25/02/09

Rumeurs - Anna Godbersen

Le voilà !

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... le roman qui annonce le retour des rebelles, cf. le premier roman d'Anna Godbersen, arborant encore une fois une couverture époustouflante... moi je rêve d'une robe pareille !!! ^__^

Plus sérieusement, reprenons les choses où nous les avions laissées.

L'histoire se passe donc dans la haute société de New York, nous sommes en 1899. L'annonce du décès accidentel de la très belle Lizzie Holland a créé émoi et choc chez ces jeunes gens de bonne famille. Deux mois ont passé et son fiancé Henry Schoonmaker affiche un deuil de circonstance - on murmure cependant que le jeune homme était épris d'une autre et avait plié à la demande de son père qui souhaitait s'allier à un grand nom new-yorkais pour sa carrière politique. Inversement, la famille Holland était en quête désespérée d'un bon parti pour compenser sa fortune envolée.

Le mariage n'a pas eu lieu, ce qui réjouit deux jeunes femmes en coulisses. On croise d'abord Penelope Hayes, délicieuse garce, ancienne meilleure amie de Lizzie et conquête parmi d'autres dans le tableau de chasse de Henry Schoonmaker. Puis on aperçoit Diana Holland, la soeur cadette de Lizzie. Effrontée, ravissante et complice, elle a senti son coeur battre la chamade lorsque le prétendant de sa soeur lui a déclaré n'aimer qu'elle et personne d'autre.

Mais les cartes ont été chamboulées, toutes les données inversées et nos trois pions sont mis échec et mat. Un détail a son importance, qui pourtant doit rester secret et confidentiel. Car Lizzie n'est pas morte. Elle a fui en Californie pour retrouver son grand amour, Will Keller, l'ancien cocher de la famille Holland. Une mésalliance, parfaitement inacceptable. Et nos deux ladies, Diana et Penelope, sont dans le secret des dieux. Elles pourraient jouer leur va-tout en révélant la précieuse information, afin de récupérer un Henry Schoonmaker qui se dérobe.

L'ancien coureur de jupons s'est effectivement racheté une conduite : mine mélancolique, regard éteint, ferme décision de renoncer à ses amours passées... Son coeur s'est fermé et il a annoncé clairement à Diana puis à Penelope qu'il fallait tirer un trait sur les jolies choses dites et promises. Mais nos deux tigresses ne l'acceptent pas. Car derrière les charmants minois, les coeurs se brisent ! Attention à la casse, méfiance avec les esprits jaloux et ambitieux !

L'intrigue dans ce deuxième opus s'annonce encore plus excitante. Un mélange de passion, de mensonges, de manipulations et j'en passe. Beaucoup de sentiments refoulés, aussi. Chacun doit se méfier du jugement des autres, lequel est impitoyable dans cette société, qui ne pardonne pas le moindre faux pas et qui n'oublie pas. On découvre une société portée sur les cancans, qui se monnaient d'ailleurs. Et que ne ferait pas une jeune écervelée contre quelques dollars pour sauver sa famille de la ruine ? Ajoutez que les rumeurs enflent et que les spéculations vont bon train, concernant la mystérieuse disparition d'Elizabeth. Diana ne supporte plus la pression et commet un acte de trop, en lançant un télégramme de détresse à sa soeur.

C'était à parier que Lizzie serait de retour à New York, sa petite vie plan-plan en Californie avait fini par la rendre nunuche et inintéressante (à mon goût). Cela va pimenter davantage les jeux de l'amour et du hasard !

>> Je n'ai aucune honte à aimer cette série ! Elle est pourtant truffée de balourdises, de clichés, de poncifs, écrite de façon gnan-gnan, du genre :  « Dans la Cinquième Avenue, l'air était plus tiède qu'il ne l'avait imaginé, et les flocons étaient si fins et si doux qu'ils fondaient comme un brouillard sur son visage. » et je fais l'impasse sur les visages en forme de coeur, les teints d'albâtre et les tenues détaillées de la tête au pied. Cela pourrait être de mauvais goût et écoeurant à la longue. Que nenni. Je trouve l'histoire facile, prenante et bien ficelée. Le roman se lit à une vitesse incroyable, parce qu'on n'en démord pas une minute. Je me doute qu'au bout tout finira bien, mais en attendant je suis scotchée et je me demande ce que chaque page tournée peut nous réserver.

