31/03/16

Va et poste une sentinelle, de Harper Lee

VA ET POSTE UNE SENTINELLE

Vingt ans ont passé, Jean Louise Finch, alias Scout, vit désormais à New York, a fait des études et développé un sens critique aiguisé sur la société. Elle est de retour à Maycomb en Alabama pour revoir son vieux père Atticus et son ami de toujours Henry Clinton, qui veut l'épouser. Leurs retrouvailles réveillent les doux souvenirs de l'enfance, des jeux insouciants, de son frère Jem décédé et d'une éducation privilégiée au cœur d'une petite communauté du Sud attachée à ses coutumes rétrogrades. Mais le pays est également secoué par les questions raciales, autour desquelles sa région natale se déchire, prenant fait et acte contre la constitution et les principes qu'on leur impose, contre leurs idéaux. Face à cette réalité, Jean Louise ne se sent plus chez elle, parmi les siens, et reconsidère sa certitude d'avoir grandi auprès d'un père formidable, qui forçait l'admiration.

Ce roman est autrement plus sombre et poignant dans son évocation du temps qui passe mais qui reste figé dans le comté sudiste, où les mœurs n'évoluent pas à l'heure new-yorkaise, ce qui heurte la sensibilité politique de notre héroïne libérale. Mais Jean Louise est également décevante dans ses jugements à l'emporte-pièce et dans son désir de calquer un modèle qui ne sied pas à la petite ville. Certaines révolutions se font dans la douceur et nécessitent des concessions difficiles à entendre, sans toutefois les targuer de lâches et intolérables. C'est là une digne Finch aux idées excentriques et obtuses ! J'ai donc souvent alterné entre la tendresse et l'agacement, entre la nostalgie enthousiasmante et la désillusion fatale à la lecture de ce roman - impeccablement interprété par Cachou Kirsch, qu'on ne présente plus et qui fait des merveilles dès qu'elle s'empare d'une histoire, sa voix nous transporte, nous touche et nous berce. C'est très appréciable ! 

“Va et poste une sentinelle” ne possède sans doute pas le même souffle romanesque ni cette délicieuse subtilité de rendre un récit d'apparence candide si profond et attachant, comme cela a été le cas pour “Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur”, mais sa lecture n'en demeure pas moins plaisante sans être inoubliable. 

« CHACUN A SON ÎLE, JEAN LOUISE, CHACUN A SA SENTINELLE : SA PROPRE CONSCIENCE. » 

Traduit par Pierre Demarty (Go Set a Watchman) pour les éditions Grasset & Fasquelle, 2015

Lu par Cachou Kirsch - durée : 8h 25 - pour Audiolib / Février 2016

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


07/01/16

Goat Mountain, de David Vann

Goat Mountain

Automne 1978, dans le nord de la Californie. Quatre hommes, dont l'un à peine sorti de l'enfance (le narrateur), se rendent sur les terres de Goat Mountain pour l’ouverture de la chasse. Pour ce môme de onze ans, c'est un baptême attendu avec impatience, lui qui a grandi avec les armes et dans la culture de la chasse, initié par son père, son grand-père ou Tom, l'ami de la famille. Pour la première fois, il va pouvoir abattre son propre gibier. Alors qu'ils parcourent les centaines d'hectares du ranch, les quatre hommes tombent sur un braconnier qu'ils observent depuis la lunette de leur fusil. Un excès de confiance. Un soupçon de complicité. Un semblant d'initiation. Et là, la maladresse, le tressaillement, le drame... Nos chasseurs émérites s'effondrent, de dépit, de stupeur, d'effroi. La partie de chasse vire au chaos. C'est le règlement de comptes. Le pétage de plomb. L'enfant qu'on accuse et qu'on accule. La famille qui se dresse. Cela vire au cauchemar. Et très franchement, David Vann y prend plaisir. Petits meurtres en famille. Ou comment vous désillusionner sur les liens du sang, sur l'éducation, sur le dialogue et le partage. Le vide sidéral. La lecture nous plonge alors dans un profond désarroi, auquel je n'arrive décidément pas à m'habituer (cf. Sukkwan Island qui m'a également déplu). Ceci ne remet pas en cause les qualités du roman, « sa prose poétique, précise et obsédante », simplement je reste hermétique à cet univers, trop rude, trop opaque, trop rudimentaire. La description des paysages, de la nature belle et sauvage, côtoie une violence latente dans ce qui s'apparente être un parcours initiatique conditionné aux instincts primitifs. L'histoire n'est pas très longue, racontée par un Eric Herson Macarel éloquent et efficace. Seulement, la perspective que donne l'auteur de l'humanité n'est clairement pas glorieuse et me laisse de plus en plus déconfite. 

