C'est ainsi qu'il rencontre un étrange individu, dénommé Alan Marriott, qui l'encourage à s'inscrire dans un club fermé de la "Machen Company". Mis à l'écart par sa maîtresse, le narrateur va courir les rues d'Oxford où il scrute les mines patibulaires des clochards avec une fascination malsaine et déplacée, y voyant quelques reflets prémonitoires, ou déjà bien réels. L'homme traverse une crise, nommée "perturbation", qu'il tente de dominer, grâce notamment à Cromer-Blake, son guide et protecteur dans la ville d'Oxford. "Je me rendis compte que mon séjour à Oxford serait certainement, à son terme, l'histoire d'une perturbation; et que tout ce qui y commencerait ou y surviendrait serait touché ou coloré par cette perturbation globale et ainsi, condamné à n'être rien dans l'ensemble de ma vie, qui elle n'est pas perturbée : à se dissiper et tomber dans l'oubli comme ce que racontent les romans ou comme presque tous les rêves. C'est pour cette raison que je fais aujourd'hui cet effort de mémoire et cet effort d'écriture, car je sais qu'autrement je finirais par tout effacer."

C'est ainsi que j'ai complètement douté de ce livre : s'agit-il d'un roman ou d'un témoignage romancé à partir d'une expérience réelle ? Car en 1983, l'écrivain Javier Marias est parti enseigner à Oxford et "Le roman d'Oxford" sera publié quelques années plus tard. Dans le portrait de Marias, on découvre des points communs avec le contenu de ce livre, notamment sur Gawsworth et sur le royaume de Redonda, ce qui me pousse davantage à opter pour la deuxième option pour appréhender ce livre. "Le roman d'Oxford" est effectivement un roman virtuose et ironique, écrit avec élégance, rigueur et montrant une grande érudition. Toutefois je me suis sentie plus d'une fois mise de côté et perplexe entre ses lignes, en gros j'ai trouvé ce livre usant. Il emprunte beaucoup de pistes, il brouille le fil conducteur et immanquablement le lecteur se perd. Mais d'un autre côté, j'ai trouvé qu'il était brillant dans sa peinture de la ville d'Oxford et du microcosme universitaire. Voilà pourquoi ce livre est habile, narquois mais galant. Cela fait beaucoup à penser pour un seul livre, il faudrait sans doute le lire en plusieurs fois...

Folio

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23/10/06

La folle du logis - Rosa Montero

la_folle_du_logisCe livre de Rosa Montero est en vrac un essai sur la littérature, sur l'écriture, sur l'imagination, sur la folie et sur la passion amoureuse. Tout va de paire, aucun des éléments cités n'est dissociable, et Rosa Montero l'explique, le démontre et cite avec passion de beaux exemples piochés dans Italo Calvin, Goethe, Kipling, Rimbaud, Philip K. Dick, Truman Capote, Martin Amis, Stevenson, Marguerite Yourcenar ou les Mille et Une Nuits. Honnêtement, ce livre est, à mes yeux, un enchantement du début à la fin et séduira tous les lecteurs et les inconditionnels du monde de la littérature et des coulisses des écrivains, des mystères de leur mécanique, du leitmotiv des uns et des autres qui les pousse à aligner d'aussi beaux mots pour créer l'étincelle. Moi, je raffole ! J'en ai souligné des passages que je trouvais pertinents, ou des points qui interpellaient la sensibilité de la lectrice que je suis.

En somme, dans "La folle du logis" (qui est, comme chacun le sait, l'appelation de Sainte Thérèse d'Avila pour évoquer l'imagination), Rosa Montero n'hésite pas à montrer l'écrivain comme un personnage vaniteux ou maudit, éperdu de reconnaissance, buté dans son jugement de valeurs, persuadé d'être l'éternel incompris, essouflé de courir après toujours plus de flatterie, jamais repu des critiques élogieuses, ou même suspicieux envers les compliments, avare de confidences, ou trop bavard sur son intimité, etc. etc. Le portrait de l'Ecrivain n'est jamais défini tant les exemples sont nombreux à fausser quelques vilaines idées reçues, notamment concernant le chapitre des écrivains femmes / écrivains féministes ? La sempiternelle question, qui exaspère Rosa Montero. Et celle-ci n'en mène pas large, quand elle se dévoile, elle déjoue les pronostics et livre quelques billes. Pourtant ce croustillant épisode avec M., l'acteur européen qui a remporté un succès à Hollywood dans les années 70, n'a pas cessé de revenir à la charge, indiquant ainsi que l'imagination, cette araignée qui sommeille sous le plafond, est une idée folle et capricieuse, qui s'amuse avec les mots, l'intime et la crédulité du lecteur ! C'est une fine escroquerie, chapeau Madame !

Métailié

  • La fiction est à la fois une mascarade et un chemin de libération. D'une part, elle masque notre moi le plus intime sous prétexte d'histoires imaginaires, c'est-à-dire qu'elle déguise notre vérité la plus profonde sous les oripeaux multicolores du mensonge romanesque. Mais, d'autre part, permettre à la folle du logis de s'exprimer en toute liberté n'est pas chose facile... (...)  Le bruit de notre propre vie est toujours gênant, c'est pourquoi il nous faut prendre de la distance.
  • Le métier d'écrivain est très paradoxal : on écrit d'abord pour soi-même, pour le lecteur qu'on porte en soi ou encore parce qu'on ne peut pas faire autrement, parce que la vie nous est insupportable sans l'aide de l'imagination ; mais en même temps on a absolument besoin d'être lu et pas seulement par un seul lecteur si fin et si intelligent soit-il, quelle que soit la confiance qu'on puisse avoir en son jugement. Il nous en faut plus, beaucoup plus, infiniment plus à vrai dire, une foule considérable, car notre fringale de lecteurs naît d'une avidité profonde et insatiable, d'une exigence sans limites qui frise la folie et m'a toujours semblé extrêmement bizarre.
  • Je ne connais pas un romancier qui ne soit affligé du vice insatiable de la lecture. Nous sommes, par définition, des bêtes de lecture. Nous rongeons inlassablement les mots contenus dans les livres comme les vrillettes passent leur vie à dévorer du bois.  (...) Car enfin, comment peut-on vivre sans lecture ? Cesser d'écrire, c'est peut-être la folie, le chaos, la souffrance mais cesser de lire, c'est la mort instantanée. Un monde privé de livres est un monde sans atmosphère, comme la planète Mars. Un univers impossible, inhabitable.
  • Lire, c'est vivre une autre vie.

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Echappée de lecture

" L'écrivain écrit sans cesse. Ce torrent de mots qui bouillonne constamment dans son cerveau est la particularité du romancier. J'ai rédigé beaucoup de paragraphes, d'interminables pages et un nombre incalculable d'articles tout en promenant mes chiens, par exemple : dans ma tête, je déplace les virgules, change un verbe pour un autre, peaufine un adjectif. Il m'arrive parfois de rédiger mentalement la phrase parfaite et, si je ne la note pas à temps, je ne la retrouve malheureusement plus. J'ai souvent ronchonné en essayant désespéremment de récupérer ces mots exacts qui avaient illluminé un instant l'intérieur de mon crâne avant de disparaître à jamais dans l'obscurité. Les mots sont pareils à ces poissons des grandes profondeurs, un simple scintillement d'écailles au milieu des eaux noires. S'ils se décrochent de l'hameçon, on a peu de chance de les repêcher. Les mots sont rusés, rebelle et fuyants. Ils n'aiment pas être domestiqués. Dompter un mot (en faire un cliché) c'est le tuer. "

La folle du logis - Rosa Montero

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