Une suite est déjà parue aux USA : Envy.
Le quatrième et dernier volume paraît à l'automne : Splendor.

Vivement !

Albin Michel, 2009 - 460 pages - 17€
traduit de l'anglais (USA) par Alice Seelow

 

 

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13/02/09

L'histoire d'un mariage - Andrew Sean Greer

« Nous croyons connaître ceux que nous aimons.
Nos maris, nos femmes. (...) Nous croyons les connaître. Nous croyons les aimer. Mais ce que nous aimons se révèle n'être qu'une traduction approximative, notre propre traduction d'une langue mal connue. Nous tentons d'y percevoir l'original, le mari ou la femme véritables, mais nous n'y parvenons jamais. Nous avons tout vu. Mais qu'avons-nous vraiment compris ?
Un matin, nous nous réveillons. Près de nous dans le lit, ce corps familier, endormi : un inconnu d'un nouveau genre. Moi il m'est apparu en 1953. Un jour où, debout chez moi, j'ai découvert quelqu'un qui avait emprunté par pure sorcellerie les traits de mon mari.
»

51H4gSOw8UL__SS500_Cette histoire s'annonce bien mystérieuse.
Et elle aura un impact encore plus fort si vous prenez le pari d'y aller à l'aveuglette. De toute façon, cette histoire vous donnera le tournis. Cela commence par un amour d'enfance, entre Pearlie et Holland,  qui se consolidera par un mariage. Une vie paisible se trace devant eux : une maison confortable, en bord de mer, dans un quartier résidentiel, en Californie. Un fils, Sonny, vient saupoudrer de gazouillis ce bonheur naissant.
Pearlie n'est que dévotion pour son mari, qui souffre du coeur. Tous les jours, elle épluche le journal et supprime toutes les mauvaises nouvelles pour épargner à son époux un choc trop violent.
Même le chien Lyle ne sait pas aboyer.
Nous sommes en 1953. Une guerre s'est terminée, d'autres s'annoncent. On parle du procès du couple des Rosenberg, on prépare la population à l'exercice d'alerte aérienne.
Tout le climat est tendu, tourné vers l'attente.
Un soir, se présente à la porte du foyer de Pearlie et Holland un homme du nom de Charles Drumer. On devine que sa présence va tout secouer dans cette belle petite histoire d'un mariage, et c'est alors qu'on n'en revient pas ! Ce qu'on s'attend à lire, d'abord, n'arrive pas. C'est autre chose et cela nous laisse sans voix.
Et c'est de cette façon que s'écrit tout le roman. C'est très difficile d'en parler car il faut rester dans le flou. Car moins on en sait, mieux c'est ! Ce qu'il faut savoir, c'est qu'aucune certitude n'est jamais acquise.
De plus, parce que c'est Pearlie qui nous raconte son histoire, on s'imagine à sa place et on vit, on ressent, la situation inextricable dans laquelle son histoire est embringuée. On comprend aussi que tout a un rapport avec le grand amour, le poids des convenances et le sens des sacrifices. Tous les personnages sont d'ailleurs très attachants. Ils participent à rendre l'histoire touchante, gênante, agaçante. Avec une seule question : que sait-on des gens que nous aimons ?
Le roman se veut également le cliché d'une décennie, en montrant combien la société était minée par les peurs et les préjugés. Je n'en dis pas davantage...
Sachez juste que c'est loin d'être une petite histoire convenue, c'est plus fort, c'est stupéfiant.

Editions de l'Olivier, 2009 - 273 pages - 21€
traduit de l'anglais (USA) par Suzanne V. Mayoux
 

 

 

# On my own - Thecocknbullkid

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10/01/09

Seul dans le noir - Paul Auster

seul_dans_le_noirD'abord je tiens à saluer la très belle couverture du roman, des lettres noires sur fond rouge, une impression hivernale, quelques flocons et la solitude, au bout, avec la frêle silhouette d'arbres nus... Déjà je me sens dans l'ambiance, cordialement invitée et je m'installe.

