06/12/16

La Famille Royale : Vacances en château pliable, de Christophe Mauri & ill. par Aurore Damant

Après les réjouissantes péripéties de Mathieu Hidalf, Christophe Mauri revient avec une série racontant les aventures farfelues d'une famille royale d'aujourd'hui. Ici, point d'étiquette ou de rond de jambe dans leur quotidien, mais du naturel et une éducation délurée pour détourner les contraintes du métier ! ^-^

La famille royale vacances chateau La famille royale médaille or

C'est l'été, mais le couple royal est confronté à une crise sans précédent. Le peuple proteste véhément contre leurs souverains et réclame... du beau temps ! Cela fait des semaines qu'il ne cesse de pleuvoir sur le royaume, à quand le soleil ? Le roi promet d'y remédier, puis file en douce avec sa famille en vacances au bord de mer. Pendant ce temps, c'est la grand-mère des enfants qui veillera sur la couronne. À eux les petits plaisirs des embouteillages, des plages bondées, des baignades, des glaces à la fraise et des nuits sous le château pliable envahi de moustiques... Ils ont vraiment besoin de décompresser. Les enfants font également la connaissance de trois frangins indissociables, qui vont les initier à la pêche au crabe et aux chips, avant de boucler les vacances sur un concours de château de sable. Requinquée, la famille peut enfin rentrer chez elle pour affronter le mécontentement légitime de la foule - qui ne manquera pas de tomber sous le charme de la reine, rayonnante sous son bronzage et sa couronne scintillante ! 

La deuxième aventure entraîne, cette fois, la famille royale à des jeux olympiques réservés aux têtes couronnées. Alors que le roi fait grise mine, son épouse est au taquet et motive les troupes pour remporter le plus possible de médailles d'or. Cependant, les épreuves vont réserver des surprises de taille... et de vraies parties de fous rires. La débandade n'est pas loin, l'honneur de la famille royale est sous les feux de la rampe. Le relais final sera décisif ! Même Bozzo, l'éléphant en peluche grandeur nature, sera mis à contribution pour mener nos prétendants au titre jusqu'à la victoire. Et encore ?

C'est super drôle à lire, et cela se présente sous un format agréable et avenant : 60 pages de lecture, des illustrations joyeuses et colorées, une ambiance complètement déjantée. Les histoires font preuve de fantaisie, de drôlerie et frisent souvent l'exagération, mais c'est ce qui apporte aussi ce grain de folie aux romans. La maman est ultra compétitive, le papa est débonnaire, le fiston et sa frangine sont deux mômes charmants, curieux et facétieux. La bonne humeur est communicative, on prend plaisir à suivre cette famille royale très moderne, qui s'affranchit des codes de bienséance et qui nous sert sans complexe son mode de vie fantasque et délirant. La série annonce de belles heures de lecture, avec prochainement deux titres à paraître au printemps et à l'automne 2017. 

La Famille Royale : Vacances en château pliable / Objectif Médaille d'Or

Gallimard Jeunesse - Octobre 2016

 

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05/12/16

Le Destin (presque) timbré d'Étienne Durillon, par Oren Ginzburg & Estelle Billon-Spagnol

