30/03/18

Les larmes de la liberté, de Kathleen Grissom

Les larmes de la liberté audible

James Pyke est devenu un homme riche et respectable, bien intégré dans la société bourgeoise de Philadelphie. Adopté par la famille Burton, il a su se construire une réputation d'orfèvre et séduire un large public féminin. James est célibataire, mais entretient une liaison avec Caroline Preston, une femme mariée à un type imbuvable. Aussi, pour couper court aux rumeurs, James décroche une bourse du musée et part dans le Sud étudier les oiseaux, son autre passion. Mais notre homme a, en fait, d'autres motivations cachées et doit retourner au plus vite sur les terres de son passé qu'il a quittées, vingt ans plus tôt, après avoir tué un homme. Après s'être sauvé de Virginie, James a été secouru par Henry, un esclave en fuite, lequel est aujourd'hui en grande détresse car son fils Pan a été kidnappé par des trafiquants. Apprenant également que le secret de ses origines commence à transpirer, James précipite son départ.

Ce roman peut être lu dans la continuité de La colline aux esclaves, même si les deux œuvres sont assez indépendantes. On retrouve ici le personnage de James, fils d'un planteur et d'une esclave, qui a masqué ses origines pour évoluer dans un monde de faux-semblants, d'où l'on perçoit la fragilité et la détresse. D'ailleurs, tout dans cette lecture est romanesque à outrance. Au cours de son voyage dans le Sud, James va rencontrer la famille Spencer, un veuf et ses deux filles, qui vont l'accueillir sur leur propriété et lui faciliter sa prise de contact avec leurs voisins. Coup de chance pour lui, Pan n'est pas bien loin et James va tracer son chemin bon an mal an. C'est sûr que l'histoire abonde en clichés et revers providentiels, le parcours de James est jalonné de péripéties et de rebondissements palpitants, qui font tenir en haleine et aussi lever les yeux au ciel. C'est fleur bleue et assumé, OK pour moi. Par contre, les premiers rôles m'ont souvent agacée, mais j'ai beaucoup aimé le majordome Robert, la pétulante Adélaïde et l'inoubliable Sukey !

L'histoire est donc belle et attachante, peut-être moins prenante que La colline aux esclaves, probablement parce que j'ai été moins touchée par la voix d'Olivier Chauvel et son interprétation parfois trop caricaturale, mais l'écoute est, malgré tout, agréable et captivante !

©2017 Leduc.s. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Allard

(P)2017 Audible Studios. Texte lu par Olivier Chauvel. Durée : 12h 25

 

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28/03/18

Après l'incendie, de Robert Goolrick

En faisant référence, à tort ou à raison, au célébrissime roman de Margaret Mitchell, l'éditeur avait beau jeu de m'attirer dans ses filets ! En effet, l'histoire est tout ce qu'il y a de plus flamboyant et romanesque dans le genre.

APRÈS L’INCENDIE

Diana Cooke est une héroïne fascinante - cette beauté sudiste vit dans une magnifique propriété en Virginie et évolue avec aisance parmi la bonne société. Or, la réalité est moins glorieuse car la famille Cooke est ruinée. Pour sauver le domaine de Saratoga, ses parents n'hésitent pas à conclure un mariage avec le capitaine Copperton, un homme riche, puissant et parvenu. Diana a dix-huit ans, elle est naïve et intrépide, éblouie par les voyages en Europe et les toilettes clinquantes. Le réveil aura néanmoins un goût amer. Car cette parade, tristement banale, ne masque pas la brutalité d'un mariage vulgaire. Diana Cooke Copperton va pourtant connaître un destin incroyable, au sein duquel la flamme de la passion ne faiblira jamais.

Après un début laborieux, en raison d'un style lourd et ampoulé, j'ai finalement dévoré le roman en deux jours ! Clairement, j'ai été envoûtée par cette superbe fresque sentimentale, où se bousculent tous les clichés, avec des personnages caractériels, des élans du cœur déraisonnés, des drames en cascade et des émotions déchirantes. On se fond, avec un plaisir énorme, dans le décor de cette Amérique sudiste, accrochée à ses vieilles valeurs et ses grandes demeures historiques. De plus, le récit est surprenant et sensuel, avec une Diana en maîtresse absolue, femme entière, qui livre son corps et son cœur à ses instincts charnels, sans retenue, sans tabou.

