Chez Clarabel (2)

Des livres, de la passion de lire et des dessous chics

13/02/08

Prélude à un amour brisé

Me sentant d'humeur démoniaque ces jours-ci, j'ai purement et simplement décidé de présenter un livre qui parle d'un amour brisé, et ce la veille de la fête des amoureux ! ... (Par contre, l'éditeur est plus compatissant car le livre ne sera disponible en librairie qu'à partir du 15 février.) Pas sympa, la Clarabel ?

Bref, à la base de cet album il y a le tableau d'Edgard Tytgat, Prologue d'un amour brisé. Peintre belge contemporain, Tytgat est connu pour son oeuvre naïve, inspirée du fauvisme, mais aussi pour ses illustrations en gravure. Prologue d'un amour brisé a été réalisé en 1928 et reste un mystère pour les connaisseurs, car personne ne sait ce qui lui a inspiré cette peinture au titre évocateur. On y voit une femme allongée sur une table, des infirmières et médecins s'affairant autour de sa jambe amputée. Assis sur un banc à l'extérieur de la maison, un homme soutient amoureusement sa tête par la fenêtre ouverte.

C'est cette peinture qui est à l'origine du déclic et a offert à l'auteur de ce Prélude à un amour brisé, que je présente aujourd'hui (sorry, no cover for today !) une fable sur l'amour et la liberté. C'est l'histoire d'un homme et d'une femme qui se plaisent, s'aiment et se promènent bras dessus, bras dessous. L'homme la couve de mots d'amour, de déclarations enflammées, il suffoque, il l'adore... mais la femme étouffe. Progressivement elle s'aperçoit que tous deux n'ont plus les mêmes affinités, que les attentes prennent un chemin différent. Consciente et lucide, la femme décide de rompre. Parce que trop d'amour, aussi, ça étouffe.

Besoin d'air, besoin de liberté ? Cette histoire nous montre cet élan incroyable qui pousse toutes femmes à vouloir voler de ses propres ailes, à se couper de l'ascendance masculine. C'est un livre aussi qui laisse voir les vicissitudes de l'amour, et moi je dis que c'est très bien rendu, avec des illustrations / gravures à la fois fascinantes et inquiétantes (déjà vues dans Frisson de fille, par exemple, de la même Isabelle Vandenabeele). C'est audacieux, évocateur et bouleversant !

Voici un aperçu du texte, tout en poésie :

« Ensemble, ils pensaient à être ensemble.
Mais ensemble d'une autre façon.
Pas le simple fait d'être ensemble.
Encore plus ensemble, se dit l'homme.
Ensemble d'une autre façon, se dit la femme.
Leurs yeux se croisèrent fortuitement, ils se sourirent.
Mais aucun sourire n'est pareil à un autre.
(...)

Ils avaient déjà passé des heures et des heures ensemble.
L'homme et la femme.
L'un contre l'autre. Se donnant le bras.
Lui toujours d'accord avec elle.
Elle riant quand il racontait une blague.
Au diapason, leurs lèvres s'embrassaient,
aucune dispute pour les contrarier.
Un amour sans tache.
Un bonheur sans fin.
(...)

Une seule jambe, ça ne suffit pas, se dit la femme.
Pour aller là où l'on veut.
Elle frissonna, elle ne voulait pas d'un homme pour béquille.
Pas moi, pensa-t-elle
alors que l'homme ne pensait à rien.
(...)

Ils ne voyaient pas du tout les choses de la même façon.
Le prélude tirait à sa fin,
on raya la suite.

Et elle disparut.
Et il disparut.
Mais aucune disparition n'est pareille à une autre.
»

Prélude à un amour brisé, Texte de Geert de Kockere, Illustrations d'Isabelle Vandenabelle.

Traduit du néerlandais par Daniel Cunin.

Editions du Rouergue, Coll. Varia.  17.50 €

{ Aperçu de la couverture

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - Poésie - Commentaires [8] - Permalien [#]

15/12/06

La blondeur - Cécile Mainardi

la_blondeurLe livre-objet est joli, rose et noir, avec une chevelure épaisse ou légère dans laquelle on a envie d'y glisser la main... donc on ouvre le livre et on découvre ce poème de Cécile Mainardi sur "La Blondeur" ! A elle d'inventer et de chalouper sur la représentation blonde, de convoiter un inconnu, de le voir blond, de le voir "mort" (de longues explications s'imposent), et d'écrire un livre avec "ces idées-là", c'est-à-dire les "pensées-étoiles-filantes". D'accord, ce n'est pas évident du tout de s'y coller. Les expressions sont fantaisistes et virevoltantes, les idées partent dans tous les sens, mais la blonde Cécile Mainardi garde son cap, tel "le capitaine d'un livre qui sombre". Toutes voiles dehors, nous continuons.

Il y a neuf petits chapitres, neuf théories poétiques sur la blondeur, qui se répand partout, "ma blondeur super-mate, ma blondeur sur basse fréquence, sous perfusion d'antidépresseur, dépressurisée dans la cabine d'essayage des noms de couleur, ma blondeur de classe de soutien, aux yeux de lynx, au baiser de lycaon ô ma hyène de blondeur" (j'aime bien cette expression !). Bref, "De qui est-ce que je parle quand je dis que Je le vois blond Dans des poèmes écrits à des époques différentes" - oui, on se le demande ! Car ce texte est sur la blondeur aussi élémentaire que sur la recherche de l'amour, c'est là le message caché de cette déclamation sur la blondeur... Sur ce propos, l'idée est beaucoup plus ancrée dans des hyperboles qui m'échappent à l'instant. Il faudrait plus fouiller, sonder et se questionner, mais je ne suis pas blonde mais rousse ("Il n'y a rien de plus beau qu'une rousse quand elles sont belles toutes les autres peuvent aller se rhabiller les cheveux, se remettre leur bonnet de bain, aller jouer au water-polo dans le petit bassin, se refaire Palombella Rossa") et donc j'y penserai un autre jour.

En attendant, je tourne et retourne ce livre entre mes mains, je le trouve vraiment beau, mais son contenu m'échappe. Cependant, j'ai bien envie de "faire l'époque à l'a-saisonnette ? ta petite tête blonde plongée dans trois volumes de champagne, au fond d'un lavabo idéal Standard coquille d'oeuf pour rester dans les tons et beaucoup de démêlant pour ne pas laisser de traces".
Le crime parfait.

Les Petits Matins, coll. Les grands soirs

Posté par clarabel76 à 18:38:00 - Poésie - Commentaires [3] - Permalien [#]
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