11/05/18

68 année zéro, de Paule du Bouchet

68 année zéroLe 1er janvier 1968, Maud boit du vin blanc en écoutant les Beatles avec son groupe d'amis, réunis dans un vieux château à la campagne, où ils tournent une adaptation rock-n-roll du Grand Meaulnes. L'ambiance est volubile et insouciante, même si tous ont en ligne de mire leur bac en juin.
Comme toutes les filles de son âge, Maud rêve d'amour et de baisers, elle regarde avec envie les jupes courtes et la frange de Sylvie Vartan, elle sent bouillir en elle une impatience et une envie de vivre autrement que le modèle de ses parents (sa mère est bibliothécaire, son père écrivain, tous deux sont séparés). Il n'y a pas de télévision, pas de radio à la maison. Aucune conscience sociale ou politique, juste le besoin de s'enivrer de nouvelles modes.
Dans leur Quartier Latin, jamais ils n'avaient eu connaissance de la petite ville de Nanterre. Là-bas, des étudiants protestent, crient, sortent des clous. Bientôt la Sorbonne est occupée par des centaines de manifestants. Dany le Rouge devient une figure de proue. La police est dépassée, le gouvernement entêté. Et les premiers affrontements retentissent. 
Maud est aux premières loges. Sous sa fenêtre, spectatrice du soulèvement populaire, elle regarde s'ériger les barricades et assiste aux échauffourées. Le désordre règne et laisse place à une scène de désolation. L'air est irrespirable, les mines sont hagardes. Le pays tout entier est mis k-o.

C'est en rassemblant ses souvenirs que l'auteur nous livre son année 68 à travers un récit où se mêlent efficacement l'intime aux événements devenus historiques. Elle restitue au mieux le parfum d'une époque et le cri de révolte d'une jeunesse qui a enflammé les passions.
On plonge au cœur même de cette frénésie. On suit l'enchaînement des événements. On refait le monde dans des squats enfumés. On bouscule les traditions. Le texte est lapidaire et ne cache rien de la nature de sa narratrice - seize ans, éducation bourgeoise et privilégiée, naïve et idéaliste. 
Avec elle, on découvre les espoirs, la peur, la colère, la folie furieuse, en gros les heures sombres et électriques de cette année hors normes. « Mai 68 ne s'était pas arrêté en mai. Ni en juin. Quelque chose avait continué à faire son chemin. En chacun de nous. »
La lecture est perspicace, mais ne dégage pas de grande force non plus. On reste assez en retrait du récit, à distance des personnages. C'est mon seul reproche... mais c'est parce que j'ai lu - en comparaison - Trois filles en colère d'Isabelle Pandazopoulos qui m'a tellement plu (et davantage marquée). ☺ 

Gallimard jeunesse, coll. Scripto / 2018

 

 

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10/05/18

Bonjour tristesse, de Frédéric Rébéna

bonjour tristesseCette adaptation du cultissime roman de Françoise Sagan - Bonjour tristesse - est surprenante et prodigieuse ! J'avoue avoir eu un bref instant de panique en découvrant la préface de F. Beigbeder... mais en qualifiant cette version « sexy, frivole, cynique, balnéaire et fruitée » l'écrivain a franchement tout bon !

Été 1954, Cécile a dix-sept ans et passe ses vacances dans une grande villa louée par son père, en bord de mer. Il est accompagné d'Elsa, sa jeune maîtresse, rousse à la peau blanche, belle, aguicheuse et provocante.
Le trio n'est qu'oisiveté et langueur sensuelle. Mais Cécile boude, insatisfaite et ennuyée. Elle rencontre Cyril, un étudiant de vingt-cinq ans, avec lequel elle flirte avec détachement.
En apprenant l'arrivée d'une amie de sa mère, Anne Larsen, invitée par son père alors qu'il n'avait plus de ses nouvelles depuis des années, Cécile prend conscience de la menace rampante.
Et en effet, Anne détonne dans leur paysage. C'est une femme raffinée, mais assez froide et inflexible. Elle pointe rapidement du doigt l'éducation de Cécile qu'elle juge beaucoup trop nonchalante (des études en berne, trop de soirées alcoolisées...). 
Anne cherche peu à peu à s'immiscer dans leur relation. D'ailleurs, son père tombe sous le charme et se laisse convaincre par la perspective d'une vie rangée. Dans son coin, Cécile bout et mijote sa vengeance.

