08/04/07

Spirales ~ Tatiana de Rosnay

"Spirales", dernier né de l'auteur Tatiana de Rosnay, est une assurance à l'angoisse, au suspense et à l'escalade de l'horreur.
Le roman commence par la fin: l'héroïne Hélène est seule dans sa cuisine avec un cadavre sur le carrelage. Comment en est-elle arrivée là? ce n'est pas imaginable.. Il faut tout raconter depuis le commencement.
Et ça commence par une simple rencontre, un jour d'été caniculaire. Hélène croise le chemin d'un homme qui lui propose de le suivre... Troublée, elle cédera à la tentation. Elle, Sainte Hélène, cinquante ans, mariée depuis trente ans, deux enfants, des petit-enfants, dévouée à la Paroisse, à la bibliothèque, femme et épouse modèle, rien à dire sur elle. Sauf ce jour-là, elle cède à cet appel de la chair, elle cède au plaisir mais hélas, l'homme succombe à une crise cardiaque. Paniquée, Hélène s'enfuit, persuadée de ne laisser aucune trace -si ce n'est son sac à main avec son agenda, son porte-feuille et tous ses papiers. Convoquée au poste de police, Hélène avouera s'être fait voler et ne pas connaître cet homme mort. Hélène entre dans la quatrième dimension...
Car c'est en succombant au charme d'un étranger qu'Hélène pénètre, sans s'en doute, dans une spirale de l'angoisse et de l'horreur. Quelqu'un a tout vu et ce quelqu'un va la faire chanter. Paralysée à l'idée de tout révéler à son mari et à ses proches, Hélène va s'enfermer dans un mensonge qui la conduit à de plus en plus catastrophiques aventures. Pauvre d'elle! Hélène Harbelin, la respectable, serviable et distinguée Hélène Harbelin... "Cinquante ans et une vie passée à se dévouer aux autres."
Dans son malheur, Hélène va se découvrir une autre personnalité. Liée à son image parfaite, elle s'aperçoit combien elle est seule, combien personne ne prend soin d'elle ou ne se soucie de ce qu'elle pense. Cette tragédie fait d'elle aussi une victime : Hélène est victime d'elle-même, de ce carcan imposé depuis des années avec son consentement.
L'histoire nous apprend davantage: l'escalade de l'impensable et de l'inimaginable happe le lecteur sous forme de courts chapitres qui se succèdent à un rythme décadent. L'ambiance est étouffante. L'angoisse latente. La spirale embarque l'héroïne et son lecteur dans ce train d'enfer...
Entrez dans cette quatrième dimension. La plume de l'auteur est alerte, vive et met un point d'honneur à nous tenir en haleine. Jusqu'à la chute finale... (toujours aussi déroûrante). Bravo, et merci l'auteur.

avril 2004

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C'était mon idole !

Je n'avais pas 6 ans ...

Et aujourd'hui c'est ma Miss C. qui passe en boucle le cd "compilation" quand elle barbote dans son bain. C'est tout de même mieux que toutes les autres âneries qu'on leur propose pour leur âge (non, je ne donne pas de noms).

Pourquoi le lapin ???  Euh ... cherchez bien dans le jardin : il est en CHOCOLAT !!!!!! :D

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La poule de chocolat qui cherchait le printemps

Ce matin-là, veille de Pâques, au petit jour, il se passa quelque chose d'extraordinaire dans la boutique du confiseur. Toutes les cloches en chocolat se mirent à sooner : ding, ding, fit légèrement la plus petite. Ding, don ! répondit la suivante. L'une chanta plus fort : Ding, ding, don ! La plus grosse alors, gravement, approuva ! Baoum ! Baoum ! Et toutes ensemble carillonnèrent.

Elles réveillèrent Chocoline, la grosse poule de chocolat, pleine de petits oeufs à la liqueur, qui dormait sur son nid. Elle voulut s'étirer, mais le grand noeud de ruban rouge qui l'enserrait l'obligea à rester tranquille :

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle.

