11/12/09

De grâce et de vérité ~ Jennifer Johnston

10-18, domaine étranger, 2009 - 218 pages - 7,90€
traduit de l'anglais par Anne Damour

de_grace_et_de_veriteSally, comédienne, rentre chez elle à Dublin pour profiter de son congé après une tournée triomphale mais épuisante, c'est alors que son mari Charlie lui annonce qu'il la quitte. Le coeur brisé, elle le met à la porte, se réfugie sous la couette ou s'isole devant son téléviseur à regarder la guerre, comme elle dit. Son voisinage veille sur elle, les enfants bruyants tapent du ballon, une copine lui remonte le moral autour d'un verre de vin, son agent la pousse pour signer un nouveau contrat à New York, sa belle-mère lui remonte les bretelles au téléphone, Sally dit stop.

Aussi, pour faire table rase du passé, elle décide d'affronter monsieur l'évêque, son grand-père, avec qui sa mère était fâchée. Sally souhaite lui tirer les vers du nez, qu'il lui avoue les secrets de famille, à commencer par qui était son père. Sa mère Ruth l'a élevée seule, en lui interdisant toujours de poser trop de questions, ce silence a fini par empoisonner la vie de tous.

Jennifer Johnston est une brillante romancière. Ce que j'apprécie dans ses livres repose dans son ambiance irlandaise, cette fois pas de pub, pas de pluie (ou très peu), pas de solitude avec acharnement du sort, mais bien évidemment une maison dont le charme opère comme un cocooning, un personnage féminin au caractère affirmé, une histoire pas folichonne et encore moins palpitante. A quelques exceptions près, ce sont toujours les mêmes ingrédients et c'est ce que j'aime le plus retrouver. Ce roman, de grâce et de vérité, porte très bien son titre, l'histoire agit tout en séduction, doucement mais sûrement, j'ai aimé son rythme, les personnages qui pourraient en glacer plus d'un, par contre j'ai été un peu rebutée par ce qu'on y apprend à la fin, même si je n'ai pas été surprise non plus, en fait j'ai regretté qu'on bascule aussi inévitablement dans la facilité.
Discutable, donc.

Du même auteur, s'il fallait vous conseiller un titre pour mieux découvrir Jennifer Johnston, je ne peux que vous recommander Petite musique des adieux.

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26/10/09

Nous avons toujours habité le château ~ Shirley Jackson

Christian Bourgeois, 1971 pour la traduction française / Pocket, 1999 - 285 pages.
Shirley Jackson 1962 / titre vo : We have always lived in the Castle.
traduit de l'anglais (USA) par Françoise Maleval et Irène de Cambeur

« Je m’appelle Mary Katherine Blackwood. J’ai dix-huit ans et je vis avec ma soeur Constance. Je me suis souvent dit que j’aurais fort bien pu être un loup-garou, car l’index et le majeur de mes deux mains sont de la même longueur, mais il a fallu que je me contente de mon sort. J’ai horreur de me laver, je déteste les chiens et le bruit. J’aime bien ma soeur Constance, Richard Plantagenet et l’amanite phalloïde. Tous les autres membres de ma famille sont morts.

La dernière fois que j’ai jeté un coup d’oeil aux livres de la bibliothèque municipale alignés sur l’étagère de la cuisine, je me suis rendu compte que la date limite de prêt était dépassée depuis plus de six mois. Je me suis demandé si mon choix aurait été différent si j’avais su alors qu’ils resteraient nos derniers livres et, à jamais, sur l’étagère de notre cuisine. »

***********

nous_avons_toujoursDeux soeurs vivent dans une grande demeure isolée, avec un vieil oncle scotché dans son fauteuil roulant, perdu dans son monde et ses papiers qu'il compulse à longueur de journée. Une étrange atmosphère règne dans la demeure des Blackwood, cela vous frappe aussitôt dès les premières pages. L'aînée, Katherine, surnommée Merricat, se rend deux fois par semaine au village pour les courses et les livres à la bibliothèque. C'est une épreuve pour elle, l'hostilité des villageois est flagrante, les murmures grondent sur son passage et quelques enfants n'hésitent pas à pousser la chansonnette qui fiche la frousse,

Merricat, said Connie, would you like a cup of tea?
Oh no, said Merricat, you'll poison me.
Merricat, said Connie, would you like to go to sleep?
Down in the boneyard ten feet deep!

du thé, du sucre, du poison... peu à peu la petite étincelle voit jour et le lecteur comprend le drame de cette famille. Ou presque.