Ce roman figure parmi mes incontournables. Un classique indémodable, lu une première fois durant l'été de mes seize ans (d'où la sensation d'identification et de confort suprême). Je me faisais donc une joie de découvrir son adaptation en bande dessinée - et quelle réussite ! Seul bémol : je n'ai pas aimé l'effet “casque noir” des cheveux de Cécile, sinon j'ai globalement été séduite par les dessins de Frédéric Rébéna.
On retrouve ici le format lascif et émoustillant du roman. L'atmosphère est estivale et indolente, tout concourt pour enrôler les personnages dans un jeu cruel et troublant. On s'agace de Cécile, on soupire après son vieux don juan de père, on tombe sous le charme d'Elsa, on s'apitoie du sort d'Anne et on frissonne du cataclysme que provoque, malgré elle, son arrivée dans la villa.
La bande dessinée est tellement mais tellement affriolante... sans omettre son insolence et sa rouerie sous son masque d'innocence juvénile. C'est très, TRÈS bon !

Rue de Sèvres, 2018

 

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Gramercy Park, de Timothée de Fombelle & Christian Cailleaux

A65756Septembre 1945. Madeleine est danseuse à l'Opéra de Paris quand elle rencontre un militaire américain, Jeremiah Whitman. Par amour, elle quitte tout et part s'installer à New York.
Dix ans plus tard, c'est une femme solitaire et déprimée qu'on retrouve sur le toit d'un immeuble en train de s'occuper de ses ruches. Mélancolique, distante et froide, elle ne semble prêter aucune attention à l'agitation peu commune dans l'immeuble d'en face.
Pourtant, un homme ne la quitte pas des yeux. Et sait tout sur elle. Cet homme, George Day, vit cloîtré dans son appartement. Il a autour de lui une garde rapprochée pour veiller sur sa fille et lui. Au coin de la rue, une patrouille de police guette aussi ses moindres faits et gestes.
Tous retiennent leur souffle. Chaque dimanche, à onze heures, George Day prend sa voiture pour rouler deux heures au nord de la ville. Un jour, Madeleine décide de le suivre...

Très impatiente de découvrir cette bande dessinée écrite par Timothée de Fombelle - qu'on ne présente plus - j'ai découvert une ambiance étonnante avec une intrigue rondement menée, à la fois sombre, énigmatique et inquiétante.
La construction est en effet habile, le suspense tendu au cordeau. On se laisse longtemps guider à l'aveugle dans le dédale des rues new-yorkaises, s'accrochant pour repérer qui est qui, sans perdre le fil dans la notion du temps (beaucoup de flashbacks). Enfin, c'est magistral.
On se croirait véritablement dans un polar américain d'une autre époque. Madeleine est une héroïne impénétrable - meurtrie dans sa chair, isolée dans sa bulle. On ne soupçonne absolument rien du dénouement et on se soumet au pouvoir hypnotique de cette lecture... farouche et romantique dans un genre bien à part.
Le duo Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux fonctionne à merveille - d'un côté, une prose envoûtante et  un climat pesant ; de l'autre côté, des dessins capables d'exprimer la langueur contemplative puis de basculer dans les scènes d'action. Ma foi, c'est très réussi !
Une bande dessinée remarquable & au scénario admirable.

Gallimard Bande Dessinée / 2018

 

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09/05/18

Mange prie aime, de Elizabeth Gilbert

Changer de vie, on en a tous rêvé... Elle a osé !

Mange, prie, aime

Dans le genre « je réfléchis à ma vie et je cherche la voie du bonheur » - façon Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une de Raphaëlle Giordano - je dis STOP. Je n'en peux plus. Car je réalise que je ne suis PAS DU TOUT réceptive à cette tendance. Preuve avec ce roman d'Elizabeth Gilbert qui m'a semblé long, bavard et peu intéressant.

