10/04/10

aRIAne l'aRAIgnée

IMGP7352Ariane l'araignée est triste, malheureuse et déboussolée. Témoin de l'assassinat sauvage de sa famille, elle a longtemps erré pour trouver des solutions à son problème : elle est laide, laide à faire peur, et ceci explique pourquoi on cherche à l'écrabouiller sans état d'âme. Ariane attend beaucoup du professeur Lucanus, l'éminent spécialiste de la métamorphose. Elle espère qu'il la réconcilie avec son image, qu'il la fasse se sentir mieux dans sa peau. Pour cela, elle opte pour une solution radicale : devenir une coccinelle (ravissante bestiole dorlottée par les enfants et qui, paraît-il, porte bonheur !). Mais est-ce si facile de changer d'apparence ? Peut-on tout effacer et prétendre à une vie meilleure, simplement parce qu'on gomme les imperfections extérieures, ou disons celles qui nous empoisonnent l'existence ? ...

Le dicton du roman : Accepte-toi d'abord tel que tu es ! C'est vrai qu'en envisageant pour héroïne de l'histoire une araignée, l'auteur ne faisait pas dans la dentelle ! Comment s'attacher la sympathie des lecteurs avec cette abominable petite chose ? C'était fortiche de sa part d'oser et d'aller à rebrousse-poil des idées reçues ! Aussi, Ariane n'est finalement pas vilaine, elle est touchante et attachante, injustement jugée sur son apparence, alors que souvent les humains oublient l'importante mission qu'accomplissent les araignées dans les maisons ! (Ahem) Dépassant ma peur farouche des arachnides, j'ai donc picoré cette histoire avant de m'y perdre complètement. C'est de plus joliment illustré par Delphine Bournay et cela vous introduit en douceur et avec intelligence dans le petit monde des insectes. Vraiment très TRES joli !

Ariane l'araignée ~ Pascale Chadenat
illustrations de Delphine Bournay
Mouche de l'école des loisirs (2009) - 86 pages / 8,00€


06/04/10

tRICOT d'AMouR

tricot_damourJ'étais impatiente de relire un roman de Karin Serres, et la collection zigZag m'est très, très chère pour y avoir souvent trouvé des pépites et passé de jolis moments de lecture. J'ai donc accueilli Tricot d'amour avec beaucoup d'attente et d'impatience, je n'ai pas été déçue, j'ai adoré ce petit roman, adoré l'histoire, adoré les personnages et adoré les illustrations. (Ouf, il était temps de reprendre ma respiration.)

L'histoire, en quelques phrases, raconte la rencontre providentielle entre deux enfants souvent montrés du doigt par leurs camarades d'école - Kévin, le petit nouveau, porte des pulls tricotés en laine d'un goût douteux et Mira, au fond de la classe, est surnommée la tête à poux, même la maîtresse ne cesse de la gronder en lui collant des lignes à copier en punition. Las, les deux enfants ont pas mal d'atomes crochus mais une réalité saisit notre héroïne : Kévin est fils de boucher et Mira déteste la viande. Elle ne montre pas son aversion, elle n'ose pas, aussi lorsqu'elle est invitée chez lui, la demoiselle a le coeur au bord des lèvres. Va-t-elle oser franchir le seuil de la boutique ? Les visions d'horreur des animaux morts affichés sur les murs ou derrière les vitrines ne vont-elles pas lui faire tourner de l'oeil ? ...

Vite, vite, Mira se réfugie à l'étage supérieur où elle croise la petite grand-mère de Kévin, recroquevillée sur les coussins en train de dormir. Oui, c'est très, très touchant. C'est elle la grande tricoteuse de la maison. Elle qui offre à son petit-fils des pulls bariolés, originaux et éclatants, souvent sujets à la moquerie, mais Kévin assume. Pas seulement par bravoure, mais par amour. Quand le garçon sera porté absent pendant une semaine à l'école, Mira va s'inquiéter et trembler en écoutant les potins qui courent sur le boucher et sa famille. Juger sur l'apparence, dire et médire, bonjour radio potins ! Nous avons tous connu ça - les messes basses, les on-dit-que et les spéculations toutes plus dingues les unes que les autres. Quand on ne sait pas, on se tait. Hélas, dans la vie, même si on ne sait pas, on raconte n'importe quoi !