Constance, la plus jeune, vit recluse chez elle, sous la garde protectrice de sa soeur. D'étranges rumeurs ont couru à son sujet, avec une accusation de crime par empoisonnement. Seul le vieil oncle Julian est là pour témoigner du dernier repas pris avec tous les membres des Blackwood, et des fameuses framboises au sucre. ^~^

Ce n'est pas un roman bien épais, mais il réussit à produire l'effet désiré... distiller le doute, l'angoisse et le malaise. C'est une histoire qui traite de secrets, mais aussi de sorcellerie, de squelettes dans le placard, de maison lugubre... bref, de quoi bien frissonner en tournant les pages et en attendant la fin et sa délivrance. C'est un roman qui réunit les codes du roman gothique, par contre l'aspect terrifiant (comme l'indique le TERREUR de l'édition Pocket) se vérifie dans son ambiance et ses mystères, n'attendez pas de rebondissements qui éclaboussent (de sang) en pleine figure. C'est beaucoup plus latent et tout aussi efficace !

Un dernier mot sur l'auteur : Shirley Jackson est morte à 45 ans. C'était un personnage excentrique et secret (elle mentait sur sa date de naissance) et elle s'était autoproclamée sorcière. Elle a néanmoins été reconnue par la critique anglo-saxonne comme l'un des grands écrivains du XX° siècle avec deux ouvrages fondateurs de la terreur moderne, "Maison hantée" et "La loterie". (Ses écrits ont d'ailleurs inspiré des adaptations cinématographiques.)

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11/09/09

En poche ! #28

***

Julie_et_Julia_de_Julie_PowellJ'avais lu le roman l'an dernier, en mai 2008. Le projet cinématographique était en cours, maintenant c'est chose faite, Julie et Julia

 

*****

en_retard_pour_la_guerreLongtemps annoncé en poche, sans cesse repoussé à une date ultérieure, voici donc le roman de Valérie Zenatti, En retard pour la guerre, ou Ultimatum car je découvre en même temps qu'un film a été adapté par Alain Tasma avec Gaspard Ulliel (hmmm) et Jasmine Trinca. Inconnu au bataillon. Dommage.
Pour le livre, ne passez pas à côté. C'est très, très bon. Amateurs de littérature pour la jeunesse, vous connaissez probablement les livres de Valérie Zenatti. Ce titre pour les grands (marre des classes et des catégories, pardi !) raconte l'histoire d'une étudiante française partie à Jerusalem. Nous sommes en 1991, la guerre n'est pas loin, mais la jeune fille n'est pas stressée. En fait, elle se cherche. Etudes, amours, moi profond... c'est son parcours qu'on suit, dans une ville prête à exploser. Climat chaud, inquiétant, aux trousses d'une demoiselle qui ne craint rien ni personne, si ce n'est l'ombre d'elle-même.
J'avais beaucoup aimé ! Voici mon lien.

en poche, Points / 6 €

*****

les_derniers_indiensEncore un auteur que j'apprécie beaucoup, mais dont l'univers âpre et sans couleur a du mal à séduire de prime abord. Marie-Hélène Lafon est un auteur épatant, depuis son premier roman, Le soir du chien, je n'ai cessé de suivre ses livres, de les apprécier tous plus ou moins, voici un dernier exemple : Les derniers indiens. Ce n'est pas un roman facile, pas une ambiance guillerette, les personnages n'ont pas un charisme dévastateur et l'histoire pourra en déconcerter plus d'un... MAIS il s'agit tout de même de Marie-Hélène Lafon et ça veut tout dire (euh, pour moi !). Je me comprends. Ma lecture, ici.

en poche, Folio / 5 €

son nouveau roman, L'Annonce, est disponible, chez son éditeur buchet chastel.

