10/05/08

(Lire et relire Le corps de Liane) En poche ! #15

le_corps_de_liane« T’es sûre d’être une fille, toi?
– Hein ? marmonna Roselyne en déchaussant ses tennis dans le vestiaire du gymnase.
– Est-ce que tu es sûre d’être une fille? répéta Liane en forçant la voix comme si Roselyne était sourde. […]
– Bah oui! Pourquoi? T’es pas sûre, toi?
– Non.
– Comment ça se fait, que t’es pas sûre comme ça? s’inquiéta Roselyne.
– Je sais pas.
– C’est embêtant. Je vais y penser. Parce que c’est pas normal que tu sois pas sûre d’être une fille. Y faut être sûre!
– Pourquoi il faut?
– Parce qu’y faut », répondit Roselyne, catégorique.

Ce n'est pas parce qu'on grandit parmi des femmes qu'on se sent forcément plus femme ! C'est le cas pour la petite Liane, âgée d'à peine 10 ans, qui vit seule auprès de sa mère Christine, sans rien savoir de son père. La même situation s'était produite pour la grand-mère Huguette, qui coule ses beaux jours à jardiner en Bretagne, où toute la troupe s'y retrouve chaque été. Dans la famille, on n'aime pas trop les hommes, on ne leur concède pas une place de choix. On n'en parle pas des heures non plus, on n'étale aucun souvenir, juste quelques vagues, et on s'interroge sur cet étrange enfant qu'est Liane, qui pose trop de questions, rédige des listes dans ses carnets et craint de vomir en classe.
Un jour, elle rencontre Roselyne qui deviendra sa meilleure amie. Roselyne n'a pas une mère idéale, plutôt revêche, mais  la jeune fille n'en conserve pas moins un étonnant optimisme, de la douceur et de la gentillesse. Très vite, elle trouve sa place chez Liane, un foyer atypique et chaleureux, où viendra se greffer Eva, une jeune femme de ménage, un peu étourdie mais belle comme c'est pas permis. Elle aussi vit seule avec sa fillette, Armelle. Pas loin de cette tribu de femmes, il y a en marge l'épicier algérien dont le fils va en classe avec Liane et Roselyne.
Bref, que dire sans trop en dévoiler ?
"Le corps de Liane" figure, à mon goût, parmi ces lectures "sucre d'orge" où le plaisir ressenti s'étend en longueur, pas systématiquement à la première phrase, car c'est sur la durée qu'il dégaine une petite musique qui s'accroche à l'oreille. C'est une lecture bienfaisante, une lecture qui donne du bonheur (comme "Ensemble c'est tout" d'Anna Gavalda ou "Mangez-moi" d'Agnès Desarthe).
Après un conte enchanteur et enchanté (cf. Le musée de la sirène), Cypora Petitjean-Cerf continue d'émerveiller avec cette histoire sur la féminité et l'amour, où elle démontre avec élégance et sans maniérisme l'étendue de ces deux pôles qu'on cherche toutes à atteindre. Ce n'est pas rien si ce livre est dédié "aux mères et à leurs filles", car Huguette, Christine et Liane rassemblent en trois générations les affres de leurs conditions liées à leur sexe. Les personnages de Roselyne, Eva, Armelle et Lamia viennent apporter à leur façon une bouffée de fraîcheur qui perpétue le ravissement. C'est beau, c'est attachant. Au départ, elles sont toutes paumées, songeuses et s'isolent sans trop en dire, puis la richesse du roman viendra les confronter à s'ouvrir et se dire "des beautés". Il y a un superbe message dans ce roman, sur l'espoir, sur l'envie et ça vous donne un sourire jusqu'aux oreilles.
De belles lectures comme ça, personnellement je trouve que ça fait du bien et qu'on en a besoin de nos jours ! A recommander, chaudement !!!

Le corps de Liane, Cypora Petitjean-Cerf

Ldp, 320 pages - 6,50€

date de parution : 30 avril 2008.

D'autres avis : Laure, Cuné, Maylany, Lilly...

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01/03/08

Le joli mois de mars (bis) ! En poche ! #14

Parmi les autres nouveautés dans la pochothèque, il faut noter ...

  • Dans l'or du temps, de Claudie Gallay (Babel) : C'est l'histoire d'une famille qui passe ses vacances d'été sur la côte normande. Tranquillement. Un jour l'homme fait la rencontre d'une vieille dame, Alice, qui habite une belle et dans_l_or_du_tempsgrande maison non loin de là. Un peu mystérieuse, Alice accueille les allers et venues de l'homme parfois sèchement, parfois dans le silence, mais toujours avec courtoisie. Une passion va les unir, celle de la culture des indiens Hopi. Car dans les années 40, Alice et son père ont parcouru le désert d'Arizona et fait l'acquisition de bien étranges masques et statuettes. Elle lui raconte toute cette histoire, aussi celle d'André Breton, également réfugié aux Etats-Unis à la même époque. Merveilleuse écriture que celle de Claudie Gallay, déja relevée dans son précédent roman Seule Venise. Il faut découvrir cet écrivain, c'est un univers à part, qui se renouvelle sans cesse. Ici, ce sont des vacances qui ont le goût sâlé des larmes, de la vieillesse et de la mort. Le roman est complètement déboussolant, bouleversant servi par un titre qu'on doit à Breton lui-même...

  • Le théâtre des rêves, de Bernard Foglino (10-18) : Baptiste Flamini, le narrateur, aide les collectionneurs à theatre_des_revesdénicher les perles rares. Il réunit les articles les plus saugrenus, mais une mission d'abord anodine va finalement le conduire à explorer des zones fort sombres, voir redoutables. Flamini devra fouiller plus loin qu'il ne le pensait. Entre le Paris 9ème et quelque part en Normandie, près de Sainte-Mère-Eglise, l'histoire mêle les rencontres depuis un mage, un esprit africain, et un ancien commentateur sportif qui oeuvre dans le lieu-dit sacré, le Théâtre des Rêves, un bistro d'aficionados de football - celui de l'âge d'or, c'est-à-dire tout ce qui s'est passé avant 1970. "Le théâtre des rêves" est le premier roman de Bernard Foglino et crée une bien agréable surprise : le ton général est enchanteur, il balance le lecteur dans des contrées fantaisistes. Le genre est à la fois policier, risque-tout et gouailleur. Le héros partage son quotidien entre un écrivain manchot et un travesti tordu - jolie palette de personnages ! Enquête captivante + personnages déconcertants = un ensemble tout bonnement jubilatoire. A tenter.

  • Babel Noir ressort de ses tiroirs deux romans de Michèle Lesbre : Que la nuit demeure & Une simple chute . Avis aux amateurs ! (Je pense à Lily et Amanda ...)

  • Dickens, barbe à papa : Et autres nourritures délectables, de Philippe Delerm (Folio) : Toujours dans ce livre il est question de petits textes, d'instantanés de l'existence, centrés essentiellement autour des plaisirs de la nodickens_barbe_a_papaurriture, des sensations du boire, du manger et du plaisir des livres ! Si vous appréciez les plaisirs simples, les plaisirs des papilles, les mots coulants, sans ronds-de-jambe ni révérences, eh bien fondez dans ce recueil. Chaque séquence apporte une satisfaction toute personnelle, même si la qualité de certains est décevante par rapport à d'autres, beaucoup plus aboutis, recherchés. Toutefois Philippe Delerm nous pond lui aussi des "nourritures délectables", du genre : "C'est l'envie des autres qu'on envie" ou "Quelle image de soi faut-il donner sur table basse ?", et j'en passe ... "On dévore les livres, ou bien les livres vous dévorent. C'est une drogue effrayante et douce, un séduisant voyage. On peut aussi manger la vie. Alors plus tard, peut-être, on en fera des livres." -

  • L'histoire de l'amour, de Nicole Krauss (Folio) : Oui, c'est un roman qui parle d'amour, assez fou d'ailleurs. C'est histoire_de_l_amourun livre entier sur le sentiment amoureux, sur le droit à la mémoire, à la fidélité au-delà de la mort, au respect de la création littéraire. Ce roman de la new-yorkaise Nicole Krauss est écrit avec une maîtrise étourdissante, il est dense, foisonnant, respectueux et d'une très grande élégance. C'est un roman puissant et intelligent, qui ne perd jamais le fil de son histoire et qui repêche son lecteur en toute simplicité. Et hop qu'il nous emmène du côté de la Shoah, à New-York, en Israël ou au Chili, dans le coeur d'une adolescente ou d'un vieillard, et surtout au coeur d'un roman dont l'histoire alimente l'histoire de l'amour du début à la fin. Cela paraît brouillon à lire comme ça, mais c'est un roman 5 étoiles et qui est, en toute honnêteté, EPATANT !

  • Que la paix soit avec vous, de Serge Joncour (J'ai Lu) : C'est une impression de sursis qui règne dans le roman de que_la_paix_soit_avec_vousSerge Joncour, d'abord par l'aspect géopolitique avec la crise en Irak (l'histoire débute en novembre 2002) puis par la menace grandissante des promoteurs avides de racheter l'immeuble dans lequel loge le narrateur. Ce dernier est sans emploi, il loue un studio qui appartient à une autre, et il passe ses journées à regarder la télé. Un jour, il croit surprendre de la lumière et du remue-ménage chez son voisin, dans un appartement qui lui semblait inhabité depuis des années. Des petites investigations auprès d'une voisine vont titiller sa curiosité et évoquer des familles juives, déportées durant la guerre. Il lui faudra, cependant, encore du temps pour comprendre ce qu'est devenu son mystérieux voisin. L'idée de fantômes effleure l'esprit, aussi celle des murs témoins du passage du temps et de la vie de ses gens. Comme dans le roman de Sorj Chalandon (Une promesse), il y a l'esquisse du culte de l'absent pour préserver sa présence avant de faire le deuil. Un roman très plaisant à lire, agréable et distrayant.

