10/02/17

Alive, de Scott Sigler

Alive« J'ouvre les yeux dans le noir. Le noir total. J'entends ma propre respiration, mais rien d'autre. Je soulève la tête – elle bute sur une surface solide, qui ne bouge pas d'un pouce. Il y a un mur juste devant mon visage. Non, pas un mur... un couvercle. »

Pensant fêter leur douzième anniversaire, cinq jeunes gens se réveillent dans un semblant de sarcophage dont ils s'extirpent avec peine pour découvrir avec stupeur qu'ils ne sont plus de simples adolescents, qu'ils ont oublié leur nom et qu'ils ne savent absolument pas où ils se trouvent. Em prend aussitôt la tête du groupe et les entraîne dans un dédale inconnu et effrayant, plongé dans le noir et parmi des couches d'ossements. En chemin, ils croisent une autre tribu de jeunes égarés, confrontés aux mêmes questions, et décident de liguer leurs maigres forces après des tractations houleuses.

L'auteur a indiqué en postface la consigne de dévoiler le moins possible d'éléments ou de révélations sur l'intrigue, pour privilégier l'effet de surprise chez le futur lecteur. Une recommandation judicieuse, qui m'a d'ailleurs valu de plonger tout de go dans ce livre et d'avaler son contenu en une goulée, car je ne savais vraiment pas dans quoi je m'embarquais. Dès les premières pages, j'ai été cueillie par l'ambiance oppressante, le pourquoi de ces jeunes coincés dans un lieu dont on ne devine rien et où il se passe vraiment des choses bizarres et terrifiantes. Le fond n'est sans doute pas révolutionnaire, mais ça vaut le coup de se perdre quelques heures entre les pages de ce gros bouquin de 460 pages. Il est calibré exprès pour piquer le lecteur - rythme rapide et percutant, contexte flou et inquiétant, mystère entier et dénouement renversant. C'est assez radical. Par contre, légère déception concernant les personnages. Le groupe est cohérent, mais les personnalités individuelles sont fades et manquent d'étoffe (Em est obnubilée par son poste de chef, mais s'embrouille aussi avec deux garçons qui lui font à tour de rôle tourner la tête). C'est parfaitement inutile et superficiel. L'auteur aurait pu largement s'en abstenir et se concentrer sur de l'action pure et dure tant le format global nous absorbe dans son labyrinthe d'angoisse. Une lecture étonnante, vraiment flippante et qui captive d'entrée de jeu. Bonne pioche.

Traduit par Mathilde Montier pour les éditions Lumen - Février 2016

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09/02/17

Le Collège des Éplucheurs de Citrouilles, de Laure Deslandes

le collegeIntriguée par le titre et le résumé du livre, je me réjouissais d'avance de découvrir une lecture un brin fantasque. Au final, c'est assez loin du compte, ou disons qu'il s'agit plus platement d'une histoire contemporaine avec des détails insolites. Le sachant, la frustration sera évidemment moins grande !
Direction la campagne bretonne où se tient un minuscule collège qui regroupe les égarés du coin. Péline a grandi auprès d'une maman baba cool qui privilégie le fait-maison et se démène pour joindre les deux bouts. L'adolescente n'en a jamais souffert, mais comprend qu'avec l'arrivée de nouveaux élèves, débarqués de nulle part, leur regard sur sa petite vie risque fortement de la déstabiliser.
En effet, le collège des Museaux a augmenté son effectif en ouvrant durant l'été un internat rural. Dans sa classe, Péline compte cinq nouvelles têtes de lard dont l'attitude arrogante et grossière fait sortir la jeune fille de ses gonds. Résultat, les garçons se gaussent mais elle relève le défi de les intégrer dans leur système. Car le collège des Museaux n'est pas un établissement ordinaire - aucun réseau téléphonique ou internet, une pédagogie qui s'affranchit des codes et des enseignants hauts en couleur. Les élèves apprennent donc l'estonien ou s'entraînent à grimper dans les arbres, les professeurs traînent en chaussons, les livres peuvent se lire par la fin, et à la cantine on sert de bons petits plats mitonnés avec amour (sauté de porc aux tiges de bettes et tajine de quinoa au fenouil). Pour des habitués des nuggets et de la pizza, la coupe est pleine !
C'est donc une cohabitation explosive qui s'annonce entre les autochtones et les exilés, et qui donne lieu à une lecture agréablement surprenante. Elle ne verse pas non plus dans cette dose de folie douce que j'apprécie particulièrement, mais fait preuve d'audace et d'exubérance pour compenser. Ajoutez une intrigue policière impliquant un objet dérobé, une traque pas possible avec un forcené et un climat un poil grotesque pour absorber le tout... Ce premier roman est du genre foutraque mais se lit comme une aventure loufoque et allumée. Dans l'ensemble, c'est marrant.
Dernière phrase du livre : « Il y a un pommier dans le champ voisin. » ☺