Le destin presque timbré

Étienne Durillon mène une vie de célibataire réglée comme du papier à musique : il se lève tous les matins à la même heure, avale un œuf dur avant de prendre son bus pour se rendre au boulot. Le soir, il regarde son feuilleton préféré en mangeant un œuf au plat puis va se coucher à 20h30 tapantes. 
Parfois, Étienne est saisi d'angoisse, il a les jambes flageolantes et souffre d'une terrible migraine. Trop de routine, trop de monotonie ? En fait, notre héros est un grand timide, solitaire et renfermé, il n'ose pas avouer son béguin pour sa jolie collègue Vanessa par exemple. Et lorsqu'il contemple son existence, il soupire de frustration.
Aussi, le jour où il reçoit une publicité pour transformer sa vie, avec la promesse d'une aventure pleine de surprises, de joie et d'amour, Étienne n'hésite pas à renvoyer son coupon de participation, agrémenté d'un chèque de 3999 euros. Et les effets sont immédiats : dès le lundi matin, notre ami croise les fameux Agents Transformateurs sur son chemin.
Ces derniers agissent naturellement en mode incognito, mais Étienne n'est pas dupe et les reconnaît à travers leurs multiples déguisements, depuis le clochard au pied de son immeuble aux vieilles dames à moto, en passant par le bijoutier spolié et le dangereux escroc. Étienne est ainsi entraîné dans une journée de folie à enchaîner les rencontres et les péripéties sur un rythme trépidant.
Le résultat est très, TRÈS drôle ! La lecture est une franche partie de rigolade, riche en rebondissements et en trouvailles facétieuses. Le personnage d'Étienne Durillon est un gentil naïf qui se découvre un destin de héros audacieux et qui plonge dans la vraie vie avec une fringale inédite. Lui-même se surprend à adorer ça ! 
Il faut dire aussi que l'histoire est portée par un souffle de fraîcheur et de dynamisme qui communique autant de plaisir que d'exaltation. La folie ambiante est contagieuse, entre les illustrations, les couleurs, le ton et l'humour, l'histoire est complètement dingue et c'est tout à son honneur. J'ai souri du début à la fin, en savourant jalousement ce petit roman qui file une pêche d'enfer. 
Goûtez-le sans plus tarder. ☺

Grasset Jeunesse - septembre 2016

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03/12/16

Berty, le plus cool des monstres, de Didier Lévy & Delphine Renon

Berty

Berty est un bon gros monstre sympathique, toujours dévoué pour venir en aide à ses petits camarades, qui lui donnent souvent du fil à retordre. Entre Bingo qui n'en peut plus de recevoir son costume de super-héros, Marius qui broie du noir, Tom le fantôme qui a perdu son drap et Marcel qui tourne de l'œil pour un petit bobo de rien du tout... la vie de Berty n'est pas de tout repos. 

Mais notre bon gros monstre ne manque jamais de ressources pour dépatouiller des situations inextricables : il recycle un colis pour en faire un super cerf-volant, il suggère de grignoter des petits gâteaux pour chasser des pensées amères, il propose aussi une reconversion en tant que Homme invisible, et n'hésite pas à enfiler la blouse de docteur pour couvrir les plâtres des malades avec des petits dessins pour rendre la vie plus commode !

En tout, ce sont quatre histoires charmantes, drôles et facétieuses qui croquent un portrait de monstre hors du commun. À vouloir soulager les petits soucis du quotidien et donner le sourire aux gens, Berty est aussi le docteur du bonheur. Sa prévenance est contagieuse, sa vision décomplexée des tracas est une belle leçon d'humilité et d'optimisme. Je ne peux que recommander cette lecture pour chasser toute morosité ambiante ! Son graphisme aéré, coloré et insolite est également une bouffée de fraîcheur. 

Une lecture qui donne résolument la pêche et le sourire ! Cela fait du bien. ☺

Grasset Jeunesse - septembre 2016

source : Delphine Renon

 