  • La traversée de l'été, de Truman Capote (Le Livre de Poche) : L'héroïne de "La traversée de l'été" s'appelle Grady McNeil, elle a 17 ans et vit dans un appartement qui surplombe Central Park. Ses parents partent en croisière pour l'Europe mais Grady a décidé de passer l'été caniculaire à New York. Ce qu'elle ne mentionne pas c'est son béguin pour Clyde Manzer, un gardien de parking à Broadway, qu'elle fréquente depuis le mois d'avril en cachette. Avec lui, Grady vit des sensations jamais explorées jusqu'alors. Cependant, le garçon se découvtraversee_de_l_etere peu, se dévoile difficilement, sa famille, ses amis, ses amours figurent parmi son jardin secret qu'il n'ouvre pas à sa dulcinée. Or, il y a également Peter Bell, le meilleur ami de Grady, puis une mystérieuse Anne et une encombrante Rebecca...

    Eté incendiaire, ainsi aurait pu se nommer ce roman "inédit" de Truman Capote. On connaît son histoire : le manuscrit a été retrouvé dans les affaires d'un concierge, remarqué par Sotheby's avant d'être mis aux enchères. "Summer Crossing" (titre original) figure en fait comme l'un des premiers romans écrit par l'auteur, à un très jeune âge (il avait commencé son histoire vers 19 ans). C'est un projet qui a plus ou moins évolué et été entretenu pendant dix ans, pour finalement ne jamais voir le jour. Le manuscrit n'est d'ailleurs pas fini, mais les nombreuses notes de Capote ont permis de porter sa touche finale. Résultat ? C'est une histoire fraîche, pinçante et mesquine, ce n'est pas une oeuvre étourdissante de talent, elle révèle des défauts mineurs en partie à cause de la jeunesse de son auteur. Toutefois, elle annonce déjà des qualités à mûrir, les prémices de Breakfast at Tiffany's, un esprit pointilleux et rebelle, une volonté de chiffonner les données de la société de convenance, et aussi de parler de New York. Le personnage central, Grady McNeil, n'a pas l'étoffe d'une Holly Golightly, mais c'est également une héroïne en souffrance, un être fragile, secret et désespéré. Elle est fascinante, en un sens. Et cela aurait été fort intéressant que l'auteur travaille davantage sur ce projet, mais s'il y a renoncé c'est sans doute pour une raison ?

En vrac, à paraître :

jonathan_strange    societe_des_jeunes_pianistes

  • La fille du cannibale, de Rosa Montero (Points) : Si votre mari va aux toilettes dans un aéroport et disparaît, si ensuite vous recevez une demande de rançon venant d'une organisation terroriste et que vous êtes l'auteur d'une série de livres pour enfants dont le héros est Belinda la cocotte, que faire ? Pleurer d'abord puis décider de comprendre ce qui vous arrive. Et si la chance veut que vous rencontriez vos voisins de palier dont l'un se révèle être un vieil anarchiste octogénaire, ancien torero, compagnon de Durruti, dont les récits de la guerre d'Espagne vont former la toile de fond de vos soirées, et l'autre un garçon de 20 ans naïf et terriblement attirant, vous découvrez comme Lucia que vous ne tenez finalement pas tant que ça à ce mari disparu et qu'il est temps de donner un sens à votre vie. Un roman qui fouille dans plusieurs genres (initiatique, policier, suspense),  c'est assez drôle, avec des personnages haut en couleurs ! Le titre n'est pas le porte-drapeau d'un contenu gore ou terrifiant, loin de là ...

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09/02/08

Les petites feuilles de février ! En poche ! #13

Plusieurs choses attirent mon attention parmi les nouvelles sorties de ce mois de février, notamment chez 10-18 et ses célèbres séries des Grands Détectives (au programme : du nouveau avec Claude Izner, Lee Jackson et Alexander Mc Call Smith). A noter aussi Train de nuit pour Lisbonne de Pascal Mercier (roman fort apprécié parmi les lecteurs) ; Garder la flamme de Jeanette Winterson (qui vient de m'enchanter avec son premier roman pour jeunes lecteurs L'Horloge du temps) et Le mystère de la chambre obscure de Guillaume Prévost (encore un auteur qui m'enthousiasme par le biais d'une série pour la jeunesse Le livre du temps !).

Et voici parmi les nouveautés à paraître, celles que j'ai personnellement déjà lues :

en_ce_bas_mondeA découvrir, si ce n'est déjà fait : Victoria Lancelotta, nouvelliste américaine, auteur d'un premier roman "Loin" qui a su me conquérir, à travers son récit noir, amer et désabusé. Mais d'abord, V. Lancelotta avait créé la nouveauté avec son recueil de treize nouvelles - encore des histoires de femmes, d'adolescentes, ou des deux à la fois. Elles contiennent les mémoires, les soucis, les confessions des unes et des autres. Pas facile de grandir, pas facile d'aimer non plus. Souvent, durant l'adolescence, les premières expériences (sexuelles, pour la plupart) sont douloureuses et compliquées. Plus tard, elles deviennent tout aussi exigeantes et intransigeantes, laissant souvent leurs protagonistes à la dérive, seules, moroses et nostalgiques.
Dans ce bouillon, j'ai beaucoup aimé : "Dans l'ombre", "Les bars" (ou les prémices du fameux roman Loin), "La fête paroissiale", "L'arôme des épices", "Les maisons", "Une chic fille", "Autres rivages, autres flots" et "En ce bas monde" - autant dire, la quasi totalité ! D'ailleurs, en grande majorité, il s'agit de monologues qui nous donnent ce vrai sentiment de saisir les sentiments et l'aura des personnages. Cela donne un ton doux-amer, un tantinet narquois. J'apprécie beaucoup ! (10-18 / 7.30 €)

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corpus_christineUn homme séquestré par son épouse à la peau douce, mais devenue obèse, tandis qu'elle affame le mari incapable de se tenir debout..., vous n'y croyez pas ? Pourtant c'est l'idée foncièrement sadique qu'a imaginée Max Monnehay pour son 1er roman "Corpus Christine", fatalement inspiré d'une autre redoutable Kathy Bates, interprète d'Annie Wilkes, héroïne de Misery de Stephen King.
J'étais curieuse de lire ce livre, les critiques ne tarissaient pas d'éloges à son sujet lors de sa sortie en 2006, et c'est vrai que l'intrigue semblait attirante et effrayante à la fois. Bah, j'aurais préféré continuer sur cette lancée, vanter son mérite et ses promesses, mais non.
J'avoue m'être ennuyée, ne pas avoir accroché, avoir ressenti une fascination glaciale, c'est vrai, mais pas suffisante pour adhérer jusqu'au bout. Ou juste pour le souci de connaître la fin de ce calvaire.
L'auteur cultive un certain humour (noir, implacable et irréductible) doublé d'un cynisme en béton ("la calamité du siècle", comme l'écrit le personnage). Il y a un sincère détachement chez elle, un besoin de mettre le feu aux poudres et se frotter les mains devant le carnage. Un peu comme Amélie Nothomb, il faut l'admettre. Or, je ne suis pas non plus "fan" de cette dernière... Moralité : Ce genre d'univers ne me convient définitivement pas ! Désolée.  Prix du premier roman 2006, tout de même. (Le livre de poche / 5 €)

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perlaFrédéric Brun est un fils qui a perdu sa mère, Perla, rescapée du camp d'Auschwitz, déportée en juillet 44. Elle est rentrée au pays, dévorée et marquée à jamais, pourtant elle a tenu son secret enfermé au plus profond de ses entrailles.
De ses mois de déportation, Perla n'en a jamais parlé. A son fils unique qui n'a pas su poser les bonnes questions à temps, elle a tenu ce visage ravagé par les souvenirs, la douleur et le sourire qu'on s'efforce de donner. Mais l'illusion était bel et bien morte.
Frédéric Brun se sent seul, triste et malheureux. En commençant ce récit, c'est pour lui "un livre de pensées". Ce n'est rien d'autre que ça : un constat frustrant de n'avoir rien su du passé de sa mère, une recherche désespérée à puiser ses sources dans tous les livres qui traitent de la Shoah, un espoir de voir grandir son fils Julien pour lui offrir le choix de vivre sa vie sans se retourner, et c'est l'amertume d'être face à deux Allemagne, "celle des camps et des barbelés contraste avec celle des plaines embrumées, des couchers de soleil orangés, des poètes idéalistes, Novalis, Hölderlin, qui ont attrapé l'âme du monde. Pourquoi suis-je si fasciné par ce pays écartelé entre le lied et la voix sèche, le raffinement et la barbarie ? Je m'étonne de vouloir trouver en lui ma littérature préférée et les traces d'un passé qui ont brisé Perla."
Ce texte est bouleversant, totalement sobre et écrit avec une sensibilité déchirante. Il y a malgré tout une lueur d'espoir derrière "ces pages de larmes", car "Une mère, en fait, cela ne meurt jamais". J'ai été profondément émue par ce livre, pas au point de verser des larmes, c'est un bel hommage d'un fils à la figure maternelle, un devoir de mémoire qui n'a pas su être accompli en remplissant tous les trous, mais c'est justement cette humilité qui rend "Perla" éloquent et essentiel. Lisez ce livre !   (Le livre de poche / 4.50 €)

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joueuse_d_echecsUn jeu peut-il faire basculer la vie d’une femme ? Difficile de le croire.
Dans l’île de Naxos, les joueurs de trictrac sont légion, mais jamais aucune femme n’a approché les pions noirs et blancs. Quant à ceux d’un échiquier, n’y pensez même pas ! Cependant, pour Eleni, prise dans une vie sans aspérités et sans folie, le plus vieux jeu du monde sera le début d’une aventure qui la mènera jusqu’à l’émancipation.
Fort apprécié par les lecteurs, ce roman n'a toutefois pas su m'emballer outre-mesure. Je suis complètement restée en retrait, trouvant le début assez lent et truffé de passages plutôt longs, pour seulement 150 pages de lecture ! Et pour une non-passionnée de jeu d'échecs comme moi, ce livre n'a pas su m'éclairer davantage. Toutefois le portrait de cette femme est subtil, tour à tour comique et grinçant. Il faut aussi ajouter que l'auteur a écrit son texte en français, alors que Bertina Reichs est native d'Allemagne. Et je suis toujours admirative devant ces déclamations d'amour pour notre langue française ! (Le livre de poche, 5 €)

