12/11/07

Un ramassis de feuilles avec des mots écrits dessus ... En poche ! #8

Quelques titres en format poche (pas cher) pour remplir vos étagères et gonfler vos piles de livres à lire !!!

serveuse_etait_nouvelleCela fait trois jours que Sabrina, la serveuse du Cercle, n'est pas venue travailler. Arrive alors Madeleine, la nouvelle serveuse, que le patron briefe en vitesse avant de s'en aller faire sa petite fugue habituelle... Pierre, 53 ans, est garçon de café depuis huit ans dans ce bistro d'Asnières près du tunnel de la gare. Il voit tout, il écoute beaucoup mais c'est dans sa tête qu'il se parle (sa solitude, ses amours déçues, sa lecture de Primo Levi et les déboires de ses patrons).
L'histoire devient bancale dès le départ du patron, qui s'éternise et ne donne aucun signe de vie. Sa femme le soupçonne, Pierre sait bien quelque chose, et il est là, le pillier sûr et réconfortant.
Pourtant les jours au Cercle sont comptés. L'avenir du café devient de plus en plus compromis, suite aux fugues coûteuses du patron goguenard...

Très rapide à lire, ce livre a pourtant failli m'échapper des mains parce que j'étais moyennement convaincue au début. Quoi ? un semblant de brèves du comptoir, une complainte d'un serveur automate ? Mouaip, pas folichon. Et puis, peu à peu l'oiseau fait son nid et l'histoire propose une éclaircie. Que se passe-t-il au Cercle ? Où est passé le patron ? Et que va devenir sa femme ? La serveuse (nouvelle) n'est qu'un grain de sable, on s'en rend vite compte !
Agréable, mais pas mémorable (je pense).   * 5,80 € * / Pocket

C'est Cathe qui m'avait donné envie de le lire !

 


 

80_etes

« Paul aura vécu 86 étés » - Ainsi commence la confession de Jeanne, la petite-fille, face à la mort de son grand-père. En s'éteignant, Paul vole cette part de l'enfance, de l'adolescence et de la femme à éclore, autant de pelures qui constituent la narratrice. Et c'est clair qu'en ouvrant ce beau petit livre, on a le sentiment de lire une « ôde à ma famille » avec Jeanne qui clame son amour pour sa mère, son père (des parents divorcés mais heureux), sa belle-mère, son beau-père, ses demi-frère et soeurs. Jeanne aime son petit monde et sait très bien le partager avec le lecteur. Forcément on s'attache, on trouve qu'ils sont tous beaux, gentils, aimants et aimés. Le rêve ! Et puis, il y a les fêlures : d'abord le divorce, ensuite le déchirement, viendront la timidité maladive, les rougissements excessifs, le blocage envers le sentiment amoureux, ce corps maladroit et disgracieux (selon elle), et toujours un moral en béton et des dents longues !
J'ai beaucoup aimé la transparence du récit de Jeanne Herry (la fille d'un chanteur et d'une actrice reconnus). Ce n'est pas un livre où elle étale les plus vertes confessions, jamais elle ne règle ses comptes, ni ne revendique sa filiation « fille de ». C'est finalement un livre très pudique où Jeanne dit des choses personnelles, intimes, assez vulnérables. Et c'est surtout cet élan de sincérité, de vouloir communiquer son amour, la tendresse autour qui fait qu'on gobe ce texte tout entier en se régalant. En somme, « 80 étés » a été écrit avec reconnaissance et authenticité, sans chichis mais 100% pur beurre (de bonnes doses d'amour, quoi !).   * 4,10 € * / Folio

 


 

Verite_et_ses_consequences« La vérité et ses conséquences » est une comédie douce-amère sur les sempiternelles relations dans les universités américaines, dans le petit cadre fermé des intellectuels qui perdent leur foi, cherchent la notoriété, donnent des conférences et courent à perdre haleine pour fuir l'attachement trop intempestif des admirateurs. Au centre du roman d'Alison Lurie, on retient la figure magnifiquement agaçante de Delia Delaney, pompeuse et sexy, qui cartonne et détonne dans ce milieu coincé et huppé. Autre personnage intéressant : Alan Mackenzie, le pitre de service, bien malgré lui. Il se coltine des douleurs lombaires depuis 18 mois, et chaque passage dans le roman donne lieu à des séances de grimaces et pleurnicheries. Alison Lurie n'est pas complaisante, elle épingle un bon coup pour faire mal et le lecteur sourit. Le roman est, en somme, un rapide moment de lecture agréable, assez fidèle au style de l'écrivain. Quelques pages, vers la fin, auraient pu soulager l'histoire qui s'alourdit un petit peu. Sans quoi, bon point.   * 9,00 € * / Rivages

