01/06/07

En poche ! #6

Quelques titres à paraître en format poche ... une sélection parmi les ouvrages que j'ai lus :

La Maison dans les dunes, Vonne van der Meer : Il existe sur l'île de Vlieland une maison dans les dunes où locataires d'un temps peuvent s'y prélasser pour des vacances normalement sans soucis. Cette maison dans les dunes devient donc la confidente d'hommes et de femmes plus souvent tourmentés par leur vie extérieure, qu'ils ramènent entre ces murs, incapables de laisser les ennuis à la porte. Et ainsi, un peu comme cette femme de ménage qui se balade à vélo sur la plage, on observe secrètement les uns et les autres se débattre dans les petits riens de la vie ordinaire ! Il y a ce jeune couple marié avec un enfant de bas âge dont le mari a avoué une passade toute récente, deux femmes qu'une génération sépare et dont la grossesse de l'une va rejeter la décision de l'autre prise vingt ans auparavant (et qu'elle pensait être la bonne)... Il y a d'autres couples, ou des hommes et des femmes au crépuscule de leur vie qui pensent finir leurs jours dans cette maison dans les dunes, mais aussi un grand amour naissant ET un livre d'or !

J'ai sincèrement beaucoup aimé ce roman qui transporte automatiquement son lecteur dans son univers de sable et d'isolement insulaire. J'ai un peu repensé à une autre lecture, "Haute saison, quinzaire uniquement" de Nathalie Ours, dans son principe de petites anecdotes de locataires dans un même lieu. Car c'est une lecture à considérer aussi bien en roman qu'en recueil de nouvelles. C'est léger et distrayant. Une suite existe : "Le bateau du soir".  10-18 n° 4036.

 


 

reve_de_balthusLe rêve de Balthus, par Nathalie Rheims : Une jeune fille, Léa, fait des rêves médiumniques. Elle rêve du tableau de Balthus dans lequel elle pense s'y retrouver sous les traits de la jeune fille endormie. C'est un peintre, Andrea, qui le souligne. Il révèle également l'étrange similitude entre sa propre fille, Angie, et la deuxième fille du tableau, celle qui tend une rose jaune. Or, Angie est portée disparue. Et dans ses rêves, Léa croit que cette jeune fille lui chuchote une vérité, une confession. Partie à Venise, à la rencontre d'une confrérie secrète, Léa va comprendre la signification de ses rêves, tenter de percer le mystère de l'immortalité, comprendre le mystère des disparus - son père Maurice et la jeune Angie -, et pactiser avec le Malin. Diableries, onirisme, peintures de la Renaissance, Balthus dans son atelier, bref... on en voit de toutes les couleurs ! C'est d'ailleurs le léger défaut de ce roman : un peu trop confus par moments. La frontière entre le rêve, le réel et la vérité est si mince. On hésite à entrer dans l'histoire, bourlingué entre un appartement parisien, un palais vénitien et un songe plongé dans l'obscurité. Les parois sont fragiles, et hélas j'ai trouvé que l'histoire n'était pas suffisament brodée ! Pourtant Nathalie Rheims traite élégamment son récit, d'une belle écriture épurée et intelligente. Malgré l'effet d'hypnose, j'ai regretté que l'histoire ne s'éternise davantage ...  Chez Folio n°4570.

 


 

vous_dansez_2Vous dansez ? , par Marie Nimier : L'écrivain livre toutes formes d'états d'âme glissées dans des chaussons de danse, ou même des patins à glace. Car en effet, ses personnages sont tout autant des pantins désarticulés, aux rêves effrités, rêves de gloire, d'amour ou de survie, bien loin des feux de la rampe. Mais également la danse rime avec sensualité, comme dans le premier texte "Le ficus", où un passionné de plantes caresse son amante comme il bichonne son végétal - amoureusement, sensuellement, sûrement.

Dans l'ensemble, les textes sont très touchants, mettant en lumière les failles secrètes du monde de la danse - la peur de vieillir, se sentir seul, incompris, isolé, perdre sa soeur en jouant à la balançoire, vivre avec ce manque et ce traumatisme, garder le silence, assumer son corps, sa "superbe", aimer se monter, assumer son narcissisme... Ce recueil dévoile ainsi les multiples facettes de la danse, combien derrière le charme, la beauté et la sensualité se cachent souvent la misère, la solitude, la fragilité du corps et l'appartenance à un univers à part. Ce livre, en somme, se fait l'écho de quelques notes de musique pour l'ouverture d'un ballet merveilleux, humain, triste et dérisoire, mais généreux dans le fond. Une petite heure (de lecture) en douceur...  Folio n° 4568.

 


 

lily_la_tigresse_2Lily la tigresse, par Alona Kimhi : J'ouvre le livre et je plonge aussitôt dans un bain crémeux et odorant où, perdue dans la mousse, je rencontre Lily, jeune célibataire de trente ans et ses 112 kilos de femme. La belle se donne du plaisir avec son pommeau de douche, qu'on me pardonne cette transgression de son intimité, mais il faut dire que Lily livre en toute transparence l'étendue de son existence assez cocasse. Cela fait bientôt deux ans que son fiancé est parti, refusant net le mariage, sous prétexte que les kilos superflus de sa douce l'indisposaient ! Lily est donc seule, dans l'appartement hérité de sa grand-mère Rachélé, et pense à l'amour. Elle le cherche et le veut, au plus vite ! Après son bain, Lily se pomponne pour aller au cirque avec sa meilleure amie Ninouch. Mais rien ne se passe comme prévu : elle loupe la séance, rencontre une femme chauffeur de taxi et retrouve son premier amant, Taro.

Lily est une épicurienne, on le devine d'emblée. Sa recherche perpétuelle du plaisir est tout autant enthousiasmante et grisante pour le lecteur qui suit ses aventures ! Le ton général est drôle, amusant et étonnant. Alona Kimhi a un don particulier pour la fantaisie et l'excentricité, cela donne vite le tournis. J'étais étonnée de lire aussi vite les 430 pages de ce roman, même si j'avais des yeux de plus en plus hallucinés vers la fin (la tournure des événements clôt franchement le sujet!). Et si, aussi, j'avoue quelques lassitudes pour les longues descriptions sur le passé de Ninouch (ancienne prostituée, un peu débile, mais attachante et fragile, qui partage désormais sa vie avec un type jaloux et violent). Dans ce roman chatoyant, on rencontre donc de l'amour, des jolies rondeurs, un animal sauvage, un dentiste libidineux, des parents comédiens et tout le toutim. C'est original et offert à tous les esprits farfelus et rêveurs. Ce n'est pas non plus un livre sur les femmes rondelettes qui s'assument et réclament de l'amour dont elles ont aussi le droit, pas que ça. Cela va beaucoup plus loin et pousse les frontières de l'imagination !    Folio n° 4565

 


 

bulle_de_tiepoloLa bulle de Tiepolo, par Philippe Delerm : Dans une brocante parisienne, un homme puis une femme s'attardent autour d'un même tableau signé par le peintre Sandro Rossini. C'est la jeune femme qui en fait l'acquisition, l'italienne Ornella Malese. Rossini est son grand-père inconnu, que toute la famille a semblé renier. Le secret autour de ce personnage semble être des plus opaques et c'est finalement en compagnie d'Antoine Stalin, l'amateur de peintures italiennes, que la jeune écrivain, accessoirement enseignante, part sur les traces de son passé. Sur des sentiers parrallèles, Antoine rencontre un tableau de Tiepolo - El Mundo Nuevo - en relation avec le travail sur Vuillard qu'il cherche à accomplir, et il découvre ainsi le mystère d'une bulle qui reflète la vérité sur des pistes de lecture dans la vie de tout mortel.

Car dans "La bulle de Tiepolo" Philippe Delerm a mis en scène deux solitaires, Antoine et Ornella, qui unissent leurs errances respectives pour aller au devant des hantises du passé. Antoine a perdu sa femme et sa petite fille, Ornella combat le silence familial qui entoure leur héritage. Depuis le début jusqu'à la toute dernière phrase, que j'ai absolument vénérée, j'étais charmée, éblouie, conquise. Delerm n'est ni pédant ni redondant, il raconte une enquête des origines, via la passion de l'écriture et la peinture, et règle ainsi quelques comptes sur les succès d'estime qui partent en vrille et deviennent "phénomènes de foire", comme ce fut le cas pour sa "Première gorgée de bière". Il pond aussi quelques petites perles définissant justement la perception de toute création - "Cerner les métaphores secrètes d'une oeuvre, non pour l'expliquer, mais pour ouvrir des pistes de lecture, des rencontres possibles avec les questionnements les plus intimes des spectateurs, qu'on voit toujours de dos". Et concernant ce nouveau roman, le lecteur y retrouve toutes ces émotions et cette poésie simplissime, mais efficace. Un moment de lecture captivant et ensorcelant, dans les rues vénitiennes - détail non négligeable !  Folio n° 4562 .