Et c'est ce que ce petit roman nous montre en soulevant le coin du rideau. Jamais dévoiler, juste suggérer. J'ai trouvé l'histoire belle, touchante et attendrissante. J'ai aimé le petit Kévin, sa famille et sa grand-mère tricoteuse. J'ai ressenti un grand souffle de tendresse à travers les pages de ce livre. Texte et illustrations font forcément bon ménage. J'étais donc sous le charme... et j'aimerais, oui j'aimerais qu'un jour Karin Serres me propose aussi un roman plus long, un roman pour doAdo par exemple car son univers me plaît beaucoup.

Tricot d'amour ~ Karin Serres
illustrations de Mathieu Demore
zigZag du Rouergue, 2010 - 93 pages - 6€

J'aime aussi beaucoup les petites notes à la fin du livre, où l'auteur et l'illustrateur ajoutent leur grain de sel pour expliquer comment ils ont envisagé ce livre. Cette fois, Karin Serres explique ceci : 

Quel rapport entre l'amour du tricot et une boucherie ? Comment deux univers si différents peuvent-ils se croiser pour tricoter une histoire ensemble ? C'est le mystère de l'écriture, des histoires inventées. Quand j'écris, je suis comme une éponge, un insecte ou un extraterrestre plein d'antennes : tout ce qui me touche dans la vie, je le capte, je l'absorbe. Et ces milliers de détails se mélangent à l'intérieur de moi pour se recomposer à leur manière et faire naître des histoires qui sont à la fois totalement imaginaires ET reliées par eux à la vraie vie.

Ahlala... qu'est-ce que ça me parle !

 

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02/04/10

La formule magique, c'est pour cacher ma peur.

Ont été engloutis par la Miss, 9 ans 3/4 ...

la_soupe_aux_amandesLa maison de Ram est immense, plus grande que ça encore, c’est l’aéroport de Roissy. Depuis qu’il y vit avec sa maman, il en connaît tous les coins, beaucoup de ceux qui y travaillent aussi. Il faut chaque jour faire attention de ressembler aux voyageurs, à ceux qui sont en transit. Ram et sa mère sont des clandestins de l’aéroport, ils ne sont pas les seuls, et se retrouvent autour d’une soupe dans un hangar. La vie dans l’aéroport est aussi rythmée par les nombreux gestes de solidarité qui donnent de la couleur aux jours. (quatrième de couverture)

C'est un très joli texte de Sylvie Deshors, sur un sujet sensible et pas facile à décrire sans tomber dans les écueils. La réalité est pourtant là - la peur, les faux-semblants, les parties de cache-cache et les chiens des vigiles. Une maman et son petit garçon vivent dans un aéroport, ils n'ont pas de papiers. L'histoire ne dit pas pourquoi, comment et après. L'histoire montre surtout un enfant émerveillé par les couleurs, les odeurs, les rencontres, l'espérance et la beauté de la mère, qui retient un sourire crispé et serre souvent son poing à mener cette vie clandestine. Il ressort de cette lecture une bouffée d'espoir, un élan de solidarité ... et le goût d'une bonne soupe aux amandes, qui rend les gens heureux, le temps d'une parenthèse chaleureuse. Une lecture moelleuse, pas du tout mélancolique.

La soupe aux amandes ~ Sylvie Deshors

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ce_soir_laC'est un petit roman qui serre le coeur. Qui serre le coeur d'angoisse. C'est l'histoire d'un petit garçon qui accomplit tous les jours les gestes d'un grand. On devine la vie pas facile, les cordons de la bourse trop souvent sanglés, les courses au compte-goutte, les carrés de chocolat avalés entre deux tranches de pain pour le goûter, le ronronnement du ventre qui en voudrait plus, et puis le froid dans l'appartement, avec la serrure grippée à la porte d'entrée. Benjamin se débrouille comme un chef et ne se plaint pas. La mécanique est bien huilée. Après les devoirs, le garçon dresse la table et lit une bande-dessinée en attendant le retour de sa mère. Mais ce soir-là, sa maman Caroline est en retard. Les minutes défilent et tombent comme des pierres dans son estomac creux. C'est l'angoisse, la peur panique d'être abandonné. Et comme Benjamin, nous avons peur et nous attendons Caroline avec une impatience grandissante. Où es-tu, Caroline ? Le suspense s'intensifie. Au fil des pages, la lecture deviendrait presque insupportable car le lecteur a besoin de connaître la vérité. C'est ce qui rend la lecture saisissante, en nous faisant oublier le misérabilisme ambiant. Que d'émotions dans si peu de pages !