Le roman parle donc d'amour, de fureur et de passion, évoque aussi la famille et l'héritage, relie le passé et le présent, en somme c'est ensorcelant. Au-delà d'un certain penchant pour les démonstrations excessives, la lecture se révèle époustouflante. Il n'y a qu'à fermer les yeux et s'imaginer qu'on part pour un long voyage ! Grandiose, vraiment. ☺ 

10/18 (2018) - Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie de Prémonville

Après l’incendie est suivi d’une nouvelle autobiographique inédite, Trois lamentations : le récit autobiographique d'une année où un très jeune Goolrick a partagé sa classe avec trois jeunes filles rejetées par le groupe : une prolétaire, une obèse et la première fille noire scolarisée parmi les Blancs.

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19/12/17

Le secret de la manufacture de chaussettes inusables, d'Annie Barrows

À offrir ! Édition de poche collector avec couverture à rabats.

LE SECRET DE LA MANUFACTURE DE CHAUSSETTES INUSABLES COLLECTOR

Fâchée avec son sénateur de père, qui souhaitait la fiancer contre son gré, Layla Beck accepte le premier job venu - écrire l'histoire de Macedonia, une petite ville de Virginie-Occidentale, pour le compte d’une agence gouvernementale. Contre toute attente, cette expérience va s'avérer grisante et pleine de surprises ! Layla s'installe chez les Romeyn, dans la moiteur d'un été caniculaire, et découvre chez cette famille un passé cerné d'ombres et de fantômes. À force de fouiller dans les archives de la ville et les anecdotes des habitants, la jeune femme va se connecter avec un secret familial, doublé d'un drame sentimental, qui a plongé Jottie Romeyn, son frère Félix et leurs proches dans un silence pesant et expliquerait leur mode de vie engourdie.

Ce roman, très attendu depuis que j'avais été enchantée par Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, co-écrit par Annie Barrows et sa tante Mary Ann Shaffer, ne lui arrive sans doute pas à la cheville, mais offre malgré tout un instant de lecture absolument réjouissant. L'histoire nous balade gentiment à travers les rues de Macedonia, en compagnie d'une brochette de personnages attachants, qui se plaisent à colporter toutes sortes de fables et dressent ainsi un tableau de la ville particulièrement cocasse. On se sent vite comme un coq en pâte, pas mécontent de notre visite. À côté de ça, le secret de la famille Romeyn nous taraude. Et c'est grâce à la curiosité insatiable de la jeune Willa, douze ans, que certains mystères du passé vont se lever. Pourquoi Jottie se refuse d'aimer à nouveau ? que fabrique Félix dès lors qu'il s'échappe de la maison pour revenir les poches pleines d'argent ? quels mensonges Vause Hamilton a-t-il emportés dans sa tombe ? qu'est-ce qui a pu briser leur amitié avec Sol McKubin ?

Même si le rythme est lent et le roman copieux, la lecture n'inspire aucun ennui. Au contraire, j'ai été charmée par l'ambiance, captivée du début à la fin. J'avais l'impression de décrocher avec la réalité qui m'entourait pour voyager dans un décor dépaysant mais chaleureux. Cela m'a beaucoup plu. Les histoires de famille et les petites villes américaines n'ont pas fini d'exercer leur attrait sur moi ! ♥☼

10-18 COLLECTOR, 2017 -  672 pages - Traduit par : Claire ALLAIN, Dominique HAAS

 

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10/07/17

La famille Middlestein, de Jami Attenberg

LA FAMILLE MIDDLESTEINEdie Middlestein pèse plus de 150 kg et doit subir une nouvelle opération à la jambe pour lui éviter des problèmes cardiaques. Sa fille Robin tient son père responsable de la déchéance de sa mère. Alors que celle-ci doit passer sur le billard, Richard n'a rien trouvé de mieux que de demander le divorce et s'offrir une nouvelle jeunesse en multipliant les rencontres sur le net. Benny, leur fils, est lui confronté à une soudaine calvitie - liée au stress - et laisse son épouse Rachelle partir en mission pour sauver sa belle-mère. En filigrane, se prépare également la célèbre bar-mitsvah des Middlestein où vont se croiser tous les membres de cette famille dysfonctionnelle. 