 


 

j_apprendsJ'apprends, par Brigitte Giraud : " Il ne faut pas faire ce que je fais quand mon institutrice inscrit sur le tableau : racontez une soirée d'automne. Il ne faut pas écrire : La nuit qui tombe à cinq heures. Le bruit de la Cocotte-minute, le bruit du mixer, la chaise vide de ma sœur, la louche pour servir la soupe, le lait que mon demi-frère verse dans la soupe pour la refroidir, le silence autour de la table. Il ne faut pas écrire : Celle qui n'est pas ma mère assise en face de moi. Le début de fou rire qui nous envahit, mon demi-frère et moi, et notre détresse qui grandit en même temps que le jour diminue. Il ne faut pas confondre l'énoncé des rédactions avec de vraies questions. Je dois inventer un monde spécialement pour le raconter à mon institutrice. J'apprends qu'on ne peut pas tout dire. " (Présentation de l'éditeur)

Brigitte Giraud livre un roman en toute simplicité, écrit avec beaucoup d'amour pour la petite Nadia, enfant 'importée", un modèle dont on gomme les angles et avec un pan d'histoire qu'on tente d'effacer, avec maladresse et méchanceté, déjà. "J'apprends" est un mélange d'innocence et de pudeur, de vérité qui sort de la bouche des enfants. C'est très simple, ce qui n'enlève pas sa qualité !    Le livre de poche n° 30824.

 


 

A ta place, par Karine Reysset : Cécile a quelques kilos en trop, un boulot pas formidable, une vie tranquille, sans remous, qu'un coup de fil va remettre en question. Un docteur cherche à la rencontrer car une certaine Chloé a son nom griffonné sur un papier, trouvé dans sa poche. Passé le premier choc d'entendre à nouveau parler de son ancienne meilleure amie, plus vue depuis treize ans, Cécile se ressaisit et va à sa rencontre. Un nouveau choc l'attend : Chloé n'est plus la même. Dans un état catatonique, enfermée dans un hôpital psychiatrique, muette et toujours plus mystérieuse, Chloé ne livre pas la clé de ses secrets. Pour comprendre Chloé, Cécile se rappelle leurs années d'amitié durant leur adolescence. Passion brumeuse et comportement effronté, l'attachement des deux jeunes filles flirtait aussi avec un rapport étrangement intime et ambigu. Puis, plus rien. Chloé s'est évaporée. L'émotion de la retrouver submerge Cécile. A elle aujourd'hui de redessiner les contours de son amie. De lui rendre la parole, la féminité, et de la conduire vers son chemin. Même si, en passant, Cécile se glisse un peu trop à la place de Chloé...

Ecrite de manière profonde et sur un ton personnel, l'histoire du roman de Karine Reysset demeure un chuchotement pudique, très sensible. C'est un récit bouleversé par le temps et les aléas de la vie, renversé par le déferlement des souvenirs, des envies et des manques. Cécile est une jeune femme qui manque cruellement de "tout" dans sa vie, depuis longtemps. Chloé, de son côté, est une figure révolutionnaire, résolue et impérieuse. Le jour et la nuit. Quand les rôles s'inversent, Cécile saisit sa chance, au risque de courir à sa perte. Et sa course à bout de souffle, dans quel but ? Se substituer à l'autre, pas seulement. Avoir des reproches silencieux ? Car "à ta place", Cécile aurait fait d'autres choses, aurait empoigné sa chance. Mais encore !.. Il y a tellement de "si" dans une vie, tellement de "voudrais bien". Le destin de Cécile et Chloé, si emmêlé depuis des années, est cruellement empoisonné, enchaîné et désespéré. L'une des deux va perdre, souffrir. Immanquablement. On cherche à y croire, à sauver la face, mais...

Ce troisième roman de Karine Reysset est à la fois différent des autres, plus ambitieux. Toutefois son écriture est terriblement la même : douceur, cocooning, éveil des sens, appel des odeurs, du goût et des larmes, salées. Un roman écrit comme sur des coquilles d'oeufs, à lire comme tel !  Chez Points.

 


 

Je pense à toi tous les jours, par Helena Villovitch : Très tonique et pétillant, ce recueil pondu par l'extravagante Helena Villovitch vous redonne un coup de peps pour la journée ! "Je pense à toi tous les jours" est une véritable ode à la bonne humeur, à la fraîcheur, à la joie de vivre. En tout, douze aventures, douze portraits d'hommes, de femmes qui travaillent, rêvent d'être riche et célèbre, expliquent le pourquoi du comment du travail à domicile, pourquoi on ne répond pas au téléphone, le plaisir presque jouissif de conduire son antique Renault 14 avant d'être condamnée au RER, de supporter les autres, les ex, les amants qui perdent un boulon ... bref, c'est drôle, excentrique, désopilant et ça change de l'ordinaire. Héléna Villovitch, c'est une joyeuse et surprenante découverte. La personnalité de la jeune femme transpire à travers les pages et les lignes du livre. D'ailleurs, saluons l'ingénueuse idée de glisser quelques photos de l'auteur avec ses trois maris, d'elle avec son amaryllis ou dégustant un sushi.. eh oui, c'est étonnant, positivement surprenant et c'est franchement une belle tranche de Plus ! La critique du Monde ne s'était pas trompée en parlant d'elle: " Il y a de la vivacité et de la belle humeur. Héléna Villovitch ne manque pas de souffle! ".  Chez Points.

 


 

Prenez soin du chien, par JM Erre : Dans la rue de la Doulce-Belette, deux immeubles se toisent dans toute leur splendeur et décadence, avec à leur bord des locataires triés sur le volet par un propriétaire commun mais mystérieux. Seul l'agent immobilier, Monsieur Naudet, sert d'intermédiaire pour les visites, les réglements de compte et les réunions d'urgence. Car effectivement, dans ces deux immeubles, des drames en série vont surgir. Cela a commencé par un crime atroce, celui d'une locataire, mademoiselle Chiclet, assassinée chez elle par un pervers. Max Corneloup, auteur de romans-feuilletons, emménage dans l'appartement et prend très vite en grippe son voisin d'en face, Eugène Fluche, qu'il soupçonne d'épier tous ses faits et gestes. De l'autre côté, Eugène surprend également cet individu collé à ses fenêtres et qui passe son temps à l'espionner. Une guerre muette s'engage, les deux hommes consignent le tout dans leurs journaux intimes. Puis, le mystère du chien de madame Brichon retentit. Le fidèle Hector a disparu, sa maîtresse (et voisine de Max Corneloup) est convaincue qu'il a été zigouillé. La dame devient dingue. Roulement de tambours, d'autres délits vont survenir, des vengeances sourdes, basses et aveugles, jusqu'au gong final à paraître dans le "Paris Massacre" très prochainement...

Si cela n'a pas suffit pour vous convaincre de vous "jeter" sur ce livre, je ne saurai vous engager plus. Ce premier roman a la verve des franchouillards, des histoires impertinentes et amusantes qui manquent cruellement chez les auteurs débutants. Le roman est un doux mélange d'histoire policière, de moeurs de voisinage et d'une comédie de théâtre de bouvard. C'est franchement drôle ! JM Erre est ingénieux, non sérieux, intéressant et, pour tout cela, il mérite qu'on l'encourage et s'intéresse à cette galéjade mémorable ! Jusqu'au bout, on s'étonne et bravo l'artiste !
Chez  Points.

