Chez Clarabel (2)

Des livres, de la passion de lire et des dessous chics

08/12/08

Tout le monde est une drôle de personne...

Tout le monde est une drôle de personne,
Et tout le monde a l'âme emmêlée,
Tout le monde a de l'enfance qui ronronne,
Au fond d'une poche oubliée,
Tout le monde a des restes de rêves,
Et des coins de vie dévastés,
Tout le monde a cherché quelque chose un jour,
Mais tout le monde ne l'a pas trouvé...

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41XbiKHQIHL__SS500_Imaginez un dimanche après-midi, bien au chaud sous un plaid, calée dans le canapé au coin de la cheminée, et plongée dans la lecture d'un roman qui vous offre une vision du couple absolument cynique et sarcastique. J'ai peut-être passé l'âge de croire aux Bisounours, même si je cajole certaines utopies... Enfin bref, je n'étais certainement pas préparée ni disposée à me sustenter de l'histoire proposée par Thierry Lentz. C'est donc celle d'un homme marié et père de famille qui tombe amoureux d'une jeune femme de 18 ans sa cadette. Cette parenthèse enchantée n'est pas extraordinaire, tant le tout m'est apparu banal et truffé de clichés assez glaçants. Voici un exemple de ce que je ne supporte pas de lire :

« L'amour avait laissé la place à cette fameuse tendresse des couples qui se contentent d'être, tandis que passe le temps. Le sexe avait été remisé au magasin des accessoires. On l'en sortait moins souvent que l'aspirateur, la cocote en fonte, un bon bouquin, une tasse de tisane et le monospace pour aller voir le dernier Disney puis le dernier Harry Potter puis, après des siècles d'attente, la dernière comédie familiale. "Le bonheur rangé dans une armoire", disait Gabin avant de prendre avec Belmondo la cuite la plus mémorable du cinéma français. Mais Louis n'avait même plus un vrai copain avec qui se saouler la gueule. Tout au plus ressentait-il parfois un griserie fragile et passagère au cocktail marquant la médaille du Travail de Tartampion, glorieux chef comptable, ou le départ en retraite de Mme Bouchetrou, irremplaçable secrétaire qui fut pétulante mais a bien changé depuis la fuite de son mari. »

Et ça continue, l'épouse et ses copines, taxées de desperate housewives en puissance, la maîtresse mignonne qui connaît tout U2 et achète le dernier Marc Levy et se sent comme une patate pourrie avec les amis intellectuels et pédants de son amant (bah oui, je ne sais pas pourquoi... mais j'ai été marquée par ce chapitre !?!). Enfin bref, je me suis baladée en lisant ce livre, ne m'y sentant pas à mon aise ni à ma place. J'attendais plus, après l'excellente critique de Cuné, et finalement je m'y suis sentie étrangère. Indifférente, boudeuse et crâneuse... genre, tout ceci ne me concerne pas. Aaaah, je sais : l'espoir fait vivre.

merci Cuné pour le prêt, & l'avis de Laure qui a tout juste aimé...

Tout le monde ment - Thierry Lentz
Editions Fayard, octobre 2008 - 191 pages - 17€

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51kepgUv08L__SS400_Dans la série, je continue de me fâcher avec les livres par milliers, je demande ce roman de Jincy Willett : Gloire, honneur et mauvais temps. La 4ème de couverture dit : Elles sont jumelles, mais le ventre de leur mère est bien la seule chose qu’elles aient jamais partagée. Abigail est belle, frivole, extravertie. Dorcas est plus fade, intériorisée, indifférente aux appels de la chair… et franchement sarcastique quand elle reçoit les mémoires de sa sœur, emprisonnée pour le meurtre de son second mari. Depuis la bibliothèque de Rhode Island où elle est employée, Dorcas dévore avec ironie le récit de sa drôle de moitié. Page après page, elle se moque, rumine ses souvenirs de jeunesse, s’emporte contre le petit monde littéraire. De quoi régler ses comptes avec la futilité des apparences. Et s’apercevoir à quel point sa sœur lui manque…
Cela semble plutôt bien, mais je me suis très vite engluée dans les longueurs infernales. Cela part dans tous les sens, c'est soit-disant caustique et barré, mais ça n'a pas franchement fonctionné avec moi. Soit mes neurones sont totalement déconnectés, il est temps pour moi d'entrer en hibernation, soit j'ai perdu définitivement le goût des mots, de rire ou de sourire, de m'émouvoir. Je ne sais plus, mais cette envie de rien commence sérieusement à me pomper l'air !!!
Vite, un miracle. Un clin d'oeil. Un coup de coeur...

Une petite citation : «La lecture n'était pas pour elle un moyen de s'évader, pas plus qu'elle ne l'est pour moi. Elle était une facette de l'expérience directe. Mère faisait évidemment la différence entre le monde fictif et le monde réel, celui dans lequel elle devait préparer les repas et ainsi de suite. Néanmoins, le monde fictif était pour nous une extension du monde réel et aucunement un substitut de celui-ci ou encore un refuge pour lui échapper. Pas plus que le sommeil n'est un substitut de l'état de veille

Cathulu a davantage apprécié

Gloire, honneur et mauvais temps - Jincy Willett
10-18 / octobre 2008 - 414 pages - 8,60€
traduit de l'anglais (USA) par Bruno Boudard

Plouf ! plouf... la vie parfois fait plouf !