*****

 

et d'autres romans encore, en cliquant sur les images vous obtiendrez un lien direct vers mes lectures, au sujet de : la première marche d'isabelle minière, mon journal intime de lisa azuelos, la femme de l'allemand de marie sizun, et mon coeur transparent de véronique ovaldé, le premier tome de la communauté du sud par charlaine harris (qui a inspiré la série sulfureuse true blood), this is not a love song de jean-philippe blondel, fleur de glace de kitty sewell :

la_premiere_marche    journal_intime    la_femme_de_lallemand    et_mon_coeur    true_blood    this_is_not_a_love_song    fleur_de_glace

... et d'autres sorties en format poche, à veiller, surveiller, fouiller, chasser, découvrir ! de belles heures de lecture s'offrent à nous !

 

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25/08/09

Dix petits indiens ~ Sherman Alexie

10_18 , 2009 - 276 pages - 7,90€
traduit de l'anglais (USA) par Michel Lederer

dix_petits_indiensJ'aime beaucoup l'écriture de Sherman Alexie, je m'en suis aperçue en lisant son roman pour la jeunesse, Le premier qui pleure a perdu. Depuis, je n'avais pas renouvellé l'expérience même si je m'étais promis de ne pas en rester là. Ainsi, nos retrouvailles ont eu lieu sous le signe d'un recueil de nouvelles, Dix petits indiens. Neuf textes au compteur, pas seulement des petits bouts d'histoire jetés sur le tapis, non, ce sont des récits qui s'installent dans le temps, et qui donnent envie d'en avoir un peu plus, parce que le format de la nouvelle est adéquat pour picorer, mais c'est aussi terriblement frustrant pour qui s'attache et se retrouve le bec dans l'eau quand le point final arrive.
Bref, ce que j'aime chez Sherman Alexie c'est son style alerte, écriture fluide, sans fioritures, un ton humoristique, à la limite du sarcasme, l'auteur a un jugement implacable sur la société, et notamment sur la communauté indienne, il ne baigne pas dans le sentimentalisme et ne joue pas sur la corde sensible, laquelle voudrait qu'on s'apitoie sur ce peuple qui en a bavé dans le passé. Alexie n'y va pas avec le dos de la cuiller, et selon lui l'indien est aussi coupable de son état dépressif, de sa tendance à l'alcoolisme ou sa trop grande facilité à s'apitoyer sur son triste sort. Indien ou blanc, après tout, c'est le même combat pour survivre dans la jungle (hostile et urbaine !).
Comme bon nombre de lecteurs, j'ai beaucoup apprécié le premier texte de ce recueil, Moteur de recherche. C'est l'histoire d'une étudiante d'origine Spokane qui découvre dans les rayons de la bibliothèque universitaire un livre de poésie signé d'un auteur indien, totalement inconnu. Un Spokane ignoré de sa propre communauté ! ? Comment est-ce possible ? Corliss décide de partir à sa recherche. A noter que tous les amoureux des livres et la lecture y savoureront des passages qui leur parleront sans équivoque !
Un petit extrait, en passant, qui explique toute l'histoire de l'identité indienne résumée en quelques lignes : 
« Corliss n'ignorait pas combien les Indiens sont obsédés par l'authenticité. Colonisés, exterminés, exilés, les Indiens avaient forgé leur identité en interrogeant l'identité des autres Indiens. Remplis de haine de soi et de doute, ils avaient fait de leurs tribus des sectes nationalistes. Mais peut-on nous reprocher notre folie ? se demandait Corliss. Nous sommes des gens exilés par d'autres exilés, par des puritains, des pèlerins, des protestants et tous ces autres cinglés de Blancs jetés hors de cette Europe plus cinglée encore. Nous qui étions jadis indigènes en ce pays, nous devons immigrer dans sa culture. »
Ce livre est un bon recueil truffé d'autodérision, de grands éclats et des petitesses attachés à notre société, avec des histoires drôles et dramatiques. J'ai bien aimé !

