14/10/16

La Sorcière de la cité, de Karine Bride

«Leïla, sorcière berbère, nourrie exclusivement au couscous, en passe de se transformer en paquet de semoule, spécialisée dans le désenvoûtement et le retour d'affection, cherche prince charmant pour lui dire qu'elle est belle, lui faire un bon café et lui laver ses jeans. Chômeur accepté, mais travailleur à mi-temps non exclu - les autres si pas trop cultivés, car je suis allergique aux désherbants. »

La sorcière de la citéOh qu'il était bien, ce petit roman ! Avec sa jolie couverture illustrée par Joëlle Jolivet, il se propose de nous embarquer dans une folle aventure où la sorcellerie côtoie la clairvoyance, la bonne fortune et les petites combines. C'est tout mignon, simple et craquant. Voyez donc.
Vivant dans un quartier défavorisé, au cœur d'une cité qui la désespère, mais envers laquelle elle reste très attachée, Leïla bénéficie d'une réputation de bonne copine, prompte à résoudre les petits bobos de ses voisins, contre un bol de couscous ou une pizza gratuite en guise de rémunération. Sa bonté la perdra, lui serine sa mère qui fait fortune à Paris-Barbès auprès d'une clientèle aisée.
Cette dernière cherche également à la caser pour assurer une descendance, car être sorcière-cartomancienne, c'est un don qui se transmet de mère en fille. Leïla rêve d'amour, mais refuse que sa propre mère s'immisce dans sa vie privée. Elle vient d'ailleurs de passer une petite annonce dans le journal et a déjà reçu pas moins de quarante-sept réponses, dont celle d'un châtelain esseulé, sensible à son humour et prompt à lui ouvrir son cœur.
Dans le même temps, la vie dans la cité est en plein émoi : le jeune Mourad, huit ans, a disparu. Sa mère est effondrée, son grand frère a mis Leïla au défi d'activer son folklore de sorcière pour retrouver l'enfant au plus vite. Notre héroïne affûte aussitôt ses armes. Du bon sens, du bon sens et encore du bon sens. “Les gens en sont tellement dépourvus que c'en devient magique, le bon sens.”
Qu'elle est drôle, cette Leïla ! Elle tourne souvent en dérision sa vie faite de petites misères et son désert affectif, non sans une pointe de mélancolie. “Les sorcières n'ont pas droit aux sentiments. Et moi, j'ai appris à me retenir d'éprouver quoi que ce soit en toute circonstance.” Toujours sur la défense, donc. Aussi, notre Leïla n'ose pas s'émouvoir de l'intervention providentielle d'un bon samaritain au volant de sa Saab qui va conduire la jolie sorcière et le frère rasta aux trousses du fugueur. La course s'annonce mouvementée, rocambolesque et déjantée. Yes. ^-^
J'ai beaucoup, beaucoup aimé. Les jeunes lecteurs ont tout intérêt à se retrouver dans cette histoire d'une sorcière de vingt ans qui cherche l'amour et qui rêve également de changer le monde. Pour ma part, ce roman a été un franc coup de cœur. Il est court, trop court, mais riche d'une histoire merveilleuse, tendre et farfelue. On s'amuse énormément, on craque pour les personnages, on monte à bord d'une aventure magique. C'est simple et ça virevolte à chaque coin de page, c'est débordant d'optimisme et ça procure un bien fou. Une lecture parfaite ! ♥
 

Seuil Jeunesse, Septembre 2016

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Le Chapeau de Tétragonie, de Benoît Fourchard