 


 

pluie_ne_change_rienUn 18 août, à Paris, vide et abandonné, près à succomber à un orage, un homme et une femme se rencontrent, se retrouvent, se sont donnés rendez-vous. Cette femme est très pâle, trop maigre, "elle était lisse et fine comme une esquisse, une femme pas assez dessinée, la chair pas assez pleine", et lui a les yeux bleus, la mèche de cheveux qui lui barre le front, il la suit dans le Luxembourg puis à l'hôtel. Très vite entre eux deux le langage des corps va s'ouvrir, plus loin que tous les mots pour expliquer le silence, la souffrance et l'attente.

Le corps devance le désir, l'un et l'autre se donnent, c'est un libre échange, ils ne sont pas deux, ils sont ensemble. L'homme doit apprendre la douceur et la brusquerie, la femme s'offre et se donne sans compter, mais reçoit autant de plaisir que de douleur. C'est très limite cette frontière entre le plaisir et la souffrance! Car chez cette femme il y a une plaie encore trop ouverte, pourra-t-elle s'en confier à lui? Elle paraît lui accorder sa confiance, en lui offrant son corps. De quoi donc a-t-elle été flouée, au même titre que ses rondeurs féminines? Cette femme est brisée et l'homme doit toujours se méfier, freiner pour respecter "cette effroyable limite entre le don et la méfiance, entre la licence et la précaution".

"La pluie ne change rien au désir" est très charnel et sensuel. Dans ce roman, il y a la figure de l'héroïne fragilisée et cassée, un passé obsédant et secret, et surtout une suavité dans les rapport homme-femme très, très licencieux! Véronique Olmi ne s'attache à rien, finalement. Elle raconte son histoire, prenez une femme qui n'a rien d'une femme, sinon une envie de sexe, une aspiration au plaisir et au désir incomparable. Et puis cette femme s'abandonne, donne son corps, se fond... En bref, c'est encombrant, langoureux, sensible et confondant. Le malaise est palpable.   * 5,00 * / LGF

 


 

swingAvec "Swing", on plonge immédiatement dans une soucoupe à voyager à travers le temps, franchir les océans et les frontières pour suivre une palette de personnages attachants, qui se croiseront ou s'effleureront à peine, mais cette peinture est belle, intéressante à découvrir et scruter à la loupe.

L'histoire commence de nos jours à Paris pour basculer à Londres en 1903 et parcourt ainsi tout un début de siècle en passant par New York, San Francisco, Montmartre, le Sud des USA, Cuba, les Antilles... Ce roman est en fait rempli de petites histoires qui suivent différents personnages, mais le point de départ s'attache à une peinture de Joseph Gaignault, retrouvée dans un grenier, avec un billet où "Joseph Gaignault n'est pas un peintre" est griffonné. C'est ce mystère qui donne la matière à grossir le roman de Jean Yves Chaperon.

L'auteur nous balade, en musique et en rythme, amarré à son amour du jazz (citation de "grands noms"), ébloui par la frénésie des années folles, mais gardant pied à terre pour conter le massacre de cette insouciance avec la guerre de 1914. Revient le mystère "Joseph Gaignault", ne l'oublions pas, entre les chapitres où flottent les esprits fascinants du boxeur Jack Johnson, du chanteur Caruso ou de la silhouette fuyante et juvénile d'une certaine Joséphine Baker...