 


 

Le jugement de Léa, de Laurence Tardieu : "Le jugement de Léa" est l'histoire d'une jeune femme qui attend le verdict de son jugement. Elle a tué son petit garçon. Depuis, elle n'a plus ouvert la bouche et n'a rien dit à personne, rien dit de son geste, rien expliqué.  En attendant, donc, la jeune femme émeut son gardien qui arrive à briser sa carapace et à 'délivrer' celle-ci. Lentement Léa va raconter son parcours, depuis son enfance dorée, entourée de parents qui ne s'aimaient plus et n'ont jamais su donner de l'amour. Puis, pour fuir ce cauchemar, elle se précipite dans un mariage luxueux mais qui n'arrive pas à la remplir non plus. Elle quitte son mari, rencontre des hommes, mais toujours rien...

Combler son vide, combler sa solitude. Lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte, Léa pense s'en sortir et croit former avec son fils deux solitudes. Jusqu'au jour où ce petit garçon va la regarder autrement. "Que dit-on à un enfant de trois ans qui n'a pas connu son père et soudain le réclame? Que dit-on à un enfant de trois ans dont le père a été un amant de quelques heures, un corps de passage, un corps pour combler le vide? Dit-on la vérité? Et quelle vérité? Que s'est-il passé? Rien, ou presque." Léa est touchante et froide. Silencieuse et meurtrie. "Je n'avais pas imaginé la difficulté d'élever seule un enfant." Non, et c'est tout son drame.

Laurence Tardieu signe un roman grave, solennel et implacable. L'ambiance est pesante, mais le fond de cette histoire nous bouleverse envers et contre tout. Toutefois, les explications assez rares fournies par l'héroïne pour expliquer la mort de son fils demeurent vagues et ne suffisent pas. Personnellement j'aurais aimé en "avoir" un peu plus.  Chez Points.

 


 

Ils s'en allaient faire des enfants ailleurs, par Marie Ange Guillaume : La narratrice a une façon bien à elle de décrire la débandade des hommes de sa vie : "ils s'en allaient faire des enfants ailleurs". Ainsi soit-il ! Depuis sa petite enfance, cette jeune femme avoue un appétit d'ogresse pour les amourettes, cela lui a pris très jeune, pendant l'été, à la colo. Et son parcours n'a jamais cessé d'être parsemé de rencontres, d'envies d'y croire, de culbutades d'un soir, de tromperies et autres illusions sentimentales. Les hommes, c'est simple, n'ont jamais cessé d'être cette engeance indispensable dans son existence ordinaire, mais fuyante, lâche et fielleuse. "Les hommes avaient l'air vivants, forts, taillés dans une matière crédible (...) Ils m'aimaient à leur manière, ils en avaient les larmes aux yeux, mais ils ne pouvaient rien pour moi". Déjà la figure du père est égratignée, quel est-il cet homme qui part un matin avec la boulangère, en laissant ses livres et ses Mozart ?... Tous les mêmes, finalement.

En bref, le tableau de chasse de cette croqueuse d'hommes est impressionnant. Le livre est un court condensé de ses expériences en 110 pages, sur des chapitres filiformes et elliptiques. Cette boulimie d'aventures donne le tournis, mais c'est la conclusion de cette série qui fournit une tentative d'explication et clame l'indulgence. Cette jeune femme, donc, est une victime, une forcenée de l'amour, ni plus ni moins naïve : "je regarde cette agitée, cette affamée, avec toute l'affection qu'elle mérite. Elle m'amuse. Et c'est un peu grâce à elle, si je suis heureuse. Elle m'a fabriqué des souvenirs. Vu de loin, tout en vrac, il n'y a pas que du grandiose, mais l'essentiel y est, entre les lignes, entre les nuits : un bruit sourd, fragile et obstiné, comme un battement de coeur dans ta poitrine". Drôle et cocasse, ludique et coquine, cette narratrice a finalement su s'en tirer par une belle révérence. Et puis, si l'on revient à la dédicace du roman, elle l'a trouvé son amour : l'homme de la page 70 !    Points.

 


 

secrets_de_famille_2Secrets de famille, par Louisa May Alcott : Kate Snow est engagée comme gouvernante chez la famille Carruth pour prendre soin d'Elinor, une jeune fille affligée d'une maladie mentale (en fait, une dépression nerveuse doublée d'une profonde mélancolie). La famille Carruth est la cible d'une malédiction ancestrale : chaque héritier est persuadé d'être atteint de folie, pour remédier à cette tragédie les enfants s'interdisent de se marier. Or, Amy, la soeur d'Elinor, a justement entrepris d'épouser un certain Carroll, grand ami du redoutable Robert Steele, le mauvais esprit de la famille Carruth. Cet homme est une ombre menaçante sur la famille, il est omniprésent, s'arrogeant le droit d'imposer ses conditions chez ces infortunés, pris dans un étau, car Steele est le détenteur d'un secret, le confident d'une honte qui accable les Carruth.

Mais quel est donc ce secret ? Quelle véritable personnalité se cache derrière la figure farouche de Steele ? Et Kate Snow, petite bonne femme au caractère orgueilleux et décidé, quelle part cruciale va-t-elle s'accorder pour apporter la paix à Elinor et sa famille ? Car dans "Secrets de famille", il sera bien évidemment question de duplicité, d'amours naissantes, de tromperies et de drames en cascade. Louisa May Alcott a su diriger son histoire dans l'harmonie des romans sombres et oppressants, si le mot "harmonie" colle difficilement à cette idée... Mais Louisa May Alcott avait véritablement ce don pour la théâtralité, la tragédie en puissance et donnait à ses personnages féminins une tournure plus tapageuse que l'image de la blanche colombe, fragile des nerfs, et qui s'évanouissait au moindre mal. Dans "Secrets de famille", c'est Kate Snow qui tient la dragée haute. Elle n'est pourtant pas épargnée, car Louisa May Alcott ne la pare pas d'un halo totalement héroïque et salvateur. Sous la candeur, se cache forcément une fourberie en jupons... Encore un roman, injustement méconnu, de Louisa May Alcott à découvrir sans plus attendre !   Joelle Losfeld. 8,10 euros.

 


 

Et je vous épargne les autres sorties, tout aussi prometteuses (je n'en doute pas), mais ne les ayant pas lues, je m'abstiendrai d'alourdir cette liste ! ... :)

Posté par clarabel76 à 10:30:00 - - Commentaires [36] - Permalien [#]


10/05/07

La pochothèque : en poche ! #5

un_ete_sans_mielPrésentation de l'éditeur
Alice, la narratrice, est une petite fille de douze ans, précoce et tenace. C'est elle qui, par petites touches, raconte le drame qui couve dans la chaleur de l'été texan.
" Un jour, mon beau-père, Simon Jester, se tenait près de la cuisinière, il se faisait frire un œuf. Je suis arrivée derrière lui et j'ai dit quelque chose. Surpris, il s'est retourné brusquement.
- C'est moi, ai-je dit, effrayée par son regard.
Au lieu de me répondre, il a appuyé le bord de la spatule brûlante contre mon visage. Ma mère m'a rejointe un peu plus tard sur la terrasse et a appliqué une pommade blanche sur la cloque.
- C'est la chaleur Alice, a-t-elle murmuré en faisant pénétrer la crème. Ça le rend nerveux... "
Alice et son frère sont persuadés que Simon cherche à se débarrasser d'eux. Sont-ils les victimes de leur imagination débordante ? C'est ce que semble penser leur mère, qui refuse de les écouter. Jusqu'au jour où elle se glisse dans leur chambre et, dans un souffle, leur lance : " Fuyez ! "

Le calvaire d'Alice et de Dany est vicieux, sous la coupe d'un sadique manipulateur, parfaitement orchestré et mis en scène ! J'ai tout ressenti dans ce que l'auteur souhaitait probablement nous entraîner : émotion, effroi, doute et horreur. C'est suffisant pour moi, j'attends d'une histoire qu'elle m'embarque. Celle d'Un été sans miel a su combiner des émotions différentes, j'ai tout lu d'une traite.