Le Chapeau de Tétragonie« Purée de cacahuète et crotte de flûte. Cette histoire commence à me filer les chocottes ! Jusqu'à présent, ça allait encore. Des moustachus, des vampires, des tarentules, des piranhas, des ogres, des contrôleurs hargneux, des ragondins qui puent, des caïmans affamés, des guerriers féroces... passent encore, mais cet esprit de la maison ? Un fantôme, ça devient vraiment trop flippant. »
Un matin, sur le chemin de l'école, Henri trouve un chapeau sur le bord de la route. Au moment de le ramasser, il croise le regard vert d'une jolie rouquine qui lui lance un défi : trouver à qui appartient ce couvre-chef et le lui rapporter sans tarder. En récompense, le garçon obtiendra le prénom de cette douce rencontre.
Et hop, notre jeune ami s'aventure vers l'inconnu et obtient, au fil de ses recherches, des indications qui le conduisent vers une contrée qui s'appelle la Tétragonie. Car Henri vient de sauver un chapeau très rare, confectionné par un maître chapelier de renom et qui s'avère vivre au-delà de la ville. Pour s'y rendre, Henri doit sauter dans le premier train, éviter le contrôleur moustachu, supporter sur les genoux la cage d'un ragondin nauséabond, décrocher son sésame pour poursuivre plus loin son épopée. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire ouf, on débarque dans une histoire complètement dingue, qui certes interpelle le jeune Henri, sauf que le temps presse (son cours de maths va bientôt commencer et il ne voudrait pas être en retard !). 
Cette lecture invite à la déconnection absolue avec la réalité et la raison. Oubliez tout. Et glissez-vous dans cette course folle du garçon qui cherche à rendre son chapeau à un sombre individu. Sa découverte de la Tétragonie s'accompagne de oh et de ah éberlués et incrédules, mais reconnaissons que l'imaginaire y est grandiose. Henri est un enfant timide et craintif, à l'école ou à la maison le môme est souvent maltraité, du coup il manque de confiance en lui et ose à peine parler à haute voix. Autant dire que cette escapade va lui donner du cran ! Et c'est tant mieux. 
Amis lecteurs, ce voyage loufoque se parcourt tel un conte onirique et fantasque, qui rendrait d'ailleurs merveilleusement bien à l'oral. Ce n'est pas anodin si l'auteur est lui-même metteur en scène et comédien. On ressent dans son récit le sens de la formule qui capte l'intérêt du lecteur et l'entretient au fil des pages pour l'enthousiasmer, le titiller et lui permettre de s'évader. 
C'est très original, assez bizarre mais justement ça me plaît assez. Et j'aime la couverture illustrée par Joëlle Jolivet. Cela donne une folle envie de partir au pays des rêves bizarres et audacieux ! 

Seuil Jeunesse, Octobre 2016

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13/10/16

Bleu Blanc Sang : Tome 1, de Bertrand Puard

Bleu Blanc Sang Tome 1En voilà une excellente surprise ! Ce roman, premier tome d'une trilogie tricolore, nous propulse dans les arcanes du pouvoir politique et du marché de l'art à travers une intrigue de haute volée, savamment concoctée.
Celle-ci nous conduit d'abord aux funérailles du président de la République, Jean-Baptiste Tourre, au cours desquelles son frère Patrice lui rend un vibrant hommage avant de reprendre les rênes du pouvoir quelques mois plus tard. La situation en Europe est de nouveau tendue, après l'annonce du gouvernement italien qui a déclaré faillite, une énième crise majeure est redoutée et sème déjà la panique sur les marchés boursiers.
Mais ces derniers sont également secoués depuis une récente vente aux enchères à New York où un tableau de Justine Latour-Maupaz a atteint une somme vertigineuse et impensable pour cette artiste méconnue du XVIIIe siècle, dont l'unique prouesse consiste à avoir produit douze tableaux narrant les grands épisodes de la Révolution. Depuis, les douze œuvres sont disputées sur les marchés, au prix des plus folles tractations.
Et au milieu de cette frénésie financière, on croise Eva Brunante, fille du plus grand spécialiste de J. Latour-Maupaz qui vient de disparaître avec son épouse. Eva et sa demi-sœur Tiphaine ne savent plus où donner de la tête et sont prises en charge par un groupuscule anarchiste qui prétend vouloir les aider dans leurs recherches.
Ayé. Tout est en place. Des clans se forment, des familles se déchirent, des complots chuchotent, des vengeances ourdissent. Petit à petit, la trame tisse sa toile et incorpore des éléments intriqués les uns aux autres, mais dont on découvre uniquement l'ampleur au fil des pages. Et c'est tout bonnement stupéfiant ! Une intrigue arachnéenne au service d'une lecture captivante. Miam ! J'ai beaucoup apprécié le rythme et la dynamique du récit, ses nombreuses ramifications et sa palette de personnages aux liens étroitement liés. On y découvre, en gros, une guerre de pouvoir et d'usure, de la tromperie sous le capot, des forces obscures prêtes à tout et des vilains coups bas pas beaux du tout. Mystère et boule de gomme, comme qui dirait. ^-^
Et comme la suite vient de paraître simultanément, en avant pour parachever cette enquête mouvementée et drôlement emberlificotée ! 