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02/12/16

Big Easy, de Ruta Sepetys

Big EasyDirection La Nouvelle-Orléans, en 1950. Josie a 17 ans et rêve de poursuivre ses études à l'université. Mais elle est fille de prostituée, travaille dans une librairie et fait du ménage dans une maison close. Sa mère n'étant pas un modèle du genre, Josie idéalise l'image de son père qu'elle ne connaît pas.
Un jour, elle croise dans la boutique un galant homme en quête d'un recueil de poésie. Il est de passage en Louisiane avant de repartir chez lui à Memphis. Charmant, attentif et attentionné, l'individu ne laisse pas la jeune fille indifférente. Aussi, lorsqu'elle apprend dans les journaux sa mort accidentelle, Josie est bouleversée. Encore plus chamboulée lorsqu'elle découvre sa montre sous le lit de sa mère, laquelle a plié bagages avec son amant maudit, abandonnant sa fille sans se retourner.
Josie ne sait plus quoi penser, même si l'enquête de police creuse dans sa direction, elle demeure muette et contrite. Dans le même temps, Josie fait la rencontre d'une étudiante de Smith College, Charlotte. Elle est vive, époustouflante et se méprend sur Jo, qu'elle considère comme une petite orpheline d'origine française. Sa découverte des beaux quartiers brise là aussi quelques-unes de ses illusions... 
Mais le parcours de Josie est rayonnant et insuffle un formidable optimisme. Malgré les aléas de la vie, la jeune fille se bat pour échapper à un destin moribond, refusant aussi de suivre les traces de sa mère indigne. Pour cela, elle est également bien entourée par des personnes qui croient en elle et la poussent à sortir du Vieux-Carré pour accomplir ses rêves.
On a là une belle brochette de personnages attachants, entre Willie la tenancière, Cookie son vieux chauffeur dévoué, Jesse, le jeune mécano débrouillard, Patrick et son père malade, les proprios de la librairie... Le petit monde de Josie est coloré, chaleureux, bienveillant. Cela compense ainsi la vision assez amère que Ruta Sepetys nous fait entrevoir de la Louisiane des années 50. La plongée est à la fois sombre et pittoresque, livrée sans concession, mais non sans une once de sensibilité. 
La lecture est envoûtante, le personnage de Josie très touchant, pour un roman incroyable, admirablement écrit et très intelligent. L'auteur montre aussi qu'elle sait se renouveler et brasser des genres très différents, dont le point commun n'en demeure pas moins une force de caractère et la puissance évocatrice dans des destinées rares et émouvantes.  

Traduit par Bee Formentelli pour les éditions Gallimard

Coll. Pôle Fiction - 464 pages - Avril 2016

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01/12/16

Quand l'amour s'invite à Noël, de Tara Taylor Quinn

C'est de saison, une lecture qui célèbre l'amour et les bons sentiments... mais gare à la surdose ! 

quand lamour

Marybeth a réalisé son rêve en ouvrant des chambres d'hôtes dans un cadre enchanteur. Une réussite professionnelle qui compense un parcours sentimental pour le moins chaotique. Elle vient en effet de perdre son père et se morfond dans sa solitude, n'ayant jamais réussi à accorder sa confiance ou à construire une histoire avec quiconque.

Célibataire de vingt-six ans, elle entretient une relation épistolaire avec James, son correspondant qu'elle a connu à l'âge de douze ans. Or, celui-ci a toujours refusé de la rencontrer en vrai. En cette période des fêtes, qu'elle va passer pour la première fois sans son père, Marybeth se sent donc particulièrement vulnérable et déçue.

Aussi, lorsque Craig débarque à l'Orangeraie, la jeune femme est séduite par cet inconnu, bel homme, charmant, attentif et attentionné. Lui aussi est ému par leur rencontre, mais lui avoue traverser une crise conjugale dans son couple. Cette nouvelle fait freiner des quatre fers Marybeth, et le séjour de Craig se déroule sans heurt.

Pourtant, leur histoire ne fait que commencer. Par la suite, Craig va revenir deux fois par an pour séjourner chez elle. Leur relation gagne ainsi en complicité... et en séduction. Or, Marybeth est partagée entre son attirance pour cet homme bien réel et son attachement pour James qui est proche du mythe inaccessible.

