24/07/09

L'Autre homme de ma vie, par Emily Giffin

lautre_homme_de_ma_vieQuel ennui, ce livre ! C'est bien simple, j'ai fini par le parcourir en diagonale. Je ne supportais plus les longs atermoiements de la narratrice, Ellen, mariée à Andy, un fringant avocat, issu d'une famille aisée, aimante, extraordinaire. Ellen aussi se revendique heureuse en amour et pas un nuage ne plane sur son mariage.
Mais pourquoi se justifie-t-elle autant ? Par la faute de la réapparition de son ex, Leo. C'était son grand amour quand elle était étudiante, sa passion dévorante et dévastatrice. Lorsque Leo a rompu, huit ans plus tôt, Ellen s'est sentie pire qu'une vieille paire de chaussettes bonne à jeter. Et c'est grâce à son amie Margot, la soeur de son futur mari, qu'elle a su remonter la pente, en s'investissant dans le boulot aussi.
Les années ont passé, Leo est de retour, rencontré par hasard dans les rues de New York. Le mensonge s'installe à partir du moment où Ellen décide de ne pas en parler à Andy.
Les pages défilent et la jeune femme s'interroge : félicité conjugale contre coup de foudre jamais guéri. Et l'histoire n'en finit pas de peser, c'est lent, c'est mou. L'héroïne est horriblement passive, c'est insupportable. Sa vie est décrite comme idyllique et sublime, Andy est un type merveilleux, même s'il dort en pyjama fraîchement repassé (sic). En contre-poids, nous avons Leo, le terrible amant perdu, inaccessible, chaud brûlant, qui exsude la sensualité et l'érotisme.
Quelle déception, au final ! Plus de 360 pages ont été pondues pour une conclusion dépitable. Pourtant l'histoire aurait pu joliment broder sur la thématique des remords face à un passé qui ressurgit, avec une révélation fébrile, car si tout était à refaire, quels seraient nos choix. Le titre original est beaucoup plus révélateur, Love the man you're with, qui signe un moralisme dont la traduction française a largement fait impasse. (Mais si j'avais su, je serais pas venue !)
A lire, pour crisser bien fort !!!

Presses de la Cité, 2009 - 380 pages - 19,50€
Traduit de l'anglais (USA) par Alice Delarbre

En savoir plus sur la page de l'éditeur (avec une petite fourmi qui semble s'être perdue, cliquez dessus pour comprendre)

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19/07/09

Si loin de vous ~ Nina Revoyr

si_loin_de_vousJun Nakayama, acteur à la retraite de 73 ans, reçoit un coup de fil d'un journaliste qui, à l'occasion de l'ouverture prochaine d'un temple dédié au cinéma muet, souhaite l'entretenir de ses jeunes et glorieuses années. Le vieil homme se défend de vivre dans ses souvenirs, et pourtant cette rencontre montre qu'il n'a strictement rien oublié, qu'il tique de se savoir oublié malgré lui et qu'il se rengorge intérieurement d'avoir pour fan inconditionnel ce jeune Nick Bellinger. Un projet en amenant un autre, le journaliste lui confie être également scénariste et son souhait profond de compter Nakayama dans la distribution.

Quarante années défilent ainsi, entrecoupées par les considérations des années 60, avec le recul et le constat amer d'être aujourd'hui seul. Jun a connu un succès extraordinaire, d'autant plus qu'il était un ressortissant japonais, étudiant de l'université du Winsconsin, brillant acteur au théâtre de Little Tokyo, fier d'une ascension qui ne lui a jamais fait défaut, avec des rencontres profitables et séduisantes, des femmes au charme vénéneux, des réalisateurs audacieux. Et pourtant, la carrière de Jun a brutalement chuté et sombré dans l'oubli. La faute au cinéma parlant ? A la politique anti-japonaise qui sévissait ? Ou au scandale dans lequel il a été impliqué, avec le meurtre non-élucidé d'un réalisateur de sa connaissance ?

