10/02/08

Cécilia - Anna Bitton

ceciliaPourquoi ai-je lu ce livre ? Par curiosité, très franchement. Or, sur ce point, mon vilain défaut n'a pas du tout été rassasié. Je n'ai pas eu le sentiment d'en apprendre plus en parcourant les pages de ce livre. Je ne m'attendais pas non plus à une mine d'informations malsaines, des fonds de tiroir et des raclures de poubelle. Il ne faut pas pousser. Je crois tout bêtement faire partie de la masse populaire qui s'est posée des questions, qui a été intriguée par cette Cécilia et qui avait envie d'en savoir plus sur elle.

Le livre d'Anna Bitton, qui est journaliste, est une lecture banale, assez quelconque, pas très bien servie par l'écriture (une répétition fatiguante d'effets de style assez pompeux, qui se voulaient trop romanesques, selon moi). On n'y apprend pas grand-chose, de ces choses déjà dites et répétées de façon mesquine. Bref.

Ce que je retiens, c'est que Cécilia a été taxée d'être froide et hautaine, alors qu'elle a toujours souffert d'être grande (1m78, qu'elle a compensé en épousant des hommes plus petits) ; qu'elle n'a jamais été admise dans le sérail des Sarkozystes, et qu'elle a cherché à se venger en plaçant des amies, ou des proches, et en évinçant d'autres (elle a toujours eu une influence considérable sur son mari) ; et cette importance a aussi pesé dans la balance, car la Cécilia a fini par étouffer de trop d'amour, trop d'admiration, trop de considération. On comprend aussi que c'était une autre façon de verrouiller la belle, qui s'est vue refuser de se lancer dans la politique, par exemple. Alors, oui : trop, c'est trop. Elle est partie, pour l'amour d'un (autre) homme. Elle a crevé de jalousie, aussi, en découvrant son époux volage et aux bras d'une (autre) femme. Elle est donc revenue, puis repartie, et revenue encore une fois. Un vrai feuilleton !

On connaît la suite : Cécilia revient (ou fait semblant ?), elle aide son ambitieux mari à accéder au poste suprême, puis elle tire sa révérence pour de bon. « Je ne veux pas être là, je ne veux pas. » Allons donc... Je ne veux pas tirer sur l'ambulance, les passages révélés dans la presse en ont déjà fait de gorges chaudes. Cela suffit ! Pour ma part, je la trouve assez admirable, cette Cécilia. Claquer la porte de l'Elysée, fallait oser ! Et que diable cette manie de journaliste à vouloir faire d'elle une figure de roman, un pendant d'Emma Bovary !? Pff, c'est n'importe quoi !

Car finalement, c'est dans un rôle plus personnel que je l'apprécie, celui de la mère.  « Avant d'être une midinette, une femme fantasque ou une faiseuse de roi, Cécilia est une maman. C'est sa première vocation. La seule qui soit inconditionnelle. Quand ça ne va pas, Cécilia prend ses « poussins sous le bras », comme elle aime à dire, et elle s'en va. (...) Son clan à elle, c'est celui-là. Ses enfants.
(...)
Elle est maternelle, Cécilia. Elle ne s'en rend même pas compte. Elle n'a pas besoin de le faire exprès. Maternelle ne veut pas dire cajoleuse. Cécilia ne cajole pas, ce n'est pas dans son éducation, les cajoleries intempestives, mais elle veille, elle organise, elle commande, elle supervise. Elle protège. Sa présence seule est une protection.
»

Flammarion - coll. Flam - 175 pages.

Merci Lily pour l'envoi et le prêt de ce livre car je n'aurais jamais déboursé 16 € pour le lire ! Je ne regrette pas non plus, je crois qu'il s'agit là de ma première lecture d'un livre traitant d'un personnage public et (encore) existant ! ...
Et n'hésitez pas à cliquer pour lire le billet de Lily qui est exquis et hilarant !

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09/02/08

(Trop sympa, la fille !)

CathuluAmanda, et Nath sont de vilaines filles avec leurs piqûres de tag ... Il est temps de sortir de son terrier, et donc de :

Mentionner six choses sans importance sur soi

Tadam !!!!!!

  1. on dit (ou pense) de moi que je ne vis que dans les livres, ce qui est faux ; en fait, je suis une malade de musique et il ne se passe pas un instant dans mon quotidien où un disque roule sur la platine, où le son de la radio murmure, bref ceci du lever du jour jusqu'à mon sommeil ! la musique remplit ma vie, comme quoi les apparences sont trompeuses ! ...

  2. je dors très peu, me couche très, très tard, mais j'avoue caler le matin pour me sortir du lit, je déteste le réveil forcé, mais j'apprécie de pouvoir profiter d'une journée dès potron-minet, j'ai aussi la fâcheuse manie de faire une sieste dans l'après-midi, je déteste ça, mais ce sont des habitudes héritées du lycée, je n'arrive pas à m'en défaire et c'est malgré moi si je m'écroule ! ...

  3. je n'aime pas du tout manger, j'ai déjà eu un speech à ce sujet, mais manger m'ennuie, j'apprécie les bonnes choses qui changent de l'ordinaire et j'aime aussi les petits plats simples, je n'aime pas cuisiner non plus mais je ne pratique pas le surgelé, ma religion me l'interdit ! ... 

