28/01/17

Les Romantics : Quand l'Amour s'emmêle, de Leah Konen

les romanticsEn couple depuis deux mois avec Anika, Gael est fou amoureux et n'hésite pas à noyer sa douce sous les déclarations et les cadeaux. C'est un grand romantique, qui croit énormément aux signes et à la destinée. Pour lui, il ne fait aucun doute que son amour est grand, fort et réciproque. Et puis, patatras. Gael surprend son amoureuse dans les bras d'un autre... Anika le trompe avec Mason, son meilleur ami ! Trahison suprême. Le cœur de Gael est brisé en mille morceaux. Le voilà blessé, déçu, inconsolable et meurtri. Et plus le temps passe, plus il devient amer. Aussi, pour sauver ce grand romantique du marasme, c'est l'Amour en personne qui intervient dans son aventure en lui proposant une tendre alternative...

Cette idée de donner la parole à une entité aussi floue que l'Amour est charmante (après tout, c'est bien la Mort qui s'exprime dans La voleuse de livres de M. Zusak). Cette fois, la perspective est plus douce et légère. Elle nous embarque dans une comédie délicate et enlevée ! Au centre, Gael est un héros sensible, qui place tous ses espoirs dans une relation hélas illusoire, lui qui refuse de croire que l'amour est mort (il est fils de divorcés). Il n'y a qu'un pas pour qu'il bascule dans le cynisme. L'ingérence discrète de l'Amour donne donc lieu à des situations cocasses, notre Cupidon cherchant à guider le chemin de son sujet vers une certaine évidence, sauf que celui-ci vient de foncer tête baissée dans une nouvelle prétendante... Pas de quoi bouleverser notre entremetteur, dont les projets sont pourtant contrariés, puisqu'il se résout à participer activement à l'intrigue.

Tous les ingrédients pour convenir à une jolie comédie, en toute modestie, se bousculent en un joyeux chaos et invitent le lecteur à un agréable passe-temps. Le déroulement de l'histoire est sans surprise, on ne se pâme pas devant le gong final. Ce sont davantage les commentaires ou les situations dérisoires qui donnent du pep's à l'ensemble. C'est drôle, romantique et idéaliste. On trouve aussi de chouettes clins d'œil à la pop culture (Game of Thrones, Hitchcock, Le Seigneur des Anneaux, Quand Harry rencontre Sally...). Et les titres introduisant chaque chapitre ne manquent pas de sel non plus ! 

Un roman distrayant, qui rappelle que l'amour pique comme un cactus. ☺

Traduit par Sophie Passant pour les éditions de La Martinière Jeunesse - Janvier 2017

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27/01/17

Toute résistance est inutile, de Cora Carmack

toute resistance est inutileJe n'ai rien contre les romances légères, distrayantes à lire, sans prétention. Cela donne du baume au cœur et un sourire niais aux lèvres. De temps en temps, c'est vrai, ça fait du bien. Sauf que la mécanique souvent se répète et quand je me sens d'humeur bougonne, ça ne passe plus. J'ai juste envie de rouspéter et de réclamer la fin de cette mode éditoriale, pitié, il faut varier les plaisirs.
Cette fois encore, il est question d'une étudiante engoncée dans sa petite vie étriquée, qui pensait s'échapper du carcan paternel en quittant le lycée, seulement son fameux père a accepté le poste d'entraîneur de l'équipe de football américain sur le campus où se trouve sa fille. Imaginez ses rêves de profiter d'une liberté nouvelle... envolés ! Papa toujours derrière son dos, papa attentif à ses faits et gestes, papa exigeant et intraitable, entouré de machos aux gros biscotos, dont l'ex de notre héroïne. Mais elle a juré de ne plus y toucher, elle en a assez des sportifs, même si elle évolue parmi eux depuis la nuit des temps. Bingo, elle rencontre un nouveau spécimen en la matière, alliant à la fois le pouvoir de séduction et l'interdit. Naturellement, le charme opère alors qu'ils sont supposés résister à la tentation (mauvais timing, objectif à tenir, aucun écart possible, etc.). Il y a toutefois un monde entre ce qui est dit et ce qui se produit. Et là, les bras m'en tombent. Je ne comprends pas ce besoin de mettre en scène des jeunes gens qui se pelotent et qui poussent loin leur flirt, alors que leurs discours prônent le contraire. Je suis paumée dans le message que cela peut envoyer auprès des plus jeunes. La raison ou les sentiments, toujours ce sempiternel refrain... 
Dallas et Carson se lancent donc dans une roue de séduction archi vue et revue, ils se cherchent et se taquinent, ils ont pour eux la morgue, le désir et le tempérament. C'est une histoire basique, fignolée vite et mal, sans surprise et sans originalité. Elle brasse en vrac la peur de grandir, l'absence de lâcher-prise, l'amertume qui vous ronge et la confiance à accorder aux autres. Ce n'est pas bien méchant, mais tout est cousu d'avance et ça manque d'une touche de fantaisie ou d'humour pour faire la différence. De toute manière, j'étais déjà fâchée par l'amoncellement des clichés dès le commencement, la fille qui cherche à se dévergonder en se rendant à une soirée alcoolisée, la meilleure copine pétillante qui incite à se bouger les fesses, les garçons tous plus beaux les uns que les autres, les neurones qui grillent pour évoquer l'un ou l'autre (lui est magnifique, elle est superbe...). Bye-bye la subtilité. Ce n'est rien de moins qu'une lecture bêtifiante et stéréotypée. Rien de neuf sous le soleil. NEXT.