August Brill, ancien critique littéraire à la retraite, est cloué dans un fauteuil roulant après un accident. Il vit chez sa fille Miriam, depuis la mort de son épouse, et passe ses journées à regarder des tonnes de films avec Katya, sa petite-fille qui a le coeur brisé. Son ex-fiancé est mort, il s'est fait tuer en partant à la guerre. Miriam est aussi inconsolable, cinq ans après son divorce. Parmi elles, August assume ainsi son rôle de tampon, il est présent, il écoute, il essuie les petites larmes, puis à son tour, seul dans sa chambre, dans le noir, il s'apitoie sur son triste sort. Sa biographie est laissée à l'abandon, il ne veut plus raconter sa vie et préfère créer des histoires dans sa tête. Apparaît alors Owen Brick, un magicien new-yorkais qui a bientôt 30 ans. Il est marié à Flora, ils s'aiment, se disputent, et ils veulent un bébé. Un matin Owen se réveille et découvre qu'il est dans une autre Amérique, un pays en pleine guerre civile, mais qui n'a jamais été frappé par le 11 septembre. Owen retrouve un ancien amour de jeunesse, mais apprend également qu'il a une mission pour sortir l'Amérique de l'enfer, il va retrouver Flora et sa petite vie ordinaire, en échange il devra tuer son créateur.

Et cela continue de fourmiller de partout, des petites histoires et des anecdotes, des clins d'oeil aussi. C'est de la vraie fiction, ou une leçon par excellence pour mettre les pendules à l'heure : voilà comment on embarque un lecteur, voilà comment la folle du logis entre en action, et voilà comment on mène celui qui suit par le bout du nez. Paul Auster est un maître, il ne pose pas, il raconte et cela fait toute la différence. C'est moins enlevé et plus mélancolique que jamais, influencé par la guerre et les récits de pertes, de drames et de conséquences irrémédiables. En revanche c'est aussi un texte éclairé, sensible, intelligent.

On a souvent l'impression de sauter du coq à l'âne, d'avoir plusieurs histoires dans un seul roman, au risque de paraître entortillé. A mon goût c'est une sensation de vagabondage plaisante. Rien n'est linéaire, cela casse la routine. C'est sans cesse surprenant, parfois désappointant. La façon de couper court au chapitre d'Owen Brill, par exemple, est brutale car elle survient lorsque cela devient capital. Là, j'avoue que c'est un peu dommage... mais pas le temps de s'émouvoir, on rebondit déjà sur une autre aventure, un nouveau chapitre, on fait la connaissance d'autres personnalités auxquelles on s'intéresse à nouveau. Bref, c'est à ces petits détails qu'on reconnaît un grand souffle romanesque, non ?

Très bon roman, qui vous embarque et qui sait raconter une vraie histoire. A conseiller fortement.   

Actes Sud, 2009 - 324 pages - 19,50€
traduit de l'anglais (USA) par Christine Le Boeuf
 

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22/12/08

La Magie du bonheur - Kristin Hannah

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Présentation de l'éditeur
A l'approche de Noël, Joy, récemment divorcée et brouillée avec sa sœur, n'a pas le cœur à la fête. Sur un coup de tête, elle s'envole pour une destination inconnue, décidée à tout oublier le temps des vacances. Mais son avion s'écrase au milieu d'une forêt très dense. Par miracle, Joy échappe à la mort. Elle a alors le choix entre prévenir les siens qu'elle est en vie et s'offrir quelques jours pour souffler. Sa rencontre avec Bobby, un petit garçon qui habite avec son père le chalet dans lequel elle a trouvé refuge, va changer son destin...

Ce roman est avant tout le portrait d'une femme brisée, récemment divorcée, trahie par l'homme qu'elle aimait et qui la trompait avec sa soeur cadette. Noël s'annonce avec un goût amer, et Joy choisit de partir et d'oublier. Or son vol se crashe, elle en sort sans trop de peine mais préfère s'éloigner. Couper les ponts avec sa vie. Disparaître. Ne plus exister. Elle s'enfonce dans la forêt, arrive près d'un lac où se tient une auberge isolée. Elle y rencontre un garçon de 8 ans, Bobby, et son père Daniel. Ce couple aux ailes brisées va inspirer des sentiments multiples chez Joy, elle est émue par la détresse de l'enfant, perplexe face au caractère ténébreux de l'homme à l'accent irlandais et enfin elle est transportée par la présence fantôme de la maman défunte. C'est une aura qui se dégage, un feu de paille. Et on devine beaucoup de choses, pensant même pouvoir déjà écrire la fin. Mais non. La seconde partie s'annonce imprévisible, elle remet les pendules à l'heure. Et le roman se finit, sur une touche de magie... oui, oui le titre trouve bel et bien sa signification. La magie du bonheur (Comfort & Joy) ressemble à un téléfilm de l'après-midi, c'est juste distrayant dans le fond et pour la forme. On pourrait très bien s'en passer, si ce n'est que l'esprit de noël est dans les airs, que le besoin de romance doublée d'une histoire gentille et honnête feront pencher la balance vers le "pourquoi pas?". C'est le roman de l'instant, du moment. De la saison, aussi.