Sherman Alexie est un magicien de la langue et un virtuose de la narration, annonce Florence Lorrain sur Atout-Livre.

l'avis d'elfe 

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26/07/09

Du vent dans mes mollets ~ Raphaële Moussafir

J'ai Lu, 2009 - 112 pages - 4,20€

du_vent_dans_mes_molletsRachel a neuf ans et doit se rendre chez Mme Trebla, une dame qui parle avec les enfants en faisant des dessins, pour tenter de comprendre pourquoi la demoiselle s'endort tous les soirs sans enlever ses chaussures ni son cartable. La raison, Rachel la connaît, mais c'est une adorable chipie qui aime raconter sa vie avec un humour vif et pétillant. Rachel a une maman étonnante, un peu forte physiquement, la fillette en a honte malgré elle, mais elle adore cette maman qui lui tient tête, qui est fière d'elle, fière de son physique spirituel, comme elle dit, et qui admire sa coupe de cheveux façon petit lord Fauntleroy ou qui refuse d'envoyer un chèque au Club Barbie, parce que c'est risible de vouloir entrer au club des amis d'une fille en plastique avec des cheveux en nylon filasse (prière de ne pas surchauffer la maison afin d'éviter à la meilleure amie de fondre sur un radiateur, s'esclaffe le père). Et pourtant, "il faut laisser aux enfants la liberté d'avoir mauvais goût" soupire la maman. A ceci, la réplique de la gamine fuse : "Parce que c'est moi qui ai mauvais goût ? Alors ça, c'est la meilleure ! Et ça la gêne pas, maman, de mettre des chaussettes en laine dans des mocassins blancs avec sa jupe longue à franges sous prétexte qu'il y a un petit vent frais ?... C'est bien ce que je dis, décidément, les parents heureusement qu'ils filent pas dans leur chambre à chaque fois qu'ils sont à côté de la plaque, parce que sinon, il resterait plus grand monde à table." Futée, la petite Rachel, et dire qu'elle n'a que neuf ans ! (Le même âge que ma fille, d'ailleurs, sauf que je n'ai pas le même spécimen à la maison.)
Rachel a aussi une grande amie, Hortense, sa complice pour les blagues téléphoniques (pauvre Mme Courtecuisses !). Bref, cette lecture cultive un ton qui reste bon enfant. C'est agréable, impertinent, rafraichissant, et les réflexions de la fillette font souvent mouche. On ricane, on ricane. Et progressivement, les rires font place aux larmes, pas dégoulinantes, c'est juste la grande faucheuse qui s'invite sans prévenir, et ça vous coupe les pattes. Comment dire la mort, comment l'expliquer, comment dormir sans se reprocher de ne plus y penser. Toutes questions philosophiques sont mises à part, à vrai dire. Car ce petit bouquin joue son va-tout pour une lecture simple et pleine de vie, et passe en revue des considérations enfantines sans paraître insupportables ou caricaturales. J'ai juste un reproche, c'est beaucoup trop court ! 

A été lu par Lily

Existe aussi en coffret 2 CD audio, texte lu par l'auteur, et ça coûte 15,50€ (à découvrir des extraits sur le site Lire dans le Noir) et en version illustrée par Mamz'elle Roüge aux éditions Intervista pour le prix de 16,50€.

Voilà. :)

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03/07/09

En poche ! #27

Le secret ~ Frédéric Lenoir

« Emilie fut la seule à remarquer que son fils avait dans le regard quelque chose de nouveau, d'indéchiffrable, une lumière impalpable qui lui rappelait ce bonheur intérieur qu'elle-même ressentait lorsqu'elle allait visiter son propre secret. Elle sut que Pierre taisait l'essentiel, mais elle resta silencieuse. »

le_secretPierre Morin est un jeune homme élevé seul par sa mère, garçon atypique car rêveur, secret et pur. Il apprécie davantage être en communion avec la nature, les fleurs, les animaux qu'au milieu des hommes. A part la fille du cafetier, la jolie Pauline, dont il est secrètement amoureux... Un jour, lors d'une chute contre le pied d'un saule pleureur, il perd connaissance, est porté disparu pendant deux jours et est retrouvé dans cette posture, mais avec une lueur étrange et nouvelle dans les yeux. Pierre possède désormais un secret ! Lequel ? Les gens pensent de lui qu'il est simple d'esprit, fou, idiot. Mais lorsqu'il hérite inopinément d'une grande bastide et de plusieurs hectares de terres, il devient aussitôt la coqueluche du village, le nouveau bon parti pour toutes les filles à marier, Pauline compris.