L'école des Loisirs, 2017

« Le collège des Museaux, c'est le contraire de l'armée, c'est le bonheur. Enfin non ; ça, c'était avant. »

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Marcelle et les Indiens, de Delphine Bournay

marcelle et les indiens

Marcelle est une petite taupe, passionnée par les westerns et les indiens. À l'instar de nombreux enfants, elle n'aime pas trop ranger sa chambre et se plaît parmi ses jouets éparpillés sur le sol. Seulement, elle n'a plus trop le choix quand son papa la menace d'être privée de goûter, miam des petits choux fourrés de mousse au chocolat blanc avec coulis de framboise et des morceaux de meringues, c'est assez pour l'encourager ! Marcelle ne sait pas par où commencer, elle invoque la magie, fait chou blanc, puis rêve qu'elle rencontre des indiens, un peu trop farceurs à son goût, alors elle se fâche et leur dit ses quatre vérités. Les indiens font profil bas et promettent de lui filer un coup de main. La bonne blague.
Marcelle et son papa ont également un autre rituel et ne loupent jamais leur soirée western. Tous deux s'installent dans le canapé, blottis sous un plaid, devant un bon vieux film où les cowboys et les indiens se livrent une guerre sans pitié. Mais l'heure du coucher arrive toujours trop tôt. Seule, dans son lit, la petite taupe n'a pas l'œil à dormir car elle revit chaque instant du film en se représentant des indiens dans sa chambre. Elle aimerait bien se glisser en douce sous la couette près de son papa sans qu'il rechigne. Ses doudous vont alors lui donner quelques tuyaux.
Delphine Bournay nous régale d'une lecture simple et adorable, avec ses illustrations en pastel, son humour et sa tendresse obsessionnelle pour les indiens. Cela n'égale pas l'excellence des Grignotin et Mentalo mais ça a du bon aussi. Marcelle est une petite taupe à l'imagination débordante et sa relation avec son papa est aussi exclusive que douce et attendrissante ! 
Le texte est aéré, le ton dynamique et délirant. Une chouette petite lecture, pour les débutants. 

Mouche de l'Ecole des Loisirs, 2017

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08/02/17

Pêle-Mêle : Vilain monstre ! - La vie de Smisse - Mon lapin Patate

vilain monstre

Oh ! Il y a un vilain monstre gourmand dans la maison ! Il chipe sans vergogne les gâteaux ou les bonbons, il vole aussi l'électricité et empêche la télé de fonctionner. Le petit loup harcèle son papa pour trouver la solution aux problèmes. D'accord. Il va passer un coup de fil à la brigade anti-monstre. Mais à peine le temps de tourner le dos, zou... le poulet sur la table disparaît à son tour !

Tel est pris qui croyait prendre ! Cette formidable histoire de roublardise est cocasse et fantastique à souhait. Elle met aussi en valeur la complicité entre le duo père et fils dans cette jolie mascarade stimulée par la gourmandise. C'est drôle et facétieux. Un album tout-carton qui donne le sourire aux lèvres. 

Vilain Monstre ! de Raphaël Fejtö

Seuil Jeunesse, 2017

 

 

la vie de smisse

La vie de Smisse est une nouvelle série qui s'adresse aux plus jeunes lecteurs et qui se propose de raconter le quotidien d'un garçon de trois ans pour coller au plus près de son public et lui donner ainsi la sensation de se retrouver dans l'histoire. Chaque expérience rapportée est aussi un moyen de rassurer l'enfant. Et cela commence, bien évidemment, par la rentrée des classes. Ce fameux jour où les enfants éprouvent la peur de l'inconnu, la cacophonie ambiante et la séparation avec un univers familier (la maison, la crèche, la nounou). 

