15/03/12

Pourquoi ma grand-mère tricote des histoires ?

La Fontaine, Chedid, Huot ou Prévert : des poètes d'hier et d'aujourd'hui déroulent le fil de la vie et vous invitent au partage des mots entre générations. 

IMG_6925  IMG_6927  IMG_6928


C'était mon clin d'oeil pour le printemps des Poètes, avec cette anthologie de poèmes illustrés par Aurélie Guillerey (je ne me lasse pas de son talent !).

Pourquoi ma grand-mère tricote des histoires ?
Sélection proposée par Célia Galice et Emmanuelle Leroyer - Préface de Georges-Emmanuel Clancier
Bayard jeunesse, 2012 

PRINTEMPS-DES-POETES

affiche illustrée par Joëlle Jolivet

Posté par clarabel76 à 16:00:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


14/03/10

poème à sang-froid (*)

L'avertissement est donné dès la première page : j'aime pas les poèmes d'amour ni ceux qui dégoulinent de sentiments

mon_coeur_a_des_dentsLe reste, ce sera bizarre aussi
avec des mots qu'on comprend pas et des phrases en petits morceaux sans point sans virgule parce que la grammaire on s'en fout et puis zut la poésie c'est pas parler comme tous les jours

les rimes ?
y en aura pas c'est pas du rap c'est pas du slam c'est un truc à moi je l'ai dans les doigts dans la voix et j'éclate ma tête pour l'écrire mon poème
trois bouts de ficelle vieux papiers et un morceau de fil de fer
je le bricole avec ce que je ramasse
dans mes poubelles
c'est pas un poème
à mettre en vitrine
pas un poème
à réciter chanter expliquer

Ce livre, qui veut s'adresser aux adolescents en premier lieu, se révèle une ébouriffante découverte pour tout lecteur ! Il ne respecte pas les codes, il détonne, dérange, désordonne. Il fait du bien, il donne l'effet d'un coup direct dans la face, il met k-o avec bonheur, il fait remuer la tête, le corps, les bras, les jambes, les pieds... et le ventre aussi est tout retourné. On y évoque la vie, l'amour et la violence avec une exactitude qui met à plat, qui abat les cartes. Tricher n'est pas jouer, on l'a bien compris. Bernard Friot, l'auteur illustre des Histoires pressées, renouvelle le genre de la poésie avec un lyrisme d'une vitalité et d'une modernité cinglantes. Je dis, bravo !

j'enroule un fil
autour de tes doigts tes mains tes bras
un fil barbe à papa
je t'encoconne d'un amour un peu écoeurant
je te croquerai avant qu'il soit longtemps
mon sucre doux mon rond bonbon

mais tu souris
et je fonds c'est moi ton prisonnier
liens de sang et de sel
larmes et nuits de soleil
je suis le repos de l'ogresse
dévore-moi dévore-moi
je ferme les yeux et j'attends
la marque de tes dents

pourvu oh pourvu
que je sois à ton goût

L'esthétisme du livre est également un travail à lui tout seul : ce sont des ronds, des boucles, des gribouillages, des interdictions de gribouiller, des sauts de puce, des ratures, des apartés, des cadres noirs, des parcours fléchés, des (faux) dessins numérotés, des devinettes, des indices, des liens, des détours ... Un vrai plan- drague !

l'ouvrage se consulte sur ce site - à feuilleter et à écouter.

Mon coeur a des dents ~ Bernard Friot
Milan, coll. Macadam, 2009 - 156 pages - 9€
création graphique et illustrations : Bruno Douin

(*) poème à sang-froid
regarder la vérité en face
il n'y a rien à dire
ça n'empêche pas d'écrire
je ne fais pas de littérature
enfin ça dépend
comment on l'entend

Posté par clarabel76 à 17:30:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,

09/02/10

Une histoire et au lit ! #2

bombo63_lasiesteIl faut aller au lit
Mais je n'ai pas sommeil
Dans le noir je m'ennuie
Tous les soirs c'est pareil
Si j'avais des ciseaux
Pour découper le ciel
J'en prendrais un morceau
Pour faire une marelle
Si j'avais de la craie
Sur le noir de l'espace
Je me dessinerais
Un jeu avec des cases.
Chaque soir c'est pareil :
Je me rêve dehors.
Mais j'ai un peu sommeil.
Malgré moi je m'endors
J'irai à cloche-pied
Jouer sur la Grande Ourse
Et dans la Voie lactée
Me baigner à la source
Je rêve que je dors
Et quand je me réveille
Il fait grand jour dehors.
Bonjour, Monsieur Soleil.

