15/11/16

Inhuman, de Kat Falls

inhuman-tome-1Dans une Amérique décimée par un virus mortel, Delaney Park vit désormais seule avec son père dans la zone Ouest du pays, une zone saine protégée par un Mur contre la zone sauvage, où croupissent des individus contaminés. Malheureusement, la jeune fille va être contrainte d'y aller pour sauver son père accusé d'être un trafiquant d'œuvres d'art et de franchir régulièrement la frontière en toute illégalité. Lane parvient à un accord pour supprimer les preuves accablantes, en échange elle dispose de peu de temps pour retrouver son père et lui confier une mission secrète. C'est dans ce contexte de précipitation, d'ahurissement et d'angoisse que Delaney découvre un univers qu'elle avait appris à redouter et détester. La Zone sauvage. Elle regagne d'abord une base militaire et se fait surprendre par une jeune recrue, Everson Cruz, qui préfère comprendre ses motivations plutôt que de la dénoncer. Mais la jeune fille doit duper son adversaire pour poursuivre son but, quitte à s'associer avec le très sulfureux Rafe, étonnamment prompt à aider la fille du célèbre Mack. Lane va d'ailleurs peu à peu comprendre le rôle de son père dans la zone interdite et assimiler aussi vite la réalité qui l'entoure : des expériences génétiques détournées, des humains devenus des mutants... Réalisant que l'avenir de l'humanité se joue au-delà du mur, Lane va choisir son camp et se battre pour trouver le remède au virus. 

Cette dystopie est certes peu innovante, mais fonctionne quand même pour les amateurs de relations fortes et indécises, car l'héroïne est entourée de deux prétendants au charme certain, mais au caractère qui diffère totalement. L'un est compatissant, scrupuleux et plein d'abnégation, l'autre est égoïste, arrogant et malhonnête. Les fondamentaux d'Inhuman sont d'une banalité... resucée. Toutefois, les phénomènes hors normes grouillent, les événements s'enchaînent, les décors également se succèdent, les personnages combinent la jeunesse, la fougue et la morgue. Excitant au début, pesant à la longue. En y regardant de plus près, le roman empile les clichés et façonne une intrigue convenue & peu surprenante, mais la promesse d'aventure, de survie et de suspense dans un monde post-apo très en vogue aura tout lieu d'adoucir les réserves. La suite tarde à paraître, courant 2016 pour la VO... le flou reste entier ! 

