11/06/09

Eleanor Rigby ~ Douglas Coupland

Les Liz Dunn de ce monde ont tendance à se marier, puis vingt-trois mois après leur mariage et la naissance de leur premier enfant, elles optent pour une coupe de cheveux pratique et plus facile d'entretien qui leur dure toute la vie. Les Liz Dunn prennent des cours de pâtisserie et préféreraient mâchonner des ballons de foot que de priver leurs enfants de muesli. Elles possèdent un vibromasseur, et un fantasme mettant en scène un cow-boy pour accompagner son utilisation. Non, pas un cow-boy - plus un type qui construit des terrasses, d'onéreuses terrasses de designer avec spas multijets intégrés - des types qui consacreraient des heures, si nécessaire, à aider une Liz à trouver la bonne couleur de mastic pour la rénovation du carrelage de la chambre d'amis.
Je ne fais pas honneur à mon nom : je ne suis ni enjouée, ni femme d'intérieur. Je suis morne, maussade et sans amis. J'occupe mes journées à mener un combat permanent pour préserver ma dignité. La solitude est ma malédiction - la malédiction de notre espèce -, c'est l'arme qui tire les balles qui nous font danser sur le plancher d'un saloon et nous humilier devant des inconnus.
D'où vient la solitude ? Je hasarderais que le coup de dés auquel on peut assimiler la famille est loin d'être étranger à tout ça - père alcoolique ; mère agoraphobe ; enfant unique ; cadet ; aîné ; mère enquiquinante ; père qui triche au golf... Et vous, quel est votre héritage familial. Vous êtes là. En train de lire ces lignes. Coincidence ? Vous pensez peut-être que le destin c'est seulement pour les autres. Vous êtes peut-être gêné de lire un livre qui parle de solitude - quelqu'un va peut-être vous surprendre et découvrir alors votre honteux secret. Et d'ailleurs vous n'êtes peut-être même pas certain de savoir ce qu'est la solitude - c'est courant. On handicape nos enfants pour le restant de leurs jours en omettant de leur expliquer ce qu'est la solitude, avec toutes ses nuances, ses tonalités et ses incidences. Quand ça nous tombe sur le coin de l'oeil, généralement juste après avoir quitté le domicile familial, on est totalement pris au dépourvu. On n'a aucune idée de ce qui nous arrive. On croit qu'on est malade, schizoïde, bipolaire, monstrueux, avec en prime une carence en zinc. Il faut attendre d'avoir trente ans pour comprendre ce qui a pompé la joie de notre enfance, qui a transformé notre cerveau en une fournaise hurlante, alors même qu'en apparence on semblait aussi confiant et bronzé qu'un pilote de Qantas Airways. La solitude.

eleanor_rigby

All the lonely people
Where do they all come from ?
All the lonely people
Where do they all belong ?

Célibataire de trente-six ans, Liz Dunn vit seule dans un appartement sans charme. Elle vient de se faire opérer des dents de sagesse et occupe sa semaine de convalescence à regarder des vidéos de films tristes. Sa famille s'inquiéte pour elle alors que Liz fait preuve d'un pragmatisme déconcertant. Elle n'a pas d'amis, et alors ? Ce n'est pas que ça la dérange, c'est plutôt le regard des autres, qui portent sur elle un gros point d'interrogation, qui la rend foncièrement sarcastique.
Jusqu'au jour où elle reçoit un appel téléphonique, Liz fait trois bonds en arrière, se rappelle son voyage scolaire en Europe, à Rome. Elle avait seize ans. Soudain, sa solitude chérie, dans laquelle elle apprécie tant s'envelopper, va être quelque peu bousculée.
S'annonce un roman atypique, à l'humour féroce, hanté par des figures grotesques, pathétiques, touchantes ou extravagantes. J'avoue avoir été souvent perplexe, puis intriguée par ce style. Ce n'est pas ce que je raffole le plus, mais de temps en temps c'est appréciable. Toutefois le roman est parfois déroutant, le cynisme de Liz fait l'effet d'une douche froide à plus d'une occasion, à petites doses ça me fait sourire, en 300 pages on peut friser l'overdose.
J'en suis sortie légèrement étourdie. Certaine d'avoir passé un agréable moment de lecture, et pourtant...