Sixtrid,  juin 2015 ♦ Interprété par Eric Herson Macarel (Durée : 7h 42) ♦ Traduit par Laura Derajinski pour les éditions Gallmeister

15/12/15

Toute la lumière que nous ne pouvons voir, d'Anthony Doerr

Toute la lumière que nous ne pouvons voir

Avant même de commencer ce livre - et bien loin de prendre note de toute l'agitation autour, vu son prix Pulitzer & la vive recommandation du président Obama himself - j'avais très envie de le lire et d'en tomber amoureuse. Pleine d'indulgence pour ce qu'elle me réserverait, je me suis donc lancée dans l'aventure, sans savoir à quelle sauce elle me mangerait !

J'ai donc été pleinement séduite de débarquer entre les murs de St-Malo. L'histoire s'ouvre en 1944, sous les bombardements. Une jeune fille aveugle, Marie-Laure Leblanc, attend seule le retour de son père, tandis que non loin de là, Werner, un garçon allemand, s'échine à décoder la transmission radio pour mettre à mal la résistance. On s'imagine alors que le destin des deux personnages va entrer en collision, mais c'est sans se douter du tournant de l'intrigue ! Car il faudra faire preuve de patience, remonter le fil du temps, suivre deux parcours distincts, croiser des figures plus ou moins aimables, partir en quête d'un diamant rare et attendre son heure pour le rendez-vous au 4 rue Vauborel. Le procédé est subtil, mais nous engage aussi sur une voie beaucoup trop longue à mon goût. Le roman n'en est pas moins ingénieux, habilement construit, ne négligeant aucun détail, plaçant chaque pièce du puzzle avec une minutie toute calculée... Mais du fait de son ambition, le roman sert une histoire qui a tendance à s'essouffler, à force de longueurs. J'ai ainsi passé un bon moment, sans avoir été transcendée non plus. C'est poignant juste comme il faut, plein de tact et de sensibilité. C'est aussi une façon originale d'aborder la guerre et ses ravages sans tomber dans les travers du genre.

Audiolib / Octobre 2015 ♦ Texte lu par Denis Laustriat (durée : 16h 13) ♦ Traduit par Valérie Malfoy pour les éditions Albin Michel (All the Light We Cannot See)

Posté par clarabel76 à 10:00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

13/11/15

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, de Harper Lee

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

Quel roman extraordinaire ! L'histoire est racontée par une fillette de neuf ans, Scout Finch, qui grandit avec son frère Jem et leur père Atticus dans une petite ville d'Alabama, frappée par la récession économique et engluée dans la ségrégation raciale (nous sommes dans les années 30). Scout est une enfant vive et curieuse, qui a perdu sa mère très jeune et qui voue à son père un culte sans borne. Atticus Finch est avocat, commis d'office dans une affaire de viol, un noir contre une blanche. Le comté est en plein émoi, mais Atticus va inculquer à ses enfants la valeur essentielle du respect de l'autre et du droit pour tous.

Même si cette affaire est l'équivalent de la lumière du phare en pleine mer, elle n'occupe pas non plus toute la place et s'éclipse pour laisser libre court aux divagations de la fillette qui nous raconte aussi sa vie de tous les jours - l'école, l'institutrice aux nouvelles méthodes pédagogiques, les vacances avec Dill, le voisin Boo Radley qui vit reclus chez lui et qui ne cesse d'alimenter de folles rumeurs et l'imagination des enfants. C'est fondamentalement un roman sur l'enfance et l'innocence, sur le regard naïf mais non moins acéré que porte Scout sur le monde qui l'entoure et qui ne tourne pas toujours rond.