Traduit par Christine Bouard-Schwartz pour les éditions Milan / Février 2015

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14/11/16

Divergente par Quatre - Edition augmentée, de Veronica Roth

Divergente par Quatre Edition augmentéeLa bonne blague. Il y a à peine un mois je lisais l'édition datant d'avril 2015 de Divergente raconté par Quatre avant d'apprendre qu'une “édition augmentée” verrait le jour en cette fin d'année 2016. Le but de cette opération ? Moi pas comprendre.
Je n'ai jamais caché combien les ouvrages dérivés ne m'attiraient pas du tout. Je les découvre par curiosité (ou parce qu'ils sont disponibles en format audio), mais sinon je ne suis pas en demande de telles lectures. Et encore moins lorsqu'il s'agit d'un livre déjà lu qu'on nous ressort avec des trucs en plus, des trucs anodins, du réchauffé sur toute la ligne. Mouiii... bon... non merci. 
L'autre souci, c'est qu'on a déjà fait le tour de la série Divergente. Attention, la trilogie est une lecture excitante, avec un univers exceptionnel et assez complexe. Veronica Roth nous en explique d'ailleurs les rouages et son travail d'écriture en bonus dans ce livre. Elle nous confie également les premiers jets de la série et ce qu'elle nomme son “protobrouillon” pour expliquer son choix et sa difficulté de la narration à la 1ère personne, comment planter le monde des factions, distribuer les rôles de chacun et faire évoluer les personnages, notamment celui de Caleb, ou révéler des secrets sur la mère de Tris. Elle s'explique aussi sur la “mort” des personnages et assume pleinement ce parti pris (moi aussi), puis glisse en lot de consolation un autre chapitre du point de vue de Tobias (la scène des couteaux dans le tome 1). 
Je pense que cette lecture aurait certainement eu plus d'impact si je l'avais découverte dans le feu de l'action. J'avoue qu'en novembre 2016 ce bouquin fait office de point d'interrogation. Pourquoi maintenant ? quelle motivation ? Cela me dépasse. Par contre, si vous devez préparer une soutenance sur le sujet, là d'accord... il y a matière à argumenter votre thèse. ;-)
Le livre s'ouvre, sans surprise, sur les 
quatre nouvelles qui renvoient au monde original de Divergente (transfert, novice etc.) et s'attachent à tracer un portrait sensible du jeune Tobias Eaton, un écorché vif sous une apparence de dur à cuire. On suit son parcours, sa formation, ses doutes et ses espoirs, en même temps qu'on le sent sensible à la politique environnante et soucieux des premiers frimas de sécession. Sa rencontre avec Tris, qui n'apparaît que dans la dernière histoire (Le traître), laisse apparaître une fragilité touchante et plus humaine du personnage. Très émouvant ! 
Après quoi, on découvre un entretien avec Veronica Roth, les premiers jets de la série, les coupes de la cérémonie du choix, l'évolution de Caleb, l'enceinte des Audacieux, des extraits du journal de Natalie Prior, deux scènes inédites du tome 3, une nouvelle du point de vue de Tobias, des tatouages, des playlists et une étude sur le cerveau et la peur par un docteur en psychologie... Un supplément de 100 pages & une jolie couverture qui justifieraient un nouvel investissement à 17.95€ ? :-/
Prochain rendez-vous à attendre : début 2017, pour son nouveau roman - Carve the Mark (premier tome d'une duologie). 

Nathan / Novembre 2016 - Trad. d'Anne Delcourt

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Hugo de la Nuit, de Bertrand Santini

Hugo de la Nuit« Hugo entendit ses pas s’éloigner dans le noir. 
La porte se referma sans bruit.
Maintenant, la nuit pouvait commencer… »

Ouh-la-la-la-la. Alors que j'étais déjà follement séduite par la couverture, illustrée par Julie Rouvière & Bertrand Santini, j'appréhendais bêtement de plonger mon nez dans ce livre. C'est chose courante quand j'aime des auteurs, je repousse le moment de découvrir leurs nouveaux romans pour des raisons sottes et inexplicables. Passons. Un soir de la semaine, repliée dans mon antre à l'abri du froid et de la pluie, je me décide enfin à rencontrer Hugo de la Nuit. Mon grog de 215 pages.
Hugo, un garçon de douze ans, grandit heureux dans un immense domaine que ses parents préservent jalousement. Ces derniers sont en effet soucieux depuis la découverte de pétrole sur leurs terres, suscitant les plus viles convoitises qu'ils cherchent à repousser au nom d'une espèce de plante rare à protéger. Mais leurs ennuis ne font que commencer... Une nuit, la veille de son anniversaire, Hugo surprend un individu dans la maison. Il fuit aussitôt dans le jardin, court à perdre haleine, dérape, glisse, s'égratigne avant de basculer dans la mare. Fin de l'histoire. Le corps du jeune garçon flotte à la surface de l'eau. Et c'est une bande de fantômes loufoques qui vient le recueillir.
Hein ? quoi ? comment ? Le héros de l'histoire meurt ? Des fantômes à la rescousse ? Mais c'est quoi cette fable ? Rhaaa... Cessez vos jérémiades, et laissez-vous porter par l'incroyable et l'inattendu. Car, oui, cette histoire relève du conte fantastique par son évocation de la mort et des terreurs nocturnes, mais aussi pour son imaginaire fabuleux et sa conduite époustouflante. C'est simple, on se laisse entraîner dans le sillage d'une aventure à la fois drôle, poignante, dramatique et palpitante. Et il s'en passe de belles sous les couvertures ! Bertrand Santini exécute avec brio un formidable tour de passe-passe et n'hésite pas à recourir à l'humour noir pour mener à bien sa mission. Le pari est osé, l'effet est parfois saisissant, mais franchement que de réjouissances ! 
Cette lecture va donc vous surprendre, vous étourdir, vous émouvoir et vous troubler. Avec son style cocasse, ses séquences burlesques, son sens de l'ironie désopilant, son goût du spectacle et son esprit feu follet, elle s'échappe des codes et des genres pour mieux vous régaler. Je n'en dévoile pas davantage, mais ne passez pas votre chemin, foncez, c'est un petit bouquin qui a tout pour plaire aux petits (12 ans) et aux grands. ☺