Ce soir-là ~ Agnès Lacor

Petite Poche / Thierry Magnier (2010) - 5 € chaque livre de cette collection qui porte bien son nom : pratique pour glisser dans la poche, le livre a la taille d'une paume de la main.

 

Moi, dans la vie, je crois qu'on peut être vieux dans ses habits et encore tout neuf dans sa tête.

mon_coeur_noublie_jamaisLa maman d'Angèle est hospitalisée en urgence car, enceinte de six mois, elle sent son bébé manifester quelques signes de mécontentement. Le papa doit partir au boulot et ne peut pas s'occuper de sa grande fille. Du coup, elle est envoyée en vacances chez Mamia à la campagne. Angèle est folle de joie ! Sa grand-mère a été une brillante comédienne pleine de gaieté et de fantaisie. Désormais, elle coule une retraite paisible dans sa maison entourée de fleurs et d'arbres fruitiers, près d'un lac. Un petit paradis terrestre. Le séjour se déroule à merveille et Angèle oublie d'être tristounette, même si elle pense très souvent à sa maman et à son futur petit frère. Malgré tout, au fil des jours, Mamia n'a pas l'air dans son assiette. Sont-ce les nouveaux cheveux blancs dans sa coiffure ? Ou son air rêveur et égaré ? Angèle se fait du souci. Sa grand-mère souffre d'une maladie des mots qui s'envolent. Une maladie qui lui fait perdre la tête. La petite fille se retient d'être trop inquiète, jusqu'à cette fameuse promenade dans la montagne, à bout de souffle et sans but précis, il est temps d'aider Mamia.

Pardon, Angèle. Mais parfois je m'absente, murmure-t-elle.
Puis elle m'explique que les mots qui s'envolent sont parfois une maladie. Que c'est cruel d'être malade des mots quand on a vécu grâce à eux toute sa vie. Elle me dit qu'elle est fière de m'avoir connue quand elle n'avait pas encore de trous dans la tête et que ce ne serait pas pareil pour mon petit frère. Alors je lui réponds doucement en caressant ses cheveux blancs. Je lui dis que moi, je lui raconterai, au petit frère, la Mamia d'avant. Celle du lac, des pièces de théâtre, des parties de crapette et même de la soupe aux cerises vertes. Je dis aussi que, pour les mots, on l'aidera à les retenir et à les garder longtemps longtemps. Et que pour moi, elle sera toujours Mamia. Qu'elle ressemblera pour toujours aux fleurs qui ne parlent pas mais qui savent tout.
Le câlin de paix a duré jusqu'au coucher du soleil. Je ne voulais plus qu'il s'arrête parce que je savais bien qu'après, plus rien ne serait pareil.
Avant de partir, Mamia m'a entraîné sous un gros noyer :
- Tu vois, ces petites pousses pas mûres, eh bien c'est du muguet. C'est ton grand-père qui l'a planté pour moi. Pour que l'odeur me fasse toujours penser à lui. Tu sais, mon petit chat, je n'ai pas besoin de l'odeur du muguet pour penser à lui.
Du bout des doigts, j'ai caressé les tiges vertes et j'ai compris que l'amour habitait ailleurs que dans la mémoire.

Agnès de Lestrade évoque en douceur la maladie d'Alzheimer avec un regard enfantin, qui respire la fraîcheur mais ne tombe jamais dans la niaiserie. En toute légèreté mais avec sérieux, donc. A aucun moment la maladie et ses conséquences ne sont sous-estimées. Comme Angèle, on s'interroge, on doute et on s'inquiète. En même temps, le bonheur des vacances fait résonner une mélodie rassurante, le confort de vie est éclatant, on se sent bien, on chasse les idées noires. C'est une juste balance entre la drôlerie et la franche inquiétude. Encore un joli roman zigZag.

Mon coeur n'oublie jamais ~ Agnès de Lestrade / illustrations de Violaine Marlange
Rouergue, coll. zigZag, 2010 - 112 pages - 6,50€

 

04/02/10

Kalimba de Luna

Kalimba de luna Envoûte-moi Fais claquer tes doigts Sur des bouts de bois Hé, oh, hoo, ah

C'est la chanson qui me trotte dans la tête, après la lecture de ce petit roman d'Anne Percin (à réserver pour la tranche d'âge des 9 / 12 ans !).

