Chez Clarabel (2)

Des livres, de la passion de lire et des dessous chics

02 mai 2008

Jaune Caravage - Gilda Piersanti

jaune_caravageRome, automne 2006, la Nuit Blanche bat son plein, la ville est en ébullition. Des torrents de jeunesse se déversent dans les rues et convergent vers le Gazomètre, nouveau symbole des nuits romaines, véritable phare dressé face à la Ville éternelle. Mais l'aube sera sanglante, une jeune fille est retrouvée atrocement mutilée sur les quais du Tibre. La victime s'appellait Eva Ismaïlova, elle avait dix-sept ans, était d'origine slave et vivait seule avec sa mère.

C'était une superbe jeune fille blonde, la fierté de Katja qui est ravagée de douleur d'apprendre la mort de son unique enfant. Mariella et sa coéquipière Silvia avancent à tâtons dans cette délicate enquête. Leur rencontre avec Leonora, la meilleure amie d'Eva, leur laisse entrevoir une autre personnalité de cette délicieuse mais étrange défunte ;  Eva aimait le mensonge, les nuits de débauche, les paradis artificiels et coucher avec des types plus vieux qu'elle. La découverte de l'identité de son amant ne va pas sans relancer une autre piste de cette affaire, qui baigne incontestablement dans l'univers fragile et cruel de l'adolescence, les jeux de dupes et l'amour passionnel.

Quatrième volet des Saisons Meurtrières, Jaune Caravage boucle ce premier cycle avec un brio époustouflant ! De loin, cette enquête de Mariella de Luca est la plus étoffée, la plus construite avec parcimonie, la plus conduite sur du velours. En parallèle, l'auteur nous ouvre les portes de l'intérieur de l'inspecteur, jeune femme de 35 ans, amoureuse de son bel archéologue. Leur relation, jusque-là épanouissante, connaît le creux de la vague, car Mariella se laisse ronger par la suspicion et les doutes, son tempérament volcanique commence à épuiser son compagnon. Bref, qu'est-ce que cela annonce ? Et puis, d'un autre côté, l'histoire va apporter quelques éclaircissements sur des faits mystérieux survenus dans le petit studio de Mariella (cf. Bleu Catacombes), et qui pourraient avoir un rapport avec la disparition du fils de son supérieur, le commissaire D'Innocenzo.

Jaune Caravage est un livre qui boucle une série qui n'a jamais cessé de faire grandir l'intérêt du lecteur, au fil des tomes (quatre, au total) truffés de références culturelles (musique, cinéma, peinture, poésie...). La dernière page tournée reste un crève-coeur, car j'ai personnellement le sentiment que TOUT ne m'est pas conté sur Mariella De Luca et que son histoire personnelle est encore enveloppée par des brumes de secrets et de rebondissements sans fin. Y aura-t-il un autre cycle ? Je croise les doigts.

Jaune Caravage, Gilda Piersanti

Editions le Passage, 2008 - 280 pages - 17€

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01 mai 2008

(chien de divan ?)

Léopold est un chien à l'imagination débordante : sauver le monde, jouer dans un western, faire le beau dans un concours, traquer les vilains nourrissent ses nombreux fantasmes. Or, en réalité, Léopold a pour maître un dessinateur de BD qui ne sort jamais de chez lui et passe son temps le nez plongé dans ses planches à dessin.

leopold

Mais le jeudi est un jour extraordinaire qui signe la visite hebdomadaire de Léopold et son maître chez la maman de celui-ci, avec un petit passage au centre commercial pour acheter le précieux magnet qui complètera la collection de madame mère. Sauf que ce jour-là, rien se passe comme d'habitude... Léopold se retrouve seul, oublié par son maître ? et horriblement livré à lui-même ! Que peut-il lui arriver, sinon être conduit à la fourrière où un individu viendra le chercher pour l'installer dans un nouveau foyer ? Et alors, qu'est-ce qui lui pend au nez ? Une vie trop vibrante, trop suspecte, trop chiche, trop coquette, trop interdite, trop éloignée de son petit confort familier ... aïe !

On revient au fidèle adage : mieux vaut se contenter de ce que l'on a, car c'est déjà pas si mal !!!

Vraiment, très drôle ! Un livre qui a du chien, et nous, on adore ça !

(Merci Laure !)

IMGP1130

Léopold, chien de divan - Davide Cali & Camille Jourdy

Sarbacane, 2008

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30 avril 2008

(y'a personne aux commandes !)