10 / 18 - 2009 - 300 pages - 7,90€
traduit de l'anglais par Christophe Grosdider
   

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25/05/09

En poche ! #25 : La brigade l'Oeil ~ Guillaume Guéraud

roman paru chez le rouergue en collection doAdo noir, en septembre 2007, enfin disponible en poche (je ne trouve pas la couverture très belle)brigade_de_loeil chez folio SF.

Quatrième de couverture 

Rush Island, 2037. La loi Bradbury interdit toutes les images depuis vingt ans sur l'ensemble du territoire. La propagande matraque : «Les photographies sont nocives. Le cinéma rend fou. La télévision est l'opium du peuple.» Les agents de la Brigade de l'OEil, les yeux armés du gouvernement, traquent les terroristes opposés à cette dictature. Brûlent les images encore en circulation et les pupilles de ceux qui en possèdent. Parce qu'un bon citoyen est un citoyen aveugle.

Mon avis... ICI

Ce roman de Guillaume Guéraud est une pure réussite ! Ôde au cinéma, au pouvoir des images, aux messages véhiculés par leur magie et à leur puissance sur les consciences et la mémoire, le livre est en somme une déclamation à garder les yeux ouverts, à ne pas les fermer devant l'endoctrinement et le pouvoir absolu et arbitraire.
Outre le sens incontestable de ce livre, il dégage aussi une incroyable puissance, une frénésie dramatique et émotionnelle. On sent derrière ces lignes toute la vénération de l'auteur pour le style cinématographique, sa plume ici s'y fond à merveille.
De chapitre en chapitre, on suit tour à tour les personnages de Kao et du capitaine Falk. Il est donc facile de deviner que leurs sorts sont liés, implicitement. Par contre, il n'est pas sûr de deviner l'issue, de retenir la fuite en avant et c'est pourquoi le lecteur est happé par cette histoire, hypnotisé et ne lâchant pas une seconde ce livre.
C'est superbe ! Beaucoup d'habileté dans l'intrigue, un sens lapidaire pour la formule qui tranche comme une lame de couteau, des personnages charismatiques et une portée considérable derrière cette histoire ... n'attendez plus !
A partir de 15 ans.

Folio SF, 2009 - 317 pages - 7€

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La noce d'Anna ~ Nathacha Appanah

enfin disponible en poche noce_d_anna

Pourquoi j'ai tout personnellement aimé ce roman ? Car je me suis sentie toute concernée par ce portrait de maman, qui regarde sa fille se marier. Se rappelant l'enfant blonde et rieuse devenir une jeune femme plus modérée, Sonia se demande pourquoi sa fille finalement lui ressemble si peu. Il y a au fond d'elle une envie de bousculer son enfant, de vouloir la placer dans un autre cadre, plus semblable à ses idéaux. Se marier en rouge, les cheveux au vent, un hibiscus derrière l'oreille, les pieds nus.. pourquoi pas ? Mais Anna, elle, trouve ça "ridicule". Etre mère et le devenir, ce roman pose toutes les questions délicates. Etre fille, assumer sa propre identité, couper le cordon, c'est une autre problématique. "La noce d'Anna" m'a renvoyé un portrait de maman que je risque d'être, de devenir, que je suis peut-être déjà...  Car je me suis aussitôt sentie dans la peau de Sonia, je me suis vue dans cette noce, actrice indépendante ou spectatrice malgré elle, regardant ma fille poudrée de blanc, les lèvres rouge carmin, la trouvant belle mais si loin de moi... Je me suis plongée dans ce livre avec un vrai bonheur, j'ai purement et simplement aimé.  La journée apporte à Sonia beaucoup de réponses à toutes ses questions, la berce à force d'introspection et de regards vers un passé libérateur. Je n'ai plus de mots pour évoquer mon enthousiasme, déjà fort éloquent avec Blue Bay Palace, son deuxième roman. Tout bonnement, j'ai adoré.