Loin d'être simpliste, la lecture est surprenante par sa trame subtile et ficelée avec brio. Scout, par sa jeunesse et son idéalisme radical, s'exprime tout de go et rend, à son corps défendant , son récit drôle et caustique. C'est très, très bon. Et la voix de Cachou Kirsch est toujours aussi agréable à écouter. Elle nous transporte dans cette ambiance du sud si caractéristique, et pourtant si ensorcelante et captivante. J'ai été sous le charme, conquise durant les 11 h 35 du livre audio, époustouflée par ce fabuleux canevas œuvré avec intelligence et doigté.

Ce grand classique de la littérature américaine, couronné par le prix Pulitzer en 1961, est également devenu un livre culte dans la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis mais doit aussi son succès pour son incomparable justesse et pour sa tendresse dans les événements qu'il rapporte. Je recommande fortement. ♥ 

Audiolib / Octobre 2015 ♦ Texte lu par Cachou Kirsch (durée : 11h 35) ♦ Traduit par Isabelle Stoïanov pour les éditions de Fallois (2005) relue et actualisée par Isabelle Hausser pour les éditions Grasset & Fasquelle  

À paraître en FÉVRIER 2016 (Audiolib)  « Va et poste une sentinelle » la suite des aventures de Scout.

29/09/15

Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables, d'Annie Barrows

LE SECRET DE LA MANUFACTURE

Fâchée avec son sénateur de père, qui souhaitait la fiancer contre son gré, Layla Beck accepte le premier job venu - écrire l'histoire de Macedonia, une petite ville de Virginie-Occidentale, pour le compte d’une agence gouvernementale. Contre toute attente, cette expérience va s'avérer grisante et pleine de surprises ! Layla s'installe chez les Romeyn, dans la moiteur d'un été caniculaire, et découvre chez cette famille un passé cerné d'ombres et de fantômes. À force de fouiller dans les archives de la ville et les anecdotes des habitants, la jeune femme va se connecter avec un secret familial, doublé d'un drame sentimental, qui a plongé Jottie, son frère Félix et leurs proches dans un silence pesant et expliquerait leur mode de vie engourdie.

Ce roman, très attendu depuis que j'avais été enchantée par Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, co-écrit par Annie Barrows et sa tante Mary Ann Shaffer, ne lui arrive sans doute pas à la cheville, mais offre malgré tout un instant de lecture absolument réjouissant. L'histoire nous balade gentiment, au cours des 600 pages pour 18 heures d'écoute, à travers les rues de Macedonia et en compagnie d'une brochette de personnages attachants, qui se plaisent à colporter toutes sortes de fables et dressent ainsi un tableau de la ville particulièrement cocasse.

On se sent vite comme un coq en pâte, pas mécontent de notre visite. À côté de ça, le secret de la famille Romeyn nous taraude. Et c'est grâce à la curiosité insatiable de la jeune Willa, douze ans, que certains mystères du passé vont se lever. Pourquoi Jottie se refuse d'aimer à nouveau ? que fabrique Félix dès lors qu'il s'échappe de la maison pour revenir les poches pleines d'argent ? quels mensonges Vause Hamilton a-t-il emportés dans sa tombe ? qu'est-ce qui a pu briser leur amitié avec Sol McKubin ?

Même si le rythme est lent et le roman copieux, la lecture ne m'a inspiré aucun ennui. J'ai été charmée par l'ambiance, captivée du début à la fin. J'avais l'impression de décrocher avec la réalité qui m'entourait pour voyager dans un décor dépaysant mais chaleureux. Cela m'a beaucoup plu. Les histoires de famille et les petites villes américaines n'ont pas fini d'exercer leur attrait sur moi ! Claire Tefnin (Audiolib) prolonge cette sensation de bien-être grâce à une voix agréable et apaisante. 