Grasset Jeunesse - avril 2016

 

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13/11/16

Bonne nuit tout le monde, de Chris Haughton

Bonne nuit tout le monde

« Aucun rêveur n'est trop petit, aucun rêve n'est trop grand. »

La nuit tombe, le soleil se couche. Les paupières sont lourdes. Les souris, les lièvres, les biches ont sommeil. Maman Ours s'étire et se prépare aussi à dormir. Seulement, Petit Ours déclare qu'il n'a pas sommeil. Il a encore envie de jouer et il fait le tour de ses camarades pour se joindre à lui.

Mais les souris, les lièvres et les biches sont trop fatigués. Il est l'heure de dormir, Petit Ours. Et il est vrai qu'après avoir vaillamment résisté, il dépose enfin les armes. À son tour de bâiller, de prendre une longue inspiration, de s'étirer de tout son long.

Maman Ours n'a plus qu'à le cueillir pour aller se coucher. Et l'instant d'après, c'est un concert de ZzZ, zzZZZ, FFFff... & Smack ! Bonne nuit tout le monde. 

Magnifique album à lire pendant le rituel de l'histoire du soir ! L'instant est précieux : une histoire calme, douce et apaisante, des illustrations chaleureuses, dans des teintes crépusculaires, un petit héros rebelle, qui rechigne à rejoindre son nid mais qui lutte difficilement contre la somnolence, une situation ô combien éprouvée... 

Et quelques petites préciosités glissées ci et là, comme une subtile découpe dans la lecture ou les pages de garde représentant les ciels de l'hémisphère sud & nord avec ses constellations. Une belle invitation à rêver.

éditions Thierry Magnier - août 2016  

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source : Chris Haughton

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Cap au Sud! de Jeanne Willis, illustré par Peter Jarvis

Cap au Sud

C'est bien connu, les manchots vivent au pôle Sud et ne mettent jamais les pieds au pôle Nord. 

... Jusqu'au jour où la famille Filédanchois prépare son paquetage pour un pique-nique au calme, sur un bout d'iceberg. Seulement, la famille a fini par s'égarer et a chaviré sans but, au beau milieu de l'océan, pour finalement se trouver face à une énorme boule blanche et poilue. Bienvenue à l'autre bout du globe où vivent les ours polaires ! 

Les manchots sont bien embêtés de se retrouver à 20,000 kilomètres de chez eux. Mais M. Leblanc est ravi d'avoir enfin de la visite, et confie dans la foulée qu'il rêve d'être le premier ours blanc à atteindre le pôle Sud. En avant l'aventure, les Filédanchois et leurs trois enfants repartent à l'assaut de l'océan en compagnie de leur nouvel ami. 

Le voyage est long, mais avec des détours fabuleux. Cap en Amérique, en Angleterre, en Italie, en Inde, et aussi en Australie. Nos explorateurs traversent les continents et les océans, parcourent des endroits merveilleux et poursuivent leur but sans même prendre le temps de casser la croûte ou de faire pipi (au grand dam de Zouzou).  