Toutes les cloches répondirent :

- Pâques arrive... Pâques, Pâques !  C'est le printemps ! Ding ! Ding, don ! Ding, ding, don !

- Comment est-il le printemps ?

- Oh ! Elle ne sait pas ce que c'est que le printemps !  rirent toutes les cloches ! Au fait, comment lui expliquer cette chose ineffable ? L'une murmura :

- C'est comme un petit enfant aux yeux clairs, tout neuf, avec des fleurs plein les mains.

- Non, corrigea la voisine, c'est un beau jeune homme, habillé de vert tendre, et qui sourit.

- Non, chantonna une autre, c'est une jeune fille aux cheveux blonds, avec une robe fleurie et des guirlandes aux doigts.

- Non, non protesta la foule des cloches, et elles se mirent à parler toutes à la fois ; on entendait des mots : fleurs, nids, chansons, soleil, ailes... en un gai carillon.

- Je n'y comprends rien dit la poule ; si vous vous exprimez toutes en même temps je ne saurai jamais comment est le printemps.

Mais les cloches étaient lancées, impossible de les arrêter !

Chocoline se dit : je voudrais pourtant bien connaître le printemps, comment le trouverais-je ? Bah ! On me renseignera en route ; je vais partir au-devant de lui.

Elle réussit à se couler hors du large ruban rouge, étira ses pattes, quitta son nid en chocolat, et sortit dans la rue.

Il n'y avait encore presque personne dehors. Nul ne s'étonna de voir Chocoline qui ressemblait à une poule ordinaire, et qui marchait. Il y avait bien, dans son ventre, ces petits oeufs sucrés qui ballottaient et lui pesaient, mais elle s'y habitua.

Passant près d'un panier qu'on avait apporté des halles, elle aperçut de belles jonquilles jaune pâle :

- Jonquilles ! Dites-moi où est le printemps, je vous prie, je le cherche.

- Le printemps ? Mais c'est un peu nous, dirent-elles.

Chocoline se crut mal renseignée et, comme un chien se précipitait vers elle, elle s'enfuit très vite.

Plus loin, sur le bord d'une fenêtre, un petit pot de jacinthe bleue la regardait de toutes ses clochettes ouvertes :

- Jacinthe, dis-moi où est le printemps, je vais à sa rencontre.

- Le printemps ? C'est un peu moi, mais tu ne le trouveras guère dans la ville, il se plaît mieux à la campagne.

La poulette repartit. Elle marcha longtemps et arriva devant une ferme.

Elle entra dans un poulailler pour se renseigner, mais les poules se lèvent de bonne heure : elles étaient parties et grattaient la terre dans le jardin pour y trouver des vers dont elles se régalaient. Avisant un nid vide, Chocoline se débarrassa des petits oeufs qui encombraient son ventre : cot, cot, cot... coline ! si bien que, dans la matinée, les enfants de la ferme trouvèrent des petits oeufs à la liqueur entre les gros oeufs des poules, pour fêter Pâques.

Elle repartit plus légère. Il faisait bon ; le soleil lui caressait les ailes. De petites pâquerettes faisaient la roue dans l'herbe, gentiment, pour qu'on les voie. Des buissons, pressés d'être jolis, s'étaient garnis de fleurs en grosses houppes, sans attendre les feuilles.

Elle appela :

- Pâquerettes ! Buissons ! Dites-moi où est le printemps, je voudrais le trouver...

- Le printemps ? Mais, c'est un peu nous, répondirent-ils ensemble.

- Vous vous moquez de moi, se fâcha Chocoline. Je veux voir le printemps ! Où donc est-il ?

- Cherche ! siffla le merle.

Notre poule était à la lisière d'un bosquet, et soudain deux notes chantèrent : Coucou ! Coucou !

- Maman, demanda un bambin, entends-tu le coucou ?

- Oui, c'est le printemps, répondit la mère.