Traduit par Maïca Sanconie pour les éditions La Martinière Jeunesse - Juin 2016

Titre VO : All Lined Up - A Rusk University Novel

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Avec ou sans toi, de Donna Freitas

avec ou sans toiC'est l'été, Jane profite des vacances pour se prélasser à la plage avec ses copines et oublier l'épisode tragique survenu un soir de février. Présente sur les liens d'un cambriolage, la jeune fille a été agressée par des individus portant une cagoule. Unique témoin pouvant permettre leur arrestation, elle est depuis résolument mutique et traumatisée par cette soirée cauchemardesque. Jane porte également un sentiment de culpabilité qu'elle refuse de partager. Ses amies se soucient de son bien-être et tentent de lui changer les idées, tout en surveillant ses fréquentations. Car elle a en ligne de mire un certain Handel Davies. Certes il est beau gosse, charmant et attirant, mais il souffre aussi d'une réputation de mauvais garçon. Il jure néanmoins d'être différent et entend prouver à Jane ses intentions honorables. Séduite, celle-ci lui accorde sa confiance. Elle ne se sent plus la même depuis ce fameux soir et veut briser sa coquille pour chasser ses vieux démons. Ses amies ne la comprennent plus, elles s'inquiètent, la poussent dans les bras d'un autre garçon, Miles, plutôt bon chic bon genre, une valeur sûre et rassurante. Mais les émotions ne se contrôlent pas, ni les pulsions du corps et du cœur. Jane suit envers et contre tout son instinct et entame son travail de deuil. Il lui faut affronter ce qu'elle renie - l'enquête en cours, le lieu du crime, la sépulture de son père - et remonter le fil de ses souvenirs enfouis.
J'avoue que c'est un parcours foncièrement douloureux, avec en toile de fond une histoire poignante, un amour naissant et un besoin de laisser-aller pour mieux se libérer des entraves du choc subi. Le chagrin et la détresse de l'héroïne sont réels, mais ils n'ont eu aucun effet sur moi. Oui, je suis la reine des glaces. En vrai, j'ai simplement trouvé la lecture peu surprenante, trop banale et parfois incongrue (l'attitude maternelle est trop laxiste, l'hypothèse du triangle amoureux inadaptée et les révélations fulgurantes tombent à plat). Je n'ai rien ressenti dans l'accompagnement de cette douce jeune fille, éprouvée par un drame de la vie, qui découvre aussi l'amour et ses tourments, sauf que ça a un goût de déjà vu. Un roman touchant, mais hélas trop ordinaire.