A quoi servent les clowns ? est une histoire sympathique, attachante, un peu plombante pour commencer car une mère et ses deux filles perdent le peu qu'elles possédaient dans l'incendie de leur appartement. En attendant un relogement, elles trouvent refuge dans leur vieille caravane qui ne roule plus, installée sur un terrain vague, à côté de leur baraque à frites. Ambiance très misérable, de prime abord, mais l'impression est vite chassée par la narration de la petite Mélinda, qui nous raconte cette sordide aventure en y mettant tout son coeur, et ceci implique l'innocence, la jovialité, les désirs, les rêves et aussi les petites questions qu'elle se pose du haut de ses 5-6 ans (elle est élève en CP, elle apprend à lire). D'ailleurs, cela fait quinze ans jours qu'elle ne va plus à l'école. Sa maman est débordée, elle pense qu'elles rattraperont le retard plus tard.

A_quoi_servent_les_clowns__de_Anne_PercinEt puis, arrive le cirque avec sa longue procession de caravanes flamboyantes, et ses cages de tigres. Un bébé tigre va d'ailleurs se faire la malle et c'est la petite Mélinda qui va le retrouver. A partir de là, l'histoire prend un tour enchanteur et magique, plus doux, plus chaleureux. L'espoir est également en train de scintiller. Des indices nous le prouvent, et on devine que l'histoire va s'embellir (sans tomber dans le niais), apporter des solutions et des réponses qui vont rassurer la petite Mélinda.

C'est un texte parfaitement accessible pour les lecteurs qui ne veulent plus lire des livres "de bébés" (ça sent le vécu !) et qui ne se sentent pas toujours à l'aise avec des romans de 200-300 pages. Le thème du cirque est également très motivant, il donne aussitôt des couleurs débordantes d'optimisme dans l'histoire. J'avais craint un décorum plutôt sombre et déprimant, ce qui n'enchante pas forcément les plus jeunes, encore dans l'attente de rêver grâce à la lecture, finalement les clichés sont dépassés et cela sert de toile de fond pour raconter une belle histoire qui se finit bien !
C'est un roman jaune ! Parfaitement jaune ! C'est moi qui vous le dis.

A quoi servent les clowns ? ~ Anne Percin
Rouergue, coll. DacOdac, 2010 - 160 pages - 8,50€

 

...

Dans la foulée, j'ai lu le roman de Cécile Chartre, Poil au Nez, également publié au Rouergue dans la collection DoAdo. (Gaelle, cache ce sourire ! Je t'ai vue.) Cela a été une très bonne surprise, une lecture très touchante aussi. L'histoire se passe le soir du réveillon du 31 décembre 2009. Angel a rendez-vous avec son père, qui est décédé. A minuit pile, il a l'autorisation d'ouvrir la boîte à trésor qui lui a été confiée dix ans auparavant, alors que son père était malade. C'est une soirée particulière, qu'il passe avec ses meilleurs amis, dans une ambiance bouffonne et extravertie. En même temps, reviennent par vagues les souvenirs d'autrefois, et c'est là que l'émotion est très forte. Mais heureusement, le roman n'est pas que serrement de coeur et trémolo dans la voix, puisqu'il y a surtout et avant tout beaucoup d'humour. Pour preuve, cet extrait qui m'a beaucoup fait rire :

Séverine a passé la porte ensuite, affublée de deux drôles de trucs perchés très haut sur le sommet de sa tête. Elle nous a précisé au passage, bande d'ignares que nous sommes, que ça s'appelle des macarons, et que c'est très mode, les macarons. Ceci étant clarifié, elle a annoncé qu'elle se payait un mal de crâne à décorner un boeuf, alors qu'il fallait pas trop la titiller. Elle s'est mise alors à trifouiller dans son sac comme une sauvage en marmonnant " Un Doliprane, il me faut un Doliprane, t'as pas un Doliprane ? ". Thomas lui a suggéré de lâcher un peu ses cheveux, parce qu'à son avis, ça doit pas vraiment faire du bien d'avoir deux gros machins aussi emberlificotés au-dessus du ciboulot. Mais Thomas ne sait pas que lorsqu'on a passé trois heures et demie à se faire une coiffure d'enfer, on ne va pas tout saccager pour un simple mal de tête. C'est pénible à la fin, faut tout nous expliquer, à nous, les mecs. Et puis de toute façon, demain, macarons ou pas, tout le monde aura la tête comme une pastèque. Séverine prend juste un peu d'avance sur nous, c'est tout.