Quatrième de couverture

« Aujourd'hui je marie ma fille, je laisserai de côté mes pensées de vieille folle, je serai comme elle aime que je sois : digne, bien coiffée, bien maquillée, souriante, prête à des conversations que je suivrai avec un enthousiasme feint et qui ne me laisseront aucun souvenir, parée pour butiner d'invité en invitée, mère parfaite que je serai aujourd'hui. »

Pendant la noce d'Anna, sa mère se souvient. De la jeune femme qu'elle a été, si différente de sa fille, de ses dix-huit ans, de sa liaison, brève et passionnée, avec Matthew rencontré à Londres, de son retour à Paris, seule et enceinte. Au fil de cette journée les souvenirs resurgissent accompagnés de regrets, d'espoirs et d'envies ; parce qu'elle en a encore, des envies, cette femme célibataire qui marie sa fille...

La noce d'Anna, par Nathacha Appanah
Folio, 2009 - 192 pages - 5,50€

Mon avis ICI

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02/04/09

En poche ! #24 : Le mec de la tombe d'à côté

« Méfiez-vous de moi !
Seule et déçue, je suis une femme dont la vie sentimentale n'est pas très orthodoxe, de toute évidence. Qui sait ce qui pourrait me passer par la tête à la prochaine lune ?
Vous avez quand même lu Stephen King ?
Juste là, je suis devant la tombe de mon mari, assise sur un banc de cimetière vert bouteille lustré par des générations de fesses, en train de me monter la tête contre sa dalle funéraire.
»

le_mec_de_la_tombe

Désirée a 35 ans, elle est trop jeune pour être veuve. Benny en a 36, il est célibataire et agriculteur. Tous deux se rencontrent au cimetière, ils sont assis sur le même banc et c'est sur un délicieux malentendu que commence leur histoire. Il a suffi d'un sourire, mais pas n'importe lequel..., pour que Désirée et Benny tombent dans les bras l'un de l'autre. Et ainsi naît une passion dévorante.

Ce roman a tout pour lui : il est romantique, fou, actuel, coquin, humoristique, cocasse et virtuose ! Il parle d'amour, mais aussi de la difficulté des couples à accorder leurs violons, grâce à des personnages mémorables et adorables (Désirée est bibliothécaire, citadine, indépendante et cultivée ; Benny travaille la terre, s'occupe de ses vaches, il vit dans la maison de ses parents, qui est vieillotte, sale et en pleine campagne, et il lit un livre par an).

Et malgré tout, c'est une histoire d'amour, une vraie, qu'on va suivre. Avec les bons moments et les versants glissants. Rien de sérieux, du genre prise de tête ! Et pas trop de miel, ni de clichés écoeurants. Non, c'est franchement drôle. Simple. Un vrai coup de coeur.

ENFIN DISPONIBLE EN POCHE !!!!

Le mec de la tombe d'à côté, Katarina Mazetti

Babel, 2009 - 254 pages - 7,50€

roman traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus

*****

Mon coup de coeur de l'année 2006 : j'en parlais ICI !

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31/03/09

En poche ! #23 : La ferme du crime

 

ferme_du_crime_pocheEn 1950, en Bavière, dans le village de Tannöd, Barbara, son père, sa mère et ses deux enfants sont retrouvés assassinés dans la ferme familiale. Que s'est-il passé ? 

Dans un climat froid, une mise en scène implacable et avec un suspense redoutable, le livre se présente comme une succession de témoignages - instituteur, curé, voisin... - jusqu'au dénouement final. Impossible d'échapper à l'engrenage, qui emprisonne le lecteur au coeur de cette tragédie en huis-clos, où sommeillent histoires de famille et secrets inavouables.

Un vrai roman noir. A ne pas louper !   

J'en parlais ICI !