C'est le printemps ! A ces mots un contentement merveilleux entraîna Chocoline. Voilà, pensa-t-elle, c'est lui ! Je comprends, il est dans le bois ; il joue à cache-cache. Je le trouverai maintenant. Comment est-il ? Est-ce un enfant, un jeune homme ? Est-ce lui qui laisse tomber de ses mains toutes ces fleurettes ?

Elle s'enfonça sous bois, et la voix mystérieuse semblait la suivre, et s'éloigner, et revenir comme un feu follet : Coucou ! Mais de printemps ? Point ! Elle n'aperçut qu'un oiseau qui sautillait dans les branches.

Elle déboucha dans une jolie clairière ensoleillée. Une maisonnette proche souriait de toutes ses fenêtres ouvertes. Pour quelle fête étaient dressés dans le jardin ces gros bouquets : amandiers blancs et pêchers roses ? Et toutes ces ailes menues des pétales, vers qui volaient-elles ?

Deux pigeons roucoulaient doucement. Chocoline avançait et ses pattes froissaient des violettes, tant il y en avait ! de ces violettes mauves qui se serrent les unes contre les autres sur chaque motte de terre.

Comme je suis  bien ! murmura la poulette. Le soleil réchauffait si agréablement ses plumes, qu'elle s'accroupit dans un creux, écarta un peu les ailes et ne bougea plus. Elle comprit soudain qu'elle avait trouvé le printemps !

Certes, on ne pouvait le voir près de soi, comme une personne, mais il était là cependant. L'oiseau du bois avait bien raison d'entraîner les passants pour leur faire trouver le printemps. Coucou ! Le printemps est là sur la branche de saule aux chatons de velours gris. Coucou ! Il est là, dans le parfum de l'aubépine. Coucou ! Coucou ! Il chante dans l'arbre. Il est au sol : c'est la mousse nouvelle, c'est le brin d'herbe, c'est la fleurette... Il est au ciel, plus clair et plus bleu. Il est partout quand son heure est venue, coucou !

Comme je suis bien, répète Chocoline : je me sens toute amollie. Je n'ai nulle envie de retourner dans la boutique du confiseur... Je suis bien, bien... Mais... qu'est-ce qui m'arrive ? Elle se tait. Son cou se ploie, sa tête touche le sol... C'est le soleil, déjà chaud, qui fait doucement fondre la poule en chocolat !

Et ce fut Nanou, la petite fille de la maison, qui la ramassa. Elle pensa que c'était un cadeau et se régala des débris de Chocoline qui était morte de bonheur pour avoir rencontré le printemps.

Extrait du livre Chocoline et le printemps - écrit par Marie Louise Vert - publié chez Magnard en 1960 !

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07/04/07

Histoires au moment du coucher

L'histoire pour s'endormir présente tout le rituel réconfortant du plus simple des poèmes. Si mouvementée qu'ait été la journée, si remplie de bruit, de soucis ou d'excitation, là les enfants sont en pyjama, bien bordés dans leur lit, et nous nous trouvons dans cette chambre douillette à la lumière de la lampe, le livre ouvert sur mes genoux.

adelaideclaxtonCa a quelque chose d'un peu magique, la façon dont cette douce sensation d'ordre semble émerger du chaos. Un peu magique aussi, car, à me voir assise dans cette chambre à lire des histoires familières, on pourrait presque croire que je n'ai jamais quitté ma propre chambre d'enfant, que je m'y trouve toujours. Tout en lisant, je contemple les visages attentifs de mes filles comme ma mère contemplait mon visage, et les sentiments suscités sont les mêmes aujourd'hui qu'à l'époque : bien-être, sécurité, plaisir. (...) L'histoire au moment du coucher est inaltérable. C'est la dernière chose que nous faisons pour nos enfants à la fin de chaque journée : nous leur lisons une histoire.

Alors je me replonge aujourd'hui, avec mes filles, dans ce monde de livres que j'avais découvert enfant avec ma mère, je me rends compte que ces histoires d'autrefois résistent parfaitement à l'épreuve du temps. En effet, tout comme mon esprit était subjugué par elles à l'époque, je demeure aujourd'hui totalement fascinée par la puissance de ces récits, la manière dont ils sont inextricablement liés à ma conception de moi-même. (...)