C'est là le magnifique et l'incroyable : mêler avec habileté le vrai et le faux, croiser les destins des grandes figures à d'autres personnages inventés, s'imaginer une autre époque plus rutilante où le jazz allait connaître son âge d'or... Pour les plus grands amateurs, ce livre se savoure. Pour les moins éclairés (hmm, comme moi), "Swing" symbolise une palpitante saga où la petite musique résonne à l'oreille. Douce, entêtante et à mesurer dans le temps !  * 6,70 € * / J'ai Lu

 


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04/11/07

Le silence de la mer ~ Vercors

Le Silence de la mer

Après la diffusion du très réussi téléfilm sur France2, j'ai voulu lire le texte auquel il se référençait : "Le silence de la mer". Ce récit est particulièrement réussi, très touchant. Il met en scène un oncle âgé et sa nièce qui doivent loger un officier allemand, Werner von Ebrennac. Tous deux opèrent une résistance passive, teintée de silence profond et lourd, face aux tentatives d'approche de l'allemand. Celui-ci se révèle francophile, musicien aguerri, et porteur de l'espoir insensé d'une alliance possible entre la France et l'Allemagne. Hélas, les croyances de l'officier seront brusquement bafouées et le forceront à partir vers d'autres missions, le cœur meurtri. Entre-temps, il passera maintes soirées à se réchauffer au coin du feu, à monologuer sur son amour pour la culture française et le rêve d'être aimé un jour par une femme "digne et silencieuse". L'oncle est le narrateur-témoin de ce récit. On sent de sa part une tentative d'apprécier l'être humain au-delà de l'homme en uniforme, il porte sur sa nièce un regard parfois agacé face à son entêtement silencieux et fébrile. Vercors, dans ce remarquable récit, brode beaucoup autour du silence et montre ainsi le poids des non-dits et leur impact foudroyant.
Ce livre regroupe également d'autres récits de qualité mineure, si ce n'est "Ce jour-là", l'histoire d'un père et de son jeune fils, d'un pot de géranium sur le chassis d'une fenêtre et d'un enfant qu'on abandonne chez une vieille femme. L'ensemble des récits tourne autour de la guerre, du combat, des espoirs déçus, de la trahison et des sacrifices d'hommes et de femmes pour une juste cause. Tous ont été rédigés durant les années 40, pendant l'occupation allemande, alors que Vercors créait avec Pierre de Lescure les Editions de Minuit qui regroupaient les volumes d'écrivains représentant la résistance.
"Le silence de la mer" est à lui seul un texte d'une beauté sans égale.

lu en novembre 2004

Le Livre de Poche

216 pages - Date de parution: 01/01/1967
Editeur d'origine: 
Albin Michel

Le Silence de la mer est un téléfilm franco-belge réalisé par Pierre Boutron, sorti en 2004, adaption des nouvelles de Vercors : Le Silence de la mer et Ce jour-là. Il a été récompensé de trois prix au Festival de la fiction TV de Saint-Tropez en 2004 : meilleur téléfilm, meilleure interprétation féminine pour Julie Delarme et meilleure musique pour Jean-Claude Nachon et Angélique Nachon.

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14/10/07

Clair de femme ~ Romain Gary

 

Résultat de recherche d'images pour "clair de femme""Clair de femme" est une bouleversante histoire d'amour au sens très large. C'est la rencontre entre Michel et Lydia, tous deux blessés et saouls de malheur. Lui car sa femme se meurt et l'a prié de s'en aller rencontrer une autre femme ; elle, Lydia, la quarantaine et les cheveux blancs, coupable de ne plus aimer l'homme qui a tué leur petite fille dans un accident de voiture. Ces deux êtres en perdition, écorchés et malheureux, vont se heurter sur un trottoir, faire l'amour cette première nuit, se parler et errer dans les rues de Paris pour se consoler. Leur rencontre va alléger leurs chagrins, pensent-ils... Le roman se passe en une nuit : le temps pour la femme aimée de mourir, le temps pour Michel et Lydia de parler amour et couple. « Nous avions besoin d'oubli, tous les deux, de gîte d'étape, avant d'aller porter plus loin nos bagages de néant ». Toutefois, Michel est un bâtisseur de cathédrales et son attente du couple est trop faramineuse pour l'ultra-sensible Lydia qui prend peur de cette promesse d'édifice. Michel doit partir vers d'autres terres pour oublier sa femme trop adorée et cette dernière nuit va s'écouler tristement, vainement. Ode à l'amour, à la vie de couple, à la pérennité de cet amour ?... "Clair de femme" est un bouleversant hommage d'un homme pour la femme de sa vie, la célébration passionnée de la « patrie du couple» ; « d'une bienheureuse absence d'originalité, parce que le bonheur n'a rien à inventer ». Étourdissant d'actualité pour un texte publié en 1977, ce roman s'inscrit dans la coulée d'une écriture claire et aérée, il révèle l'angoisse du déclin que pressentait l'auteur lui-même - il s'est finalement donné la mort en 1980.  « Il y a dans ce roman la dérision et le nihilisme qui guettent notre foi humaine et nos certitudes sous le regard amusé de la mort, écrivait Gary. Les dieux païens nous guettent installés sur l'Olympe de nos tripes. Notre vie n'est peut-être que le divertissement de quelqu'un. Tout se passe comme si la vie était un music-hall, un cirque où un suprême senôr Galba [pitoyable pitre alcoolique, dresseur et montreur de chiens]...s'amuserait à nos dépens ». Nullement sinistre, "Clair de femme" se révèle époustouflant !