Je n'ai hélas pas trouvé cette histoire moderne, ni touchante... C'est tout  bonnement de la cucuterie inepte et improbable (une éternelle célibataire de 26 ans, un amour instantané, une rencontre impossible, un individu lâche et fuyant...). J'ai énormément soupiré au cours de ma lecture, heureusement pas bien longue, seulement 265 pages d'une bluette mielleuse et dépassée, qui propose un voyage dans le temps, question romance, au secours, j'ai halluciné de lire des trucs pareils (le bouquin date de 2008).

L'emballage est joli, avec une couverture empruntée aux illustrations de Dominique Corbasson, sur lequelles des paillettes ont été ajoutées pour un plus bel effet, mais clairement la lecture n'est pas à la hauteur des attentes. Trop prévisible et gnangnan. :(

Harlequin - The Holiday Visitor - 2016 (Roman réédité)

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Londres avec toi, par Erin Lawless

Londres avec toiOriginaire de Russie, Nadia Osipova a vécu pas moins de dix ans à Londres, cumulant études, stages et petits boulots, mais le service de l'immigration vient de lui briser ses rêves en lui refusant son titre de séjour. Elle a deux mois pour faire appel, prouver l'existence d'un petit copain, certifier l'absolue nécessité de sa présence en Angleterre, tenter le tout pour le tout. Ses amis se mobilisent activement, quitte à envoyer des courriers insolites au ministère.
C'est là qu'intervient Alex Bradley. Sous-fifre du service en question, il reçoit la lettre farfelue d'une jeune russe, amatrice de quizz-bars et de chorégraphies improbables. Il sourit, classe son dossier et retourne à sa vie ordinaire, servir de chandelle à son coloc et sa petite amie Lila, dont il est secrètement amoureux. Et puis un soir, il croise au pub une certaine Nadezhda qui n'est autre que son “dossier” russe. 
La situation est cocasse, mais donne surtout lieu à des échanges pétillants et des délires autour d'une bonne bouteille de vin. Alex est surpris du charme et de la jovialité qui débordent de la jeune femme. Séduit, il accepte de la revoir les jours suivants. 
En fait, Nadia va l'embarquer dans un circuit insolite de sa ville fétiche, depuis les activités purement touristiques (la National Gallery, Trafalgar Square) aux expériences les plus saugrenues (des marathons de films ou des soirées dans un cabaret gay). Leur relation est alors sans ambiguité, Nadia ne cherche pas à profiter de lui, d'autant plus que les pouvoirs d'Alex au ministère sont dérisoires. Tous deux aiment simplement être ensemble, partager des bons moments, se raconter et apprendre à se connaître, comme deux potes qui se découvrent et réalisent qu'ils ont beaucoup en commun. 
Cela se lit pour le plaisir de sillonner Londres, pour oublier qu'il fait un froid de canard et pour savourer une jolie comédie aux rouages bien huilés : des potes, des soirées arrosées, de la répartie, des fous rires, des quiproquos, des déboires et de la patience pour décrocher les étoiles. Une lecture éclatante de vivacité & qui vous absorbe dans sa bulle. Effet cocooning assuré. ☺

Traduit par Emilie Terrao pour les éditions Harlequin [Somewhere Only We Know]

Coll. &H - 360 pages - Octobre 2016

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30/11/16

Bilan du mois : Novembre 2016 ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

Vintage Sparks

Novembre, froides soirées, weekend cocooning, lectures...

 

♦ Les Ombres de Kerohan, de N.M. Zimmermann

♦ Hugo de  la Nuit, de Bertrand Santini

♦ Détectives de père en fils : Le mystère loup-garou, de R. Gavin

♦ Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, de Nathalie Stragier

♦ Dis-moi si tu souris, d'Eric Lindstrom

♦ Cette obscure clarté, par Estelle Laure

♦ Georgia : Tous mes rêves chantent, de Timothée de Fombelle

 

♦ Rêver, de Franck Thilliez  

♦ Purgatoire des innocents, de Karine Giébel

♦ Code 93, d'Olivier Norek

♦ Le Premier miracle, de Gilles Legardinier

♦ Je l'ai fait pour toi, de Laurent Scalese

♦ Les Aventures improbables de Julie Dumont, de Cassandra O'Donnell

♦ Je peux très bien me passer de toi, de Marie Vareille

♦ Si j'ai bonne mémoire, d'Anne Icart

♦ Marie Curie prend un amant, d'Irène Frain

 

 Vu ! 