La ferme du crime, d'Andrea Maria Schenkel
Babel Noir, 2009 - 128 pages - 6,50€
traduit de l'allemand par Stéphanie Lux

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27/03/09

Les domestiques ~ Michael Marshall Smith

les_domestiquesMark ne s'entend pas avec son beau-père David, il ne supporte pas son air supérieur, sa manie de vouloir tout contrôler. Depuis son remariage, sa mère est tombée malade et elle ne sort pratiquement plus de la maison. Ils viennent d'emménager à Brighton dans une demeure bourgeoise où se trouve, dans un appartement au sous-sol, une vieille dame très discrète.
Comme Mark s'enfuit de plus en plus de la maison, pour faire du skate ou pour prendre un bol d'air car il étouffe, il fait la connaissance de cette mamie qui l'accueille dans son modeste chez-elle. Là, elle lui montre une clef qui ouvre une porte donnant accès sur un couloir où on a le sentiment de remonter le temps. On pénètre dans les anciens quartiers des domestiques, on y découvre les cuisines, les appartements du majordome ou de la gouvernante. L'ensemble est vide, gris, froid et abandonné.
Mark ne doit en parler à personne, la vieille dame y tient. L'adolescent joue le jeu, fait son crâneur de savoir quelque chose qu'ignore David. D'ailleurs, entre eux, le ton durcit et le garçon s'enfuit de chez lui. Il se réfugie chez sa voisine du dessous, boit son thé et mange des petits gâteaux, puis s'endort. Réveillé en sursaut, Mark ressent l'envie de retourner seul dans le passage fermé à clef et profite du sommeil de la vieille dame pour s'y faufiler, et là...

Une si belle couverture ne pouvait augurer qu'une belle invitation, non ?
Malheureusement j'ai été plutôt déçue par ce roman. L'histoire est longue à se mettre en place, la première partie s'éternise sur 100 pages et nous fait suivre l'adolescent qui se heurte avec son beau-père, qui regrette Londres et le temps où sa mère était heureuse et pleine de vie. Pas trop de nouvelles sur le père. Le garçon passe son temps à râler, aller et venir entre chez lui, l'extérieur, et ses trop brèves rencontres avec la vieille dame. Le mystère est distillé au compte-gouttes. 
Je me suis longtemps posée des questions sur ce roman, à quand les premiers frémissements, à quand un début d'action, n'est-il point rangé dans la catégorie sf-fantasy ? Même si je suis novice, j'ai cru comprendre que l'auteur était une pointure !
Hélas ce roman est plat. Il y a quelques éléments fantastiques pour émoustiller l'intrigue, mais c'est tellement long à venir (malheureusement, lorsque cela survient, c'est fugace, léger, même pas le temps de s'en apercevoir !), et cela ne crée aucun frisson. La fin est trop vite expédiée, la 'résolution' du problème absolument aberrante, pour ne pas dire obscure et incompréhensible.
Non, j'ai franchement eu le sentiment d'avoir lu un livre qui parle de l'adolescence, des conflits avec le beau-père et la maladie d'un proche. On ne retient que ça ! Il reste ensuite très peu de place ou de temps pour évoquer les fantômes, l'étrange petite mamie et ses gâteaux délicieux, et puis ce climat à Brighton, assez préoccupant, ou la maison et son architecture qui méritait d'être décortiquée et exploitée. Je ne sais pas, il y avait des tas de pistes pour nous servir un repas copieux.
En quatrième de couverture, il est écrit : Les Domestiques est un magnifique roman, une fable poignante qui marque le retour d'un écrivain d'exception.
Han-han. Ne vous attendez pas au chef d'oeuvre non plus !

Bragelonne, coll. Milady, 2009 - 286 pages - 6€ 

(version courte)

Fraîchement installé à Brighton, dans une maison qui appartient au nouveau mari de sa mère, Mark entre en conflit direct avec son beau-père et passe de plus en plus de temps à l'extérieur, rencontrant par la même occasion la vieille dame qui habite l'appartement du sous-sol. Un jour, elle l'invite chez elle et lui révèle un secret derrière une porte fermée à clef. On y découvre les quartiers des domestiques, le cadre d'une époque révolue, tout semble abandonné et décati, et pourtant...