Dans cette histoire qui se passe au coeur d'un village d'un autre siècle, l'auteur dépeint essentiellemnt les cupidités, les avidités et les perfidies qui naissent chez le commun des mortels. La figure de Pierre Morin semble la seule à s'élever au-dessus du lot. Devenu la cible des pires calculs, victime de toutes les bassesses inimaginables chez l'homme, Pierre préserve un secret qui exacerbe les passions. Frédéric Lenoir maîtrise le jeu du début à la fin, mais s'affale aux dernières pages. L'issue apparaît soudainement bien décevante alors que le lecteur avait été tenu en haleine jusque-là. Cela fait l'effet de trouver une mouche dans sa soupe, après de succulentes lampées. Très frustrant, donc.

(lu en février 2006)

Livre de Poche, 4,50€

**********

7 jours à River Falls ~ Alexis Aubenque

7_jours_river_falls

Ce thriller à la sauce américaine a en fait été écrit par un libraire français. L'action se passe dans une petite ville près de Seattle, mettant en scène un shérif, une profileuse et des étudiants de bonne famille, tous très beaux, intelligents et branchés.

Même si personnellement j'ai moyennement accroché à cette lecture, lui trouvant un air de feuilleton sans grande originalité, je peux comprendre qu'il parvienne à séduire un lectorat avide de sensations. A River Falls, les corps de deux étudiantes ont été retrouvés, portant des traces de sévices et autres tortures. Le shérif Logan est assisté d'une profileuse du FBI, Jessica Hurley, qui est aussi son ancienne petite amie. La fin se révèle assez riche en rebondissements.

Un deuxième livre vient de paraître, Un automne à River Falls, avant le troisième opus qui bouclera cette trilogie.

(lu en août 2008)

Livre de Poche, 6,95€

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26/06/09

Goodbye Mister President ~ Danièle Georget

(roman lu en mars 2007 - disponible en poche)

goodbye_mister_presidentNovembre 1963. Fort Worth, Texas.
Un couple s'installe dans une chambre d'hôtel dans une chaleur intenable et moite. Dehors, l'orage menace. Mais il y a aussi des étincelles entre l'homme et la femme, des animosités couvées, prêtes à éclore.
La nuit s'annonce longue, difficile, pleine d'échanges décomposés en 3 parties : grincements, rugissements, chuchotements.
L'homme s'appelle John F. Kennedy. La femme est Jackie Bouvier Kennedy. C'est le Président des Etats-Unis venu à la conquête du Texas récalcitrant, à l'aube de sa nouvelle campagne électorale. Nous sommes à la veille du très fatal 22 novembre.

Ceci n'est nullement un roman biographique et politico-historique, c'est davantage une fiction autour d'un couple qui n'en peut plus de se supporter en silence et qui, sous la contrainte d'un huis-clos forcé, va se parler à coeur ouvert.
John est agacé, il tente d'ébranler la superbe de sa femme, qu'il estime mal-aimée par ses compatriotes, incomprise par le "peuple américain", cantonnée dans son rôle de diva bourgeoise acclamée par la presse européenne et les intellectuels.
Mais John s'aveugle, car il sait l'importance de son épouse pour apaiser les situations. Voilà pourquoi il tient à ce qu'elle l'accompagne dans cette campagne pour briguer un deuxième mandat.
Jackie est impassible, tantôt meurtrie et estomaquée, pourtant elle ne laisse rien deviner. Les tromperies du Président, le clan Kennedy, les magouilles, la politique en général, tout ça l'écoeure et la dépasse. Elle veut divorcer ! Une autre blessure secrète la ronge, mais il faudra du temps pour qu'elle se dévoile. 

  Le Livre de poche, 6,50€

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17/06/09

En poche ! #26 : La pelouse de camomille ~ Mary Wesley

un roman déjà lu et relu, de nouveau disponible en format poche (avec une couverture différente)  la_pelouse_de_camomille

Comme chaque été, les cinq neveux de Richard et d'Helena se retrouvent en Cornouailles. C'est le temps des jeux, de l'insouciance, le goût de toutes les audaces, au bord de la falaise ou sur la pelouse de camomille, sans autre souci que les tourments de l'amour qui vous rongent une jeunesse.
La petite Sophy donnerait sa vie pour Oliver qui, lui, est fou de Calypso, si belle et si lointaine. Elle a toujours juré d'épouser un homme riche sans amour, elle jettera son dévolu sur Hector, politicien ayant le double de son âge. Car pour mieux pimenter cette belle saga familiale, il faut d'office préciser que l'action se passe durant l'été 1939. La guerre va être déclarée et amène un couple de réfugiés juifs, Max et Monika, chez le pasteur du coin. C'est un éminent pianiste, un brin cavaleur et beau parleur. Il va faire chavirer le coeur d'Helena, pourtant mariée mais ennuyée par sa vie recluse auprès de Richard, son second mari unijambiste. Elle partira à Londres, sans crainte des bombardements, vivre une passion tumultueuse auprès de son musicien juif.