Ce brillant roman a su combler l'admiratrice inconditionnelle des années dorées du cinéma hollywoodien que je suis, même si je connais peu le cinéma muet, sauf si on m'évoque Keaton, Chaplin ou Glorian Swanson, et irrévocablement le film de Billy Wilder, Sunset Boulevard. Mais ce roman n'est pas qu'une simple résurrection d'une époque et d'une industrie cinématographique exempte des artifices à venir, pas seulement une dénonciation d'un protectionnisme rampant. C'est le roman d'un homme qui se cherche, qui revisite le passé, qui enquête sur un meurtre et qui va au-devant des vérités enfouies. Il va déterrer des passions amoureuses, des liaisons tapageuses, un métissage prohibé, la vengeance aveugle et des secrets bouleversants. J'ai adoré ce roman, d'une élégance folle ; il nous balade d'avant en arrière sans nous donner le tournis, offrant une intrigue qui tient en haleine, et qui éblouit en même temps. Et ce sont 375 pages dévorées avec gourmandise et reconnaissance d'un livre bien fait, bien écrit et bien fourni.

Phébus, 2009 - 375 pages - 23€
Traduit de l'anglais (USA) par Bruno Boudard

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08/07/09

Le dieu des animaux ~ Aryn Kyle

le_dieu_des_animauxJ'ai craint l'ennui en parcourant les premières pages de ce roman, perdue dans l'univers des chevaux, au coeur d'un ranch en plein désert du Colorado, où une vie rude et proche de la misère est racontée en des termes simples mais captivants. Il faut dire que l'histoire d'Alice Winston, treize ans, devient vite attachante. La jeune fille est coincée avec son père depuis la fugue de sa soeur aînée, qui s'est mariée avec un cowboy. C'était elle, Nona, le bras droit, la cavalière émérite, la star locale. Leur mère aussi a connu son heure de gloire, mais elle a sombré dans un état léthargique qui la cloue au lit du matin au soir. Et Alice n'est pas tendre avec la maladie de sa mère, avec l'odeur que son corps dégage, ni envers sa mollesse, ses idées folles. Tout ennuie Alice, même de travailler comme une acharnée dans les écuries. Elle rêverait d'une vie d'ado ordinaire, elle envierait presque Sheila Altman, une fille à maman qui vient prendre des leçons d'équitation, et qui mène une vie précieuse et confortable. Très loin de ce que connaît Alice.
Un jour, la disparition d'une camarade de classe, Polly Cain, et la découverte de son corps dans le canal voisin par le propre père d'Alice, vont l'amener à se créer une autre vie. Elle va rencontrer son professeur d'anglais, prétendre être la meilleure amie de Polly, inconsolable et terriblement seule, lui téléphoner très régulièrement en lui racontant mensonges sur mensonges. A partir de là, Alice va s'enfermer dans un univers qui l'éloignera de sa réalité, alors même qu'elle aspirait déjà fortement à partir, dans sa tête ou pour de vrai. Tout, plutôt que croupir dans ce ranch qui la rend folle. Folle d'ennui et de désespoir.
C'est un roman troublant, qui n'est pas tendre, et où l'espoir n'a pas droit de cité, et pourtant quel roman envoûtant ! On y ressent toute l'âpreté des personnages et des décors. Car c'est un roman violent, terrassant, captivant et suffocant. D'une beauté sombre et poignante. Un peu lourd avec ses passages sur le monde des chevaux, il n'en demeure pas moins habile à dévoiler une peinture du tragique sur l'adolescence et la difficulté de se tailler une part dans un monde où on ne trouve pas sa place.
Brillant, et singulièrement fascinant !