Ne vous attendez pas à une comédie familiale déjantée, ni à une tragicomédie plombante et bien amère. Le roman est un étonnant mélange des deux, tantôt grinçant et caustique, tantôt désopilant et saugrenu. On sent néanmoins tous les regards converger vers la mère juive despotique et effrayante, qui se moque du qu'en-dira-t-on et se remplit la panse pour assouvir tous ses désirs. Et on devine les dents grincer, les soupirs s'accentuer, les replis sur soi et les vaines tentatives de déculpabiliser. Edie est tout de même formidable dans son rôle d'ogresse, qui a déraisonnablement choisi de croquer la vie à pleines dents. C'est un portrait tout en humour, en tendresse et en suavité qui se dessine, mais qui ne cache rien du désarroi de ses proches. La famille Middlestein incarne les dérives d'une société imparfaite, pleine d'espérances et pourtant vouée à sa propre désagrégation. 

Une lecture finalement pas si légère, malgré une orientation cynique pleinement assumée, mais qui tend à se soigner pour ne pas sombrer dans le sinistre.

10-18 / Trad. Karine Reignier-Guerre (2015)

 

 

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19/06/17

Emporter nos rêves, de Vanessa Diffenbaugh

Emporter nos rêvesLetty a toujours fui ses responsabilités de maman, laissant à ses parents le soin d'élever ses deux enfants, Alex, quinze ans, et Luna, six ans. Mais leur décision soudaine de rentrer au Mexique la contraint à changer ses habitudes - adieu les soirées alcoolisées, à s'oublier dans des étreintes sans lendemain, Letty doit désormais penser à nourrir ses enfants, s'assurer qu'ils sont en sécurité quand elle part au boulot et envisager pour eux un meilleur avenir. Serveuse dans un restaurant, situé dans un aéroport, elle ressasse avec amertume son parcours chaotique, les rendez-vous loupés et les mauvaises décisions. Comme pour le père de son fils, Wes Riley, à qui elle n'a jamais avoué sa grossesse, voulant remettre à plus tard l'annonce, reculant toujours plus loin l'échéance. Quinze ans plus tard, elle ignore que son garçon a retrouvé sa trace et rôde autour de sa maison en se posant de nombreuses questions. L'heure de la raison a donc sonné pour Letty, qui peu à peu tente des initiatives concrètes - changer son fils de lycée, l'envoyer hors de son quartier, lui donner la chance de s'épanouir dans ses études... Mais Alex a également ses petits secrets, outre épier son père, il aimerait sauver sa petite copine, Yesenia, contre la violence de son école et la menace d'être expulsée - la jeune fille vit en situation illégale sur le sol américain. Les idées grouillent dans sa tête et le poussent à commettre quelques prises de risque insensées. Pour Letty et sa famille, la paix des ménages n'est pas encore au coin de la rue !

J'ai été agréablement surprise par cette lecture, entamée sans attente précise, me fiant simplement au nom de l'auteur et à la promesse d'un rendez-vous de douceur et d'émotion. Le contrat a été pleinement rempli - on suit l'histoire d'une jeune femme paumée, mais qui va remettre sa vie sur les rails et qui va entraîner ses proches dans ce grand élan d'espoir et d'optimisme. On lit tout ça avec beaucoup de complaisance et d'attendrissement. Les personnages sont en effet attachants, cabossés, écorchés mais vrais. Leur histoire s'écrit en toute simplicité, sans pathos, sans sentimentalisme exacerbé. C'est une belle leçon d'abnégation, riche en tendresse et pleine d'espérance. Un joli roman sur la poursuite du bonheur coûte que coûte.

Presses de la Cité, 2017 - Trad. Isabelle Chapman [We Never Asked for Wings]

 

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La Femme de mon ami, de Polly Dugan

La femme de mon ami

En apprenant la mort de son meilleur ami, Leo, dans un accident de ski, Garrett rejoint aussitôt son épouse Audrey, effondrée par le chagrin et la perte. Garrett n'a pas réfléchi une seconde pour tout plaquer et la soutenir dans cette terrible épreuve... oubliant que, quelques années plus tôt, Leo et lui avaient également scellé un pacte soumettant Garrett à épouser Audrey si jamais Leo venait à décéder ! Une idée folle, surgie un soir de beuverie. Une lubie que Garrett n'avait certainement pas prise au sérieux, n'envisageant nullement d'être confronté à un tel cas de figure. Hélas, la vie est perfide et se moque des conventions.

Garrett s'installe néanmoins dans la vie d'Audrey et de ses fils sans le moindre calcul. La famille est accablée de chagrin et a besoin de temps pour se consolider de nouveau. Garrett se retrousse les manches, poursuit les travaux de la maison, s'occupe des garçons, joue au basket, règle les petits conflits du quotidien. Au fil des mois, il se fond une place dans cette routine. Sa présence sonne comme une évidence. Garrett est parvenu à compenser le manque par sa générosité, son écoute, ses attentions. La connivence entre Audrey et lui est également de plus en plus forte, pour ne pas dire troublante. Et l'amitié fait place à l'attirance.