Poil_au_nezPoil au Nez ~ Cécile Chartre
Rouergue, coll. doAdo, 2010 - 96 pages - 6,50€

 

=) GaelleLa vie peut être bousculée en 1 jour, c'est ce qui se passe ici.

=) Mel, de la Soupe de l'Espace : Ce roman nous montre qu’un évènement tragique peut bouleverser une vie…  mais également qu’un objet, un mot peut apaiser et accomplir cette même vie en une fraction de seconde…

=) Marie : nous saisirons alors d'autant plus la portée du message contenu dans cette fameuse boîte et comprendrons en même temps le choix adéquat du titre plein d'humour pour ce roman sur le deuil finalement pas si triste que ça !

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19/01/10

Les Tartines au kétcheupe ~ Marie-Sabine Roger

Ce matin, je suis drôlement pas content. J'ai raté mon dessin animé, et maman m'a pas fait mes tartines.

tartines_au_ketcheupeOuhlala, comment vous parler de ce petit roman ? Petit par la taille, petit en pages, seulement 95, mais costaud en émotion, en message caché, en tout ce qu'il représente sans jamais nommer. Mes aïeux, c'est terrible ! Cela commence presque innocemment, c'est l'histoire d'un petit bonhomme, Nicolas, qui est en maternelle. C'est une petite terreur, il tient tête à la maîtresse, il fait peur à ses camarades pendant la récré, il ne travaille pas, il ne fait que ce qu'il veut, il gribouille au lieu de dessiner, il est le champion toutes catégories en indiscipline, et pourtant la maîtresse avec ses grosses lunettes soupire, sourit et lui ébouriffe les cheveux (et ça aussi, ça l'agace !). Nicolas est un enfant qui déborde d'énergie, c'est aussi un rêveur, il aime se perdre dans sa tête et se raconte des histoires avec Petit Toiseau et Fourmisseau, d'ailleurs ce sont ces dialogues qui commencent à mettre la puce à l'oreille, parce que la véritable histoire de Nicolas n'est vraiment pas rose. Chez lui, ça crie, ça hurle, ça tape, ça vole, il le dit franchement : c'est lui le champion du monde de vol sur baffe. (Sic) Les adultes ont l'estomac retourné, on le sent bien, mais notre petit champion ne s'en mord pas les doigts pour autant, il est d'une insouciance salvatrice et c'est tant mieux, son frère d'ailleurs lui dit : T'as drôlement de la chance, d'être petit. Tu fais rien qu'à t'amuser. Comment vous dire, donc ? Ce roman a tout pour être insurmontable, difficile, terrible et injuste, frustrant aussi parce que c'est une montagne d'impuissance qu'on nous envoie en pleine figure, mais malgré tout c'est un roman qui reste drôle, détaché, léger, attachant parce que ce petit narrateur haut comme trois pommes nous donne une leçon de vie qui nous désarme en même temps qu'elle nous charme.
Ce livre a été édité pour la première fois par Nathan en 2000.

-> on se retrouve,  Mel (complètement bidonnée) +  Gaelle  (qui le juge indispensable)

DACODAC AU ROUERGUE, 2010 -  95 pages - 6,50

J'aime beaucoup la couverture !

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02/01/10

(démarrage en douceur)

C'est sur un grand éclat de rire que débute cette nouvelle année en lecture, grâce à Rachel Corenblit qui a osé glissé dans son histoire un zest de Cloclo et de Magnolia-forever. Le métier de papa est un roman qui s'adresse aux lecteurs débutants (et plus) et qui nous raconte le désarroi de Paolo dont le père est en prison. Chaque semaine, sa mère se rend au parloir mais l'enfant refuse de l'accompagner. Il est taciturne, il ignore pourquoi son père est enfermé mais il refuse d'en parler. A l'école, une copine va lui donner du pétillant dans le coeur en l'invitant à assister à un concert de son père. Avec son costume en toc, qui brille de mille feux, et sa perruque blonde brushinguée, le papa de Magnolia rend vie à Cloclo ! Aaah... Et de fil en aiguille, Paolo va retrouver le sourire et comprendre qu'il n'a jamais cessé d'aimer son père. C'est un texte réaliste mais pas déprimant, au contraire il est drôle et aussi léger qu'une bulle !
Bien entendu, c'est un titre de l'excellente collection ZigZag du Rouergue... le_metier_de_papa Rachel Corenblit / illustrations de Nikol - 90 pages et 6 euros.