Presses de la cité, 2008 - 226 pages - 18,90€
traduit de l'anglais (USA) par Francine Siety

 

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21/10/08

Intimités - Laurie Colwin

C'est maintenant un fait avéré, que j'avais cruellement redouté, mais les éditions Autrement viennent de publier les dernières nouvelles de Laurie Colwin (auteur décédé à seulement 48 ans, pour ceux qui ne le savent pas). Oui, fini. C'est fini. Je n'aurai plus ce plaisir de découvrir d'autres textes de cette talentueuse new-yorkaise, auteur ô combien fétiche (selon moi !). Je devrais maintenant me contenter de RELIRE ses romans et autres recueils de nouvelles. J'ai tout gobé, tout raclé (même les fonds de tiroir). C'est triste.

(Cela me fait d'ailleurs penser à Mary Ann Shaeffer, co-auteur du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, et à la regrettée Sylvia Plath ... mais inutile de nous démoraliser plus longuement.)

Donc, à tous les amateurs de l'univers exquis et déliquescent de Laurie Colwin, offrez-vous ce dernier plaisir : un recueil réunissant onze nouvelles. Tout d'abord, soyez prévenus, vous allez être saisis d'un méchant sentiment de déjà-vu en ouvrant la première page. L'histoire est une énième mouture d'Une vie merveilleuse mettant en scène les cousins Guido et Vincent. L'un est séparé de son épouse et l'autre va faire la rencontre de sa vie. Et autour de tout ça, il y a l'énigmatique - mais non moins excentrique - secrétaire, qui porte des lunettes multicolores ! Personnellement je ne m'en lasse pas (de lire et relire les histoires de Guido, Vincent, Holly et Misty).

De même, la dernière nouvelle revient sur l'héroïne d'Une épouse presque parfaite - Polly - qui est mariée et mère de trois enfants, mais va s'émouvoir d'un autre homme, lequel réveille ses instincts endormis...

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Il n'y a donc aucune originalité dans ce livre ? (êtes-vous en droit de vous poser comme question).  Mais si. C'est incroyable d'avoir la sensation de lire du réchauffé qui n'en a pas le goût ! Je m'explique : toutes les histoires ont un écho semblable, celui d'histoires de couples, des relations sentimentales, des liaisons naissantes, des mariages appliqués, des rencontres inattendues. C'est ce que je nomme plus facilement du chipotage.

Dans Immersion, par exemple, Carl et Lucy ont tout pour être heureux et il a fallu que l'homme découvre le secret de sa femme pour qu'il pleure comme un veau. Et ce secret n'est même pas renversant, puisque Lucy aime nager, tout le temps. Cela équivaut à respirer pour elle, et son Carl de mari ne le découvre qu'après des mois de mariage ! C'est une révélation qui le bouleverse au plus haut point...

Je ne cherche pas à être cynique ou moqueuse, loin de moi cette idée ! C'est juste pour caricaturer la direction que prend très régulièrement le propos de toutes ces histoires. Cela a sur moi un effet galvanisant, car je suis aussitôt sous la séduction de ce que la présentation de l'éditeur nomme si bien :  « des petits concentrés de fiction contemporaine, principalement autour du lien amoureux, où chaque détail charme par sa vérité - voire son exotisme américain, façon côte Est ».

C'est tout à fait cela, une touche bourgeoise et délicieusement guindée, un cocon réconfortant et douillet. Je m'y coule avec bonheur. Et puis, c'est vrai qu'il n'y a pas d'action, c'est plat sur toute la ligne mais c'est aussi en connaissance de cause : savoir saisir une autre essence, un autre parfum d'ambiance. Et cela me correspond tout à fait ! J'emprunte même le titre d'une nouvelle pour caractériser ce que tout ceci respire, car nous avons bien là « une histoire à l'ancienne ». C'est d'une élégance folle !   