 


 

rue_de_trancheeMatti vient de se disputer avec son épouse Helena et lui a envoyé son poing à la figure. Aussitôt Helena fait ses valises et part avec leur fille Sini. Plainte déposée et divorce en cours, soit six mois de réflexion selon la loi finlandaise. Mais Matti s'insurge, après tout voici ce qu'il en dit : "Helena avait employé une ruse antique, connue depuis l'aube de l'humanité : frapper à coups de mots pour me faire riposter avec mes poings. La justice et les services sociaux déroulent tout de suite le tapis rouge devant celui qui exhibe un oeil au beurre noir". Il décide aussi d'entrer en résistance, lui "le combattant au foyer", celui qui a toujours favorisé l'épanouissement de sa femme pour une vie professionnelle, tandis qu'il s'occupait du reste (ménage, enfant etc.). Comble de l'ironie, le conflit qui opposait Helena et son mari se pose justement sur son manque de "machisme" !
Bref, Matti a un projet et se met en tête d'acheter une maison - La maison de ses rêves et ceux de Helena, une maison de vétéran (c'est toute une histoire à ce sujet) - afin donc de reconquérir sa femme, de récupérer leur fille et de refonder une famille soudée. Il entre ainsi en transe, véritablement. Pour plusieurs raisons : trouver LA maison, ramasser l'argent nécessaire, espionner ses voisins, prospecter, harceler etc, etc...

C'est franchement un roman déconcertant. Heureusement Matti n'est pas le seul intervenant, les autres protagonistes aussi jouent les narrateurs. Heureusement, car le personnage de Matti est déroutant : est-il fou, psychopathe ou désespéré ? Un peu tout ça. Toutefois il m'est demeuré antipathique. A plusieurs reprises, Matti est présenté comme un homme "en transe" et c'est vrai ! L'homme court partout, il prend des notes dans un carnet, il fait des collages, téléphone et espionne avec des jumelles. C'est presque un malade ! D'un autre côté, sa transe donne une pression supplémentaire et fait monter d'un cran supérieur l'atmosphère : d'une analyse du couple et de la société actuels, (qui égratigne voisins, propriétaires, agents immobiliers, spéculation et la famille démantelée etc), on passe fébrilement à un thriller psychologique, une montée de la folie douce et un carnage hypothétique ? Qui sait... Mais je n'ai pas su entrer dans le roman, ni pu m'attacher aux personnages. J'ai été assez hermétique à cet humour, à l'ironie du narrateur mais j'ai trouvé assez espiègle ce mélange d'intervenants qui confirmaient un peu la vision des choses ou la déformaient. J'aurais pu abandonner plus d'une fois, mais je souhaitais connaître l'issue de l'histoire. Comment allait s'en sortir Matti ? La fin, assez croustillante, laisse la porte ouverte aux suggestions ! Moi, je reste sur ma réserve.

 


 

sweet_homePrésentation de l'éditeur
Trois étés où se joue le destin d'une famille. Trois étés à dix ans d'intervalle. Et la même plage, au bord de la Manche. Dans ce " doux foyer ", Susan, La mère, veut mettre fin à ses jours. À son chevet : un mari abîmé par plusieurs années de désamour et son frère cadet, Remo, son double fantomatique. Mais surtout trois enfants - Lily, Vincent et Martin - qui vont tour à tour prendre la parole, tentant de démêler leur vérité parmi les silences pesants dont ils ont hérité. Le cinquième roman d'Arnaud Cathrine est une saga intimiste, un tombeau lumineux pour une mère défunte, un exercice de deuil et d'émancipation. Le drame en sourdine qui anime cette fiction à trois voix permet à l'auteur de donner, en pleine maturité, toute la mesure de son écriture sensible et acérée.

Comment vivre après la mort ? Comment ça va la vie après la mort ?... Mal, très mal. Ce livre, c'est un peu un exercice de deuil : trois largués, trois désoeuvrés, qui tentent de survivre au naufrage. Entre les frères et soeurs, un dialogue de sourds va s'ouvrir : en partant, la mère a ouvert des brèches faiblement colmatées, des cicatrices mal cautérisées. Le constat sera amer, quelques vingt ans après : faire ce que l'on peut, avec un trou dans le ventre, devenir qui l'on croit bon devenir, avec cet enthousiasme gris... - "On aura beau dire, nos constructions hasardeuses ne parviennent pas à se passer d'elle... Il faut du courage et de l'amour autour de soi pour aimer la vie maintenant".
Certes, ce n'est pas gai non plus. Mais c'est fluide et cotonneux, on se berce dans ce drame familial, attendri par cette tribu d'éclopés. "Drôle de génération, on vous a donné toute liberté et vous voilà tous égarés à ne pas savoir qu'en faire, sinon tout et n'importe quoi..." - et c'est vrai, la peine existe, un peu rabat-joie et lugubre, mais il y a une étincelle derrière tout ça qui me donne à dire que c'est "superbe" !

 


 

club_jane_austenPrésentation de l'éditeur
En ce début de XXe siècle, un club singulier voit le jour en Californie. Comme d'autres jouent au bridge, cinq femmes et un homme se rencontrent régulièrement autour de l'œuvre de Jane Austen. S'ensuit une sublime chronique sur l'air du temps où la voix de la plus grande romancière anglaise vient éclairer l'éternelle tragi-comédie des sentiments, et son tourbillon de rencontres, d'épreuves, de séductions et de jeux entre l'impossible et le possible que seul peut dénouer l'amour. Car, comme vont le découvrir les membres du club, il n'est peut-être de plus belle fiction que la plus ordinaire des vies.

Jane Austen donne son nom au titre de ce roman, fait figure d'une dédicace pour un club de lecture, auprès d'un public de californiens (cinq femmes et un homme) mais cela s'arrête vite là. Pas nécessaire de connaître la bibliographie de l'auteur anglaise avant de plonger dans celui-ci (à la rigueur, un résumé sommaire de chaque oeuvre est présenté en fin de livre). Aussi, pour les puristes, cette lecture est décevante, affligeante, trompeuse.
D'un autre côté, Karen Joy Fowler décide de montrer dans son histoire l'importance de la lecture dans la vie de lecteurs ordinaires, des femmes, un homme, souvent concernés par des problèmes quotidiens (la séparation, la solitude, le trouble amoureux, la tromperie, etc.). Ces six personnnages ont chacun leur propre Jane Austen, un peu comme tout le monde. C'est d'ailleurs ce que souhaitait démontrer l'auteur américaine (à lire, en prologue !). Au fil de la lecture, les allusions à Jane Austen ont un peu tendance à s'étioler et passer très largement au second plan. Dommage ! Plus au coeur du roman, en fin de compte, on retrouve les aventures des membres du Club, certes très attachantes, et qui concluent sur une note d'optimisme, d'amitié et de mariage (comme chez Jane Austen !). Tout se rejoint ! A lire, par curiosité !

 


 

prochain_arret_le_paradisRien ne va de soi pour Sophie Applebaum, la nouvelle héroïne de Melissa Bank. Enfant espiègle, elle s’applique à faire plaisir ; jeune diplômée fascinée par New York, elle peine à trouver un emploi ; amie fidèle, elle découvre que la loyauté n'est pas forcément la chose la mieux partagée au monde ; amoureuse impétueuse, elle rompt aussi souvent ou presque qu’elle s’éprend. Mais Sophie, toujours, relève le gant. Avec d’autant plus d’ardeur que sa famille, véritable tribu où l’on rit, s’aime, se chamaille et pleure, n’est jamais loin.

Sophie Applebaum est pour moi une imparfaite : depuis son enfance (vers douze ans), Sophie démontre la maigre étendue de ses "talents". Elle n'est pas très studieuse, boude les leçons d'hébreu que ses parents lui poussent à suivre, elle entre dans une université pas brillante, entretient une amitié défaillante avec une certaine Venice (belle, rayonnante et dilettante), puis entre sur le marché du travail de façon aussi tâtonnante et passable. Ses aventures amoureuses sont tout autant catastrophiques, en marge de ce que vivent ses deux frères, Robert et Jack, puis sa propre mère, devenue veuve.

Il y a quelques années, Melissa Bank avait déjà écrit un livre intitulé "Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles" (en fait, une fiction chroniquée par une jeune new-yorkaise). J'avais bien aimé. Toutefois, ce deuxième livre de l'américaine me semble un peu trop semblable : le principe de chapitres (sous forme de longues chroniques ou de nouvelles), le parcours déplorable d'une jeune fille dont l'initiation ne manque pas d'originalité, d'humour et de maladresse. Et puis le soutien infaillible de sa famille, tout aussi embarquée dans un récit parfois riche, parfois lassant. En bref, si on adore le premier, on adorera le deuxième. Mais moi, je fais justement ce reproche que "Prochain arrêt le paradis" est un peu trop copié-collé au précédent, qu'il n'a donc rien de nouveau et souffre d'un sentiment de déjà-lu. J'attendais plus d'innovation !