Sont inscrits aussi sur mes tablettes :

ainsi_revent_les_femmes  comment_se_dire_adieu  comment_va_la_douleur  neiges_bleues

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31/01/08

En poche ! #12

C'est LE livre de poche à s'acheter les yeux fermés ! ... dit la fana de Marilyn. Je sais bien, je vous entends ! Pourquoi lire un bouquin sur cette blonde un peu bécasse et qui a déjà fait couler tant d'encre ! .. Bah oui, mais bon. Il le faut, c'est tout !

marilyn_folioEn janvier 1960, Marilyn entre pour la première fois dans le cabinet du Dr Ralph Greenson, c'est son quatrième analyste, l'actrice est dans un état psychique et physique délabré... La relation qui va s'établir entre Marilyn et Greenson va prendre un tour ambigu, complexe et trouble : une étrange relation de dépendance mutuelle, une liaison amoureuse sans sexe, une addiction réciproque... « Greenson et Marilyn étaient attachés par l'amour et la mort, mais ils n'avaient pas fait l'amour. Il leur restait à faire la mort. Ensemble ou chacun pour soi. ». Greenson a été la dernière personne à l'avoir vue vivante et le premier à l'avoir trouvée morte. Pourra-t-on jamais expliquer les événements étranges de la nuit du 4 au 5 août 1962, où Marilyn Monroe a trouvé la mort ? Non, jamais. Et d'ailleurs le livre de Michel Schneider n'est pas un énième ouvrage pour découvrir qui a tué Marilyn, mais pourquoi est-elle morte.

Le livre de Schneider, aussi bizarre que cela puisse paraître, est en fait un roman. Les personnages et les faits sont réels, les propos reproduits avec la plus stricte exactitude, et pourtant Schneider a pris le parti d'en faire « un roman ». Autre idée, l'auteur a décidé d'écrire un roman sur la blonde et le psychanalyste, sur les trente mois de leurs rapports, et sur les fameuses dernières séances de Marilyn, reprenant le principe du play / rewind des cassettes enregistrées.

Par dessus tout, Schneider a su me réconcilier avec l'image de Marilyn, entre les livres où on accuse trop et ceux où on ne dit pas assez, j'avoue m'être perdue dans des tonnes de considérations... bien souvent superflues. Le livre de Michel Schneider rend l'image d'un être mi-ange, mi-démon vis-à-vis de laquelle je ne suis pas fâchée. Il y a une grande intelligence dans le portrait dessiné des névroses de Marilyn et une grande objectivité dans la psychanalyse. Marilyn y croyait, fervente admiratrice de l'école freudienne, et pourtant Marilyn appartenait au monde de pacotilles qu'était Hollywood. Elle n'était pas la seule à être victime de ces deux systèmes parasités, on le découvre en lisant ce livre. C'est effectivement un « roman » riche, palpitant et lucide. Ne faisant aucune concession, la réalité apparaît crue et sincère, car oui il y a beaucoup d'honnêteté dans cette « Marilyn » et j'ai apprécié ce tableau, avec sa tendresse, sa voix, ses amitiés, ses amours et ses colères, ses trahisons et ses bêtises, ses courses vers le sexe, son besoin d'images... Il y a tout ça, en vrac : 530 pages de lecture lumineuse sur un sujet opaque et épineux.

{ C'est MA Marilyn, quoi ! }

Folio, 7.40 €

D'autres livres de Marilyn (un florilège...) :

marilyn_apparitionmarilyn_miroirmarilyn_derriere_miroiretc...

Et des films, aussi ...

affiche_bother_2   affiche_niagara   affiche_river_of_no_return   affiche_some_like_it_hot   etc ... 

(Plus d'infos, en cliquant sur les images.)      

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12/01/08

Vous n'en aviez pas assez ? ... En poche ! #11

Un nouveau point pour signaler d'autres sorties en poche !  (Pas besoin de dire merci ...)

vertes_lecturesMichel Tournier revisite les auteurs (et les classiques de la littérature jeunesse) qui ont enchanté son enfance : la comtesse de Ségur, Alphonse Daudet, Kipling, Jules Verne et Selma Lagerlöf. A ce sujet, voici un magnifique passage : « Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson de Selma Lagerlöf. Le livre est là sur mes genoux, splendide dans sa reliure de cuir. Je revois mon père me l'apportant, au retour de son travail, dans ma chambre, à Saint-Germain-en-Laye. C'était en 1932, j'avais donc neuf ans. (...) Ce livre fétiche ne m'a jamais quitté. Il a traversé déménagements, pillages et bombardements de la guerre, cambriolages et incendies de la paix. C'est le numéro 1 de ma bibliothèque. Par lui, en effet, je suis entré en littérature. J'ai pour la première fois découvert ce qu'était un grand texte et que si je faisais quelque chose de bien de ma vie, cela ressemblerait à ce livre. »
La lecture de ce petit livre s'accompagne aussi de références à des auteurs qui me sont totalement inconnus (Aldelbert von Chamisso, Henri Heine, Karl May, voleur et mythomane, autrement connu pour être celui qui lança le western choucroute !). Ce sont des moments saisis au vent, mais qui m'ont laissée assez insensible.
A vrai dire, Michel Tournier passe beaucoup de temps à discuter des auteurs en eux-mêmes au lieu de n'aborder que leur oeuvre et leur importance/influence dans sa vie de lecteur. Par plusieurs aspects, donc, j'ai été un peu déçue.

Cet essai demeure une érudition complète, qui s'ouvre sur la portée de la lecture orale, et va se conclure sur quelques robinsonnades et le pourquoi d'avoir réécrit une histoire déjà existante, inspirée par Defoe. « Mon idée de base était d'étudier en philosophe les effets de la solitude sur un homme. Après vingt années de vie sur une île déserte, que deviennent la mémoire, le langage, la vision du monde, la sexualité, etc., d'un homme ? Ensuite, je voulais réhabiliter Vendredi. Dans la plupart des robinsonnades, il est supprimé. Chez Defoe, c'est un sous-homme. Seul compte Robinson parce qu'il est blanc, chrétien et surtout anglais. Vendredi a tout à apprendre de lui. Dans mon roman, la supériorité de Robinson sur Vendredi ne cesse de s'effriter. Finalement c'est Vendredi qui mène le jeu et enseigne à Robinson comment on doit vivre sur une île déserte du Pacifique. » Une petite lecture précieuse, qu'on feuillette en prenant son temps.

Les vertes lectures - Michel Tournier. Folio, 5.10 €.  (lu en janvier 2008)

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gordonLondres, 1946 : Louisa, vingt-huit ans, rencontre dans un bar un homme aux yeux gris qu'elle va suivre chez lui, dans sa maison, où elle deviendra son amante brutalement sur le banc du jardin. Au cours des mois qui vont suivre, la liaison entre Louisa et "Gordon" va s'étirer sur le tempo sacré et incompréhensible du sexe, de la cruauté et la destruction. Ce que lui inflige cet homme est "insupportable", douloureux et en même temps il remplit la jeune femme de béatitude. Elle souffre, mais elle aime ça. Il la domine, mais elle semble se donner à plein corps, de son plein gré, "en esclavage".
Les scènes entre Louisa et Gordon ne manquent pas de perversion. C'est très choquant et révoltant. Impossible d'y comprendre goutte. Cet homme est plus âgé qu'elle, il est psychiatre et se régale à la questionner des heures sur sa chevelure (qu'elle porte longue), son passé amoureux (elle a été mariée), ou ses rêves. Louisa s'emporte, en vain car elle donne à chaque fois satisfaction. Elle plie, courbe l'échine. Il l'appelle "ma douce petite", même après l'avoir violé dans un quartier lugubre, comme si de rien n'était... Bref, c'est inqualifiable !

Ce roman d'Edith Templeton est autobiographique. Paru en 1966, il a longtemps été sous le couvert de la censure. Pas étonnant ! Il faut s'accrocher pour venir à bout de cette histoire. Elle est glauque, un tantinet grotesque mais fatalement fascinante : qu'est-ce qui pousse ces amants à se déchirer de la sorte ? Le rapport de sadisme est impressionnant, décrit avec minutie. Le livre apporte aussi un témoignage sur une amoureuse contentée par la violence combinée à l'acte sexuel. Toutefois, on devine qu'un tel rapport ne peut gratifier ses auteurs, lesquels sont condamnés. A quoi ? La torture, la destruction... la mort ? Voilà un roman bien sulfureux, nébuleux et forcément dérangeant.

Gordon, d'Edith Templeton. 10-18, 8.50 €  (lu en novembre 2005)

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Où l'on raconte la mésaventure d'un homme qui a cherché à conquérir l'Amérique. Jérémy Sandre, ou Jerry Sanders, quitte une brillante carrière d'humoriste en France pour tenter sa chance à New York. Or, il devient la victime d'un enjeu géopolitique affligeant - l'entrée en guerre en Irak par les Etats-Unis, contre l'assentiment de la France. Bref, Jérémy est aussi un homme balourd et pataud, qui commet des impairs dans ce climat francophobe. Résultat : il se retrouve presque à la rue, sans cachet, sans spectacle, sans un sou et avec une fiancée qui se fait la malle.

Il faut également ajouter à son actif que l'homme doit gérer des dettes de jeu, des mensonges à sa famille, des conflits avec son ex-femme et la crise d'adolescente de sa fille. Trop pour un seul homme ? Non, car ce n'est pas tout. L'histoire débute en découvrant que Jérémy est emprisonné, accusé d'avoir tué un homme, et l'histoire du roman, c'est en quelque sorte sa déposition auprès de son avocat.