À 31 ans, pleurant à chaudes larmes dans sa salle de bains, Elizabeth comprend qu'elle n'est pas heureuse et décide de mettre un terme à son mariage. Elle se console auprès d'un amant toxique, sombre dans la dépression avant de partir pour un voyage vers de nouvelles expériences. En Italie, Elizabeth cède à ses instincts d'épicurienne. Pâtes, pizza, pains et glaces... Elle fait une razzia, prend douze kilos mais se sent en paix avec son corps. Elle continue son périple en se rendant en Inde où elle s'installe dans un ashram et s'astreint à une rigueur ascétique pour parfaire sa quête spirituelle. Après quoi, elle part à Bali et rencontre un homme d'affaires brésilien. Elle est séduite, comprend que le temps de la disette sexuelle est révolu. Amen. Elizabeth est pleinement épanouie et peut rentrer à la maison.

Tout ceci résonne un peu trop nombriliste et simpliste. De plus, son personnage incarne également l'archétype de l'américaine complaisante, égocentrique et sans difficulté financière (tant mieux) mais inspire au final beaucoup d'ennui et peu empathie. En bref, j'ai trouvé son parcours peu convaincant. Et ma lecture décevante.

À noter que l'interprétation de Catherine Creux - pas désagréable mais un peu pédante - a sans douce exarcerbé mon scepticisme. Mais ceci n'est qu'une affaire de goût... J'aimerais donner une 2nde chance à l'auteur en suggérant La Tentation du Homard à Audiolib ou Audible Studios. Merci. ☺

©2008 Calmann-Lévy. Traduit par Christine Barbaste

(P)2018 Audiolib / durée : 14h 30 env.

Le roman a été adapté au cinéma en 2010, avec Julia Roberts et Javier Bardem (jamais vu, pas envie non plus).

 

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Après tout, de Jojo Moyes

Après tout

J'avais été déçue par Après toi - c'était une suite, c'était risqué et ça ne ressemblait à rien. C'était du n'importe quoi et c'était très agaçant. Ne voulant pas rester sur ce sentiment d'échec, j'ai donc écouté le troisième épisode sans hésitation... et j'ai clairement adoré. On retrouve tout le peps de notre héroïne, on renoue avec la douceur et le romantisme, c'est franchement très bon !

Cette fois, Louisa Clark a remis sa vie sur les rails et pris un nouveau départ à New York où elle a décroché un poste d'assistante auprès de l'épouse polonaise d'un riche homme d'affaires. Elle s'installe en plein Manhattan et se familiarise avec sa nouvelle vie. D'abord balbutiante et maladroite, elle finit par trouver un semblant d'harmonie et de bien-être. Sa famille lui manque, son petit copain aussi. Lou cherche donc à tout concilier, même si les relations à distance rendent fragiles les promesses et les idylles encore fraîches. Sa rencontre avec le sosie de Will Traynor ne va sans doute pas arranger ses affaires. Son cœur a fait boum, et le nôtre aussi.

Jojo Moyes a su m'embarquer sur près de 15 heures d'écoute, à bord d'une histoire où l'on accompagne une jeune femme toujours en quête d'elle-même, peu sûre de ses choix mais pleine d'élan et de dynamisme. Son optimisme à toutes épreuves fait aussi son succès. On prend plaisir à la soutenir, à la regarder se débattre, à rêver et à pleurer. C'est une habitude de l'auteur - elle distille de l'émotion à chaque coin de page et elle donne l'impression de raconter l'histoire d'une copine autour d'une tasse de thé. L'exil à New York est féerique, la galerie des personnages si attachante et les aventures de Lou sont extraordinaires. J'ai totalement succombé. Ce troisième roman de la série est doux, drôle et délicat. Il a signé ma réconciliation avec une miss Clark épatante et audacieuse. Bravo !
P.S.: J'ai adoré la fin.

©2018 Milady. Traduit de l'anglais par Odile Carton

(P)2018 e-Dantès. Lu par Émilie Ramet  / durée : 14h 50

Série : La trilogie de Lou, livre audio 3 -  Téléchargeable sur Audible FR

Interprétation chaleureuse et très agréable d'Émilie Ramet, comme toujours. Sa voix est rassurante et nous berce au cours de notre écoute. On entend presque les youyous de ce mariage réussi.