  4. j'adore les friandises, mais alors je craque complètement et peut manger des paquets complets de haribo sans honte, après c'est sûr j'ai super mal au coeur et je crains pour mes dents, sachant que je déteste le dentiste, mais mes scrupules ne pèsent pas lourds dans la balance (et je recommence dès le lendemain !) ... 

  5. je suis affreusement indépendante, égoïste, orgueilleuse, lunatique et rancunière, on peut se méprendre sur mon tempérament mais en fait je suis un amour de fille (tiens, j'ai oublié de préciser que j'étais un peu prétentieuse ? !) ... Y'a pas plus loyale et fidèle en amitié que moi, quand je donne ma confiance c'est sacré, me trahir c'est subir ma colère et passer le reste de ses jours au fin fond des plaines de sibérie ... 

  6. je suis officiellement fâchée avec ma belle-famille depuis cinq mois, je m'en porte très bien malgré la pression, j'estime être dans mon droit, je me protège, en plus de ma petite fille, et fidèle à moi-même j'ai choisi d'aller de l'avant, de tourner la page, j'ai déjà dit que je ne pardonnais pas ... (c'est pour bien enfoncer le clou si d'aventure, ou par inconscience, l'un d'eux passait par ici !)   

Voilà donc 6 choses sans importance ! A qui le tour ???

Qui veut le bébé ? ! Des volontaires, ou j'en désigne 6 parmi vous !

I_WANT_YOU

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Les petites feuilles de février ! En poche ! #13

Plusieurs choses attirent mon attention parmi les nouvelles sorties de ce mois de février, notamment chez 10-18 et ses célèbres séries des Grands Détectives (au programme : du nouveau avec Claude Izner, Lee Jackson et Alexander Mc Call Smith). A noter aussi Train de nuit pour Lisbonne de Pascal Mercier (roman fort apprécié parmi les lecteurs) ; Garder la flamme de Jeanette Winterson (qui vient de m'enchanter avec son premier roman pour jeunes lecteurs L'Horloge du temps) et Le mystère de la chambre obscure de Guillaume Prévost (encore un auteur qui m'enthousiasme par le biais d'une série pour la jeunesse Le livre du temps !).

Et voici parmi les nouveautés à paraître, celles que j'ai personnellement déjà lues :

en_ce_bas_mondeA découvrir, si ce n'est déjà fait : Victoria Lancelotta, nouvelliste américaine, auteur d'un premier roman "Loin" qui a su me conquérir, à travers son récit noir, amer et désabusé. Mais d'abord, V. Lancelotta avait créé la nouveauté avec son recueil de treize nouvelles - encore des histoires de femmes, d'adolescentes, ou des deux à la fois. Elles contiennent les mémoires, les soucis, les confessions des unes et des autres. Pas facile de grandir, pas facile d'aimer non plus. Souvent, durant l'adolescence, les premières expériences (sexuelles, pour la plupart) sont douloureuses et compliquées. Plus tard, elles deviennent tout aussi exigeantes et intransigeantes, laissant souvent leurs protagonistes à la dérive, seules, moroses et nostalgiques.
Dans ce bouillon, j'ai beaucoup aimé : "Dans l'ombre", "Les bars" (ou les prémices du fameux roman Loin), "La fête paroissiale", "L'arôme des épices", "Les maisons", "Une chic fille", "Autres rivages, autres flots" et "En ce bas monde" - autant dire, la quasi totalité ! D'ailleurs, en grande majorité, il s'agit de monologues qui nous donnent ce vrai sentiment de saisir les sentiments et l'aura des personnages. Cela donne un ton doux-amer, un tantinet narquois. J'apprécie beaucoup ! (10-18 / 7.30 €)

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corpus_christineUn homme séquestré par son épouse à la peau douce, mais devenue obèse, tandis qu'elle affame le mari incapable de se tenir debout..., vous n'y croyez pas ? Pourtant c'est l'idée foncièrement sadique qu'a imaginée Max Monnehay pour son 1er roman "Corpus Christine", fatalement inspiré d'une autre redoutable Kathy Bates, interprète d'Annie Wilkes, héroïne de Misery de Stephen King.
J'étais curieuse de lire ce livre, les critiques ne tarissaient pas d'éloges à son sujet lors de sa sortie en 2006, et c'est vrai que l'intrigue semblait attirante et effrayante à la fois. Bah, j'aurais préféré continuer sur cette lancée, vanter son mérite et ses promesses, mais non.
J'avoue m'être ennuyée, ne pas avoir accroché, avoir ressenti une fascination glaciale, c'est vrai, mais pas suffisante pour adhérer jusqu'au bout. Ou juste pour le souci de connaître la fin de ce calvaire.
L'auteur cultive un certain humour (noir, implacable et irréductible) doublé d'un cynisme en béton ("la calamité du siècle", comme l'écrit le personnage). Il y a un sincère détachement chez elle, un besoin de mettre le feu aux poudres et se frotter les mains devant le carnage. Un peu comme Amélie Nothomb, il faut l'admettre. Or, je ne suis pas non plus "fan" de cette dernière... Moralité : Ce genre d'univers ne me convient définitivement pas ! Désolée.  Prix du premier roman 2006, tout de même. (Le livre de poche / 5 €)