Voilà qui offre un formidable tour du monde aux couleurs et aux saveurs exotiques ! Cette histoire raconte aussi une belle rencontre et une étonnante amitié entre deux pôles qui n'étaient jamais censés se croiser, avec en toile de fond des illustrations pleines de charme & un texte plein d'humour.

Un album attachant, sincère et généreux. 

Gallimard Jeunesse - Septembre 2016 / Traduit par Emmanuel Gros

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source : by Jarvis

 

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Polarman, de Gilles Rapaport

Polarman

Une jeune femme tombe amoureuse de Polarman, après avoir découvert son profil sur FB. Elle décide de tout plaquer pour le rencontrer en vrai et partager son quotidien de héros masqué, véritable star de la banquise.

Mais Polarman n'a pas le temps pour la bagatelle. En tant que super-héros du cercle polaire, il aide les plus vieux, les plus seuls, les malades, les handicapés, les abandonnés... Il protège les enfants, leur rappelle de ne pas fumer, de bien travailler à l'école et les aide aussi à faire leurs devoirs.

Polarman trime donc toute la journée et passe en coup de vent chez lui pour avaler du café chaud ou lire ses comics préférés. Il a fini par s'habituer à la présence de la jeune femme, discrète, attentive et observatrice. Ensemble, ils vont même s'occuper d'un ourson abandonné et lui apprendre à survivre dans son environnement sauvage, à chasser le phoque, trouver du poisson ou des baies.

Cette histoire, assez fantaisiste, est néanmoins inspirée de la véritable rencontre de l'auteur avec Polarman, un individu qui vit dans le Nord-Ouest canadien et qui se prend bel et bien pour un super-héros des temps modernes. Flanqué d'un costume et d'un masque, il parcourt la banquise pour venir en aide aux plus démunis et a depuis gagné le respect de tous ! 

L'album fait ensuite découvrir le quotidien du Grand Nord, assez rude et brutal, très éloigné de notre confort douillet, mais pour survivre à des températures polaires par -40°C, qui durent des mois et des mois, on n'a sans doute jamais assez de peaux de cariboux ou de phoques pour surmonter le choc ! La chasse aussi est banalisée, parmi la faune assez rare, représentée par les ours et les renards blancs, les baleines, les phoques et les narvals (dont la corne d'ivoire sert à tailler la bague que Polarman offre à la jeune femme.) Bouh. 

Cette réalité n'est pas sans me déchirer le cœur, cf. le chapitre où notre super-héros explique le b.a.-ba de la chasse du phoque (comment le dépecer, avaler les intestins etc.), mais expose une autre manière de vivre qui dépasse celle que l'on connaît. La lecture n'en demeure pas moins étonnante par ses illustrations et son humour sous-jacent, qui raconte les prémices d'une jolie histoire d'amour et d'une passion commune à vouloir sauver le monde ! 

Gallimard Jeunesse - Octobre 2016

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dessin RAPAPORT POLARMAN6

source : Gilles Rapaport

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12/11/16

Georgia: Tous mes rêves chantent, de Timothée de Fombelle

Georgia

Georgia, aujourd'hui une star de la chanson, porte un secret d'enfance qu'elle confie pour la première fois.

“On venait d'arriver dans un appartement beaucoup trop grand pour nous. Parce qu'il n'y avait plus que ma tante avec moi depuis quelques jours. J'avais sept ans. Ils nous avaient éparpillées, mes trois petites sœurs et moi, à plusieurs endroits du pays comme une poignée de billes qu'on jette sur un carrelage.”

Dans cet appartement, très vite, Georgia entend chaque nuit un violon jouer à travers le mur. Émerveillée par cette bouleversante mélopée, elle en oublie facilement tous ses soucis, sa famille éclatée, ses problèmes à l'école, sa solitude... Son truc à elle, c'est d'être entourée de Rêves, nombreux et encombrants, joyeux et tristes, doux et souriants, indispensables et envahissants.