Toute idylle est-elle seulement envisageable, alors que plane le spectre du disparu ? Rongé par ce fameux pacte promis à Leo, Garrett se considère également comme un imposteur. Ses sentiments sont sincères, mais il se retient de tout avouer à Audrey. Quel regard poserait-elle sur leur relation ? N'aspirerait-elle pas à se sentir trahie ou manipulée ? Comment une preuve d'amitié et d'amour peut-elle soudainement peser dans la balance et produire le contraire de l'effet escompté ?

Le roman se sert de toutes ces interrogations pour développer une intrigue tour à tour pudique, sensible et poignante. Loin d'être brusque, la relation entre Garrett et Audrey montre autant de retenue que de désir profond, comme un besoin d'assouvir un manque, mais en culpabilisant quelque part à l'idée de suivre les élans de leur cœur. Ce roman de la seconde chance est, par miracle, une lecture sans pathos. En dépit d'un propos bouleversant, la ligne de conduite est claire, nette, pure. À suivre sans crainte et sur la promesse d'une agréable surprise.

Presses de la Cité, 2017 - Trad. Nelly Ganancia [The Sweetheart Deal]

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15/05/17

La Femme d'En Haut, de Claire Messud

La Femme d'en hautNora Eldridge a quarante-deux ans, elle est institutrice, célibataire, sans enfant, sans histoire. C'est la Femme d'En Haut. La voisine discrète et bienveillante, celle qui ne sort jamais des clous. La femme effacée, à la vie muette de désespoir.

L'arrivée en classe de son nouvel élève Reza va, sans prévenir, chambouler son quotidien. Ce garçon instinctivement la touche. Ses origines étrangères et son anglais bredouillé maladroitement lui attirent hélas les moqueries et les brimades de ses camarades, ce qui insupporte Nora. Elle prend fait et cause pour lui et fait ainsi la rencontre de sa mère Sirena. Celle-ci est belle, incandescente et fantasque. C'est une artiste, à la carrière florissante en Europe, son mari Skandar est un universitaire mondialement réputé, charmant, érudit et prévenant. Nora tombe sous le charme de la famille Shahid. C'est tout à la fois une histoire d'envie, de désir, de jalousie. Et de frustration.

Car Nora a passé quarante années à refouler ses élans. Élevée sous la coupe d'une mère possessive, et abusive, Nora a accepté de renoncer à ses ambitions. Elle qui rêvait d'être artiste voit en Sirena une projection de son hypothétique trajectoire. Sa compagnie va alors la libérer de ses entraves, la pousser à exprimer sa fibre créatrice. Vivre dans l'ombre de Sirena exalte les sens de Nora. De plus, elle adore Reza et se surprend à imaginer une vie de couple auprès d'un homme comme Skandar. Absolument troublant et confondant de sensualité. Du moins, aucune limite ne sera franchie.

Et c'est tout le pouvoir du livre. De se glisser dans la peau de Nora, de suivre ses pensées tortueuses et d'emprunter les méandres de ses contradictions. C'est un portrait absolument réussi, fort, incroyable, grinçant, poignant. Où ne perce nulle trace d'apitoiement, mais une profonde colère. Elle seule en connaît la cause, elle seule est également responsable de cette furie prête à déborder. La tension psychologique est explosive à la lecture de cette démonstration habitée d'espoirs fous et de fracassantes désillusions, avec en sus une âpreté du ton fatalement saisissante. 

Trad. de l'anglais (États-Unis) par France Camus-Pichon [The Woman Upstairs]

Collection Folio (n° 6104), Gallimard / 2016

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21/04/17

La colline aux esclaves, de Kathleen Grissom

La colline aux esclaves

Après avoir découvert Maia (Les sept sœurs #1) de Lucinda Riley, j'avais envie de prolonger la sensation de m'immerger dans une fresque romanesque passionnante, et au vu des bonnes critiques, j'ai opté pour La colline aux esclaves, un marathon de 13 heures, formidablement porté par Nathalie Spitzer. Cela a été une évasion riche, exaltante et bouleversante. Une belle découverte offerte par Audible Studios.