La lecture aux enfants constitue une expérience de lecture partagée incomparable. Les livres que j'aimais enfant - ou du moins l'atmosphère qu'ils dégageaient -, je m'en rends compte maintenant, dataient d'une époque particulière : ils découlaient de la conception qu'avait ma propre mère de ce qui rendait un livre exceptionnel. Ils étaient "démodés" dans la mesure où ils reflétaient un univers singulier typiquement britannique. J.M. Barrie, C.S. Lewis, E.E Nesbit, Frances Hodgson Burnett... Ces auteurs avaient si bien peuplé la sensibilité de ma mère quand elle était petite qu'ils avaient fini par gouverner la mienne. Même les auteurs que j'avais découverts toute seule, qui situaient leurs intrigues dans un temps plus récent, même eux faisaient appel à ce fameux univers édouardien pour circonscrire leurs histoires, pour leur donner le ton. Ce que faisaient ces auteurs, c'était créer un monde bien ordonné, dépourvu de dangers et délimité par des règles et des interdits sans nombre, afin que l'imagination puisse prendre son envol.

(...)

C'est une voix très sherry-au-coin-du-feu-au-nord-d'Oxford absolument merveilleuse à entendre. Je ne m'en lassais pas quand j'étais petite : la voix qui adore les livres.

44  (Un an de vie d'écrivain à la maison), Kirsty Gunn - CHRISTIAN BOURGOIS

@ illustration : Adelaide Claxton

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06/04/07

L'éveil - Kate Chopin

eveilAu large de La Nouvelle-Orléans, sur une île au nom de Grand-Isle, Edna Pontellier séjourne avec ses deux enfants dans une pension de famille tenue par Mme Lebrun, en compagnie d'autres estivants qui s'adonnent aux douces joies de la baignade, des soirées musicales et du badinage. Edna y rencontre Robert Lebrun, un jeune homme qui fait le joli-coeur et parvient à séduire la jeune femme.
Mariée depuis 6 ans à Léonce, Edna s'estimait heureuse et bien établie. Pourtant, son être intérieur commence à la tirailler, à forcer ses pensées à s'éveiller, " un sentiment indescriptible d'oppression, venu sans doute d'un coin obscur de sa conscience, emplissait tout son être d'une vague angoisse. C'était une ombre, une brume traversant la claire journée d'été de son âme. C'était étrange et nouveau; c'était une humeur ".
Cet été signifiera à Edna un grand tournant. Attirée par Robert, freinée par sa réserve, mais décidée d'en découdre malgré le départ de celui-ci, Edna va décider de s'affranchir. Elle décide de se consacrer à la peinture, de tenir tête à son époux, de se libérer des convenances. Edna Pontellier va connaître "L'éveil" de son corps et de son coeur. Pour l'époque, c'est un désir d'émancipation qui soulève l'indignation et jusqu'au bout la conduite d'Edna sera jugée immorale... Du moins, par l'ensemble des critiques et des lecteurs de cette année 1899 qui salue la parution du roman de Kate Chopin.
Aujourd'hui, il n'est plus question de s'émouvoir et s'offusquer. Au contraire, ce roman reflétait les prémices d'une volonté de la femme à conquérir son indépendance et écouter son attirance pour suivre ses instincts en se coupant de l'autorité masculine. Edna Pontellier est une femme à la fois entière, prise en étau, soucieuse de son bien-être, écartelée, victime de sa mélancolie gagnée par sa prise de conscience. C'est aussi l'ombre de la torpeur caractérisée par l'été languissant qui se poursuit par un été indien durant lequel Edna ne fait que confirmer la naissance de sa sensualité éclatante.
"L'éveil" de Kate Chopin est un roman très sensible, sans odeur sulfureuse, mais où émerge l'accord tacite d'une volupté prête à éclore. Magnifique !