Ce que je retiens de ce livre ? Passionnant ! Intéressant, pétri d'humour, très dynamique - ce qui contraste avec le caractère pitoyable du héros. L'écriture est enlevée, on ne s'ennuie pas et les péripéties du personnage central ne cessent d'être pathétiques, dérisoires, mais finalement réjouissantes. Hélas, on se rit des malheurs d'un homme, et pourtant celui-ci a bien couru après ses misères ! Toutefois, il parvient, à l'aide d'habiles pirouettes, à renverser la tendance et se rendre attachant, héros malgré lui et victime d'un concours de circonstances malchanceuses. "Quand j'étais drôle" devient l'un des meilleurs romans de sa jeune auteur, Karine Tuil. Du plaisir, rien que du plaisir !

Quand j'étais drôle, de Karine Tuil - Le livre de poche, 6.50 €  (lu en septembre 2005)

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mereSolange Fasquelle dresse le portrait de deux soeurs, élevées par leur mère abandonnée par son mari (parti en Amérique, avec une nouvelle femme et un bébé). Nous sommes en 1961, dans la région lyonnaise, dans un cadre bourgeois très à cheval sur les principes d'éducation et de valeurs familiales (et morales). Les jeunes filles doivent trouver un bon parti, faire un riche mariage et prospérer dans le même cercle. Cependant, les demoiselles se rebiffent : l'aînée, Mélanie, se sauve le soir de ses 21 ans pour gagner Paris, et la seconde, Gisèle, persuadée d'être une ravissante idiote, fréquente un garçon et tombe accidentellement enceinte. On retrouve ensuite ces jeunes filles en 1968, puis en 1972, confrontées à l'évolution de la société et des moeurs, les forçant donc à appliquer quelques modifications dans leur mode de vie. Toutes deux ont en commun de grandir sous le joug de la mère, même mentalement. Cette dernière est impitoyable, acariâtre et leur révélera un secret familial qui sera terrible à supporter. 
Plutôt intéressant à lire au début, le roman s'encroûte vite dans les longueurs qui rendent la lecture lassante et interminable. Le portrait de cette Folcoche reste cependant attrayant pour toute l'horreur déployée !

Mère, de Solange Fasquelle - Le livre de poche, 6.50 €  (lu en mars 2004)

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mesdames_souriezQuand Louisa-Marie, vingt ans à peine, emménage à Paris pour y faire ses études, elle se dit que 80 m2 sur la place des Vosges, ça doit pouvoir se partager, même avec une presque centenaire. Hélas, ça prend plus de place qu'elle l'imaginait, une vieille, surtout si elle s'accroche à la vie de toutes ses griffes. Une vieille avec ses manies, ses culottes des Trente Glorieuses, son immonde cabot, sa messe télévisée à plein volume le dimanche matin, son aide à domicile. Quant à la jeune, qui pourrait supporter, ses irruptions à l'aube, son flegme, son insolence ? Égoïstes, jalouses, terrifiées par la vieillesse, inquisitrices, solitaires et privées de tendresse, ces deux femmes, bouleversantes, se ressemblent plus qu'il n'y paraît. Par 35 °C à l'ombre, lors d'un mémorable été caniculaire, dans un huis clos irrespirable, les relations s'enveniment. Excédée, à bout de nerfs, la jeune fille commence à caresser des rêves meurtriers. Il faudra bien que l'une des deux disparaisse.

"Mesdames, souriez" est le premier roman d'une franco-américaine de vingt-cinq ans. D'emblée je lui pardonne ses quelques facilités à dessiner une héroïne frivole et obsédée par son apparence et la maigreur de son corps (= Louisa Marie), à dresser le catalogue d'une tribu aux moeurs faciles et folâtres. Pour le portrait de la mémé, dit la Vieille, l'Antique et j'en passe, l'auteur s'attarde encore à quelques clichés un peu faciles, genre Tatie Danielle par excellence. Toutefois, impossible d'être insensible à l'humour que provoque ce face-à-face de deux antagonismes. J'ai été conquise par le rapport haine-amour entre les deux femmes, les abus, la vie impossible, la guerre des nerfs. Par équité certifiée, l'auteur a été généreuse avec l'une et l'autre pour inspirer autant d'amour, de tendresse, de respect et d'agacement. (Du moins, moi je l'ai ressenti comme ça !) Et j'ai dévoré les 200 pages d'une traite. L'envie de meurtre, justifiée ou pas, va-t-elle voir jour autrement que dans l'imagination débridée de Louisa Marie ? Pour le savoir, lisez ce livre !

Mesdames, souriez - de Jessica Nelson. Le livre de poche, 5.00 €  (lu en septembre 2005)

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cet_effrayant_besoinOrphelins de naissance, les personnages de Stéphanie Janicot sont en quête désespérée de se trouver une famille ou de se la créer, même avec des brics et des brocs. (Un peu comme dans le roman d'Anna Gavalda !) Au coeur de cette histoire assez flamboyante, il y a Santa qui a quitté l'Espagne pour s'installer à Paris où elle réside toujours, à près de trente-cinq ans, en étant serveuse dans un bar des Halles. Elle vient de rompre avec son amant et de cette rupture semblent affluer les pires souvenirs venant de son enfance et des traumatismes soulevés par le décès de son père, la mort de son demi-frère, la succession familiale et la mort de son chat.

Dans ce roman, on y croise donc des moitiés de frère et soeur, des fils illégitimes, des enfants perdus - bref, une famille bancale et qui cultive les secrets et les non-dits. Sur plusieurs décennies, la famille Albaràn dessine sa généalogie en effectuant des voyages dans le passé avec retour sur le présent, de manière incessante. Déstablisant au début, l'arbre prend vite ses racines car la lecture nous rend avide, curieux, poussé par le désir de savoir et d'adopter définitivement Santa, Gianluca, Marcantonio et même Colette ! Cela se lit très vite, un peu trop d'ailleurs, avec ce sentiment d'avoir touché une toile émouvante sur les rapports entre hommes, femmes, parents et enfants. En chacun de nous, le besoin de famille est « effrayant » mais peut s'offrir de mille façons. Un vrai cadeau, ce livre !

Cet effrayant besoin de famille, Stéphanie Janicot - Le livre de poche, 5.50 € (lu en avril 2006)

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05/01/08

Janvier, mois des étrennes ! En poche ! #10

Et des sorties en format poche ... pour tous les goûts ! (Comme d'habitude, je n'évoque que les livres que j'ai personnellement lus !)

Carla on my mind, Cyril Montana : Une nouvelle fois, pas facile d'entrer dans l'histoire de Cyril Montana - on y saute à pieds joints et, instantanément, on se sent largué. Tout comme le héros débonnaire et réfractaire de ce roman. Un jeune parisien, tout ce qu'il y a de plus contemporain et caractéristique à son époque. Débauché et déprimé, speedé et floué, il sort d'une relation mal décatie. La source de son mal : Carla, "moitié beur, moitié italienne. Des grands yeux noirs, un charme incroyable et une tendance très nette à vouloir masquer sa féminité". Ces deux-là s'aiment, mais mal. Leur relation connaît des hauts et des bas, surtout des bas. Et cette fois-ci, la rupture semble franche et durable. Or, pas facile d'avaler la pilule et de consommer l'absence de sa dulcinée. Donc, pour tenter de l'effacer de son disque dur, il entreprend plusieurs magouilles, dont s'inscrire à un club de rencontres sur internet. Mais les cyber-liaisons sont autant d'épisodes cocasses et saugrenus qui peuplent la série de déconfitures qui sont le lot quotidien du jeune héros. Que ce soit au boulot, avec sa colocataire ou au coeur du métro parisien, le narrateur rame sec. Même s'il s'échine à voler des vélos, il n'en sort pas moins qu'il pédale dans la semoule !

Pour la grande littérature, on repassera. "Carla on my mind" équivaut à du pur divertissement, avec un langage et un style très modernes, une tonalité à faire jeune et branché envers et contre tout. Les séquences sexe et drogues côtoient les épisodes d'amertume et déconfiture, à croire que ce soit indissociable. C'est juste ce que je trouve reprochable : la tendance trop facile à parler cru. Pourtant, comme pour "Malabar trip", j'aime beaucoup, je trouve que la lecture est agréable, plaisante et drôle, malgré tout.  * J'ai Lu, 4.20 € *

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fenetre_sur_hudsonUne fenêtre sur l'Hudson, Brian Morton : Nora, une jeune nouvelliste de trente-cinq ans, a cessé d'écrire. Ses textes, inspirés des expériences de ses proches, lui ont valu de se brouiller avec eux. Pourtant, elle ne peut se résoudre à renoncer à sa vocation. Un soir d'insomnie, elle appelle le seul être qui puisse la comprendre : Isaac, l'homme qu'elle a quitté cinq ans auparavant. Ce dernier, photographe, traverse lui aussi une crise : il a perdu l'inspiration. Aussitôt renaît leur ancienne complicité, et avec elle son lot de doutes et de peurs.