 

 

 

 

On ne quitte pas Rachel Corenblit puisqu'on la retrouve dans l'autre excellente collection doAdo Noir du Rouergue avec un roman flippant de la mort ! Un petit bout d'enfer raconte l'étrange parcours qui fera rencontrer une jeune fille de quatorze ans et un type d'une quarantaine d'années en pleine rupture sociale. Juliette a été punie par son père et doit passer un mois de vacances chez sa grand-mère dans un bled paumé. Elle profite d'un après-midi de courses pour se rendre au cinéma, ce jour-là son chemin croise celui d'un individu qui ne supporte ni le bruit, ni les mensonges, ni la trahison. Sous son manteau, il porte une arme et il n'hésitera pas à s'en servir. Kidnapping, cavale dans la forêt, fusillade sont attendus, en plus d'une tension horrible et haletante. C'est une lecture qui fait dresser les poils sur les bras, on lit ce court roman d'une traite, en prenant soin de respirer un bon coup après la dernière page tournée. Pfiou.
C'est le long soupir des arbres qui chantent la mort.
un_petit_bout_d_enferRachel Corenblit / 140 pages et 8 euros.

 

 

 

 

Retour en douceur grâce à ce délicieux roman d'Estelle Lépine (auteur de Demain l'année prochaine, seuil jeunesse), ou comment Hippo se perd au pays des émotions. E comme émotion est l'histoire peu banale d'un enfant décrit comme trop émotif - sensible, doué d'une imagination débordante, réceptif au monde extérieur, curieux des autres et de lui-même ? Hippo va dresser son propre dictionnaire des émotions, vu qu'il est sceptique quant à celui que possède sa famille. Les données sont trop formelles, trop évasives. Hippo est un garçon hors du commun, il comprend que les émotions entretiennent un lien étroit avec le corps. Son dictionnaire ressemble donc à un catalogue d'équations : Gaïa chuchote sur mon passage = mon coeur tombe dans mes baskets.
Ou bien : Mme Réda rend les dictées-surprises = mon coeur résonne dans ma poitrine +  embouteillage de salive à l'entrée de la gorge.
Et enfin ce passage que j'aime beaucoup : Les émotions sont impitoyables, elles transforment tout sur leur passage.
Un coeur en gong.
Un bras en gourdin.
Une gorge en entonnoir.
Des jambes en purée.
Un front en radiateur.
Les émotions sont des sorcières.
Tellement malignes que personne ne s'aperçoit que ce sont elles qui jettent des sorts.
Avec ce livre, c'est aussi une gentille réflexion pleine de pertinence et sans prise de tête que le lecteur découvrira. Encore une fois, dans l'excellente collection ZigZag... cette collection est toujours riche en découvertes, son esthétique est repérable entre mille, car ce sont des livres tout en noir et blanc, et les illustrations sont en osmose avec le texte. Le catalogue est une mine d'auteurs tous plus talentueux les uns que les autres.
J'adore !
Estelle Lépine / illustrations de Maud Cressely - 120 pages et 7 euros.  E_comme_emotions

21/11/09

Monsieur Schnock l'infâme escroc ~ Andy Stanton

Bayard jeunesse, 2009 - 190 pages - 4,90€
traduction de l'anglais par Vanessa Rubio
illustrations : David Tazzyman