Gallimard, 2009 - 415 pages - 25€

traduit de l'anglais (USA) par Anne-Laure Tissut

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03/07/09

Sortilèges de dentelle ~ Brunonia Barry

 

sortileges_de_dentelleTowner, trente-deux ans, vit seule en Californie lorsqu'elle reçoit un appel de sa famille de Salem qui lui apprend la mystérieuse disparition de sa grand-tante Eva. N'écoutant que son affection envers cette femme qu'elle aimait plus que tout, Towner retourne à Yellow Dog Island qu'elle s'était jurée de quitter à jamais. Quinze ans auparavant, Towner a perdu sa soeur jumelle, Lindley. Elle s'est toujours sentie responsable de cette mort, notamment parce qu'elle est comme toutes les femmes de la famille Whitney capable de lire l'avenir dans la dentelle. A l'instar de sa grand-tante Eva. Pourquoi n'ont-elles pu la sauver ? C'est un mystère parmi d'autres que ce retour aux sources va forcément chercher à soulever.

J'espérais un instant de lecture plus passionnant, j'avoue, je me suis vaguement ennuyée par moments. Je crois que le roman est trop long, avec une centaine de pages en moins j'aurais jugé l'impact plus percutant. L'idée de baser l'histoire à Salem était intéressante, on y découvre un folklore particulier, qui sort des sentiers battus, et contre lequel la ville cherche d'ailleurs à s'imposer en se taillant une nouvelle réputation (or, dur d'effacer des siècles d'histoire !). Les personnages sont des originaux difficiles à cerner, mais ce ne sont pas des tordus. Il ne faut pas non plus s'attendre à une intrigue policière poussée, la disparition d'Eva trouve une explication. C'est finalement sur la personnalité de la narratrice - Towner Whitney - que repose tout le roman. En vrai, elle se prénomme Sophya, elle est folle et elle ment tout le temps. Voilà le programme des festivités annoncé en préambule.

Donc, nous avons : un joli titre (en v-o, on parle de The Lace reader), une couverture réussie, un cadre excitant, des personnages profonds, une intrigue entrelacée à des secrets de famille, une communauté en autarcie. En gros, je pense que c'est un roman intéressant, avec des lacunes et des bonnes choses. Je lui souhaite une seconde chance en format poche pour conquérir un plus large lectorat. Il le mériterait...

Calmann-lévy, 2009 - 375 pages - 18,90€
traduit de l'anglais (USA) par Jean-François Chaix

 

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17/05/09

Beignets de tomates vertes ~ Fannie Flagg

Je suis comme Evelyn Couch, l'un des personnages de ce savoureux roman, face à ce plaisir de lecture : « il lui suffisait de fermer les yeux et d'écouter la voix de Mrs Threadgoode. Si elle respirait profondément et concentrait son attention, elle parvenait à se projeter dans le petit monde de Whistle Stop. Elle entrait dans le salon de coiffure d'Opal, avait même l'impression de sentir l'eau chaude du shampooing. Puis elle rendait une petite visite à Dot Weems derrière son guichet à la poste, avant d'aller au café retrouver Stump, Ruth et Idgie. Elle commandait à déjeuner, et Wilbur Weems et Grady Kilgore venaient la saluer. Sipsey et Onzell lui adressaient de grands sourires, et elle entendait la musique dans la cuisine. Tout le monde prenait des nouvelles, le soleil brillait toujours et il y avait toujours un lendemain... »

beignets_tomates_vertes

Cela se passe comme ça, dans le roman de Fannie Flagg. On plonge dans le Sud des années 30, en pleine ségrégation raciale et dépression économique, pour atterrir aux années 80, à la maison de retraite de Rose Terrace où Ninny Threadgoode et Evelyn Couch se retrouvent pour parler du bon vieux temps, en mangeant quelques sucreries.
Whistle Stop, Alabama. Cette petite communauté reprend vie, les personnages s'animent devant nos yeux, le café de Ruth et Idgie ouvrent ses portes, on y mange des oeufs aux plat, du gruau de maïs, des petits pains au lait, du bacon, de la saucisse, du jambon à la sauce piquante, du poulet frit, des côtes de porc en sauce, des gombos, des petits navets frits, des patates douces braisées, des haricots blancs et des beignets de tomates vertes.
Je ne vous raconte pas le bonheur de suivre cette brochette d'hommes et de femmes aux vies simples et ordinaires, et pourtant si palpitantes. C'est une vraie histoire qui se dessine sous nos yeux, avec ses drames, ses éclats de rire, ses passions amoureuses. Je dis ça en toute innocence, mais c'est très difficile, à la fin, de leur dire adieu ! C'est comme tourner la page de la gazette hebdomadaire de Dot Weems, avec l'estomac noué, mais on est tellement heureux aussi d'avoir reçu autant d'amour. En plus d'être savoureux, c'est un roman sur la Vie qui vous communique une envie de la croquer à pleines dents.
Ce serait bien si un éditeur le remettait au goût du jour, car ce livre est injustement indisponible (merci fashion!) ou à chiner dans les brocantes.