 


 

Ceci n'est qu'un échantillon des livres en format poche, parmi les récentes sorties ! 


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06/05/07

Week-end de chasse à la mère ~ Geneviève Brisac

C'est drôle, effectivement, mais pas dans le sens premier qu'on l'entend : l'humour de Geneviève Brisac est davantage cynique et gribouillé. "Week-end de chasse à la mère" est la suite de "Voir les jardins de Babylone", mais il a été publié d'abord, peut-être c'est une suite sans en être une concrètement. Dans ce roman, en fait, on retrouve avec bonheur les personnages principaux : Nouk, une maman paumée, décalée et limite un peu folle, son fils Eugenio, petit garçon exigent, ogre, lucide, intelligent et vorace. Tous deux vivent trop à deux, alimentent une relation étouffante que l'entourage juge anormal et mauvais pour la mère et l'enfant.
Nouk, elle, écoute les exigences de son fils qui, la veille de Noël, ordonne à sa mère de leur organiser une fête "différente", non plus un tête-à-tête mère/fils qui le gonfle. Alors, à deux, ils vont organiser quelques jours de délire complet : l'achat d'un vrai sapin de Noël, un réveillon au Bon Marché, la rencontre d'un type qui a de Tchekov le prénom d'Anton, l'enterrement saugrenu du canari Eve, des vacances en bord de mer en Bretagne, etc... Mais Eugenio n'est pas satisfait. Même les blagues potaches sur la reine Elisabeth le laissent de marbre, alors Nouk se pose des questions. Et si son amie Martha avait raison ?.. si l'eau était finalement trop grise et impossible à peindre ?.. Et qui disait cela : je marche des cailloux dans les poches ?..
Là, Geneviève Brisac prend véritablement plaisir à broder autour du sujet de la relation maternelle, la relation filiale, l'amour vautour, l'enfant roi, etc. C'est parfaitement jubilatoire, pour l'écrivain de l'avoir écrit, d'avoir exploser son délire, et donc pour le lecteur, de ricaner, de déchanter, etc. Un roman comme j'aime !

lu en mai 2005

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21/04/07

Pascal Morin en poche

eau_du_bainQuel plaisir de parcourir les pages d'un livre aussi captivant ! Pour une entrée dans l'arène littéraire, Pascal Morin saute à pieds joints et impose applaudissements ! "L'eau du bain" est une histoire à la fois hallucinante, grinçante et ironique. Mortelle !.. On n'en soupçonne pas l'impact au début, et ça nous surprend au détour d'une phrase... paf ! "Je m'approche, je lui dis bonjour, et je le jette à l'eau." ... Le sang nous glace, mais avant ça qui aurait pu s'en douter ? Car le narrateur vient de la ville passer ses vacances à la campagne, lieu de son enfance, où résident toujours le grand-père, le père et les deux frères, Emmanuel et Franck. Tous sont des gars de la terre, des authentiques produits du terroir, du pays que le narrateur a fui, toutes voiles devant. Pourquoi il revient cette année ? profiter du soleil, bronzer, paresser ... et se baigner dans la piscine ! Car ça y est, le grand-père a cédé : une piscine a été creusée à la place du potager ! Victoire ! Le grand-père pleure ses haricots et ses fraises, les trois frères barbotent avec bonheur !

Ce livre a le charme des histoires silencieuses, une piscine, du soleil et la mort. Celle-ci arrive subtilement et avec fracas. "Il va y avoir du malheur" répète à longueur de journée la petite, une fillette qui rôde autour du narrateur, une espèce de Manon façon Pagnol. Parmi ces présences masculines, fortes, redoutables et mystérieuses, il y a les ombres des femmes, on n'en sait rien mais on devine tout. Au centre, le narrateur et ses frères évoluent tout en noirceur, un rien capricieux ("C'est ma piscine que je veux.") et impénétrables. Bref, voici un roman qui vous donne le frisson : bonheur, plaisir, réjouissance, affolement, désarroi, trouble, crainte, etc...  (121 pages)


amants_americainsUn homme de quarante ans, au volant de sa voiture, va à la rencontre d'une femme qui fut une adolescente rêveuse, dans les années 60, et qui a eu et abandonné son enfant. On comprend que ce bébé fut Alexandre, qu'on suit dans son évolution, depuis l'enfance à l'adolescence, et aujourd'hui adulte, en perpétuelle quête de ses origines. Tel un fantasme, se dessine également le parcours de Rose, autrement dit Sourde, qui a caché, abandonné son enfant et tourné le dos à celui-ci sans ciller. Entre reproche, état d'âme et nostalgie, l'histoire d'Alexandre et Rose est celle d'enfants rêveurs et utopistes, blessés et solitaires.
"Les amants américains" est un roman plus travaillé, plus fouillé et réfléchi. L'auteur a emprunté de nouveaux sentiers, mais qui se révèlent déconcertants au démarrage. Ce n'est pas un mauvais livre, mais je suis déçue de ne pas retrouver les qualités qui m'avait séduite dans son premier roman. Un peu frustrée, en somme.  (122 pages)

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27/03/07

Brigitte Giraud en romans

A_presentBasé sur un sujet grave, la mort accidentelle de son mari, ce livre ne baigne pourtant pas dans un mélo à vous tirer toutes les larmes de votre corps. Au contraire, la plume de Brigitte Giraud est forte à décrire ces instants d'une vie à deux, qui brutalement n'existeront plus. A présent la narratrice se rend compte combien elle était heureuse. Et très gravement, tout simplement, elle raconte ces minutes où elle débarque à l'hôpital, apprend la mort, rencontre la famille, explique à son fils, téléphone à droite et à gauche, prend les dispositions pour l'enterrement.. jusqu'au jour des funérailles. C'est bref, précis, sans émotion morbide, ni exaltation effrénée.. A aucun moment la narratrice ne s'effronde en larmes, elle vit ses douloureuses heures en dehors de son corps, qu'elle pense être habité par son compagnon. C'est merveilleux, bouleversant et poignant.


j_apprendsNadia est née en Algérie et habite la région lyonnaise avec son père, sa soeur, son demi-frère et celle qui n'est pas sa mère. Elle a six ans et entre pour la première fois à l'école. Aussitôt ce monde nouveau devient pour elle une délivrance, un confort, un périmètre de rigueur, d'organisation et d'encadrement. En grandissant, Nadia s'applique toujours autant en classe, en gymnastique mais se détache des autres. Sa différence lui vient du mystère de son passé, sur toutes ces choses qu'elle comprendra "plus tard". Elle apprend ses leçons par coeur mais "personne ne m'apprend mon petit bout d'histoire à moi, ma traversée de la Méditerrannée, ma triste épopée". Car au fil du temps, Nadia devient curieuse, se pose des questions et réfléchit; selon elle, "je ne suis pas celle que tout le monde croit connaître".

En fait, cette jeunesse semi-dorée, semi-amère se passe dans les années 60-70, dans une ZUP où "nous sommes tous des enfants de la guerre d'Algérie, sans le savoir". Nadia est une petite fille attachante, dans laquelle une génération peut se retrouver. Par bribes, elle raconte sa jeunesse et son début d'adolescence, échelonnée de morceaux de poèmes, de règles de grammaire, sciences ou histoire. Nadia s'affirme à l'école mais s'efface chez elle. Sa double identité relève d'un passé familial chuchoté, à peine esquissé. Elle entend "des choses" dans les cages d'escaliers ou près des boîtes à lettres mais elle ne sait rien... Brigitte Giraud livre un nouveau roman en toute simplicité, écrit avec beaucoup d'amour pour la petite Nadia, enfant 'importée", un modèle dont on gomme les angles et avec un pan d'histoire qu'on tente d'effacer, avec maladresse et méchanceté, déjà. "J'apprends" est un mélange d'innocence et de pudeur, de vérité qui sort de la bouche des enfants. C'est très simple, ce qui n'enlève pas sa qualité !


nicoParce qu'un père a façonné son garçon brutalement, le mettant au piquet, lui infligeant brimades et remontrances dans un but constant de le dévaloriser, cet enfant, Nico, grandit mal. Sous les yeux de sa soeur aînée, Laura, l'enfant va devenir adolescent, instable, boudeur, taciturne et de plus en plus impulsif. Même après le départ du père, Nico ne cessera sans cesse de s'infliger lui-même des punitions, dans un but injustifiable. Qui cherche-t-il à blâmer et sanctionner ? Sa mère trop absente, trop dévouée à ses patients, trop assistante sociale bénévole proche du médecin des pauvres ? Restée seule, celle-ci va laisser sa maison partir à vau-l'eau, impuissante également à maîtriser un garçon qui sculpte son corps, se rase le crâne, incendie des poubelles, fréquente des groupes racistes. Au sommet de cette débâcle familiale, Laura, la soeur, se détache de ce frère qui part en vrilles. Elle décrit la débandade, la fuite des uns, l'abdication des autres et la déconfiture générale.