... Pas grave, ce blog est assez grand pour se débrouiller tout seul,

le temps que sa patronne s'absente quelques jours !

^__ ^

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Bleu Catacombes - Gilda Piersanti

bleu_catacombesEté 2003, en pleine canicule, les catacombes romaines battent tous les records de fréquentation... jusqu'à ce qu'un groupe de visiteurs réfugié dans ces chambres froides d'un genre nouveau tombe nez à nez avec une tête coupée. L'horreur ne fait que commencer, puisqu'une autre tête sera retrouvée dans une cabine de bain, à Ostie, là où l'inspecteur Mariella De Luca passe quelques jours de vacances, avec son amoureux. Notre super flic, déjà rencontrée dans Rouge Abattoir, voit ses congés écourtés et rentre d'urgence à Rome pour résoudre ces meurtres en série qui paraissent être la signature d'un inconditionnel de Judith, l'héroïne biblique qui a nourri l'art occidental du fantasme de la décapitation.

Amoureux de l'histoire de l'art et de l'archéologie, installez-vous dans votre fauteuil ! L'intrigue policière, ici présente, va fortement puiser dans ces deux sources d'inspiration pour tisser la toile implacable de cette machiavélique machination. En fait, dès les premières pages, le lecteur est dans la confidence du nom du coupable. L'intérêt, pour la suite, est de savoir pourquoi, quel mobile, quelles circonstances et quelle folie poussent le criminel à décapiter cinq personnes ! De son côté, Mariella est rapidement décontenancée par les événements, n'arrivant pas à trouver le lien entre les victimes : la star internationale du monde de l'art et une paisible directrice d'orphelinat. Elle a deux pistes à suivre : la veuve éplorée, et la maîtresse froide et calculatrice de Max Fegiz.

Ce qui désoriente aussi notre héroïne concerne sa fraîche et éblouissante passion pour un bel archéologue rencontré lors d'une enquête précédente (cf. Vert Palatino), Paolo Ronca. On connaît le parcours sentimental de notre croqueuse d'hommes, sa fragilité à s'attacher et son refus calculé de s'impliquer dans toute relation. Mais son histoire avec Paolo la prend à contre-pied de ses (vains) idéaux. La jeune femme tombe amoureuse, ne peut plus se passer de son amant, et peut-être son enquête en cours souffre de son léger manque de concentration. Pourtant, qu'est-ce qu'on s'attache au personnage de Paolo, qu'est-ce qu'on aime cette idée de passion naissante et prometteuse ! J'aime particulièrement la lecture de romans policiers qui mettent en scène des héros récurrents, dont on suit la vie personnelle qui évolue au fil des épisodes. Gilda Piersanti a saisi cette essence et donne ainsi à sa série des Saisons Meurtrières une autre motivation de s'intéresser à ses romans, en plus de lire une intrigue policière habile et captivante. Bleu Catacombes est le troisième titre de la série. N'hésitez pas !

Bleu Catacombes, Gilda Piersanti

Editions le Passage, 2007 - 250 pages - 17 €

Prix du Polar méditerranéen 2007 - Prix SNCF du polar européen, 8ème édition.

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29 avril 2008

La danse des obèses - Sophie Audouin Mamikonian

la_danse_des_obesesUne histoire très yerk, ça vous dit ? Cela se passe à Paris, un premier cadavre est retrouvé, au centre d'une mise en scène sordide mais flippante. Un homme d'une corpulence au-delà de la normale a été la victime d'une extrême barbarie (je vous épargne les détails). Le capitaine Philippe Heart, chargé de l'enquête, tombe des nues. Il s'attendait à mettre la main sur le pédophile fraîchement arrêté et qui s'est fait la malle à l'hôpital. Las, ce n'est pas son homme et l'affaire s'annonce corsée. Quelques jours plus tard, comble de l'horreur, un autre cadavre est découvert et il s'agit une nouvelle fois d'un obèse. Le sang des inspecteurs ne fait qu'un tour : un dangereux maniaque a choisi de faire la peau aux personnes obèses, leur infligeant un supplice écoeurant (les gaver de mets divins, puis les affamer jusqu'à ce que mort s'ensuive). D'après les fichiers de signalement, cinq personnes obèses sont portées disparues. La police sait d'avance qu'une série de crimes commis par un dingue va hanter leurs nuits blanches, faire fonctionner leurs méninges (le type signe ses crimes avec un poème crypté) et qu'il faut mettre fin au début de paranoïa qui frappe les quartiers parisiens (merci la presse d'avoir déballé en gros titre l'existence d'un Obèse Killer !).