Smisse se lance ainsi dans le bain, entre excitation et témérité, pour une journée riche en émotion ! Il se fait un nouveau copain, Boubou, avec lequel il va d'abord se chamailler. Il apprend à écouter la maîtresse, à jouer avec les autres, à se tenir en rang, à chanter et à dessiner, à faire la sieste sans son doudou, à mettre son manteau tout seul, à faire moins le difficile à la cantine ou au goûter de l'école.

Ce portrait est plus vrai que nature : le môme est turbulent, curieux, intrépide et capricieux. Sa sensibilité le rend également touchant, car vivre de telles aventures est forcément très éprouvant ! J'ai beaucoup souri à la lecture de cet album plein de fraîcheur et d'innocence. 

La vie de Smisse : Jours d'école, par Isabelle Chavigny, Ivan Grinbert & Marie Caudry

Seuil Jeunesse, 2016

 

 

Mon lapin patate

Quand on rêve d'un lapin nain rikiki, pas plus gros qu'un kiwi, qui vous chanterait du blues pour vous bercer, et qu'à la place vous recevez une espèce de grosse patate velue, aux oreilles ressemblant à deux poireaux flétris, avec des yeux globuleux et un gros nez en carotte fânée, au feu les pompiers ! Grosse colère rouge écarlate à l'horizon. Notre petit bonhomme de six ans est en pétard. Ce n'est pas du tout le cadeau de ses rêves !

Bon, une fois la tempête apaisée, l'enfant fait face à son lapin et le découvre sous un jour nouveau : craquant, rigolo, affectueux et attachant. Il est alors navré d'avoir réagi aussi violemment et explique que sa colère est souvent incontrôlable. Elle explose d'un seul coup, puis disparaît tout aussi vite. Il est temps désormais de repartir de bon pied. Et si tous deux devenaient amis ? En réponse, le lapin le bombarde de petites crottes. 

Un album adorable et tendre, non seulement pour les illustrations de Christine Roussey, mais également pour son texte plein d'humour et de sensibilité. L'histoire aborde avec simplicité le trop-plein d'émotion et la difficulté de gérer ce magma en fusion, tout en envisageant une issue de secours pour dédramatiser tout sentiment de catastrophe. Franchement top !

♥♥♥ Mon lapin Patate, de Christine Roussey ♥♥♥

De la Martinière J., 2017 

 

Pêle-Mêle : Le pigeon qui voulait être un canard - La journée de Cookie et Nougat - Lou le loup

le pigeon

Gédéon ne veut plus être un pigeon, tout gris, mal-aimé dans les jardins, seul, grossier et triste. Il trouve, par contre, qu'être un canard est tellement plus noble. À lui la métamorphose ! Il commence par s'entraîner à dire coin-coin, puis trouve une paire de palmes près d'un arbre et comprend que son destin est en marche. Rien qu'en les enfilant, il sent son rêve devenir réalité. Mais son numéro ne produit pas l'effet escompté : les enfants près du bassin fuient en hurlant, les autres canards cancannent à n'en plus pouvoir et se moquent de lui. Gédéon est vexé. Et déçu. Il doit se rendre à l'évidence : pigeon il est, pigeon il restera. Qu'à cela ne tienne ! En fin de journée, Gédéon trouve un gant, l'enfile sur la tête et se dit qu'il pourrait devenir une poule. Après tout. ☺

Soledad Bravi nous réserve de bonnes séquences cocasses avec son pigeon qui se sent mal dans sa peau et qui aspire à être différent. On retrouve son gros trait noir, sa naïveté et sa facétie dans cette histoire délicieusement absurde. 

Le pigeon qui voulait être un canard, par Lili & Soledad Bravi

Bayard Jeunesse, 2016

 

la journée

Cookie et Nougat sont deux adorables bébés hamsters. Chaque jour, c'est tout un rituel auquel tous deux s'exercent avec application - se réveiller, se faufiler dans leurs nombreux tuyaux, se rouler dans le bain de sable, manger des céréales et des légumes, boire de l'eau au biberon, faire leur gymnastique dans la balançoire à bascule ou courir dans la roue.

Le jeune lecteur se passionnera pour leurs trépidantes activités et y participera par procuration en jouant avec les tirettes et les volets qui figurent au cœur de ce livre animé. Les illustrations sont simples et ravissantes, mais donnent aux petits hamsters des bouilles trop craquantes ! ☺

La journée de Cookie et Nougat, de Marc Clamens & Laurence Jammes

Bayard jeunesse, 2017

 

lou le loup grognon

Les lecteurs du magazine Tralalire auront plaisir à retrouver leur héros fétiche dans cette collection de livres cartonnés, contenant douze histoires courtes sous forme de bande dessinée. Chaque double page nous raconte une anecdote rigolote sur Lou le loup qui adore hurler, faire peur aux autres, découvrir le monde et jouer à la bagarre.