Virginie, 1791. Lavinia n'est qu'une fillette fluette et vient de perdre toute sa famille lorsqu'elle est recueillie par le capitaine Pyke sur sa plantation de tabac, à Tall Oaks. C'est auprès de la communauté noire qu'elle va grandir, auprès de Mama Mae, Oncle Jacob, le séduisant Ben et l'intouchable Belle... alors que dans la grande maison, Mme Martha contient sa jalousie, sa langueur et sa folie. Son fils Marshall va lui aussi entretenir une haine farouche envers la jolie métisse, Belle, dont il suppute les origines, et méditera longuement sa vengeance pour punir son père, responsable de son éducation délaissée, des méthodes radicales de son tuteur, de son penchant pour l'alcool, etc. Le temps passe, Lavinia s'attache à sa famille d'adoption, voit la vie égrener une série de petits bonheurs et de grands malheurs, comme son départ forcé pour Williamsburg, son retour chez les blancs. Une séparation déchirante pour la jeune fille idéaliste, qui n'a connu la véritable chaleur d'un foyer qu'auprès des esclaves. Son apprentissage se poursuit cependant en matière d'études, de badinages amoureux... mais sa jeunesse, son innocence et son cœur pur viendront souvent fausser ses jugements et bouleverser sa destinée.

Quel tourbillon d'émotions à la lecture de ce roman plein de souffle et de péripéties ! C'est poignant, c'est vibrant, c'est vivant. J'ai été littéralement transportée. Comment demeurer insensible aux injustices de la ségrégation raciale, aux conditions de vie des domestiques et des esclaves, aux familles brisées par des contrats qui se revendent pour éponger des dettes, aux droits de cuissage honteux qui bafouent des jeunes femmes et renient leur progéniture ? L'auteur a réussi un véritable tour de force en traduisant avec force et authenticité l'ambiance des magnifiques propriétés sudistes, mais en s'intéressant aux coulisses et aux petites mains laborieuses. Ce sont des foyers misérables et opprimés, où subsistent pourtant une tendresse, une entraide, une détermination à tenir bon en dépit des adversités. Certes, les séquences dramatiques s'enchaînent en une valse étourdissante et étalent leur lot de violence, de larmes, de mensonges, de trahisons et de non-dits. Si j'ai brièvement craint une once de mièvrerie, j'ai vite revu mon jugement en constatant l'orchestration flamboyante de l'intrigue, racontée en alternance par Lavinia et Belle. Ce ne sont pas non plus des héroïnes fascinantes, fortes et magnanimes, car elles se révèlent parfois naïves, capricieuses et égoïstes, mais cela corrobore le tableau d'une nature humaine capable de prouesses et son contraire.

>> Texte lu par Nathalie Spitzer (durée 13h 13) pour Audible Studios (2016)

en exclusivité sur le site, uniquement disponible en téléchargement.

©2015 Charleston éditions - Trad. de l'anglais (USA) par Marie-Axelle de la Rochefoucault (P)2016 Audible FR

La colline aux esclaves | Livre audio  La colline aux esclaves pocket

 

31/03/17

Il faut sauver John Lennon, de Mo Daviau

il faut sauver johnPropriétaire d'un bar underground à Chicago, Karl Bender a précieusement gardé son âme de rocker, tout en assumant de mener une vie tranquille et ordinaire. C'était vrai jusqu'à sa rencontre avec Wayne DeMint, la découverte d'un portail temporel dans un placard de son appartement et l'arrivée fracassante de Lena Geduldig, pour clairement certifier que son quotidien ne serait plus le même. « Un bar n'est pas une clinique psy mais, comme je n'avais jamais eu de chien à qui me confier quand j'étais petit, j'écoutais parler Wayne DeMint, ce gars du Midwest à l'allure saine, ingénieur en informatique, au sourire bienveillant et aux pourboires ô combien généreux. » En vrai, toute cette histoire de voyage dans le temps a débuté par hasard. Un dimanche, alors qu'il fouillait sa penderie à la recherche de ses rangers fétiches, Karl bascule les pieds en avant dans un trou, le ramenant trois mois plus tôt. Il capte rapidement qu'il détient là un précieux sésame dont il va tirer profit dans un but précis - revivre les concerts les plus mythiques, revoir des artistes disparus, s'inspirer du revival pour lancer un petit business, selon des conditions très strictes. Tout dérape quand Wayne choisit la date du 8 décembre 1980, à destination de Central Park, pour sauver John Lennon. En tapant les données, Karl se trompe et l'expédie en 980 ! Voilà son pote bloqué en plein no-man's land, sans moyen de retourner au présent. Sur ces entrefaites, débarque Lena Geduldig, une astrophysicienne potelée, teigneuse et futée, avec une moue à la Courtney Love, un tshirt des Melvins et des lunettes à la Buddy Holly. Séduit, Karl propose à cette petite nana de faire équipe pour extirper Wayne de son étrange destinée à laquelle il semble de plus en plus prendre goût. C'est donc riche de cette promesse d'une aventure insolite, en compagnie de personnages hautement barrés, que l'on parcourt ce roman aussi original que saugrenu. Le ton y est mordant, l'humour revêche, le propos éparpillé et improbable, faisant crânement l'impasse sur la moindre pertinence scientifique. De toute façon, on prend vite son parti de vivre une expérience qui échappe à tout contrôle, qui ne respecte aucune règle et qui bouscule nos attentes. En fait, le bouquin retrace davantage des parcours de vie, avec ses choix, ses regrets, ses loupés. Guérir son présent en soignant son passé, et blablabla. Je trouvais l'idée sympa, en plus d'avoir une énergie vivifiante, des références musicales aux petits oignons et une touche de nostalgie stimulante. Au final, le roman s'essouffle à mi-parcours et s'enlise dans un méli-mélo spatio-temporel (le schmilblick qui tue) qui rend la fin abstraite. Ne nous reste qu'une grande confusion et l'illusion d'un rendez-vous surprenant mais déroutant. 