C'est bien ce qui est également très surprenant dans ce roman où la trame ne chôme pas, sans cesse rebondissante et étonnante. Ce n'est pas parce que c'est la guerre que nos personnages vont s'endormir sur leurs lauriers, bien au contraire ! "Nous avons tous vécu intensément. Nous avons fait des choses que nous n'aurions jamais faites autrement. Ce fut une période très heureuse. (...) Tout était exacerbé, surtout l'amour."
Effectivement les passions sont ravageuses !

Ce roman n'est pas une bluette sentimentale. Il fourmille plutôt de vivacité, d'esprit, de dialogues mordants, de personnages flamboyants et uniques en leur genre. Mais ils sont à contre-courant de l'image idyllique des êtres parfaits, car ils sont tous fragiles, odieux, égoïstes et héroïques à leurs heures. Et ce, en dépit des circonstances ! Qu'importe les liens du mariage, l'âge, l'enfant à naître, les bombardements ou la guerre, tout simplement !

L'anglaise Mary Wesley nous offre ainsi une lecture passionnante, qui s'inscrit idéalement pour vos vacances (et pas forcément !). En presque 400 pages, jamais la cadence ne s'essouffle. On ne stagne pas durant l'été 1939, le scénario évolue, voyage dans le temps et nous conduit même sans nous y attendre cinquante ans plus tard ! Je crois aussi que le succès de ce livre repose sur le style fringant et truffé de badinage que nous propose l'auteur. J'ai passé des heures de lecture absolument délicieuses ! Je vous conseille vivement de vous y plonger également !

J'ai Lu, 2009 - 382 pages - 6,70€

(roman relu en juillet 2008)

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11/06/09

Eleanor Rigby ~ Douglas Coupland

Les Liz Dunn de ce monde ont tendance à se marier, puis vingt-trois mois après leur mariage et la naissance de leur premier enfant, elles optent pour une coupe de cheveux pratique et plus facile d'entretien qui leur dure toute la vie. Les Liz Dunn prennent des cours de pâtisserie et préféreraient mâchonner des ballons de foot que de priver leurs enfants de muesli. Elles possèdent un vibromasseur, et un fantasme mettant en scène un cow-boy pour accompagner son utilisation. Non, pas un cow-boy - plus un type qui construit des terrasses, d'onéreuses terrasses de designer avec spas multijets intégrés - des types qui consacreraient des heures, si nécessaire, à aider une Liz à trouver la bonne couleur de mastic pour la rénovation du carrelage de la chambre d'amis.
Je ne fais pas honneur à mon nom : je ne suis ni enjouée, ni femme d'intérieur. Je suis morne, maussade et sans amis. J'occupe mes journées à mener un combat permanent pour préserver ma dignité. La solitude est ma malédiction - la malédiction de notre espèce -, c'est l'arme qui tire les balles qui nous font danser sur le plancher d'un saloon et nous humilier devant des inconnus.
D'où vient la solitude ? Je hasarderais que le coup de dés auquel on peut assimiler la famille est loin d'être étranger à tout ça - père alcoolique ; mère agoraphobe ; enfant unique ; cadet ; aîné ; mère enquiquinante ; père qui triche au golf... Et vous, quel est votre héritage familial. Vous êtes là. En train de lire ces lignes. Coincidence ? Vous pensez peut-être que le destin c'est seulement pour les autres. Vous êtes peut-être gêné de lire un livre qui parle de solitude - quelqu'un va peut-être vous surprendre et découvrir alors votre honteux secret. Et d'ailleurs vous n'êtes peut-être même pas certain de savoir ce qu'est la solitude - c'est courant. On handicape nos enfants pour le restant de leurs jours en omettant de leur expliquer ce qu'est la solitude, avec toutes ses nuances, ses tonalités et ses incidences. Quand ça nous tombe sur le coin de l'oeil, généralement juste après avoir quitté le domicile familial, on est totalement pris au dépourvu. On n'a aucune idée de ce qui nous arrive. On croit qu'on est malade, schizoïde, bipolaire, monstrueux, avec en prime une carence en zinc. Il faut attendre d'avoir trente ans pour comprendre ce qui a pompé la joie de notre enfance, qui a transformé notre cerveau en une fournaise hurlante, alors même qu'en apparence on semblait aussi confiant et bronzé qu'un pilote de Qantas Airways. La solitude.

eleanor_rigby

All the lonely people
Where do they all come from ?
All the lonely people
Where do they all belong ?