 

Traduit par Camille Bocquillon pour les éditions de La Martinière Jeunesse - mars 2016

 

Titre VO : The Tenderness of Thieves

 

 

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NEED, de Joelle Charbonneau

NeedTout commence par une banale chaîne virtuelle, une invitation pour s'inscrire sur un nouveau réseau social, avec pour simple formalité : exprimer ce dont on a le plus besoin. Les lycéens de la petite ville de Nottawa se prennent rapidement au jeu et viennent grossir la communauté de NEED.
Kaylee et son meilleur ami Nate tombent également dans le panneau, lui pour décrocher une meilleure note au prochain examen, elle... hésite. Son frère DJ est gravement malade et en attente d'une greffe de rein. Leur père a quitté le foyer en apprenant la nouvelle, et depuis la jeune fille se bat pour le retrouver et lui demander de passer le test de compatibilité.
Un soir de désœuvrement, Kaylee remplit le formulaire de NEED sur un coup de tête. Avant de s'en mordre les doigts. Car l'implication de sa demande n'est pas sans conséquence. Mais en y réfléchissant bien, Kaylee réalise également que tous ses camarades sont désormais embringués dans un système qui va dépasser leurs compétences, mettre à mal leurs jugements et surtout les rendre responsables d'actes immoraux. 
Dans l'incapacité de prévenir la police, en conflit perpétuel avec sa mère, Kaylee se retrouve seule à combattre cette force invisible, qui a réussi à tisser sa toile parmi des jeunes gens vulnérables et impuissants, prisonniers d'un système qui les pousse à franchir de plus en plus de limites. La prise de conscience est glaçante, surtout pour le lecteur qui suit en alternance les différentes répercussions dont se rendent coupables les autres membres de NEED, alors que Kaylee se démène pour tirer au clair cet enrôlement de force. Des adolescents meurent, le jeu a viré au cauchemar et le roman se lit comme une course effrénée pour démasquer les webmasters et mettre un terme à cette spirale de l'horreur. Forcément, les révélations vont surprendre notre héroïne et auront un impact direct sur sa vie personnelle au point de fragiliser tous ses maigres acquis.
Le roman ne dépasse pas la mesure, il est juste ce qu'il faut d'entraînant, de flippant et de saisissant. Il incite aussi à une réflexion intéressante sur le danger potentiel des réseaux sociaux et du rouage pervers des jeux en ligne. À rapprocher avec le roman Addict de J. Ryan. 

Traduit par Amélie Sarn pour les éditions Milan - Octobre 2016

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26/01/17

Petits secrets, Grands mensonges, de Liane Moriarty

Petits secrets grands mensongesAu cours d'une soirée quizz organisée par l'école du quartier, des parents anormalement émêchés se donnent en spectacle de manière scandaleuse et déplacée. Ils se lancent des noms d'oiseaux, en viennent aux mains, se bousculent. Puis la farce vire au drame, une victime est déplorée, la communauté est sous le choc. Commence aussitôt une enquête qui ne dévoile rien de l'identité de la victime ou des responsables de la cohue. Rien ne filtre, si ce n'est quelques détails distillés avec parcimonie.
Cette mise en scène redoutable, au suspense bien ficelé, est diablement efficace et rend la lecture captivante ! On plonge sans se douter dans une abominable histoire de harcèlement, d'injustice et de préjugés, alors que tout se passe dans une simple classe de maternelle au cœur une banlieue chic et cossue. Jane vient d'y emménager avec son fils Ziggy lorsque celui-ci est accusé de persécuter une petite camarade. La mère outrée monte au créneau et use de son influence pour intimider les nouveaux venus, tandis qu'une résistance s'organise autour de la jeune maman célibataire en dénonçant le lynchage en règle. La guerre des mères est déclarée et elle s'annonce sanglante.
On pourrait se moquer du sordide de la situation, si ce n'est que cela démontre aussi l'acharnement bête et méchant à entraîner les uns et les autres dans une ronde infernale qui exacerbe toutes les passions (divorce, famille recomposée, adolescence, carrière, procrastination, humiliation, coups et violence). On n'imagine pas les drames cachés dans ces doux foyers en apparence ordinaires et aisés. C'est tout à la fois poignant, révoltant, délicat et émouvant. On se croirait presque dans une nouvelle saison de Desperate Housewives ! De plus, le rythme est incroyablement bon, angoissant et haletant. On ne voit rien venir des révélations finales, on se fait même manipuler sur toute la ligne et on applaudit le tour de force.
Ce roman est addictif, ingénieux et surprenant ! Franchement top. 