Point de suspense dans ce roman. L'intrigue est relativement faible, les personnages manquent de charisme. On assiste davantage à un roman qui traite de la crise de l'adolescence, un gamin qui se heurte avec son beau-père et qui est confronté à la maladie de sa mère, il va trouver dans le monde secret de la mamie du dessous une solution pour résoudre ses problèmes, du moins je le pense, car il faut peut-être voir dans ce roman une parabole qui me dépasse.
J'ai été moyennement emballée par cette histoire, que j'ai trouvée très lente à se mettre en place. Même si l'auteur est une pointure dans le milieu fantastique, il ne nous offre pas un modèle du genre avec ce court roman. Soit, quelques fantômes apparaissent... mais trop brièvement. Pas le temps de s'attacher, ni de comprendre. Trois p'tits tours, et puis s'en va.
Dommage. J'aimais beaucoup la couverture, qui invitait à l'évasion et au mystère.

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26/03/09

L'office des vivants ~ Claudie Gallay

office_des_vivantsIl règne dans cette maison en haut de la montagne une atmosphère de vide - vide affectif, vide matériel, vide intellectuel. Le Père est bourru, il travaille quand ça lui chante, s'occupe des bêtes et de la terre, mais ne ramène pas souvent le pain pour nourrir les bouches. La Mère le maudit de l'avoir engrossée une troisième fois, elle se porte mal et doit rester alitée.
Marc et Simone sont deux gosses que rien ne bouleverse, ils roulent leur bosse, jouent dans la cour, ne se lavent pas souvent, ont des poux dans les cheveux, parfois ils se rendent à l'école, quand le temps le permet, la route est longue et le climat sec et glacial.
Pas loin, il y a aussi le grand-père qui passe son temps à sucer ses pastilles et la grand-mère Coche qui est avare comme un rat. Pas facile de lui soutirer une tranche de pain nappée de confiture !
Tout se mérite dans cette vie étriquée.
Un jour, un bébé est déposé sur le pas de la porte. C'est la petite de Mado, qui était fille de ferme et qui a fait perdre la tête au Père. Un matin elle est partie avec les économies de la famille, elle n'est plus jamais revenue. Elle a déposé un cadeau quelques mois après, et c'est comme ça que Manue a fait son entrée.
La gamine n'est pas du tout désirée dans ce foyer. Seul Marc s'est épris de l'enfant, il veille sur elle, coiffe sa chevelure de sauvageonne et s'est juré de la protéger pour l'emmener loin de cette misère quand ils seront grands.

A lire comme ça, on pourrait croire que ce roman est poisseux, écoeurant, limite insoutenable. Mais non ! Claudie Gallay sait soutenir notre regard, elle raconte son histoire sans ambages, son écriture âpre et dépourvue d'artifices donne lieu à un miracle. Elle évoque une misère affective, des personnages cabossés et laids, un environnement qui écarte la tendresse, et encore... l'amour tente de percer, de façon brutale, mal embouchée ou impuissante. Car ce roman reste gris, froid, implacable.
On dit de cette famille qu'elle a le mauvais oeil, et qu'elle récolte ce qu'elle sème. Et pourtant, en tant que lecteur, on se sent incapable de ressentir le moindre accablement, la plus petite compassion ou l'idée de jugement. On n'est pas épargné pour autant, ça cogne, ça fait mal mais c'est si bien écrit qu'on ne décroche pas.
Il s'agit du tout premier roman de Claudie Gallay, publié aux éditions du Rouergue en 2001. Il était indisponible depuis longtemps, cela me trottait de le lire, surtout que Laure m'avait donné envie ... la patience est enfin récompensée : sortie en poche, chez Babel. A ne pas louper !
Et j'aime beaucoup la couverture ! En vrai, elle est encore plus bouleversante.

Babel, 2009 - 224 pages - 7,50€

l'avis de Pagesàpages

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09/03/09

Chocolat amer - Laura Esquivel

Roman-feuilleton où l'on trouvera des recettes, des histoires d'amour et des remèdes de bonne femme.