lu en octobre 2004

Résultat de recherche d'images pour "clair de femme" folio

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12/10/07

Dix heures et demi du soir en été ~ Marguerite Duras

Ce petit roman de Marguerite Duras, auteur fameusement reconnue pour des oeuvres comme "L'amant", "Le marin de Gibraltar" ou "Un barrage contre le Pacifique", s'est scotché à mes mains de manière invraisemblable ! J'ai plongé littéralement dans le récit, étrange, envoûtant et amer. L'auteur semble écrire comme un homme : des phrases sèches, une tonalité mitraillée et une implacabilité du style, des mots, des personnages et de leurs aventures. A cela même qu'elle a le génie d'écrire sans façon un désabusement féroce, une lassitude des corps et des sentiments, un amour qui s'en va, la beauté du corps qui s'évapore, le temps qui passe sur le couple terrassé ... Cet oeil met à nu les âmes des personnages de "Dix heures et demie du soir en été" : un couple, Pierre et Maria, sont sur la route des vacances, avec leur fille Judith et une jeune femme, Claire, belle et amicale. D'elle, on pressent qu'elle est l'élément qui fait vaciller le couple Pierre-Maria qui s'éloigne et se perd. Maria se perd dans l'alcool, Pierre dans la désillusion de son amour perdu. Et Maria observe ces deux amants qui se guettent, se cherchent et, probablement, consumeront leurs amours à Madrid. Car c'est en Espagne que se déroule cette histoire, d'abord dans un village où un crime passionnel vient d'être commis. Un certain Rodrigo Paestra vient d'assassiner sa jeune épouse et son amant. Depuis l'homme se cache et la police est à ses trousses. Dans ce village envahi par les touristes déroûtés par l'orage qui s'abat sur la région, chacun se réfugie dans l'hôtel pris d'assaut par cette masse, où l'on dort à même le sol, dans les couloirs. Mais pendant cette nuit, Maria ne dort pas : elle aperçoit l'ombre de Rodrigo Paestra sur les toits, elle l'appelle et l'emmène hors du village ... Et ainsi le roman se profile : sur les routes de vacances, un couple, un enfant, une femme et un criminel recherché. L'on se noie dans les verres de manzanilla, on s'effleure sur les balcons, on se dit qu'on s'aime en pleurant, et l'on perd la vie dans les champs de blé. Beau et étrange roman, publié en 1960, où les acteurs acceptent avec tristesse et lassitude la défaite - de la beauté, de l'amour, de la vie et de la raison. Insaisissable presque, mais incontournable aussi.

lu en octobre 2004

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08/09/07

La Pochothèque de la Rentrée ! En poche ! #7

A mettre dans son shaker :

(Noter La légende d'une servante de Paula Fox)

  • Chez J'ai Lu : La partie de cartes d'Adolf Shröder  (lu mais aimé moyen...)