monsieur_schnock_2Monsieur Schnock est un Grinch : il est sale, il est méchant, il est laid, il pète, il rote. Il vit à Lipton-les-Baveux et a pour but dans son existence d'être vilain, hypocrite, mesquin et foncièrement méprisable. Dans ce livre, il mijote un sale coup avec son seul ami, Billy William III, le boucher le plus répugnant du pays, qui cultive d'ailleurs sa réputation avec un soin immonde et dégoûtant. Bref, ces deux sales compères ont décidé de s'emparer de la boîte à biscuits du dénommé Alan Taylor. Il s'agit d'un petit bonhomme en pain d'épices, avec des raisins secs en guise d'yeux, qui se promène avec une boîte à biscuits pleine à ras bord de billets. Alan Taylor est très, très riche. Il habite une maison aussi tape-à-l'oeil mais il est seul. Pour s'offrir des amis, il a choisi d'organiser une fête, chez lui, et convie tous les habitants à se joindre à la party en distribuant son argent. Une jeune fille de neuf ans, Polly, et son copain Vendredi Ousamedi s'y rendent par curiosité et surprennent le vol des deux lascars du haut de la grande roue. L'aventure commence, Monsieur Schnock et Billy William troisième du nom ont prévu de traverser les mers pour se réfugier à Paris, en tant que milliardaires, et mener une vie de pacha (en commençant par acheter la Tour Eiffel pour la détruire et la remplacer par une statue de cafard géant).
A décrire, le livre est aussi horrible que ses abominables personnages (et dire que la galerie des protagonistes est encore plus chargée en phénomènes de foire serait un doux euphémisme). C'est un livre spécialement concocté pour les jeunes lecteurs (dès 8-9 ans) qui aiment les histoires drôles, rapides, folles et qui n'ont pas peur d'un humour un peu cracra (juste par petites touches, il ne faut pas abuser). L'effet est immédiat, éclats de rire en cascade, cris de stupeur et mines offensées (feintes, bien sûr !).
Et un mot d'ordre, récurrent : La vérité est une meringue au citron.

Comme le dit la quatrième de couverture, c'est une histoire pleine d'actes de bravoure, de mouettes bizarres, avec aussi des orties, de l'amitié, et des listes, où vous apprendrez tout ce qu'il y a à savoir sur les habitants de Lipton-les-Baveux !
Par contre, à l'heure où une conscience écologique s'impose, il est dommage d'avoir entre les mains un livre capable d'imprimer jusqu'à 8 lignes de texte par page !

existe aussi : Chroniques de Lipton-les-baveux, Tome 1 : L'abominable monsieur Schnock

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31/10/09

Le bal des monstres ~ Christophe Loupy

éditions Volpilière, 2009 - 42 pages - 7 euros
illustrations Nicolas Le Tutour

le_bal_des_monstresC'est le soir d'Halloween dans la petite ville de Rumfort. Un bal est donné dans le manoir qui appartient aux parents du meilleur ami de Jack. Ce soir, tous les enfants sont déguisés et organisent entre eux un concours de celui qui sera le plus effrayant. A chaque fois que quelqu'un réussit à faire sursauter l'autre, il reçoit une petite croix dessinée sur la main. Le vainqueur sera déclaré Monstre de la soirée. Jack et ses copains partent en chasse, mais les choses se passent mal pour notre petit héros. En cours de route, il surprend un serveur déguisé en crapaud hideux, mais ce déguisement semble plus vrai que nature. Et pour ne pas manquer, la créature remarque la méfiance du garçon et se met à le pourchasser dans toute la maisonnée. Couloirs labyrinthiques, passages secrets, la course n'en finit plus et la tension monte !
C'est indéniablement un petit roman qui manie avec brio l'humour et la terreur. Pour un lecteur dès 7 ans (la cible visée), l'objectif est atteint. L'histoire est courte, mais intense. Le suspense est assez surprenant, et en plus du mystère l'intrigue nous réserve des instants saisissants. Les personnages sont plutôt stéréotypés mais pas mauvais, mention spéciale pour les créatures baveuses et répugnantes, néanmoins je n'ai pas du tout aimé les illustrations que j'ai trouvées figées et sans charme.

livre reçu par l'opération babelio

babelio

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28/10/09

Spooky Week : les choix de miss C. !

au programme, deux romans pour jeunes lecteurs qui aiment rigoler avec des personnages atypiques, qui n'hésitent pas à faire montre d'un joli langage fleuri et dont les aventures sauront dessiner un sourire sur les lèvres ...

Drôles de trolls, Tome 1 : Allez, les trolls ! ~ Alan MacDonald
Mark Beech (Illustrations), Vanessa Rubio (Traduction)

allez_les_trollsUlrik sera-t-il sélectionné dans l'équipe de foot ? Pas sûr, car c'est un troll, plus doué pour la chasse aux chèvres que pour courir derrière un ballon. Les bottes à ventouses dont il est si fier ne valent sans doute pas les crampons de Gérald Fierotin, son détestable voisin humain. Et voilà que M. Troll père menace de lui voler sa place ! Grooaaar ! Bonjour les humains, voici les trolls, sales, rugissants, râleurs... mais tellement attachants.