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perlaFrédéric Brun est un fils qui a perdu sa mère, Perla, rescapée du camp d'Auschwitz, déportée en juillet 44. Elle est rentrée au pays, dévorée et marquée à jamais, pourtant elle a tenu son secret enfermé au plus profond de ses entrailles.
De ses mois de déportation, Perla n'en a jamais parlé. A son fils unique qui n'a pas su poser les bonnes questions à temps, elle a tenu ce visage ravagé par les souvenirs, la douleur et le sourire qu'on s'efforce de donner. Mais l'illusion était bel et bien morte.
Frédéric Brun se sent seul, triste et malheureux. En commençant ce récit, c'est pour lui "un livre de pensées". Ce n'est rien d'autre que ça : un constat frustrant de n'avoir rien su du passé de sa mère, une recherche désespérée à puiser ses sources dans tous les livres qui traitent de la Shoah, un espoir de voir grandir son fils Julien pour lui offrir le choix de vivre sa vie sans se retourner, et c'est l'amertume d'être face à deux Allemagne, "celle des camps et des barbelés contraste avec celle des plaines embrumées, des couchers de soleil orangés, des poètes idéalistes, Novalis, Hölderlin, qui ont attrapé l'âme du monde. Pourquoi suis-je si fasciné par ce pays écartelé entre le lied et la voix sèche, le raffinement et la barbarie ? Je m'étonne de vouloir trouver en lui ma littérature préférée et les traces d'un passé qui ont brisé Perla."
Ce texte est bouleversant, totalement sobre et écrit avec une sensibilité déchirante. Il y a malgré tout une lueur d'espoir derrière "ces pages de larmes", car "Une mère, en fait, cela ne meurt jamais". J'ai été profondément émue par ce livre, pas au point de verser des larmes, c'est un bel hommage d'un fils à la figure maternelle, un devoir de mémoire qui n'a pas su être accompli en remplissant tous les trous, mais c'est justement cette humilité qui rend "Perla" éloquent et essentiel. Lisez ce livre !   (Le livre de poche / 4.50 €)

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joueuse_d_echecsUn jeu peut-il faire basculer la vie d’une femme ? Difficile de le croire.
Dans l’île de Naxos, les joueurs de trictrac sont légion, mais jamais aucune femme n’a approché les pions noirs et blancs. Quant à ceux d’un échiquier, n’y pensez même pas ! Cependant, pour Eleni, prise dans une vie sans aspérités et sans folie, le plus vieux jeu du monde sera le début d’une aventure qui la mènera jusqu’à l’émancipation.
Fort apprécié par les lecteurs, ce roman n'a toutefois pas su m'emballer outre-mesure. Je suis complètement restée en retrait, trouvant le début assez lent et truffé de passages plutôt longs, pour seulement 150 pages de lecture ! Et pour une non-passionnée de jeu d'échecs comme moi, ce livre n'a pas su m'éclairer davantage. Toutefois le portrait de cette femme est subtil, tour à tour comique et grinçant. Il faut aussi ajouter que l'auteur a écrit son texte en français, alors que Bertina Reichs est native d'Allemagne. Et je suis toujours admirative devant ces déclamations d'amour pour notre langue française ! (Le livre de poche, 5 €)

Sont inscrits aussi sur mes tablettes :

ainsi_revent_les_femmes  comment_se_dire_adieu  comment_va_la_douleur  neiges_bleues

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08/02/08

Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini - Katarina Mazetti

chaperon_rougeGrand retour de la jeune Linnea Nilsson !
Vous n'avez pas oublié cette lycéenne de 17 ans, totalement dans la moyenne des adolescents suédois, en matière de taille, de QI et de soucis ?! Elle est donc de retour, après le décès tragique de sa meilleure amie, Pia.
Impossible de tourner la page, entre nous, lecteurs passionnés. Il fallait connaître la suite, revenir vers elle et savoir comment elle continuait son bout de chemin.
A première vue, tout va bien. Ses rapports avec son beau-père s'améliorent, avec sa mère également, et elle a désormais deux nouvelles amies, Madeleine et Malin. Ce n'est certes pas l'osmose entre elles et Linnea, mais ça fait toujours un bien fou de ne plus se sentir seule.
Et puis au fur et à mesure qu'on s'approche, qu'on gratte la couche à la surface, on s'aperçoit que des détails peuvent encore gripper la belle mécanique.
Linnea a une soudaine prise de conscience du Sens de la Vie, et sa grand-mère, pensant lui donner les moyens pour acquérir Sa liberté, viendra lui refiler une grosse somme d'argent. Inconsciemment, les ennuis commencent là...
Les nouvelles copines vont aussi lui attirer quelques soucis. La machine fait couac, tout s'emballe... Incapable d'assumer ce flot d'embrouilles, Linnea va donc décider de prendre l'air et de s'envoler pour Los Angeles ! Mais gare en chemin au Grand Méchant Loup, aussi charmant, « frais, souple et bien proportionné » soit-il !