(Noter Marie Antoinette d'Antonia Fraser  ;  Les grand-mères de Doris Lessing)

(Noter La nuit interdite de Thierry Serfaty ; Terre des oublis de Thu Huong Duong ; Une autobiographie d'Agatha Christie ; Nous sommes de Gila Lustiger ; Mes hommes de Malika Mokeddem)

(Noter La forêt des ombres de Franck Thilliez ; Les sirènes de Bagdad de Yasmina Khadra ; La serveuse était nouvelle de Dominique Fabre)

(Noter : L'été du sureau de Marie Chaix)

Pas trop le courage de rapporter mes avis sur les livres ci-dessus, alors j'ai renvoyé à quelques liens ... N'hésitez pas à compléter, donner d'autres idées ou apporter vos liens !  ;o))

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07/09/07

Le jeûne et le festin ~ Anita Desai

C'est un roman d'Anita Desai que j'avais beaucoup apprécié au moment où je l'avais lu (il y a deux ans). L'histoire d'une Inde enfermée dans ses traditions et ses castes, ses rêves de mariages, seules issues pour les filles, surtout si elles sont belles et gracieuses. Mais cela ne surpassera jamais la suprématie masculine, surtout si l'héritier mâle, tant désiré, arrive enfin dans la famille ! Tout lui est servi sur un plateau d'argent : caprices, cadeaux et ouverture sur le monde. Le roman se compose donc en deux parties : la première où l'on voit la difficulté des filles, les traditions pour marier celles-ci et la préférence aux garçons.. Dans la deuxième, on se retrouve en Amérique, le fils est parti étudier mais l'auteur, à travers sa merveilleuse plume, laisse transparaître son mal d'être, sa déprime et sa mélancolie. Aussi sa conviction intime d'être dépaysé, inadapté et déraciné. C'est un très bon roman, "Le jeûne et le festin", l'un des meilleurs de cette auteur, Anita Desai. Elle possède ce talent rare d'être dérisoire dans son récit, même si celui-ci est dramatique et pathétique. Anita Desai mêle l'humour à la dérision et n'hésite pas à parquer ses personnages dans des situations aberrantes. Une très belle plume.

lu en septembre 2004

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17/08/07

Poids léger ~ Olivier Adam

Progressivement je lis tous les livres d'Olivier Adam et je ne cesse d'être séduite et touchée par l'auteur et son style imparable. Sûr, ça fait mal, ça casse, ça blesse et c'est d'une infinie tristesse, d'un profond désarroi. Dans "Poids léger", Antoine, le narrateur, est un paumé de première classe : au bout du rouleau, à bout de nerfs, à fleur de peau, pour ne pas dire au bord de la dépression. Antoine vit dans un présent qui ne lui donne plus du tout le moral et l'abat de jour en jour. Lui se souvient avec douleur des jours heureux avec ses parents et sa soeur qu'il a adorée. Aujourd'hui, ses parents sont décédés, il doit d'ailleurs vider la maison du père avant la remise des clefs aux nouveaux propriétaires, il vivote auprès d'une société de pompes funèbres et broie du noir à enterrer des inconnus. Sa soeur s'éloigne de plus en plus. Lui se défoule à la boxe. Et la tension du roman va crescendo : on accompagne Antoine au plus profond de son désarroi, on assiste à sa débâcle et on aimerait qu'il s'en sorte, mais bon ...
C'est encore un très bon livre, que voilà. L'auteur m'enchante, livre après livre. Jamais déçue. Tout le temps bouleversée. J'apprécie toute la poigne que dégage son écriture, son coup de griffe et ses coups au coeur. Du bon boulot !

août 2004

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13/08/07

La pochothèque de fin d'été ... En poche ! #6

Non ! Les vacances ne sont pas encore finies. Et ce n'est pas encore totalement la Rentrée, même si plane dans l'air l'avant-goût des 700 ouvrages à paraître (1ère envolée à surveiller dès le 16 août, à noter ! ) pour l'événement culturel de la saison. ;o) 

Ce billet va se pencher vers les titres à paraître en format poche. Car une belle moisson s'annonce aussi de ce côté-là ! (Encore une fois, je m'attarde sur les livres que j'ai personnellement lus et appréciés ...) Attention, dans l'ensemble, ces titres ne paraissent pas avant la fin du mois !