Editions J'ai Lu, 1992 - 475 pages.
Traduit de l'anglais (USA) par Philippe Rouard

A moi le film, maintenant !!!

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08/05/09

L'enfant sans nom ~ Amy MacKinnon

 

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Clara Marsh travaille au funérarium de Linus Bartolomew où elle s'occupe des morts avec une minutie rare et exemplaire. La mort ne lui fait pas peur, elle la rassure. Elle se sent davantage mal à l'aise lorsqu'elle fréquente les vivants, sauf s'il s'agit d'une petite fille, comme cette Trecie qu'elle rencontre au funérarium, venue là pour jouer car sa mère ne prête aucune attention à elle. Cet enfant lui rappelle une autre petite fille dont le corps découvert trois ans auparavant n'a jamais été identifié et qui est aujourd'hui enterrée sous le nom d'Aimée X.
Un jour qu'elle effectue son travail de récupérer un corps, une sinistre découverte est faite : une cachette de documents pornographiques, parmi lesquels on retrouve des fillettes comme la petite disparue ou Trecie. Bien malgré elle, Clara va être mêlée à cette enquête, poussée par la compassion et la ténacité de l'inspecteur Mike Sullivan.

C'est une histoire singulière, pas facile à pénétrer, en plus d'être étrange, elle possède un charme envoûtant. L'ambiance est sombre, un peu oppressante et très inquiétante, il y règne un calme clinique guère surprenant, et pourtant c'est paralysant, tant de silence, tant de questions, mais que de sérénité dans cette dédramatisation de la mort, une routine quotidienne, un refuge pour le personnage central. Incidemment, la préciosité prodiguée par l'héroïne, qui est thanatopracteur, ne permet pas de sympathiser avec son personnage. Clara est froide, renfermée, porteuse d'un passé assez lourd. Elle est émotionnellement très fragile, mais impossible de compatir, je suis restée en retrait de son histoire. Par contre j'ai été littéralement fascinée par l'aura et par la particularité de son travail. (Et pas seulement parce que j'aime beaucoup la série Six Feet Under, ça n'a rien à voir ! mais alors vraiment rien !!! dommage, aussi.) C'est un roman particulier, qui ne peut laisser indifférent, avec quelques défauts, j'en conviens, mais ce fut une découverte marquante, je suis toute chamboulée à son sujet.
Point final, je trouve la couverture superbe
.

Fleuve Noir, 2009 - 290 pages - 18,90€
traduit de l'anglais (USA) par Carine Chichereau

A écouter, parce que c'est possible de voir vos oreilles sourire (si ! si !)

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05/05/09

Lila et les neuf plantes du désir ~ Margot Berwin

Lila Grace Nova, trente-deux ans, divorcée, travaillant dans la pub, emménage dans un appartement totalement aseptisé en plein coeur de New York. Pour chasser la déprime, elle se rend au marché d'en face et rencontre un individu qui lui vend une plante tropicale, l'oiseau du paradis. Il faut l'aimer d'amour et la bichonner pour être payée en retour. Lila s'y emploie avec ferveur. Peu de temps après, elle croise sur son chemin une laverie qui n'en a pas l'apparence, l'endroit croule sous les plantes, le sol est couvert de mousse et une étonnante fougère de feu arbore ses plus belles feuilles derrière la vitrine. Deuxième rencontre déterminante : Armand, propriétaire de la laverie, un homme qui n'a pas d'âge et ose lui parler avec culot, son physique impressionne, ses connaissances sont sans limite, et en cadeau il lui offre une bouture de la fougère. Il faut la mettre dans un verre d'eau tiède, dans le noir total, et attendre. Si des racines blanches apparaissent, alors Lila pourra revenir et obtenir le droit de passage pour admirer le secret d'Armand.