 

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Pêle-Mêle BD : Calpurnia - La bobine d'Alfred - Astrid Bromure & le monstre du Loch Ness - Rubis et sa clique

CalpurniaPour avoir adoré le roman de Jacqueline Kelly, je me faisais une joie de découvrir son adaptation en bande dessinée par Daphné Collignon. Et je dois dire que le résultat est grandiose ! À la hauteur de mes espoirs et de mes attentes. Les dessins sont magnifiques et donnent à notre héroïne des traits ravissants et délicats, le tout dans une ambiance raffinée, quelque peu surannée, au service d'une histoire pleine de tendresse et d'humour. Un beau tableau de famille, dans un décor bucolique et nostalgique.
Nous sommes en 1899, dans la petite ville de Fentress, au Texas. C'est l'été, il fait très chaud. Calpurnia a onze ans et vit dans une grande maison où se bousculent ses six frères et leurs parents. L'éducation des jeunes filles est encore à la mode ancienne - leçons de piano et de couture, pour devenir une maîtresse de maison accomplie. Mais Calpurnia est une demoiselle curieuse et intrépide.
Cet été-là, elle va oser pousser la porte du bureau de son grand-père. Et c'est lui qui va lui mettre entre les mains un manuel de sciences et inciter sa petite-fille à observer la nature et ce qui l'anime. Calpurnia prendra ainsi des notes de toutes ses observations et aiguisera son esprit scientifique... au grand dam de sa mère.
En attendant, l'histoire se dessine avec délicatesse et nous plonge dans le quotidien d'une fratrie comme les autres - chamailleries, amourettes, complicités et secrets. C'est fascinant. La magie a de nouveau opéré et j'ai tourné les pages en m'imprégnant de cette sensation délicieuse de vivre une autre vie. De plonger en enfance et de voyager dans le temps.
Une parfaite adaptation pour une lecture fabuleuse ! Hautement recommandée. ♥

Calpurnia, de Daphné Collignon (d'après le roman de Jacqueline Kelly)

Rue de Sèvres, 2018

SÉRIE EN 2 TOMES

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La bobine d'Alfred

Découvrons maintenant une autre bande dessinée dont l'adaptation me faisait également frémir d'impatience et d'excitation ! La Bobine d'Alfred est un roman de Malika Ferdjoukh publié en 2013 à l'école des loisirs. J'avais adoré l'ambiance vintage et ses références cinématographiques ô combien savoureuses.
Direction Hollywood des années 60 ! Harry Bonnet a seize ans et vit avec son père cuistot à Montmartre, quand celui-ci décide de tout plaquer pour travailler chez une ancienne star de cinéma. Mais son père va très vite se révéler cachottier, car chaque nuit il s'éclipse pour un boulot dont il ne peut absolument rien dire à son fils. Frustré, Harry se faufile dans le coffre de sa voiture pour atterrir sur un plateau de cinéma. Un tournage est en cours, sous le plus grand secret, à la demande d'un certain Albert Hall... 
Il est en effet question du grand A. Hitchcock, d'une adaptation de J.M. Barrie, d'une ambiance électrique entre l'actrice vedette et le réalisateur, d'une bobine de 36 minutes chipée en douce et au destin terrible ! C'est assez pour dessiner l'esquisse d'une histoire palpitante et incroyable.
J'ai beaucoup aimé renouer avec les souvenirs de cette lecture qui combine tous les pêchés mignons de l'auteur - le cinéma classique, les blondes hitchcockiennes, les fantômes du Technicolor et le Golden Age de la MGM... Également ma marotte, j'avoue. Cette passion partagée est donc une évasion assurée. J'ai passé un très bon moment dans cet univers mis en scène par Nicolas Pitz, qui a su redonner vie à une époque dorée, à des vedettes figées sur du papier glacé et à cette atmosphère si particulière des plateaux de tournage.
On se croirait aussi dans un Sunset Boulevard dont Gloria Swanson ne ferait que figuration, car le premier rôle est déjà tenu par Harry - jeune cinéphile, amoureux de Monica West, roulant des heures le long des plages de Santa Monica, découvrant les glaces au beurre de cacahuète ou au cheesecake, le drive-in, les cocktails etc. On savoure d'autres clichés du rêve américain, tout en plongeant dans des séquences mythiques des films de Hitchcock.
C'est toujours un bonheur de lire & relire un roman de Malika Ferdjoukh sous toutes ses formes ! Très belle BD pleine de rythme et de clins d'œil.