Chez 10-18 :

Ceci n'est pas un roman - Jennifer Johnston : Il y a trente ans, Imogen apprenait la mort de son frère Johnny, porté disparu après être parti nager en mer. C'était un nageur émérite, aussi Imogen a toujours refusé de croire en sa disparition tragique. Envoyée dans une clinique, la jeune fille est incapable de parler. Non, elle n'est pas folle, juste secouée.  Elle va s'engager dans l'écriture et raconter l'histoire de sa famille. Pour cela, elle va fouiller dans les placards, trouver des lettres d'une arrière-grand-mère, lire le journal de son père, se rappeler l'année 1970 où tout a basculé quand Johnny a refusé de poursuivre son entraînement de natation, avec l'arrivée de son camarade allemand Bruno, et les comportements étranges de leur mère Sylvia et la mystérieuse mais aimante amie Mathilde. Le roman va donc se construire comme un puzzle, on y découvre les acteurs de cette tragédie familiale jusqu'au dénouement dans les dernières pages. Foncièrement captivant, après un début balbutiant.

Chez J'ai Lu :

Le cri - Laurent Graff : Le narrateur est péagiste sur une autoroute qui est de moins en moins fréquentée par les automobilistes. Les gens fuient, un drame est survenu mais le narrateur n'en a ni connaissance ni franchement conscience. Autour de lui, gravite une faune étonnante : un gendarme, des auto-stoppeurs, une infirmière et un SDF avec ses deux chiens. Un vol a eu lieu, un cri a retenti, ils sont peu à y survivre. "Le cri" a été inspiré à Laurent Graff après le vol du tableau d'Edvard Munch qui porte le même nom. Il évoque une fin du monde, la fin d'un homme et papillonne d'allégresse dans un univers un tantinet fantasmagorique. C'est très rapide à lire, le personnage nous embarque aussitôt dans sa quête vers la véracité. Et la fin du roman apporte des solutions qui relève le niveau d'une histoire qui parfois empruntait des chemins alambiqués. Plaisant, donc.   

Chez Pocket :

Pissenlits et petits oignons - Thomas Paris : Koulechov est un croque-mort original. Dans son métier, pour égayer ses instants morbides, il décide de connaître "ses" morts afin d'écrire au moins quatre pages de leurs histoires personnelles. Koulechov s'improvise écrivain et rend ainsi âme aux disparus. Un jour il s'occupe du cas de son quatre mille deux cent vingt-quatrième "client" : Emile Lécuyer. Mais ce sont deux femmes qui entourent ce cadavre, Eva Rouvière et Anne-Marie Lécuyer, la maîtresse et l'épouse, semble-t-il. Et l'histoire commence sur le trajet pour inhumer le corps, un pistolet braqué vers Koulechov ! Qui, quoi, comment, pourquoi ? Le lecteur s'en pose des questions et Koulechov, en digne et humble narrateur, déroule le fil de son histoire. Roman très drôle, glacial et inquiétant, assez cynique par certains aspects comme la comédie des moeurs légères. Koulechov est un personnage affable, qu'une histoire, simple en apparence, va paralyser et emmêler les pinceaux. D'ailleurs, la conclusion s'avère étrange, dérangeante et révise le roman entièrement. A goûter !

Chez Points :

Mangez-moi - Agnès Desarthe : Voulant tourner la page d'un passé en lambeaux, Myriam a décidé d'ouvrir un restaurant, le Chez Moi, un joyeux bordel de couleurs, d'odeurs et de saveurs. On y rencontre aussi des étudiantes en philosophie, un saint-bernard dégingandé mais indispensable, un fleuriste amoureux, des rêves hallucinatoires, une bibliothèque nomade, et des notes de musique... Mais derrière les délices, se cachent aussi les peines, les doutes, les questions. Les amours bancales, jamais banales. Bref, tout bonnement enivrant, parfumé d'odeurs alléchantes, sensuel, envoûtant, féérique et chimérique, un roman à dévorer.

A surveiller :  Le baiser dans la nuque, de Hugo Boris (Pocket) ;  Extrêmement fort et incroyablement près, de Jonathan Safran Foer (Points) ; Mémoires de porc-épic, d'Alain Mabanckou (Points).