Editions Autrement, octobre 2008 - 168 pages - 17€
traduit de l'anglais (USA) par Anne Berton

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17/07/08

Le temps n'est rien - Audrey Niffenegger

"Claire, très peu de personnes rencontrent l'âme soeur à l'âge de six ans. Du coup, il faut bien passer le temps d'une façon ou d'une autre." Mais une année dans la vie d'Henry ne ressemble pas du tout à celle du commun des mortels ; la première fois qu'il rencontre Claire, elle a six ans et lui trente-six. Dans leur présent, il en a vingt-huit et elle vingt ans. Il est bibliothécaire, elle étudiante avant de devenir artiste. Cette incroyable histoire d'amour trouve son explication dans le fait que Henry est un voyageur dans le temps. Ce n'est pas un conte à dormir debout, le phénomène s'explique... mais en attendant Claire passe toute sa vie à attendre Henry. Vous vous imaginez pareille dévotion ? Et pourtant, c'est possible.

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Lorsqu'on découvre cette histoire, sur papier, on se surprend à vibrer et partager les mêmes émotions que nos deux protagonistes. Ce n'est pas gagné, pour autant, entre les passages longuets, le scénario abracadabrantesque, le sent-bon à la guimauve, le tout sur 500 pages, il faut un scénario en béton pour nous accrocher. Et j'ai tout gobé ! Cette version moderne (et de très loin revisitée) du mythe d'Ulysse et Pénélope est aussi un hymne à l'amour intemporel. Cela fait deux ans que je souhaitais lire ce livre, que j'avais commencé en anglais, et maintenant que c'est chose faite, je peine à en parler convenablement.

D'abord, il ne se passe pas beaucoup de choses dans ce livre, à part suivre le fil invisible que tissent Claire et Henry à travers les sauts dans le temps. C'est aussi le propos du roman : comment vivre l'instant présent, lorsque votre amoureux connaît déjà le passé et le futur ? Et comment supporter cette frustration qu'implique l'absence de votre moitié, les soirs de Noël en famille, le jour de votre mariage ou au moment d'accoucher ? Tout est possible, rien n'est rattrapable... le temps file, mais le temps n'est rien.

Voilà comment on ressort de cette lecture : on peine à y croire, puis on mord à pleines dents, et on s'étonne de tout lire d'une traite (500 pages, ce n'est pas rien!). Ce livre vous enveloppe dans une bulle, hors du temps. L'aventure de Claire et Henry promet toute une gamme d'émotions : on rit, on râle, on frémit, on s'émeut et on pleurniche. Oui vraiment, c'est une très belle histoire. (Et encore un très bon conseil pour vos lectures de vacances !)

Lily n'a pas tout compris ; l'autre Lilly a été déçue ; Jules et Karine ont eu la gorge nouée...

Editions Michel Lafon, 2005 pour la traduction française - J'ai Lu, 2006.  520 pages.

traduit de l'américain par Nathalie Besse et Jean-Pascal Bernard.

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19/06/08

Indésirable - Valerie Martin

Toby, étudiant américain âgé de vingt-et-un ans, fait rencontrer à sa mère (Chloé) sa nouvelle petite amie, Salomé, une réfugiée croate qui a grandi en Louisiane. Entre les deux femmes, le torchon brûle. D'instinct, Chloé ressent une vive inquiétude au contact de cette nouvelle prétendante, qui lui paraît trop mystérieuse, trop sûre d'elle et effrontée. Elle cherche à briser les prémices d'une liaison amoureuse, mais son fils la surprend en annonçant qu'il souhaite vivre avec Salomé. Cette dernière n'ignore pas combien Chloé ne la porte pas dans son coeur, semble-t-elle prendre un malin plaisir à la situation ?

Son entrée dans la famille Dale lance un pavé dans la mare. Chloé et son époux Brendan vivent dans une maison spacieuse, au coeur d'un paysage boisé et coupé du reste du monde. Seule l'intrusion d'un braconnier dans les environs perturbe notre couple bourgeois, installé dans son confort, allergique aux changements. Cet étranger qui tire des coups de feu répétés et l'arrivée de Salomé font prendre conscience de l'absence de tolérance dans la personnalité de Chloé. Le regard de son mari, aussi, indique la direction à prendre : c'est une mère trop excentrique, figée sur ses principes et qui couve trop son garçon. En tant que femme, Chloé a aussi pris le pli dangereux de se conforter dans sa popote, abritée dans son atelier (elle est illustratrice de livres pour enfants), avec ses chaussons au coin du poêle à bois. Cette fois-ci, c'est à travers les yeux de Salomé, pour sa première visite chez les Dale, qu'en tant que lecteur on éprouve cette mesquinerie.