Cette suite est une réflexion très intéressante sur les crises des adolescentes, sur les conflits et l'incapacité d'assumer sa propre détresse, sur les caps à franchir (il y a le passage de la première fois, par exemple). C'est toujours très drôle et pertinent, accompagné par les traits d'ironie de la jeune narratrice, toujours saupoudré par ce délicieux mélange entre légèreté et gravité. Une sauce aigre-douce, donc. Pour l'instant, la recette demeure efficace, même si je trouve que ce livre-ci manque un peu de peps par instants. Mais rien de bien grave !
Il faut admettre, en passant, que l'histoire va connaître un revers de fortune assez hallucinant, sensé donner des ailes à notre adolescente et ouvrir nos petits yeux un peu collés d'égoïstes embourgeoisés (je ne vise personne, c'est juste en relation avec le texte !). Quelques chapitres vers la fin donnent une perspective nouvelle, angoissante mais hélas réelle et existante. De quoi bien réfléchir...
Sur ce, j'attends encore une suite ! (Vous aussi ?)

Gaia, 203 pages. Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss. 16 €

Illustration : Jenny (l'auteur de Pink Diary !).

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07/02/08

L'Horloge du Temps - Jeanette Winterson

horloge_du_tempsLondres, en 2009. Silver Rivière, 11 ans, suit sa tante Mme Jetandor, désormais sa tutrice légale, chez un antiquaire, grand collectionneur d'horloges, qui tient boutique, appelée Tempus Fugit, dans la capitale. Cet homme se nomme Abel Abysses et c'est une vieille connaissance de la famille Rivière. Abysses recherche un objet rare et précieux, le Garde-Temps, et espère cuisiner la petite fille pendant son séjour à Londres, avec toute la complicité de la sotte Mme Jetandor.
Il y a quatre ans, les parents de Silver et sa petite soeur ont pris le train pour rejoindre Abysses et lui présenter cette horloge, mais la famille a brutalement disparu, emportée par une Tornade Temporelle.
Qu'est-ce donc ? Le gouvernement s'alarme, les scientifiques n'ont aucune réponse. Brutalement, le Temps s'emballe et fait un arrêt sur lui-même, parfois les personnes plongent dans le passé, parfois dans le futur, mais il est impossible d'en revenir.
Il y a une personne capable d'apporter des solutions : Régalia Mason, de la société Quanta qui s'occupe d'acheter le temps pour le revendre aux plus offrants. Mais collaborer avec cette femme redoutablement belle, potentiellement dangereuse, ressemble à s'y méprendre à pactiser avec le Diable !
De son côté, Silver ignore véritablement où se trouve l'horloge convoitée par Abel Abysses ET Régalia Mason. Mais elle comprend très vite qu'il faut fuir ces deux-là et se réfugier auprès du peuple des Divergents, des habitants sous Terre, où Silver vient de rencontrer un nouvel ami, Gabriel, qui a pour fidèle compagnon un Mammouth du nom de Goliath.

L'aventure commence dans le manoir familial, Château-Chevêtre, étrange demeure qui tombe un peu en ruines, mais qui semble vivante et pleine de trésors cachés. Puis l'histoire nous emporte à Londres, dans une boutique extraordinaire, mais habité par un antiquaire faussement débonnaire. Et puis brusquement, c'est la découverte de nouveaux décors, de possibilités infimes et innombrables, d'ouvertures à une imagination complètement folle. C'est passionnant, étourdissant presque. Mais il faut s'accrocher aux détails, car ça tourbillonne dans tous les coins.
C'est un réel divertissement, un pur bonheur d'évasion et c'est très richement décrit, soigneusement paré, avec une ingénieuse solution pour la fin, qui a d'ailleurs failli me duper ! A noter, aussi, que la jeune héroïne, Silver Rivière est la digne héritière de ses ancêtres les pirates, et doit son prénom en clin d'oeil à Long John Silver de L'Île au Trésor.
Un roman qui ne finit pas de nous surprendre !

Albin Michel jeunesse - coll. Wiz - 360 pages.  15 €

Traduit de l'anglais par Hélène Collon. Titre vo : Tanglewreck.  Couverture : David Wyatt.

A aussi été lu par Mélanie (Book in !)

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06/02/08

On voit la vie en jaune (aujourd'hui) !