La voix de Danièle Douet peut vous paraître familière, puisqu'elle double notamment Nicole Kidman, Kristin Scott Thomas, Gillian Anderson et Felicity Huffman (Lynette Scavo dans Desperate Housewives). C'est une voix chaleureuse et très agréable à écouter, qui s'amuse ici à accentuer les défauts ou les particularités des uns et des autres, sans surjouer ou friser le ridicule. On assiste avec un certain effroi à cette comédie sinistre sur les drames domestiques en prenant note du poids des secrets et des mensonges qui peuvent parfois faire tout basculer. Malentendus, ragots, rumeurs alimentent le quotidien de ce petit monde qui vit en vase clos. Effroyable et sidérant. ☺

Texte intégral lu par Danièle Douet pour Audiolib (Janvier 2017) - durée : 15h 23

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24/01/17

Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom, de Barbara Constantine

Tom Petit TomQuel bonheur, ce roman ! Chaque livre de Barbara Constantine est un onguent pour adoucir les petits bobos de l'âme car on y retrouve avec certitude des histoires sans prétention, qui se lisent avec un sourire aux lèvres et qui nous donnent envie de croire à une vie simple et authentique auprès de personnages insolites. C'est dommage que l'auteur ne publie plus rien depuis Et puis, Paulette... en 2012.
L'histoire de Tom, Petit Tom, Tout Petit Homme, Tom est une ritournelle charmante, pimpante et tintinnabulante. C'est en effet un roman extrêmement joyeux et léger, même s'il ne nous raconte pas que des choses tendres et insouciantes non plus. Mais c'est justement parce que le sujet est traité sans misérabilisme que la pilule est plus agréable à avaler. Tom a onze ans. Il vit avec sa mère Joss dans un vieux mobil-home. Cette dernière n'a même pas vingt-cinq ans, elle collectionne les petits boulots et néglige souvent son rôle de maman pour sortir faire la fête sur sa mobylette. Tom a grandi en se débrouillant seul. Souvent, il se faufile dans le jardin de ses voisins, un couple d'excentriques qui se disent vous et qui parlent avec un accent anglais, pour leur chiper des légumes ou pour regarder la télévision derrière leur fenêtre. Il ignore tout de son père, ne doit surtout pas ennuyer Joss avec des questions inutiles et a l'obligation de l'appeler par son prénom, sinon elle se fâche. De toute façon, Tom est un môme accommodant. Il aime aussi se rendre utile, comme avec Madeleine, une vieille dame solitaire, qui a la mémoire flageoleante et qui oublie de manger au point de s'évanouir dans ses plans de choux. Heureusement, Tom veille au grain ! Mais qui vient à la rescousse du Petit Tom ? Pour ça, les anges gardiens ne manquent pas. Entre Samy, l'ami d'enfance de Joss devenu croque-mort, Archibald et Odette, les voisins pas si aveugles, et aussi sa propre mère qui exprime avec maladresse son amour pour son petit homme et qui apprend à grandir en même temps que lui...
Bref. Il règne par-dessus tout une humeur radieuse dans ce livre. Et c'est tant mieux. Tous les petits tracas sont balayés en un tour de main. Chaque personnage constituant le maillon d'une formidable chaîne humaine, la solidarité est inaliénable à la bonne coordination de l'intrigue. On s'attache aux uns et aux autres, on se soucie de leurs problèmes, on les retourne sans complexe et on sourit devant l'évidence, on ne badine pas avec les sentiments, on s'aime sans trop l'avouer, et puis on s'offre des cadeaux sous toutes les formes (une robe, des madeleines de commercy ou des bocaux de sauce tomate). Cela coule de source et ça fait un bien fou ! C'est finalement une promenade bucolique rafraîchissante et chaleureuse.