51rBTnBB8bL__SS500_Au Mexique, dans une ferme située en plein désert, vit une femme, Mama Elena, avec ses trois filles. La benjamine, Tita, est tombée amoureuse de Pedro, mais sa mère rompt les fiançailles, sous prétexte d'une tradition familiale qui veut que la plus jeune fille doit se sacrifier pour veiller sur sa mère jusqu'à sa mort. A la place, Mama Elena donne la main de sa deuxième fille, Rosaura. Pedro accepte de se marier, ce qui brise le coeur de Tita. Le jour des noces, elle apprend qu'il a agi ainsi pour rester proche de sa bien-aimée, car c'est elle, Tita, qu'il aime et nulle autre.
Mama Elena n'est pas dupe de cette passion entre les deux amants maudits, elle fait tout pour les éloigner. Tita est confinée en cuisine, non pas contre son gré, car la jeune fille a hérité d'un vrai talent, transmis par sa vieille nourrice indienne, Nacha. Elle sent les aliments, leur communique ses émotions, aussi n'est-il pas surprenant de voir Pedro succomber à ses plats et être ensorcelé par cette magie culinaire. « Tita s'insinuait dans le corps de Pedro, voluptueuse, aromatique, chaude, sensuelle. » Les plans de Mama Elena, tyrannique et sans coeur, sont déjoués mais sa colère est décuplée.

A coup sûr, ce roman offre un festival de couleurs, d'odeurs, de sensations. Les recettes de cuisine y sont très importantes, totalement fondues dans l'histoire. L'intrigue pourrait paraître sentimentale - l'histoire d'un amour impossible, et également une chronique familiale, sur fond de guerre civile. J'ai particulièrement trouvé qu'elle était enlevée, chatoyante et pleine de rebondissements. En clair, j'ai adoré ! Le dernier chapitre crée un vraie surprise, qui aurait pu gâcher mon plaisir. En fait, et pour mieux comprendre, ce roman est empreint d'un réalisme magique, ce qui le rend parfois exubérant, détaché du réel et mille fois exaltant (ou exalté).
Au final, un seul adjectif se dégage pour qualifier ce roman : savoureux !

Folio, 2009 - 246 pages - 6,50€
Traduit du l'espagnol (Mexique) par Eduardo Jimenez et Jacques Rémy-Zéphir. Traduction révisée.
Préalablement édité par Robert Laffont, en 1991.

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coeur_cousuJ'en profite pour rappeler la sortie en poche du roman de Carole Martinez, Le Coeur Cousu.
Un roman farouche et flamboyant, qui raconte une fresque familiale dans l'Espagne des années 30. Au centre, Soledad raconte l'histoire de sa mère, Frasquita, qui a hérité des dons de guérisseuse de sa propre mère. Chacun de ses six enfants possède lui aussi un don surnaturel. Le destin va les entraîner dans des aventures qui les conduiront, après une traversée d'Espagne, jusqu'au Maroc.
J'en parlais longuement ici.

Folio, 2009 - 440 pages - 8,10€ 

05/03/09

A marée basse - En poche ! #22

Voici un roman enfin disponible en poche et que je vous recommande fortement !

A marée basse - Jim Lynch 

51X_2BnNCczcL__SS500_Miles O'Malley, 13 ans, sort souvent de chez lui en secret pour explorer les eaux de la baie de Puget Sound (Washington). Une nuit, à marée basse, il découvre un calmar géant échoué dans la vase, puis, quelques jours plus tard, un ragfish en piteux état. Ces deux découvertes extraordinaires s'accompagnent d'autres phénomènes étranges. Le garçon va avoir bien du mal à gérer sa soudaine popularité. Miles est un gamin banal, qui souffre de sa petite taille et qui dévore les livres parlant de biologie marine. C'est un fan absolu de l'auteur Rachel Carson. Il est aussi fou amoureux de son ancienne babysitter, Angie Stegner, la fille du Juge, qu'il souhaite conquérir grâce à ses histoires. Son meilleur ami s'appelle Phelps, et ensemble il vont vivre un été hors du commun.