La Bobine d'Alfred, de Malika Ferdjoukh & Nicolas Pitz

rue de Sèvres, 2018

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Astrid Bromure monstre Loch NessC'est reparti pour une nouvelle aventure - déjà la quatrième - de notre héroïne Astrid Bromure !

Dans cet épisode, nous la découvrons avec sa maman, Mrs Dottie et Miss Poppyscoop en route pour les Highlands où vit l'oncle Hazel, un inventeur excentrique, aux idées loufoques. Les liens avec la famille avaient été plus ou moins distendus, mais Mrs Bromure a enfin décidé de passer l'éponge et choisi de lui rendre visite pour récupérer un précieux coffret.

Bien évidemment, l'aventure s'annonce cocasse et très drôle ! Chaque personnage voit son caractère épinglé dans des situations farfelues - l'oncle Hazel est assez bordélique et semble tirer profit de l'arrivée de ses proches pour un grand ménage de printemps ! Pendant ce temps, Astrid découvre l'existence d'un laboratoire dans le manoir, mais sa maladresse légendaire va semer la zizanie et (pourquoi pas ?) donner naissance à une légende. Ajoutez une machine lyophilisante, des chiens turbulents, des braconniers trop fouineurs... et vous obtenez une lecture joyeuse et réjouissante !

Le cadre enchanteur de l'Écosse donne un surplus de charme. La présence au premier plan de la maman de l'héroïne ouvre aussi d'autres perspectives - les parents d'Astrid Bromure ne sont plus seulement de simples ombres décoratives. En bref, cette série est géniale. Elle donne le sourire et fait passer un agréable moment. À découvrir ! ☺

Astrid Bromure #4 : Comment lyophiliser le monstre du Loch Ness, de Fabrice Parme

rue de sèvres, 2018

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Rubis et sa clique

Place à une nouvelle série d'aventure intergalactique - pour les amateurs de Zita ou Tritons par exemple !

Rubis est une orpheline de dix ans, particulièrement intrépide et désobéissante. Son hobby, c'est de tester la patience de la police et de sa famille d'accueil. Sauf que sa dernière blague n'est plus du goût de la patrouille qui veut la conduire dans un institut. En chemin, la voiture du shérif est néanmoins au cœur d'une course-poursuite survoltée. En face, nous avons une soucoupe volante - pas moins - qui va cependant disparaître du paysage en emportant Rubis à bord du véhicule de police.

Eh ouais. Même pas 50 pages lues, mais l'action déborde et accroche le lecteur au bouquin. En plus, l'humour ne manque pas et on se surprend à avoir un sourire jusqu'aux oreilles. Rien d'étonnant non plus, puisque l'auteur - Eddie Pittman - a fait ses griffes dans les films d'animation (Mulan, Kuzco, Lilo & Stitch) et la série Phinéas & Ferb. On avait d'ailleurs bien cerné son humour à travers des mimiques, des répliques et des scènes fétiches.

C'est un début de série très prometteur, avec une histoire pleine de perspectives (des monstres en tous genres, des aliens, des planètes inconnues et des paradis perdus). C'est dépaysant, original et distrayant. À tenter. ☺

Rubis & sa clique : Bienvenue au paradis ! d'Eddie Pittman

rue de sèvres, 2018

SÉRIE EN 3 TOMES

 