Très yerk, je vous le disais ! On pensait Sophie Audouin-Mamikonian auteur reconnue pour la jeunesse grâce à Tara Duncan, on la découvre fascinée par l'horreur et la perversité humaine dans ses moindres détails. Sophie n'aime pas les obèses ?* non. Sophie met en scène un type obsédé par un trauma de l'enfance, qui a choisi de se venger et de s'en prendre à ses cauchemars vivants (les personnes trop grosses). Je n'en dévoile pas trop, le roman s'ouvre déjà sur l'horreur et annonce la couleur : abominable, effrayant et subtilement intelligent. On y croise le supplice d'un enfant, confiné dans un placard, puis, sans lien de cause à effet (dirons-nous), un serial-killer élevé au rang de grand chef cuisinier, fin gourmet. Pour preuve : les titres des chapitres savent mettre en appétit !

Le jour même où il est chargé de l’enquête la plus tordue de sa carrière, le capitaine Philippe Heart tombe amoureux. Apparemment, aucun rapport entre son histoire d’amour naissante et les meurtres atroces qu’il doit élucider. En réalité… Ce détail, donné par l'éditeur, est un excellent appel pour titiller la curiosité. En réalité, le résultat est plutôt mitigé. J'ai trouvé cet aspect sentimental de l'histoire assez gnan-gnan. De même, ce thriller, d'assez bonne facture, se lit agréablement, arrache quelques grimaces de dégoût mais ne laissera pas un souvenir impérissable dans les mémoires. L'enquête emprunte très vite des chemins glauques, des embrouillaminis personnels, bref des détails un peu invraisemblables et guère saisissants (pour qui aimerait que ça colle, un peu, avec la réalité !). Il n'en demeure pas moins fort plaisant de découvrir un auteur qualifié dans son registre aux antipodes de son domaine de prédilection ! ... A tenter.

Robert Laffont, 2008 - 308 pages - 20 €

* Pourquoi ce raccourci ? parce qu'elle en parlait déjà ici ...

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28 avril 2008

Une (irrésistible) envie de sucré - Meg Cabot

une_irresistible_envieAncienne star de la pop, Heather Wells est aujourd'hui directrice adjointe de Fisher Hall, une résidence universitaire new-yorkaise. C'est un nouveau départ pour elle, avec un salaire de misère, quelques kilos en trop et la nauséeuse nostalgie du passé (petit ami goujat, fortune lapidée, carrière ruinée). Elle a trouvé refuge auprès de Cooper Cartwright, le frère de son ex, qui a hérité d'un immeuble par un grand-père excentrique. Elle occupe le deuxième étage du bâtiment rose sans payer de loyer, en échange elle s'occupe de sa comptabilité. Cooper est détective privé. Heather a un gros béguin pour lui, il est sexy, intelligent, gentil et attentionné, fâché avec sa famille, bref il est totalement différent de Jordan (son ex). Mais Cooper ne semble préférer que les grandes bringues brillantes qui font sentir au taille 46 de Heather une cruelle différence ! Qu'importe, la jeune femme de 28 ans est bien décidée à s'investir dans son job et de venir à bout de sa période d'essai de six mois à Fisher Hall. Or, c'est le drame : deux filles sont retrouvées mortes, à quelques jours d'intervalle. Heather refuse l'hypothèse de l'accident ou de la coincidence malheureuse, elle est persuadée d'avoir affaire à un tueur en série ! Paniquée, elle demande l'assistance de Cooper, essuie les rebuffades de la police et s'improvise détective en herbe pour démasquer le coupable. Sauf qu'à ce jeu-là, Heather Wells n'est pas la plus futée ni la plus perspicace des fins limiers !

En plus de 400 pages, l'aventure racontée par Heather est un mélange savoureux d'anecdotes et d'intrigues, livré avec un humour hors pair sur les déboires de cette irrésistible Miss Marple pêchue et dynamique. La trame policière en elle-même est assez légère, mais tient en haleine sur quelques pages. Cependant, ce n'est pas l'atout principal de ce roman écrit pour les "poulettes" - fameuse 'chick-lit' - qui recherchent quelques heures de lecture pour se détendre : le contrat est rempli (humour, amour, cavalcade et suspense). Heather est une fille rigolote, avec des fantasmes totalement délirants - mais qui nous arrachent des tonnes de sourire ! Jolie découverte, cette lecture se dévore et puis c'est tout.