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Comme le souligne l'auteur, ce livre est un voyage qui nous transporte du monde de la publicité, à New York, aux forêts tropicales de la péninsule du Yucatàn, des vendeurs de plantes du marché d'Union Square aux curanderos, herboristes, chamans et charlatans, et jusque dans l'esprit des plantes.

Comment rester insensible à cette couverture fraîche et printanière, moi je ne sais pas. J'ai craqué, et au début je n'étais pas mécontente de la découverte. Je lisais avec un plaisir grandissant, je trouvais l'héroïne idiote mais j'enviais secrètement son aventure. En deuxième partie, j'ai commencé à trembler, en pleine jungle mexicaine, j'avais peur de me lasser, j'avais les yeux ronds comme des billes et la moue dubitative par l'amoncellement de circonstances avantageuses pour notre new-yorkaise, cela devenait un chouia trop téléphoné et pourtant j'étais toujours sous le charme.

Au-delà de la fiction (très agréable, il ne faut pas croire le contraire), il y a une importante description des plantes et de leurs vertus, de leurs pouvoirs cachés. Les plantes ont un langage qu'on ne soupçonne pas (du moins, personnellement je l'ignorais, notamment parce que je n'ai pas du tout la main verte !) mais cela n'a pas empêché que je m'y intéresse sans mentir. Les plantes sont vivantes, elles nous parlent et elles savent aussi dégager incroyablement de sensualité et éveiller le désir (à la fin, pfiou la tête vous tourne !). Je ne suis pas surprise que les droits aient déjà été achetés par le cinéma (Julia Roberts serait sur le coup), le roman réunit tous les ingrédients pour une comédie idéale : New York, une célibattante branchée et agaçante, de l'amour, de la trahison, des rencontres, de l'aventure, du mystère, un peu de fantastique... oups non, de la magie et des plantes, des couleurs, des odeurs. J'ai beaucoup aimé !

(Pour l'évasion et la détente, c'est parfait !)

Michel Lafon, 2009 - 305 pages - 17,90€
traduit de l'anglais (USA) par Cécile Dutheil de la Rochère

extrait :

« - Venez avec moi au Mexique. Faites ça pour moi, et pour vous.
- Pour moi ?
- La légende dit que si les neuf plantes sont volées le coupable ne trouvera jamais la paix. Exley est coupable. Et indirectement, vous l'êtes aussi. Pour rompre le sortilège, vous devez rendre les plantes à leur gardien. Je ferai de mon mieux pour vous aider.
- Je n'en doute pas.
- J'ajoute que vous devez également acomplir ce voyage à cause de votre froideur.
- Pardon ?
- Vous êtes froide. Vous êtes une femme froide sous des dehors aimables. Vous êtes une artiste, un génie de l'apparence, une mise en scène permanente d'un personnage doux et naïf, alors que vous êtes distante, froide et calculatrice. Et dans le genre vous êtes excellente. C'est un réel talent, qui nous sera utile à tous les deux au Mexique.
- Je ne vois pas de quoi vous parlez.
- Bien sûr que si, vous voyez. Pensez un peu à la façon dont vous comptiez m'exploiter, moi, un vieux schnock qui bosse dans une laverie. Tout ça pour le fric. Et vous comptiez exploiter mes plantes. Vous vouliez me duper, alors que je vous ai offert un cadeau très spécial, ma fougère adorée. Voilà pourquoi non seulement vous êtes froide, mais sotte. »