Audiolib / Septembre 2015 ♦ Texte lu par Claire Tefnin (18h 26) ♦ Traduit par Claire Allain et Dominique Haas pour Nil éditions (The Truth According To Us)


25/09/15

Et rien d'autre, de James Salter

Et Rien D'autre CD

Présentation de l'éditeur : La Seconde Guerre mondiale touche à sa fin. À bord d’un porte-avions au large du Japon, Philip Bowman rentre aux États-Unis. Il a deux obsessions, qui l’accompagneront tout au long de sa vie : la littérature et la quête de l’amour. Embauché par un éditeur, il découvre ce milieu très fermé, fait de maisons indépendantes, et encore dirigées par ceux qui les ont fondées. Bowman s’y sent comme un poisson dans l’eau, et sa réussite s’avère aussi rapide qu’indiscutable. Reste l’amour, ou plutôt cette sorte d’idéal qu’il poursuit, et qui ne cesse de se dérober à lui. 

Quelle déception. J'ai tenté de découvrir ce roman encensé par OdL lors de la rentrée 2014, en profitant du format audio (roman lu par l'excellent Eric Herson Macarel), mais quelle lecture ennuyeuse ! Elle m'est apparue lente, plate, inintéressante. Cela raconte l'histoire d'un pauvre type, Bowman, qui est mou et barbant, de surcroît misogyne, et qui m'a très vite tapé sur le système. Allez comprendre pourquoi. Le texte est farci de scènes de sexe très détaillées (pour moi, elles sont vulgaires et malvenues). Et il ne se passe rien d'exceptionnel dans la vie de cet homme qui mérite qu'on s'y arrête. Tout est banal. C'est une histoire sur le temps qui passe. Super. On a déjà lu ça mille fois. Salter a cependant une belle écriture, agréable à lire. Mais son roman m'est tombé des mains. Abandon à mi-parcours pour cause de saturation. 

Ce que continue d'en dire l'éditeur : Ce livre magnifique est comme le testament d’une génération d’écrivains, derniers témoins, sans le savoir, d’un monde promis à la disparition. Parce que l’art est le seul lieu où les contraires coexistent sans se détruire, il noue d’un même geste la soif de vivre de la jeunesse et la mélancolie de l’âge mûr, la frénésie érotique et le besoin d’apaisement, la recherche de la gloire et la conscience aigüe de son insignifiance.

Sixtrid / Juin 2015 ♦ Interprété par Eric Herson Macarel (durée : 11h 27) ♦ Traduit par Marc Amfreville pour les éditions de l'Olivier (All That Is)

 

Et rien d'autre

Disponible en format poche chez Points, août 2015

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

12/06/15

L'Histoire épatante de M. Fikry & Autres trésors, de Gabrielle Zevin

L'histoire épatante de M  heart-by-heart

A.J. Fikry, libraire sur l'île d'Alice, veuf inconsolable depuis deux ans, n'a pas un caractère facile et refuse tout compromis, aussi bien avec ses clients qu'avec ses lectures. Lorsqu'il rencontre pour la première fois Amelia Loman, représentante pour une maison d'édition, il se montre tout aussi odieux et intraitable, avant de noyer son désarroi dans l'alcool le soir venu. À son réveil, sa vie va basculer, suite au vol d'un livre de grande valeur, et la découverte d'un bébé abandonné dans sa boutique, notre bonhomme acariâtre va alors se métamorphoser en une crème onctueuse et délicate !

Amoureux des livres et des belles histoires, cette lecture est pour vous ! Vous ne manquerez pas de vous attacher à l'histoire d'un homme au cœur brisé qui pensait se terrer dans sa librairie pour oublier son chagrin et se protéger de l'extérieur, mais une petite Maya va jaillir de nulle part et devenir le soleil de sa vie. Après tout, « la vie est plus belle lorsqu'elle s'écrit à plusieurs ». 

On se fond alors dans le paysage parmi cette communauté insulaire, légèrement exubérante, qui fait bloc autour de notre A.J. Fikry : son pote flic, qui ne lisait que des bouquins de J. Deaver avant de se lancer dans un club de lecture, sa belle-sœur qui adore le théâtre et supporte un mari volage, auteur d'un roman à succès, mais qui peine à se renouveler. L'ensemble est joyeux, drôle, enlevé, bariolé et attachant, avec des anecdotes croquignolettes et désopilantes, comme la venue sur l'île de l'écrivain fétiche d'Amelia... qui va virer au fiasco.