Je recommande également la version audio lue par Benjamin Jungers qui apporte son lot de tendresse, de fantaisie et de folie douce à cette histoire qui revendique une véritable noblesse de cœur. Le comédien adopte à juste titre un ton enfantin, pas bêtifiant, mais qui souligne l'innocence de Tom face à des situations parfois dramatiques. Le môme ne manque pas de ressources et nous le prouve tout au long du roman qui rappelle que l'entraide et la générosité constituent une façon toujours délicate d'avancer au mieux dans la vie. J'ai follement aimé. ☺

Texte intégral lu par Benjamin Jungers pour Audiolib (Janvier 2017) - durée : 4h 03

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23/01/17

Lock & Mori, de Heather W. Petty

Lock moriToujours dans ma monomanie holmesienne, j'ai opté pour le roman suivant - Lock & Mori, qui propose une nouvelle interprétation du couple fatal de Sherlock et Moriarty.
Direction l'Angleterre du XXIe siècle. Lock et Mori sont tous deux lycéens, lui est un excentrique passionné de chimie, qui s'enferme dans un laboratoire sous le théâtre de l'école pour se livrer à des expériences improbables, et elle... oui ELLE, porte le nom de James “Mori” Moriarty et affiche une morgue pour mieux se protéger car la jeune fille vit un drame personnel dont elle a honte. La rencontre entre ces deux-là n'est malheureusement pas explosive, mais leur relation ne va pas se tisser sans heurt ni passion. Tout commence par un défi, lancé par Lock à Mori : démasquer ensemble le tueur en série qui sévit dans les rues de Londres. Même si la compétition fait rage, leur enquête ne doit pas étouffer les indices trouvés et faire état de toutes les observations glanées en chemin. Seulement, Mori va déroger aux règles établies et ne pas partager certains secrets et autres doutes qui vont rapidement poindre. Or, si elle ose en parler, c'est toute sa vie qu'elle met en péril. 
D'abord déçue par la couverture du livre, j'ai ensuite été chagrinée par son contenu : pas de vrai suspense, des personnages sans relief, manque d'alchimie et une propension au  mélodrame un poil trop présente. Cette mise en scène contemporaine des personnages mythiques de Sherlock Holmes et Moriarty n'est finalement pas à la hauteur des attentes, l'auteur focalise l'attention sur les tourments de l'adolescente qui vit dans un foyer plongé dans le cauchemar depuis la mort de la mère. Son père, pourtant inspecteur de police, a sombré dans l'alcool, la dépression et la violence... mais nul n'en a conscience car Mori prend garde à préserver ses frères. Elle encaisse les coups et les humiliations en serrant les dents, d'où son attitude fuyante avec Lock, alors qu'il l'attire beaucoup. Mais leur relation est très en-dessous de son potentiel, c'est plat, sans sucre, sans miel, sans sel, sans piment. Complètement fade. Sans compter qu'on voit tout venir à des kilomètres à la ronde, il n'y a aucune surprise, que ce soit dans l'intrigue policière ou dans l'évolution de leur histoire amoureuse. C'est fichtrement banal et languissant. Suis très déçue. On a là une lecture insipide malgré une initiative savoureuse en imaginant Sherlock Holmes et Moriarty hors de leur contexte habituel. Le flop total.

Traduit par Luc Rigoureau pour les éditions Hachette - Octobre 2016

 

Original Title : Lock & Mori

 

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Sherlock, Lupin & moi : Le Mystère de la dame en noir, par Irene Adler