Célibataire de trente-six ans, Liz Dunn vit seule dans un appartement sans charme. Elle vient de se faire opérer des dents de sagesse et occupe sa semaine de convalescence à regarder des vidéos de films tristes. Sa famille s'inquiéte pour elle alors que Liz fait preuve d'un pragmatisme déconcertant. Elle n'a pas d'amis, et alors ? Ce n'est pas que ça la dérange, c'est plutôt le regard des autres, qui portent sur elle un gros point d'interrogation, qui la rend foncièrement sarcastique.
Jusqu'au jour où elle reçoit un appel téléphonique, Liz fait trois bonds en arrière, se rappelle son voyage scolaire en Europe, à Rome. Elle avait seize ans. Soudain, sa solitude chérie, dans laquelle elle apprécie tant s'envelopper, va être quelque peu bousculée.
S'annonce un roman atypique, à l'humour féroce, hanté par des figures grotesques, pathétiques, touchantes ou extravagantes. J'avoue avoir été souvent perplexe, puis intriguée par ce style. Ce n'est pas ce que je raffole le plus, mais de temps en temps c'est appréciable. Toutefois le roman est parfois déroutant, le cynisme de Liz fait l'effet d'une douche froide à plus d'une occasion, à petites doses ça me fait sourire, en 300 pages on peut friser l'overdose.
J'en suis sortie légèrement étourdie. Certaine d'avoir passé un agréable moment de lecture, et pourtant...

10 / 18 - 2009 - 300 pages - 7,90€
traduit de l'anglais par Christophe Grosdider
   

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25/05/09

En poche ! #25 : La brigade l'Oeil ~ Guillaume Guéraud

roman paru chez le rouergue en collection doAdo noir, en septembre 2007, enfin disponible en poche (je ne trouve pas la couverture très belle)brigade_de_loeil chez folio SF.

Quatrième de couverture 

Rush Island, 2037. La loi Bradbury interdit toutes les images depuis vingt ans sur l'ensemble du territoire. La propagande matraque : «Les photographies sont nocives. Le cinéma rend fou. La télévision est l'opium du peuple.» Les agents de la Brigade de l'OEil, les yeux armés du gouvernement, traquent les terroristes opposés à cette dictature. Brûlent les images encore en circulation et les pupilles de ceux qui en possèdent. Parce qu'un bon citoyen est un citoyen aveugle.

Mon avis... ICI

Ce roman de Guillaume Guéraud est une pure réussite ! Ôde au cinéma, au pouvoir des images, aux messages véhiculés par leur magie et à leur puissance sur les consciences et la mémoire, le livre est en somme une déclamation à garder les yeux ouverts, à ne pas les fermer devant l'endoctrinement et le pouvoir absolu et arbitraire.
Outre le sens incontestable de ce livre, il dégage aussi une incroyable puissance, une frénésie dramatique et émotionnelle. On sent derrière ces lignes toute la vénération de l'auteur pour le style cinématographique, sa plume ici s'y fond à merveille.
De chapitre en chapitre, on suit tour à tour les personnages de Kao et du capitaine Falk. Il est donc facile de deviner que leurs sorts sont liés, implicitement. Par contre, il n'est pas sûr de deviner l'issue, de retenir la fuite en avant et c'est pourquoi le lecteur est happé par cette histoire, hypnotisé et ne lâchant pas une seconde ce livre.
C'est superbe ! Beaucoup d'habileté dans l'intrigue, un sens lapidaire pour la formule qui tranche comme une lame de couteau, des personnages charismatiques et une portée considérable derrière cette histoire ... n'attendez plus !
A partir de 15 ans.

Folio SF, 2009 - 317 pages - 7€

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