Hachette Romans, octobre 2016

La trilogie Bleu Blanc Sang - Tome 2 - Blanc  La trilogie Bleu Blanc Sang - Tome 3 - Sang

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12/10/16

Vendredi 13, de David Goodis

Vendredi 13Ce roman a tout d'une farce, bien crapuleuse, avec un pauvre type qui se glisse dans la peau d'un truand pour sauver la mise et participer au soit-disant braquage du siècle dans la nuit d'un vendredi 13. Un détail forcément prémonitoire. 
Et quel pied. J'ai tout de suite été interpellée par le cynisme du personnage central, Al Hart, qu'on croise en train d'errer dans les rues de Philadelphie, transi de froid, puis entrer dans une boutique pour voler un pardessus. Courant à toutes jambes pour échapper à la police, il va surprendre des coups de feu et tomber sur le corps d'un homme mourant, auquel il chipe le portefeuille rempli d'oseille avant de le planquer dans les fourrés et se livrer à ses poursuivants. L'entrée en matière est complètement dingue mais ne déroge pas aux règles du roman noir. Car c'est sanglant, violent et immoral. 
Face à Al, Charley et ses acolytes constituent une bande de malfrats peu commodes et néanmoins nigauds. Ils gobent l'histoire de meurtre que leur raconte Hart et l'adoptent comme l'un des leurs. Enfin, cela n'est pas aussi lisse et acquis car les gars se méfient de cette petite frappe et lui en font baver. Ces malfaiteurs sont en train de préparer leur prochain casse dans une grande propriété privée et glandouillent dans un appartement en jouant au poker. Hart fait profil bas, se fond dans le décor, répond aux jeux de séduction de Freida, la copine de Charley, et se tient à distance de Myrna, qui ne se console pas de la mort de son mec, par la faute de Hart (des mauvais coups filés dans le ventre et des blessures insoupçonnées). 
C'est assez proche de la comédie dramatique, sur fond d'humour noir, avec une vision charitable de la petite racaille. Ce sont tous de pauvres bougres paumés et coincés dans une vie de misère, qu'ils tentent d'enjoliver par leurs piètres moyens. Il y a du désespoir derrière leurs mines patibulaires, lequel va éclabousser les pages du livre par l'irruption du parasite Hart. Ce gars est un imposteur, on le sait, mais c'est sa seule porte de secours. Prétendre un rôle qu'il n'est pas. Lui aussi a son histoire tragique et déprimante qu'il fuit comme un dératé. Le destin l'a fait croiser Charley et sa bande, le reste appartient à David Goodis. 
Remis à l'honneur avec une traduction révisée et une présentation par Laurent Guillaume (auteur de 
Delta Charlie Delta & Black cocaïne), ce polar culte vaut clairement le détour. C'est loin des chimères et de la sensibilité naïve et romanesque. Et pourtant cette lecture a su me scotcher et me charmer. Une découverte inattendue et réjouissante.

Trad. de l'anglais par François Gromaire et révisé par Isabelle Stoïanov

Nouvelle édition présentée par Laurent Guillaume en 2016

Collection Folio policier (n° 279)