tirez_sur_l_ambulanceColin Thibert a osé faire drôle avec ce qui n'est pas censé l'être ! Personne ne comprend ? Je m'explique, alors.
Au cours des 10 textes de ce livre, il va choisir des thèmes à faire frémir et mettre en scène des personnages assez pathétiques dans des situations tout aussi sordides et réussir à extirper des sourires, et même des éclats de rire. Un comble ?
Peut-être bien, mais cela serait mentir !
Je n'ai jamais cessé d'être étonnée et franchement déboussolée, mais j'ai adoré ça ! Dans Sardanapale, par exemple. C'est un couple très bourgeois, très clinquant, qui sort son argent pour avoir une belle maison, partir en cure et s'acheter un chat à 400 €. Ce chat au pedigree exceptionnel pose toutefois problème pour les vacances à la neige, et naturellement le couple se tourne vers la voisine, une petite vieille malade. Mme Benoît viendra plusieurs fois par jour soigner la bête, on peut lui faire confiance. Mais la surprise, en rentrant, sera elle aussi à la hauteur de leurs grands airs !
Absolument horrible et démoniaque !
Une autre histoire nous emmène en Birmanie, avec un couple très bobo, passionné de voyages à travers des contrées exotiques, de plus en plus folles et excitantes. Le couple est pourtant prévenu des 'risques', mais qui a cure des ruses de la faune locale ? Au diable tout cela !
Pas de quoi se retourner, mais sûr et certain de s'en mordre les doigts !
Tout est très elliptique, mais il ne faut pas gâcher la chute. Toutes les histoires sont extrêmement bien cousues, elles épinglent en passant les dérives de la société actuelle qui consomme trop vite et très mal, mais l'auteur ne se gausse pas de donner des leçons. Au contraire, il rit de tout facilement, en prenant à témoin le lecteur. Une belle prise d'otage ! En plus de tirer sur l'ambulance, Colin Thibert s'en prend - sans honte - aux ados, aux vieux, aux riches, aux chats. Il plante le clou, ça ne fait pas mal et ça chatouille.
Le rire, lui, sera jaune et un peu grinçant.
Bien, bien, bien...

En moins de 30 mots : Recueil d'une dizaine de nouvelles toujours drôles, souvent cyniques, mais jamais de mauvais goût, dans la tradition de la littérature de genre et de l'humour noir.

Tirez sur l'ambulance ! de Colin Thibert - 190 pages - 9.50 €

des_petits_riensAvec le livre de Régine Detambel, ma première impression a été d'applaudir cette limpidité dans l'écriture, ce qui donne immédiatement cette sensation de flotter et de glisser sur une vague, de ne jamais rencontrer d'aspérités !
C'est tout simplement un vrai plaisir, pour le lecteur.
Ensuite, le contenu est aussi un très grand moment de lecture, car pas un instant on ne s'ennuie au cours des 12 textes de ce recueil. Peut-être l'ouverture laisse échapper un petit goût amer, celui du citron jaune, glissé dans un cocktail pour libérer la rancoeur d'une femme désabusée en amour. Mais bien vite, j'ai trouvé l'humour, la grâce, les clins d'oeil et la douce ironie qui sont les retombées afférentes à ce genre d'exercice.
Le drôle, on le croise dans l'histoire de cette adolescente qui suit son petit ami pour une escapade à Paris, contre l'avis de ses parents. Elle pense déjà à leurs angoisses, car pour elle cette virée est une fugue. Et puis, c'est la catastrophe quand son chéri arrive - en retard - avec un pantalon qui casse tout le mythe.
La gravité, on la trouve dans une vérité plus douloureuse, celle qui s'ouvre à un garçon, à force de chercher et de connaître qui était son grand-père, décédé dix ans plus tôt, d'une mort violente, rapporte-t-on dans la famille. Mais personne ne s'ouvre à lui, ne répond à ses questions. Peut-être, parfois, la vérité n'est pas bonne à entendre ...
La bêtise humaine est abordée dans un portrait xénophobe, un père complètement opposé au campement de manouches près de chez lui, sa fille est plutôt fascinée par le garçon qui joue de la guitare sur les marches de sa roulotte. Le choc de deux cultures, une rencontre viendra après quelques nuages de cendres.
C'est tout aussi beau et poétique dans l'ennui d'une lycéenne, dans sa classe, attendant désespérément un signe, un SMS de son petit copain. Et les lentes et belles descriptions de son agonie donnent lieu à de superbes pages, mélancoliques et vraiment lyriques !
Cela peut paraître solennel, à découvrir ainsi, sauf que c'est véritablement des petites perles mises bout à bout. Ce sont des instants fragiles, fugaces, des éclats de vie. J'ai trouvé que l'ensemble était super agréable à lire, très reposant, distrayant, offrant une belle leçon de style, avec des histoires très parlantes, à la fois fortes et amusantes.
Bien joli tout ça !

En moins de 35 mots : Ces petits riens, ce sont de petits moments qui passent comme une ombre, mais qui parfois changent la vie, des moments d'héroïsme ou de lâcheté qui filent sans laisser de trace, la plupart du temps...

Des petits riens au goût de citron, de Régine Detambel - 170 pages - 9.50 €

Tirez sur l'ambulance ! avait été lu par Gawou (la libraire) 

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05/02/08

Partie de pêche au Yémen - Paul Torday

partie_de_pecheQue se passe-t-il dans la tête d'un scientifique britannique tout à fait comblé - sa femme vient de lui offrir une brosse à dents électrique pour leurs vingt ans de mariage - quand un cheik yéménite lui demande de construire une rivière climatisée afin qu'il s'adonne à son sport favori : la pêche au saumon ?