Car la presse arrive avec ses gros sabots, mais le garçon a plutôt envie de fuir. Il a d'autres préoccupations en tête, comme le divorce de ses parents, les chutes libres d'Angie, la santé fragile de Florence. Cette dernière est une vieille médium qui perd un peu la boule, elle vit seule dans son bungalow qui sent la mer, elle n'a plus que quelques jours à vivre, et Miles l'aime beaucoup et souhaite l'aider du mieux qu'il peut. Avec son mètre 47 et sa peau rougie par le soleil, Miles aimerait toutefois redevenir un petit garçon anonyme, et non plus ce pseudo Messie qui percevrait les choses et entendrait la mer lui annoncer d'autres faits anormaux. Cet été chargé en événements commence à devenir interminable, c'est trop pour un petit bonhomme !

J'ai adoré ce roman. Dès la première page ouverte, j'ai su, instinctivement, que j'allais aimer et ne plus décrocher. C'est difficile à expliquer, mais il s'est passé un déclic... A marée basse est un roman initiatique, doublé d'une grande profondeur poétique, qui se lit en toute simplicité et avec beaucoup de plaisir. On passe du rire aux larmes tout au long des 360 pages, et on en sort avec un sourire béat tellement la plénitude s'accroche aux mots de Jim Lynch. Ne loupez pas ce beau roman !

(roman lu en mars 2008)

Livre de Poche, 2009 - 350 pages - 6,50€
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch

Éditeur d’origine : Editions des Deux Terres 

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22/02/09

Loin - En poche ! #21

Loin, Victoria Lancelotta

9782264046666R1Un soir dans un bar, Martha rencontre Edward avec qui elle dit oui à tout et tout de suite. Toutefois Martha fausse le jeu : elle boit, elle le suit sans protester et ne prétend finalement pas être elle-même. Ne rien dire du fond de ses pensées. Aussi, quand elle quitte Baltimore pour une petite ville en Floride, elle part sans dire au revoir. Accord tacite (selon elle). Quelques temps après, Martha apprend qu'Edward sort avec Carly, sa soeur cadette. Cette nouvelle réveille des fêlures, datant depuis l'enfance et l'adolescence, et qui pourraient expliquer ces fuites en avant. Martha, enfin seule, repue de cet isolement, veut démêler le vrai du faux, comprendre ce qui cloche chez elle.
A force d'affirmer qu'elle n'attendait rien de lui, qu'elle avait coutume de dire trop facilement oui à tout, qu'elle était constamment insatisfaite, Martha doit admettre qu'une mécanique secrète est en panne. Pourquoi les autres, et pas elle ? Pourquoi les mêmes qui ont trente ans se marient, vivent en lotissement dans une banlieue cossue, mais toujours pas elle ? Il faut dire, aussi, qu'il n'y a pas ce désir, non aucun désir chez elle, d'y parvenir un tant soit peu.
Pour comprendre davantage Martha, il faut donc aller plus "Loin". C'est ce que suggère l'auteur Victoria Lancelotta dans ce premier roman serré, exigeant et riche de subtilités. Il y a aussi une part du désir chez cette jeune femme, juste suggérée pour ne pas le décrire en termes graveleux, comme pourrait le supposer son comportement. Martha est étrange et inquiétante. Mais c'est tout de même une histoire mélancolique et amère qu'elle raconte, avec un froid cynisme et un humour presque vain. Elle nous le sert sur un plateau, c'est comme ça, pas autrement, acceptez-le ou non. Moi j'ai été scotchée.
Victoria Lancelotta est aussi l'auteur d'un recueil de nouvelles, En ce bas monde (publié chez Phébus et 10-18), acclamé par la critique, qui n'hésite pas à la comparer à Raymond Carver ou encore à Kaye Gibbons. C'est un auteur américain que j'apprécie beaucoup ! Une vraie découverte.

(Roman lu en décembre 2005)

Phébus, 2004 /  10-18, 2009 - 288 pages - 7,90€
traduit de l'anglais (USA) par Bruno Boudard

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