Parution : Septembre 2016

Satan était un ange, de Karine Giébel

Satan etait un angeAvec Karine Giébel, les livres se suivent et ne se ressemblent pas. Mes appréciations de lectrice non plus, hélas. Car cette lecture a été une énorme déception. Ni plus ni moins.
C'est l'histoire d'un gars en fuite, François, un avocat en pleine déprime après avoir appris qu'il était atteint d'une maladie incurable. Par fierté, il choisit de prendre le large, loin de son foyer, ne voulant pas imposer à sa femme sa prochaine déchéance. En route, il croise un jeune autostoppeur.
Paul rentre chez lui à Marseille. C'est un môme charismatique, et pourtant pas très honnête. Car François découvre vite que le garçon est un délinquant recherché pour meurtres et trafic de drogue. Cette réalité le fait sortir de ses gonds, d'autant plus qu'il est maintenant embarqué dans la même cavale, avec une bande de tueurs à leurs trousses. Et malgré tout, François se sent incapable de tourner le dos à Paul. 
Entre ces deux-là, existe désormais une relation semblable à celle d'un père et d'un fils. En dépit des disputes, des mensonges, des écarts sociaux et des différences culturelles, François et Paul ont extirpé de leur rencontre incongrue cette petite étincelle d'espérance en l'avenir. 
Ouhlàlà. J'ai vérifié plusieurs fois le nom de l'auteur sur le bouquin tant j'ai cru halluciner. On est loin, très loin des histoires poignantes et remarquables de K. Giébel. Il s'agit tout juste d'une histoire de traque semée de cadavres, qui ne conduit même pas à un final bluffant. C'est même surprenant de conformisme, gonflé de bons sentiments et louable pour la forme (à vouloir dénoncer le marché honteux des déchets nucléaires). C'est pour moi une franche déception. Une lecture longue et ennuyeuse, écrite de façon trop maniérée, et qu'on lit comme une éternelle errance vers le vide. 

Texte lu par François Tavares pour Audible FR (durée : 8h 19)

©2014 Univers Poche (P)2016 Audible FR

Satan était un ange | Livre audio

>> Ce livre audio en version intégrale est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

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11/10/16

Octosong, de Levi Henriksen

Octosong

C'est d'abord l'histoire d'une couverture, affolante de psychédélisme et aux couleurs pop acidulées des 70s. Et plus on y regarde de près, plus on découvre une folle épopée musicale avec des personnages fabuleux et attachants. 
Jim Gystard est réalisateur artistique dans une maison de disques, producteur usé et désabusé par son métier, par le manque de création, l'absence de renouvellement, la daube formatée et sirupeuse du milieu. Notre homme n'en peut plus et ne souhaite plus contribuer au délabrement du paysage musical. Un lendemain de gueule de bois, lors du baptême de son neveu, notre brave ami a le choc de sa vie en entendant les voix divines du trio Thorsen, un frère et deux sœurs accusant les quatre-vingt ans, qui ont aussi à leur actif une carrière inimaginable, avec des disques et une tournée en Amérique, et qui vivent désormais reclus dans leur maison d'enfance en bordure d'une gravière. 
En entendant Maria, Tamar et Timoteus élever leurs voix avec cette pureté jamais égalée, Jim reçoit un coup au cœur et vient de trouver sa nouvelle raison de vivre. Convaincre la fratrie Thorsen d'enregistrer le disque ultime. Mais en abordant les artistes, Jim découvre aussi trois excentriques déterminés à ne pas reprendre le collier. Lui : « Je crois que je n'avais encore jamais eu une telle chair de poule en entendant quelqu'un chanter. » Timoteus : « Espérons que vous n'êtes pas une poule mouillée. » Et de regagner la Old Kapitän de 1956 de sa frangine Maria en se traînant sur son déambulateur.
Cette lecture est ainsi touchante de fraîcheur et réserve un étonnement perpétuel à découvrir le parcours de chanteurs bohèmes, portés par leur foi et leur candeur, sur des chemins improbables du blues et du rock-n-roll. C'est follement grisant. Et drôle aussi. Car cette aventure insolite est aussi celle d'un affamé, qui n'imaginait plus ressentir une telle fringale et qui se lance dans une quête obsessionnelle pour décrocher son enregistrement. Jim plaque tout pour s'installer à la campagne et s'inscruster dans la routine des Thorsen. Commence un apprivoisement long, lent, difficile et en douceur. Les sœurs, en premier, sont moins farouches et livrent avec naturel une partie de leur incroyable trajectoire. Reste ensuite à amadouer Timoteus... coriace et caustique, hermétique aux appels des sirènes, sourd aux supplications et insensible aux louanges prodigués avec ferveur. Il va falloir louvoyer pour percer la carapace du joueur de mandoline ! 
Rien que pour le plaisir de lire une histoire qui s'écoule sur un rythme limpide, pimpant et joyeux, cette lecture est une invitation à ne pas refuser. On a aussi droit à un bon cadrage sur la musique, une promenade bucolique et une réflexion sur les choix de vie et la destinée à saisir. Car c'est aussi un roman extrêmement émouvant, simple, poétique et attachant. Un vrai chant d'amour, beau et attendrissant.

Traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon, pour les éditions Presses de la Cité - Octobre 2016

Titre Original : Harpesang

Dear You saison 2, d'Emily Blaine & Jessica Monceau

Dear You 2

Trêve de suspense, entre Andrew Blake, le fantasme ambulant, et Dan, qui annule une soirée romantique pour un match de football, Kathleen a fait son choix. Mais la situation est loin d'être idyllique. Le couple ne fait que jongler entre avions, rendez-vous d'affaires et pression médiatique. Andrew cherche à préserver la jeune femme de l'inquisition journalistique, en pure perte. Kathleen est projetée sous les feux de la rampe, puis manque défaillir en constatant les effets sur Andrew. Paniqué à l'idée qu'un détraqué se serve d'elle pour se venger, le type abdique. Froidement, sèchement. La scène de rupture équivaut à une passe d'armes et fait vachement flipper. Dans le fond, c'est ridicule ET inutile car on se doute que, quelques pages plus loin, les réconciliations auront lieu. Et tout ça me fait soupirer haut et fort. C'est le souci d'une romance en plusieurs épisodes, étirer en longueur une intrigue rebattue. Résultat, ça saoule. Et ça vire à la stupidité. Les atermoiements mièvres du couple pompent l'air, la sérénade du je-t'aime-moi-non-plus m'inspire de grands cris de ras-le-bol. Et le je-te-quitte-pour-te-protéger, on nous l'a déjà fait. C'est bon, on n'en peut plus. Tout comme la représentation du personnage d'Andrew Blake - dominant et intransigeant, avec évidemment des failles secrètes - hello clichés. Kathleen, par contre, pourrait agréablement surprendre pour son punch et sa détermination à reconquérir son mec, même si je trouve ça pathétique et larmoyant comme entreprise. Enfin voilà. On tourne en rond. J'avais cru que la sensation apaisante de Dear You saison 1 aurait été perpétuée à la lecture du deuxième tome, mais non. D'entrée de jeu, j'ai rapidement craint pour ma capacité à endurer cette bluette. J'aurais dû m'abstenir et me contenter de l'appréciation correcte d'avoir écouté une jolie petite histoire d'amour sur sa période d'apprentissage. Ma curiosité me perdra... Sur ce, je vais faire l'impasse sur la “saison 3” qui sort pourtant ce mois-ci chez Audiolib, et malgré le suspense de la photographie qui me tenaille... Allez, j'avoue. En fouillant sur internet, j'ai obtenu ma réponse et je tombe des nues ! ^-^

Texte lu par Jessica Monceau pour Audiolib (durée : 8h 34) - septembre 2016

Agréable interprétation de Jessica Monceau, dont la voix douce nous berce et nous câline plaisamment. Le format audio est bénéfique au roman et lui donne une ambiance vaporeuse et ensorcelante. Les remerciements sont lus par l'auteur en personne, mais je ne la sens pas particulièrement à l'aise dans cet exercice.

 

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10/10/16

Les Humeurs insolubles, de Paolo Giordano

Les humeurs insolubles

Cette lecture m'aura finalement apporté des sensations multiples, entre émotion, agacement et empathie. C'est l'histoire d'un couple qui embauche Madame A. pour aider au confort domestique et soutenir l'arrivée du bébé. Nora et le narrateur se soumettent à ses directives avec soulagement, le quotidien les embrouille, la maternité aussi. Ils ne savent clairement pas assumer leurs responsabilités. Madame A. est une femme autoritaire, qui prend en charge le ménage, la cuisine, l'enfant et le couple sous son aile. Sa simple présence constitue un pilier solide pour le foyer.

Et puis, Madame A. les quitte car elle est atteinte d'un cancer et veut affronter seule la maladie. Elle laisse ainsi le narrateur et son épouse dans le plus grand désarroi. Leur équilibre est rompu, faisant apparaître les failles de leur famille : une intimité qui s'étiole, un fils qui n'est pas meilleur que les autres, juste dans la moyenne, un travail prenant, une carrière qui tâtonne... Le désistement de leur “Babette” laisse insidieusement éclater une déroute à venir. Et c'est à travers ce roman de 130 pages qui ressemble à une lettre d'excuse pour cette femme échappée mais jamais oubliée que le narrateur exprime sa gratitude et ses regrets, tout en cherchant une solution pour retrouver le souffle et l'élan qui manque à leur vie.