C'est tout simple, idéaliste mais adorable à lire. Cela vous parle aussi de livres et de l'amour des livres, pourquoi nous aimons lire et pourquoi nous aimons tout court. C'est sans prétention, si ce n'est de vous offrir quelques heures de lecture distrayante et bienfaisante. Un grand MIAM de bonheur !

Fleuve Noir / avril 2015 ♦ traduit par Aurore Guitry (The Storied Life of A.J. Fikry)

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

07/05/15

La Dernière fugitive, de Tracy Chevalier

La dernière fugitive CD 

Honor Bright et sa sœur Grace quittent l'Angleterre pour rejoindre la nouvelle communauté de Quakers à Faithwell en Ohio. Las, après un long voyage éprouvant, Honor perd tragiquement sa sœur, emportée par la fièvre jaune. Elle poursuit donc seule son chemin, est recueillie chez Belle Mills, une modiste qui va mettre à profit les talents de brodeuse et de couturière de la jeune fille, et rencontre son frère Donovan, un redoutable chasseur d'esclaves.

Et de plonger ainsi dans une aventure basée au cœur de l'Amérique profonde de 1850, où l'on se croirait dans un western, avec ses bourgades à peine sorties de terre, ses cowboys chevauchant la poussière, ses fermiers trimant comme des dingues, ses préceptes moraux et dogmatiques, qui n'empêcheront pourtant pas notre héroïne d'affirmer une volonté farouche dès qu'il sera question de défendre ses idées. (Le “Chemin de fer clandestin”, emprunté par les esclaves en fuite, et la passivité de ses Amis la pousseront ainsi à braver les interdits.)

Cette lecture romanesque et passionnante est racontée en toute simplicité par Benjamin Jungers & Sarah Stern (qui lit les parties épistolaires), sans chichi, ni sentimentalisme exacerbé, en mêlant avec intelligence et dans un style élégant la fiction à un chapitre de l'histoire des États-Unis. Je me suis sentie naturellement transportée et suis tombée sous le charme, encore une fois, de la plume de T. Chevalier. Le texte audio a été abrégé en collaboration avec l'auteur (durée d'écoute : 8 h 30) pour un récit plus captivant et pleinement enthousiasmant.

Gallimard, coll. Écoutez Lire ♦ Février 2015 ♦ Traduit par Anouk Neuhoff [The Last Runaway]

Texte abrégé en collaboration avec l'auteur ♦ Lu par Benjamin Jungers & Sarah Stern ♦ Durée d'écoute :  8 h 30

Posté par clarabel76 à 08:45:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

12/11/14

L'Âge des miracles, de Karen Thompson Walker

Lagedesmiracles

Un jour d'octobre, l'humanité découvre avec stupeur que la rotation de la Terre a ralenti.

« Il n'y avait aucune image à montrer à la télévision, ni immeubles en feu, ni ponts effondrés, ni bouts de ferraille tordue, ni terre brûlée, ni maisons emportées par un glissement de terrain. Aucun blessé. Aucun mort. Ce fut, au début, une tragédie invisible. »

L'histoire ne sera finalement pas celle d'un roman post-apocalyptique auquel on est en droit de s'attendre, ici pas de sensationnalisme, juste de la nuance dans ce que vit et ressent la narratrice de douze ans, Julia, à travers un récit subtil, émouvant et très à fleur de peau. On ne s'intéresse pas à l'échelle mondiale, l'histoire se passe en Californie, chez Julia, dont la vie tourne autour du collège, du foot, du piano et de la maison. Un cocon douillet, rassurant. Sauf que tout a été chamboulé. 

Sa mère tombe malade, son père mène une double vie, sa meilleure amie déménage, une marge de la population décide de rejoindre des mouvements protestataires (les partisans du temps réel), son voisinage se déchire, les amis vont et viennent, d'autres se révèlent... Julia aussi se détache de l'enfance, sans être totalement prête pour la prochaine étape, au vu des observations faites sur ses congénères qui la laissent perplexe et désorientée (poussée hormonale ?). Elle est donc coincée dans un entre-deux, pas très à l'aise.