Ce Projet Saumon, auquel Dr Alfred Jones ne croit pas un instant, devient très vite un élément majeur que visent les hautes sphères politiques, lesquelles forcent ainsi notre scientifique débonnaire de plancher derechef sur le sujet. Il en va de la sécurité nationale, de l'image du Premier Ministre Anglais, de la science moderne et d'une campagne de communication valorisante, après le fiasco en Irak. Alfred Jones travaille donc en collaboration avec Harriet Chetwode-Talbot, qui sert d'agent de transition avec le Cheik Muhammad du Yémen.
Ce dernier est un saint homme, sincèrement passionné par la pêche au saumon. Ses intentions sont louables, car il veut permettre à son peuple de partager ce bonheur de pêcher et il est persuadé d'une bienveillance divine pour conduire ce projet jusqu'au bout.
Les mois sont longs, les questions nombreuses, les petites entourloupes dans les coulisses encore plus grouillantes, notamment celles orchestrées par Peter Maxwell, directeur de communication du bureau du PM, Mr. Jay Vent. La position officielle est d'être solidaire, sans trop paraître soutenir ni s'impliquer. Tout dépendra du résultat et des lauriers récoltés !

Cela force à sourire, les petites magouilles étant incroyablement associées à la nature humaine ! Le roman en démontre les rouages, les tracasseries bêtes et inutiles, les ambitions dévorantes et le déni d'informations pour éviter le scandale. A l'écart des ergotages pompeux, il y a notre scientifique, Fred Jones, qui vient d'être quitté par son épouse - exilée en Suisse pour remplacer un collège malade, puis mort. Mary est une économiste rompue et pleine de détermination, qui sacrifie sa vie personnelle pour sa réussite professionnelle. La séparation du couple vient miner notre scientifique, qui se consolera un temps auprès de la jeune Harriet, elle-même profondément déprimée par l'absence de son fiancé, en mission secrète dans le Moyen-Orient.

Construit à l'aide du journal intime d'Alfred, de courriels, de rapports d'enquêtes, d'entretiens, des lettres d'Harriet, et même d'un script pour le pilote d'une émission, le roman permet ainsi d'accélérer l'allure pour ne pas laisser le lecteur évanoui d'ennui à force de (trop) longues descriptions sur la pêche et le saumon.
L'histoire, elle, est cocasse, assez sarcastique. Elle dénonce plusieurs aspects de la folie des administrations, des possibilités surréalistes de l'argent et du pouvoir. Ce projet fou va toutefois permettre à un homme presque banal de connaître la notion du rêve et de l'amour, ce qui n'est pas rien !
Un roman qui a tout de la farce, de la comédie british assez pince-sans-rire, avec ses personnages flegmatiques, et au final ce bon divertissement cache aussi quelques notes aigres-douces. Pas mal, un roman à découvrir !

JC Lattès - 383 pages -  19.50 €

Traduit de l'anglais par Katia Holmes.  Titre vo : Salmon Fishing in the Yemen.

Lu par Molinia de Lectures-Club  & par Millepages (libraire)

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04/02/08

L'ange de pierre - Margaret Laurence

ange_de_pierreHagar Shipley est une vieille femme de près de 90 ans, qui perd un peu la tête et n'a plus la force de tenir debout sur ses jambes. Elle vit avec son fils Marvin et son épouse Doris dans sa propre maison, qu'elle a accepté de céder. Elle pense cependant qu'on cherche à la déposséder, car Marvin souhaiterait qu'elle se rende dans une maison de repos, où elle recevrait des soins adéquats. Or elle refuse absolument d'y mettre les pieds.
Chez elle, dans sa maison, elle se sent apaisée et confiante au milieu de ses objets et de ses souvenirs. Elle se rappelle ainsi la petite fille pleine de vie qu'elle était, l'étudiante appliquée et promise à un brillant avenir avant son brusque mariage avec Bram Shipley. C'était un assez bel homme, très grand, portant la barbe noire, il exerçait sur Hagar une attraction physique affolante. Pourtant ce type était un fermier de quatorze ans son aîné, veuf et père de deux filles, il était rustaud et grossier, et ne roulait pas sur l'or. Tout pour déplaire ! Et c'est contre l'avis de sa famille qu'Hagar se précipite dans ce mariage, complètement folle et irresponsable.
Le temps aura raison de sa jeunesse, de sa fraîcheur et de ses ambitions. C'était une demoiselle assez prout-prout qui enviait une ancienne copine, Lottie Drieser, d'avoir réussi ce qu'elle n'avait pu décrocher. Elle va nourrir en John, son deuxième fils, un espoir insensé, attendant de lui qu'il venge l'honneur de sa famille et reprenne le flambeau des Currie.
Mais l'ironie du destin voudra que la roue infernale ne cesse jamais de tourner, et à ce petit manège il sera toujours trop tard pour faire marche arrière...

Le roman est une valse lente et hypnotique, au coeur de laquelle tourbillonne la vie d'Hagar qui se débat contre ses souvenirs et contre le temps qui passe ; elle n'est pas sénile, elle se rappelle encore très bien, malgré les signes, et force toutes les portes pour la conduire vers son histoire passée. Lui prouver le contraire ne sert strictement à rien, Hagar a peu conscience de ses erreurs et n'adopte nullement le repenti ! Car Hagar Shipley affirme un tempérament bien trempé, qui cache ses faiblesses et refuse les larmes, houspille ses proches au lieu de s'ouvrir à eux pour lui confier ses peurs. « L'orgueil a été ma folie, et la peur le démon qui m'a poussée. Seule, toujours, et jamais libre, car mes chaînes étaient en moi, se sont déployées hors de moi et ont entravé tous ceux qui m'étaient proches. »
Au passé, se mélange un présent tout aussi réel, et qui dévoile une Hagar plus faible et fragile qu'on ne le pensait. Elle mène plusieurs combats, contre elle-même aussi. C'est très émouvant, vraiment bouleversant. J'ai même retenu quelques larmes sur les dernières pages, tellement ce portrait de femme a su me toucher. 