Toutes ces situations renvoient aussi aux enfants l'expression de leurs propres émotions (colère, caprice, peur, timidité, excitation...). Lou le loup gesticule beaucoup, mais chaque histoire se termine, évidemment, par un bon gros câlin dans les bras de sa maman. De quoi rassurer les mômes et conclure la lecture sur une note d'apaisement.

Lou le loup, Un p'tit loup grognon comme tout, illustré par Catherine Proteaux

Bayard jeunesse, 2017

Lou le loup


07/02/17

Lucile Finemouche & Le Balafré, Tome 2 : Le mystère Archéoscript, de Juliette Valléry, Annabelle Fati & Yomgui Dumont

Lucile FinemoucheC'est avec bonheur que j'ai retrouvé Lucile Finemouche dans une nouvelle aventure passionnante. ♥
Avec son associé Machan MacFloherty, dit le Balafré, elle poursuit avec assiduité son enquête sur les objets chronomanciens. Après une première affaire bouclée dans La Dimension Chronogyre, notre duo se met en tête de percer le mystère d'une machine à écrire qui appartient à la famille du Balafré depuis des générations. Celle-ci a pour particularité de revenir à la ligne tous les six mots. On les retrouve donc en pleine épopée pour atteindre les Pouces-Hauts où les attend la joyeuse tribu MacFloherty pour une vertigineuse rencontre haute en couleur. C'est aussi l'occasion pour nous de briser la carapace de Machan, au-delà du personnage austère et imperméable qu'il prétend être. Et quel bonheur. Mais les membres de l'agence 3ID ont à peine le temps de dire ouf qu'ils doivent rebondir sur de nouvelles pistes et se rendre illico dans la ville portuaire d'Otterness.
Il faut savourer le cadre, l'ambiance et l'originalité de l'histoire à chaque instant. En ce qui me concerne, je suis totalement subjuguée. On y croise à la fois des détails incongrus et fantastiques, comme des fantômes, des pattes-de-fourche de bouc, des esprits frappeurs, des horlogers peu communs, des dessins évocateurs, un manoir maudit... et un Machan qui disparaît sans laisser la moindre trace ! On a là une lecture tour à tour prodigieuse et palpitante, écrite avec un humour subtil et un sens exquis pour entretenir le suspense. Le tout est savamment troussé, complètement déjanté, dynamique et farfelu. Un pur régal. Il me tarde de lire le prochain épisode au sujet de l'Invertigo (un grand miroir de cabaret). ☺ 

Actes Sud Junior, 2016

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La Boutique Vif-Argent, Tome 2 : La Boussole des rêves, de P.D. Baccalario

La Boussole des rêvesL'heure est venue de rattraper mon retard dans mes séries ! J'avais beaucoup apprécié l'univers étrange et fabuleux du premier tome de La Boutique Vif-Argent (cf. Une valise d'étoiles). L'histoire se passe dans une petite contrée écossaise, à Applecross, où le jeune Finley McPhee s'embarque dans des aventures qui souvent le dépassent. C'est d'ailleurs suite à sa rencontre avec l'impertinente Aiby Lily, fille du propriétaire de la Boutique d'objets magiques, qu'il a connu autant de chamboulements dans son quotidien.
Puni pour ses mauvais résultats scolaires, notre cancre a d'abord remplacé le facteur pendant sa tournée puis est devenu le premier essayeur de plages pour un guide touristique. Il découvre ainsi que plusieurs fermiers et pêcheurs se plaignent de fâcheux incidents, comme des disparitions de moutons ou des filets saccagés. Une vieille dame vient aussi de passer l'arme à gauche, alors qu'elle pétait la flamme et s'était inscrite pour le prochain marathon. C'est très étrange, mais Finley a bien du mal de croiser son amie Aiby pour lui en causer. Celle-ci semble lui préférer la compagnie de son frère Doug, peut-être parce qu'il est capable de lire l'Ensorcelant, cette langue rare qui figure dans tous les ouvrages magiques. Finley ronge son frein, refusant d'admettre qu'il est jaloux, car Doug est plus grand, plus intelligent et a avoué en pincer pour Aiby. Cette situation agace prodigieusement notre jeune héros.
Mais trêve d'enfantillages. Le duo se reforme pour enquêter sur le terrain. Leur but : dégoter une précieuse Boussole et mettre des bâtons dans les roues d'un sinistre individu, autrement dit l'Homme Vert, qui s'amuse à jouer aux cartes avec l'âme des gens. La situation est tendue, le contexte fascinant de mystères et l'action survoltée. J'ai beaucoup aimé avancer dans l'histoire parmi ce cadre charmant et sur un ton aussi alerte et enjoué. La combinaison est réussie, dans un esprit bon enfant et surtout empreint d'élégance par son esthétisme. Je poursuis mon exploration, avec La Carte des Passages