"Nico" est un roman suffocant, mal aéré, que l'édition de poche atrophie sournoisement. C'est un drame en plusieurs actes, une tragédie sourde au sein d'un foyer rongé par le silence, la non-communication entre les membres, les non-dits et les rancoeurs. C'est dur à lire, c'est étouffant et ça impose un irrépressible besoin d'air frais. Ouf... c'est la fin.


La chambre des parents (1er roman) - Le narrateur est à quelques jours de sa libération, il est actuellement en prison pour une peine de douze ans. Son crime : avoir tué son Papa. Pourquoi? On le découvre à la toute fin, avant il écrit dans un cahier ses souvenirs, dans la petite bicoque familiale, une maman épuisée, un frère évaporé, un père silencieux, absent, exclu du noyau. Les jours ne sont pas roses, sauf lorsque le garçon fait la rencontre de Marianne, qui deviendra son grand amour. C'est un peu pour elle qu'il rédige son histoire.

On devine le pire dans cette intrigue familiale, qui s'étouffe dans ses non-dits, ses silences et ses carences. Que cache cette fameuse chambre des parents ? Ce lieu clos, interdit, ouaté, presque un sacrilège à transgresser. En lisant ce roman, la sensation d'hypnose est immédiate, l'histoire du jeune homme est terrifiante, presque. On lit d'une traite le roman que Brigitte Giraud a mené avec maestria ! (stock)


maree_noireBrigitte Giraud a écrit là un roman très grave sur les relations difficiles d'un homme et d'une femme à recoller leurs peines et leurs maux d'amour. Chacun est marqué d'un passé douloureux, l'un par le deuil et l'autre par le départ brutal du mari ingrat... Aujourd'hui tous deux passent leurs premières vacances ensemble, avec aussi leurs enfants respectifs. Et ce roman traduit toute la longue et difficile complexité de refonder un couple, avec tous les bagages que l'un et l'autre apportent. C'est beau, difficile, terriblement cruel de vérité. Un roman délicat et très lucide.

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26/03/07

Isabelle Jarry en romans

j_ai_nom_sans_bruitLa narratrice quitte Paris en auto-stop et part se réfugier à la campagne, dans une petite maison où elle a coulé des jours idylliques avec son compagnon, Philippe. Cet homme est mort et la jeune femme se sent désormais démunie avec leur fille, Nisa. D'ailleurs l'enfant a été confié aux soins d'une assistance sociale, après la chute de la mère qui s'est retrouvée dans la rue. Elle pense regagner sa dignité perdue à la campagne, où elle va faire communion avec la nature, rencontrer un viticulteur et s'enfermer dans un silence de plus en plus désarmant. Car au-delà du matériel et de l'affectif, la narratrice a également perdu le coeur même de son intimité. Elle était poète, mais elle a perdu l'usage des mots. Il faut à tout prix qu'elle redevienne "elle", il lui faut récupérer sa fille et aussi reprendre le sens des mots. "J'ai nom sans bruit" est donc le roman de ce combat, écrit avec sobriété et émotion. Un roman fort et farouche, à découvrir si ce n'est pas déjà fait !


homme_de_la_passerelleLe roman aurait pu se baptiser "La fille à la fenêtre" au lieu de "L'homme de la passerelle", car la narratrice aime regarder par la fenêtre du prieuré où elle loge, immobile, des journées entières. Et très vite elle suit le manège d'un homme qui traverse une passerelle pour se rendre au beffroi. Tous les matins, même heure. Un jour, cet homme l'aperçoit, lui fait un signe de la main, lui parle ... et elle de lui répondre qu'elle est paralysée ! Son mensonge va l'entraîner à jouer une comédie qui l'oppressera, ressassant une enfance marquée par ses manies de TOC, puis un frais passé avec l'architecte, un homme qui semble avoir dressé le mensonge à un art très délicat.

Autant dire que le roman se termine de manière singulière et surprenante ! Jusqu'alors, le récit de la narratrice voguait en eaux douces, proches de la folie ou du désarroi. Et puis il y a escalade de l'urgence, de l'horreur de soi, du délire d'être, de sortir de son mensonge qui pousse la jeune femme à "péter un câble". Cette fin alterne le charme du roman, toutefois ça n'entache en rien la jolie qualité que j'y avais trouvée tout du long. Isabelle Jarry démarrait là une carrière littéraire toute prometteuse !  Prix du premier roman 1992.


archange_perdu(A venir) Description " - Mais pourquoi avoir fait le choix de la vie monastique ? questionna Claude. C'est un absolu très particulier. - J'avais besoin d'un idéal élevé. Quoi de plus élevé que la prière, n'est-ce pas ? " Le frère Anselme sourit. - Vous auriez pu entrer dans une chartreuse, alors. Pourquoi la Trappe ? - C'est vrai que les chartreux ont une vie encore plus intérieure, plus solitaire. " Lucile s'étonna. - Je croyais que la Trappe était ce qu'il y avait de plus... de plus rigoureux. - Oh non !... La vie des chartreux tend vers un dénuement plus grand encore. C'est certainement l'ordre qui va le plus loin. (...) Il faut vraiment se détacher du monde, couper tous les liens pour supporter une vie aussi cloîtrée. Je crois que les chartreux ont abandonné la vie sur Terre, d'une certaine façon. Ils sont déjà ailleurs, ils ont déjà franchi la frontière. Je ne sais pas si j'en serais capable. "

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14/03/07

La pochothèque : en poche ! #4

Voilà 3 titres parus récemment en poche :

heureux_evenementUn heureux événement, Eliette Abécassis : Ma première impression concernant cette histoire a été que j'ai trouvé la narratrice fort excessive ! Depuis le départ, quand elle souligne combien elle était jeune, belle, intelligente et indépendante, puis comment la maternité l'a transformée en un corps défraîchi, une femme aliénée, désespérée, une mère au foyer !!! Il y a une tendance prépondérante à mettre en balance l'avant et l'après, ce que la grossesse dans sa vie de femme a chamboulé, comme si elle lui tombait tel un cheveu dans la soupe. C'était parfois trop ! L'auteur a réuni chez sa narratrice tous les pendants cauchemardesques d'une femme enceinte, même lors de l'accouchement, et n'en parlons pas après !... Jusqu'à la vie de couple de cette Barbara qui est complètement renversée, autant dire que c'est un vrai calvaire du début à la fin !
DONC je tiens à rassurer les futures mamans qu'il y a, certes, du vrai dans cette histoire, mais qu'elle est également poussée à l'extravagance et à la caricature. Quand je regarde ma propre expérience, en la comparant à celle d'Un Heureux Evènenement, bien entendu je souris, je me retrouve ci et là, je me dis la pauvre, décidément elle a tout collectionné, mais aussi ... euh là, c'est un peu poussé le bouchon un peu trop loin. Enfin bref, je conseille de lire ce livre comme un divertissement et un regard très cocasse sur la maternité. C'est très léger à lire, finalement. Mais connaissant Eliette Abécassis, bien évidemment, l'auteur a une fichue tendance à tout intellectualiser, à trop analyser et à se regarder (un peu, trop) le nombril. Aussi, relax ! être mère c'est galère mais quel boulet formidable un enfant ! (Le livre de poche)

carnaval_monstresLe carnaval des monstres, Anne Sophie Brasme : La particularité de Marica est d'être laide, mais vraiment laide. Elle le sait, et pourtant elle s'imagine être jolie. Surtout quand elle suscite le désir d'un homme, comme Joachim. Mais là, c'est plus compliqué. Car avant de rencontrer le photographe, Marica est littéralement obsédée par le sexe et le désir des autres, essentiellement les jeunes hommes, étudiants de la Sorbonne ou joueurs de tennis. Sa cause est perdue, elle le sait. Aussi elle répond à l'annonce insolite de devenir modèle pour des photographies "à caractère atypique". Car Joachim s'intéresse au laid, au moche, aux monstruosités derrière les façades humaines. Il photographie, dessine, peint et écrit ! Joachim abhore Marica, du moins ce qu'elle représente. Et pourtant il la désire, c'est sans doute ce qui lui paraît détestable et honteux de sa part. Etre attiré par l'ignominie !