08/05/18

Captain Mexico, de Guillaume Guéraud

Captain MexicoLe jeune Paco est fasciné par la révolution. Son héros n'est autre que l'illustre Emiliano Zapata. Souvent, avec ses copains, Paco s'amuse à reproduire ses luttes et ses combats contre le dictateur Huerta. Quelle folle ambiance sur la place !
Mais sitôt de retour chez lui, l'ambiance n'est plus à l'effervescence. Quelques beignes par-ci, par-là, Paco apprend à grandir parmi la pauvreté et l'injustice. Sa famille et lui vivent près du Rio Grande, là où la frontière entre le Mexique et les États-Unis s'étire et paraît infranchissable.
Et depuis l'accession au pouvoir du nouveau président américain, Donald Trompette, les rêves des mexicains s'effondrent comme des châteaux de cartes. Toujours plus de gardes, toujours plus de barrières et de murs invincibles...
Quand son père annonce son intention de tenter sa chance, Paco oppose sa résistance - pas envie de s'éloigner des copains. Il faut exister ici et maintenant à Matamoros, faire la révolution et tirer des prisons tous les innocents !
Plus facile à dire qu'à faire... Du moins, c'était avant de dénicher un vieux sombrero aux pouvoirs magiques. Dès que Paco l'enfile sur sa tête, hop, il est englouti par l'immense couvre-chef mais se découvre des talents dignes d'un super-héros. 
¡ Arriba, los muchachos ! Captain Mexico ne craint rien ni personne. Défenseur des opprimés et des oubliés, le jeune agitateur dégaine ses convictions et soulève les foules au grand dam de Donald T., lequel n'a pas dit son dernier mot et convoque sur le champ un guignol en costume moulant à paillettes !

Ah, ah ! L'histoire se lit comme une vaste plaisanterie, mais ne cache pas non plus ses références et ses clins d'œil à l'actualité politique. Même les plus jeunes seront sensibles au message et soutiendront Paco et Captain Mexico au cœur des émeutes contre la tyrannie (et la bêtise, surtout). 
C'est un petit bouquin rigolo et bourré d'action. 
Laser explosif ! Crachat de grenades ! Souffle du cyclone !
Chaud devant ! ☺

daOdac du rouergue / 2018

illustrations de Renaud Farace

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Prince Cradoc au Royaume du Chic, de Robert Paul Weston

Prince cradoc au pays du chicRobert Paul Weston est de retour ! L'auteur de Voyage à Zorgamazoo vient de commettre une nouvelle prose pétulante et poétique en inventant deux royaumes que tout oppose, mais dont la principale obsession semble être l'apparence et le regard des autres. 
D'un côté, au Royaume du Chic, le roi veille à suivre les dernières tendances, à toujours être dans le coup et à respecter la mode prodiguée par la papesse du genre, Miss Ruby de La Rue.
Seulement, notre souverain se désespère d'avoir pour héritière un petit rat de bibliothèque, alias Frannie, princesse en pyjama, toujours le nez plongé dans les bouquins. Les beaux habits, le chic et le glamour, elle s'en moque royalement !
Au point d'agacer son père, qui menace de la répudier.
De l'autre côté de la forêt, se trouve le royaume de Craspec où les sujets sont excentriques à leur façon, en se parant de couches bigarrées et de perruques déglinguées mais en s'imaginant être tout autant audacieux et stylés ! Quelle cacophonie.
Ces deux univers vont donc se croiser lors du grand bal donné par le Royaume du Chic, auquel va se rendre le fraîchement couronné Cradoc. Seulement, son élégance sera incomprise et moquée. Pire, notre jeune ami se sent humilié et veut jeter sa couronne aux orties.
Courant se réfugier dans les bois, il tombe nez-à-nez avec une autre ringarde incomprise. Bingo, une franche amitié se noue. Une délicieuse compréhension se tisse. Une sensation de communion muette voltige dans les airs. Ces deux-là ont une revanche à prendre contre les chicos arrogants !

Les amateurs de pirouettes linguistiques et autres virevoltes inventives vont encore se pâmer à la lecture de cette fable originale et cocasse ! 
Car c'est funkédélique à souhait.
« Cette manie du style... elle vire à l'hystérie !
Seule une chose importe : celle d'avoir le choix.
Chacun met ce qu'il veut, que cela plaise ou pas.