Brian Morton vient de signer un roman à la fois simple et prenant. C'est une histoire de sentiments, de rapprochements entre deux êtres qui pensaient être faits l'un pour l'autre. Les obstacles pour leur belle idylle sont d'ordre artistique, ils sont tous deux au pied du mur et l'essor de Nora fait vaciller le statu-quo d'Isaac. Ils sont complices, se croyaient invicibles, et pourtant... une nouvelle peut tout ruiner. S'ajoute aussi la maladie de Billie, la tante de Nora, le dernier pilier de la jeune femme. La perte de celle-ci fait tout voler en éclats, Nora et Isaac se retrouvant soudainement face à face, pour de vrai. Pas facile, même s'ils pensaient bien se connaître, avec le temps. Ce roman est magnifiquement écrit, il y a peu d'élans, beaucoup d'introspection, et une mine d'anecdotes littéraires pour chaque circonstance. Une petite pépite !  * 10-18, 9.30 € *

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les_autres__ferneyLes autres, Alice Ferney : "Personnes susceptibles s'abstenir" était la règle préconisée par ce nouveau jeu de société qu'a offert Niels à son frère Théo, lors de sa soirée d'anniversaire. Sont réunis leur mère, les amis et fiancées. Tous s'engagent dans ce jeu brûlant qui a pour but de délier les langues et mettre à jour les vérités cachées. Que pensent les uns et les autres, les uns sur les autres, les uns des autres ?
Ce roman délie la parole, ouvre la boîte de Pandore. Il est décomposé en trois parties, d'abord on lit les pensées des protagonistes, puis on assiste à la joute verbale, puis on prend le pas du narrateur, de l'auteur qui décrit ce repas suicidaire avec toute l'élégance et la subtilité qui caractérise l'écriture d'Alice Ferney. C'est d'une poésie inqualifiable, tant sur la valeur des sentiments, sur le poids de la maternité et la féminité (thèmes abordés dans le roman).
Au cours de cette soirée, certaines paroles auront été lâchées et ne pourront plus être rattrapées. Les personnages ont tous bien conscience de cet enjeu mais ils foncent tête baissée. Un peu abasourdis, écoeurés, révoltés mais exaltés "d'être avec les mots comme des poissons dans l'eau". Ce roman donne enfin le pouvoir au langage, aux mots et à la langue éclatante et qui s'exprime, se libère. Il ne met pas en péril le sentiment de l'amitié car, après tout, un personnage le souligne : "Sans amitié, pas de confidences ni d'aveux ou de révélations, pas de critique profonde et transparente. En ce sens les amis, pour le bien qu'ils essaient de nous faire, sont aussi cruels que les ennemis qui nous souhaiteraient quelque mal.".
En un mot comme en cent, ce roman est magnifique, tout en grâce et dénuement, et dont le point final sera : "Qui peut croire que les mots servent la vérité ? Qui sait ce qu'ils tranforment vraiment en nous ? Quel est ce pouvoir qu'on leur prête ?". (La réponse est cachée dans ce livre !)    * Babel, 9.50 € *

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aupr_s_de_moiAuprès de moi toujours, Kazuo Ishiguro : Je ne reviens pas sur l'histoire du roman qui doit garder son aura de mystère pour préserver son intérêt. La quatrième de couverture est elle-même judicieusement rédigée : ni peu, ni trop. Le bon dosage ! Donc, de manière plus poussée, j'ai du mal à m'avouer complètement séduite par ce nouveau livre de Kazuo Ishiguro. J'adore cet auteur, je suis admirative de son style et surtout de sa maîtrise à mener son sujet, à ne pas sortir des sentiers battus, à diriger son lecteur en le bichonnant vers une volonté de connaître et tourner la page suivante. C'est du grand art, un grand classicisme déjà prouvé dans ses précédents ouvrages, bref un orfèvre romanesque ! Et "Auprès de moi toujours" est du même acabit : rien à redire.

En fait, j'ai plus été embêtée par le fond du problème, le fond caché de cette histoire. Le pourquoi de ces trois personnages, Kathy, Ruth et Tommy, et leurs années passées dans un centre appelé Hailsham. Au fur et à mesure qu'on en découvre davantage, d'abord on se pose de plus en plus de questions, et lorsque la fin apporte toutes les réponses, j'étais décontenancée, un peu au bord du malaise. Le sujet dont traite Ishiguro ici est très délicat et sensible. Il me rappelle un roman de Philippe Claudel ("J'abandonne"). Donc, à la fois perplexe et émue, j'ai basculé d'un instant à l'autre dans de troublants sentiments. Je ne reproche rien au roman en lui-même, il est excellent. La traduction est assez bonne, à part le titre ("Never let me go" est ici traduit en "Auprès de moi toujours") qui laisse penser à une bluette faussement sentimentale. La portée du roman bouleversera tout lecteur, du moins moi je ne suis pas restée insensible.

Je conseillerai à tout ceux qui aimeraient découvrir ce roman de ne pas chercher à trop connaître son contenu avant de l'ouvrir et donc d'aborder la lecture de manière très neutre. Puis, de mettre un peu de côté les critiques dithyrambiques pêchées dans la presse, le présentant audacieusement comme "un chef d'oeuvre". L'attente au tournant risque de faire mal ! A lire !  * Folio, 7.20 € *

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personnages_desesperesPersonnages désespérés, Paula Fox : Otto et Sophie Brentwood sont un couple marié, d'une quarantaine d'années, habitant un pavillon cossu d'une banlieue bourgeoise, sauf que le spectacle dans la rue oscille par moments à la débauche (vagabonds, vomissures, déchets, etc.). Ils n'ont pas d'enfants mais une mercedes et la collection complète des oeuvres de Goethe. Leur histoire vascille suite à la morsure d'un chat errant, Sophie lui offre de la nourriture, compatissante, le caresse et tente de l'amadouer, en souriant, presque fière d'elle et de son acte de grande humanité, et puis, frappée "de stupeur et d'horreur", elle manque s'écrouler, étouffe un cri... Le chat a planté ses dents dans le dos de la main !

Cette morsure produit un effet cataclysmique dans le couple, révélant fêlures et zones d'ombre. Otto s'est brouillé avec son associé, et ami de longue date, Charlie Russel, pour cause de conservatisme aigu. Sophie repense à son amant, Francis Early, se fâche avec une amie célibataire, reçoit un coup de fil anonyme, peine à se motiver pour traduire un roman français, pense écrire une lettre à sa mère... Trois jours passent, dans un suspense assez morbide : Sophie a-t-elle attrapé la rage par ce chat errant ?

"Personnages désespérés" est un roman solidement construit, aux dialogues incisifs, aux détails permanents dans la prose et la structure du texte. Paula Fox s'attarde sur le couple Bentwood, homme et femme. Même si l'intrigue semble tourner principalement autour de Sophie, l'époux n'est pas mis de côté, il est même un élément incontournable dans l'émergence des drames (si l'on exclut le chat, bien sûr). En trois jours, le couple s'analyse et la fin semble réparatrice, du moins, tout comme le suggère Jonathan Franzen en préface. Pas moins de six à sept lectures hantent l'auteur des "Corrections" qui cherche encore et encore la réponse à toutes ses questions !  * Folio, 6.80 € *

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samediSamedi, Ian McEwan : Cela m'est difficile de le reconnaître, mais je n'ai pas aimé ce nouveau roman de Ian McEwan. Difficile pour moi d'admettre cet échec car j'apprécie beaucoup les histoires de cet écrivain, un auteur que je trouve admirable et dont le talent littéraire est d'emporter son lecteur dans des situations étouffantes et proches du délire obsessionnel... Pour "Samedi", j'ai eu le sentiment qu'il venait d'écrire son "Mrs Dalloway". Or je n'ai jamais aimé ce roman de Virginia Woolf, peinant à suivre les pérégrinations d'une dame élégante dans les rues de Londres... Ian McEwan vient de reproduire mon cauchemar avec son personnage Henry Perowne, un neurochirurgien réputé qui approche de ses cinquante ans et mène une vie merveilleuse : mariage heureux qui dure depuis vingt ans avec Rosalind, la femme qu'il aime et avec qui il a eu deux enfants, Theo, jeune musicien talentueux, et Daisy qui rentre de Paris suite à la prochaine publication de son recueil de poèmes. Ce samedi, il se réveille quelques heures avant l'aube et aperçoit par la fenêtre un avion en feu. Des bouffées d'angoisse le prennent, nous sommes en février 2003, les spectres du terrorisme sont dans les rues de toutes les capitales du monde.

Le roman raconte donc une journée dans la vie d'Henry Perowne, le 15 février 2003, plus exactement, un samedi comme les autres : câlins dans le lit conjugal, partie de squash avec un confrère anesthésiste, courses dans les beaux quartiers, visite à sa vieille mère dans un hospice de la banlieue et dîner en famille. Puis les clashes surgissent : un avion en feu, une manifestation contre la guerre en Irak, un banal accrochage et la violence qui s'introduit dans son foyer protégé. "Henry aura beau tenter de reprendre le fil de sa journée, ses vieux démons et le chaos du monde le rattraperont sans cesse durant ces vingt-quatre heures, au terme desquelles plus rien ne sera jamais comme avant." (quatrième de couverture).

Il faut attendre longtemps avant que ne surgisse l'action capitale, d'où mon amertume. En attendant, les nerfs sont mis à rude épreuve, on attend beaucoup, et on espére autant. J'ai donc une certaine déception avec ce roman, partout qualifié comme étant l'oeuvre où "le romancier parvient à la plénitude de son talent". La qualité est effectivement incomparable, mais l'intérêt lui se fait un peu mousser... Juste un peu dommage.   * Folio, 7.70 € *

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une_promesseUne promesse, Sorj Chalandon : Une maison en Mayenne, apparemment vide, silencieuse et inhabitée, reçoit la visite de sept personnes qui viennent à tour de rôle pour ouvrir les volets, dresser la table, mettre des fleurs, remonter l'horloge, lire de la poésie à haute voix, etc. Cette maison est celle de Fauvette et Etienne. Ce sont les deux âmes sombres du lieu, maintenues présentes par la lampe et les visites. Les mois passant, la promesse faite par les sept amis commence à peser. Le mystère doit s'éclaircir et la parole donnée doit être revue, analysée, corrigée... oubliée ? Pour faire le point, chacun y va donc de sa petite histoire, qui seule suffira à maintenir en vie le souffle des disparus. Tel est donc le propos de ce deuxième roman de Sorj Chalandon, auteur du "Petit Bonzi". C'est une histoire à la fois émouvante et attendrissante, qui met en lumière les rapports d'amitié et les liens sacrés qu'ont su créer le couple de Fauvette et Etienne avec leurs proches. Les rites qu'accomplissent religieusement les uns et les autres répondent à une exigence secrète, un pacte obscur pour retarder le deuil. D'un côté, on pense à des personnages spectraux, d'un autre on lit l'hymne d'une prodigieuse amitié et d'un amour éternel. Ce roman est un mélange bouleversant entre le beau, le sacré mais aussi la maladresse. Il y a, à certains égards, quelques moments d'étrangeté qui pénalisent le lecteur à être pleinement touché, mais "Une promesse" reste un joli roman...  * Le livre de poche, 5.50 € *  Prix Médicis 2006.