Piccolo chez Liana Levi

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05/04/07

Snobs - Julian Fellowes

snobsEdith Lavery, standardiste dans une agence immobilière de Chelsea, fait connaissance du fils Charles Broughton, lors d'une visite au château Broughton Hall. Le jeune homme est séduit et entreprend de la revoir. Une idylle va naître, qui n'est pas aux goûts de l'entourage de cette "gentry" britannique.
Très vite, Edith la roturière fait son entrée fracassante dans ce milieu huppé du Grand Monde. Elle n'appartient pas aux us et coutumes de cette classe sociale. Lady Uckfield, sa belle-mère qu'on surnomme Googie, a le sourire pincé de celles à qui on met sous le nez un plat peu ragoûtant mais que la bienséance vous oblige à décréter "onctueux".
Edith est une jolie fille, blonde aux grands yeux et aux bonnes manières, pourtant son arrivisme ne trompe personne, mis à part Charles. Le mariage est conclu, mais très vite Edith s'ennuie sous ce faste artificiel. Il devient vite apparent qu'elle n'a pas épousé Charles Broughton par amour, qu'elle commence à le déprécier et afficher son mépris en public !
Comble de tout, Edith provoque un scandale en s'exhibant aux côtés d'un acteur, Simon Russel.

Hauts et bas d'une roturière sans vergogne, dont le vrai crime n'était pas d'avoir épousé Charles sans l'aimer, mais de l'avoir quitté par amour pour un autre. "Sa folie : avoir renoncé aux fausses valeurs qu'elle avait adoptées en épousant Charles pour retourner aux valeurs éternelles. Ce n'était pas une attitude mondaine, conforme aux règles de l'aristocratie britannique."
Ce 1er roman de Julian Fellowes, scénariste de "Gosford Park" (à voir absolument !), est la peinture actuelle d'une pièce montée décrite avec humour, tendresse et acrimonie. L'histoire ressemble à celle d'hier, mais elle est plantée de nos jours. Elle suit les pas d'une Edith Lavery nourrie par sa mère de rêves à la Barbara Cartland et qui s'écroule sous la réalité de la condition de Milady. On l'aime et on la déteste. Mais à travers elle, c'est une façon de rappeler des codes rigides où l'on se défend d'être snobs dans cette bonne vieille aristocratie anglaise, qui dénigre sans retenue la bourgeoisie londonienne, parvenue et sans cachet. Il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes, en gros.
On partage les petites combines pour corrompre les retrouvailles, pour évincer définitivement cette petite dinde qui jette l'opprobre sur leur milieu très fermé. On assiste à l'opportunisme, aux élans d'amour, aux actes inconsidérés, aux tentatives de réconciliations, et cela se passe sous le couvert délicieux des parties de thé, des rendez-vous à Ascot, dans des salons où l'on reçoit une invitation au nom de Madame. Tous ces codes sont rapportés avec élégance, sans honte de dénoncer les couches d'hypocrisie, telle une délicieuse satire digne de Jane Austen, acidulée d'un soupçon d'Evelyn Waugh.
A déguster, avec thé et scones au raisin. Quelques scènes valent leur pesant d'or, cf. la nuit de noces !

JC Lattès - 375 pages

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04/04/07

Comment se passer d'une maman ...

Non, ce n'est pas moi qui le dis. C'est ma Miss C. qui découvre avec son nouveau livre un CD lu par Pef : Au loup tordu ! (ou comment on peut se passer d'une maman). au_loup_torduOui, vous avez reconnu l'histoire célébrissime du jeune prince de Motordu !? C'est une série qui remporte un très grand succès auprès des enfants, et d'ailleurs les livres sont même étudiés à l'école !