Quelques perles, au passage, du genre : "Comment fantasmer sur quelqu'un une fois qu'on l'a vu en robe de chambre ?" ... Oui, moi ça me fait rire !  :o)

Traduit de l'anglais (américain) par Florence Schneider - Titre vo : Size 12 is not fat

Editions Albin Michel, 2007. Coll. Wiz - 427 pages.

Extrait : "Enlacer Rachel, c'est un peu comme enlacer un bâton. Elle est si maigre. Elle me fait un peu pitié. Qui voudrait enlacer un bâton ? Soit, je sais qu'il y a quantité de gars qui courent après les mannequins. Mais... enfin... quel homme normalement constitué voudrait étreindre - ou être étreint par - un sac d'os saillants ? Si encore elle était naturellement mince. Seulement voilà... je sais que Rachel se prive de tout, parce qu'elle a envie d'être comme ça. ça me paraît tordu."

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26 avril 2008

(stuck in a moment...)

C'était l'année 2000 et U2 venait de sortir son nouveau disque, que j'écoutais tous les soirs. A côté de moi, il y avait un bébé dans son lit qui avait pris l'habitude, tous les soirs, de s'endormir sur cette chanson. Cela fait huit ans maintenant et, pour moi, cela restera comme sa chanson à elle, rien qu'à elle. Sa berceuse.

You rock, little girl ! ;o))

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25 avril 2008

Campus, 1. Bienvenue à Easton - Kate Brian

campus_1Reed Brennan, quinze ans, vient d'être admise à la prestigieuse académie d'Easton dans le Connecticut. Elle quitte Croton, en Pennsylvanie, son existence étriquée auprès d'une mère névrosée et d'un père trop laxiste, et s'installe sur le campus de cette institution qui ne réunit que l'élite. Tous plus brillants les uns que les autres, les étudiants d'Easton sont aussi très beaux, chics et riches, cultivent l'insouciance et l'aisance qui manquent terriblement à Reed. Cette dernière est fascinée par les filles de Billings, un bâtiment se distinguant du reste, et où l'on trouve la crème, dont Noelle, Ariana, Kiran et Taylor. Elles représentent aux yeux de Reed ce que celle-ci a toujours souhaité trouver, incarner, aspirer. C'est décidé : elle fera tout pour se joindre à elles. Mais être admise dans leur clan s'annonce plus difficile, entre l'humiliation, le chantage et les fourberies à trois heures du matin, Reed est déconcertée, toutefois butée dans son désir pour atteindre son but.

Depuis la rentrée, la jeune fille a également fait la connaissance de Thomas Pearson, un élève de Terminale. Tout en lui attire Reed : il est beau, il dégage du mystère, il est aux petits soins pour elle. Mais les filles Billings ne le portent pas dans leur coeur et exercent un chantage qui met les nerfs en pelote. De même, ses résultats scolaires sont en chute libre, Reed est menacée d'exclusion si elle ne relève pas la barre très haut et très vite.

Ce livre est le premier tome d'une série qui comporte huit titres. C'est une chronique amère et cynique sur l'intégration difficile d'une jeune fille ordinaire prête à tout pour toucher les étoiles. Ce qui la fait tant rêver, apparaissant sublime et irréprochable en façade, s'avère plus sournois et criblé de faussetés. Les filles Billings ont une personnalité opaque, moins irréprochable et fascinante qu'au premier abord. Ce n'est pas tant le règne de l'apparence qui pousse à réfléchir dans ce roman, mais plus l'implacable perversité d'une bande de filles toutes plus superbes les unes que les autres, et qui se tirent dans les pattes, au nom de quoi ? On s'interroge beaucoup sur les revers, apercevant déjà les compromissions des unes, les trahisons des autres, et les messes basses, les regards noirs et voilés. On a plus l'impression, qu'au lieu du Paradis, Reed Brennan vient de mettre les pieds en Enfer !

La suite (le tome 2) vient de paraître en avril 2008.