Je dois avouer n'avoir pas été complètement emballée. Par moments j'ai peiné, trouvé louche cette relation entre le photographe et son modèle. Les deux partis sont détestables, même si j'ai éprouvé quelque sympathie pour la Marica du début - cynique et faussement légère, consciente de sa difformité, mais revendiquant le même droit à l'amour que les autres ! Après tout, si Joachim couche avec elle, ça veut bien dire quelque chose ? Mais il semblerait que non. Les rapports entre eux deux deviennent lourds, pesants et poisseux. Chacun, finalement, a honte. D'être moche, de prétendre être différent, d'aimer l'hors-norme, d'être affamé d'un amour charnel, non plus sentimental... bref ça devient une spirale angoissante et délirante ! Et même un peu malsaine. Les desseins sont obscurs et inquiétants, déplacés aussi. Et autant l'homme que la femme sont pris dans cette aliénation ! Pour se consoler, disons qu'il y a de belles réflexions sur la perversité et ses rouages insensés, mais le texte est lourd.  (Le livre de poche)

deviances_pocheDéviances, Richard Montanari : Habile et réussi, le scénario tient en haleine, surtout grâce aux chapitres courts qui s'élèvent au nombre de 84 pour ce roman de 470 pages. Cadence soutenue, c'est foncièrement palpitant. L'histoire des meurtres des filles au rosaire est d'une mise en scène diabolique mais dirigée avec maestria par l'auteur de "Déviances". Un roman noir, un thriller de la veine des films les plus glauques où la ville de Philadelphie, livrée aux bandes, aux pervers et à la drogue, devient le parfait théâtre des plus sordides débauches. On comprend alors Kevin Byrne, le flic usé et qui écoute du blues le soir dans sa voiture, pour chasser ses vieux démons et retrouver les fameuses visions susceptibles de l'éclairer sur cette enquête. Sa jeune partenaire Jessica Balzano livre également son propre combat de femme de tête, récemment séparée de son mari elle élève seule sa petite fille et voit son boulot déborder sa vie personnelle... Le lecteur a tous les éléments en main : des crimes horribles, un tueur fou et récidiviste, la police à ses trousses, des enquêteurs perplexes et embringués dans d'autres "déviances", un décor où l'on sent les mauvaises odeurs et l'on rencontre les pires ordures... mais un roman prenant, qui prend aux tripes, agrippe le lecteur, pris dans l'engrenage, impossible de fermer l'oeil. Ce climat d'angoisse et d'incertitude est maintenu jusqu'au bout. Pas mal !  (Pocket thriller)

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12/03/07

La nuit retient ses fantômes ~ Shashi Deshpande

Apprenant la mort de sa mère, Saru rentre chez elle, retrouve son père, après quelques quinze années d'absence, d'un départ houleux, fâché avec les siens. Parce que Saru s'est toujours sentie responsable de la mort de son jeune frère, noyé presque sous ses yeux à elle. Donc, responsable de sa mort, reponsable d'être toujours vivante, elle, au lieu du frère chéri. Saru a pris le parti de fuir cette maison où le silence et le ressentiment avaient pris place. Saru a fait des études de médecine, s'est réfugiée à Bombay, a rencontré Manohar, poète charmeur, mais de caste inférieure. Allant une nouvelle fois à l'encontre de sa famille, Saru va épouser Manu/Manohar, avoir deux enfants et devenir médecin, gagnant plus d'argent que son époux, confiné à un poste d'enseignant dans une université de seconde zone...

Shashi Deshpande constitue brique par brique un portrait de femme qui s'est fissuré au fil du temps, depuis une enfance saccagée et meurtrie. Saru représente cette nouvelle femme d'une Inde moderne, contemporaine, la figure d'une femme active, dans sa vie professionnelle et dans le cadre de son épanouissement personnel. Femme, avant tout. Mais son histoire montre combien il est difficile, toujours, de combiner son bien-être intime au paraître de la société, encline au traditionnel et à l'image de la virilité masculine. Saru se dessine d'un chapitre à l'autre, la femme qu'elle est devenue, réfugiée chez son père, traumatisée par son passé, désormais déboussolée dans sa vie de couple. Car les fantômes, la nuit, l'assaillent : il y a celui de son frère, de sa mère mais aussi de son époux, un individu méconnaissable au sein de la couche. Saru tente de panser ses multiples blessures, d'ouvrir un dialogue de sourds avec son père, de comprendre, d'être pardonnée... bref de trouver une voie qui la guidera vers la félicité. "La nuit retient ses fantômes" se révèle vraiment passionnant et montre l'Inde beaucoup plus proche, plus contemporaine et accessible. Loin de l'image traditionnelle et des clichés. Une belle découverte ! (un peu tardive, certes, le roman étant paru en 1980, en édition originale). 

lu en mars 2005

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Vacances indiennes ~ William Sutcliffe

Du bonheur, ce roman ! Frais, pétillant, drôle et cynique, il nous entraîne aux trousses d'un jeune anglais de 19 ans, Dave, parti trois mois en Inde, avec une compatriote, Liz... Mais avant tout ça, remontons les rouages de la machine : Dave a un meilleur ami, James, qui sort avec Liz. James part huit mois faire le tour du monde, Liz et Dave se rapprochent, deviennent intimes et se fâchent trois jours avant leur départ commun pour l'Inde. Laquelle aventure est particulièrement entreprenante pour Dave, typiquement flegmatique et sacarstique dans l'âme, loin d'être baroudeur de surcroît !

Bref, l'épopée en Inde ne va pas manquer de piquant pour ces deux personnages. Le dépaysement, l'isolement et la solitude se joindront parfois à l'excitation et la rencontre d'une culture différente, la chaleur accablante et les dérivés cosmiques du pays. Aussi ce roman présente de manière délirante les divagations des routards, tous rompus à la lecture du Lonely Planet par exemple, et le psychédélisme souvent stéréotypé, mais pas loin de la réalité, très probablement ! JETEZ-VOUS DESSUS !!! UNE BONNE CLAQUE !!!

lu en mars 2005

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03/03/07

La pochothèque du mois de Mars (En poche ! #3)

... Et une sélection de titres parus en format poche (idéal pour les budgets et pour trimballer dans son sac à main !) :

petite_trotteuseAnne est mystérieuse. Que fait-elle dans la vie ? Elle visite des maisons ! C'est sa trentième villa, elle se situe au bord de la mer, avec les volets clos et désertée de ses occupants. Avant de se rendre à son rendez-vous, Anne séjourne dans un hôtel tenu par une mère et sa fille, un couple attachant, entouré d'ombres également. Anne semble d'ailleurs être fascinée par leurs activités nocturnes, elle épie les silhouettes, les bruits et elle pense à des tas de choses. A l'hôtel elle rencontre également un homme qui laisse la porte de sa chambre toujours ouverte, où elle s'y faufile discrètement pour cerner le personnage. Et c'est finalement avec lui qu'elle va visiter la villa. En fait, Anne ne compte pas acheter de maison. Elle visite, demande à rester plusieurs heures seule pour s'imprégner des murs. Mais cela va au-delà, car aussitôt les souvenirs affluent, la nostalgie d'un passé - une enfance née avec la guerre, des parents éteints, absents, déjà partis... De son père mort, Anne a hérité une montre dont le tic-tac réveille des émotions assoupies et sonne un rappel vers le passé entouré de secrets, encore une fois. Ce sont ces résurgences, embriquées à l'instant présent, qui ponctuent cette histoire.
Il y a cette belle citation : "L'esprit des murs ressemble parfois à un miroir imaginaire où vacille le reflet éteint du passé". Elle résume en gros l'esprit du livre, elle aussi. "La petite trotteuse" est un roman intimiste, avis aux amateurs. L'ambiance est ouatée, sucrée, pleine d'arcanes, de pas feutrés, de suppositions, de questions et de longues interrogations sur la personnalité d'un père, d'une mère et de soi-même au milieu de ces spectres. Ceci est un beau roman qui me passionne, tout personnellement.  La petite trotteuse, Michèle Lesbre (folio)