La démarche est assez égoïste, et en même temps d'une grande sensibilité, en plus de la douleur de Madame A. confrontée à ses traitements, ses sautes d'humeur et son besoin de retrait, tout ça forcément m'interpelle et me fait mal à lire. L'histoire est poignante, lourde et désarmante. Et l'interprétation donnée par Lazare Herson-Macarel l'enferme aussi dans un immense voile de tristesse. C'est heureusement court à lire, moins de trois heures, car je pense qu'au-delà l'ennui aurait gagné du terrain. Pour évoquer le deuil et la détresse, mieux vaut l'étaler avec parcimonie. Un roman bouleversant par ses révélations et sa photographie de la famille, dont l'extrême complexité est mise à nu sans adoucisseur.

Texte lu par Lazare Herson-Macarel pour Sixtrid (durée : 2h 56) - mai 2016

Traduit par Nathalie Bauer pour les éditions du Seuil

 

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#Audiolib fait son cinéma !

LES ROMANS AUDIOLIB PORTÉS À L’ÉCRAN CET AUTOMNE …

UNE VIE ENTRE DEUX OCEANS de Derek Cianfrance avec Michael Fassbender, Alicia Vikander & Rachel Weisz
sortira en salle le 5 octobre
A (ré)écouter : la version Audiolib du roman de ML Stedman
lue par Martin Spinayer

Tom et Isabel vivent heureux sur l'île de Janus Rock, au large de Point Partageuse, au sud de Perth, en Australie. Tom est gardien de phare. Leur couple vit un bonheur parfait, rapidement obscurci par des fausses couches à répétition, qui les plongent dans un profond désarroi. Aussi, le jour où une barque échoue sur leurs côtes, avec à son bord un homme - mort - et un bébé, Isabel supplie son mari de le garder et de n'en parler à personne. Tom va agir par amour pour sa femme, il va masquer la vérité et truquer ses rapports. Il le fait, parce qu'il sent Isabel au bord du gouffre. Pour elle, l'arrivée de ce bébé est un cadeau du ciel, elle refuse d'envisager une autre solution. C'est son bébé, ou rien. La suite ne cessera de se révéler poignante et débordante d'émotions. Car ce livre est d'une sensibilité rare, qui évoque l'amour, l'isolement, le bonheur et la plénitude, mais surtout la maternité et tout ce qu'elle implique en folie et sacrifice. Un véritable déchirement. Et qui nous interroge : qu'aurions-nous fait à leur place ? Un roman bouleversant et très beau. Martin Spinhayer livre une interprétation poignante du récit, même si j'ai eu du mal avec les voix féminines, sinon la réalisation sonore est impeccable, la version envoûtante et carrément dépaysante.

#Jeu "Une vie entre deux océans" pour gagner 10 places de cinéma pour aller voir le film ou des livres en différents formats !

 

La fille du train

LA FILLE DU TRAIN de Tate Taylor avec Emily Blunt
sortira en salle le 25 octobre
A (ré)écouter : la version Audiolib du roman de Paula Hawkins
lue à trois voix par Valérie Marchant, Joséphine de Renesse et Julie Basecqz

Rachel prend le train tous les jours pour se rendre à Londres. Elle passe tous les matins devant son ancien quartier, où son regard effleure sa maison, désormais habitée par son ex et sa nouvelle compagne. Elle se complaît également dans le spectacle offert par le couple voisin, qui lui semble si parfait et infaillible. Or, un jour, Rachel surprend la jeune femme dans les bras d'un autre homme, en train de s'embrasser. Puis apprend qu'elle a disparu et que la police effectue des recherches actives. Rachel, convaincue de posséder des éléments essentiels, n'hésite pas à s'investir dans l'enquête... même si les inspecteurs la considèrent avec commisération et la traitent de témoin peu fiable, du fait de son alcoolisme notoire. Toute la force du roman provient ainsi des trois intervenantes dans l'histoire, dont les rôles interchangeables viennent complètement troubler notre perception de l'intrigue. On ne cerne plus la plus crédible ou la plus coupable des trois et c'est assez perturbant. Cela compense aussi avec le peu d'action dans notre affaire, qui tient la distance grâce à une pression psychologique constante et finement jouée. Qu'on aime ou pas, cela reste une lecture redoutable sur un plan machiavélique, et efficace pour le climat lourd, suspicieux et tendu de bout en bout. Les trois comédiennes, Valérie Marchant, Joséphine de Renesse et Julie Basecqz, apportent au livre audio (Audiolib) une dimension théâtrale très appréciable, en jouant chacune leur rôle avec une sensibilité qui leur est propre. Cette interprétation fausse aussi la partie et confond le lecteur résolument perplexe et désireux d'en découdre. Mieux qu’un thriller exceptionnel, l'éditeur parle de « piège paranoïaque et jubilatoire ». Écoutez-le, vous comprendrez pourquoi. 