« L'ange de pierre » est le premier livre du Cycle de Manawaka (ville fictive se situant dans le Manitoba, au Canada). Margaret Laurence était sincèrement un brillant écrivain, pour le constater n'hésitez pas à lire aussi « Une divine plaisanterie » (roman paru en 2006).

Joelle Losfeld - 318 pages.  21.00 €

Traduit de l'anglais (Canada) par Sophie Bastide-Foltz. Titre vo : The Stone Angel.

« L'ange de pierre » vient d'être adapté pour le cinéma par la réalisatrice Kari Skogland.

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03/02/08

si tu n'existais pas & l'amour vache

si_tu_n_existais_pasSa maman, Alice, est folle... de Joe Dassin. Elle connaît toutes ses chansons par coeur. Lui, Fredo, est fan de Mac Spitte (comprenez Mark Spitz, le champion de natation). Tous les jours, il s'entraîne dans sa baignoire et compte jusqu'à combien il peut rester sous l'eau sans respirer.
Tout ça vous enlève quelques soucis de la vie. Parce que la vie, la vraie, n'est pas drôle. Alice est un peu folle (pour de vrai), elle cherche un homme, ou un père, qui pourrait remplacer celui qui a disparu. Elle veut le faire pour son fils, mais Fredo préférerait que sa maman, si jolie, soit un peu plus rangée, raisonnable, prévisible. Vous en connaissez beaucoup qui se rendent à des funérailles pour pleurnicher sur le défunt et provoquer un mini scandale auprès de l'épouse, des enfants et des proches ? Résultat : une bousculade, une maman au fond d'un trou et un tailleur en lambeaux. Pour le jour de la rentrée, c'est pas top !
A l'école, il y a les copains, Nono et ses vacheries, Bien-Bien le prof qui croit en son potentiel de champion, et les cours de piscine, où Fredo devient une étoile filante ! La classe.
Et puis les ennuis, toujours, reviennent et vous emportent une maman qui est partie à Rio. Comme dans la chanson de Claude François. Les copines d'Alice sont là, Mado qui aime le jaune canari et Michel Sardou à en mourir (de plaisir) et la jolie Lulu, une gosse de 20 ans qui a un corps de déesse, mais un amant marié.
Ce roman vous en raconte des belles et des pas mûres, avec des clins d'oeil aux artistes délicieusement kitsches des années 60. Bien sûr, derrière le ton badin, l'histoire est plus amère car c'est un portrait délicat d'un fils sans père et d'une femme qui cherche à se caser à tout prix (mais qui finit par se casser les dents). L'histoire est racontée par un Fredo qu'on adore, et qui n'a pas sa langue dans sa poche, il est flanqué d'une maman foldingue, qui reste très touchante ! Un mélange d'humour, de doute et de tendresse : un beau, bon roman attachant !

Si tu n'existais pas, Williams Crépin.

Editions Thierry Magnier - 169 pages -  8.50 €

Encore un peu d'amour, mais de façon plus vache !

amour_vacheRachel Corenblit, découverte avec son premier roman Shalom Salam maintenant, propose de décliner en 8 courtes leçons la façon d'aimer de jeunes ados d'aujourd'hui. On peut s'imaginer une approche facile et légère (pourquoi je suis la seule à ne pas avoir de petit copain, pourquoi personne ne m'embrasse jamais ...), la lecture nous ouvre finalement les portes vers des histoires plus touchantes.

On y croise une belle-mère qui fait meuh, mais finalement elle n'est pas si vilaine ni si vache que ça. On tient la main d'un père qui n'en finit pas de mourir depuis un an, et ça coûte et ça dure, mais à quoi ça sert de pleurer ? On donne des ailes à un garçon un peu tordu et qui n'a jamais eu de chance dans sa vie scolaire, parce qu'il n'est pas comme tout le monde. On se trouve à côté d'une ado prise dans l'engrenage du TOC et qui se frotte les mains jusqu'au sang pour se guérir du mal en elle. Et on découvre aussi le combat d'une maman pour sa fille atteinte d'un cancer, ou la fugue d'une soeur et ses frères pour échapper à des agissements horribles sous le regard noyé (de larmes ou de pluie) d'un gendarme empathique.

Bref tout ceci en quelques 120 pages, avec un peu de confiture sur une tartine, et cela vous donne beaucoup de noblesse à l'art d'aimer (un peu vache) ; des situations souvent difficiles, des jeunes blessés, touchés ou écoeurés, mais qui ne manquent jamais d'humour (un peu noir et grinçant)... On se cherche, on ne se trouve pas, mais il n'en reste pas moins beaucoup de vivacité et d'esprit dans tout cela !