Traduit par Diane Ménard pour les éditions Gallimard Jeunesse - Octobre 2015

Illustrations de Iacopo Bruno

06/02/17

Tu ne sais rien de l'amour, de Mikaël Ollivier

tu ne sais rien de lamour

“On n'échappe pas aux souvenirs, à moins de devenir amnésique. On marche au présent, vers le futur, mais toujours en traînant derrière soi le boulet du passé, comme un bagnard.”
Nicolas et Malina s'aiment depuis l'enfance. Voisins, ils ont grandi sous l'œil attendri des adultes qui les traitaient d'amoureux ou de fiancés. Pour la jeune fille, il ne faisait aucun doute que leur histoire était inscrite pour durer toujours. Seulement, à l'adolescence, Nicolas apprend la maladie de son père et réalise qu'il ne connaît rien de celui-ci. Il découvre aussi que sa mère fait ses propres cachotteries. Et cette idée d'une famille qui ment, qui masque la vérité et qui trompe les apparences, lui est tout simplement inconcevable. Lui est idéaliste ou veut se rassurer dans l'image d'une famille soudée. Quand toutes ses convictions tombent à l'eau, le garçon aussi remet en question son attachement pour Malina. Ils ne sont plus des enfants, et leur chemin a vraisemblablement emprunté des directions opposées. Au nom de quoi doivent-ils continuer de jouer leur comédie ?
Nicolas est un môme en colère, mais trouillard. Même s'il a conscience de ne plus rien maîtriser, il n'ose pas se libérer du poids des non-dits. Comment avouer à son amoureuse que leurs sentiments sont fanés ? comment regarder son père dans les yeux et lui annoncer qu'il ne reprendra jamais la boulangerie familiale ? comment accepter les compromis de sa mère et ne pas lui en vouloir de sa duperie ?
Le roman se lit en une goulée, il nous emporte et nous touche par sa pudeur, sa sincérité, son émotion à fleur de peau. Il évoque la famille, l'amour, la complexité de grandir, la confusion des sentiments, les silences et l'incompréhension. Un roman intimiste et bouleversant.
Très émouvant.

Éditions Thierry Magnier, 2016

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05/02/17

Hello, Monsieur Dodo ! de Nicholas John Frith

hello monsieur dodo

Martha est passionnée par les oiseaux. Elle est incollable sur le sujet, connaît toutes les espèces par cœur, sauf ce drôle d'oiseau qu'elle croise un jour dans la forêt. Jamais vu un spécimen pareil !

Après avoir cherché dans ses manuels, elle découvre qu'il s'agit d'un dodo, une espèce apparemment disparue. À la fois bouleversée et excitée, Martha décide de ne rien dire à personne et de rejoindre en secret son nouvel ami pour lui apporter des beignets. Mais son petit manège ne passe pas inaperçu, quand le facteur lui pose la question, Martha répond par mégarde que son dodo adore les donuts. La fillette s'en veut et comprend qu'elle doit prendre de la distance pour préserver l'oiseau. La foule des curieux s'empressent, dès le lendemain, devant sa porte et confortent l'enfant dans son choix de protéger son dodo coûte que coûte. Les saisons passent. La séparation forcée est un déchirement. Au printemps suivant, Martha retente sa chance dans la forêt, avec ses beignets, espérant recroiser son oiseau. Qu'est-il devenu ? Suspense. ^-^

L'histoire est fabuleuse, car magique. C'est une histoire d'amitié, de confiance, de gourmandise, de complicité. C'est tout simplement adorable. Et puis l'album est coloré, chaleureux et éclatant. Il nous séduit par son charme vintage et sa tendresse débordante. En double lecture, l'enfant peut prendre conscience de la fragilité de la faune et de la flore, réfléchir aux espèces animales à protéger. C'est juste ce qu'il faut de sensible et de touchant, avec une note de fantaisie et de douceur. Un bel et bon album, à savourer.