 

Inferno au cinéma

INFERNO de Ron Howard (réalisateur de Da Vinci Code) avec Tom Hanks, Felicity Jones & Omar Sy
sortira en salles le 9 novembre
A (ré)écouter : la version Audiolib du roman de Dan Brown
lue par François d’Aubigny

Robert Langdon se réveille sur un lit d'hôpital à Florence, frappé d'amnésie sur les dernières trente-six heures. Pour échapper à une nouvelle tentative d'assassinat, il s'enfuit avec une jeune femme médecin, Sienna Brooks. Pour seul indice, Langdon possède une capsule avec une image de Botticelli, La Carte de l'Enfer, inspirée par le poème de Dante. C'est le fil rouge, le détail autour duquel il faudra tourner et retourner, comprendre les messages codés, chercher l'explication derrière des rendez-vous loupés, fuir un ennemi invisible, s'en remettre à cette jeune femme blonde, au passé mystérieux. L'intrigue est drôlement bien ficelée, avec soubresauts, entourloupes, rebondissements et gong fatal. On sursaute à plusieurs reprises, tout en reconnaissant que c'est facile, trop facile. On se laisse entuber comme des andouilles. Par principe, on ferme les yeux et on suit Langdon dans un dédale infernal, entre Florence, Venise et Istanbul. La lecture est calibrée pour capturer le lecteur dans ses filets, on en prend plein les yeux et la tête. Ou les oreilles. Le format Audiolib offre une perspective intéressante, car on se la coule douce au son de la voix de François d'Aubigny, qui fait tout le boulot, il nous met en situation, fait monter la pression, joue avec le suspense et nous impose un rythme particulièrement stressant.  Côté divertissement, c'est tout  bon.

 

 

MAL DE PIERRES réalisé par Nicole Garcia avec Marion Cotillard
sortira en salles le 19 octobre
A (ré)écouter : la version Audiolib du roman de Milena Agus
lue par Sandrine Willems

Direction la Sardaigne, où la narratrice raconte l'histoire de sa grand-mère, bien malheureuse d'être à 30 ans toujours célibataire et repoussée par ses soupirants. Elle va accepter par dépit d'épouser un type quelconque, au grand soulagement de ses parents qui se désespéraient de marier cette fille très belle, mais à la réputation d'allumée qui écrit des poèmes olé-olé à ses amoureux. La voilà donc mariée à un veuf qu'elle n'aime pas, mais lui non plus ne l'aime pas, il accepte de ne pas la toucher et court se soulager dans les maisons closes. L'histoire ensuite nous transporte durant l'automne 1950, au cours d'une cure thermale sur le continent, la grand-mère a 40 ans et rencontre le Rescapé. Entre eux va naître une belle histoire d'amour, qui marquera à jamais la grand-mère. Mais sait-on jamais tout de quelqu'un, aussi proche soit-il ? Ou quand l'amour devient une maladie, une folie et une malédiction. Voilà tout le propos de ce roman étourdissant, à l'histoire fascinante et aux personnages mémorables, qu'on quitte presque à regret. Par son sens de la musicalité, Sandrine Willems restitue toute la troublante beauté de Mal de pierres.