 


 

harraga"Harraga" signifie "brûleur de routes", celui qui part de son pays pour un ailleurs plus mirifique. L'harraga devient un exilé de son plein gré, qui quitte ainsi sa famille, sa ville ou son village. Les "harragas" sont prêts à tous les riques pour atteindre l'eldorado et fuir l'Algérie qui saigne, souffre et n'offre plus rien. Surtout plus de rêves. L'héroïne de ce roman en sait quelque chose, d'abord son frère Sofiane a tout quitté pour l'ouest et "brûler la route". Lui aussi est un harraga mais il ne donne aucune nouvelle, et est-ce un message la visite de Chérifa, une jeune fille de seize ans, enceinte jusqu'aux dents ? Sofiane l'envoie chez sa soeur pour qu'elle y soit protégé. Mais Lamia, elle, a trente-cinq ans, elle est docteur en pédiatrie, elle vit seule dans sa grande maison hantée par les fantômes du passé, et d'elle on peut facilement dire que c'est une vieille fille méchante, grincheuse et vilaine. Jalouse aussi de la pétulance de Chérifa qui déboule chez elle, chamboule ses habitudes et lui renvoie à la face sa cruelle solitude et le vide de son existence. Entre elles deux, la cohabitation est difficile, Lamia mène la vie dure mais finalement elle s'attache à la jeune fille. Sauf qu'un jour, celle-ci aussi part et ne donne plus de nouvelles !

Et il s'en passe encore dans ce foisonnant roman, mais je me garde d'en dire davantage! C'est exaltant, passionnant, ça raconte du vrai, du beau, du touchant et ça met en décor une Algérie réaliste, tenaillée par l'islam nouveau, ses rigueurs et ses inepties. J'ai du mal à croire qu'un homme puisse être l'auteur de pareil roman ! Boualem Sansal s'est mis dans la peau d'une femme "aigrie, intolérante, méchante, querelleuse, intempestive mais romantique" - Lamia est tout ça et à la fois elle reste attendrissante, touchante et attachante. Elle dit les choses vraies, elle est cynique et franche, drôle aussi. C'est un beau portrait de femme. Et puis, son amour pour sa maison fait aussi partie d'elle. Ses fantômes, son voisinage, sa solitude cultivée avec minutie et jalousie... C'est une femme complètement seule, abandonnée par ses parents, ses frères, sans nouvelles du seul survivant de la fatrie. Normal qu'elle s'accroche à la Chérifa comme à une bouée ! Il y a dans le roman un instinct de survie qui concerne les clandestins, mais aussi les femmes d'Algérie. "Harraga" rend une très honorable peinture à tout ce petit monde. De la poésie aussi teinte l'écriture de Boualem Sansal... Pour une première approche de l'univers de cet auteur, je suis éblouie, complètement séduite! Harraga, Boualem Sansal (folio)

 


 

 

 

couple_ordinaireBenjamin et Béatrice sont mariés et parents d'une petite Marion. Il est pharmacien, elle écrit des livres pour enfants. Un jour, en achetant une table basse pour le salon, l'esprit de Benjamin décroche - il se sent creux, vide à l'intérieur. Et du coup les rapports du couple se déglinguent. Ou plutôt le déclic a lieu : Benjamin ressent l'oppression que lui fait subir son épouse. Car sous des semblants de femme intelligente, belle et modèle, Béatrice se révèle totalitaire, tyrannique ! Dans son couple, elle agit en supérieur hiérarchique, use des larmes et du chantage pour faire vaciller son homme. De son côté, Benjamin est un type simple, pas mauvais, assez nonchalant et facile à vivre. Mais Béatrice en veut plus : une ascencion sociale, une vie sexuelle active, une communication permanente entre eux deux, l'affirmation de son compagnon. C'est trop pour un seul homme !

Attention : livre dangereux ! Cette histoire est un cliché de votre vie, de votre couple. Le portrait est effrayant d'authenticité, on a du mal à l'admettre. Il montre les détails du "couple ordinaire", dans son amour, sa lassitude, son quotidien et sa longévité. Toutefois, il faut reconnaître que le personnage de Béatrice est fort, poussé très loin dans les limites du supportable. Cette femme est démoniaque et machiavélique, mais elle accroche notre intérêt. L'auteur a réussi là un coup de maître (s'attacher à pareille harpie, du jamais vu !). A noter que ce roman n'est ni un guide de survie, ni une invitation au divorce - c'est une peinture actuelle, terrible, froide et fatale, dans laquelle on se retrouve, aussi bien chez la femme ou chez l'homme ! Et toc. Un couple ordinaire, Isabelle Minière (le livre de poche)

 


 

 

 

insecteLe court colle au style caustique et insolent de Claire Castillon. "Insecte" était son tout 1er recueil de nouvelles, avec 19 textes basés sur les rapports entre mère et fille. Un lien très vicieux, sulfureux et au goût amer. Se mêlent des sentiments divers : le copinage, la connivence, la confidence, et la haine, l'agacement, l'énervement, le dégoût !
Dès la première histoire, "J'avais dit une", l'ambiance est là. Une femme, très amoureuse de son mari, accepte de lui "faire" un enfant, mais un seul, et à condition que ce soit une fille. Or, elle accouche de jumelles !
Au fur et à mesure qu'on avance dans le livre, un autre électron se faufile sous les mauvais auspices de la maladie. Très vite, cela devient indissociable. Une fille est agacée du cancer de sa mère, une mère ne supporte plus sa fille "noeud-noeud", une autre gave son enfant de médicaments pour la rendre "super - opérationnelle", une fille place sa mère en institut, une autre attend le retour de sa progéniture pour mourir... On y perd son latin !
Claire Castillon pousse très loin dans les clichés mais, connaissant son univers, c'est imparable ! Elle est méchante, cruelle, injuste et mauvaise, mais quel plaisir à lire tout cela ! Claire Castillon a de plus le génie de la nouvelle avec un art de la chute fort honorable !  Insecte, Claire Castillon (le livre de poche)

 


 

sangliersDes sept nouvelles comprises dans "Les sangliers", j'ai halluciné en ouvrant la première page : "Le clignotant".. ou comment envisage-t-on de se faire "élire" par le futur/éventuel/potentiel embryon en tant que "bons parents". Du moins, je le pense, à moins que... Car c'est l'une des principales qualités de Véronique Bizot, elle écrit des petites histoires en apparence toutes simples, et pourtant elles donnent l'impression d'avoir la berlue. On n'y comprend pas à l'instant la portée, le lieu, les personnages, et leurs divagations. Cela donne à penser qu'on flotte en pleine quatrième dimension tellement le contenu des sept nouvelles est opaque, laisse perplexe et plombe l'entendement. "Pauline au téléphone" et "Danton" sont également deux bons crus du lot. Bref, déroûtant, déconcertant, d'une banale platitude et certaine amertume, et pourtant... l'ensemble surprend ! Aussi pour conclure, comme dirait l'auteur : "pour la fiction je ne crains personne" ! Les sangliers, Véronique Bizot (le livre de poche)

 


 

 

 

pres_du_corpsDans une villa en bord de mer, Daddy (le grand-père de 91 ans) vient de mourir. La famille est réunie pour une ultime fois, coincée dans cette grande maison aux volets fermés, en pleine canicule. C'est l'occasion pour le narrateur de se rappeler les bons moments passés dans ce lieu inoubliable, avec ses cousins, et de prendre ainsi conscience du poids que le temps trace en filant comme l'éclair... C'est un album de souvenirs qui se feuillette, en couleur sépia, dans une grande maison où d'autres corps explosent de vie dans la mer, à deux pas de là. "Près du corps" a l'odeur d'eau de cologne retrouvée au fond d'un placard, ou le bruissement du vent dans les arbres, des mots qui se chuchotent, des confessions qu'on dévoile une première et dernière fois. C'est un univers clos, un microcosme rempli de photos jaunies, de rires d'enfants et de sanglots étouffés.  Près du corps, Arnaud Guillon (pocket)

 


 

Ceci est juste une sélection de titres déjà lus... D'autres suivront dans le courant du mois. A signaler aussi que le mois de Mars salue la parution en poche d'autres très bons romans (occultés dans cette liste). A suivre !

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