Parmi eux, il y a aussi Le Grand Rêve, qui va provoquer la rencontre avec Sam le violoniste, Sam le garçon sensible, Sam l'artiste attentif, qui voudrait que Georgia chante. Mais Sam a également un secret de famille, une histoire lourde et poignante, qu'il raconte avec sa voix et son violon et qu'il construit à la façon d'un petit théâtre ancien, si éloigné de la vie de Georgia, et néanmoins si proche qu'il semble murmurer près de son oreille.

Obsédée par cette musique et par son voisin invisible, la fillette veut tout connaître de Sam et finira par découvrir une partie de la vérité à la bibliothèque de l'école. Entre Sam et elle, une épaisseur de mur de cent ans. Mais qu'est-ce que cela change, puisque leurs voix le traversent ?

Conte onirique, histoire en chansons, fable pour enfants, lecture sensible et émouvante... cette Georgia n'a pas fini de susciter de vives émotions ! La première écoute est poignante, les suivantes enfin vous embobineront dans ce monde de Rêves aux apparences de doudous insolites, “aussi discrets qu'une équipe de rugby ou une fanfare” et qui laissent si peu de place aux autres, la vie, les copains, l'école...

Pour alléger le caractère grave de l'histoire, les illustrations de Benjamin Chaud glissent une subtile saveur de pitrerie et de tendresse. La colonie des Rêves est adorable ! Fantasque, bavarde, cocasse et loyale. Cette garde rapprochée protège la fillette de l'extérieur, avant de la bousculer pour dépasser ses peurs. La musique, les chansons et l'audace feront le reste. Apprendre à grandir et franchir les limites.

Cette délicieuse comédie musicale est soutenue par des artistes talentueux, comme Emily Loizeau, Albin de la Simone, Pauline Croze, Alain Chamfort, Babx et bien d'autres encore, dans des compositions originales et aux paroles écrites par Timothée de Fombelle, sans oublier des reprises de grands standards, comme l'incontournable Georgia on my mind... Le texte est lu par Cécile de France et Anny Duperey (dans le rôle du grand rêve).

Une distribution pudique et élégante pour une lecture empreinte d'une grande dignité. Très bel album, coloré et délicat, qui soutient SOS Villages d'Enfants.

Gallimard Jeunesse Musique - Novembre 2016 / Une production imaginée et réalisée par l'ENSEMBLE CONTRASTE

 

Georgia : la playlist Deezer

Retrouvez toutes les chansons de GEORGIA sur la playlist Deezer.

L'Énorme crocodile, de Roald Dahl & illustré par Quentin Blake

L'énorme crocodile

Un énorme crocodile se sent d'humour gourmande et carnivore. “Pour mon déjeuner, j'aimerais un joli petit  garçon bien juteux.” Et comme il est convaincu d'être le plus audacieux de toute la rivière, il prend le pari de traverser toute la jungle jusqu'à la ville pour croquer son repas tant convoité. Il clame haut et fort avoir des plans secrets et des ruses habiles. Et de s'en aller crânement.

En chemin, ça se corse lorsqu'il croise d'autres réfractaires, comme Double-Croupe l'hippopotame, Trompette l'éléphant, Jojo-la-Malice le singe et Dodu-de-la-Plume l'oiseau, qui se gaussent de son projet ambitieux avant de subir le courroux du reptile obstiné. Clopin-clopant, l'énorme crocodile rejoint la civilisation et met en place son piège subtil n°1. 

Chapeau bas pour les idées perfides de la bête. Son machiavélisme force l'admiration, si ce n'est... l'intervention grossière de malotrus. Notre énorme crocodile n'a plus que l'estomac dans les talons et grogne de mécontentement. Sa faim est décuplée, il a un besoin urgent d'être rassasié ! Ah, ah. Le dénouement frôle l'absurde et le burlesque, mais soulève de grands cris de joie et de soulagement dans l'assistance. 