Il faut reconnaître que le principe est tout à fait drôle et ingénieux. Pef crée un personnage qui déforme les mots et les expressions comme le font souvent les enfants lorsqu'ils veulent répéter des mots. Le texte et ses mots tordus sont illustrés au pied de la lettre ce qui donne un attrait comique et poétique à la série. Ainsi les mots et les dessins ne vont pas l'un sans l'autre, c'est devenu un véritable exercice de style ! (Wikipedia)

Dans Au loup tordu !, le jeune prince sort son troupeau de boutons qui doit prendre gare aux coups de baron. Et sur une jolie colline fleurie, ce petit monde repose en paix quand survient un loup étranger à l'air bien égaré. Bonjour, jeune suis pas d'ici, je ne parle pas bon votre langue. Et, en se grattant la tête, le loup expliqua qu'il était venu de l'étranger spécialement pour manger quelque chose de très bon, mais dont, hélas, il ne se rappelait pas le nom ! Cette chose fait bêêê ... au_loup_tordu_2bêêê ... et se termine par on. Des boulons, des croûtons, des bonbons ? Des boutons ?! Content de lui, le jeune prince lui indique son troupeau en le prévenant qu'il risque de ne pas être rassasié. Qu'importe, il peut trouver des boutons partout. Mais malheur ! le loup étranger s'attaque à tout le monde pour dévorer ... des boutons ! Qu'à cela ne tienne ! L'histoire n'en reste pas là, car le jeune prince conseille au loup de coudre des moutons sur ses habits avant de rentrer dans son pays.

Quel charabia ! Pourtant, on ne peut pas dire qu'on fait avaler des couleuvres à nos enfants avec ces belles inventions astucieuses. Jamais dupe, le jeune lecteur rebondit aussitôt pour corriger les fautes du prince de Motordu ! Ce qui m'amène directement à parler du Cd : deux pistes sont disponibles. La 1ère est l'histoire lue par Pef lui-même et la 2ème est un exercice d'écoute qui invite l'enfant à reprendre les "mots tordus" du prince. Pas mal ! L'histoire lue est festive, avec musique, mise en scène etc. pendant presque 10 minutes. Toute une collection est disponible chez Gallimard jeunesse, en folio benjamin, à partir de 3 ans. Pour en découvrir plus, cliquez ici !

cacatoes

Autre sélection : Les cacatoès de Quentin Blake. Voici une histoire très drôle où le Professeur Dupont accomplit tous les matins le même rituel et salue ses 10 cacatoès d'un joyeux "Bonjour mes petits amis emplumés". Les cacatoès en ont un peu assez et décident de lui jouer un vilain tour. Ils s'échappent et vont se cacher quelque part dans la maison. Mais où ? Pas dans la salle à manger, pas dans la cuisine, pas dans la chambre, pas dans la salle de bains, ...  Non, vraiment pas ? Avez-vous bien regardé, Professeur Dupont ?

Et la fin aussi est très, très drôle ! Vraiment, il y a décidément des gens qui n'apprennent jamais rien !

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Quentin Blake est une valeur sûre, illustrateur des plus grands auteurs britanniques, dont Roald Dahl. Il faudrait être bien difficile pour ne apprécier sa patte humoristique et l'histoire subtile et légère qu'il propose. C'est fin, lu sur le cd en moins de 4 minutes, avec mélodie entraînante, et un exercice proposé (des questions sur le texte). Plaisir et initiation font bon ménage !  Le site web de Quentin Blake

Gallimard jeunesse / folio benjamin - Livre avec Cd.

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Un petit oiseau s'échappe ...

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03/04/07

Au théâtre, les enfants !

En recevant ce livre, j'ai été folle de joie de découvrir un très bel album qui parle de théâtre et qui soit accessible pour jeunes lecteurs, dès 7-8 ans. En plus de son histoire sympathique, ce livre offre la possibilité de parcourir les coulisses d'une pièce et de donner toutes les clés pour monter soi-même sa mise en scène.

arlequinPour ces multiples raisons, je conseille fortement ce livre aux enseignants et aux parents qui se creusent la tête pour occuper leurs enfants, ou encore pour remplir une après-midi goûter d'anniversaire !

C'est donc l'histoire inspirée de la comédie de Goldoni, dramaturge italien du 18ème siècle, qui met en scène Arlequin, personnage central de la Commedia dell'Arte. A la plume, c'est en fait Sylvia Lulin (auteur et illustratrice ayant une grande expérience du monde du théâtre) qui a décidé d'adapter en langage clair ce Classique. Grâce à ses dessins colorés, elle raconte avec simplicité l'enjeu de cette comédie.