Sherlock lupin et moiEn vacances avec sa mère à Saint-Malo, la jeune Irene Adler fait la connaissance de deux garçons de son âge, Sherlock Holmes et Arsène Lupin, durant cet été 1870. Tous trois deviennent inséparables et se promènent sur les remparts de la ville ou prennent le large à bord de leur petite barque pour échapper à la vigilance trop étroite de M. Nelson, le majordome des Adler. C'est donc par hasard qu'ils découvrent sur la plage le corps d'un homme échoué, puis qu'ils aperçoivent non loin une silhouette encapuchonnée qui prend la fuite en se sachant observée. Les trois camarades créent aussitôt leur club de détectives amateurs pour résoudre ce mystère, voyant que la police locale s'emmêle les pinceaux pour conduire son enquête. Mais à force de fourrer leur nez dans les affaires malouines, les habitants grondent contre ces jeunes intrus qui perturbent leur tranquillité. 
L'histoire ne manque pas de rebondissements et nous guide dans les dédales de la charmante station balnéaire en dégageant un parfum d'exaltation et de légèreté. L'intrigue combine suspense, action, danger et émotion avec habileté et sans esbroufe inutile. On se délecte aussi de l'ambiance cosy des vacances en bord de mer et du merveilleux cadre du 19ème siècle, avec s
es grandes et belles villas cossues, ses rituels de l'après-midi autour d'une partie de bridge ou d'une tasse de thé. À côté de ça, la jeune Irene, plus intrépide que jamais, s'échappe du carcan maternel pour vivre de palpitantes aventures en compagnie de ses deux amis. Et c'est justement la rencontre surréaliste de ces trois figures littéraires, flanquées d'une douzaine d'années, qui rend ce petit roman si attachant et curieux ! On y trouve déjà un Sherlock arrogant et vif, un Lupin malicieux et enjôleur et notre jolie Irene qui raconte leur étonnante rencontre et la naissance de leur amitié... avant tout le reste. 
Il s'agit en fait de Pierdomenico Baccalario (auteur de Ulysse Moore & La Boutique Vif-Argent) et Alessandro Gatti les réels instigateurs de cette nouvelle série. Le ton, le style, les illustrations de Iacopo Bruno sont d'ailleurs reconnaissables entre mille. L'idée également est attrayante. C'est toujours cocasse de plonger dans une histoire mettant en scène des personnages de fiction qui reprennent vie sous une autre plume et dont on imagine une enfance, des copains, des premiers émois etc. On prend ainsi plaisir à noter les détails et les références car les auteurs n'ont pas fait le job à moitié et ont puisé dans une matière consistante sans dénaturer l'objet de leurs études. Sherlock, Lupin et Irene sont jeunes et insouciants, ils ont pour passion commune les énigmes à découdre, ils grandissent auprès de leur famille dont on perçoit les failles ou les richesses à venir (les leçons de gym avec le scandaleux Théophraste, la voix divine d'Irene, les rapports délicats entre Mycroft et son frère). Pour l'heure, ce premier tome pose les bases et laisse planer le doute en titillant le lecteur pour le forcer à revenir s'il souhaite connaître d'autres vérités et expliquer comment ces trois-là ont vécu le destin que l'on sait. 
Séduite par tant de promesses, j'accepte avec joie cette invitation ! 

Traduit de l'italien par Béatrice Didiot pour les éditions Albin Michel Jeunesse - Janvier 2017

Robyn Silver contre les créatures de la nuit, de Paula Harrison

Robyn silverRobyn Silver, dix ans, se sent transparente au sein de sa famille. Elle rêve d'une vie différente et s'imagine être l'héroïne d'une aventure extraordinaire. Son souhait va malgré tout se réaliser.
Un jour, elle aperçoit dans la cuisine de sa maison des créatures terrifiantes, couvertes d'épines. Ses proches pensent qu'elle est en plein délire car ils ne voient rien. La fillette ronge son frein mais découvre, le lendemain matin, que son école a été ravagée par une tempête. La directrice est au bord du désespoir, quand l'assistante du mystérieux Cryptorum, un étrange vieil homme qui vit reclus dans sa grande demeure, leur propose d'utiliser le manoir de Sombretour en attendant les réparations. Cette offre est trop belle pour être honnête, se dit Robyn. Et en effet, l'accueil réservé par le propriétaire des lieux est loin d'être chaleureux. 
Curieuse et intrépide, Robyn va déroger au réglement pour parcourir la maison de fond en comble avec son ami Aiden. Ils vont ainsi croiser une autre camarade, Nora, et réaliser que tous trois ont en commun la particularité de VOIR les fameuses créatures terrifiantes ! Comme ils vont l'apprendre assez rapidement, les trois enfants sont des Carillons, nés à minuit pile, ils sont capables de discerner les créatures du Monde Invisible. Cryptorum rouspète car ce ne sont que des enfants innocents, et pourtant il n'a pas d'autre choix que de les former pour se préparer à combattre leurs ennemis, dont la redoutable Pearl, une vampire qui prévoit un retour fracassant. 
Quelle lecture étonnante ! On ne soupçonne pas au début dans quel guêpier elle va nous mener. C'est donc d'autant plus excitant de découvrir son univers, qui révèle son potentiel sombre et inquiétant au fil des chapitres. Plus on avance dans l'histoire, et plus on pénètre dans une aventure cernée de danger et d'imprévu. L'angoisse monte d'un cran, surtout pour un jeune lecteur impressionnable (8-12 ans), mais c'est franchement génial ! De plus, les illustrations d'Alban Marilleau jouent aussi avec les nerfs du public en se voulant aussi énigmatiques et saisissantes d'effroi. 
Le pari de servir une nouvelle série riche en sensations est pleinement réussi ! C'est une chouette trouvaille, qui pourrait démentir les attentes d'une simple lecture distrayante, car c'est autrement plus palpitant ET divertissant. 