N'hésitez pas à compléter cette liste avec vos propres suggestions !

A bientôt les lecteurs !

 

En bonus :

 


Les Cerfs-Volants

(Parce que Marilyn met son grain de sel ... écoutez ! )  ;o)

 

Retour prévu le 21 / 08 !  ... :))

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18/06/07

Voir les jardins de Babylone ~ Geneviève Brisac

Ce quatrième roman de Geneviève Brisac reprend les mêmes personnages des histoires précédentes : dans "Voir les jardins de Babylone" on retrouve Nouk qui approche de la trentaine, elle est maman d'un bébé (Eugenio) et vit avec Berg. L'histoire de Nouk démarre lorsqu'elle apprend qu'elle fait partie de l'échantillon pour une enquête sur la vie sexuelle des Françaises. D'abord réticente, Nouk va progressivement se confier et raconter ses premières amours, souvent catastrophiques, avortées ou saugrenues. Car Nouk est une ancienne partisan de la révolution, elle a fait Mai 68, adhéré aux groupes féministes, revendiqué des changements radicaux, manifesté, rédigé des tracts etc.. Insidueusement, ses idées sont tout aussi provocantes, anti-bourgeoises: ne jamais déclamer son amour, être dans le doute perpétuel de trouver le bon amoureux, ne pas se marier, tout se dire dans le couple etc. Car au fil de ses aveux, Nouk va introspectivement analyser ses sentiments, sa vie et son amour pour Berg et au fil des chapitres l'amertume va poindre...
Ce roman de Geneviève Brisac est assez amer, pour conclure. Portrait sans complaisance d'une jeune femme, de sa vie amoureuse, de ses loupés, ses manques et ses incertitudes. Car Nouk est compliquée comme sa vie : est-elle une bonne mère, son bébé est-il idiot, Berg est-il l'homme de sa vie. S'ajoutent ses questions sur son implication au sein de son groupe des Adélaïdes, ses amitiés, sa vie alentour, etc. "Voir les jardins de Babylone" est un peu sonneur de cloches. C'est une histoire qui remue les consciences, qui remue les idées fixes et qui révise les idées des années soixante et soixante-dix. Au final, c'est un petit peu décevant même si l'écriture est toujours parfaitement maitrisée, sarcastique, fantasque et critique à souhait. Le texte est joyeusement parsemé de chansons, souvent pas très connues. "Voir les jardins de Babylone" est grinçant mais un peu trop alambiqué. J'ai hâte d'ouvrir "Week-end de chasse à la mère" pour découvrir la suite des aventures de Nouk et d'Eugenio.

juin 2004

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17/06/07

Sirène ~ Marie Nimier

Marine, jeune fille au prénom d'eau, est une sirène. Celle des légendes, celle qui, un jour, s'efface car trop fragile et éphémère. A seulement vingt ans, Marine décide de les rejoindre, au fond de la Seine. Très soigneusement, la jeune fille prépare son grand voyage, lave la vaisselle, astique les sols et écrit une lettre pour Bruno. Avec application. "Je vais me couler sirène, adieu."
L'on plonge ensuite dans l'histoire de Marine, sa rencontre avec Bruno, ce sculpteur qu'elle aime. Et ses souvenirs d'enfance. Traumatisants, qui ont marqué à vif la jeune fille et expliquent son parcours, cette issue irrémédiable. "Sirène", premier roman de Marie Nimier, raconte toutes ces jolies choses. C'est le monde de l'enfance avec ses légendes, ses rêves, ses espoirs et fatalement ses déceptions, ses blessures. Les amours inconstantes. Par goût et par jeu, les personnages de Marie Nimier ont un oeil vers les nuages et l'autre rivé sur ce qui les environne. C'est peut-être le décalage entre leurs pensées et le monde extérieur qui leur donne cette apparence d'anges écorchés. Ils semblent détenir un secret que l'auteur va malheureusement chercher à révéler. Le voile se lève sur des regrets: les chimères n'appartiendraient-elles qu'aux enfants?

Un merveilleux et bouleversant petit roman, tendre malgré les apparences. Marie Nimier possède une très jolie plume et révèle un monde à la fois proche du rêve, des légendes et de la réalité.

juin 2004

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