Le Triangle du diable

Le Triangle du Diable est un téléfilm américain réalisé par Sutton Roley, qui doit surtout sa renommée suite à une erreur de programmation : en 1979, TF1 le diffuse à une heure de grande écoute, sans se soucier de son impact émotionnel sur le public familial, lequel ne manquera pas d'être traumatisé par ce scénario à la tension psychologique redoutable ! ☺

Deux sauveteurs partent en hélicoptère survoler la zone maudite du Triangle du Diable, pour secourir un bateau en perdition. Haig, la tête brûlée, descend à bord pour y découvrir une effroyable mise en scène de cadavres parsemés dans des postures saugrenues. Et au milieu de cette horreur, il retrouve une survivante. Une jeune femme tétanisée, qui se met à lui confier la nuit d'enfer que l'équipage vient de vivre. Ses amis et elle étaient partis en mer pour une simple partie de pêche, lorsqu'ils ont tiré des eaux un prêtre échoué sur son épave. Peu de temps après, une tempête s'est abattue sur leur embarcation et les ennuis ont commencé. Troublé par la belle Eva, Haig tente de la calmer et lui démontre avec patience que ses délires de spectre démoniaque ne sont pas fondés. Il parvient également à la convaincre de rentrer avec lui en hélicoptère.

Ce téléfilm a certes vieilli mais arbore avec bravache les couleurs des années 70, son format 4/3, son jeu d'acteurs approximatif, son doublage dépassé, son scénario lent et aux effets dévastateurs. Les personnages aussi sont troublants et fichent un peu les jetons. L'histoire se laisse deviner sans totalement livrer ses petits secrets. En somme, l'ambiance est plus qu'étrange, à la fois mystérieuse et oppressante, avec un retournement de situation aux petits oignons, absolument scotchant. On comprend le choc des familles et des téléspectateurs de l'époque, car ce sont les cinq dernières minutes les plus traumatisantes du petit écran, et qui d'ailleurs continuent de sidérer l'assistance.

Le film est sorti dans une version entièrement restaurée en DVD en octobre 2016 chez Showshank Films. 
En bonus, un documentaire sur la diffusion du téléfilm par le spécialiste Jérôme Wybon, auteur de l’ouvrage “Nos années temps X” - le comparatif avant et après restauration - le générique d'époque. 

Casting : Doug McClure, Kim Novak, Michael Conrad, Ed Lauter, Alejandro Rey

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Cette Obscure Clarté, par Estelle Laure