Hip-hip-hourra pour les grincheux ! Cette fable n'a absolument aucune morale, sauf de rappeler qu'il ne faut pas avoir les yeux plus gros que le ventre, sur un ton jouissif & tragicomique. Les illustrations de Quentin Blake participent beaucoup à cette illusion. Âmes sensibles s'abstenir. C'est un festival d'humour noir, hilarant et grotesque. 

Cette version, mise en musique par Isabelle Aboulker, est une découverte plaisante et originale. 30 musiciens de l'Orchestre de chambre de Paris, sous la direction de Pierre Dumoussaud, donnent du coffre et du chœur à ce récit malicieux, dont Yann Toussaint (baryton et crocodile), Yves Coudray (ténor), Anne Baquet (soprano) et les enfants du Chœur des Polysons. Une fabuleuse envolée de voix et d'émotions pour ce grand classique de Roald Dahl. 

Gallimard Jeunesse Musique - Novembre 2016 / Texte lu par FRANÇOIS MOREL

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11/11/16

Émile fait l'aventure, de Vincent Cuvellier & illustré par Ronan Badel

Émile fait l'aventure

Wooow, déjà le treizième titre de la série ! Et on ne s'en lasse pas. C'est toujours aussi drôle, fin et désopilant. ♥

Cette fois, Émile décide de partir en aventure et prépare un gros sac à dos pour s'en aller très, très loin et traverser des épreuves. C'est une aventure pour de vrai, de celle où on ne sait pas où on va, sinon c'est plus de l'aventure ! S'engage alors une discussion surréaliste entre le bambin et sa maman. Un dialogue qui tient toute la lecture, et qui est extrêmement drôle. 

Car la mère est finaude. Au lieu d'interdire ou de rouspéter, elle choisit la ruse. Elle glisse alors de simples allusions, il pleut des cordes, elle va passer à table et manger de la purée et des saucisses, et aussi de la mousse au chocolat, après elle va regarder des dessins animés, et comme elle doit aller faire des courses, elle peut le déposer en passant au parc des jeux... Elle dit ça, elle ne dit rien. 

L'humour est communicatif. Et les dessins, aussi, font tellement rire. Cette série a tout compris : de la dérision, encore de la dérision, toujours de la dérision. Et une lectrice conquise, moi ! Également une maman de vrai aventurier. Qui fait des aventures. Oh yeah. 

Gallimard Jeunesse, coll. Giboulées - Septembre 2016

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June et Jo : Le Rire des oursins, de Séverine Vidal & illustré par Amélie Graux

Le rire des oursins

Ce nouveau rendez-vous de June & Jo conforte l'excellente appréciation déjà perçue : c'est charmant, drôle, adorable et attachant. On y retrouve notre fillette et son gros monstre jaune qui ne partagent pas toujours le même sens de l'humour, mais au lieu de se fâcher, tous deux vont tenter de comprendre que ce n'est pas seulement “un humour pas drôle de gros monstre ou de petite fille”, mais plutôt affaire de goût, d'émotion, de sensation, de vécu, etc. 

Les oursins, par exemple, est-ce que ça fait des blagues ? Et les sardines, ça rit de quoi ? Et les rochers, ils rigolent en vrai ? Ainsi, June et Jo discutent des choses qui font rire les uns et pas forcément les autres (les gros mots de papa, les imitations de maman...), ils s'entendent aussi sur l'humour méchant et moqueur qui n'est pas cool du tout, comme plaisanter sur le physique. Non, clairement, ce n'est pas rigolo. 

Là où nos deux amis s'entendent comme larrons en foire, c'est devant les parents de June qui sont aveugles et ne voient jamais Jo, ils pensent souvent que leur fille s'amuse à faire des bêtises et rouspètent en se demandant qui est Jo. Loin de s'offusquer, l'enfant et son monstre jaune sont ravis de partager cette complicité unique, qui n'appartient qu'à eux. 

Une lecture délicieuse et pétillante. ♥

Gallimard Jeunesse, coll. Giboulées - Septembre 2016

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© Amélie Graux

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