En musique, en douceur, en choeur (etc.), glissons deux romans qui avaient le potentiel de me plaire (sur papier), et qui n'ont pas su conquérir la lectrice bougonne de cette fin d'année. Oui, il s'agit bien de moi (la grincheuse). Enfin, j'ai juste bien aimé mais je ne m'extasie pas non plus. C'est entre les deux ! ;o)

41bcV_LygKL__SS500_Premier roman de Melanie Abrams, Jeux Dangereux est avant tout une histoire glissante et sulfureuse, rien que par la couverture qui montre une jeune femme les mains liées. Oui, cela suggère le rapport de force, de la soumission. L'histoire est celle d'une étudiante qui rencontre un petit garçon et sa maman, laquelle souhaite l'embaucher sur le champ comme jeune fille au pair. Josie accepte, car elle se sent à l'aise avec le petit Tyler (un enfant doué, mais en total décalage avec la réalité) et Mary, la mère. Cette dernière considère Josie comme une amie et confidente, aussi elle lui avoue avoir des sentiments pour Devesh, un chirurgien aux origines indiennes. Par contre, celui-ci drague ouvertement Josie, qui s'agace de ce plan de séduction sans queue ni tête avant de succomber au charme de cet homme de dix ans son aîné. Bref, avec leurs petits jeux coquins, Devesh va placer son amante dans une situation troublante, ce qui réveille des souvenirs enfouis ayant trait à son enfance. Josie a des bouffées de frustration, de malaise et d'inhibition. Lorsque le chirurgien va choisir de rentrer au pays, et face au refus de Josie de le suivre, le couple comprend qu'il faut creuser pour affronter la source du problème, qui libérerait Josie d'un grand poids. Oui, voilà... c'est tout. Je m'attendais à un roman plus licencieux, comme ceux d'Edith Templeton (Gordon ; Irrésistiblement), bien que je n'avais pas beaucoup aimé ce genre d'histoire très dérangeante. En fait Jeux Dangereux aborde davantage les troubles de l'intimité liés à un trauma survenu dans l'enfance, mais la façon de conduire à cette idée est assez sinueuse. De même, j'avoue avoir été peu sensible au charme du docteur Devesh... et à partir de là, la partie de plaisir se métamorphosait progressivement en grincement de dents. Je ne doute pas que d'autres lecteurs vont apprécier. (Les critiques ont souvent été élogieuses.) Oui j'encourage, j'encourage... A chaque roman, son lecteur. Et son moment, aussi. C'est ce qui me fait actuellement défaut ! :/
A noter que Melanie Abrams partage sa vie avec Vikram Chandra, l'auteur très remarqué du roman Le Seigneur de Bombay.

Jeux Dangereux - Melanie Abrams
Calmann-lévy, septembre 2008 - 325 pages - 19€
traduit de l'anglais par Marie Boudewyn

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61CsxSraKhL__SS500_La jeune fille au miroir vert est le troisième roman traduit d'Elizabeth McGregor, sous une couverture chatoyante et désuète. Il s'agit en fait du détail d'un tableau de Richard Dadd, peintre victorien, dont il est évidemment question dans ce roman. Non, ce n'est pas une histoire d'après une peinture, mais plus largement une histoire sur l'emprise que l'art peut exercer sur nos vies. Catherine vient d'être quittée par son mari, Robert. Aucun indice sur le pourquoi ni le comment, cette jeune femme proche de la trentaine est dévastée. Un peu dans la même période, elle rencontre John Brigham, un veuf de vingt ans son aîné, qui est aussitôt conquis par sa beauté, sa tristesse et son mystère. Il la courtise, elle est séduite mais le retour de Robert précédé de l'arrivée en fanfare d'Helen, la soeur de John, va raviver le sentiment de trahison de Catherine. Il y a beaucoup de secret dans ces destins croisés, de la mélancolie, de la douleur et de la frustration qui forcent le lecteur à se blinder et à adopter une position de retenue. Pourtant, impossible de lâcher le roman avant la fin...  La trame romanesque me faisait penser, de façon obsessive et pas forcément objective, au film Chromophobia, lequel était davantage une vision acide de la société anglaise, tandis qu'ici on évoque l'art et son intrusion dans nos vies, son pouvoir et ses revers. Je pense surtout que ce qui rapproche les deux créations réside dans le climat d'étrangeté et de folie derrière les destinées appelées à s'entremêler. (Au début du film, par exemple, je me suis beaucoup ennuyée alors que j'ai été intriguée par le début du roman, puis étonnée et curieuse.) En bref, on ne sort pas joyeux d'un tel roman, et peut-être ai-je été décontenancée par ce résultat. J'avais d'abord aimé la couverture et sa promesse d'une histoire proche du conte. Et en fin de compte, ce qu'on apprend progressivement, c'est l'influence du peintre préraphaélite, Richard Dadd, qui a tué son père et a été interné pour folie dans un asile où il finit ses jours en se consacrant à son art. Ses oeuvres constituent un élément important dans l'intrigue... Intéressante, pas transcendante, mais un brin mystérieuse et obsédante. A voir.