Cette Obscure ClartéL'été touche à sa fin, mais n'annonce pas pour Lucille un retour à la normalité. Sa mère est partie de la maison, en prétextant reprendre contact avec leur père, interné de force pour un état dépressif sévère, sauf que cela fait maintenant quinze jours qu'elle ne donne plus de nouvelles. Lucille doit gérer seule le quotidien et veiller sur Wren, sa sœur de neuf ans. Pour ne pas alerter les services sociaux, elle masque la vérité et raconte des mensonges à ses voisins, se met à chercher un petit boulot et convient avec son amie Eden, au courant de sa situation, de garder sa sœur pendant son service le soir. 
Mais Lucille perd les pédales en découvrant son frigo rempli par des anges gardiens anonymes et visiblement soucieux du bien-être des frangines. Qui, quoi, comment ? Eden et son frère Digby sont témoins de la scène et assistent avec impuissance à sa détresse. Après quoi, le navire prend l'eau. Les deux amies se fâchent, le garçon devient sa nouvelle bouée de secours, même si elle a conscience de rêver éveillée car il a déjà une petite amie, mais c'est plus fort qu'elle, elle se sent chamallow tout mou, les neurones court-circuités en sa présence. 
Pour sa défense, avec sa vie qui part dans tous les sens, Lucille a aussi le droit de s'éparpiller dans ses sentiments et ses émotions. Que le ciel lui vienne en aide !
Allergique aux drames populaires, j'ai légitimement craint de basculer dans une lecture trop larmoyante, mais l'histoire évite le piège du pathos en usant d'une écriture pleine de finesse et empreinte d'humour. J'ai été à la fois émue et séduite par tant de poésie pour évoquer l'amour, l'amitié, la famille et la résilience, en admirant d'autant plus la personnalité de Lucille qui refuse de s'apesantir sur son sort mais cherche à dégainer ses armes selon ses petits moyens.  
Dans le fond, l'histoire est attachante mais absolument improbable. Entre les problèmes survolés, la fin idyllique et l'avenir incertain, l'auteur ne s'embarrasse pas avec les détails. J'ai comme l'impression d'avoir lu un bouquin bourré de charme, de tendresse, de fulgurances sentimentales (pas mièvres). C'est adorable, ça ne fait pas de mal mais ça ne va pas bouleverser la face du monde non plus. Et c'est tant mieux aussi. Il est bon de lire des romans sans prétention et qui vous touchent par leur naïveté. 

Traduit par Alice Delarbre [This Raging Light] pour les éditions Hachette

Septembre 2016 - 322 pages

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29/11/16

Si j'ai bonne mémoire, d'Anne Icart

Si j'ai bonne memoire

Après une première lecture enthousiasmante introduisant le clan Balaguère, dans Ce que je peux te dire d'elles, je me faisais une joie de retrouver cette famille au destin incroyable, que les aléas de la vie n'avaient guère épargnée non plus. 
L'histoire nous embarque rapidement dans une cacophonie de rires et d'éclats de voix prises au dépourvu par l'annonce d'un mariage ou d'un retour au pays. Violette a en effet décidé de quitter Paris pour renouer avec ses racines, elle se réjouit de vivre auprès de sa mère et de ses tantes, tandis que Babé informe son entourage de ses noces avec le banquier. Justine, notre couturière, en fait une affaire personnelle pour que sa sœur affiche fièrement les couleurs de sa maison.
Plus discrète, Blanche peine à participer aux effusions de joie et a souvent la tête en l'air. Sa santé flageolante préoccupe Violette, mais ses tantes sont convaincues d'un simple surménage passager. D'une certaine façon, la jeune femme prend note de l'information et la range dans une case pour y revenir plus tard. Pour l'heure, elle se lance dans son grand projet : connaître l'identité de son père. 
Il lui faut néanmoins se heurter à la cohésion familiale. Aucune des Balaguère ne consent à livrer le moindre indice. Secret de famille sous triple verrou. Et puis, Violette croise à son boulot une jeune femme très à fleur de peau, avec laquelle elle se découvre des atomes crochus, et qui va devenir plus qu'une amie. Une rencontre tellement peu anodine, que j'avoue avoir soupiré fort, fort, fort.
J'étais franchement pleine d'espérance à la lecture de cette suite, et j'ai savouré l'ambiance et l'harmonie de cette famille si attachante, par contre j'ai trouvé le scénario hyper décevant, car cousu de gros fils blancs. Pff. Trop facile, trop commun, trop mièvre. Je me suis sentie flouée, et dépitée. 
Une pointe d'amertume plus tard, je boucle mon tour de piste en chouinant, à tort ou à raison, parce qu'il faut admettre que je reste très attachée à la tribu Balaguère, à leurs chichis, à leurs démonstrations empressées et maladroites, à leurs histoires simples et superficielles, et néanmoins bouleversantes. Je suis une lectrice faible en matière d'histoires de famille !
Malgré quelques réserves, toutes personnelles, cela reste une jolie lecture, douce et naïve.