Les Albums Casterman, 2017

 

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Pêle-Mêle : Super Cagoule - Le Monstre du Bain - Où es-tu ?

Supercagoule

À tous les traumatisés de la cagoule, jetez-vous sur cet album d'Antonin Louchard ! Il vous vengera de votre enfance, mais il est surtout tout simplement irrésistible. C'est l'histoire d'une poulette qui n'a pas eu d'autre choix que d'enfiler sa cagoule pour se protéger du froid. Mais la poulette râle, car ça lui gratte trop la tête. Et puis c'est laid. On dirait une borne d'incendie. Lorsqu'elle croise le loup, elle est tellement énervée qu'elle ne tremble pas d'une plume et lui raconte que sa cagoule lui donne des super-pouvoirs. Et patati et patata. Le loup tombe dans le panneau et lui pique sa cagoule. 

Il faut ABSOLUMENT vous procurer cet album qui est à mourir de rire ! Je n'exagère même pas. J'ai gloussé tout du long. J'ai adoré. Et je le recommande fort-fort-fort. Un vrai coup de cœur. 

♥♥♥ Super Cagoule, d'Antonin Louchard ♥♥♥

Seuil Jeunesse, 2016

 

lemonstredubain

Jackson adore se rouler dans la boue, mais il n'aime pas se laver. Sa maman a beau le mettre le garde, il ne croit plus au conte du Monstre du Bain. Il est grand maintenant. Il sait bien qu'il n'a plus besoin de sustenter la bête avec son eau sale. Le Monstre du bain n'existe pas. Il peut toujours attendre sa pitance, car Jackson a décidé d'économiser l'eau et de ne pas se décrasser. Ce que l'enfant ignore, c'est que le Monstre attend sagement sous la baignoire. Et il a faim. Après tout, l'eau sale n'est que son deuxième plat préféré... Devinez ce qu'il adore par-dessus tout ! ☺

Sur le coup, j'ai failli avoir des sueurs froides en lisant la fin de l'histoire. Toute mauvaise interprétation est en effet glissante et j'ai bien relu la chute plusieurs fois pour ne pas tomber dans le piège. Quelle sacrée entourloupe ! 

Le Monstre du Bain, de Colin Boyd & Tony Ross

Seuil Jeunesse, 2017

 

ouestu

Luc est bûcheron. Tous les matins, il se rend dans la forêt pour abattre son travail et rentre chez lui avant le coucher du soleil pour avaler son bol de soupe. Tous les jours, son fils Jacques veille scrupuleusement sur leur rituel et attend le retour de son père avec impatience et une pointe de fébrilité. Dès que celui-ci a une minute de retard, l'angoisse du garçon monte d'un cran. Et quand les heures passent et que Luc ne se montre toujours pas, Jacques craint déjà le pire. N'écoutant que son courage, il décide alors de retrouver son père dans la forêt. Certes, Jacques lui a toujours interdit de franchir la lisière qui mène aux bois car il est encore trop jeune. Il pourrait se perdre, ou croiser des individus dangereux. De son côté, l'imagination du garçon s'emballe assez vite. Jacques a en tête tous les contes de son enfance, les histoires avec des ogres, des sorcières, des monstres amateurs de chair fraîche. Le père et le fils ne le savent pas, mais ils se cherchent de part et d'autre de la forêt . Et tous deux redoutent de  disparaître à jamais...

Quelle lecture palpitante ! L'album a merveilleusement su rendre l'atmosphère lourde et oppressante de la forêt. L'obscurité, les ombres, les bruits... tout apparaît soudain plus terrifiant. Et on ressent nous aussi cette terreur du vide, de l'inconnu, du danger. Le cœur du lecteur bat à l'unisson du père et du fils. C'est poignant, vibrant d'émotion. Le tour de force est impressionnant. Et puis, la relation entre Jacques et Luc est touchante, sincère et pure. On ne se résoud pas à les laisser dans leur désarroi et on croise les doigts pour un dénouement heureux.

Une lecture riche en sensations fortes ! 

Où es-tu ? de Benoît Broyart & Violaine Leroy

Seuil Jeunesse, 2016