L'histoire débute avec l'annonce du mariage entre Clarice et Silvio mais l'arrivée impromptue d'un dénommé Federigo Rasponi met tout à plat. Clarice lui était promise, les nouvelles fiançailles déclamées sont annulées. Or, personne ne devine que Federigo est un déguisement qui dissimule Béatrice, la soeur du prétendant, venue exprès à Venise de Turin pour retrouver la trace de Florindo, l'homme qu'elle aime et qui a tué son frère pendant un duel. Elle est accompagnée de son serviteur, le fameux Arlequin. Quel coquin ! Tiraillé par la faim, celui-ci décide d'entrer au service d'un gentilhomme arrivé dans la ville, et qui n'est autre que Florindo ! ... Nous voilà au coeur d'une situation de quiproquos, d'entourloupes et de chassé-croisés forts à-propos.

Cette adaptation est fidèle. Elle devient un outil enthousiasmant pour les enfants et les parents. La pièce est racontée avec humour, elle rapporte avec précision les méandres de la comédie. Le personnage d'Arlequin est dévoilé dans toute sa splendeur : menteur, polisson, impertinent et rusé comme un singe. Il parvient à embobiner deux Maîtres, ce tour de force. Avec beaucoup de peine et quelques boulettes, il est vrai. Il est fin, cet Arlequin !

 

 

 

 

 

En fin de livre, vous découvrirez un hors-texte de douze pages "un carnet de mise en scène" qui explique dans les plus stricts détails les combines pour monter soi-même sa pièce de théâtre et en faire un succès ! (Petite introduction sur Goldoni, la peinture italienne du 18ème, puis préparation au jeu, lecture de la pièce à voix haute, le choix des rôles, les répétitions, et autres trucs et astuces ! ).

Arlequin serviteur de deux maîtres, par Carlo Goldoni - traduit, adapté et illustré par Sylvia Lulin. (Gallimard jeunesse, Hors Série / Giboulées)

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Hourra ! Sortons le boudine ! J'ai réussi ! Ils sont tous contents, ils ont été servis et ils ne veulent plus rien... J'ai servi à table deux maîtres et aucun ne s'est rendu compte qu'il y en avait un autre. Mais puisqu'il y en avait deux, maintenant, je vais manger pour quatre. Réjouis-toi, mon petit ventre !  (Arlequin)

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Des filles de la côte Est - Courtney Eldridge

des_filles_de_la_cote_estVoilà comment ça se passe : je rédige une première phrase, je lis ce que je viens d'écrire, et je l'efface aussitôt. Ensuite, je commence une histoire complètement différente et je rédige une autre première phrase. Puis la première phrase d'une autre histoire, et ainsi de suite. Toutefois, il m'arrive de ne pas effacer aussitôt après avoir écrit, il peut se passer une semaine, parfois plus, avant que cette phrase (ce paragraphe, cette page, ces vingt pages) ne commence à me déplaire. Au début, en général, j'ai l'impression que la phrase convient, je la trouve même bonne. Dans ces moments-là, comme je suis contente de ma phrase, je la lis et la relis en continuant à travailler sur l'histoire, j'avance, je progresse. Puis, à l'occasion, ce que je viens d'écrire me satisfait, je deviens enthousiaste, joyeuse, la vie est merveilleuse. Hélas, ça ne dure jamais...