Texte lu par Bénédicte Charton pour Audible Studios (durée : 7h 43)

>> en exclusivité & en téléchargement sur Audible.  

Si j'ai bonne mémoire | Livre audio  Audible.fr

©2015 Robert Laffont (P)2016 Audible FR

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Marie Curie prend un amant, par Irène Frain

Marie Curie prend un amant

Cette lecture a fait resurgir le souvenir fugace de vacances en Bretagne, dans une grande maison isolée, à l'orée d'une forêt, où l'on y traînait les sandales aux pieds, chassant les légendes arthuriennes, avant de s'affaler sur un transat en rotin, pour avaler des bolées de cidre, occupant mes heures creuses avec de bonnes séances de lecture, dont le fameux livre de Jacques Neirynck, La mort de Pierre Curie.
Cette brève résurgence a ainsi auréolé le roman d'Irène Frain d'un doux parfum de nostalgie, bien malgré lui, puisque j'ai plongé avec bonheur dans son histoire et l'ai appréciée encore plus sincèrement ! L'auteur nous raconte le destin d'une femme brillante, qui vit dans l'ombre de son époux, également un scientifique renommé, avec lequel elle reçoit un prix Nobel pour ses recherches sur les radiations. Après la mort tragique et brutale de celui-ci, elle plonge dans une profonde mélancolie et un chagrin immense, dont elle s'extirpe péniblement en poursuivant ses travaux sur le polonium et le radium. Elle tombe également amoureuse du jeune assistant de son mari et bascule dans une liaison passionnelle qui provoque un scandale sans précédent.
Cette femme est bien évidemment Marie Curie, l'épouse de Pierre, puis la maîtresse de Paul Langevin, sujet autour duquel la presse de l'époque s'est acharnée en livrant une campagne de diffamation pour ruiner la réputation et la carrière de la physicienne. Ce portrait romancé, mais attaché à des sources avérées, se lit comme une grande fresque palpitante et pleine d'émotions. Car Marie Curie est une véritable héroïne, pionnière de son temps, farouche et indépendante, tour à tour femme amoureuse, mère dévouée et savante ambitieuse. Originaire de Pologne, venue étudier à Paris, Marie rencontre Pierre, qu'elle épouse et avec lequel elle partage une existence bohème au 108 boulevard Kellermann, auprès d'une joyeuse colonie de passionnés, où chacun étale son érudition en buvant du thé et en mangeant du saucisson. 
Ce que le roman dénonce, outre l'accumulation des procès, des duels, des articles assassins, des agressions corporelles, des lettres volées et des lapidations contre sa maison, c'est cette misogynie ambiante à l'égard d'une figure féminine supérieure et émancipée. Nous sommes à l'aube du XXe siècle et les jugements sont durs et impitoyables envers Madame Curie, alors que son amant se débat avec sa femme et sa belle-mère, sans autres préoccupations pour son image ou son plan de carrière. Terrible injustice. Marie Curie, en passe de décrocher un deuxième prix Nobel, dérange, d'où un lynchage en place publique sans autre forme de procès. 
L'enquête conduite par Irène Frain est à la fois minutieuse et se lit avec grand intérêt. On se passionne pour ce sociodrame à la française, en plus de pénétrer dans les arcanes du monde des sciences et de la recherche, mais on ressent aussi une grande compassion à la lecture de son parcours de femme-courage qui a souffert les pires bassesses de façon arbitraire. Le personnage de Marie Curie n'en apparaît que plus attachant et sincèrement humain. Très bon roman !

Texte lu par Hélène Lausseur pour les éditions Sixtrid  (durée : 9h 45) / Mai 2016

►Ecouter un extrait

Avec l'accord des éditions du Seuil - Repris en poche chez Points Grands Romans, novembre 2016

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