La jeune fille au miroir vert - Elizabeth McGregor
JC Lattès, novembre 2008 - 354 pages - 20,50€
traduit de l'anglais par Françoise Smith 

07/12/08

au pays des livres perdus...

Je sais que je ne suis pas la seule, en ce moment, à connaître une traversée du désert en matière de lecture, mais j'avoue que je commence à me poser des questions. Est-ce seulement que je me désintéresse de plus en plus à la littérature générale au profit de la jeunesse ? Ou est-ce uniquement parce que je cale, comme cela arrive régulièrement dans le parcours d'une lectrice ? Oui, c'est comme ça... comme disait mon ami Cloclo, ça s'en va et ça revient (c'est toujours le même refrain!). Et le fait d'avoir eu entre les mains 3 livres qui n'ont pas su, à tour de rôle, m'accrocher plus que la juste mesure, ne compte strictement pas et ne joue en aucune faveur. Voilà.

418cGLiGVdL__SS500_Un Atwood inédit, comme annoncé sur le bandeau rouge de la couverture du roman, devrait émoustiller les foules vers ce premier roman décrit comme subversif et d'une drôlerie grinçante. Pour ma part, je l'ai lu mais je n'ai pas ressenti que j'étais transportée au 7ème ciel. Ce roman fut publié en 1969 et pouvait passer comme révolutionnaire à l'époque, aujourd'hui je trouve juste qu'il devient le témoignage de l'émancipation de la femme, dans ses désirs et ses rejets. Argh, en fait c'est moins net. On y suit Marian, une jeune femme qui vit en colocation avec Aisleen, d'une nature beaucoup plus libérale et anti-conformiste. Marian est une jeune femme indécise et irrésolue. Entre son boulot, choisi au départ avec soin, et maintenant subi tel un frein à son envol, et sa vie sentimentale avec Peter, un garçon à la beauté d'une banalité renversante (oui, oui!), elle est singulièrement compliquée et impossible à décrypter. D'ailleurs elle en a conscience, puisqu'elle fait part d'une réflexion qui dit que, grosso modo, elle pouvait passer comme idiote aux yeux d'un observateur extérieur mais au fond elle était persuadée que ce n'était pas le cas, que c'était important et alarmant. Oui, imaginez un peu... la fille prend ses jambes à son cou en fuyant le restaurant où elle passe du bon temps avec Peter et leurs amis, et se cache sous un lit. Quel cirque ! Et pourquoi, oui pourquoi ? J'ai beau me sentir extérieure à cette histoire, il le faut, je suis aussi convaincue que je ne comprends pas du tout Marian. Alors c'est embêtant... Cette fille se retrouve fiancée, en voie de se marier etc. alors qu'il paraît de plus en plus évident que ce n'est pas son intention. Quelque chose bute en elle, un relent de non-acceptation et un sentiment de répulsion. Il faut qu'elle se blinde, mais ses pensées et ses actes ne font pas corps et Marian agit à l'encontre de ses instincts. C'est très étrange à expliquer, ou du moins je tente de présenter ce que j'ai personnellement ressenti. Je ne vous cache pas que je dois être à mille lieux de la véritable interprétation (pour cela, je vous suggère de lire le billet de Cathulu, qui est beaucoup plus enthousiaste !).

La femme comestible, que cache ce titre ? C'est un peu la conséquence de ce vaste capharnaüm : emportée dans le tourbillon d'une destinée qu'elle semble ne pas tolérer au plus profond d'elle, Marian doit manifester ce rejet par son incapacité à ne plus pouvoir s'alimenter. « Moins elle peut avaler, plus elle se sent elle-même dévorée. », explique la 4ème de couverture. J'en reviens à mon point de départ, et me dis que ce livre raconte une histoire dans laquelle je me sens beaucoup trop étrangère, pas très concernée par ce cliché des 60s, décennie beaucoup plus amère et crispée dans laquelle j'aurais pesté vivre finalement... Les portraits sont mordants, acides et amers. Les rapports entre les hommes et les femmes sont lourds, et en fait tout ceci me révolte un peu. Je me vois en tant que jeune femme de 2008 et je n'arrive pas à me glisser dans la peau de Marian, tant j'ai envie qu'elle fasse plutôt ci ou cela, au risque de mettre un voile aux us et coutumes de la morale d'alors. Au final, je suis partagée. Pas mal de points me turlupinent et je regrette d'être passée à côté.

La femme comestible, de Margaret Atwood
Robert Laffont, coll. Pavillons poche - 522 Pages - 10,90€
traduit de l'anglais (Canada) par Michèle Albaret-Maatsch

Pour me consoler, je retourne écouter Cocoon... un disque très doux, tout à fait dans l'ambiance du jour (il fait froid, il fait gris, la chaudière est en panne, la cheminée a pris le relais et j'ai choisi de ne rien faire aujourd'hui...). 

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