(Mars) 2008, Bayard Editions Jeunesse pour la traduction française (par Sidonie Van den Dries)

Titre vo : Private. 324 pages, 10.90€

Illustration de couverture : Miyuki Morimoto

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24 avril 2008

La fille du papillon - Anne Mulpas

fille_du_papillon2Solveig, seize ans, a horreur des journaux intimes mais ce n'est pas sa faute si elle est aujourd'hui surprise à mettre des mots sur sa vie, c'est à cause du Monde. Il s'agit d'un garçon aperçu en pleine nuit, sous la fenêtre de sa chambre. La rencontre n'est pas anodine, ce joli coeur lui récite du Pessoa puis disparaît. Solveig a le palpitomètre dans le rouge passion.

A la maison, les choses ne se passent pas si mal. Elle vit seule avec son père, qui papillonne d'aventures d'un soir à d'autres, et la Belle Absente arbore un sourire éclatant dans les albums photos. Solveig a aussi une excellente-meilleure-fusionnelle amie, la Ni, avec laquelle le quotidien tout gris se pare des couleurs de l'arc-en-ciel. Or, l'audace des demoiselles ne connaît pas de limites et nos deux filles vont déraper. Petit à petit, tout va s'écrouler :  le monde sans heurts, sans maman, va soudain plonger dans une sournoise noirceur. Solveig pète un câble et n'arrive plus à retenir ce qu'elle possède entre les mains.

Son amitié avec la Ni, son amour pour le Monde, sa connivence avec papa, sa douleur de n'avoir pas connu sa maman, son attitude au lycée, son exigence, son intempérance, ses colères, ses caprices, bref le journal de Solveig devient un récipient fragile, prêt à fissurer de toutes parts. On oublie comme on peut être bête et ridicule, excessif et insubordonné à 16 ans ! L'histoire de Solveig, capricieuse et butée, nous rappelle ô combien cet âge ingrat est un cap difficile, insupportable et irritant ! (Parfois j'ai frôlé la saturation...) Mais ce portrait ne pourra qu'interpeller les lectrices du même âge, qui reconnaîtront dans Solveig cette Voix Sacrée qui sait admirablement faire état de leur effroyable solitude et sempiternelle incompréhension du monde qui ne tourne pas autour d'elles... (Un livre qui leur ressemble !) A conseiller à toutes les filles qui ont des papillons dans la tête et le coeur !

La fille du papillon, Anne Mulpas

Editions Sarbacane, 2006. Coll. Exprim, 218 pages. 9€

A été lu par Gawou ; Laure ; Marie ...

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23 avril 2008

Ne t'inquiète pas pour moi - Alice Kuipers

ne_t_inquite_pas_pour_moiUne mère et sa fille ne font que se croiser et communiquent par des petits messages, laissés sur le frigo. Liste de courses, gros bisous pour la journée, comment s'est passé ton exposé, ce soir je reste chez ma copine, rappelle ton père, nettoie la cage du lapin, etc. Que de l'ordinaire. Et puis, la demande devient pressante : la mère de Claire veut la voir entre quatre yeux, lui parler d'un rendez-vous chez le médecin, lui expliquer cette boule au sein. C'est très grave, mais la mère est paniquée d'aborder cette conversation avec son adolescente de fille. Claire a quinze ans, elle vit, elle sort, elle réclame des sous, elle pleure, elle a un petit ami. Est-il préférable de la préserver, ou de la forcer à mettre ses deux pieds dans la sinistre réalité ? Les petits papiers vont et viennent, parfois une phrase lapidaire, tantôt un petit poème ou alors un long message d'amour... « Je n'aurais pas pu avoir de fille plus fabuleuse. » Pour moi, cela a été le déluge. Les quatre dernières pages avant la fin ont été noyées sous un brouillard de larmes. C'est incontrôlable.

Sans quoi, ce petit livre est tendre, attendrissant, atrocement émouvant. Au début, j'étais assez perplexe sur cette étrange relation, tourbillonnante. Ni la mère ni la fille n'arrivaient à se poser pour s'apercevoir quelques secondes. Puis, j'ai compris pourquoi. J'ai également été touchée par cette connivence atypique qui s'inscrit dans une relation épistolaire, ce besoin d'écrire au lieu de dire. Le sujet sur la maladie (cancer) est abordé avec sobriété et intelligence. Le but n'est pas de faire pleurer, mais il m'est apparu assez difficile de rester stoïque.

Pour information, ce livre est édité en jeunesse et en adulte (deux couvertures différentes).

Ne t'inquiète pas pour moi, d'Alice Kuipers

Albin Michel jeunesse, 2008. 242 pages - 10 €

Traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec. Titre vo : Life on the refrigerator door.

A été lu par Gawou ; Mélanie ; Cathulu ...

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