Salomé est une personne imprévisible, difficile à cerner. L'auteur a choisi de nous la livrer à travers les points de vue des autres (son fiancé, sa future belle-mère et le mari de celle-ci). On apprend au fur et à mesure qu'elle porte un poids très lourd depuis son départ précipité de la Croatie, ravagée par la guerre, et la mort de sa mère. Salomé n'avait que neuf ans au moment des faits, bien vite on s'aperçoit que son passé semble bien chargé en non-dits. Le roman est coupé en deux parties, et j'avoue que la dernière offre une histoire totalement différente. On commence cette lecture comme une comédie bourgeoise, dans une banlieue aisée de New York, et on la termine à mille lieux de là, au coeur des ténèbres.

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Ce roman intitulé Indésirable porte une volonté de chatouiller le lecteur, d'épingler un système hypocrite (ce que cache la famille modèle américaine) et constitue un plaidoyer contre la guerre (Valérie Martin a écrit son dernier roman en temps de guerre, la guerre en Irak, à laquelle elle est fortement opposée. Elle a canalisé sa colère et sa déception envers le gouvernement américain dans un livre dérangeant et ambitieux. source : parutions.com) Plus que l'histoire, c'est par la force des personnages que le roman nous dérange. Chloé et Salomé, nos deux figures féminines, ont chacune un tempérament violent, déconcertant, l'une par sa protection étouffante et l'autre parce qu'elle catapulte des terreurs enfouies. Chloé est obsédée par le braconnier qui chasse sur ses terres, ce n'est qu'un prétexte qui révèle sa peur farouche pour l'étranger qui envahit son domaine (et l'inconnu a les traits de Salomé, forcément). Et ce n'est pas tout à fait un hasard d'apprendre que Brendan, historien et universitaire, bûche actuellement sur l'écriture d'un ouvrage pompeux qui traite des croisades et de Frederic 1er.

En quatrième de couverture, les critiques y figurant font état de l'ambition de ce roman, "une oeuvre maîtresse provocante" dit The Times. Je me range à l'avis général qui trouve Indésirable décalé et politique ; c'est du poil à gratter pour intellos, on ne rigole pas, on constate, on frémit, on songe énormément... J'ai apprécié le début, avant de froncer des sourcils de plus en plus. L'orientation prise en cours de route par le livre est assez déboussolante.

Albin Michel, (mars ) 2008 pour la traduction française - 324 pages - 20 €

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise du Sorbier - titre vo : Trespass.

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28/05/08

Cherche auteur désespérément - Debra Ginsberg

 

Quatrième de couverture

Angel Robinson a l'impression de vivre un rêve. Elle qui ne jure que par les livres vient de décrocher un poste d'assistante dans la plus célèbre agence littéraire des Etats-Unis. Mais elle découvre rapidement qu'il faut composer avec une patronne hystérique, des collègues lunatiques et des auteurs capricieux. Elle réussit pourtant, grâce à son sens littéraire hors pair, à se rendre indispensable et repère plusieurs projets intéressants. Un en particulier : le roman d'un auteur anonyme, livré chapitre par chapitre. Angel tombe sous le charme au gré des envois du mystérieux écrivain. Jusqu'au jour où elle comprend que le texte s'inspire de sa propre vie... Un éloge pétillant des plaisirs de la lecture, un roman jubilatoire qui séduira tous les amoureux des livres.

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J'ai été désappointée par ce roman avec lequel je n'ai pas eu la bonne approche. Je m'attendais très sincèrement à une bulle de légèreté, une bluette sympathique et distrayante, sur fond de milieu éditorial implacable. Un croisement entre The nanny et Le diable s'habille en Prada. En vrai, je n'ai rien trouvé de tout ça. La critique sur les agents littéraires est acerbe et sans pitié, la Lucy Fiamma du livre est une Cruella Denfer qui porte bien son surnom. La narratrice, Angel, apparaît un véritable ange tombé du ciel (et des nues), lorsqu'elle se trouve propulsée dans ce monde où l'on déniche les talents (rares), où l'on rembarre les écrivaillons (chiants et nombrilistes) et où un manuscrit représente une succession de chiffres, non plus un engouement véritable. Non, nous ne sommes pas au pays des Bisounours, les amoureux des livres risquent d'être fort décontenancés (d'où mon sentiment mitigé).