« C'est d'amour dont je te cause. L'amour qui remplit et qui fait son boulot. Tordre les coeurs. Raccourcir l'âme. Essorer la volonté. Tombe pas amoureuse, poulette, c'est ce que je disais à ta maman quand elle avait ton âge. Laisse-les chavirer, tous, mais reste à bord du navire. Contrôle la direction du vent. Et si tu tombes à l'eau, pense à respirer.
- Tu te rends compte, papi, tu brises tout mon romantisme, elle disait.
- Va, poucette, vaut mieux être cul que culcul.
»

L'amour vache - Rachel Corenblit.

Le Rouergue, coll. doAdo. 122 pages. 7.50 €  

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02/02/08

Seizon life

Pour changer de nos lectures romanesques et pour midinettes patentées, voici une trilogie dans le genre policier et dramatique :

SeizonLife1  SeizonLife2  SeizonLife3

Synopsis : Takeda n'a plus que six mois à vivre avant que le cancer ne le ronge... Pour s'épargner une lente agonie, il décide de se suicider. Mais juste au moment où il s'apprête à se pendre, le téléphone sonne : la police a retrouvé le corps de sa fille unique, disparue il y a plus de quatorze ans. Au Japon, la prescription pour un meurtre est fixée à quinze ans, il reste à peine six mois à Takeda pour retrouver et faire condamner l'assassin de sa fille.

Les auteurs ont cherché à mettre la pression, vous ne trouvez pas ? Il y a cet incroyable hasard : six mois pour vivre, six mois pour retrouver un assassin, et le faire payer du meurtre de sa fille. Et six mois, c'est court ! Qu'à cela ne tienne, le scénario de cette série est tenace et a décidé de jouer avec les nerfs.

Takeda est un homme en fin de vie, condamné par la maladie, le même cancer qui avait emporté son épouse quelques années plus tôt. Désabusé, il se rend compte qu'il est passé à côté de l'essentiel pour privilégier une carrière professionnelle. Il est trop tard pour rattraper ses erreurs, jusqu'à ce coup de fil de la police qui va le pousser à donner au restant de ses jours un sens unique : venger sa fille.

Et aussitôt l'enquête nous embarque, Takeda décide de fouiller dans les affaires de Sawako et de revenir quatorze ans en arrière, suivre ses traces, refaire le parcours des derniers jours précédant sa disparition. Il essaie de renouer avec les anciens camarades de l'adolescente, d'éplucher les photos et ses efforts commencent à payer car les indices viennent peu à peu s'embriquer, tel des morceaux de puzzle.

Au début, Takeda était seul à jouer le détective éploré. La police se gaussait de lui, et puis un homme a su être touché par les motivations de cet homme. C'est l'inspecteur Murai. Tous les deux vont remonter une piste incroyable, pensant presque toucher le but, avant de perdre leurs illusions. Et puis, autre coup de théâtre, et ça repart à cent à l'heure.

Pour ça, on ne peut pas reprocher à l'histoire de ronronner au coin du feu, attendant que les pages défilent et occupent le lecteur. C'est très, très rythmé ! Au début l'enquête piétine, quoi de plus normal ? Puis il y a une avancée subite, qui peut paraître 'trop facile' , mais qui donne du piment et de l'intérêt à l'ensemble. Comment ne pas se passionner ?! L'histoire aurait pu sembler moribonde et démoralisante, elle se révèle stupéfiante. La poussée d'adrénaline qu'elle nous fait vivre est là, bien ancrée. Parce que nos enquêteurs progressent, mais le temps aussi défile. Et on tombe vraiment dans un compte à rebours infernal. Le summum revient au tome 3, celui qui met un point d'orgue, celui qui annonce la sentence. Et dans tout cela, autre point incroyable, c'est la tension psychologique qui se crée. La corde est raide, tendue plus que raide, elle vous menace de péter à la figure en moins d'une seconde. Pfiou !

Pour souffler un peu, les auteurs ont donc peaufiné le portrait du père, mettant l'accent sur son chagrin et son désespoir. Alors non ! ne croyez pas que ça va pleurer dans les chaumières, nous en sommes bien loin. Ce scénario montre intelligemment qu'on peut traiter du chagrin et du deuil insurmontable sans forcément chercher à vous arracher toutes les larmes de votre corps. Ne me taxez pas de coeur de pierre, car j'ai retenu quelques hoquets et j'ai vraiment ressenti la souffrance de cet homme, trouvant toute légitimité à son désir de vengeance. Il y a des scènes, et des passages, qui ne laissent pas de marbre. Mais c'est un tout, coincé dans une belle enveloppe. Car Seizon life est un ensemble redoutable et efficace, une brillante enquête criminelle (avec de bonnes grosses ficelles, mais bon...), enrichi de personnages attachants (un père tiraillé entre la douleur et la haine, un coupable admirable de sang-froid...). C'est une lecture qui vous mène par le bout du nez, qui vous enchaîne et vous laisse à bout de souffle ! ...  Waouh ! 

Seizon life, par Nobuyuki Fukumoto & Kaiji Kawaguchi - Panini Comics. 8.95 € le volume (Série terminée, en 3 tomes)

J'adresse un grand merci à mon capitaine Benoit pour ce judicieux conseil !

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