C'est aussi drôle à lire qu'à regarder ! Les illustrations de Mark Beech nous rendent les trolls plus délirants que jamais. Non ce n'est pas du tout affreux ni dégoûtant, c'est cocasse et déjanté ! La rivalité entre la famille Fierotin et les Trolls est tout bonnement extrordinaire, dans le sens où ce n'est pas méchant mais gentiment moqueur (dans ce tome, par exemple, on s'affronte sur un terrain de foot). Et les illustrations de Mark Beech (cf. The everyday witch, un album jeunesse présenté tout récemment !) ne sont pas sans rappeler l'influence d'un certain Quentin Blake. D'ailleurs, s'il fallait continuer le jeu des comparaisons, j'ai trouvé que le langage imagé des trolls était quelque part équivalent au style du Bon Gros Géant de Roald Dahl ! :) Dans la famille Troll, on se dit des mots doux genre « mon grozaffreux » ou « mon horriblidou » et le papa demande à son fiston « Tu n’as pas brossé tes dents au moins, j’espère ? » avant qu’il s’en aille à l’école.
Ce genre d'humour est pile poil dans les cordes des jeunes lecteurs (dès 7-8 ans, selon le niveau). Pour filles ET garçons !

Folio cadet, 2008 - 140 pages - 5,50€

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Panique chez les Bouledogre ~ Jean-François Ménard
Anne Simon (Illustrations)

 

panique_chez_les_bouledogreAh, l'horrible famille ! Pourquoi la jeune et jolie Aurélia fait-elle partie des Bouledogre ces êtres incultes et grossiers qui ne pensent qu'à s'empiffrer de viandre crue ? Si seulement elle pouvait vivre au Milieu des humains ! Un jour, miracle : elle rencontre un garçon beau et raffiné. Pourvu qu'il ne se rende pas compte qu'elle est une ogresse !

Argument de vente : Roméo et Juliette au pays des ogres !
Comment voulez-vous ne pas résister !?!
Et puis, sachant que ce texte était signé Jean-François Ménard, autrement connu pour avoir traduit Harry Potter ou Artemis Fowl, j'étais cuite comme les carottes ! Du coup, curieuse et alléchée, j'ai feuilleté ce livre avant de le confier à ma douce enfant...
Verdict : c'est très, très drôle ! C'est bien huilé pour le jeune public, on trouve des personnages affreux et ignobles, des ogres qui pillent les boucheries et s'empiffrent de viande, des insultes qui volent et de bonnes targnoles pour solde de tout compte... ouah j'étais servie. Les premières pages en mettent plein les mirettes. Pas étonnant que la prude et délicate Aurélia se sente si peu à sa place.
Elle aussi est fille d'ogres, et pourtant sa nature frêle et délicate  ne peut l'imprimer. Elle fait un blocage avec la voracité de sa famille, la viande la dégoûte... bref Aurélia rêve d'une autre vie, elle se perd dans la lecture de ses livres qui lui font croire au prince charmant. A ce propos, ce beau parleur d'Homère n'aurait-il pas les traits du valeureux chevalier ? Serait-ce lui son prétendant ? (La scène de leur première rencontre est parfaitement risible, mais c'est charmant !)
Quelques chapitres plus loin, c'est le clash ! Aurélia qui tentait de dissimuler ses origines découvre que Homère est également un ogre et qu'il appartient au clan rival des Bouledogre, c'est un Croquebourru, et malheureusement leur amour est condamné. L'heure des drames a sonné, mais pas seulement, car chez les ogres, les règlements de compte sont bruyants, bavards et baveux.
C'est donc une agréable découverte pour jeunes lecteurs, un livre qui ne manque pas d'idées et qui est riche en jeux de mots savoureux. C'est d'ailleurs le point commun des deux lectures sélectionnées par la miss, et je trouve qu'elle fait preuve d'originalité et de facétie dans ses choix !

Hors-Piste / Gallimard jeunesse, 2009 - 208 pages - 9,50€

 

 

Posté par clarabel76 à 10:45:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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