Très vite, j'ai plutôt ressenti un sentiment d'étouffement, une ambiance proche de la claustrophobie (là, je ne me gêne pas pour reprendre la propre critique d'Angel Robinson qui reçoit le fameux manuscrit anonyme, qui lui inspire ce sentiment de malaise, avant de comprendre que c'est plus pernicieux et pervers). En fait, voici un livre qu'il faut présenter comme étant à double tranchant - un regard froid et repoussant sur le monde éditorial, et l'intrusion manifeste des agents littéraires, surtout aux USA - et une oppression ascendante sur la personne d'Angel, notre héroïne. Confrontée à la lecture d'un manuscrit non signé, quasiment harcelée par emails signés du Grand Romancier, la jeune femme se sent vite menacée et dépassée par son job. Finalement j'ai plus adhéré à cette intrigue, au côté machiavélique du mystère entourant l'auteur anonyme. C'est un leitmotiv pour terminer le roman, sans quoi j'aurais très vite abandonné la partie. Lu sur le pouce, savouré sans plus et... comble de tout - à mes yeux - offrant une dimension toute plate aux personnages, qui manquent de charisme ou de grâce, que sais-je ?, ce livre de Debra Ginsberg aurait gagné en ampleur s'il avait su brasser un peu d'humour et de facétie. Tant pis ! 

Presses de la Cité, 2008 pour la traduction française - 365 pages - 20€

traduit de l'anglais (américain) par Alice Delarbre - titre vo : Blind submission

L'avis (plus enthousiaste) de Cuné 

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25/05/08

Julie & Julia : sexe, blog et boeuf bourguignon - Julie Powell

 

Quatrième de couverture

Une jeune New-Yorkaise bientôt trentenaire, lasse d'enchaîner des boulots sans intérêt, décide de reprendre sa vie en main. S'emparant du vieux livre de cuisine de sa mère, L'Art de la cuisine française de Julia Child, elle s'invente un projet dément : réaliser les 524 recettes du livre... En un an ! Dans sa cuisine minuscule ! Avec un humour dévastateur et une pointe de folie, elle nous raconte ses pérégrinations de cuisinière, sa crise de la trentaine, sa mère envahissante, sa meilleure amie nymphomane... De réussites triomphantes en purs désastres, de crises de larmes en dîners alcoolisés, elle poursuit sa route pavée de mottes de beurre. Et s'aperçoit un jour que sa vie a changé.

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Que de clichés sur cette couverture : le sous-titre et le bandeau orange faisant mention de Bridget Jones... Pitié ! Ce livre ne mérite pas de s'abaisser à cette foire du marketing pour attirer l'oeil du lecteur, je pense que l'histoire est elle-même bien alléchante et assez fournie en délices à venir. Il s'agit donc de l'épopée romancée d'une new-yorkaise ordinaire, Julie Powell, âgée de vingt-neuf ans et mariée à un type plutôt sympa, cette nana s'ennuie dans sa vie et décide de se lancer un défi en réalisant en un an les 524 recettes du livre « L'art de la cuisine française » de Julia Child. Elle ouvre un blog pour rendre compte de cette expérience assez déjantée, surtout aux yeux de ses proches (sa mère, en premier lieu !). Et aussi incroyable mais vrai, cette folie rencontre un joli succès auprès du public et, au fil du temps, les média viennent sonner à sa porte et réclament des reportages qui vont lui attirer une gentille gloire (publier un roman, par exemple). En France, on commence à goûter à ce phénomène de « blogbook » (un livre à partir d'un blog), mais aux USA il semblerait que Julie Powell soit devenue une véritable référence. Gros succès pour son projet, même estime pour son livre, etc. De vous à moi, il n'y a pas de recette miracle. Ce récit autobiographique est léger et spontané, bourré d'auto-dérision (la jeune femme a un oeil assassin sur ses tentatives, ses motivations ou même son rapport avec son blog et ses bloteurs, les lecteurs de son blog). Jamais elle ne triche, c'est un constat drôle et délirant et qui ne sert pas à rien, car cela la booste dans sa vie personnelle (après de longs atermoiements, passagers). Ce regard qu'elle porte sur notre relation avec la nourriture, la cuisine et la bonne chère est touchant, très vrai. Personnellement je ne suis pas une fondue des longues heures passées aux fourneaux, mais ce livre a su me surprendre et me donner - presque - envie de m'y mettre. Je trouve, cependant, que Julie/Julia ont un fort penchant pour les plats lourds, riches en beurre (slurp) et les abats, en plus quelques chapitres sont bien gratinés (la torture du homard, par exemple) et soulèvent un peu le coeur... Mais je suis une petite joueuse, ça ne compte pas !