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puisque_rien_ne_durePuisque rien ne dure, Laurence Tardieu : Un couple se retrouve après quinze ans de séparation, provoquée par la disparition de Clara. L'amour de Vincent et Geneviève était lié par leur enfant, mais en partant cette dernière a tout emporté... Le roman est un message pudique du drame causé par la perte d'un enfant, qui ravage tout. A chacun sa façon de surmonter cette épreuve, à sa manière Laurence Tardieu a su imposer un style simple, bouleversant et sans pathos, même si le sujet flirte bien souvent avec les cordes sensibles. Le thème de la maternité et de la perte de son enfant avait été abordé dans le deuxième roman de l'auteur, "le jugement de Léa". "Puisque rien ne dure" affronte plus franchement les zones d'ombre et de lumière, place le lecteur à la place des personnages. De prime abord sombre, mais jamais mélo, le roman se termine sur quelques notes de poésie fort appréciables. A parcourir, sans retenue.  * Le livre de poche, 4.50 € *

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Café Viennois, Michèle Halberstadt : Frieda convie sa fille Clara à la suivre dans son périple qui la ramène à Vienne, une ville qu'elle a quittée avec sa famille en 1938, pour échapper aux persécutions antisémites. C'est pour Frieda un retour rempli d'émotions, de tourbillons pour cette femme dont la joie de vivre ne cesse d'étonner la fille. Cette dernière, plus morose, laisse supposer qu'elle traverse une période sombre et mélancolique.
On le découvre sur le tard, après avoir deviné qu'un mal la rongeait, que ce voyage à Vienne allait également la bousculer et lui donner une autre conscience de son identité, de son appartenance à une société.

"Café viennois" est un roman composé de plusieurs morceaux d'histoire : celle de Frieda qui revient à Vienne, celle où Frieda se rappelle son départ précipité en 1938 et les années d'errance pour fuir les nazis, puis celle de Clara, minée et désespérée, qui effectuera seule une nouvelle escapade à Vienne sur les traces du film avec Orson Welles, "Le treizième homme".
Ce roman est une bonbonne à échos, tant de voix se lancent, racontent leurs anecdotes et se culbutent entre elles. La construction est impeccable et rigoureuse. De plus, Michèle Halberstadt a su demeurer très sobre et pudique, au-delà de l'étalage du faste un peu baroque de la capitale autrichienne. On perçoit très bien les failles des façades de rêve, c'est d'ailleurs une peinture de Vienne dessinée sans oeillères : "Vienne majestueuse, baroque, crépusculaire, mais aussi coquette, insouciante, frivole. Vienne indécise, influençable, provinciale, étriquée et mesquine. Vienne exaltée, romanesque, excessive et fatale". Vienne aux deux visages, étalée sans concessions de la part de cette femme non pas remplie de rancoeur ou d'amertume, mais réaliste et désabusée.
Le ton du roman a parfois tendance à frôler le laconisme avant de se ressaisir, et offre des chapitres sur les souvenirs d'une Frieda adolescente fort touchants et captivants. Il y a aussi un goût pour la cuisine viennoise, à travers son chocolat et sa pâtisserie à déguster chez Demel. Oui, on s'y croit, l'eau nous vient à la bouche !
Bref, ce roman est un beau moment de lecture, plutôt agréable, même s'il a tendance à s'éparpiller et emprunter plusieurs directions. J'en garde le souvenir d'avoir lu de très bons passages.   * Le livre de poche, 5.50 € *

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n_attendez_pas_trop_longtempsN'attendez pas trop longtemps, Agnès Marietta : Lors de sa sortie, ce roman avait été poussé par des éloges de la presse, le comparant au roman d'Anna Gavalda "Ensemble c'est tout". C'est autour d'une maison à vendre dans le Vexin que quatre personnes vont se rencontrer, se connaître et voir leurs petites existences évoluer, trembler, bref prendre un nouveau tournant. François Delbreuve est le propriétaire d'une maison qu'il ne souhaite pas céder à n'importe qui et réserve l'exclusivité de la vente à un agent immobilier, Jacques Verniot. Celui-ci est marié à Michèle, ils ont deux filles et la visite de la maison dans le Vexin le bouleverse - c'est la maison de ses rêves ! Clara Miniot, romancière à succès, est la première potentielle acheteuse de la maison. Elle est célibataire, mère d'un grand garçon qui la désespère par son aspect trop conventionnel. La maison dans le Vexin n'est pas son coup de coeur, en fait elle est plutôt troublée par sa rencontre avec Verniot. Puis, débarque en grandes pompes Nathie Desmarets, mariée avec des enfants, un peu débordée par sa vie, entre trop travailler et ne plus travailler... c'est une femme qui a besoin d'événementiel, de "poésie" !

La maison dans le Vexin cristallise tous les désirs cachés des uns et des autres. Elle devient un catalyseur de sentiments enfouis qui doivent, comme par enchantement, exploser et voir le jour. Ce roman, tant comparé à celui d'Anna Gavalda, n'a finalement en comparaison de procurer un bien gentil plaisir de lecture. Je n'ai pas trouvé dans celui d'Agnès Marietta ces dialogues qui font mouche, ce style alerte, faussement simple et percutant. C'est honnêtement une belle histoire, même si les personnages sont un tantinet bêtas (je pense au couple de Jacques et Clara). Certains noeuds se défont un peu trop vite à mon goût. Mais l'ensemble est très agréable à lire, cela fait rêver à un coin de campagne mais ne me porte pas non plus à tout lâcher pour vivre l'aventure. "N'attendez pas trop longtemps" est un roman plaisant et attachant dans lequel on peut y trouver sa place, mais il a aussi certains aspects agaçants et décevants si l'on s'entête à le comparer à un autre. Bref, mettez tout de côté et lisez-le pour vos vacances !  * Pocket,  6.30 € *

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A perte de vue, Amanda Eyre Ward : Trois soeurs grandissent dans la petite ville de Holt, près de New York, en se serrant les coudes. Leur vie de famille n'est pas rose : le père boit et la mère a perdu tout sens de la réalité en planant à dix mille pieds. Un jour, elles décident de changer de vie et font le projet de fuguer vers le sud. Cependant, au moment de partir, Ellie, la plus jeune âgée de cinq ans, disparaît. Seize ans plus tard, Madeline, la cadette, tente de convaincre sa soeur Caroline et leur mère de déclarer la jeune fille morte, pour les besoins d'une autre affaire criminelle. Les deux femmes refusent, elles ont chacune l'espoir de retrouver Ellie. D'ailleurs, leur mère pense avoir retrouvé la trace d'Ellie dans le Montana. Elle supplie Caroline de partir à sa recherche.

"A perte de vue" est un roman où l'on parle d'amour, de drame et de mystères. A partir de la disparition d'une gamine de cinq ans, une famille va apprendre la dissolution et la reconstruction. Deux soeurs, pourtant unies dans leur enfance, vont se séparer et ne plus se comprendre. Leur vie d'adulte est opposée, l'une vit dans un monde de rêves et l'autre est plus pragmatique. Au centre, leur mère tente d'apporter un équilibre familial, jusque là fragile et bancal, mais elle est elle-même terriblement dévastée. La disparition d'Ellie est restée une plaie béante, un mystère, un drame secret, qu'il faut soit étouffer et ne plus évoquer, soit entretenir pour ne pas oublier. Ce roman est une leçon d'espoir, d'espérance. L'héroïne principale, Caroline (on suit longtemps ses monologues) est une attachante célibataire de 32 ans, qui cherche également à fonder sa propre vie, sur les décombres du passé familial. Roman d'apprentissage ou, tel un road-movie, l'histoire va se construire pas à pas, avec des flashbacks, "A perte de vue" est un roman étonnant, accrocheur et construit avec intelligence. Ce livre a été une agréable surprise pour moi, je vous le conseille !  * Pocket, 6.30 € *

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la_voixLa voix, Arnaldur Indridason : Dans un grand hôtel de Reykjavik, le corps du Père Noël a été retrouvé mort poignardé. Cet homme était en fait le portier et portait accessoirement le costume rouge pour le goûter d'enfants organisé par le directeur. Il logeait depuis des années dans un cagibi dans les sous-sols de l'établissement, ne faisait pas de vagues et pourtant son sort semble ne préoccuper personne. Voilà une chose qui intrigue le commissaire Erlendur, s'installant au coeur de l'hôtel pour mieux enquêter, fuyant également l'esprit des fêtes qui galope autour de lui.
Erlendur cherche, questionne, s'interroge. Il découvre que le mort n'était pas celui qu'on pensait, qu'il était une vénération dans sa jeunesse, et que son passé peut donc figurer parmi l'élément clef de son homicide.
Comme toujours, les fouilles d'un autre temps permettent d'alimenter l'intrigue présente. On croise, cette fois, les ombres des sévices entre un père et un fils, un harcèlement moral et une récente enquête sur laquelle travaillent ses collègues et qui fait étrangement écho à ce meurtre inquiétant.