L'enfant qu'on envoie se coucher / Claude Roy

Extrait > Est-ce que je peux avoir la tête dans les nuages et les pieds sur terre ?
Une anthologie de poèmes choisis par Célia Galice et Emmanuelle Leroyer
Illustrations de Bombo!
Préface de Michel Butor
Bayard jeunesse, 2010 - 9,90€

avoir_la_tete

Une très enthousiasmante découverte ! Ce sont des poèmes d'hier et d'aujourd'hui sur les thèmes du rêve et de la réalité. (Je compte beaucoup de coups de coeur, dont le poème de Vénus Khoury-Ghata, Elle l'a dit et répété...).
Les illustrations, chaleureuses, sont l'oeuvre de l'italien Bombo !, alias Maurizio Santucci.

Posté par clarabel76 à 20:00:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , ,

13/02/08

Prélude à un amour brisé

Me sentant d'humeur démoniaque ces jours-ci, j'ai purement et simplement décidé de présenter un livre qui parle d'un amour brisé, et ce la veille de la fête des amoureux ! ... (Par contre, l'éditeur est plus compatissant car le livre ne sera disponible en librairie qu'à partir du 15 février.) Pas sympa, la Clarabel ?

Bref, à la base de cet album il y a le tableau d'Edgard Tytgat, Prologue d'un amour brisé. Peintre belge contemporain, Tytgat est connu pour son oeuvre naïve, inspirée du fauvisme, mais aussi pour ses illustrations en gravure. Prologue d'un amour brisé a été réalisé en 1928 et reste un mystère pour les connaisseurs, car personne ne sait ce qui lui a inspiré cette peinture au titre évocateur. On y voit une femme allongée sur une table, des infirmières et médecins s'affairant autour de sa jambe amputée. Assis sur un banc à l'extérieur de la maison, un homme soutient amoureusement sa tête par la fenêtre ouverte.

C'est cette peinture qui est à l'origine du déclic et a offert à l'auteur de ce Prélude à un amour brisé, que je présente aujourd'hui (sorry, no cover for today !) une fable sur l'amour et la liberté. C'est l'histoire d'un homme et d'une femme qui se plaisent, s'aiment et se promènent bras dessus, bras dessous. L'homme la couve de mots d'amour, de déclarations enflammées, il suffoque, il l'adore... mais la femme étouffe. Progressivement elle s'aperçoit que tous deux n'ont plus les mêmes affinités, que les attentes prennent un chemin différent. Consciente et lucide, la femme décide de rompre. Parce que trop d'amour, aussi, ça étouffe.

Besoin d'air, besoin de liberté ? Cette histoire nous montre cet élan incroyable qui pousse toutes femmes à vouloir voler de ses propres ailes, à se couper de l'ascendance masculine. C'est un livre aussi qui laisse voir les vicissitudes de l'amour, et moi je dis que c'est très bien rendu, avec des illustrations / gravures à la fois fascinantes et inquiétantes (déjà vues dans Frisson de fille, par exemple, de la même Isabelle Vandenabeele). C'est audacieux, évocateur et bouleversant !

Voici un aperçu du texte, tout en poésie :

« Ensemble, ils pensaient à être ensemble.
Mais ensemble d'une autre façon.
Pas le simple fait d'être ensemble.
Encore plus ensemble, se dit l'homme.
Ensemble d'une autre façon, se dit la femme.
Leurs yeux se croisèrent fortuitement, ils se sourirent.
Mais aucun sourire n'est pareil à un autre.
(...)

Ils avaient déjà passé des heures et des heures ensemble.
L'homme et la femme.
L'un contre l'autre. Se donnant le bras.
Lui toujours d'accord avec elle.
Elle riant quand il racontait une blague.
Au diapason, leurs lèvres s'embrassaient,
aucune dispute pour les contrarier.
Un amour sans tache.
Un bonheur sans fin.
(...)

Une seule jambe, ça ne suffit pas, se dit la femme.
Pour aller là où l'on veut.
Elle frissonna, elle ne voulait pas d'un homme pour béquille.
Pas moi, pensa-t-elle
alors que l'homme ne pensait à rien.
(...)

Ils ne voyaient pas du tout les choses de la même façon.
Le prélude tirait à sa fin,
on raya la suite.

Et elle disparut.
Et il disparut.
Mais aucune disparition n'est pareille à une autre.
»

Prélude à un amour brisé, Texte de Geert de Kockere, Illustrations d'Isabelle Vandenabelle.

Traduit du néerlandais par Daniel Cunin.

Editions du Rouergue, Coll. Varia.  17.50 €

{ Aperçu de la couverture

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]



  1