J'ai été un peu déçue par ce 2ème livre de Courtney Eldridge, dont j'avais beaucoup apprécié le précédent "Record à battre". Cela pêche à cause d'un quelque chose non identifiable. Peut-être ce sentiment de lire des confessions diffuses, moins centrées, qui se délitent au fil des pages qu'on tourne, en réprimant un petit soupir ... J'ai lu le 1er texte en souriant, le 2ème un peu moins, le 3ème en fronçant les sourcils, etc... Pourtant il y a une vraie écriture chez cet auteur, un style qui rappelle les filles de Sex and the City, avec New-York en fond de course, du babillage interminable, et des névroses ... conséquentes !  Phébus - 235 pages

record_a_battreMON AVIS SUR RECORD A BATTRE : Ancienne championne de baisathlon, Christine est désormais mariée à Joel, un beau garçon du genre sportif. Lors de leur premier rendez-vous, au bowling, elle lui avoue tout de son passé, mais sans entrer dans les détails. Joel semble conciliant, lui est davantage passionné par les rencontres de bowling ou de base-ball. Mais au fil du temps et de leur vie à deux, ce passé refait surface, surtout lorsque Christine apprend qu'elle ne détient plus le record. Joel, frustré par une vie sexuelle de plus en plus transparente, se pose des questions sur sa jeune épouse et ses prestations antérieures; Christine préfère se taire mais souffre également de ne pouvoir communiquer avec son mari.  A partir d'un sujet des plus légers, Courtney Eldridge finalement creuse la couche superficielle pour révéler les failles d'un bonheur fragile, autour d'une héroïne sympathique, fraîche et rigolote. Le début est volage, bon-enfant, quand Christine croise dans la rue un ancien amant dont elle ne se rappelle plus le prénom. Découle son histoire, son premier rendez-vous avec Joel, leurs passions communes pour le bowling, le base-ball, puis les prouesses "sportives" de la jeune femme. C'est au fil de la lecture qu'on découvre un ton plus recherché, moins futile, les blessures secrètes de Christine. C'est franchement une très agréable lecture, un petit livre détonnant et dynamique, idéal pour les vacances, beaucoup de fraîcheur, de tonus et une héroïne attachante et charismatique !   (Cf. L'avis moins enthousiaste de Laure )

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02/04/07

Je t'aime beaucoup ~ Gabrielle Ciam

Ce livre peut se prendre comme un plaidoyer contre l'homme et son incapacité à comprendre la femme, aussi bien sa compagne, sa maîtresse, son grand amour, ou tout le reste... Car entre la narratrice et cet homme beaucoup plus âgé, présentateur de la télévision, il n'y a aucun doute sur la maturité de l'un et l'autre. La femme est gagnante ! Même à dix-sept ans, lors de sa première rencontre avec lui, la jeune fille va décider elle-même du tournant de son existence, suivre les pas de cet homme qu'elle sait/devine indispensable pour les années à venir. Trois ans seront accordés à ce couple inégal, dans lequel l'un aime éperdument l'autre et accoure dès qu'il siffle, alors que celui-ci la bafoue dans des hôtels minables, la voit entre-deux, au-delà de sa vie maritale...

Non, ce n'est pas une banale histoire d'adultère, ni de romance à la Lolita. Car dans "Je t'aime beaucoup", la narratrice fait un travail d'introspection. Vingt-cinq ans ont passé quand elle revoit cet ancien amant, par hasard, elle l'aborde, prend un verre, se souvient du passé... Un ange passe, "quelque chose bouge en elle, un long ressac qui vient de loin, de profond" et réveille des souvenirs éteints. Entre l'émerveillement de la première fois, les désirs assouvis instantanément, la solitude, la colère, la méprise ou la jalousie... la narratrice aura plus d'une fois de la difficulté d'apposer le nom sur ... quoi ? cette histoire, liaison ou aventure ?..

C'est beau et simple. Gabrielle Ciam écrit sans tralalas, elle parle des histoires d'amour qui ont vécu, bouleversé les êtres mais "où va l'amour quand on n'aime plus?". Le roman tente d'y apporter une réponse, du moins une clairvoyance. Mais ces anciens amants se trouveront-ils en face ? Quand l'un dit : "Je t'aime beaucoup", et l'autre répond : "Tu sais, le beaucoup est de trop pour une femme de plus de quarante ans!"... on sourit, eh oui ! C'est le grand drame actuel : les hommes et les femmes ne se comprennent pas !

lu en avril 2005

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