Arnaldur Indridason a été révélé grâce au succès époustouflant de "La femme en vert" et il confirme avec "La voix" son incroyable potentiel à mener son lecteur dans des chemins troubles, boueux et glauques. Sa maîtrise de la trame policière est impressionnante, jamais ennuyeuse car les rebondissements surgissent très facilement. L'intérêt est maintenu du début à la fin. A cela, s'ajoute le charisme des personnages, Erlendur et ses inspecteurs, plus les silhouettes d'Eva Lind, qui tente de surmonter le trauma de la perte de son bébé, et du frère d'Erlendur (un drame dans l'enfance qui continue de hanter le commissaire). C'est en bref un roman noir et policier très haletant, où l'ambiance oppressante côtoie l'opacité des âmes humaines. En étant à la fois sinistre et émouvant, ce genre de roman vous aggrippe pour ne plus vous lâcher avant la dernière page.  * Points policier,  7.50 € *

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Bonnes lectures, amis lecteurs !

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13/11/07

C'est l'automne ! encore des feuilles volantes... En poche ! #9

_t__du_sureauEn apprenant la mort soudaine de son ami et éditeur Alain Oulman, Marie Chaix perd soudain la faculté de réagir, de rebondir en prenant la plume pour écrire.
Un silence de dix ans va suivre, dans lequel l'écrivain se dit incapable, sent la source tarie et pense avoir enterré sa carrière d'auteur.
En même temps, elle apprend la séparation de sa fille Emilie avec son compagnon Richard. La même stupeur la saisit, la même impuissance de comprendre, d'absorber la nouvelle...
Aux amis qui la forcent à reprendre du service, à l'obliger d'écrire, Marie reste interdite. Elle cherche à expliquer mais n'y arrive pas. Il lui faudra donc dix longues années pour retracer ce parcours de manque, d'immobilité et d'inaptitude.

Dans son livre « L'été du sureau », Marie Chaix en profite donc pour faire le bilan de sa vie de femme et d'écrivain. Le résultat est superbe ! Beaucoup de finesse, de douceur, de subtilité... une langue amoureuse, ronde, tantôt rosissante, balbutiante aussi. Un regard sans cesse étonné et confiant, une certitude jamais prétentieuse d'avoir retenu les bonnes leçons, d'être sortie d'une enfance douloureuse sans blessures (son père était collabo, il a été condamné et emprisonné, il y a eu les deuils aussi avec la mort des frères).
Et cette tendresse de maman, qui a su souffler à ses deux filles le même élan vers une vie amoureuse pas toujours linéaire (les répétitions des mêmes erreurs, bien malgré elles), son retour de femme amante, son délire de laisser échapper un gendre qu'elle adorait...

Sans oublier son travail d'écrivain : « Pour moi ce fut l'écriture, cette chose si mystérieuse qui vient ou ne vient pas... au moment précis où... ou bien pas du tout. Mais ne vient jamais « tout seul », qu'on se le dise car beaucoup le croisent encore. (...) Si le désir d'écrire pousse en même temps que les ailes, merveille, il trouvera la sortie ! Les débuts sont exaltants, c'est une première fois, un miroir qui vous veut du bien... mais le désir d'écrire est un petit état de grâce à choyer comme l'enfant à naître, fragile et dévorant. Les premiers mots sont des balbutiements qui se bousculent pour émerger du flot sombre. »
Lecture éblouissante ! A ne pas manquer !   * 5,50 € *  / Points

A été lu par Cathe !

Photo auteur et couverture : @ Marie Chaix, par Henri Droux en 1974

 


 

petit_eloge_des_grandes_villes« Je viens du pays de mon enfance, où le rêve se dessine en creux des choses vues, touchées, connues. La ville est un mirage, c'est pourquoi je la veux, je la désire. La ville est un fantasme. Elle est à moi, elle est l'endroit défendu, le périmètre dangereux, et je sais, sans le formuler encore, que c'est là que je vais guérir, grandir, ouvrir mes poumons, risquer de vivre. C'est peut-être le pollen du jardin, les plumes des oiseaux dans les platanes, la poussière de la vieille pierre qui m'étouffent. » (...)

Citadine convertie, convoitant l'asphalte et les villes plexiglas farouchement, Valentine Goby expose dans ce petit texte inédit son éloge des grandes villes. On passe sur l'enfance dans le Sud de la France, dans la ville des parfums et des clichés qu'on gomme pour les encadrer dans de jolies cartes postales, on suit la jeune femme qui déploie ses ailes vers un New York kaléidoscope et on revient à un tour du globe sans manières de Hanoï à Manille, de Jérusalem à Londres, et de Copenhague à Paris.

Un texte empreint de sensations, de senteurs, d'émotions. Cela ne restera pas forcément dans les annales de la littérature, mais Valentine Goby demeure un auteur remarquable, et qu'il ne faut pas manquer de découvrir !  * 2,00 € *  / Folio

 


 

Quatrième de couverture

baiser_dans_la_nuqueBientôt Fanny sera sourde. Bientôt elle n'entendra plus les pleurs des enfants qu'elle aide à mettre au monde. Pourtant, avant que le silence ne se referme sur sa vie, la jeune femme décide de prendre des cours de piano.

Louis, son professeur, elle l'a croisé à la maternité. Un homme solitaire et secret, doux et blessé. Au fil des leçons, une complicité pudique s'installe entre eux. Peu de mots, quelques gestes, des regards, et puis la musique. Pour affronter et surmonter la maladie, qui progresse, mais aussi, surtout, pour se soutenir mutuellement.

« (...) léger comme une chanson, sombre comme un requiem. » Christine Ferniot - Télérama

Ce que j'en ai pensé : Je suis restée en retrait, spectatrice complètement neutre de cette histoire qui est pourtant assez belle et touchante. La relation entre les deux personnages est pudique, sans vulgarité et elle ne frise pas le ridicule, ce n'est pas trop long ni ennuyeux. C'est au contraire pétri de volupté, de sensualité, de charme, de silence et de mystère. L'orchestration parfaite pour me séduire, et finalement non. Je ne sais pas pourquoi ! Toutefois je compte lire le deuxième roman de Hugo Boris, tant de promesses loupées ne peuvent qu'inciter la lectrice frustrée (que je suis) de ne pas rester sur cette déconvenue ! A suivre...  * 6,30 € * / Pocket

A été lu par Elfe (qui partage mon avis)

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12/11/07

Un ramassis de feuilles avec des mots écrits dessus ... En poche ! #8

Quelques titres en format poche (pas cher) pour remplir vos étagères et gonfler vos piles de livres à lire !!!

serveuse_etait_nouvelleCela fait trois jours que Sabrina, la serveuse du Cercle, n'est pas venue travailler. Arrive alors Madeleine, la nouvelle serveuse, que le patron briefe en vitesse avant de s'en aller faire sa petite fugue habituelle... Pierre, 53 ans, est garçon de café depuis huit ans dans ce bistro d'Asnières près du tunnel de la gare. Il voit tout, il écoute beaucoup mais c'est dans sa tête qu'il se parle (sa solitude, ses amours déçues, sa lecture de Primo Levi et les déboires de ses patrons).
L'histoire devient bancale dès le départ du patron, qui s'éternise et ne donne aucun signe de vie. Sa femme le soupçonne, Pierre sait bien quelque chose, et il est là, le pillier sûr et réconfortant.
Pourtant les jours au Cercle sont comptés. L'avenir du café devient de plus en plus compromis, suite aux fugues coûteuses du patron goguenard...

Très rapide à lire, ce livre a pourtant failli m'échapper des mains parce que j'étais moyennement convaincue au début. Quoi ? un semblant de brèves du comptoir, une complainte d'un serveur automate ? Mouaip, pas folichon. Et puis, peu à peu l'oiseau fait son nid et l'histoire propose une éclaircie. Que se passe-t-il au Cercle ? Où est passé le patron ? Et que va devenir sa femme ? La serveuse (nouvelle) n'est qu'un grain de sable, on s'en rend vite compte !
Agréable, mais pas mémorable (je pense).   * 5,80 € * / Pocket

C'est Cathe qui m'avait donné envie de le lire !

 


 

80_etes

« Paul aura vécu 86 étés » - Ainsi commence la confession de Jeanne, la petite-fille, face à la mort de son grand-père. En s'éteignant, Paul vole cette part de l'enfance, de l'adolescence et de la femme à éclore, autant de pelures qui constituent la narratrice. Et c'est clair qu'en ouvrant ce beau petit livre, on a le sentiment de lire une « ôde à ma famille » avec Jeanne qui clame son amour pour sa mère, son père (des parents divorcés mais heureux), sa belle-mère, son beau-père, ses demi-frère et soeurs. Jeanne aime son petit monde et sait très bien le partager avec le lecteur. Forcément on s'attache, on trouve qu'ils sont tous beaux, gentils, aimants et aimés. Le rêve ! Et puis, il y a les fêlures : d'abord le divorce, ensuite le déchirement, viendront la timidité maladive, les rougissements excessifs, le blocage envers le sentiment amoureux, ce corps maladroit et disgracieux (selon elle), et toujours un moral en béton et des dents longues !
J'ai beaucoup aimé la transparence du récit de Jeanne Herry (la fille d'un chanteur et d'une actrice reconnus). Ce n'est pas un livre où elle étale les plus vertes confessions, jamais elle ne règle ses comptes, ni ne revendique sa filiation « fille de ». C'est finalement un livre très pudique où Jeanne dit des choses personnelles, intimes, assez vulnérables. Et c'est surtout cet élan de sincérité, de vouloir communiquer son amour, la tendresse autour qui fait qu'on gobe ce texte tout entier en se régalant. En somme, « 80 étés » a été écrit avec reconnaissance et authenticité, sans chichis mais 100% pur beurre (de bonnes doses d'amour, quoi !).   * 4,10 € * / Folio

 


 

Verite_et_ses_consequences« La vérité et ses conséquences » est une comédie douce-amère sur les sempiternelles relations dans les universités américaines, dans le petit cadre fermé des intellectuels qui perdent leur foi, cherchent la notoriété, donnent des conférences et courent à perdre haleine pour fuir l'attachement trop intempestif des admirateurs. Au centre du roman d'Alison Lurie, on retient la figure magnifiquement agaçante de Delia Delaney, pompeuse et sexy, qui cartonne et détonne dans ce milieu coincé et huppé. Autre personnage intéressant : Alan Mackenzie, le pitre de service, bien malgré lui. Il se coltine des douleurs lombaires depuis 18 mois, et chaque passage dans le roman donne lieu à des séances de grimaces et pleurnicheries. Alison Lurie n'est pas complaisante, elle épingle un bon coup pour faire mal et le lecteur sourit. Le roman est, en somme, un rapide moment de lecture agréable, assez fidèle au style de l'écrivain. Quelques pages, vers la fin, auraient pu soulager l'histoire qui s'alourdit un petit peu. Sans quoi, bon point.   * 9,00 € * / Rivages

 


 

pluie_ne_change_rienUn 18 août, à Paris, vide et abandonné, près à succomber à un orage, un homme et une femme se rencontrent, se retrouvent, se sont donnés rendez-vous. Cette femme est très pâle, trop maigre, "elle était lisse et fine comme une esquisse, une femme pas assez dessinée, la chair pas assez pleine", et lui a les yeux bleus, la mèche de cheveux qui lui barre le front, il la suit dans le Luxembourg puis à l'hôtel. Très vite entre eux deux le langage des corps va s'ouvrir, plus loin que tous les mots pour expliquer le silence, la souffrance et l'attente.