Car la mode, c'est du fun. Mais ce n'est rien de plus.
Elle ne devrait pas - ne doit pas ! - nous miner,
Dans la vie, entre nous, y'a d'autres chats à 
fouetter ! »

seuil jeunesse, 2018 - traduit par Rosalind Elland-Goldsmith

illustration de Mathilde George

 

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07/05/18

Je sens grandir ma peur, de Iain Reid

Je sens grandir ma peurUn jeune couple prend la route pour se rendre à la campagne, où vivent les parents de Jake, dans une ferme isolée. Le paysage est enneigé, les températures sont glaciales.
La jeune fille est silencieuse, paumée. Son histoire avec Jake date d'à peine quelques semaines. Elle a rencontré le garçon dans un pub. Ils ont discuté, plaisanté et ont gardé le contact. Elle connaît Jake, sans fondamentalement être sûre de lui. Il est cultivé, timide et attachant, mais s'enferme aussi dans ses mutismes.
Plus le temps passe, plus elle prend conscience de ne pas trouver sa place. Elle ignore pourquoi elle a accepté de l'accompagner. Elle est inquiète aussi car elle se sent épiée, harcelée par un individu qui lui téléphone ou envoie des messages. Bizarrement, elle n'ose pas se confier à Jake.
De toute façon, l'ambiance dans la voiture diffuse une sensation étrange, mêlée de tension, de suspense et de mystère. C'est très prégnant et cela renvoie un vrai malaise.
Et pourtant, impossible de décrocher. On se sent pris en otage. Happés par ce climat de terreur sourde, par les rares indices lâchés au sujet d'un massacre, on avance à l'aveugle, on frissonne et on reste aux aguets. 
C'est comme se sentir au bord du gouffre, sauf qu'on bascule pour rapidement toucher le fond de l'abîme. On se relève en zigzaguant, pris de vertige. Encore plus désarçonnés et déroutés par ce qu'on découvre.
En gros, c'est un roman hors normes, qui ne laisse pas indifférent, qui soulève beaucoup de questions et qui hante le lecteur bien après avoir tourné la dernière page. La fin est inexplicable, difficile, obscure et abstraite. Une pure torture !

Presses de la Cité, 2018 - Traduit par Valérie Malfoy

Titre VO : I'm Thinking of Ending Things

« Si seulement c'était plus surnaturel. Une histoire de fantômes, par exemple. Quelque chose de fantastique, un produit de l'imagination, même abominable. Ce serait moins terrifiant. Si c'était plus difficile à intégrer ou à admettre, s'il y avait plus de place pour le doute, je serais moins effrayée. Ceci est trop réel. Bien réel. Un homme dangereux animé de mauvaises intentions, d'intentions irréversibles, dans cette grande école vide. C'est ma faute. Je n'aurais jamais dû venir ici. »


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En poche ! Tu ne perds rien pour attendre, de Janis Otsiemi

tu ne perds rien pour attendre

Jean-Marc Ossavou est lieutenant de police à la Sûreté urbaine de Libreville au Gabon. Il pourchasse les voyous, les violeurs, les criminels que la PJ a tendance à oublier, par désœuvrement ou manque de moyens. Lui ne renonce jamais et traque jusqu'au boutisme la réponse aux affaires non résolues.

Un soir, en rentrant chez lui, il croise sur la route une très belle femme, Svetlana, qui vient de terminer son service de serveuse au casino et qui cherche à rentrer chez elle. Notre homme la conduit jusqu'à sa porte, tente de discuter avec elle, mais Svetlana est assez évasive et secrète. Le lendemain, il se présente à nouveau devant sa maison et tombe sur sa mère éplorée de chagrin - sa fille est morte, assassinée deux ans plus tôt. Ne sachant pourquoi son fantôme lui est apparu, Jean-Marc se décide à relancer l'enquête et espère démasquer le coupable impuni. L'affaire est tortueuse, mais notre flic ne lâche rien et n'hésite pas à toquer aux portes verrouillées par l'omerta locale.

J'ai facilement lu ce roman d'une traite, car tout se prête à son bon déroulement - une intrigue passionnante, un cadre exotique fascinant, des crimes bien moches, qui soulignent aussi toute la vulnérabilité des femmes dans cette société gabonaise à deux vitesses. Les personnages sont des baroudeurs au cœur tendre, qui mériteraient de reprendre du service dans le cadre d'une série - du moins, je croise les doigts pour rencarder cette brigade dans de prochaines enquêtes, après tout ? Cette lecture a été une très bonne découverte, à la fois classique et riche en suspense.

POCKET (2018)

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