Presses de la Cité, 2017 - Trad. Laurent Philibert-Caillat [Every Anxious Wave]

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27/07/16

La Position, de Meg Wolitzer

La position

Je ne cache pas avoir eu quelques doutes avant de commencer ma lecture, redoutant un contenu inutilement graveleux ou racoleur, pour être au final agréablement surprise par l'histoire s'y rapportant. Paul et Roz Mellow, couple marié et fusionnel, ont immortalisé leur passion en posant pour un ouvrage érotique traitant de la passion sexuelle sous toutes ses formes. Le livre fait un tabac durant les années post soixante-huitardes mais traîne aussi un parfum de scandale.

Quelques années plus tard, leurs quatre enfants découvrent l'ouvrage planqué dans la bibliothèque familiale et le feuillettent avec stupeur. Holly et Michael sont deux jeunes adolescents impressionnables, tandis que les cadets, Dashiell et Claudia, ignorent encore toute la portée de leur lecture. Trente ans passent, le livre fait à nouveau parler de lui à l'occasion d'une édition anniversaire qui réveille tous les vieux démons.

En effet, l'idylle parfaite n'a pas fait long feu. Roz a quitté Paul pour un autre homme, Holly a sombré dans la drogue et pris le large pour vivre une nouvelle vie en Californie, Michael se gave d'antidépresseurs, Dashiell soupçonne ses parents d'être homophobes et Claudia souffre de son physique ingrat et peine à trouver un sens à sa vie. Chargé de convaincre son père d'accepter la réédition du Plaisir, Michael s'envole donc pour la Floride.

Entre-temps, la nouvelle de la maladie de Dashiell vient ébranler toute la tribu. Deux ans de combat, de chimio, de greffe, d'espoir et d'illusions brisées. Deux ans pour faire table rase du passé et analyser les hauts et bas de leur famille dysfonctionnelle. C'est donc ce que propose le roman, une topographie de la famille à travers ses rapports (amoureux, sexuels et filiaux) basés sur des non-dits et pulvérisés par la publication d'un livre sulfureux.

Sans doute la trajectoire des Mellow aurait connu la même déculottée sans ce dernier détail, mais le roman n'aurait pas eu la même accroche ! C'est à double tranchant, entre ceux qui s'imaginent un bouquin entier sur la plénitude sexuelle et l'influence d'un ersatz du Kâma-Sûtra de génération en génération, mais qui tombent de haut, car l'histoire révèle des lacunes, des frustrations, des mensonges et des omissions qui ont pénalisé tout ce joli monde durant des décennies. 

L'écriture également est pleine de finesse, d'élégance et de subtilité à décrypter les sentiments de cette famille attachante, qui n'échappe pas aux aléas de la vie et qui tente d'en surmonter les coups au terme de longs compromis et autres cheminements personnels. L'histoire est finalement plus sensible et poignante qu'en apparence, elle met à jour les drames intimes - sujet tabou des familles - et s'en sort clopin-clopant, sans solution miracle. Une lecture qui s'agrippe à vous et vous touche en plein cœur.

Traduit par Madeleine Nasalik pour les éditions Sonatine / Repris chez 10x18, en mars 2015

 

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