Est-ce seulement la faute du ralentissement ? Pas sûr. « Ç'avait peut-être commencé avant, pourtant je ne m'en suis rendu compte qu'après : mes amitiés se désintégraient. Tout se délitait. C'était une traversée difficile, celle qui menait de l'enfance à l'âge suivant. Et comme n'importe quel périple éprouvant, tout n'y survivrait pas. »

C'est en fin de compte un roman tout en sobriété et pudeur, où les répercussions sur les émotions et les petits riens d'une vie (qui pourrait être la nôtre) sont à peine perceptibles. Pourtant, les effets du phénomène existent et s'insinuent dans l'ordinaire de la vie de manière sournoise. Le contre-coup est déstabilisant, mais c'est ce qui rend cette lecture si attachante. Son aura mystérieuse et le ton nonchalant laissent une empreinte délicate et captivante sur le lecteur. C'est beau. Très touchant. 

« L'amour s'usait et les humains échouaient, le temps passait, les pages se tournaient. »

10/18, février 2014 ♦ traduit par Alice Delarbre (The Age of Miracles)


 ►◄


« De nombreuses études ont été consacrées aux effets physiques du mal de la gravité, mais l'histoire ne rendra jamais compte de toutes les vies métamorphosées par les changements de caractère, plus subtils, qui accompagnèrent le ralentissement. Pour des raisons que nous n'avons pas entièrement comprises, le ralentissement, ou plutôt ses effets ont modifié la chimie de certains cerveaux, transformant de façon notable l'équilibre précaire entre pulsions et maîtrise de soi. »

►◄

« Nous étions des enfants de la plage, du soleil. Nous ne connaissions rien à la neige. Je n'en avais jamais vu tomber, je ne savais pas qu'elle était si légère au début, qu'elle cédait si facilement sous les semelles, je n'avais jamais entendu ce crissement unique. Je ne savais pas, avant ce jour, que la neige étouffait tous les sons, assourdissant à sa façon le vacarme du monde. »

 

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,

11/09/14

L'École des saveurs, par Erica Bauermeister

LEcole des saveurs de Erica Bauermeister

Un jour, la petite Lilian se lance un défi fou : si elle parvient à guérir sa mère de son chagrin en cuisinant, elle consacrera son existence à la gastronomie. La magie d'un chocolat chaud aux épices opère et, une vingtaine d'années plus tard, Lilian anime tous les premiers lundis du mois un atelier de cuisine dans son restaurant.

Ce roman est formidable, il se lit vite, procure une sensation grisante et apaisante, on s'y sent comme dans un cocon douillet et c'est très appréciable. L'histoire est aussi naturelle et chaleureuse que son héroïne, Lilian. Une jeune femme secrète, mais totalement dévouée à sa cuisine. Dotée d'un sixième sens, elle est capable de déceler le manque ou le besoin chez ses clients (qui deviennent rapidement des amis) et parvient à les soulager sans avoir l'air d'y toucher. Un don unique et précieux. 

On pénètre ainsi dans cette intimité, d'abord par curiosité, puis on s'installe et on prend plaisir à découvrir le petit groupe de personnages, à travers leurs secrets, parfois leur chagrin mais surtout leurs espoirs. C'est doux, réconfortant et bouleversant. Une belle palette d'émotions. Et les scènes de cuisine sont aussi ensorcelantes, elles embaument les pages du livre, on se sent enivré, possédé par la magie des épices, du chocolat, du fromage, du champagne... Autant d'expériences culinaires qui vont éveiller des ardeurs inconnues !

C'est un roman au pouvoir de séduction insoupçonné, et qui fait un bien fou. Une lecture fabuleuse, gourmande, savoureuse, légère et grave à la fois. 

Le Livre de Poche, mai 2011 ♦ traduit par Mona de Pracontal pour les éditions Presses de la Cité (The school of essential ingredients)

Si les lectures à notes gourmandes et savoureuses vous attirent, découvrez aussi :

Chocolat amer, de Laura Esquivel & Mangez-moi d'Agnès Desarthe

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,