Le corps devance le désir, l'un et l'autre se donnent, c'est un libre échange, ils ne sont pas deux, ils sont ensemble. L'homme doit apprendre la douceur et la brusquerie, la femme s'offre et se donne sans compter, mais reçoit autant de plaisir que de douleur. C'est très limite cette frontière entre le plaisir et la souffrance! Car chez cette femme il y a une plaie encore trop ouverte, pourra-t-elle s'en confier à lui? Elle paraît lui accorder sa confiance, en lui offrant son corps. De quoi donc a-t-elle été flouée, au même titre que ses rondeurs féminines? Cette femme est brisée et l'homme doit toujours se méfier, freiner pour respecter "cette effroyable limite entre le don et la méfiance, entre la licence et la précaution".

"La pluie ne change rien au désir" est très charnel et sensuel. Dans ce roman, il y a la figure de l'héroïne fragilisée et cassée, un passé obsédant et secret, et surtout une suavité dans les rapport homme-femme très, très licencieux! Véronique Olmi ne s'attache à rien, finalement. Elle raconte son histoire, prenez une femme qui n'a rien d'une femme, sinon une envie de sexe, une aspiration au plaisir et au désir incomparable. Et puis cette femme s'abandonne, donne son corps, se fond... En bref, c'est encombrant, langoureux, sensible et confondant. Le malaise est palpable.   * 5,00 * / LGF

 


 

swingAvec "Swing", on plonge immédiatement dans une soucoupe à voyager à travers le temps, franchir les océans et les frontières pour suivre une palette de personnages attachants, qui se croiseront ou s'effleureront à peine, mais cette peinture est belle, intéressante à découvrir et scruter à la loupe.

L'histoire commence de nos jours à Paris pour basculer à Londres en 1903 et parcourt ainsi tout un début de siècle en passant par New York, San Francisco, Montmartre, le Sud des USA, Cuba, les Antilles... Ce roman est en fait rempli de petites histoires qui suivent différents personnages, mais le point de départ s'attache à une peinture de Joseph Gaignault, retrouvée dans un grenier, avec un billet où "Joseph Gaignault n'est pas un peintre" est griffonné. C'est ce mystère qui donne la matière à grossir le roman de Jean Yves Chaperon.

L'auteur nous balade, en musique et en rythme, amarré à son amour du jazz (citation de "grands noms"), ébloui par la frénésie des années folles, mais gardant pied à terre pour conter le massacre de cette insouciance avec la guerre de 1914. Revient le mystère "Joseph Gaignault", ne l'oublions pas, entre les chapitres où flottent les esprits fascinants du boxeur Jack Johnson, du chanteur Caruso ou de la silhouette fuyante et juvénile d'une certaine Joséphine Baker...

C'est là le magnifique et l'incroyable : mêler avec habileté le vrai et le faux, croiser les destins des grandes figures à d'autres personnages inventés, s'imaginer une autre époque plus rutilante où le jazz allait connaître son âge d'or... Pour les plus grands amateurs, ce livre se savoure. Pour les moins éclairés (hmm, comme moi), "Swing" symbolise une palpitante saga où la petite musique résonne à l'oreille. Douce, entêtante et à mesurer dans le temps !  * 6,70 € * / J'ai Lu

 


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04/11/07

Le silence de la mer ~ Vercors

Le Silence de la mer

Après la diffusion du très réussi téléfilm sur France2, j'ai voulu lire le texte auquel il se référençait : "Le silence de la mer". Ce récit est particulièrement réussi, très touchant. Il met en scène un oncle âgé et sa nièce qui doivent loger un officier allemand, Werner von Ebrennac. Tous deux opèrent une résistance passive, teintée de silence profond et lourd, face aux tentatives d'approche de l'allemand. Celui-ci se révèle francophile, musicien aguerri, et porteur de l'espoir insensé d'une alliance possible entre la France et l'Allemagne. Hélas, les croyances de l'officier seront brusquement bafouées et le forceront à partir vers d'autres missions, le cœur meurtri. Entre-temps, il passera maintes soirées à se réchauffer au coin du feu, à monologuer sur son amour pour la culture française et le rêve d'être aimé un jour par une femme "digne et silencieuse". L'oncle est le narrateur-témoin de ce récit. On sent de sa part une tentative d'apprécier l'être humain au-delà de l'homme en uniforme, il porte sur sa nièce un regard parfois agacé face à son entêtement silencieux et fébrile. Vercors, dans ce remarquable récit, brode beaucoup autour du silence et montre ainsi le poids des non-dits et leur impact foudroyant.
Ce livre regroupe également d'autres récits de qualité mineure, si ce n'est "Ce jour-là", l'histoire d'un père et de son jeune fils, d'un pot de géranium sur le chassis d'une fenêtre et d'un enfant qu'on abandonne chez une vieille femme. L'ensemble des récits tourne autour de la guerre, du combat, des espoirs déçus, de la trahison et des sacrifices d'hommes et de femmes pour une juste cause. Tous ont été rédigés durant les années 40, pendant l'occupation allemande, alors que Vercors créait avec Pierre de Lescure les Editions de Minuit qui regroupaient les volumes d'écrivains représentant la résistance.
"Le silence de la mer" est à lui seul un texte d'une beauté sans égale.

lu en novembre 2004

Le Livre de Poche

216 pages - Date de parution: 01/01/1967
Editeur d'origine: 
Albin Michel

Le Silence de la mer est un téléfilm franco-belge réalisé par Pierre Boutron, sorti en 2004, adaption des nouvelles de Vercors : Le Silence de la mer et Ce jour-là. Il a été récompensé de trois prix au Festival de la fiction TV de Saint-Tropez en 2004 : meilleur téléfilm, meilleure interprétation féminine pour Julie Delarme et meilleure musique pour Jean-Claude Nachon et Angélique Nachon.

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14/10/07

Clair de femme ~ Romain Gary

Deux êtres en déroute qui s'épaulent de leur solitude et la vie attend que ça passe. Une tendresse désespérée, qui n'est qu'un besoin de tendresse... "Clair de femme" est une bouleversante histoire d'amour au sens très large. Car c'est la rencontre entre Michel et Lydia, tous deux blessés et saouls de malheur. Lui car sa femme se meurt et l'a prié de s'en aller rencontrer une autre femme pour la faire revivre en elle, et Lydia, la quarantaine et les cheveux blancs, coupable de ne plus aimer l'homme qui a tué leur petite fille dans un accident de voiture. Ces deux êtres en perdition, écorchés et malheureux, vont se heurter sur un trottoir, faire l'amour cette première nuit, se parler et errer dans les rues de Paris pour se consoler. Leurs rencontres vont alléger leurs chagrins, pensent-ils : le Senor Galba qui exécute un numéro de dressage d'animaux sur un air de paso-doble et qui se meurt en douceur, la pétulante Sonia, russe juive, qui se complait dans le malheur ... Un roman qui se passe en une nuit : le temps pour la femme aimée de mourir, le temps du couple Michel-Lydia de parler amour et couple. "Nous avions besoin d'oubli, tous les deux, de gîte d'étape, avant d'aller porter plus loin nos bagage de néant.". Mais Michel est un batisseur de cathédrales et son attente du couple est trop faramineuse pour l'ultra-sensible Lydia qui prend peur de cette promesse d'édifice. Michel doit partir vers d'autres terres pour oublier sa femme trop adorée et cette dernière nuit va s'écouler tristement, vainement. Ode à l'amour, à la vie de couple, à la pérennité de cet amour ?... "Clair de femme" est un bouleversant hommage d'un homme pour la femme de sa vie, la célébration passionnée de la patrie du couple, "d'une bienheureuse absence d'originalité, parce que le bonheur n'a rien à inventer". Etourdissant d'actualité pour un texte publié en 1977, ce roman se trace dans la coulée d'une écriture claire, aérée et révèle l'angoisse du déclin que pressentait l'auteur, qui s'est finalement donné la mort en 1980. " Il y a dans ce roman la dérision et le nihilisme qui guettent notre foi humaine et nos certitudes sous le regard amusé de la mort, écrivait Gary. Les dieux païens nous guettent installés sur l'Olympe de nos tripes. Notre vie n'est peut-être que le divertissement de quelqu'un ". " Tout se passe comme si la vie était un music-hall, un cirque où un suprême senôr Galba [pitoyable pitre alcoolique, dresseur et montreur de chiens]...s'amuserait à nos dépens ".
Non point lugubre ou sinistre, "Clair de femme" se lit d'une traite et se révèle époustouflant !

lu en octobre 2004

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