 

Rien à voir avec le roman, mais sinon il y a aussi :

Afficher l'image d'origineBRIDGET JONES BABY réalisé par Shannon Maguire avec Renée Zellweger, Colin Firth & Patrick Dempsey
en salle le 5 octobre
Pour comparer : la version Audiolib du roman de Helen Fielding
lue par Odile Cohen

Bridget Jones, dans le roman, est une veuve de 51 ans, qui tente de se reconstruire, surmonter sa douleur et élever seule ses deux jeunes enfants, Billy et Mabel. On pourrait verser sa petite larme, sauf que le ton est drôle, léger, nostalgique, poignant, sincère ET farfelu... C'est du Bridget Jones, après tout ! Délurée jusqu'au bout des ongles (elle ose Twitter et les rencontres sur internet, se fourvoie mais nous fait rire constamment). Possède sans conteste un solide sens de la dérision (les cheveux en pétard, le maquillage baveux, la robe trop apprêtée pour un rendez-vous professionnel, une bourde phénoménale dans l'écriture d'un scénario, son secourisme pathétique dans les arbres...). Bref. Bridget ne change pas. C'est toujours aussi désopilant, pétri de sarcasmes, avec toutefois la conscience aiguë du temps qui passe, du corps qui se transforme en bouée, de la solitude, du désœuvrement, du sentiment d'être bonne pour le recyclage... Cinquante ans, c'est un tournant dans la vie d'une femme. Et personnellement j'ai trouvé que Helen Fielding avait su traiter le sujet avec sincérité, tout en distillant un grain de folie appréciable. Bridget Jones m'a fait rire, mais rire. Certes, elle collectionne les expériences saugrenues, décide par exemple de s'offrir une séance de Botox, mais ressort avec une allergie qui lui crispe les lèvres et se met à baver (« un comble quand on sait que le but était de paraître plus jeune - comme si j'étais une vieille qui a eu une attaque dans une maison de retraite. Suis obligée de me tamponner sans arrêt avec un mouchoir »). Promesse tenue d'une lecture alerte et sans complexe, avec une héroïne pétillante et audacieuse, qu'on a bonheur de retrouver comme s'il s'agissait d'une bonne copine. Le livre a été lu par Odile Cohen qui figure parmi les interprètes féminines que je préfère en format audio : elle alterne avec brio le sens du ridicule et la corde sensible pour ce marathon de 12 heures qui ne nous semble jamais trop long. Et pour les plus nostalgiques, le nouveau Darcy tient la dragée haute aux sceptiques ! 

  

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08/10/16

Le Fantôme de l'Opéra, interprété par Domitille et Amaury

Le Fantôme de l'Opéra

L'œuvre classique de Gaston Leroux est revisitée dans cette version enfantine très pertinente. On y découvre une petite fille, Meg, qui adore danser et qui, grâce à sa mère, concierge à l'Opéra de Paris, obtient la chance d'être petit rat sur les planches mythiques de cette institution. Mais la fillette aime fureter dans les couloirs, suivre les conversations des adultes, surprendre les déclarations enflammées entre Christine, la cantatrice, et son fiancé Raoul, lequel est jaloux de son professeur de chant, qui n'est autre que le célèbre Fantôme de l'Opéra. Amoureux transi, mais exigeant, celui-ci s'emporte quand Christine refuse de l'épouser. Sa rage et sa douleur s'expriment avec violence. Et folie. Jamais les fiancés ne trouveront la paix en sa présence... Dans l'ombre, la petite Meg est ainsi le témoin discret de ce drame passionnel qui se joue en trois actes.

L'immersion dans cet ouvrage est tout simplement extraordinaire ! Les illustrations d'Hélène Druvert confèrent à l'ensemble un écrin fabuleux et raffiné, où le clair-obscur rivalise d'élégance et de mystère (la technique n'est pas sans rappeler la finesse de Sarah Gibb). De plus, la prodigiosité de la musique et l'interprétation talentueuse du duo Domitille et Amaury nous plongent à ravir dans l'histoire, fidèle à l’œuvre de Gaston Leroux, à travers une réécriture simple et imagée. La musique et les chansons allient le romantisme, la fougue et la fraîcheur entre générosité et grandiloquence, pour une harmonie parfaite et sans prétention. Car cet album reste accessible pour les plus jeunes, lesquels découvriront là un monument de la littérature fantastique du début du XXe siècle à leur mode. Plus généralement, cette lecture nous en met plein les yeux et les oreilles. Le spectacle y est ravissant, poignant et on adopte la splendeur incarnée par cette histoire ardente avec dévotion. Un album magnifique. ♥ 

De la Martinière Jeunesse - Novembre 2015

Librement adapté par Catherine Washbourne - Interprété par Domitille et Amaury

Sur une musique originale de Marc Demais

Illustré par Hélène Druvert