Editions du Seuil, Mai 2008 pour la traduction française - 344 pages - 19,90€

traduit de l'anglais (américain) par Claudine Richetin -

titre vo : Julie & Julia, 365 days, 524 recipes, 1 tiny apartment kitchen.

Le nouveau blog de Julie : http://juliepowell.blogspot.com

A noter, aussi : Un film est en projet de tournage, avec Meryl Streep dans le rôle de Julia Child et Amy Adams (cf. Il était une fois) dans celui de Julie Powell. Réalisé par Nora Ephron. (source)

 

^^ Bonne fête à ma maman !!! ^^

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28/03/08

Rebelles - Anna Godbersen

Voici le roman qu'on nous présente comme le nouveau phénomène littéraire qui connaît un gros succès à New York (normal, l'auteur est l'ancienne éditrice de la revue américaine Esquire, aujourd'hui critique littéraire pour le New York Times Book reviews) ; le roman arrive avec l'étiquette « insolent et glamour » en bandeau rose (glamour, je veux bien ! mais insolent ? ...), en plus d'être chargé d'une quatrième de couverture peu amène. Bref, ça sent à plein nez le merchandising facile et la bluette façon Harlequin. Détrompez-vous !

Nous sommes à New York, à l'automne 1899. Le roman s'ouvre sur les funérailles d'Elizabeth Holland, une beauté de vingt ans, promise à un riche parti et fauchée en pleine gloire. Toute la bonne société est réunie pour pleurer cette perte tragique, et déjà se dessine le décor d'un théâtre où se joue une comédie romantique, acerbe et faussement dramatique.

Pour comprendre ce qui se trame derrière cette belle mascarade, il faut remonter à quelques jours plus tôt. Elizabeth est informée par sa mère que la famille est sans le sou et qu'il est donc bienvenu pour l'aînée des Holland d'accepter avec emphase la demande en mariage du fils Schoonmaker. Ce dernier, prénommé Henry, fait la une de toutes les gazettes à scandales : c'est un coureur, un briseur de coeurs. Or, il est également sommé de se plier à cette union de raison pour servir l'ambition politique de son père. Henry sort d'une liaison tapageuse avec Penelope Hayes, la meilleure amie d'Elizabeth, et tombe sous le charme de la cadette des Holland, Diana, le jour de ses fiançailles. De même, Elizabeth vit une impossible histoire d'amour avec Will, le cocher de sa famille.

Tout ceci annonce un cafouillage monstrueux, bien évidemment propice à créer des situations romanesques bouillonnantes et palpitantes de rebondissements. La palette des personnages, bien portraiturée, sert également à placer l'histoire et son lot d'intrigues, il n'est pas excessif de citer que mensonges, secrets, vengeances et scandales sont de la partie. La peinture de cette société new-yorkaise, engoncée dans ses carcans, rend également l'histoire plus passionnante. On pense vaguement à Edith Wharton, citée en épigraphe, mais la comparaison n'ira pas plus loin. Le style d'Anna Godbersen est simple, agréable et facile à ingurgiter. Cela se lit d'une traite, pas la peine de chercher midi à quatorze heures ! Et c'est très distrayant, raconté de sorte qu'on s'y laisse totalement absorber.

rebellesCertes, l'auteur s'adonne à quelques clichés faciles, notamment dans la description des personnages (l'héroïne a un visage en forme de coeur, le teint d'albâtre), la moue s'affiche instantanément sur le visage du lecteur qui chipote. Il y a d'autres défauts mineurs (un début sur une pente glissante, une fin prévisible) mais ce serait se refuser un agréable moment de détente que résister davantage à la découverte de ce livre. Car en fait, l'aventure ne s'arrête pas là : Rebelles (titre vo : The Luxe) s'inscrit dans une saga romantique, la suite est prévue courant juin 2008 (titre annoncé : Rumors) et personnellement j'ai bien hâte de savoir la suite ! N'hésitez plus.

Rebelles - Anna Godbersen

Albin Michel - 453 pages - 17 €

Traduit de l'anglais (américain) par Alice Seelow

www.rebelles-lelivre.fr

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