Traduit par Axelle Demoulin & Nicolas Ancion pour les éditions Seuil Jeunesse - Janvier 2017

Titre VO : Robyn Silver and the Midnight Chimes

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20/01/17

Marquer les ombres, de Veronica Roth

C'est l'événement du mois ! La parution du nouveau roman par l'auteur de la trilogie à succès, Divergente. Veronica Roth nous propose cette fois un space opera audacieux, avec pour intrigue une lutte de pouvoir, de famille, de haine et d'amour. 

MARQUER LES OMBRES

Akos Kereseth grandit auprès des siens dans la pacifique nation de Thuvhé lorsqu'il est arraché brutalement de son foyer, avec son frère Eijeh, pour être conduit chez les Shotet. Le nouveau souverain, Ryzek Noavek, veut contrôler son destin depuis qu'une prophétie a annoncé sa chute par leur faute. Akos a juré de sauver son frère de leur triste sort, mais va endurer durant des années persécution, humiliation et maltraitance. On lui confie également le rôle de garde du corps de Cyra Noavek, la sœur du despote. Cette dernière possède le don de provoquer des douleurs atroces par un simple contact, seul Akos est insensible à son flux et lui prépare des infusions pour canaliser ce trop-plein de mauvaise ondes. À force de rester en contact rapproché et permanent, ces deux-là tissent une relation qui s'apparente à une complicité amoureuse pleine de pudeur, même si le contexte géopolitique les incite à être également sur leurs gardes car leurs ennemis ne manquent pas. Entre le cruel et tyrannique Ryzek, qui se sert des pouvoirs de sa sœur ou de la vulnérabilité de Eijeh, devenu le nouvel oracle, pour asseoir son autorité et contrôler Akos, sans oublier les renégats qui veulent renverser le système en place et qui nouent des alliances sans garantie de retourner leur veste un jour ou l'autre, l'ambiance est assez tendue et étouffante.

Au final, il y a très peu de place pour l'action. L'auteur privilégie la forme, en fignolant son univers et son écriture. C'est beaucoup plus structuré, plus soigné, mais au détriment des émotions et des sensations. Le fond est creux. L'histoire est lente à se mettre en place. Le rythme est inégal. En somme, j'ai trouvé ce roman beaucoup trop ambitieux, et donc fastidieux à lire. De plus, les personnages ne sont pas attachants. On ne se passionne pas non plus pour leur histoire. Leur relation est plate, elle ne renvoie aucune âme, aucune tendresse. C'est comme pour tout, sans saveur, sans excitation. J'ai rapidement fait le tour d'horizon de leur aventure, laquelle est très torturée, mais vraiment peu attendrissante. À aucun moment je n'ai été touchée ni n'ai ressenti de l'intérêt pour les rudiments de leur quête. C'est une grande frustration, une amère déception pour ce roman pourtant très attendu et autour duquel le mystère a été bien ficelé jusqu'à la date de sa sortie mondiale.

J'ai opté pour le livre audio, disponible en exclusivité sur Audible. On retrouve ainsi Marine Royer, également la narratrice de la série Divergente, qui réussit le tour de force de nous plonger dans cet univers intersidéral aux thèmes universels (la famille, la fratrie, les non-dits, le pouvoir) mais qui ne s'éloigne jamais totalement des sempiternels tourments (les marques corporelles, les choix discutables et les destins impossibles). Une lecture agréable à écouter, si ce n'est un contenu monotone et hélas lassant.

Texte lu par Marine Royer pour Audible Studios - Durée : 15h 19

>> Texte en version intégrale uniquement disponible en téléchargement sur le site Audible (exclusivité).

© L'édition originale de ce livre a été publiée pour la première fois en anglais aux États-Unis aux éditions Katherine Tegen Books, HarperCollins Publishers, sous le titre Carve the Mark Volume 1. © 2017 par Veronica Roth. Tous droits réservés.

Traduction française © 2016 Éditions Nathan (P)2017 Audible FR

Marquer les ombres | Livre audio

 

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