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04/05/09

Firmin ~ Sam Savage

firminFirmin, ou l'Autobiographie d'un grignoteur de livres.
Firmin est un vrai RAT de bibliothèque. Il est le treizième rejeton d'une portée expulsée un printemps 1961 dans la chaleur d'un sous-sol d'une librairie de Scollay Square, à Boston. Firmin n'est pas un rat comme les autres, il est mou, paresseux, c'est un papivore qui découvre par la même occasion le goût des livres, oui véridique ! C'est un dévoreur de livres, un vrai amoureux des belles pages, des auteurs, et le refuge de Norman Shine, notre bouquiniste, est une aubaine pour lui. Alors que les siens s'en vont mener leur petite vie, au gré de leur indépendance et des aléas de l'existence, Firmin reste seul mais il n'en est pas mécontent.
Le soir, il aime se faufiler jusqu'au cinéma de quartier, le Rialto, où à minuit passé le projectionniste lance quelques films légers qui ravissent les yeux de notre narrateur, Firmin et ses petites Mignonnes... tout un programme !
Mais notre animal à quatre pattes n'est pas un ravi de la crèche pour autant, le temps file, la faim le talonne, la solitude aussi, à force d'avoir parcouru tous les rayons de la librairie, les ouvrages n'ont plus de secret pour lui, et sa relation avec Norman connaît un clash inattendu, très vexant, et qui brise le petit coeur sensible de Firmin.
Avec les années, il n'a pas perdu de sa verdeur ni de son insatiable curiosité, pourtant il est plus amer. Il se décrit comme dépressif, clown grotesque et pervers. Il rêve d'une harmonie sans ombre avec l'humanité, hélas utopique, si ce n'est sa belle rencontre avec Jerry Magoon, un obscur écrivain de SF.
Et dans le quartier, ça bouge. La mairie a lancé un vaste programme de réhabilitation, les boutiques ferment les unes après les autres, c'est la fin d'une belle époque.
Entre cynisme et romantisme, notre rat Firmin nous raconte cette vie baignée par les livres, le plaisir des mots, l'émerveillement des images, la vie rêvée et les fantasmes sans limite. Entendez le double sens littéraire de cette histoire, si lire est ton plaisir et ton destin, ce livre a été écrit pour toi, nous dit d'ailleurs Alessandro Baricco en quatrième de couverture. Firmin, ou celui qui se rêvait Fred Astaire, a un talent hors pair pour raconter ses déboires de rat de bibliothèque, de rat savant et de rat désespéré sans jamais tomber dans le mélo sirupeux. C'est très proche d'un Woody Allen en grande forme, ça frise la dépression et l'amertume, mais ça reste drôle et piquant sans ciller.
J'ai dévoré ce livre en une soirée, je me suis régalée... et pourtant, oui c'est un rat. Je n'aime pas ça non plus, cela ne changera pas ma vision des choses mais on a tous le droit de raconter ses petites misères ! Pour de rire, surtout.

Actes Sud, 2009 - 200 pages - 18€
traduit de l'anglais (USA) par Céline Leroy

Illustrations de Fernando Krahnfirmin_illus

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14/04/09

L'année brouillard ~ Michelle Richmond

« un petit mystère âgé de six ans, une magnifique réplique féminine de son père »

annee_brouillard

C'est l'histoire d'une petite fille, elle s'appelle Emma, elle marche sur la plage. Abby détourne les yeux, quelques secondes passent. Quand elle regarde de nouveau, l'enfant a disparu. Elle va ressasser inlassablement ce court laps de temps, ne pas en croire ses yeux, filer appeler son fiancé qui est le père de la fillette, avertir la police, courir sur la plage, chercher dans les toilettes publiques, fouiller les poubelles. Aucune trace d'Emma. La police pense à une noyade, Abby est convaincue d'un enlèvement. Jake, lui, est anéanti.
Au fil des jours, des semaines et des mois qui passent, le couple est cassé. Dans le regard de l'homme, brillent la douleur et la rancune muette. Abby ressent tout cela. Aussi, pour combattre le mauvais sort, elle s'accroche à son espoir, force sa mémoire à se rappeler le moindre détail, fait même appel à l'hypnose pour chercher un indice quelconque.

C'est le cauchemar de tout parent raconté avec une minutie stressante mais captivante. C'est très long, le roman est lourd de 500 pages, c'est trop, mais d'un autre côté cela rend compte de l'attente, de l'angoisse, celle de ne pas savoir, de ne pas comprendre.

L'histoire est racontée d'après le vécu de la jeune femme, Abby, qui est photographe de métier. Très vite on sent une grande sensibilité chez elle, à travers son histoire d'amour avec Jake, son enfance et ses rapports avec sa soeur Annabel, de même on la comprend lorsqu'elle s'estime impuissante, incapable, coupable, déconcertée. Elle sait désormais qu'elle représente celle qui a perdu Emma, même si elle va déployer une énergie démentielle pour la retrouver à tout prix, elle ne pourra pas effacer les quelques secondes durant lesquelles elle a détourné son regard de l'enfant. Faute d'inattention, faute impardonnable.
Et puis elle n'est pas la maman d'Emma, juste une pièce rapportée. Est-ce que cela lui ôte davantage de légitimité ? La mère, Lisbeth, est partie depuis trois ans, sans jamais donner de nouvelles. L'enquête aidant, Lisbeth refait son apparition et c'est le choc pour Abby qui comprend que, contrairement à elle, Lisbeth restera, aux yeux de Jake, celle qui lui a donné Emma. Envers et contre tout.

Ce roman réussit l'exploit de soulever toutes les tensions complexes créées par la disparition d'un enfant. Mais qu'est-ce que c'est épuisant à lire, nerveusement ! C'est simple, le lecteur est à cran. Et il faut reconnaître que 500 pages, c'est beaucoup trop. C'est un soulagement d'en voir la fin, d'avoir la solution, même si une nouvelle fois on reste surpris et abasourdi par ce qu'on apprend. Quelques pages plus loin, rebelote, la fin n'en finit pas de finir. Ça manque de punch et de perspective, c'est le brouillard - et ce n'est pas qu'une image !
Pourtant, ne vous méprenez pas, j'ai beaucoup aimé ce roman. Malgré son poids et son nombre de pages, j'ai trouvé qu'il était haletant, parfaitement intraitable avec nos nerfs, mais bougrement scotchant.

Buchet Chastel, 2009 - 512 pages - 25€
traduit de l'anglais (USA) par Sophie Aslanidès

Lire les premières pages
 

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25/02/09

Rumeurs - Anna Godbersen

(version courte)

41Ge4kZBwnL__SS500_Deux mois ont passé depuis la mort accidentelle d'Elizabeth Holland, créant un choc et une vive émotion parmi ses proches et ses amis. Seules sa soeur cadette et son ancienne meilleure amie sont au courant de la supercherie - Lizzie s'est enfuie en Californie, rejoindre l'homme qu'elle aime. Penelope et Diana ne font pas que partager le même secret, elles sont toutes deux amoureuses de Henry Schoonmaker, le fiancé éploré. Hélas, celui-ci a choisi de retirer ses billes depuis la tragédie, se jugeant inconsolable. Les deux femmes sont à couteaux tirés, prêtes à tout pour reconquérir son coeur, quitte à dire toute la vérité.
Mais les rumeurs à New York vont bon train, les cancans deviennent une monnaie d'échange, il suffit d'un besoin d'argent ou d'une ambition dévorante pour basculer dans l'irréversible. Le retour de la disparue s'annonce prématuré et pourrait chambouler les jeux de l'amour et du hasard !
Même si cette lecture collectionne les clichés et le mauvais goût, elle n'en reste pas moins délectable et passionnante ! Personnellement j'aime beaucoup ! Cela se lit d'une traite, je trouve que l'intrigue, certes cousue de fil blanc, reste surprenante et très accrocheuse. Je suis impatiente de lire la suite !

Une suite est déjà parue aux USA : Envy.
Le quatrième et dernier volume paraît à l'automne : Splendor.

Mon avis sur : Rebelles

Albin Michel, 2009 - 460 pages - 17€
traduit de l'anglais (USA) par Alice Seelow

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